Piraterie Et Droits de L'Homme Au Sein Du Conseil de L'Europe
Piraterie Et Droits de L'Homme Au Sein Du Conseil de L'Europe
Piraterie Et Droits de L'Homme Au Sein Du Conseil de L'Europe
MIHAELA AILINCAI
Professeure de Droit public – Université Grenoble-Alpes
3
Ibid., par. 14.3.
4
Voir notamment Rapport du Conseiller spécial du Secrétaire Général pour les questions juridiques
liées à la piraterie au large des côtes somaliennes, 18 janvier 2011, p. 17, par. 42-43 ; MAIRE (P.),
« Comment juger les pirates ? », in La piraterie maritime. Les entretiens de Royan, Larcier,
Bruxelles, 2011, p. 102.
5
L’article 101 de la Convention de Montego Bay, consacré à la définition de la piraterie, est rédigé
comme suit :
« On entend par piraterie l’un quelconque des actes suivants :
a) tout acte illicite de violence ou de détention ou toute déprédation commis par l’équipage ou des
passagers d’un navire ou d’un aéronef privé, agissant à des fins privées, et dirigé :
i) contre un autre navire ou aéronef, ou contre des personnes ou des biens à leur bord, en haute mer ;
ii) contre un navire ou aéronef, des personnes ou des biens, dans un lieu ne relevant de la juridiction
d’aucun Etat ;
b) tout acte de participation volontaire à l’utilisation d’un navire ou d’un aéronef, lorsque son auteur
a connaissance de faits dont il découle que ce navire ou aéronef est un navire ou aéronef pirate ;
c) tout acte ayant pour but d’inciter à commettre les actes définis aux lettres a) ou b), ou commis dans
l’intention de les faciliter ».
6
Sur la définition de la piraterie, voir notamment TOURET (C.), La piraterie au vingtième siècle.
Piraterie maritime et aérienne, LGDJ, Paris, spéc. pp. 7-42 ; LE HARDY DE BEAULIEU (L.),
« La piraterie maritime à l’aube du XXIème siècle », RGDIP, 2011, n° 3, tome 115, pp. 654-660 ;
CHAPLEAU (Ph.) ; PANCRACIO (J.-P.), La piraterie maritime. Droit, pratique et enjeux, Vuibert,
Paris, 2014, pp. 27-35.
7
Voir notamment Sénat, Rapport fait au nom de la Commission des affaires étrangères, de la défense et
des forces armées sur le projet de loi relatif à la lutte contre la piraterie et à l’exercice des pouvoirs de
police de l’Etat en mer, n° 369, 30 mars 2010, pp. 12-13 ; Sénat, Rapport fait au nom de la Commission
sénatoriale pour le contrôle de l’application des lois sur l’application de la loi n° 2011-13 du 5 janvier
2011 relative à la lutte contre la piraterie et à l’exercice des pouvoirs de police de l’Etat en mer, n° 499,
11 avril 2012, pp. 44-49 ; UN. Doc. S/2013/623, 21 octobre 2013, Rapport du Secrétaire Général sur la
situation concernant la piraterie et les vols à main armée au large des côtes somaliennes, par. 3-8.
8
L’article 105 de la Convention de Montego Bay, consacré à la saisie d’un navire ou d’un aéronef
pirate, est rédigé comme suit : « Tout Etat peut, en haute mer ou en tout autre lieu ne relevant de la
juridiction d’aucun Etat, saisir un navire ou un aéronef pirate, ou un navire ou un aéronef capturé à la
suite d’un acte de piraterie et aux mains de pirates, et appréhender les personnes et saisir les biens se
trouvant à bord. Les tribunaux de l’Etat qui a opéré la saisie peuvent se prononcer sur les peines à
infliger, ainsi que sur les mesures à prendre en ce qui concerne le navire, l’aéronef ou les biens,
réserve faite des tiers de bonne foi ».
9
Sur ce débat, voir notamment Rapport du Conseiller spécial du Secrétaire Général pour les
questions juridiques liées à la piraterie au large des côtes somaliennes, op. cit., pp. 35-41 ; UN. Doc.
S/2012/50, 20 janvier 2012, Rapport du Secrétaire général sur les juridictions spécialisées dans la
lutte contre la piraterie en Somalie et dans d’autres Etats de la région, 43 p. ; THOUVENIN (J.M.),
« Piraterie maritime : pas d’"internationalisation" de la fonction juridictionnelle », Anuario
Colombiano de Derecho Internacional, 2013, vol. 6, pp. 47-76.
10
Assemblée parlementaire, Recommandation 1913 (2010), 28 avril 2010, Nécessité de prendre des
mesures juridiques internationales supplémentaires pour lutter contre la piraterie maritime, par. 3.4.
11
Ibid., par. 3.4.
12
Ibid., par. 2.
13
Résolution 1722 (2010), op. cit., par. 10-11. Cette question ne sera pas développée par la suite car
elle fait l’objet d’une contribution du Professeur Auvret-Finck dans le présent ouvrage.
14
Recommandation 1913 (2010), op. cit., par. 3.1 et 3.2.
et Abdulhai Guelleh Ahmed d’autre part15. Elles concernent toutes les deux des
ressortissants somaliens appréhendés par les forces françaises dans les eaux
territoriales somaliennes et incarcérés en France pour avoir pratiqué des actes de
piraterie à l’encontre du voilier français « Le Carré d’As », alors qu’il se trouvait
dans les eaux internationales au large de la Somalie.
Cela étant, les solutions apportées par la Cour dans trois affaires de lutte contre
le trafic de stupéfiants peuvent être parfaitement transposées à la lutte contre la
piraterie. Il s’agit de l’affaire Rigopoulos c. Espagne, tranchée par une décision
d’irrecevabilité du 12 janvier 1999, de l’affaire Medvedyev et autres c. France, qui
a donné lieu à un arrêt de chambre du 10 juillet 2008 et à un arrêt de la Grande
chambre du 29 mars 2010, et enfin de l’affaire Vassis et autres c. France qui a été
tranchée par un arrêt du 27 juin 2013. Ces affaires concernaient l’interpellation de
trafiquants présumés de stupéfiants dans les eaux internationales et leur
acheminement vers un Etat partie à la Convention en vue de leur jugement.
Toutes ces affaires ont pour point commun de montrer que la Cour est
soucieuse d’adapter sa jurisprudence classique, construite sur et pour la terre
ferme, à la lutte contre des actes criminels commis en mer. Ces activités ne
relèvent pas à proprement parler d’un droit spécifique, qui leur serait
exclusivement réservé. L’intégralité de la jurisprudence de la Cour peut donc être
mobilisée pour déterminer quelles obligations en matière de droits de l’homme
pèsent sur les Etats participant à la lutte contre la piraterie. Pour autant, ces
activités bénéficient d’une certaine souplesse, c’est-à-dire d’un régime juridique
pensé pour s’adapter aux contraintes particulières pesant sur les Etats en haute
mer. Cette approche est synthétisée par la Grande Chambre dans son arrêt
Medvedyev et autres c. France : « vu les ravages de la drogue, [la Cour] conçoit
[…] que les autorités des Etats parties fassent preuve d’une grande fermeté à
l’égard de ceux qui contribuent à la propagation de ce fléau, et elle a pleinement
conscience de la nécessité de lutter contre le trafic de stupéfiants et, partant,
d’assurer la coopération fructueuse des Etats en la matière. Reste que la
spécificité du contexte maritime […] ne saurait aboutir à la consécration d’un
espace de non-droit au sein duquel les équipages ne relèveraient d’aucun régime
juridique susceptible de leur accorder la jouissance des droits et garanties
prévus par la Convention et que les Etats se sont engagés à fournir aux
personnes placées sous leur juridiction, sans que cela conduise pour autant à la
mise en place d’un "havre de sécurité" en faveur des délinquants »16.
Plus largement, toutes les affaires soumises à la Cour ont soulevé ou
soulèvent des questions similaires concernant exclusivement la privation de
liberté des suspects entre le moment de leur arrestation en mer et le moment de
leur présentation à une autorité judiciaire sur le territoire de l’Etat de destination.
Cette phase se déroulant en grande partie en dehors du continent européen, une
15
CourEDH, affaire Yacoub Mohammed Hassan et Cheik Nour Jama Mohamoud c. France et affaire
Abdulhai Guelleh Ahmed c. France, introduites respectivement les 16 et 13 août 2010 et
communiquées toutes deux au gouvernement défendeur le 20 février 2013.
16
CourEDH, GC, 29 mars 2010, Medvedyev et al. c. France, par. 81.
17
CourEDH, 7 juillet 1989, Soering c. Royaume-Uni, par. 86 ; CourEDH, déc., 12 décembre 2001,
Bankoviü et al. c. Belgique et al., par. 61, 63 et 67 ; CourEDH, 14 mai 2002, Gentilhomme, Schaff-
Benhadji et Zeroukiet c. France, par. 20 ; CourEDH, GC, 8 juillet 2004, Ilaúcu et al. c. Moldova et
Russie, par. 312 ; CourEDH, GC, 8 avril 2004, Assanidzé c. Géorgie, par. 137.
18
CourEDH, GC, Ilaúcu et al. c. Moldova et Russie, ibid., par. 312 ; CourEDH, GC, Assanidzé
c. Géorgie, ibid., par. 139.
19
CourEDH, Bankoviü et al. c. Belgique et al., op. cit., par. 67 et 71 ; CourEDH, GC, Ilaúcu et al.
c. Moldavie et Russie, ibid., par. 314.
20
CourEDH, GC, 23 mars 1995, Loizidou c. Turquie (exceptions préliminaires), par. 62.
21
CourEDH, GC, Ilaúcu et al. c. Moldavie et Russie, op. cit., par. 314-316.