ILLIMITÉ
Un cœur fou
Le lieutenant Morgan arriva sur les lieux, parc Ronsard, alors que l’équipe scientifique finissait de geler la scène de crime et s’affairait autour du cadavre. Le médecin légiste lui dressa un bref état de la situation.
— Eva Langeais, 25 ans, étudiante en lettres domiciliée à Tarbes. Elle faisait son jogging. Il y a des traces d’agression : contusions diverses, marques aux poignets… Mais à l’évidence, le coup qui lui a été fatal, c’est celui-là…
Il désigna, en bordure de la pelouse, un petit poteau métallique surmonté d’une plaque d’émail à hauteur d’homme, indiquant : Allée du Désir. Quelques cheveux englués de sang étaient restés accrochés sur un angle. — Sa tempe droite a heurté le coin de la plaque. De plein fouet. — Et l’agresseur, c’est lui ? demanda Morgan en montrant l’ambulance où l’on emportait un homme allongé sur un brancard.
— Oui. Il a pris un coup de couteau dans le ventre. Apparemment, elle s’est bien défendue. Il est amoché mais il s’en sortira : il a de bons abdos, et le foie n’est pas atteint.
— Il a pu dire quelque chose ?
— Non. Il est dans les vapes.
Le lieutenant Morgan s’approcha de l’ambulance juste avant qu’on ne referme les portières arrière. Il eut le temps d’évaluer le gabarit de l’homme: très grand, de stature athlétique. Il revint vers le corps de la victime, allongé sur l’allée. Le contraste était saisissant. Elle était frêle, elle mesurait à peine un mètre soixante et semblait flotter dans son jogging blanc, qui lui donnait l’allure virginale d’une vestale ou d’une mariée. Un serre-tête orné de fleurs de tulle gisait près d’elle, taché de rouge. Morgan se pencha siècle. Ses traits dégageaient une douceur gracile et bouleversante, une candeur de jeune fille en fleur. Chaque fois, dans cette situation, Philippe Morgan devait faire un effort sur lui-même pour ne pas prendre en grippe la gent masculine, et son métier.
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