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23-088-UNFPA TechNote DevFGMLaw 240124 - FR

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NOTE TECHNIQUE

Développer des lois anti-MGF


alignées sur les Droits humains

PROGRAMME CONJOINT Fnuap-Unicef pour l’élimination des


mutilations génitales féminines : Tenir la promesse mondiale
2 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
© FNUAP
TABLE DES MATIÈRES

I. Introduction �������������������������������������������������������������������������������������� 5

II. Dimensions des MGF en matière de Droits humains �������������������� 6

1. Application du cadre des Droits humains aux MGF ������������������ 6

2. Droits humains violés par les MGF �������������������������������������������� 6

3. Références explicites aux obligations des États


d’interdire et de criminaliser les MGF dans les documents
internationaux sur les droits humains et de consensus ����������� 7

III. Étendue des obligations de l’État ������������������������������������������������� 10

IV. Recommandations pour une loi anti-MGF fondée sur les droits ��� 12

1. Introduction �������������������������������������������������������������������������������� 12

2. Éléments de fond d’une loi anti-MGF fondée sur les droits ��� 13

2.1 Criminalisation des MGF ��������������������������������������������������� 13

2.2 Au-delà de la pénalisation : approches à plusieurs


niveaux pour la prévention et la réponse aux MGF ��������� 24

3. Aspects procéduraux d’une loi anti-MGF fondée


sur les droits ������������������������������������������������������������������������������25
Remerciements

Cette note technique sert de guide à ceux qui développent et/ou modifient des lois pour lutter contre
les mutilations génitales féminines (MGF). Kerstin Schinnerl, détachée auprès de la Division Technique
du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), a dirigé la rédaction avec les contributions
techniques d’Emilie Filmer-Wilson et de Berhanu Legesse. Gunilla Backman, Julie Diallo, Lacina Zerbo,
Harriet Ndagire, Zubaida abubakar, Djeneba sanon-ouedraogo, Grace Uwizeye, Harriet Akullu, Stephanie
Baric, Julie Dubois, Reem Elsherbini et Yasmine Sinkhada ont apporté des contributions techniques
et des suggestions enrichissantes. Cette note a été développée dans le cadre du Programme conjoint
FNUAP-UNICEF pour l’élimination des mutilations génitales féminines, sous la direction générale de la
Dr. Julitta Onabanjo, Directrice de la Division technique du FNUAP, de Nafissatou Diop, Chef du Service
de la problématique hommes-femmes et des Droits humains du Fonds des Nations Unies pour la
population (FNUAP) et de Nankali Maksud, Conseillère principale, Prévention des pratiques
préjudiciables, Protection de l’enfance au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Ce document a été édité par Gretchen Luchsinger et conçu par Prographics Inc. avec le soutien
de Fahmia Al-Fotih et Yasmine Sinkhada.

Décembre 2023

Photo de couverture : © FNUAP


© UNICEF/UN0819110/Borra

SECTION I

Introduction

La présente note technique aide les décideurs politiques, les parlementaires et les acteurs de
la société civile à développer et/ou à modifier les lois pour mettre fin aux mutilations génitales
féminines (MGF). Il existe peu de recherches ou d’orientations sur ce qui caractérise une « bonne » loi
anti-MGF - en d’autres termes, les éléments que celle-ci devrait contenir, en particulier dans la perspective
des droits humains. La présente note propose des orientations sur les bonnes pratiques. Elle décrit comment
ancrer une loi anti-MGF dans les normes définies par les conventions et les mécanismes en matière de droits
humains, ainsi que dans les déclarations politiques faites par les États. Cette note pourrait servir de référence
aux pays qui développent une nouvelle législation criminalisant les MGF ou qui envisagent de réviser celle
existante. Bien qu’elle souligne qu’il est essentiel d’allouer un budget suffisant à la mise en œuvre de la loi
pour traduire les lois dans la pratique et faire respecter les droits humains, elle n’aborde pas la question de
l’application de la législation.1
Les MGF comprennent « toutes les interventions consistant en l’ablation partielle ou complète des
parties génitales externes féminines ou toute autre lésion infligée aux organes génitaux féminins pour
des raisons non médicales ».2 D’après le réseau End FGM et l’organisation Égalité maintenant, les MGF
sont pratiquées dans au moins 92 pays et sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique.3 Au-delà
des 32 pays disposant de données nationales représentatives sur les MGF, au moins 60 autres pays
ont documenté cette pratique par le biais d’estimations indirectes, d’études à petite échelle, de preuves
anecdotiques et de reportages dans les médias.4 Dans certains pays, les MGF sont principalement
pratiquées par les communautés de la diaspora.
Le « Programme conjoint FNUAP-UNICEF sur l’élimination des mutilations génitales féminines soutient
les initiatives nationales de lutte contre les MGF dans 17 pays ; dont 14 disposent d’une législation qui
criminalise les MGF.5 En juillet 2020, le Soudan a adopté une nouvelle loi criminalisant la pratique.6
Seuls 55 % des 92 pays dans lesquels les MGF sont pratiquées (51 pays au total) disposent de lois
nationales les interdisant, que ce soit une loi spécifique anti-MGF ou une disposition pénale explicite
dans d’autres lois nationales telles que le Code pénal, les lois sur la protection de l’enfance ou les
lois générales sur la VBG.7 Dans les pays où l’interdiction légale est explicite, les lois divergent
considérablement quant à leur contenu normatif et aux sanctions qu’elles prévoient.8

5 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
© FNUAP

SECTION II

Dimensions des MGF en matière


de Droits humains

1. Application du cadre des Droits humains aux MGF


Les traités internationaux relatifs aux droits humains fournissent un cadre important pour
comprendre que les MGF sont une pratique qui viole les droits humains, et en particulier ceux des
femmes et des jeunes filles. Les traités abordent l’impact des MGF sur l’exercice et la jouissance
des droits humains et de l’égalité des sexes par les femmes et les jeunes filles. Ils fournissent
également des orientations sur les mesures appropriées pour prévenir les MGF et y répondre. Ceci
est particulièrement important au regard de la jurisprudence établie dans les recommandations
générales et les commentaires des organes de surveillance des traités qui assurent le suivi de la
mise en œuvre des traités internationaux relatifs aux droits humains. Les normes et standards
internationaux en matière de droits humains indiquent les obligations des gouvernements au niveau
législatif et politique et définissent les actions appropriées que les États doivent mettre en œuvre.

2. Droits humains violés par les MGF


Bien que dans le passé elles aient été principalement considérées comme un problème de santé,
il est reconnu depuis longtemps que les MGF sont une pratique préjudiciable et une violation
des droits humains. Une publication du FNUAP de 2014, Mise en œuvre du cadre international
et régional des droits de la personne en vue de l’élimination des mutilations génitales féminines,
a donné un aperçu complet des droits humains violés par les MGF. Cette publication
répertorie les références pertinentes dans les conventions relatives aux droits humains,
les commentaires et les recommandations générales des organes des traités relatifs
aux droits humains, les rapports des rapporteurs spéciaux de l’ONU ainsi que les
résolutions de l’ONU.9

6 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
En résumé, les MGF violent les droits humains suivants :

• Droit de ne pas subir de discrimination (basée sur le genre)10


• Droit à la vie11
• Droit à l’intégrité physique et mentale12
• Droit à la santé13
• Droit de ne pas être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants14
• Droit à la vie privée et familiale15
• Droits de l’enfant16

Les MGF violent le droit de ne pas subir de discrimination (basée sur le genre) parce qu’elles sont
pratiquées exclusivement sur des femmes et des jeunes filles et sont fondées sur des croyances
patriarcales quant aux rôles de l’homme et de la femme dans la société. Le droit à la vie peut être violé
par les MGF, car de nombreuses femmes et jeunes filles en meurent ; le droit à l’intégrité physique et
mentale est violé dans la mesure où cette pratique mutile le corps des femmes et des jeunes filles
et a souvent un impact sur leur bien-être psychologique.
Les MGF violent le droit au meilleur état de santé possible compte tenu de leurs conséquences négatives
indéniables et souvent graves sur la santé, incluant des cicatrices, des douleurs chroniques, des infections,
des kystes et la stérilité. Infliger intentionnellement des douleurs ou des souffrances intenses est contraire
aux normes relatives à l’interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants. Cette pratique
viole le droit à la vie privée et familiale en s’immisçant dans la sphère privée la plus intime des femmes et des
jeunes filles et en imposant des effets souvent durables sur leur vie sexuelle, ce qui peut également avoir un
impact sur leur vie familiale. Étant le plus souvent pratiquées sur des jeunes filles de la naissance à l’âge de
15 ans, les MGF violent également les droits de l’enfant tels qu’ils sont codifiés dans les traités spécialisés
qui font de l’intérêt supérieur de l’enfant un concept central.

3. R
 éférences explicites aux obligations des États d’interdire et de
criminaliser les MGF dans les documents internationaux sur les
droits humains et de consensus
En plus des MGF qui violent de multiples droits humains, une série de documents relatifs aux droits
humains et de déclarations politiques ont également explicitement affirmé que les États ont l’obligation
d’interdire et de criminaliser les MGF.
Au niveau international, ils incluent, par ordre chronologique :

• Le Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement


(1994) qui stipule que « les gouvernements sont instamment priés d’interdire les mutilations
génitales féminines partout où elles existent ».17

• La Déclaration et Programme d’action de Beijing (1995) qui déclarent que l’une des mesures à
prendre par les États est de « promulguer et appliquer une législation contre les auteurs de pratiques
et d’actes de violence à l’égard des femmes, tels que les mutilations génitales féminines […] ».18

• Recommandation générale n° 24 sur les femmes et la santé du Comité pour l’élimination de la


discrimination à l’égard des femmes (1999) qui stipule que les États parties devraient veiller à
« l’adoption et à l’application effective de lois interdisant les mutilations génitales féminines […] ».19

• La Résolution sur l’élimination des mutilations génitales féminines de la Commission de la


condition de la femme (2010) qui exhorte les États à « prendre toutes les mesures nécessaires
pour préserver les jeunes filles et les femmes de ces pratiques, en promulguant et en faisant
appliquer une législation interdisant cette forme de violence, et à mettre fin à l’impunité ».20

7 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
• Résolutions sur l’intensification de l’action mondiale pour l’élimination des mutilations génitales
féminines de l’Assemblée générale des Nations Unies (2012, 2014, 2016, 2018 et 2022) qui
exhorte les États « [...] à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver les jeunes
filles et les femmes de ces pratiques, en promulguant et en faisant appliquer une législation
interdisant cette forme de violence, et à mettre fin à l’impunité » 21 et « [...] à prendre toutes les
mesures nécessaires, conformément à leurs obligations en vertu du droit international applicable
en matière de droits humains, y compris des mesures législatives et politiques, pour interdire
les mutilations génitales féminines et protéger les femmes et les jeunes filles [...] ».22

• Le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et le Comité des droits de
l’enfant ont adopté une recommandation générale/une observation conjointe sur les pratiques
préjudiciables (2014) qui appelle les États parties à « interdire explicitement par la loi et à sanctionner
ou criminaliser de manière adéquate les pratiques préjudiciables, en fonction de la gravité de
l’infraction et du préjudice causé [...] et à lutter contre l’impunité pour les pratiques préjudiciables ».23

• Le Commentaire général n° 22 du Comité des droits économiques, sociaux et culturels (2016)


qui précise que les États ont des obligations fondamentales en matière de santé sexuelle et
reproductive qui incluent « [l]a promulgation et l’application de l’interdiction légale des pratiques
préjudiciables et de la violence fondée sur le sexe, y compris les mutilations génitales féminines,
les mariages d’enfants et les mariages forcés, ainsi que la violence domestique et sexuelle, y
compris le viol conjugal [...] ».24

• Les résolutions du Conseil des droits de l’homme (2016, 2018, 2020 et 2022) qui exhortent
les États « à adopter une législation nationale interdisant les mutilations génitales féminines,
conformément au droit international des droits humains, et à prendre des mesures pour en
assurer la stricte application » (2016 et 2018), « à prendre toutes les mesures nécessaires
pour interdire les mutilations génitales féminines et protéger les femmes et les jeunes filles
de cette forme de violence » (2020) et « à adopter et à faire appliquer une législation régionale
et nationale interdisant les mutilations génitales féminines, conformément aux obligations
des États en vertu du droit international des droits humains applicable [...] » (2022).25

Au niveau régional, les documents suivants, par exemple, prescrivent explicitement l’interdiction et la
criminalisation des MGF par les lois nationales :

• Le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la
femme en Afrique (Protocole de Maputo), Article 5, demandant aux États parties de « prendre
toutes les mesures législatives et autres mesures afin d’éradiquer ces pratiques et notamment :
[…] interdire par des mesures législatives assorties de sanctions, toutes formes de mutilation
génitale féminine, la scarification, la médicalisation et la paramédicalisation des mutilations
génitales féminines et toutes les autres pratiques préjudiciables ».26

• La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard


des femmes et la violence domestique (Convention d’Istanbul), Article 38, qui oblige les États
parties « à prendre les mesures législatives ou autres nécessaires pour ériger en infractions pénales,
lorsqu’ils sont commis intentionnellement : a) l’excision, l’infibulation ou toute autre mutilation de la
totalité ou partie des grandes lèvres, petites lèvres ou clitoris d’une femme ; b) le fait de contraindre
une femme à subir tout acte énuméré au point a), de le commanditer ou de fournir les moyens à
cette fin ; c) le fait d’inciter une jeune fille à subir tout acte énuméré au point a), de le commanditer
ou de fournir les moyens à cette fin ».27

• La Déclaration du Caire sur les instruments juridiques visant à prévenir des mutilations génitales
féminines, adoptée par les États membres de l’Organisation de la coopération islamique (2003)
qui recommande que les États doivent « adopter une législation spécifique sur les MGF afin
d’affirmer leur engagement de mettre fin à cette pratique et de garantir les droits humains des
femmes et des jeunes filles ».28

8 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
Au niveau sous-régional, au moins un document juridique spécifique est consacré à l’interdiction des
mutilations génitales féminines, en particulier des MGF transfrontalières :

• La Loi sur l’interdiction des mutilations génitales féminines de la Communauté de l’Afrique


de l’Est, adoptée par l’Assemblée législative de l’Afrique de l’Est (2016) qui définit l’infraction
pénale de MGF ainsi que les différentes manières de commettre l’infraction (aider, être complice,
conseiller ou commanditer) et criminalise spécifiquement les MGF transfrontalières entre les
États membres de la Communauté de l’Afrique de l’Est.29
Parmi les instruments relatifs aux droits humains qui obligent les États à criminaliser les MGF, seul
l’Article 38 de la Convention d’Istanbul contient une définition de la pratique, indiquant explicitement
quels actes doivent être criminalisés. C’est la seule disposition d’un traité sur les droits humains qui
stipule les types d’actions (incitation, coercition, commanditer) qui devraient être criminalisées.
En tant que conventions régionales sur les droits humains,30 le Protocole de Maputo et la Convention
d’Istanbul sont juridiquement contraignants pour leurs États membres respectifs et la Loi sur
l’interdiction des MGF est même directement applicable dans les pays de la Communauté de
l’Afrique de l’Est. Les recommandations des organes de traités constituent un « droit souple » pour
les États qui ont ratifié le traité concerné ; les déclarations et les résolutions ne sont pas juridiquement
contraignantes, mais sont des déclarations de volonté politique des États qui les ont acceptées. Bien
que la plupart des documents pertinents sur les droits humains mentionnés dans cette présentation
ne soient pas juridiquement contraignants, ils peuvent être utilisés pour obliger les États à rendre
compte de leurs engagements politiques.

© FNUAP

9 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
© UNICEF/UNI255834/Chinyenze

SECTION III

Étendue des obligations


de l’État

Les normes des droits humains prescrivent explicitement l’obligation pour les États d’interdire
et de criminaliser les MGF. Les obligations des États, telles qu’elles découlent des instruments
relatifs aux droits humains, vont toutefois au-delà de la criminalisation. Les multiples responsabilités
liées à l’élimination des MGF sont dues au fait que cette pratique viole plusieurs droits humains des
femmes et des jeunes filles. En tant que principe général du droit des droits humains, les États sont tenus
de respecter, de protéger et de garantir la jouissance de tous les droits humains et ont donc l’obligation
de prendre les mesures nécessaires pour permettre à chaque individu de jouir de ses droits humains.
Comme le précise le FNUAP,31 les États ont l’obligation positive de prévenir les MGF et d’y répondre
en prenant des mesures législatives et/ou politiques appropriées dans les domaines suivants.

LOIS NATIONALES : En plus de criminaliser les MGF, les États doivent veiller à ce que tous les acteurs
impliqués (police, procureurs, juges) appliquent effectivement la loi et poursuivre les auteurs. Les
obstacles juridiques aux poursuites doivent être levés et des protections juridiques doivent être mises
en place pour les femmes et les jeunes filles exposées au risque de MGF.32 Les États sont en outre tenus
d’adopter des lois et des politiques qui s’attaquent aux causes profondes de la violence à l’égard des
femmes, y compris les MGF. Ils devraient éliminer les discriminations juridiques et pratiques à l’encontre
des femmes dans tous les autres domaines juridiques (par exemple, le droit du travail et les lois sur la
nationalité) et s’attaquer aux rôles sociaux et culturels néfastes attribués aux femmes.33

POLITIQUES : Les États sont invités à mettre en œuvre des politiques, des réglementations, des
protocoles, des normes et des règles afin de garantir l’application effective des cadres législatifs
nationaux sur l’élimination des MGF. Cela peut inclure le développement de plans d’action et de stratégies
nationales pour éradiquer les MGF. Les États devraient également développer des politiques visant à
s’attaquer aux causes profondes des MGF et à favoriser le changement des normes sociales concernant
les rôles discriminatoires de genre en général.

10 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
RESSOURCES FINANCIÈRES : Les États ont été invités à allouer des ressources financières suffisantes
pour mettre en œuvre des politiques et des cadres législatifs visant à éliminer les MGF.

COLLECTE DE DONNÉES : Les États doivent collecter et diffuser des données de base sur la prévalence
des MGF, les tendances, les attitudes et les comportements, ainsi que sur les cas signalés et l’application
de la législation. Les données devraient être ventilées par sexe, âge, localisation géographique et situation
de handicap et être systématiquement analysées afin de diffuser les lois et les politiques. Des normes
claires doivent être mises en place pour collecter des données qualitatives.

PROGRAMMES D’ÉDUCATION, DE FORMATION ET DE SENSIBILISATION : Les États devraient


introduire des programmes d’éducation et de formation appropriés et des campagnes de sensibilisation
sur les MGF afin d’atteindre systématiquement le grand public et les professionnels concernés. De telles
initiatives devraient viser à modifier les attitudes et les stéréotypes dominants concernant les rôles de
genres afin de transformer à terme les normes sociales et de genre qui conduisent aux MGF.

FORMATION DES PROFESSIONNELS : Les États devraient assurer une formation tenant compte
des spécificités de chaque sexe aux travailleurs de la santé à tous les niveaux (infirmières, sages-femmes,
médecins et autres personnels concernés) afin de les empêcher de pratiquer des MGF (« MGF médicalisées »)
et de leur permettre de réagir de manière adéquate aux MGF et/ou d’informer les patientes de leurs
dommages. Idéalement, la formation devrait également sensibiliser et mettre à jour les connaissances des
professionnels dans d’autres domaines, notamment dans le secteur de la justice (police, procureurs, juges).34

SOUTIEN AUX ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE : Les États devraient soutenir les organisations
non gouvernementales et communautaires nationales et locales, ainsi que les institutions religieuses,
culturelles et traditionnelles qui œuvrent à l’élimination des MGF, y compris les groupes locaux de femmes.

SERVICES DE SOUTIEN : Les États devraient veiller à ce que les services de soutien multisectoriels
atteignent les femmes et les jeunes filles soumises à des MGF ou risquant de l’être. Les services incluent
les soins sociaux, psychologiques et sanitaires, y compris la santé sexuelle et reproductive. Lorsque les
MGF entraînent un handicap, les États ont l’obligation de garantir l’accès aux soins afin de corriger les
blessures et de fournir des services psychosociaux et autres services de réadaptation.35 Les États sont
également invités à fournir des services d’hébergement aux personnes menacées de MGF.

IMPLICATION DE TOUS LES ACTEURS : Les États devraient veiller à ce que les acteurs clés de tous les
secteurs, tels que l’éducation, la santé, la justice, la protection sociale, les organisations spécialisées dans
la protection des femmes et des enfants, les forces de l’ordre, les médias et les services d’immigration et
d’asile, collaborent pour éliminer les MGF en adoptant une approche globale, coordonnée et systématique
(coordination horizontale). Une stratégie intégrée pour l’abandon des MGF devrait impliquer de multiples
parties prenantes à tous les niveaux (local, régional, national) ainsi que les autorités traditionnelles et
religieuses (coordination verticale).36

LUTTE CONTRE LES MGF TRANSFRONTALIÈRES :37 Les pays devraient prendre des mesures pour
prévenir et combattre la pratique des MGF transfrontalières,38 qui consiste à emmener des jeunes filles
dans un pays voisin pour qu’elles y subissent des MGF. Les contre-mesures incluent le développement
de mécanismes de coordination et de coopération transnationales avec les pays voisins concernés39 et
l’inclusion de clauses dans les lois pénales nationales qui pénalisent les MGF transfrontalières, que la
pratique soit illégale ou non dans le pays où elles ont été pratiquées.40 D’autres étapes peuvent inclure
l’harmonisation des lois nationales, par exemple en élaborant des lois types régionales, fondées sur
l’utilisation d’une approche centrée sur les victimes et les survivantes.41

11 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
© FNUAP

SECTION IV

Recommandations pour une loi


anti-MGF fondée sur les droits

1. Introduction
Une approche holistique, fondée sur les droits, de la prévention et de la lutte contre les MGF repose sur la
criminalisation de cette pratique. Elle inclut également des efforts soutenus pour lutter contre les normes
sociales et de genre néfastes par le biais de multiples canaux de mobilisation communautaire impliquant
un large éventail de membres de la communauté. Parmi eux figurent les chefs religieux et communautaires,
les hommes et les jeunes garçons, les femmes et les jeunes filles, les jeunes et autres influenceurs clés. Les
services d’aide aux survivantes et aux personnes à risque devraient faire partie d’une approche à plusieurs
niveaux, assortie d’une collecte de données adéquate et de ressources suffisantes pour mettre en œuvre
les lois et les dispositions politiques. Ces éléments se reflètent dans les obligations en matière de droits
humains décrites ci-dessus. Ils peuvent tous être inclus dans une loi anti-MGF complète, couvrant les
aspects pénaux ainsi que d’autres aspects juridiques de la prévention et de la réponse aux MGF.
La présente note technique est axée sur la criminalisation des MGF et examine en détail tous les éléments
pertinents du crime qui devraient idéalement figurer dans une loi pénale, ainsi que les dispositions
pertinentes en matière de procédures pénales dans le sous-chapitre suivant. Les mesures punitives ne
devraient cependant jamais être la seule réponse à l’arrêt des MGF. La criminalisation ne devrait pas être
poursuivie isolément, sans mesures de prévention et de protection supplémentaires ou sans tenir compte
de l’acceptation sociale de la pratique.42 Enfin, il ne peut y avoir une loi anti-MGF de talle unique. Les statuts
doivent toujours tenir compte du contexte, de la culture et des systèmes juridiques locaux. Les aspects
procéduraux du développement d’une loi anti-MGF spécifique au contexte sont abordés ci-dessous.

12 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
2. Éléments de fond d’une loi anti-MGF fondée sur les droits
2.1 Criminalisation des MGF
Comme indiqué ci-dessus, les États ont l’obligation, en matière de droits humains, d’interdire et de
criminaliser les MGF. Cependant, très peu de sources relatives aux droits humains précisent quels actes et
quelles formes de conduite devraient être criminalisés, ce qui donne peu d’indications sur ce à quoi devrait
idéalement ressembler une disposition pénale en matière de MGF. Des normes plus générales en matière
de droits humains ainsi que des principes communs du droit pénal international et national indiquent que
les éléments suivants constituent le minimum d’une « bonne » disposition pénale relative aux MGF.

» Définition claire et complète des MGF


• La définition des actes prohibés étant le fondement d’une infraction pénale, une disposition
portant sur les MGF devrait contenir une telle définition au lieu de faire simplement référence aux
« mutilations génitales féminines » ou à la « circoncision féminine ».43 La définition devrait englober
toutes les formes possibles de MGF, sans laisser d’échappatoire aux formes dites « plus légères ».

• La définition figurant à l’Article 38 de la Convention d’Istanbul qui oblige les États à criminaliser
« l’excision, l’infibulation ou toute autre mutilation de l’ensemble ou d’une partie des grandes
lèvres, des petites lèvres ou du clitoris d’une femme » peut fournir certaines orientations. Cette
définition ne couvre toutefois pas certaines variantes locales des MGF, telles que le grattage du
tissu entourant l’orifice vaginal et l’incision de l’ouverture vaginale.44 Les articles de la Convention
d’Istanbul relatifs au droit substantiel ne définissant que les formes minimales de comportement
que les États sont tenus de criminaliser, il est recommandé que les dispositions pénales nationales
contiennent une définition plus complète des MGF.

• La classification des types de MGF de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) constitue une autre
source d’orientation en matière de définitions.45 Cela inclut une grande variété d’actes spécifiquement
définis, sans exclure aucune forme de MGF. Le type 4 comprend une liste non exhaustive faisant
référence à « toute autre procédure néfaste aux organes génitaux féminins à des fins non médicales ».46

• Si la définition inclut une référence à des « fins médicales » ou à des « raisons thérapeutiques »,
ces éventuelles fins médicales/thérapeutiques doivent être clairement définies afin de ne pas
être utilisées comme échappatoires. Les fins médicales acceptables pour des procédures qui,
techniquement, relèveraient de la définition des MGF peuvent inclure, par exemple, la chirurgie
de réassignation sexuelle.47

13 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

TIRÉS DE LA LÉGISLATION NATIONALE

La Gambie a inclus une description détaillée de tous les actes interdits dans sa disposition
pénale, y compris :

• L’excision du prépuce avec excision partielle ou totale du clitoris (clitoridectomie) ;


• L’excision partielle ou totale des petites lèvres ;
• L’excision partielle ou totale des organes génitaux externes (des petites lèvres et des grandes lèvres)
y compris par suture ;
• La suture à l’aide d’épines, de paille, de fil ou de tout autre moyen visant à relier l’excision des lèvres
et l’incision du vagin, et l’introduction de substances corrosives ou d’herbes dans le vagin afin de
le rétrécir ;
• Les pratiques symboliques impliquant d’entailler ou de piquer le clitoris afin de faire s’écouler
des gouttes de sang ; ou
• La participation à toute forme de mutilation génitale féminine ou d’excision.48

» Les MGF médicalisées sont spécifiquement criminalisées


• Une disposition pénale en matière de MGF doit être appliquée aux procédures pratiquées dans un
cadre médical, car la « médicalisation » des MGF est une tendance croissante.49 Cela s’explique en
partie par la perception que les complications de santé associées sont moindres lorsque ces MGF
sont pratiquées par des professionnels de la santé.

• Idéalement, les MGF médicalisées devraient être explicitement criminalisées au lieu de s’appuyer
sur les principes généraux du droit pénal. Cela comble les vides juridiques et envoie un message
clair : les mutilations génitales féminines médicalisées ne sont en aucun cas moins interdites ou
tolérées par l’État.

• Compte tenu de la position de pouvoir spécifique des professionnels de la santé, en particulier


des médecins, et du préjudice occasionné par la légitimation apparente de la pratique en la
médicalisant, une peine plus lourde devrait être envisagée pour les professionnels de la santé
qui commettent le délit de MGF.50

• Officiellement, cela pourrait être fait soit en définissant les MGF médicalisées comme une
infraction distincte, soit en définissant celles effectuées par un médecin, une sage-femme ou
d’autres parties comme une circonstance aggravante.

• Pour les sanctions spécifiques, y compris les sanctions professionnelles pour les prestataires
de soins de santé, voir la section sur les sanctions ci-dessous.

14 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

DE LA LÉGISLATION NATIONALE ET SOUS-RÉGIONALE

Niger, Code pénal, Loi n° 2003-025

Section III bis. - Mutilation génitale féminine


Article 232.3 : Les peines prévues à l’article précédent sont portées au maximum lorsque
l’auteur de l’infraction appartient à une profession médicale ou paramédicale ; l’interdiction
d’exercer sa profession peut être prononcée pour une durée de […].51

Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2016

Partie II - Mutilation génitale féminine et infractions connexes


4. (2) Une personne commet une infraction de mutilation génitale féminine aggravée lorsque – [...]
(e) les mutilations génitales féminines sont pratiquées par un agent de santé.52

» Les MGF sont criminalisées lorsqu’elles sont pratiquées sur des femmes et des jeunes filles
de tous âges.

• La législation des droits humains est sans ambiguïté en matière de MGF qui violent les droits des
femmes et des jeunes filles, quel que soit leur âge. Une disposition pénale en matière de MGF doit
donc interdire celles-ci non seulement pour les enfants, mais également pour les femmes adultes.53

• Une disposition pénale sur les MGF ne doit toutefois pas s’appliquer à la personne sur laquelle les
MGF ont été pratiquées, même si celle-ci est adulte et/ou a prétendument consenti à la pratique
ou l’a demandée elle-même (voir ci-dessous les différents types de comportements qui devraient
être criminalisés).

• Pour ce qui est de la rédaction de la loi, on peut y parvenir en incluant un terme neutre, tel que
« personne » dans la disposition pénale ou en faisant explicitement référence aux « femmes
et aux jeunes filles » (si ces termes sont définis ailleurs dans le droit pénal).

• Une protection supplémentaire des mineurs pourrait être assurée légalement


par l’intégration de clauses spécifiques aux MGF dans les lois sur la
protection de l’enfance. © FNUAP

15 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

DE LA LÉGISLATION NATIONALE ET SOUS-RÉGIONALE

Égypte, Code pénal (Amendement 2016)

Article 242-bis
[…] quiconque pratique la circoncision (khitan) sur une femme en lui enlevant l’un de ses organes
génitaux extérieurs, partiellement ou totalement, ou inflige une blessure à ces organes sans
nécessité médicale, sera puni de […].54

Cameroun, Code pénal 2016

Article 277.1 : Mutilations génitales


Quiconque mutile l’organe génital d’une personne […].55

» Le consentement aux MGF n’est pas une défense valable pour l’auteur de l’infraction en
vertu du droit pénal.

• Pour les jeunes enfants, cela ressort clairement des dispositions générales du droit pénal dans la
plupart des pays, car les enfants n’ont pas la capacité juridique de consentir à quelque acte que ce soit.

• Une disposition pénale en matière de MGF devrait toutefois garantir que le consentement ne peut
être utilisé comme moyen de défense lorsque la procédure a été pratiquée sur une femme adulte
ou une enfant qui était légalement en mesure de donner son consentement.

• Cela pourrait être fait grâce à une déclaration explicite dans la disposition pénale ou en veillant à
ce que d’autres dispositions générales du droit pénal régissant le consentement comme moyen
de défense ne s’appliquent pas à la disposition en matière de MGF.

EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

TIRÉS DE LA LÉGISLATION NATIONALE

Kenya, Loi sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2011

Partie IV - Infractions
19. Infraction de mutilation génitale féminine
(6) Le fait que la personne victime de l’acte impliquant une mutilation génitale féminine ait
consenti à cet acte ou que la personne inculpée ait cru que ce consentement avait été donné
ne constitue pas un moyen de défense contre une inculpation en vertu du présent article.56

Ouganda, Loi sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2010

Partie II - Infraction de mutilation génitale féminine


9. Consentement de la victime aux mutilations génitales féminines.
Le consentement de la victime à une mutilation génitale féminine ne constitue pas
un moyen de défense en vertu de la présente Loi.57

16 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
» Les types de comportements criminalisés ne devraient pas seulement concerner la pratique
des MGF, mais également le fait de contraindre quelqu’un à subir l’intervention, de la
commanditer, de l’aider ou de l’encourager et, dans certains cas, de la favoriser.

• Les MGF sont généralement pratiquées par plusieurs acteurs qui collaborent, incluant un membre de la
famille qui demande/commandite l’intervention auprès d’un exciseur traditionnel ou d’un professionnel
de la santé, la personne qui pratique l’intervention elle-même, et éventuellement d’autres personnes
(membres de la famille ou apprentis de l’exciseur) qui participent à l’intervention, par exemple en
retenant physiquement la femme/jeune fille ou en aidant l’exciseur.

• Il ne suffit pas de criminaliser le seul comportement de l’exciseur. Une disposition pénale relative aux
MGF devrait être appliquée à tous les acteurs impliqués, à l’exception de la survivante (voir ci-dessus),
car tous ont l’intention de pratiquer les MGF et contribuent à leur réalisation effective.

• La plupart des formes de comportement d’autres acteurs peuvent être appréhendées par les
concepts de droit pénal de complicité.

• En ce qui concerne la criminalisation de la pratique des MGF et les implications pratiques lorsque
des parents ou des membres de la famille demandent des MGF, voir la discussion ci-dessous.

• Lorsque les MGF ont été demandées ou obtenues par une femme adulte pour elle-même, son
comportement ne doit pas être criminalisé. Les femmes qui choisissent de subir des mutilations
génitales féminines le font très probablement sous l’effet d’une énorme pression sociétale qui les
pousse à se conformer aux normes de genre et/ou tentent peut-être d’atténuer les répercussions du
fait de ne pas avoir été excisées dans une communauté pratiquant les MGF. La disposition pénale
devrait être formulée de manière à faire explicitement référence au fait de demander ou d’obtenir
que des MGF soient pratiquées sur une autre personne.

• Encourager les MGF pourrait être érigé en infraction pénale dans certaines circonstances, y compris
lorsqu’il s’agit d’une incitation de la part de personnes occupant une certaine position de leadership
et/ou de personnes exerçant des fonctions publiques, telles que des chefs religieux, des chefs de
communauté, des fonctionnaires, des enseignants, des agents de police, des professionnels de la
santé et des politiciens élus. En tant que principe général du droit pénal, l’encouragement public à
commettre une infraction pénale devrait être érigé en infraction, en particulier lorsqu’il émane d’un
agent public.

• L’article 38 de la Convention d’Istanbul fournit des indications en matière de droits humains


sur les types de comportements qui devraient être criminalisés. Celle-ci exige des États parties
qu’ils criminalisent non seulement l’acte d’excision proprement dit, mais également le fait de
« contraindre une femme ou de commanditer » et d’« inciter, contraindre une jeune fille ou de
commanditer pour qu’elle subisse » l’un des actes énumérés dans la disposition. Dans un article
distinct, la Convention exige des États qu’ils criminalisent l’aide et la complicité dans l’acte même
d’excision ou de mutilation d’une femme ou d’une jeune fille.

17 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

TIRÉS DE LA LÉGISLATION NATIONALE

La plupart des pays disposant d’une législation sur les MGF criminalisent au moins certaines formes
de sollicitation, d’organisation et d’assistance aux MGF. Certains d’entre eux criminalisent également
de manière explicite l’incitation, par exemple :

Nigeria, Loi de 2015 sur la violence à l’encontre des personnes (prohibition)

Section 6 – Prohibition de l’excision ou des mutilations génitales féminines


(4) Quiconque incite, aide, encourage ou conseille une autre personne à commettre le délit prévu à la
sous-section (2) de la présente section commet un délit et est passible d’une condamnation à […].58

Éthiopie, Proclamation n° 414/2004 - Code pénal

Article 570 – Incitation à ne pas appliquer les dispositions interdisant les pratiques traditionnelles
préjudiciables
Toute personne qui, publiquement ou de toute autre manière, incite ou provoque autrui à ignorer
les dispositions du présent code interdisant les pratiques traditionnelles préjudiciables, ou
organise un mouvement visant à promouvoir un tel objectif, ou participe à un tel mouvement,
ou adhère à ses projets, est passible de […].59

COMPLEXITÉ DE LA CRIMINALISATION DE LA DEMANDE OU DE


L’ACQUISITION DE MGF
Inclure les demandes de MGF dans les dispositions pénales soulève des problèmes complexes dans
la pratique, en particulier lorsqu’elles sont appliquées aux parents d’une mineure. Les organisations
de la société civile de plusieurs pays ont fait part de leurs inquiétudes quant aux effets potentiels de
la criminalisation des parents.
Imposer des peines à l’un ou aux deux parents d’une enfant ayant survécu à une MGF peut
avoir des effets négatifs involontaires, en particulier lorsque des peines d’emprisonnement sont
imposées. Cela pourrait laisser l’enfant sans protecteur, le traumatiser davantage et/ou avoir des
conséquences négatives sur sa situation économique. À cet égard, la condamnation des membres
de la famille, des parents en particulier, pourrait ne pas être dans l’intérêt supérieur de l’enfant.
Par ailleurs, dans les sociétés où le pouvoir de décision des femmes est fortement limité et où les
mères peuvent être soumises à une pression considérable pour se conformer aux normes sociales, la
décision de faire exciser leurs filles peut ne pas être prise librement. Dans de nombreux cas, elles seront
soumises à d’énormes pressions de la part d’autres membres de la famille ou de leur communauté et
agiront dans l’intention d’éviter d’éventuelles conséquences sociétales négatives pour l’enfant. Dans
certaines situations, lorsque la pression est suffisamment concrète pour s’apparenter à de la coercition,
cela pourrait même soulever des questions juridiques concernant la responsabilité pénale.
D’autre part, exempter les parents de toute responsabilité dans la disposition pénale elle-même
pourrait envoyer un message erroné selon lequel l’État tolère la demande de MGF, la loi n’atteignant
alors pas l’objectif de dissuasion qu’elle s’est fixé. Exempter certaines catégories d’auteurs, comme
les parents, de poursuites pénales est en outre difficile à concilier avec les principes généraux
du droit pénal qui exigent de poursuivre tout auteur, la relation entre l’auteur et la victime n’étant
généralement considérée que comme une circonstance atténuante ou aggravante, si tant est
qu’elle existe. La Convention d’Istanbul, le seul instrument relatif aux droits humains qui indique
explicitement quels types de comportements doivent être criminalisés, prévoit également de
criminaliser le fait de « commanditer pour qu’une femme ou une jeune fille subisse des MGF ».

18 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
Un examen des différentes lois nationales sur les MGF révèle que la plupart d’entre elles criminalisent
le fait de demander ou de commanditer une MGF (ce qui, dans la pratique, est le plus souvent le fait
des parents ou d’autres membres de la famille proche). Certains mentionnent même explicitement
ce groupe d’auteurs potentiels :
« Toute personne qui aide, assiste ou demande les services d’un praticien de MGF... » (Bénin) ;
« Toute personne qui demande, incite ou promeut la MGF... » (Érythrée et Gambie) ; « Toute
personne qui demande une [circoncision] pour une femme et la [circoncision] a eu lieu à sa
demande... » (Égypte) ; « Toute personne qui commande une MGF... » (Éthiopie) ; « Toute personne
qui commandite, aide et encourage une MGF... » (Kenya) ; « Toute personne qui commandite
une MGF... » (Sénégal et Tanzanie) ; « Quiconque commandite ou encourage les MGF... » (Togo) ;
« Quiconque commandite, aide et encourage les MGF... » (Ouganda) ; « Parents et proches des
victimes (jusqu’au quatrième degré) pour avoir commandité des MGF... » (Côte d’Ivoire).
Une façon possible de résoudre ce dilemme juridique est de suspendre les peines pour les parents
dans la pratique judiciaire tout en ne les exemptant pas de la responsabilité pénale dans la disposition
légale. En tout état de cause, la criminalisation des parents en tant qu’auteurs d’actes criminels ne
devrait avoir lieu qu’en dernier recours. Le cadre juridique devrait mettre l’accent sur les mesures de
protection des enfants, telles que les lignes d’assistance téléphonique.60

» Les tentatives de MGF sont également criminalisées


• En tant que principe général du droit pénal, la tentative de commettre une infraction devrait
également être criminalisée, bien qu’avec une peine moins sévère.

• Les dispositions pénales en matière de MGF devraient contenir une référence


aux tentatives de pratiquer des MGF ou garantir que les dispositions générales
du droit pénal stipulant les règles relatives aux tentatives s’appliquent
également aux MGF.

© UNICEF/UN0218593/Noorani

19 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

TIRÉS DE LA LÉGISLATION NATIONALE

Burkina Faso, Loi N° 025-2018/AN du 31 mai 2018 sur le Code pénal (révisé)

Section 2 : Mutilation génitale féminine


Article 513-7
Quiconque porte ou tente de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital de la femme par
ablation, par excision, par infibulation, par insensibilisation ou par tout autre moyen sera
puni d’une peine d’emprisonnement d’un à dix ans et d’une amende de [...],
En cas de décès, la peine est une peine d’emprisonnement de 11 à 21 ans, assortie d’une
amende de [...].61

Ouganda, Loi sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2010

Partie II - Infraction de mutilation génitale féminine


5. Tentative de mutilation génitale féminine.
Toute personne qui tente de pratiquer une mutilation génitale féminine commet une
infraction et encourt, sur déclaration de culpabilité […].62

» Les MGF transfrontalières sont criminalisées :


• Les MGF transfrontalières étant une préoccupation croissante, les dispositions pénales
devraient également s’appliquer aux situations dans lesquelles les femmes et les jeunes filles
sont emmenées dans un autre pays où les MGF ne sont pas criminalisées ou dans lequel les
dispositions ne sont pas appliquées, afin de subir l’intervention.

• Cela peut être fait de deux manières. La première consiste à établir une compétence extraterritoriale
sur l’infraction, en d’autres termes, en prévoyant légalement l’application de l’infraction pénale aux
situations où les MGF ont été pratiquées dans un autre État, mais par des ressortissants ou sur
des ressortissants de l’État qui légifère.63 La seconde consiste à criminaliser le fait d’emmener une
femme ou une jeune fille dans un autre pays pour y subir des MGF en tant que telles. Idéalement,
une disposition pénale devrait inclure une combinaison de ces deux approches.

• Lorsqu’il s’agit de criminaliser les actions de ressortissants (ou contre des ressortissants) dans un
autre État, la double incrimination ne doit pas être une condition pour engager des poursuites dans
l’État qui légifère. En d’autres termes, le fait que les MGF soient ou non criminalisées dans l’État où
elles ont été pratiquées n’est pas pertinent.64

• Des orientations en matière de droits humains peuvent être tirées de la Convention d’Istanbul, qui
demande aux États membres de criminaliser les MGF lorsqu’elles sont commises par ou contre l’un de
leurs ressortissants ou une personne ayant sa résidence habituelle dans leur pays, et de prendre les
mesures législatives ou autres nécessaires pour s’assurer que leur compétence n’est pas subordonnée
à la condition que les actes soient criminalisés sur le territoire où ils ont été commis.65 Le Comité pour
l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et le Comité des droits de l’enfant, dans leur
recommandation/commentaire général(e) conjoint(e) sur les pratiques préjudiciables, demandent
aux États de criminaliser les mutilations génitales féminines transfrontalières.66

20 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

DE LA LÉGISLATION NATIONALE ET SOUS-RÉGIONALE

Kenya, Loi sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2011

Partie IV - Infractions
21. Commanditer une personne pour qu’elle procède à une mutilation génitale féminine dans un
autre pays
Une personne commet une infraction si elle emmène une autre personne du Kenya vers un
autre pays, ou si elle organise l’entrée d’une autre personne au Kenya en provenance d’un
autre pays, dans l’intention de la soumettre à des mutilations génitales féminines.
28. Extraterritorialité de la compétence
(1) Une personne qui, tout en étant citoyenne du Kenya ou en y résidant de manière
permanente, commet un acte à l’étranger qui constituerait une infraction au titre de
la section 19 [Infraction de mutilation génitale féminine] si elle avait été commise au
Kenya, se rend coupable d’une telle infraction au titre de la présente Loi.
(2) Une personne ne peut être condamnée pour une infraction visée à la sous-section (1)
si elle a été acquittée ou condamnée dans le pays où l’infraction a été commise.67

Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2016

Partie II - Mutilation génitale féminine et infractions connexes


6. Une personne commet une infraction si elle emmène une autre personne d’un État
partenaire vers un autre État partenaire ou un autre pays, ou si elle fait en sorte qu’une
autre personne soit amenée dans un État partenaire en provenance d’un autre pays dans
l’intention de la soumettre à des mutilations génitales féminines.68

» Les peines encourues pour les MGF sont proportionnelles à la gravité de l’infraction
• Les États devraient prévoir des sanctions conformes à celles imposées pour des infractions
de gravité similaire liées à l’atteinte à l’intégrité physique, tout en examinant les implications de
l’imposition de peines d’emprisonnement ou de sanctions financières aux auteurs dont dépend
la survivante, tels que les parents d’une mineure.

• Les sanctions devraient tenir compte de facteurs aggravants, tels que le dommage causé par
l’intervention (p. ex., le décès ou le handicap de la victime, le VIH et d’autres infections) et les
caractéristiques personnelles de l’auteur (p. ex., s’il s’agit d’un professionnel de la santé et/ou
d’un récidiviste).

• Les sanctions devraient également inclure des sanctions professionnelles, telles que la radiation
ou la suspension de l’exercice de la profession, lorsque des prestataires de soins de santé ou des
personnes exerçant une fonction publique sont impliqués.

• Les États devraient envisager d’inclure la possibilité pour les survivantes des MGF de réclamer
une compensation (financière) aux auteurs, qui pourrait être décidée dans le cadre du procès pénal
(en plus et non à la place de la peine imposée par le tribunal).69 La Convention d’Istanbul (article 30)
et le Protocole de Maputo (article 25) fournissent des orientations en matière de droits humains
sur les droits des survivantes à une indemnisation ou à une réparation.

21 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

DE LA LÉGISLATION NATIONALE ET SOUS-RÉGIONALE

Égypte, Code pénal (Amendement 2021)

• Aux termes de la nouvelle loi, les médecins et les infirmières qui pratiquent des MGF sont passibles
d’une peine de dix ans d’emprisonnement, contre cinq à sept ans pour les autres personnes
pratiquant des MGF.
• Si une victime meurt des suites d’une MGF, l’auteur est passible d’une peine de 10 ans
d’emprisonnement s’il n’est pas médecin, et de 10 à 20 ans s’il est médecin ou infirmier.
• De plus, le projet de loi exige que la clinique médicale privée où a eu lieu la MGF soit fermée pour
une période pouvant aller jusqu’à cinq ans.
• Elle prévoit également la publication d’une annonce dans deux journaux à large diffusion et sur des
sites Internet déterminés par le tribunal afin de faire connaître le nom de la clinique et les raisons
de sa fermeture.
• En outre, elle autorise le tribunal à suspendre les professionnels de la santé qui ont participé
à l’intervention pour une durée pouvant aller jusqu’à cinq ans.70

Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2016

Partie II - Mutilation génitale féminine et infractions connexes


4 (2) Une personne commet une infraction de mutilation génitale féminine aggravée lorsque
a. un décès survient à la suite d’une mutilation génitale féminine ;
b. l’auteur de l’infraction est un parent, un tuteur ou une personne ayant autorité
ou contrôle sur la victime ;
c. la victime souffre d’un handicap à la suite de la mutilation ;
d. la victime est infectée par le VIH à la suite de l’acte de mutilation génitale féminine ; ou
e. la mutilation génitale féminine est pratiquée par un agent de santé.71

» Les tribunaux peuvent délivrer des ordonnances de protection pour protéger les femmes et
les jeunes filles menacées de MGF

• Il devrait être légalement possible (que ce soit dans le cadre du droit pénal ou d’autres lois, par exemple
les lois civiles) de demander des ordonnances de protection auprès des tribunaux compétents.

• Des ordonnances de protection devraient être émises pour empêcher les MGF lorsqu’un risque
est imminent.

• Idéalement, les ordonnances de protection devraient être associées à des mesures de soutien pour
les femmes et les jeunes filles qui en font la demande (voir ci-dessous).

• Les recommandations générales du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes
et du Comité des droits de l’enfant relatives à l’obligation pour les États d’introduire la possibilité légale
d’ordonnances de protection pour les survivantes de la violence basée sur le genre en général et des
pratiques préjudiciables en particulier peuvent servir d’orientation en matière de droits humains.72

22 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
EXEMPLES DE BONNES PRATIQUES

DE LA LÉGISLATION NATIONALE ET SOUS-RÉGIONALE

Ouganda (Droit coutumier), Loi sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2010

Partie III - Ordonnances du tribunal et compétence


14. Pouvoirs spéciaux du tribunal
(1) U
 n tribunal de magistrat peut, s’il est convaincu qu’une jeune fille ou une femme
est susceptible de subir une mutilation génitale féminine, sur demande de toute
personne, émettre une ordonnance de protection.
(2) L
 orsque l’ordonnance de protection est émise à l’égard d’une enfant, le Tribunal
des Affaires familiales peut émettre des ordonnances appropriées pour l’enfant
s’il l’estime nécessaire.73

Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est sur l’interdiction des mutilations génitales féminines, 2016

Partie II - Mutilation génitale féminine et infractions connexes


13. U
 n tribunal d’un État partenaire peut, s’il est convaincu qu’une jeune fille ou une femme
est susceptible de subir une mutilation génitale féminine, sur demande de toute personne,
émettre une ordonnance de protection.74

» Les procédures pénales doivent être sensibles au genre et aux enfants


• Le droit procédural pénal doit garantir la protection de la sécurité des survivantes et des témoins
pendant les procès, par exemple en leur permettant de témoigner en l’absence de l’auteur de l’infraction.

• Le droit procédural pénal devrait également prévoir la protection de l’anonymat des survivantes et
des témoins ; cela pourrait impliquer d’exclure le public des audiences orales et/ou de supprimer
les données à caractère personnel de la survivante des dossiers du tribunal.

• Dans le cadre des enquêtes criminelles, la loi de procédure pénale devrait définir des procédures
sensibles au genre et à l’enfant pour l’interrogatoire des survivantes et la collecte de preuves. Au niveau
politique, la mise en place d’unités d’enquête spécialisées au sein de la police peut être justifiée.75

• Le droit de procédure pénale devrait prévoir une assistance juridique


gratuite pour les survivantes des MGF.76 Le Comité pour © FNUAP
l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et le
Comité des droits de l’enfant et la Convention d’Istanbul
(Article 57), dans leurs recommandations/commentaires
généraux conjoints sur les pratiques préjudiciables,77
fournissent des orientations en matière de droits
humains sur l’assistance juridique gratuite.

• Le délai de prescription pour engager


une procédure judiciaire devrait être
suffisamment long pour permettre de
faire un signalement après la majorité
de la survivante. La Convention d’Istanbul
(Article 58) fournit des orientations en
matière de droits humains.78

23 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
De nombreux éléments décrits ici figurent dans la Loi type sur les MGF de 2020 élaborée par un cabinet
de conseil juridique privé, la Fondation Thomson Reuters, en collaboration avec une ONG britannique,
28TooMany.79 Aucune organisation intergouvernementale internationale ou régionale n’a développé de
loi type ou d’orientation sur les lois anti-MGF fondées sur les droits.
Alors que les États sont tenus d’interdire et de criminaliser les MGF, la criminalisation n’est pas une fin
en soi, mais un moyen de dissuader la pratique. À ce titre, il s’agit de l’une des nombreuses mesures de
prévention. Pour réussir à éliminer les MGF, il faut prendre de nombreuses autres mesures pour prévenir
et combattre cette pratique.

2.2 Au-delà de la pénalisation : approches à plusieurs niveaux pour la prévention et la


réponse aux MGF
Comme souligné tout au long de la présente note technique, la criminalisation des MGF ne suffit pas
à elle seule à éliminer cette pratique. Les États ont des obligations en matière de droits humains qui
vont au-delà de l’interdiction et de la criminalisation de cette pratique, comme le soulignent différents
documents et mécanismes en matière de droits humains. Un cadre juridique relatif aux MGF devrait, de
plus, criminaliser la pratique et traiter des autres obligations de l’État en matière de droits humains pour
prévenir cette pratique et y répondre.
Lors de l’élaboration ou de la modification d’une loi contre les MGF, les États devraient envisager une
législation globale intégrant tout ou partie des aspects liés aux ressources financières, à la collecte de
données, aux programmes de formation et de sensibilisation, au soutien aux organisations de la société
civile et aux services d’appui. Elle pourrait s’inspirer des exemples de bonnes pratiques en matière de lois
générales sur la violence à l’égard des femmes, comme en Tunisie.

APPROCHE GLOBALE DE LA TUNISIE POUR ÉLIMINER LA VIOLENCE À


L’ÉGARD DES FEMMES
La loi tunisienne sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes repose sur quatre piliers : la
prévention de la violence, la protection des femmes victimes de violence, la pénalisation des auteurs de
violence et les procédures, services et institutions qui soutiennent les femmes victimes de violence.80
Outre les dispositions pénales, la loi prévoit des obligations de grande envergure pour l’État :
introduire des politiques et des plans d’action nationaux ; établir des partenariats et soutenir les
organisations de la société civile travaillant dans ce domaine ; mettre en œuvre des programmes
éducatifs et des formations pour les professionnels concernés, tels que les agents de santé,
les travailleurs sociaux et les officiers de police ; fournir des services de santé et des mesures
de protection urgentes, telles que des ordonnances d’interdiction ; garantir l’accès à un soutien
psychosocial et juridique ainsi qu’à des refuges sûrs pour les survivantes et sauvegarder les droits
des victimes au cours des procédures pénales.81
La loi reconnaît que la violence à l’égard des femmes constitue une forme de discrimination et une
violation des droits humains. Elle appelle donc également à prendre de multiples mesures pour
éliminer les pratiques discriminatoires, notamment en matière de salaires et de protection sociale.82

24 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
De même, un cadre juridique sur les MGF devrait, en plus de criminaliser la pratique, aborder les autres
obligations de l’État en matière de droits humains décrites ci-dessus, notamment pour prévenir les MGF
et y répondre. Introduire une loi homogène sur les MGF qui aborde tous les aspects de la prévention
et de la réponse, comme dans l’exemple de la loi tunisienne sur la violence de genre, n’est toutefois
qu’une approche possible. Inclure des dispositions dans différentes lois, le cas échéant, et introduire des
politiques, des stratégies et/ou des règlements pour couvrir les différents aspects de la prévention et de
la réponse peut également être une bonne solution, tant qu’elle assure la complémentarité et les liens
entre les différentes lois et règlements.
Lorsqu’il existe déjà un cadre juridique complet pour la violence de genre, p. ex. pour la violence domestique,
les États pourraient envisager d’intégrer les MGF dans ces lois. Cela pourrait signifier que les obligations
déjà établies des États, telles que la conduite d’activités de sensibilisation, le développement de plans
d’action, l’offre de services de santé aux survivants et d’autres actions, s’appliqueraient également aux MGF.
Cela pourrait contribuer à garantir légalement que les survivantes des MGF puissent accéder aux services
de soutien qui existent déjà pour les survivants de la violence de genre, tels que les services de conseil, les
services de santé et l’aide juridique.

3. Aspects procéduraux d’une loi anti-MGF fondée sur les droits


Si les points évoqués ci-dessus sont des recommandations concernant les éléments substantiels d’une
loi anti-MGF, au niveau de la procédure, une telle loi ne devrait pas être imposée du haut vers le bas. Au
contraire, selon une approche fondée sur les droits humains, elle devrait idéalement être créée par le biais
d’un processus participatif impliquant les organisations de la société civile et le public - en d’autres termes,
les détenteurs de droits individuels. Cette approche est conforme aux recommandations des mécanismes
des droits humains appelant à ce que les processus de rédaction législative soient pleinement inclusifs et
participatifs,83 ainsi qu’aux recommandations élaborées par la réunion du groupe d’experts sur l’élimination
des MGF organisée en 2020 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.84
Elle reflète également l’approche de la programmation de la FNUAP fondée
sur les droits humains. Cette approche est décrite dans une note
d’orientation de 202085 qui souligne l’importance de la participation
de la société civile et du public à tous les niveaux de la prise © UNICEF/UN0218593/Noorani
de décision sur les questions qui les concernent.
Lorsqu’elle est appliquée à la rédaction ou à
la modification d’une loi contre les MGF, cette
approche signifie que les gouvernements
doivent solliciter les contributions et les
réactions des survivantes des MGF ainsi
que des organisations spécialisées
de la société civile sur le contenu
substantiel de la loi. Des mesures ciblées
de sensibilisation et de mobilisation
sociale devraient permettre au public
de mieux connaître les MGF,86 à la fois
pour alimenter le processus de rédaction
et obtenir un soutien en faveur de la
législation. Une pratique centrée sur les
survivantes consiste à mener des enquêtes
publiques sur les MGF, comme le souligne
le document de base du FNUAP pour 2020,
Conduite d’enquêtes publiques aux fins de
l’éradication des mutilations génitales
féminines.87

25 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
Références

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news-room/fact-sheets/detail/female-genital-mutilation.

26 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
Notes en fin de document

1. Pour des orientations sur la mise en œuvre des 11. Voir FNUAP, 2014. Niveau international : Article 3
lois relatives à la santé sexuelle et reproductive, de la Déclaration universelle des droits de l’homme ;
veuillez consulter la publication du FNUAP à Article 6 du Pacte international relatif aux droits
paraître prochainement, From Paper to Practice : civils et politiques ; Article 6 de la Convention relative
How to maximize the potential of supportive aux droits de l’enfant. Niveau régional : Article 2 de
sexual and reproductive health laws. la Convention européenne des droits de l’homme ;
Article 4 de la Convention américaine relative aux
2. OMS, 2008. droits de l’homme ; Article 4, alinéa a) de la Convention
3. Réseau End FGM et Égalité maintenant, 2020. de Belém do Para ; Article 4 de la Charte de Banjul ;
Voir également FNUAP et UNICEF, 2020, p. 6. Article IV, paragraphe 1 du Protocole de Maputo ;
Article 5 de la Charte africaine des droits et du
4. Réseau End FGM et Égalité maintenant, 2020, p. 11 bien-être de l’enfant ; Article 5 de la Charte arabe.

5. FNUAP et UNICEF, 2020, pp. 13–15 12. Voir FNUAP, 2014. Niveau international : Article 1
de la Déclaration universelle des droits de l’homme ;
6. Ibid.
Article 9 du Pacte international relatif aux droits civils
7. Réseau End FGM et Égalité maintenant, 2020, p. 18 et politiques ; Article 19 de la Convention relative
aux droits de l’enfant. Niveau régional : Article 5 de
8. Voir Banque mondiale, 2020, et les rapports nationaux la Convention européenne des droits de l’homme ;
de 28TooMany sur https://www.28toomany.org/ Convention d’Istanbul en général ; Article 7 de la
thematic/law-and-fgm/. Convention américaine relative aux droits de l’homme ;
Article 4, alinéa b) de la Convention de Belém do
9. Voir FNUAP, 2014, avec de nombreuses références
Para ; Article 4 de la Charte de Banjul ; Article IV,
à la jurisprudence pertinente des organes
paragraphe 1 du Protocole de Maputo ; Article 16,
de traités relatifs aux droits humains.
paragraphe 1 de la Charte africaine des droits et du
10. Le droit de ne pas subir de discrimination fondée sur bien-être de l’enfant ; Article 14 de la Charte arabe.
le sexe est énoncé dans les documents internationaux
13. Voir FNUAP, 2014. Niveau international : Article 12
et régionaux suivants. Niveau international : Article 2
du Pacte international relatif aux droits économiques,
de la Déclaration universelle des droits de l’homme ;
sociaux et culturels ; Article 24 de la Convention relative
Articles 2, 3 et 26 du Pacte international relatif aux droits
aux droits de l’enfant. Niveau régional : Article 11 de
civils et politiques ; Article 2 du Pacte international
la Charte sociale européenne ; Article 10 du Protocole
relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;
additionnel à la Convention américaine relative aux
Article 2 de la Convention sur l’élimination de toutes
droits de l’homme traitant des droits économiques,
les formes de discrimination à l’égard des femmes ;
sociaux et culturels (Protocole de San Salvador) ; Article
Article 2 de la Convention relative aux droits de
16 de la Charte de Banjul ; Article XIV du Protocole de
l’enfant. Niveau régional : Article 14 de la Convention
Maputo ; Article 14 de la Charte africaine des droits et
européenne des droits de l’homme ; Article 1 du
du bien-être de l’enfant ; Article 39 de la Charte arabe.
Protocole n° 12 de la Convention européenne des droits
de l’homme ; Article 4, paragraphe 2, de la Convention 14. Voir FNUAP, 2014. Niveau international : Article 5
d’Istanbul ; Articles 1 et 24 de la Convention américaine de la Déclaration universelle des droits de l’homme ;
relative aux droits de l’homme ; Article 6, alinéa a), Article 1 de la Convention contre la torture et autres
de la Convention interaméricaine pour la prévention, peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
la sanction et l’élimination de la violence contre la Article 7 du Pacte international relatif aux droits civils
femme (Convention de Belém do Para) ; Articles 2, 18, et politiques ; Article 37 de la Convention relative aux
paragraphe 3, et 28 de la Charte africaine des droits de droits de l’enfant. Niveau régional : Article 3 de la
l’homme et des peuples (Charte de Banjul) ; Article II du Convention européenne des droits de l’homme ; Article
Protocole de Maputo ; Article 3 de la Charte africaine 5 de la Convention américaine relative aux droits de
des droits et du bien-être de l’enfant ; Article 3 de la l’homme ; Article 4, alinéa d) de la Convention de Belém
Charte arabe des droits humains (charte arabe). do Para ; Article 5 de la Charte de Banjul ; Article IV,
paragraphe 1 du Protocole de Maputo ; Article 16,
paragraphe 1 de la Charte africaine des droits et du
bien-être de l’enfant ; Article 8 de la Charte arabe.

27 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
15. C’est le seul droit humain qui n’est pas mentionné ou 25. Résolutions du Conseil des droits de l’homme
discuté dans la publication du FNUAP citée ci-dessus. A/HRC/RES/32/21, 1er juillet 2016, paragraphe 3 ;
Il est ajouté ici par souci d’exhaustivité. L’effet des MGF A/HRC/38/L.9, 2 juillet 2018, paragraphe 9, alinéa e) ;
sur la vie sexuelle des femmes en particulier est souvent A/HRC/44/L.20, 14 juillet 2020, paragraphe 2 ;
négligé dans la littérature et les orientations politiques. A/HRC/50/L.15/Rev.1, 6 juillet 2022, paragraphe 4.
Voir FNUAP, 2014. Niveau international : Article 12 de la
Déclaration universelle des droits de l’homme ; Article 17 26. Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques ; peuples relative aux droits de la femme en Afrique, adoptée
Article 16 de la Convention relative aux droits de l’enfant. par l’Union africaine en 2003 (entrée en vigueur en 2005).
Niveau régional : Article 8 de la Convention européenne des
27. Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et
droits de l’homme ; Article 11 de la Convention américaine
la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la
relative aux droits de l’homme ; Article 18 de la Charte
violence domestique (entrée en vigueur en 2014).
de Banjul ; Article 10 de la Charte africaine des droits et
du bien-être de l’enfant ; Article 21 de la Charte arabe.
28. Déclaration du Caire sur les instruments juridiques pour
prévenir les mutilations génitales féminines, suite à la
16. Voir FNUAP, 2014. Niveau international : Convention
Consultation afro-arabe d’experts sur les instruments
relative aux droits de l’enfant, en particulier l’Article 24.
juridiques visant à prévenir les mutilations génitales
Niveau régional : Charte africaine des droits et du
féminines qui s’est tenue au Caire, figurant dans A/C.3/58/3,
bien-être de l’enfant, en particulier l’Article 21.
paragraphe 1. Notez que, bien que cette déclaration
17. Programme d’action de la Conférence internationale ne fasse pas explicitement référence à la législation
sur la population et le développement qui s’est tenue pénale, le reste de la déclaration indique clairement
au Caire (Égypte) en 1994, paragraphe 4.22. que c’est ce à quoi le paragraphe 1 fait référence. La
Déclaration a été adoptée par : Le Bénin, le Burkina Faso,
18. Déclaration et Programme d’action de Beijing adoptée le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, la
lors de la quatrième conférence mondiale sur les femmes Côte d’Ivoire, Djibouti, l’Égypte, l’Érythrée, l’Éthiopie, la
à Beijing (Chine) en 1995, paragraphe 125, alinéa i). Gambie, le Ghana, la Guinée, le Kenya, le Libéria, le Mali, la
Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone,
19. Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard la Somalie, le Soudan, la Tanzanie, le Togo et l’Ouganda.
des femmes des Nations Unies, Recommandation
générale n° 24 : Article 12 de la Convention (Femmes 29. Voir la Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est
et Santé), 1999, A/54/38/Rev., paragraphe 15, alinéa d). sur l’interdiction des mutilations génitales féminines,
Articles 4 à 6, disponible sur http://www.eala.org/
20. Résolution du Comité sur la condition de la documents/view/the-eac-prohibition-of-female-
femme, 54/7, E/CN.6/2010/11, paragraphe 6. genital-mutilation-bill2016. Les États membres de la
Communauté sont : le Burundi, le Kenya, le Rwanda,
21. Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies l’Ouganda et la République-Unie de Tanzanie.
A/RES/67/146 (2012), paragraphe 4 ; réitérée dans
A/RES/69/150 (2014), paragraphe 4 ; A/RES/71/168, 30. L’Asie et le Pacifique n’ont pas de convention ou de
(2016), paragraphe 4 ; A/RES/73/149 (2018), mécanisme régional en matière de droits humains.
paragraphe 6 ; A/RES/75/160 (2020), paragraphe 6
(réitérée dans une formulation légèrement différente). 31. Voir FNUAP, 2014.

22. Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies 32. Comparer avec la Recommandation/observation
A/C.3/77/L.18/Rev.1 (2022), paragraphe 2. générale conjointe n° 31 du Comité pour l’élimination
de la discrimination à l’égard des femmes et
23. Recommandation/observation générale conjointe n° 18 du Comité des droits de l’enfant sur les
n° 31 du Comité pour l’élimination de la discrimination pratiques préjudiciables, paragraphe 54.
à l’égard des femmes et n° 18 du Comité des droits
de l’enfant sur les pratiques préjudiciables, CEDAW/C/ 33. Comparer avec l’Article 5 de la Convention sur
GC/31-CRC/C/GC/18, 4 novembre 2014, paragraphe 12. l’élimination de toutes les formes de discrimination à
l’égard des femmes et la Recommandation générale n°
24. Comité des droits économiques, sociaux et culturels, 35 du Comité pour l’élimination de la discrimination à
Observation générale n° 22 relative aux droits en matière l’égard des femmes sur la violence de genre à l’égard
de santé sexuelle et procréative (Article 12 du Pacte des femmes, mettant à jour l’Observation générale
international relatif aux droits économiques, sociaux et n° 19 (CEDAW/c/GC/35), paragraphes 29–33.
culturels), 2016, E/C.12/GC/22, paragraphe 49, alinéa d).

28 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
34. C’est une extension de ce qui a été élaboré dans 45. WHO, 2020.
la publication susmentionnée de 2014 de la FNUAP
concernant la formation des professionnels, qui s’est 46. L’utilisation de la définition de l’OMS des MGF comme
concentrée sur la formation des professionnels de la santé. base d’une définition dans une disposition pénale a été
En ce qui concerne la formation d’autres professionnels, suggérée par la Déclaration du Caire sur les instruments
voir, par exemple, Résolution de l’Assemblée générale des juridiques pour prévenir les MGF (paragraphe 4).
Nations Unies A/C.3/77/L.18/Rev.1 (2022), paragraphes 3, 47. Fondation Thomson Reuters et 28TooMany, 2020, p. 35.
16 et 18, et Résolution du Conseil des droits de l’homme
A/HRC/50/L.15/Rev.1, 6 juillet 2022, paragraphe 9, alinéa b). 48. Section 32A, paragraphe 3 de la Loi gambienne
de 2015 sur les femmes (Amendement).
35. De plus, outre les sources référencées dans le FNUAP, Voir Banque mondiale, 2020, p. 36.
2014, la Convention relative aux droits des personnes
handicapées contient un article établissant un 49. La résolution la plus récente de l’Assemblée
droit à l’adaptation et à la réadaptation (article 26, générale des Nations Unies sur les MGF appelle
paragraphe 1). Ainsi, lorsque la MGF entraîne un les États à s’attaquer à la médicalisation. Voir
handicap, les survivantes ont droit à des services A/C.3/77/L.18/Rev.1, paragraphe 9.
de réadaptation médicale et psychosociale.
50. OMS, 2010, p. 14
36. Voir également le Haut-Commissariat des Nations
51. Voir Banque mondiale, 2020, p. 47.
Unies aux droits de l’homme, 2020, paragraphe 7.
52. Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est sur
37. Cette section est un plus par rapport aux obligations
l’interdiction des mutilations génitales féminines, p. 6
des États élaborées dans la publication 2014 du
FNUAP, fondée sur les nouveaux développements 53. Ce n’est pas le cas actuellement dans plusieurs lois
des résolutions de 2022 de l’Assemblée générale des sur les MGF, p. ex. en Mauritanie et en Tanzanie.
Nations Unies et du Conseil des droits de l’homme. Voir Banque mondiale, 2020, pp. 47 et 53.

38. Résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies 54. Loi n° 78 de 2016 modifiant l’article 242-bis du
A/C.3/77/L.18/Rev.1 (2022), paragraphe 2 ; Code pénal et introduisant un nouvel article 242-bis,
Résolution du Conseil des droits de l’homme alinéa a). Voir Banque mondiale, 2020, p. 121.
A/HRC/50/L.15/Rev.1, 6 juillet 2022, paragraphe 4.
55. Loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code
39. Résolution du Conseil des droits de l’homme pénal. Voir Banque mondiale, 2020, p. 32.
A/HRC/50/L.15/Rev.1, 6 juillet 2022, paragraphes 4,
alinéas c) et d) et paragraphe 8. 56. La loi sur la prohibition des mutilations
génitales féminines N° 32 de 2011. Voir
40. Résolution du Conseil des droits humains Banque mondiale, 2020, p. 42.
A/HRC/50/L.15/Rev.1, 6 juillet 2022, paragraphe 4,
alinéa b) ; Recommandation/observation générale 57. Ibid., p. 53.
conjointe n° 31 du Comité pour l’élimination de la
58. Banque mondiale, 2020, p. 48.
discrimination à l’égard des femmes et n° 18 du Comité
des droits de l’enfant sur les pratiques préjudiciables, 59. Ibid., p. 36.
CEDAW/C/GC/31-CRC/C/GC/18, 4 novembre 2014,
paragraphe 55, alinéa l) ; Convention d’Istanbul, article 44. 60. UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance), 2010.
Réforme législative pour soutenir l’abandon des MGF/E., p. 29.
41. Résolution du Conseil des droits de l’homme
A/HRC/50/L.15/Rev.1, 6 juillet 2022, paragraphe 4, 61. Loi n° 025-2018 du 31 mai 2018 portant Code
alinéa a). pénal (revu) du Burkina Faso, disponible sur
http://www.justice.gov.bf/index.php/2021/05/26/
42. Voir UNICEF (Fonds des Nations Unies loi-n2018-025-an-portant-code-penal/. Veuillez noter
pour l’enfance), 2010. Réforme législative qu’il s’agit d’une traduction non officielle de l’auteur.
pour soutenir l’abandon des MGF/E.
62. Banque mondiale, 2020, p. 53-54.
43. Actuellement, les dispositions pénales de plusieurs
pays en matière de MGF ne contiennent pas de 63. Le groupe d’experts sur l’élimination des mutilations
définition des MGF, par exemple au Nigeria et génitales féminines a recommandé d’en faire l’un des
en Tanzanie. Voir 28TooMany, 2018, p. 35. éléments clés de toute législation potentielle sur les
MGF. Voir le Haut-Commissariat des Nations Unies aux
44. Ces variations locales sont connues pour être droits de l’homme, 2020, paragraphe 13. Si l’application
pratiquées, p. ex., au Nigeria. Voir Fondation extraterritoriale n’est pas déjà prévue dans les législations
Thomson Reuters et 28TooMany, 2020, p. 22. nationales en tant que principe général du droit pénal,
elle peut être stipulée pour le délit de MGF, en particulier.

29 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
64. Comparer avec la Recommandation/observation 77. Recommandation générale n° 35 du Comité pour
générale conjointe n° 31 du Comité pour l’élimination l’élimination de la discrimination à l’égard des
de la discrimination à l’égard des femmes et n° 18 femmes, paragraphe 40, alinéa c) (avec des références
du Comité des droits de l’enfant sur les pratiques supplémentaires à d’autres recommandations générales)
préjudiciables, paragraphe 54, alinéa l). et la Recommandation/observation générale conjointe
n° 31 du Comité pour l’élimination de la discrimination
65. Voir Article 44 de la Convention d’Istanbul à l’égard des femmes et n° 18 du Comité des droits de
66. Voir note de bas de page 70. l’enfant sur les pratiques préjudiciables, paragraphe 81.

67. Banque mondiale, 2020, p. 42. 78. Notez que le Haut-Commissariat des Nations Unies
aux droits de l’homme, 2020 recommande "aucune
68. Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est sur limitation dans le temps pour la présentation
l’interdiction des mutilations génitales féminines, p. 6 des rapports" (paragraphe 13, alinéa d).

69. Voir également UNICEF (Fonds des Nations Unies 79. Fondation Thomson Reuters et 28TooMany, 2020.
pour l’enfance), 2010. Réforme législative pour
soutenir l’abandon des MGF/E., p. 32. 80. FNUAP, ONU-Femmes, PNUD et al., 2018, p. 12.

70. Le texte de la disposition modifiée n’a pas été publié en 81. Ibid., pp. 12–15.
anglais. Les informations sur la nouvelle loi sont tirées des 82. Ibid., p. 12.
rapports des médias, en particulier : https://www.loc.gov/
item/global-legal-monitor/2021-02-24/egypt-draft-law- 83. Voir, p. ex., la Recommandation/observation générale
enhancing-criminal-penalties-against-female-genital- conjointe n° 31 du Comité pour l’élimination de
mutilation-approved/, consulté le 13 octobre 2021. la discrimination à l’égard des femmes et n° 18
du Comité des droits de l’enfant sur les pratiques
71. Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est sur préjudiciables, paragraphe 54, alinéa a).
l’interdiction des mutilations génitales féminines, p. 6
84. Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits
72. Voir la Recommandation générale n° 35 du Comité de l’homme, 2020, paragraphes 12 et 35, alinéa b).
pour l’élimination de la discrimination à l’égard des
femmes, paragraphe 40, alinéa b) et la Recommandation/ 85. FNUAP, 2020b, pp. 26-27.
observation générale conjointe n° 31 du Comité pour
l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes 86. Voir la Recommandation/observation générale
et n° 18 du Comité des droits de l’enfant sur les conjointe n° 31 du Comité pour l’élimination de
pratiques préjudiciables, paragraphe 54, alinéa p). la discrimination à l’égard des femmes et n° 18
du Comité des droits de l’enfant sur les pratiques
73. Banque mondiale, 2020, p. 53. préjudiciables, paragraphe 54, alinéa a).

74. Loi de la Communauté de l’Afrique de l’Est sur 87. FNUAP, 2020a.


l’interdiction des mutilations génitales féminines, p. 7
88. See World Bank, 2020, p. 47
75. Voir UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance), 2010.
Réforme législative pour soutenir l’abandon des MGF/E., p. 30. 89. The East African Community’s Prohibition
of Female Genital Mutilation Bill, p. 6
76. Ibid., p. 27.

30 | Note technique : Développer des lois anti-MGF alignées sur les Droits humains
© FNUAP
PROGRAMME CONJOINT Fnuap-Unicef pour
l’élimination des mutilations génitales féminines :
Tenir la promesse mondiale

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