Le Káandu Chez Les Basolongo Du Bas-Congo (RDC)
Le Káandu Chez Les Basolongo Du Bas-Congo (RDC)
Le Káandu Chez Les Basolongo Du Bas-Congo (RDC)
Par
Nathalis Lembe-Masiala
• Dédicace...................................................................................................... 7
• Remerciements............................................................................................ 8
• Liste des abréviations .................................................................................. 9
Introduction générale
2
2. 6. Croyances des Basolongo .......................................................................... 53
2.6. 3. Mythe des Basolongo sur la création.................................................... 53-55
2. 7. Education ................................................................................................ 56-57
2. 8.1. Chasse ..................................................................................................... 59
2. 8. 2. Pêche ................................................................................................. 60-61
2. 8. 3. Cueillette............................................................................................. 61-62
2. 8. 4. Elevage et Artisanat.................................................................................. 63
2. 9. Structures territoriales et associatives. ................................................... 64-65
2.10. Aperçu de la culture moderne des Basolongo ....................................... 66-70
2.11. Conclusion partielle ..................................................................................... 71
Chapitre 5 : Contenu réel des concepts techniques chez les Basolongo ........... 117
5. 2. Structure sociale des Basolongo ............................................................... 117
5. 2. 1. Parenté ........................................................................................... 117-122
5. 2. 2. Solidarité clanique chez les Basolongo ......................................... 122-124
3
5.3.1. Mariage..................................................................................................... 125
5. 3.1.1. Exogamie et endogamie ................................................................ 127-133
5. 3. 1. 2. Dot .............................................................................................. 134-136
5. 3. 1. 3. Evolution de la philosophie du maria ........................................... 136-137
5. 3. 2. 1. Propriété collective ...................................................................... 137-139
5. 3. 2. 2. Propriété privée ................................................................................. 140
5. 4. Succession chez les Basolongo ......................................................... 141-142
5. 5. Conclusion partielle ............................................................................. 142-143
4
Troisième Partie : Vie quotidienne chez les Basolongo
5
9. 9. 1. Considérations juridiques sur les trois cas étudiés ................................ 275
9. 9. 2. Premier cas : traitement coutumier .................................................. 276-277
9. 9. 3. Deuxième cas : Traitement coutumier ............................................. 277-279
9. 3. 3. Troisième cas : la coutume et la modernité ..................................... 279-282
9. 4.Considérations linguistiques ................................................................. 284-287
Conclusion partielle ..................................................................................... 287-288
Conclusion générale .................................................................................... 289-294
Bibliographie................................................................................................ 295-310
Glossaire ..................................................................................................... 311-322
6
Dédicace
A mes parents,
Léopold Nkuanga Lembe et Clémentine Pemba Lanvu, qui m’ont donné la vie et
m’ont appris la valeur du verbe, son usage et ses conséquences dans la vie ; ce
faisant, ils m’ont enseigné le sens des responsabilités, la patience et la
persévérance dans le travail. Qu’ils trouvent dans cette thèse l’accomplissement
de leur idéal et de leurs actions.
A Mes regrettés grands - parents, Lembe Dienge et Aline Mbewa, appelés par le
Seigneur trop tôt. Que leurs âmes reposent en paix.
A Mes frères, Kosi Jean, Médard Mavambu, Augustin Malulu, Léon Nkuanga,
Anthony Nkuanga, et à ma sœur Marie Mbewa Nkuanga pour leurs
encouragements et leur soutien moral.
A Mon épouse, Aline Luvovo et à tous nos enfants, Joseph, Nancy et Caroline.
Qu’ils trouvent dans ce travail l’expression de ma profonde gratitude pour leur
affection et leur soutien moral.
A toutes et à tous,
N. L.-M.
7
Remerciements
Nos remerciements vont aussi aux différentes personnes qui nous ont aidé, de
près ou de loin, telles que le professeur Dr. Niemba Souga qui a accepté de
nous lire. Nous avons rencontré auprès de lui, disponibilité, encouragement et
conseils utiles. Il en est de même, pour le Dr. Shikayi André, le professeur Dr.
Kadima-Tshimanga, et le Dr. Ipota Bembela Tedanga qui nous ont également lu
et conseillé dans la mesure de leurs moyens.
Le professeur Dr. Meeuwis et le professeur Dr. Frank Brisard, qui sont des amis
avant tout, nous ont apporté dès le début du projet leurs précieux conseils.
Un grand merci aux familles et amis pour leurs soutien et encouragements. Il
s’agit de feu Tanda Pierre (Que son âme se repose en paix !), de Messieurs et
Mesdames Neto Fereira, du Dr. Jean Macaire Munzele Munzimi, du Dr. Malasi
Ngandu, de Mesdames Gerda de la bibliothèque UGent, Mireille de Schepers, du
professeur Dr. émérite Louis Goossens, du professeur Dr. Massamba Nkazi-
Angani, des regrettés pères spirituels de l’Eglise kimbanguiste: Diangienda
Kuntima, Dialungana Kiangani Solomon et Charles Kisolokele ; du directeur
Hugo de Cnodder du Koninglijk Atheneum Deurne ; du feu professeur ordinaire
Buakasa Gérard, du Révérend Luntadila Ndala Zafwa Lucien (ancien secrétaire
général de l’E.J.C.S.K ), de la regrettée Révérende Nkaku Balomba, du
professeur Dr. Rik Pinxten (UGent) et de tous les amis dont les noms ne sont pas
cités ici.
8
Liste des abréviations
9
Introduction générale
« C’est dans le mot que nous…pensons, c’est le mot qui donne à la pensée son existence la plus
haute et la plus vraie »
Hegel, philosophie de l’esprit.
« Le langage est un des instruments spirituels qui transforment le monde chaotique des
sensations en monde des objets et des représentations. »
Delacroix, le langage et la pensée.
Ainsi, pour bien appréhender le sujet dans son fondement intrinsèque, il est
nécessaire d’avoir quelques notions de base relatives à la « philosophie 1 bantu »
que nous livrons un peu plus loin.
Nous pensons qu’il est plus que temps que l’Africain noir se fasse connaître en
s’appuyant davantage sur l’écriture. Celle-ci est un moyen adéquat permettant de
pérenniser ce que Placide Tempels appelle «science naturelle bantu », à
considérer comme une vraie richesse dont regorge l’Afrique sur le plan culturel,
philosophique, sociologique, etc.
1
La philosophie selon le Robert quotidien (dictionnaire), est définie comme toute connaissance
par la raison = science. Ou encore un ensemble des études visant à saisir les causes premières,
la réalité absolue ainsi que les fondements des valeurs humaines, et envisageant les problèmes à
leur plus haut degré de généralité. La philosophie bantu est utilisée dans le contexte de la pensée
bantu telle qu’elle est définie par Tempels (1949 : 23).
10
01. Recherche sur les rituels de nos jours
Depuis la nuit des temps, l’Afrique noire recèle une multitude de rites portant sur
la naissance, la mort, la maladie, le travail (de champ, de pêche, de chasse,
etc.), la réussite ou l’échec. En effet, pour l’Africain noir, tout acte dans la vie a
une cause à effet 2. En d’autres termes, tout acte doit être justifié et, est influencé
par le cours des choses dans les deux mondes « visible et invisible ». C’est ce
qui s’appelle, inter connectivité entre les êtres.
En effet, il existe une abondante littérature consacrée aux rituels qui ont un
rapport avec le mode de vie, de penser et de la vision du monde des Africains.
Parmi les nombreux travaux 3 qui prolifèrent dans ce domaine, nous citons en
particulier un article et un ouvrage. Le premier de ces travaux, publié dans la
Revue Française d’Anthropologie du C.N.R.S, s’intitule « Histoire et Rituels ».
L’observance du Siku en Pays Béembe (en République Populaire du Congo,
devenu République du Congo), de D. Marie-Claude (1978). Pour l’essentiel,
l’auteur de l’article fait un rapport de terrain sur les femmes candidates au rite de
Nsiku en vue de leur consécration comme nganga « féticheuse » par les esprits
des ancêtres. La fonction de nganga « féticheur » est très considérée chez les
Négro-Africains, notamment chez les Béembe, car elle permet de faire du bien
aux membres de sa société.
2
Cause à effet : lire D. Zahan (1963 : 147), chez les Bambara, on parle d’inter connectivité entre
les êtres de la nature.
3
Pour des plus amples informations, il serait intéressant de lire : H. Maurier (1985 :125 – 126) ;
A. de Surgy (1995 : 71-86) ; B. Fukiau (1969 : 29-31) ; A. Kashamura (1973 : 82 - 83), etc.
11
bruyantes : elles rassemblent des personnes de tous âges, dans une atmosphère
d’excitation entretenue par les danses, les chants, les harangues, les rythmes
des tambours, les repas et les libations. D’après l’auteur, c’est ainsi que
fonctionne l’idéologie funéraire de l’Afrique traditionnelle : le mort impur et
dangereux est transformé en ancêtre protecteur et vénéré, la mort est
transformée en vie.
Les deux travaux mettent l’accent sur la présence de nombreux rituels en Afrique
noire et sur la pertinence de leur étude en vue de faciliter la renaissance africaine
et de faire connaître aux autres nations du monde la communauté étudiée ainsi
que ses us et coutumes.
02. 1. Verbe
Le verbe, c’est la parole sacrée dont les initiés sont les seuls gardiens. Son étude
paraît délicat en ce qu’elle vise le dévoilement et la connaissance de certains
secrets profonds détenus par ces initiés et liés aux deux mondes visible et
invisible dans la réalité fonctionnelle quotidienne.
12
En combinant les lettres de l’alphabet dites techniquement graphèmes, le scribe
égyptien parvient à former des phrases, à rédiger des poèmes, des discours, des
contes, des légendes, des proverbes et des expressions courantes. En tant
qu’initié, le scribe se sert des graphèmes et les associe pour créer une « parole »
écrite, belle et harmonieuse et pour décrire tous les domaines de la vie. Il ne peut
réaliser ce travail de logographie (art d’écrire la parole) que lorsque règne en lui
une certaine harmonie. Quand, cependant, le désordre règne en lui ou dans un
autre individu ou encore dans un groupe social, il suit souvent que les "mots"
sont mal placés, mélangés sans ordre, sans sagesse.
Tous les éléments liés à la vie de l’être humain (couleurs, forces, projections,
rayonnements ou vibrations) servent à former sa pensée et à l’exprimer. Il va
sans dire que penser, prononcer (articuler) et écrire sont les trois aspects du
verbe. Certains pensent avec le verbe, d’autres le prononcent et d’autres encore
l’écrivent.
Les érudits (en Egypte) du verbe ou les "initiés de la parole" qui connaissaient
ces trois formes d’expression ont, depuis des temps immémoriaux, laissé sur
certains édifices religieux ou profanes des signes graphiques, des figures
géométriques ou hiéroglyphiques qui sont les expressions écrites du verbe. Ils
savaient que ces figures subsisteraient à travers les siècles et qu’elles mettraient
les hommes des générations postérieures en contact avec leur pensée au travers
du verbe. Positivement, le verbe a la faculté de guérir, de combler de bonheur,
de restaurer la vie, de féconder la foi et, plus généralement, d’accomplir des
merveilles. Il est, dans la société et selon les circonstances, un élément à la fois
prémonitoire et porte-bonheur. En revanche, l’utilisation négative du verbe pour
maudire, attrister, troubler, tuer, écraser, démolir, ensorceler, est possible. En un
mot, le verbe peut devenir source de catastrophes naturelles, cosmiques,
psychologiques, et, en même temps, responsable de certains conflits sociaux. La
nécessité d’obtenir des résultats profitables à l’humanité et de créer uniquement
ce qui est bon, beau et juste (on appelle cela la magie du verbe, sacralisée dans
le káandu dans la société des Basolongo) accule l’homme à apprendre à se
servir de la parole, de l’écriture, des formes et des images, ainsi que l’a observé
13
Jürgen Trabant (2001 : 269 -288) qui écrit : « L’accouplement du verbe se fait
entre le son et la pensée, pour engendrer la parole, le discours, la harangue,
etc. »
0 2. 2. Geste
Le geste est un signe volontaire dans les deux sens : d’une part, l’émetteur doit
le produire volontairement, et d’autre part, le récepteur doit pouvoir reconnaître
que le signal a été produit volontairement pour l’influencer.
D’après R. Luneau et L. V. Thomas (1969 : 68), il existe trois types de gestes qui
accompagnent la parole :
- le geste formulaire ou schème rythmique qui favorise la mémorisation ;
- le geste de vocalise ou moyen d’accrochage psychologique par l’atout de
la phonation ;
- le geste oculaire ou ensemble de mimiques et des attitudes, tour à tour,
indicatif, explétif ou imitatif.
Le rite du káandu chez les Basolongo se fait à l’aide d’un objet ou d’un récipient
qui, symboliquement, joue un rôle important. Le contenu et le contenant (la
calebasse, le vin de palme et les plantes médicinales utilisés dans la conception
et la réparation du káandu) sont des supports de communication entre le chef du
clan, mfumwa kanda et les ancêtres, bakulu.
14
03. Bref aperçu de la pensée négro-africaine
Dans le cadre de cette recherche sur le káandu chez les Basolongo, il est utile de
présenter aux lecteurs la notion de force qui anime les hommes, les objets
(fétiches), les animaux, les végétaux, les minéraux, etc. En effet, dans la
philosophie bantu, l’être est la chose qui est force. Toute force peut se renforcer
ou s’affaiblir. Dieu, Nzambi, en tant que source de toute force travaille en
harmonie avec plusieurs collaborateurs, tels les ancêtres, bakulu, les anges,
mbasi, les génies, simbi, etc. Il y a donc stratification de puissance parmi les
êtres qui sont animés par la force. La notion de force est dynamique pour
l’Africain. Là où en Occident on voit des êtres concrets, l’Afrique noire voit la
force concrète. La conséquence de cette notion de force vitale nous conduit au
surnaturel et nous fait penser à l’idée de sorcellerie, kindoki, de fétiche, nkisi, bref
au magico-religieux.
L’Africain noir pense et croît qu’il y a une force en tout être. C’est ainsi que le
káandu se présente comme un « être objet » qui a une force destructrice, en tant
qu’interdit, mais cette action est réparable. Destructrice parce que, d’après les
Basolongo, il peut gravement nuire à la vie (lire les témoignages au chap. 7).
4
Auto louange : « Eloge de soi, éloge d’autrui », N.S. Kabuta (2003). Convaincu de la force vitale
qu’il y a en chaque être, l’auteur organise des séminaires d’auto louange pour permettre aux
participants de se découvrir fondamentalement.
15
Réparable parce qu’il y a toute une procédure pour rétablir l’équilibre brisé dans
le clan, kanda. L’observation de l’application spécifique et concrète de ces forces
naturelles constitue ce que Placide Tempels (1949 : 40) a appelé la science
naturelle bantu.
Mais cet accueil enthousiaste ne fut qu’un feu de paille et s’est mue quasiment
en une aigreur : les jeunes philosophes négro-africains, soutenus par quelques
chercheurs de l’Occident, trouvaient que cette œuvre ne valorise en rien le mode
de penser africain qu’il prétend vouloir faire connaître et qu’il vaut mieux oublier
et enterrer ce texte. Ainsi, vingt ans après, F. Eboussi Boulaga (1969 : 112)
critique sévèrement ce livre :
« La spécificité de la renaissance africaine était réduite à un simple avatar de la lutte du
prolétariat, certes plus chaleureux, plus pathétique. L’erreur fut de croire que ce
magicien (Tempels) nous tendrait comme en un miroir notre image future et véridique,
autant que d’espérer lire notre passé dans l’ontologie de Tempels. Car enfin, de qui
pourrions-nous attendre l’être, sinon de nous-mêmes, nous faisant, dans la rigueur (sic !)
sans concession du présent ».
16
P. J. Hountondji (2002 : 93) se montre encore plus dur et plus critique à l’égard
de Tempels et surtout envers tous ceux qui l’ont suivi, en notant :
« Ils ont cru reproduire, des philosophèmes préexistants là même où ils les
produisaient. Ils ont cru raconter alors qu’en fait ils créaient... La philosophie africaine
n’a été jusqu’ici, pour l’essentiel, qu’une ethnophilosophie. Une recherche de l’imaginaire
d’une philosophie collective, immuable, commune à tous les Africains, quoique sous une
forme inconsciente. »
Au – delà des divergences d’opinions, nous sommes d’avis que Tempels a bien
défini l’essentiel de la philosophie bantu, même si enfin de compte il revient à
l’Africain de présenter lui-même, sa vision du monde, sa cosmogonie, ses
langues et sa façon d’être et de dire ou de faire les choses.
Bien que d’avis sur certains concepts développés par Tempels, nous sommes
sceptiques quand l’auteur parle de la « science naturelle bantoue. » Nous disons
plutôt qu’il n y a pas encore une « science bantoue » élaborée, stricto sensu,
mais une sagesse négro-africaine (un ensemble des connaissances naturelles
acquises par la formation et l’initiation auprès des anciens sur la vie).
En ce qui concerne les sources, cette première étude sur le káandu chez les
Basolongo est le fruit des investigations sur le terrain (chapitre 7), des analyses
documentaires peu nombreuses et cependant non négligeables, portant sur les
écrits des auteurs [tels que Buakasa Gérard, Saada Jeanne Favet, Kabanda
Kasanda Lumembu, et bien d’autres] qui ont analysé le phénomène de
sorcellerie. A ces éléments forts précieux s’ajoute notre connaissance de la
langue kisolongo qui nous a permis de comprendre que le káandu est avant tout,
un interdit, une croyance, une réalité sociale, un rituel, une pratique clanique du
verbe, du geste et de l’objet (rite) enseignée au pays des Basolongo et qui
s’explique dans leur culture.
17
aient peur du chef de clan, mfumwa kanda, son concepteur qui est d’office
considéré comme un sorcier par les membres de sa famille. Partant de ce point
de vue, notre analyse du káandu chez les Basolongo cherche à atteindre trois
objectifs :
18
du principe que le káandu est avant tout un type de discours. Le chapitre neuf
expose la réparation du káandu par deux voies, à savoir le lámba káandu
‘cuisson du serment imprécatoire’ et la voie de la cour populaire, appelée aussi le
kinzónzi kia mfumwa mambu ‘la palabre d’affaires’.
Disons en dernier ressort que cette étude présente non seulement les résultats
de nos investigations, mais propose également quelques perspectives
intéressantes pour des recherches ultérieures.
19
Première partie
Langue et Culture dans la société des Basolongo
Cette première partie expose une réflexion sur l’ethnographie linguistique, décrit
la société et la culture des Basolongo et sa cosmogonie. Elle se referme par une
présentation succincte de la langue, le kisolongo, et le groupe qui la parle.
20
Chapitre 1
Fondements théoriques et méthodologiques
1.1. Introduction
L’étude du káandu chez les Basolongo vivant en zone rurale se focalise sur les
aspects suivants: sa conception, son fonctionnement, ses effets sur les
contrevenants (volet magico-religieux), la peur du sorcier, ndoki, et le processus
de réparation.
En effet, le rituel káandu chez les Basolongo est mis en valeur d’abord à travers
le verbe (la parole) en tant que rythme ou symbole. On discute, on parle, on
palabre sur la place de la concession du village, autour du feu ou à l’ombre d’un
grand arbre. Les anciens énoncent des énigmes et narrent des récits qui
véhiculent des mythes en rapport avec l’histoire de la communauté et dont on
commence à apprécier la richesse grâce aux recherches des auteurs comme
L.V.Thomas et R. Luneau (1969), n’en déplaise à D.Hymes (1986 [1972] ; 1993),
ténor d’une théorie descriptive sur l’étude ethnographique d'une langue
dénommée « A General Theory of Interaction of Language and Social Life. »
Cette théorie a été à l’origine d’une entreprise composite et éclectique décrivant
l’ethnographie comme une discipline auxiliaire de l’anthropologie. Elle a permis
21
d’interpréter avec une satisfaction relative les données empiriques et de
comprendre globalement les modes de vie des communautés comme celle des
Basolongo grâce à une variété de techniques de recherche sur le terrain telles
que les interviews, l’observation libre et participante, la technique de « sifting,
ordering » en vue de la récolte et de l’analyse du matériau, la méthode de l’oreille
indiscrète et de l’œil clandestin. On mentionnera également la collection de tous
les types de matériels écrits existants (archives, pamphlets, magazines, revues,
journaux, etc.), cassettes audio et vidéo.
Mis à part les auteurs ci-dessus, d’autres chercheurs ont développé la théorie de
Hymes en mettant l’accent sur l’aspect de la méta-communication. B. L. Whorf et
Silverstein (1976 ; 1979) conçoivent que toute action linguistique renferme en soi
les références de cette action méta-communicative, évaluative et attitudale. Les
récentes publications de A. Duranti (1994) témoignent de la pertinence de la
théorie de Hymes qui a survécu jusqu’à présent en anthropologie linguistique.
22
P. Auer (1995: 425) circonscrit le but de l’ethnographie linguistique comme suit:
«To isolate and analyse socially salient linguistic phenomena and to reconstruct
(explicate) the knowledge members must dispose or in order to produce and interpret
these phenomena.»
23
(Emic), l’analyse de cette connaissance fait partie des accomplissements
observables du chercheur.
24
therefore basically spatial, presentation of knowledge presenting to « cover » a territory
within our field.»
Dans la société des Basolongo, le discours des anciens, maduki (ou initiés à l’art
du verbe), se distingue de celui des membres non initiés. Les sages Basolongo
considèrent que le verbe (parole) est comme un feu brûlant, qui nécessite un
voile autour de lui sous peine de faire mal, de détruire ou de consumer. Ainsi, la
tradition veut que l’usage du verbe soit entouré de précautions langagières. Cela
se confirme dans les proverbes judiciaires, les expressions, les contes et les
chants à la cour et dans les échanges linguistiques de la vie quotidienne.
25
Les maduki jouent un grand rôle dans l’éducation des masses et de la jeunesse
grâce aux causeries, bigógólo autour du feu au village. Les jeunes sont des
futurs porte-paroles ou défenseurs traditionnels, mpovi, des futurs chefs au
niveau de tous les échelons de la vie politico-sociale : village, groupement, clan,
etc. Pour bien assurer leurs futurs responsabilités, les jeunes doivent se former
pour avoir la compétence et la performance communicatives (Lire Dell Hymes,
1972 a.).
1. 4. Problématique
1. 5. Hypothèses
• Première hypothèse
Le káandu est un produit du verbe, des gestes et des objets qui confèrent une
puissance au chef de clan, mfumwa kanda, selon la cosmogonie des Basolongo.
26
• Deuxième hypothèse
La vie sociale des Basolongo est réglementée par des normes et des interdits,
dans lesquels les phénomènes magico-religieux jouent un rôle déterminant.
1. 6. Approche méthodologique
6
Ethnology of speaking ou ethnologie de la communication est une sous-discipline dans
l’anthropologie sociale. Elle est également utilisée comme approche méthodologique dans le
rapport entre la langue et la société.
27
Cette analyse se fera grâce aux interviews, à l’observation libre et participante, à
notre connaissance de la langue kisolongo, du kituba ou kikongo ya leta (une
lingua franca) et d’une douzaine d’autres variantes de la région. Ensuite, elle se
basera sur nos recherches sur le terrain et sur les résultats auxquels nos
prédécesseurs ont abouti dans ce domaine. Ainsi, nous pouvons prétendre avoir
eu une vue complète pour infirmer ou confirmer nos hypothèses.
Par méthode descriptive, Hill [(1958), cité par Roger T. Bell (op. cit., p. 202) et D.
Hymes (1972/1974)] précise que cette approche, souvent utilisée en linguistique,
a son utilité en ethnographie linguistique à cause de l’attention qu’elle prête aux
problèmes récents d’observation, d’enregistrement et de description des faits. En
ethnographie linguistique, la description doit selon lui tenir compte des traits
sociétaux comme données de base dans une communauté verbale.
Basée sur des énonciations, les données du discours, les détails historiques,
anthropologiques, sociologiques et linguistiques serviront à assurer la
compréhension et le filtrage circonspect de notre étude.
1. 7. Objet de la thèse
28
1. 7.1. Motivation du choix du sujet
Depuis notre tendre enfance, nous avons toujours été frappés par la maîtrise du
verbe par le porte-parole, mpovi, lors des palabres, kinzónzi kia mfulwa mambu à
la cour. Rythmé ou scandé, le discours du mpovi se fait dans un style et un
registre lexical élevés et, est assorti de proverbes, maximes et autres
expressions qui donnent à sa pensée une consistance peu commune.
Pendant nos nombreux séjours à Vungu, notre village natal, situé dans la
collectivité de Moanda (au sud-ouest de la R. D. du Congo), nous avons vu et
entendu une bonne série de palabres résolues par les notables traditionnels,
29
dont le mfumwa vata ‘chef du village’, et son conseil des anciens, maduki, qui fait
office d’autorité politico-sociale.
Nous avons également été témoin de plusieurs cas d’initiation rituelle tels que le
kikumbi (qui prépare la jeune fille au mariage), le nsámbu, la bénédiction que
reçoit un jeune garçon courageux et respectueux des anciens, et l’interdit,
káandu 7, qui se fait par la somme du verbe (parole) + gestes +objets.
D. Hymes (cf. 1972 [1986] : 39), nous a éclairé par sa vision de l’ethnographie
sur les phénomènes observés (Ethic) et la connaissance de la langue (Emic) qui
ont prévalu dans sa nouvelle théorie.
7
Sur ce sujet précis, nous avons assisté aux nombreuses séances de réparation. Il s’agit de : la
voie rituelle, lámba káandu, cuisson du sement inprécatoire et la voie de la cour populaire,
kinzonzi kia mfulwa mambu. Par ailleurs, il nous a été dit sur le terrain que le káandu kia sina,
voeu à vie, se conçoit en secret par le mfumwa kanda, chef de clan. Tandis que sa réparation est
publique.
30
dans l’extrait suivant : « Borrowing a methaphor from the espionage community, I
[distinguish] three stratagies of information control : Deep-cover, shallow-cover and
explicit-cover […]. In the first of these, the rechearcher does not announce his/her
rechearch role. Rather the recheacher participates in the life of the group as a full
member. Operating under explicit-cover, the rechearcher makes as complete an
announcement of the goals and hypotheses of the rechearch as possible, not worrying if
this explanation will affect the behavior. The third technique, sallow-cover, finds a middle
ground. The ethnographer announces the recheach intent but is vague about the goals»
31
conséquences de cet interdit. J. Favret-Saada (1977: 47-55) a raison de
parler, au sujet de la sorcellerie, « de l’empire du secret » hermétiquement
fermé aux non-initiés.
1. 9. Prolégomènes philosophiques
32
du langage (Gal et Woolard, 1995.)
• M. Silverstein (1979: 193) la décrit comme suit: «A set of beliefs about the
language articulated by users as a rationalization or justification of a
perceived language structure and use. 8»
Pour notre part, le concept d’idéologie du langage s’entend dans le sens que lui
donnent Blommaert et Bulcaen (2001), autrement dit comme un ensemble de
croyances, conceptions et sentiments attribués aux sujets de l’énonciation
linguistique et liés à leurs intérêts politico-économiques au sein du groupe, de
l’ethnie ou dans un cadre plus large, par exemple celui d’une nation ou d’un Etat.
G. Kress (1989 : 450) décrit le concept connaissance sociale native comme une
idéologie du langage en ce que cette connaissance se présente comme
complexes of social meanings ou « des complexes de significations
sociales » qui englobent l’usage des métaphores, des images, des symboles,
des figures, des représentations, des contes, des discours et tout ce qui leur
8
L’idéologie du langage est une série de croyances au sujet de la langue articulée par les
locuteurs comme une rationalisation ou justification de la structure et de l’usage d’une langue
acquise.
33
ressemble, de façon à produire une version particulière des événements.
34
mais qui préexistent au langage. La parole permet de susciter une image
mentale chez le récepteur éloigné de l’observation directe grâce aux conventions
qui unissent les objets et les mots. Par exemple, un chef de clan, mfumwa kanda,
dit à ses congénères « Notre famille perd trop de nouveau-nés », il les interpelle,
suscite dans l’esprit de chacun d’eux de l’angoisse, l’image de la mort et aussi le
désir de trouver les causes de ce désastre pour rétablir l’équilibre dans la famille.
35
Le discours du káandu s’interprète mieux à la lumière de la conception de
l’idéologie du langage de Giddens Antony. En effet, le verbe dit par le chef de
clan, mfumwa kanda, constitue une parole de « force », une parole qui requiert
de chaque membre du clan obéissance, respect et observance, sous peine
d’être châtié ou anéanti. Le statut social du mfumwa kanda lui confère le pouvoir
de « lier » et de « délier » par le verbe, d’influer positivement ou négativement
sur la société.
Dans le même ordre d’idées, K. Marx (1956 : 44-45) propose une technique
analytique en trois phases d’un discours comme celui du káandu. Ces trois
phases sont les suivantes :
• Analyser ensuite les relations entre les croyances et les positions sociales
de ces groupes.
Son « analyse technique » se fonde sur la différence entre une culture de type
oral et une culture écrite. Sans nous étendre sur cette question, nous notons que
la civilisation négro-africaine est surtout basée sur l’oralité 9. Des faits vécus font
l’objet des réalités qui sont transmises de génération en génération, comme le
9
Contrairement à ce que pensent la plupart des observateurs extérieurs, l’Afrique noire a une
autre forme d’écriture à côté de l’oralité. Il s’agit des supports d’écritures sur base des “signes et
symboles” initiatiques (lire CL. M. Faïk-Nzunji & H. Ngonga-Ke-Mbembe, 2004: 27-76)
36
témoigne l’expérience ci-dessous du professeur Kadima-Tshimanga, qui, lors
d’un entretien 10 à bâtons rompus, a rapporté ce qui suit :
La façon de dire et de faire les choses chez les Basolongo est une idéologie de
la parole (verbe). Elle se résume de la mainière suivante :
10
L’entretien avec le professeur Kadima a eu lieu chez lui à Bruxelles, le 21mars 2004.
37
intériorisée du discours.
• Un discours qui justifie l’ordre social en vigueur chez les Basolongo et qui
fait en sorte d’y faire adhérer les sociétaires en vue de lui tailler sa
légitimité. Les personnes doivent penser que l’ordre est valable pour lui-
même et non pour la satisfaction matérielle qu’il apporte. C’est pourquoi,
le mfumwa kanda manœuvre de telle sorte qu’il devienne incontournable
dans la structure clanique et qu’il soit le seul capable de gérer dans la
famille les incertitudes et les peurs inspirées par la sorcellerie, les fétiches,
la mort, la chance, la malchance, ainsi de suite.
A l’instar des autres Africains noirs les Basolongo constituent une société du
« dire » et du « faire » comme le confirme ce proverbe: Nwa wakula mfumw’andi
‘La bouche par le verbe, nvovó, libère et sauve son chef’. Le chef de la bouche
c’est l’homme qui l’utilise. La force de ces croyances liées à l’usage du verbe
imprègne « l’être humain » qui intègre la vision du monde qui y est véhiculée et la
partage avec les autres sociétaires. Dans cette société, la peur, ’unkúta est
corrélée à l’interdit káandu.
La rhétorique du káandu est assez intimidante car elle se base sur la peur,
unkúta, comme mode de régulation de la vie sociale et de gestion de la conduite
des individus ou de la collectivité. Dès lors, il est intéressant de bien déterminer
le rôle de unkúta en tant qu’institution dans le processus de socialisation.
1. 9. 6. Concept de unkúta
38
Les témoignages sur les conséquences néfastes et provoquées par le káandu
renforcent le mythe sur ce phénomène même si nul n’a pu vérifier si lesdites
conséquences attribuées au káandu sont avérées ou imaginaires. Dans les
langues des diverses communautés (ethniques) congolaises, il y a des proverbes
qui signalent cette peur :
• Chez les Ntomba, de l’Equateur : Obóyi malémbó, tonaké, onsé
bóopámbú ‘Si l’on ne veut pas s’enduire du liquide d’acajou, on s’abstient
de le toucher’ ;
• Chez les Basolongo (Bas-Congo) : E diwulu dia ńyóka kedisukwanga koko
ko ‘On n’introduit pas sa main dans un trou fait par un serpent’ ;
• Chez les Baluba du Kasai : ‘Bambuwé mutunda múdi nnyoka, wángata
mukolo ufìla ‘On n’introduit pas sa jambe dans la termitière où loge le
serpent’
Ces énoncés de la parémiologie congolaise signifient tous et en gros qu’il faut
éviter d’enfreindre un interdit et d’entrer en conflit avec les us et coutumes sous
peine de disparaître prématurément.
Nous avons déterminé plus haut que les inducteurs sociologiques du káandu
sont les mauvaises paroles (mauvais verbes) qui, lorsqu’elles sont proférées par
qui de droit (le mfumwa kanda), occasionnent la maladie’, kimbévo , ‘la mort’,
lufwa, la malchance, ntónzi, etc. Pour ce qui est de unkúta nous allons partir de
la notion de ‘danger’.
39
C’est pourquoi, en tant que forme d’émotion régressive au caractère
pathologique parfois durable, unkúta provoque souvent un changement de
comportement chez le sujet victime.
En réalité, les deux points de vue sont vrais :unkúta est essentiellement un
phénomène ambivalent, à la fois dynamique et paralysante, et on ne l’expliquera
qu’à la condition de rendre compte de ce paradoxe comme le fait Jean-Paul
Sartre (1939) dans son Esquisse d’une théorie des émotions d’où est tiré cet
extrait :
« La peur serait, malgré son apparence passive, une conduite intentionnelle, de type
magique, par laquelle le sujet viserait à nier l’objet dangereux (et qui ira jusqu’à
s’anéantir à l’objet). »
En définitive, unkúta est une institution, qui remplit une fonction de régulation
sociale. Une fonction qui renforce le statut du mfumwa kanda (faiseur des rites
de bénédiction et malédiction.) L’usage de ce concept unkúta et son intérêt dans
notre étude nous renvoient à son enjeu dans la socio-culture des Basolongo.
Avant de boucler cette rubrique, nous pensons qu’il faut combattre la peur du
ndoki et du nkisi qui freine, handicape et démoli tout effort d’épanouissement
intellectuel. Grâce à des recherches du genre « káandu » ou autre, on peut
arriver à informer, à sensibiliser et à éclairer la société des Basolongo et d’autres
africains noirs à s’armer des théories rationnelles contre cette ignoble vermine.
40
1. 9. 9. Conclusion partielle
L’étude du káandu a permis d’effleurer les réalités d’un pouvoir qui influe sur ces
sujets (Basolongo).
Les bases théoriques de ce chapitre ouvrent des pistes d’interprétation ou
d’analyse en linguistique sur l’acte de la production du discours, conformément
aux travaux de Leech (1983) et de J. Searle (1979) sur la pragmatique et la
taxinomie des actes du langage et selon également l’élaboration des idées chez
les Basolongo comme cela est illustrée dans les travaux de Blommaert et
Bulcaen (2001) sur les attitudes, les croyances et les sentiments dans l’usage
d’une langue. Ces idées nous éclairent sur le mode de vie et de pensée, la
cosmogonie, sur le rapport au visible et à l’invisible chez les Basolongo.
41
Chapitre 2
La société des Basolongo
2.1. Introduction
Ce chapitre se charge de présenter les Basolongo, une des nationalités
ethniques de la R. D. du Congo. Les Basolongo sont des Bantu appartenant à la
grande famille des Bakongo qui comprend une trentaine de sous - groupes
sociaux. On les appelle donc communément les Bakongo en ce qu’ils sont issus
d’un même ancêtre éponymique appelé Ne kongo et en ce qu’ils parlent tous une
langue commune appelée le kikongo même si par ailleurs chaque sous-groupe
(tribu) a sa langue spécifique qui se distingue des autres par certaines
caractéristiques morphologiques, syntaxiques, lexicales ou encore
suprasegmentales. Ainsi les Basolongo parlent le kisolongo de même que les
Bayombe, les Bandibu ou encore les Bamanyanga parlent respectivement le
kiyombe, le kindibu et le kimanianga.
42
reconnaissent grâce au nom de clan (luvila : nom d’un ancêtre commun). Enfin,
l’ensemble des luvila constitue l’ethnie 11 où le lien entre les membres est
matérialisé par la référence à un ancêtre commun (T. Barbara, 1999), à la langue
parlée et surtout au mode de vie et à la culture commune.
Au niveau des luvila et comme nous l’avons évoqué succinctement plus haut, la
langue commune, le kikongo, a connu quelques différentiations sur les plans
phonétique, lexical, morphologique, suprasegmental et même syntaxique à
cause de l’éloignement du lieu d’origine pour coloniser de nouvelles terres et
suite aux contacts avec de nouvelles cultures et civilisations, autant de facteurs
qui ont contribué à enrichir et à varier la langue originelle, « le kisi-kongo »
(langue des Bakongo), sans que cela n’altère le fondement socioculturel de
luvila. C’est ici que nous situons l’origine des différences linguistiques actuelles
constatées au sein des différents sous-groupes Bakongo. S’agissant du sous-
groupe des Basolongo, objet de nos préoccupations, nous allons les situer dans
« l’espace et le temps» et allons présenter leur organisation sociale, leur mode
de vie, leurs croyances ainsi que quelques autres détails en rapport avec le
fonctionnement de leur société.
En effet, les Basolongo se retrouvent aussi bien en Angola qu’en R.D. du Congo.
En Angola, on les localise à Soyo et dans ses environs c’est-à-dire dans le sud-
est entre le port de Mpinda où débarquèrent Diego Caõ et ses compagnons en
1482 et le port d’Embrizete, le long du fleuve Congo, qui débouche sur la côte
11
Ethnie : selon Cathérine Coquery-VidrovitchI (1994 : 1-3), la genèse du mot « ethnie » est
apparu vers les années 1787. Il désigne les paiëns. Les paiëns étaient les non chrétiens ou
sauvages. La seule civilisation digne de ce nom à l’époque était la civilisation judéo-chrétienne. »
C’est dans les années 1880, avec l’apparition de l’impéralisme colonial, que le mot est récupéré
par l’ethnographie (avec le métier d’ethnologue en 1870). Le concept ethnie est popularisé par les
scientifiques allemands. En 1950, les colonisateurs ont pris le relais et vont abuser du mot
« tribu » équivalent de « l’ethnie » pour décrire des peuples autochtones. Celui-ci a fini par
prendre, en Afrique noire, une connotation péjorative (mais le mot demeure usuel au Magreb,
pour désigner les peuples nomades). Les anthropologues découvrirent à leur tour le mot ethnie. Il
fut régénéré en Afrique noire, lié à l’idée que ces peuples précoloniaux avaient, à l’instar des
autres, une histoire, aussi digne d’intérêts que les autres. Par ailleurs, comme il prête à confusion
(pris pour une nation, une communauté linguistique tantôt pour un clivage régional), nous dirons
sous - groupe social à la place d’une tribu et groupe social au niveau de la région, au lieu de
l’ethnie.
43
atlantique. En R. D. du Congo, c’est à l’ouest du Congo précisément dans le bas
du fleuve Congo que l’on trouve plusieurs localités des Basolongo, notamment
Matombe (commune de Moanda), Kibamba, Vungu, Senge, Bote, Malele,
Kimuabi, Longua, Kinlau, etc. Précisons encore une fois que, dans cette étude et
par souci de limitation du champ d’investigation, il n’est question que des
Basolongo de la R. D. du Congo.
44
pays des Bakongo est situé vers l’Océan Atlantique et l’enclave de Cabinda. Il
couvre une superficie de 53.947 km², soit 2, 3 % de la superficie de la
République Démocratique du Congo.
45
2. 3. Les Basolongo premier groupe social congolais à avoir été en contact
avec les Européens
Les Basolongo occupent une place spéciale dans l’histoire des Congolais en
général et Bakongo en particulier pour avoir été les premiers à avoir rencontré
les Européens. Disons, pour rappel, que le 15ème siècle fut déterminant pour les
Portugais dans leur entreprise d’exploration de nouveaux continents. Sous le
règne du roi Joaõ II, entre 1481 et 1495, plusieurs bateaux cherchèrent à
atteindre les Indes. En 1482, Diego Caõ reçut l’ordre du roi de descendre plus au
sud après sa tentative limitée au long des côtes africaines qui restaient à
connaître. C’est finalement en 1482 qu’il découvrit l’embouchure du fleuve Congo
et accosta au port de Mpinda à Soyo, où il rencontra les Basolongo (L. Groegart
1985 : 146 -147.) D’après la légende, les Basolongo prirent ce nom comme celui
de leur groupe pour avoir, les premiers, rencontré des Blancs qu’ils surnom-
mèrent Zimvumbi ‘revenants’ 12. L’appellation Basolongo vient du verbe sólóla
‘découvrir ou être découvert’. Le sous-groupe solongo est donc une société
découverte par l’étranger (l’homme blanc.)
12
Les Mvumbi sont, selon la légende, les ancêtres morts qui habitaient l’océan. Ils sont revenus
avec une autre couleur de peau pour ne pas être reconnus par les leurs en difficulté de perdition.
46
faciliteront dorénavant la communication après quinze mois passés au Portugal.
Cette fois là, l’ambiance dans les contacts n’est plus glaciale, mais plutôt
cordiale. Ces négociations aboutirent à la visite chez le roi lui-même à Mbanza -
Kongo. Quelques années plus tard, après des échanges réguliers de cadeaux et
d’intentions dans les règles diplomatiques, le roi Nzinga Nkuvu demande la
venue des missionnaires catholiques franciscains et johannites. C’est en 1491
que les premiers missionnaires débarquèrent à Mbanza - Kongo, munis de riches
cadeaux visiblement utiles pour démarrer l’évangélisation.
Les Basolongo sont ainsi considérés comme les premiers Noirs du Congo à avoir
rencontré l’homme blanc. Ils sont aussi les premiers Congolais à avoir foulé le sol
européen. La conséquence de cette rencontre a eu comme retombée aujourd’hui
l’injection de nombreux vocables portugais dans le kisolongo. Il s’est donc produit
une espèce de pidginisation de la langue parlée à Soyo, en Angola tandis que les
autochtones se sont mis à ‘singer’ les manies occidentales.
47
« Tout exposé concernant les problèmes culturels avance sur un sol des mots instables.
Il est difficile d’imposer une définition conceptuelle à ces termes : leurs significations
tiennent à des idéologies et à des systèmes disparates. A en croire les opinions
défendues par différents auteurs à ce sujet, il est plus facile de déterminer ce que la
culture n’est pas plutôt que ce qui la constitue. » Cet avis est partagé par M. Augé (1974
: 1-30), qui affirme que « La culture peut être considérée comme un ensemble de
systèmes symboliques au premier rang desquels se placent le langage, les règles
matrimoniales, les rapports économiques, l’art, la science, la religion. Tous ces systèmes
visent à exprimer certains aspects de la réalité physique et de la réalité sociale, et plus
encore, les relations que ces deux types de réalité entretiennent entre eux et que les
systèmes symboliques eux-mêmes entretiennent les uns avec les autres».
Ainsi, pour cerner cette réalité, nous avons jugé nécessaire de présenter les
deux aspects (traditionnel et moderne) de la culture des Basolongo.
48
2. 5.1. Organisation sociale et mode de vie
L’organisation sociale des Basolongo se fonde sur la famille nucléaire, vúmu
dirigé par táata ou sé ‘le père’. Une ou plusieurs familles peuvent former un
village ou vata que G. Buakasa (1973) appelle communauté résidentielle.
Chaque village est placé sous la responsabilité d’un chef qu’on appelle duki ou
mfumwa vata, chef du village. Un ensemble de familles (du côté paternel et du
côté maternel) forme le luvila ‘lignage ou clan’. Les membres d’une même
famille ou d’un lignage sont liés par une parenté de type matrilinéaire (pour la
plupart des Bakongo) ou patrilinéaire, comme c’est le cas chez les Basolongo.
Un groupe de familles ou de lignages constituent un clan, le dikanda (K. Laman,
1936) C’est à l’aîné des pères de familles constitutives que revient généralement
le rôle de chef de clan ou mfumwa kanda.
49
Plusieurs autres activités rythment la vie des Basolongo :
• Le kinzónzi mu fu kia nsi, la palabre (activité par excellence des initiés
duki ou chef) ;
• Les anti-sorciers : nganga a nkisi ‘le féticheur’, nganga ngombo ‘le
devin (spécialiste des sorciers)’ ;
• Les loisirs : mutopi (football), le ngóola (jeu qui se joue avec des petits
cailloux sur un support en bois rectangulaire à plusieurs petits trous), la
musique traditionnelle dont les instruments sont : ngoma ‘tambour’,
ntáabala ‘petit tambour’, nsáambia ‘harmonica’, dikémbe ‘instrument à
son’, ngóongi ‘instrument métallique à son’ et makinu ‘la danse’ (W.
MacGaffey, 1995).
2. 5. 2. Pouvoir politico-social
50
mwana nkuluntu, yaya, mfumw’éto (grand-frère ou grande-sœur) gèrent la
mama, la mère et les baleke, les cadets. Au niveau de la famille élargie, le
mfumwa kanda, chef du clan, gère les autres membres de la famille.
2. 5. 3. Pouvoir spirituel
Toutefois, la règle générale pour tout échelon de la société clanique est l’initiation
à la réalité fondamentale de la vie, c’est-à-dire à la sorcellerie, kindoki. Ce qui
induit l’efficacité du verbe et la crainte de ces différents chefs par les autres
membres de la société.
« Many ceramic minkisi are therefore related to the notion of procreation and used for
afflictions of fertility, sterility, and problems associated with the women's domain. Hence,
we begin to see the ceramic minkisi played an important role not only in myth of origin
but also in healing among the Kongo and culturally related peoples of Central Africa-s
procreation is a most concern of most peoples of the Congo. »
Comme le confirment ces différents auteurs, les minkisi, les nganga ainsi que
tout autre individu (mfumwa ntótó ‘chef coutumier’ (ou chef de groupement),
nsadisi a makaya ma nsi ‘guérisseur’) doté d’une parcelle de pouvoir spirituel
peut faire et font du bien aux membres de la communauté. Mais cela n’empêche
pas que certains utilisent leurs pouvoirs à d’autres fins, à des fins personnelles
singulièrement ou encore pour nuire à l’un ou l’autre membre de la société..
51
Par ailleurs, nous sommes conscients des risques de dérapage et de surdosage
dans le domaine du traitement des maladies à l’aide des plantes médicinales.
Certaines plantes peuvent être vénéneuses, autrement dit, elles peuvent être des
véritables poisons. La rareté des accidents dans ce domaine constitue la preuve
manifeste de la maîtrise des connaissances ancestrales par les
« tradipraticiens » Basolongo.
52
2. 6. Croyances des Basolongo
M. L. Martin (1981) décrit les Bakongo en général comme « une ethnie profondé-
ment croyante à un être supérieur ou suprême, Nzambi a mpungu, à côté duquel
ils joignent les ancêtres, bakulu, qui servent de relais entre les vivants et cet être
indescriptiblement plus puissant que leurs ancêtres. » D’où la notion des deux
mondes : le monde visible et le monde invisible.
C’est le monde matériel où vivent tous les êtres animés de souffle, les êtres
visibles et les objets palpables.
2. 6. 2. Monde invisible
C’est celui des êtres spirituels par exemple, les anges, zimbasi, les ancêtres,
bakulu, et l’être suprême, Dieu, Nzambi a mpungu.
A une époque très reculée, vivait, dans l’univers, Mahuungu ‘bruit du vent’, Etre
unique, complet, total, parfait et clos. En parfaite harmonie avec toutes les
créatures, il menait une vie joyeuse et heureuse, une vie qui ne connaissait pas
la souffrance et la douleur. Il possédait tous les pouvoirs et toutes les forces
contraires. Il pouvait grâce à son souffle violent provoquer une tempête ou un
ouragan ou encore une douce et apaisante brise. Il pouvait créer, faire naître et
détruire, faire mourir. Mahuungu était un être asexué ou plutôt un
hermaphrodite : il n’était ni homme, ni femme. Un jour, Mahuungu vit germer
près de son habitation un arbre: connu sous l’arbre divin, ňti a Nzambi. Cet arbre,
on l’appelle aujourd’hui diya ‘palmier’. Un autre jour, Dieu tout puissant ‘Nzambi
a Mpungu’ interdit à Mahuungu de s’en approcher et de le toucher. Mahuungu a
obéi pendant quelque temps, mais un jour il ne résista plus, s’approcha du
palmier et le contourna. Aussitôt, l’Etre unique et complet se scinda en deux et
devint deux entités distinctes : Lambu ‘homme’ et Munzita, ‘femme’. Aussitôt, la
souffrance s’insinua dans ses deux entités : alors le sentiment d’être contingent
53
ou de n’être pas complet s’imposa à eux. L’homme voulut retrouver les attributs
féminins qu’il avait quittés et de même la femme voulut retrouver les attributs
masculins qu’elle avait perdus. Alors, ils tinrent une réunion au cours de laquelle
ils décidèrent de contourner à nouveau l’arbre divin en sens inverse et dans
l’espoir de retrouver l’état initial. Ils le firent, mais sans succès. Ils sont demeurés
deux êtres et n’étaient plus un Etre unique comme au commencement. La
souffrance, l’imperfection et le sentiment d’être incomplet s’installèrent
définitivement en eux. Puis, ils expérimentèrent peu à peu le sentiment d’être
incomplets. Mais en même temps grandissait en eux ce besoin d’être étroitement
liés l’un à l’autre. Puis, un jour, les parties différentes de leurs deux corps
s’emboîtèrent et, l’espace d’un instant, ils revinrent à l’état initial de Mahuungu.
Contents et satisfaits, ils s’attelèrent plusieurs fois à faire durer et à maintenir ce
moment d’unité parfaite. De cette union naquit un autre être semblable à eux qui,
sans être complet et parfait, resta le symbole de la tentative de l’homme et de la
femme pour retrouver leur unité du commencement (B. Fukiau, 1969 : 111-114 ;
Cl. Faïk Nzunji, 1997 : 112-113).
54
Les Basolongo admettent l’existence dans l’au-delà des communautés invisibles
dont les habitants mènent une vie quasi semblable à celles des vivants.
Certaines de ces communautés invisibles vivent dans l’eau et sont appelées
maváta mampimpita ‘villages invisibles (de profondeur) où l’on trouve les mami-
wata ‘sirène’, les bisimbi ou zinkita ‘génies’. Dans la forêt, se trouvent les témo,
nkúya, kinyumba ‘esprits vagabonds ou fantômes’. Sous la terre vivent les bakulu
‘ancêtres’ et au mazulu ou kuyilu ‘ciel’, vit Nzambi a mpungu ‘Dieu’ ainsi que les
zimbasi ‘anges’.
55
long de cette étude - ont une place particulière dans la vie sociale et les
croyances des Basolongo.
2. 7. Education
L’éducation traditionnelle chez les Basolongo se fait dans le cadre des insti-
tutions initiatiques : pour les jeunes filles dans le kikumbi ‘rituel qui les prépare au
mariage et à la vie de femme’ et pour les garçons par le nzéngolo a sútú ‘la
circoncision’. Le rite de l'initiation rituelle est suppléé quotidiennement par
l’accompagnement des membres de la famille (táata ou se ‘le père’, yaya ou
mfumw’éto ‘grand-frère ou grande-sœur’ et máama ‘mère’ (surtout pour les filles).
En effet, la famille guide les jeunes en tout lieu et dans les activités quotidiennes
où ils se frottent aux réalités concrètes de la société dans la forêt, à la rivière et
au champ. On apprend aux jeunes l’usage et le respect de la nature.
Dans les lieux de travail (dans la forêt, à la rivière ou aux champs), les bambuta
‘vieux sages’ profitent du temps de pause pour raconter aux jeunes l’histoire de
luvila et leur apprendre les techniques sur les aspects juridiques de la vie au
travers de la tradition (us et coutumes, interdits et leurs conséquences). C’est
56
dans de telles occasions que sont également données des notions élémentaires
sur l’usage de certaines plantes médicinales.
57
Fig.3. Quelques produits agricoles : chikwangue, aubergines et piments
Le mode de vie des Basolongo est profondément marquée par la forêt qui recèle
les ressources exploitées par les villageois : matériau de construction des logis,
plantes médicinales, palmiers, raphia (desquels on extrait le mafúta ‘huile de
palme’ et le nsámba ‘vin de palme’ transformé en lungwila ‘alcool fermenté’),
cannes à sucre d’où provient le jus du même nom. Le lubota ou nlúungu
‘pirogues’ ou le vémba ‘radeau’ sont construits pour servir de moyens de
58
transport fluvial et maritime tandis que les mintámbu ‘pièges’ permettent de
capturer des bêtes de toutes tailles.
Bien entendu, la vie quotidienne des Basolongo n’est pas centrée uniquement
sur les différentes activités économiques qui viennent d’être analysées. Cette vie
est également ponctuée par des activités non productives en termes de
rationalité capitaliste et notamment par des activités de nature éthico-psycho-
religieuse 14 (voir les Nganga nkisi et les Nganga ngombo tels qu’ils sont étudiés
par G. Buakasa, 1973) ainsi que nous y reviendrons.
2. 8.1. Chasse
Le lóza ‘chasse’ permet aux Basolongo de s’approvisionner en aliments carnés.
Cette population pratique la chasse individuelle et collective pendant certaines
périodes de l’année et spécialement durant la petite saison des pluies et la
grande saison sèche. Les chasseurs sont presque toujours accompagnés de
chiens. Le Musolongo s’adonne aussi à l’activité qui consiste à tendre des
pièges. D’après M. De Jonge (1949 : 109), l’étude des engins utilisés révèle chez
l’indigène une grande ingéniosité et une connaissance précise des mœurs des
animaux. Le commerce de la viande de chasse est florissant dans le Bas-Congo,
particulièrement sur la route Kinshasa-Matadi, Matadi-Boma et Boma-Moanda.
La demande singulièrement croissante de la viande de gibier d’une part, et la
recherche persistante de lucre par les chasseurs professionnels et leurs
13
Selon les études menées par des sociétés américaines et italiennes dont Kidrill et Sozir.
14
L’éthico-psycho-religieux : sont des personnages qui guérissent par divination, invocation des
esprits des ancêtres. A ne pas confondre avec les minsadisi, guérisseurs de type religieux, qui
soignent les âmes et le corps par la puissance d’une force surnaturelle. Ces derniers sont
communément appelés «prophètes.» Parmi eux, il y a de vrais et de faux prophètes. Les vrais
sont connus, car ils n’exigent rien en retour ; tandis que les faux, à l’instar des nganga, exigent
des droits d’inscription et autres frais de consultation.
59
intermédiaires de l’autre constituent un grave danger pour la survie de certaines
espèces animales.
Fig.4. Cette photo montre un chasseur exhibant un gibier (son produit de chasse)
2. 8. 2. Pêche
Le pays des Basolongo compte deux types de cours d’eau : les miila ‘rivières’ ou
‘ruisseaux’ et le nzadi ou le mwaanza ‘fleuve’. Toute la communauté peut y
pêcher. On dénombre aussi des étangs ou des minuscules lacs naturels, qui
peuvent être une propriété privée (d’un clan) ou collective.
La manière de pêcher varie selon le sexe. Les hommes pratiquent le lóya ‘pêche
à la ligne 15’, la pêche à l’épervier 16, à la nasse 17 et au filet 18 (type occidental )
tandis que les femmes pratiquent principalement la pêche à la nasse. Une bonne
15
Lóya kwa ndóbani (kisolongo)
16
Ntálafwa (kisolongo)
17
Nkitshi (kisolongo) se pratique surtout dans le mbú, océan.
18
Dikonde (kisolongo)
60
partie des poissons capturés est vendue fraîche ou fumée. De nos jours, il existe
de plus en plus des Basolongo qui pratiquent le salage de poisson.
Fig.5. Cette photo montre une séance de pêche à la nasse aux barbeaux (nkithsi) à la côte
atlantique de Moanda.
2. 8. 3. Cueillette
L’activité de la cueillette, tóta ou bóola en kisolongo, consiste à ramasser, à
extraire, à attraper, dans la forêt, la savane ou la brousse des produits naturels
destinés à la consommation immédiate ou à la transformation industrielle
(amandes, champignons, certaines lianes comestibles, chenilles, certaines
plantes sauvages, vin et huile de palme, diverses sortes de fruits sauvages, ainsi
que les matériaux utilisés dans l’artisanat). L’apport financier de ces produits est
61
plutôt difficile à évaluer. Toutefois, nous pensons qu’il est inférieur à celui des
produits agricoles, des produits de la chasse et de ceux de la pêche.
62
2. 8. 4. Elevage
Les Basolongo ruraux élèvent des poules, des pigeons, des canards, des porcs,
des moutons, des boucs, etc., et rarement le gros bétail. Selon le fu kia nsi
‘coutume’, l’élevage, twéla, des poules, canards, pigeons est généralement
pratiqué pour nourrir les hôtes de marque tels que les beaux-parents, les beaux-
frères, les neveux et les nièces tandis que les caprinés servent de gages lors des
cérémonies matrimoniales (paiement de la dot lors d’un mariage) et /ou pour
payer des amendes de routine. Le chien est un animal de compagnie et de
chasse tandis que le chat sert pour éliminer les rats et les serpents dans la
maison.
2. 8. 5. Artisanat
Le wunkéte ‘artisanat’ comprend l’ensemble de procédés par lesquels une
population transforme les matériaux que lui procure la nature et grâce auxquels il
fabrique des objets utilitaires et esthétiques. En d’autres termes, l’artisanat est
l’ensemble de procédés pour rendre les objets fabriqués porteurs d’un message
de vie et de beauté (B. Tompson, 1999).
63
Fig.6. Une maison construite en brique cuite dans le Bas-Congo
64
2. 9.1. Structures territoriales
Les structures territoriales celles qui résultent du fait que les gens habitent sur un
même territoire sous la direction d’un chef. Il s’agit principalement du village, du
groupement et de la collectivité locale ou de la collectivité-chefferie, autant
d’entités coutumières entre lesquelles existent diverses formes de solidarité et
d’activités :
entraide à l’occasion d’un mariage, des funérailles, etc. ;
initiation des jeunes ;
organisation des battues et de pêche en commun ;
échanges de tout genre ;
organisation des fêtes.
2. 9. 2. Structures associatives
Ce sont des structures qui réunissent un certain nombre de personnes pour un
temps plus au moins long, ce en vue d’atteindre un intérêt commun ou de la réali-
sation d’une activité ou d’un objectif commun. Ayant des rôles bien précis dans la
vie politique, économique et sociale de la communauté et créées suite aux liens
tissés entre les personnes d’une même promotion d’initiation, les classes d’âges
peuvent également être considérées comme structures associatives. Entre
membres d’une même classe d’âge existent des formes d’entraide dans les
différentes circonstances de la vie comme la construction par un gendre de la
maison de son beau-père.
Les sociétés secrètes sont des associations dont les membres sont souvent liés
au travers d’un culte et de l’initiation à un fétiche donné et qui jouent elles un rôle
d’ordre politique, religieux ou même de maintien d’ordre public. La crainte du
sorcier peut influer selon les cas positivement ou négativement sur la moralité
publique comme l’explique G. Buakasa (1973). On recense d’autres associations
telles que les tontines des agriculteurs, les orchestres traditionnels, les clubs des
chasseurs, etc.
65
Outre ces réalités sociales et culturelles traditionnelles des Basolongo, il convient
de prendre en compte de l’évolution de leur société solongo suite à leur contact
avec les Européens et suite au fait qu’à présent des milliers d’entre eux
travaillent et vivent en ville. On peut se demander s’ils continuent en milieu urbain
à pratiquer l’artisanat, la pêche, la cueillette comme c’est le cas en milieu rural.
On peut s’interroger sur l’évolution de leur culture et sur leur parcours de la
tradition à la modernité. Ce sera l’objet de la section suivante.
En 1908, dès que le Congo est devenu colonie de la Belgique et non plus une
propriété privée du Roi des Belges, il a été institué l’enseignement non
confessionnel destiné à former les auxiliaires de l’administration et des Euro-
péens en général. En 1920, on dénombrait au Congo 100.000 écoliers des
missions catholiques, 85.000 des missions protestantes et 1861 dans
l’enseignement dit officiel sous la houlette des Frères des Ecoles chrétiennes à
Boma et à Léopoldville, des Frères maristes à Kisangani et à Buta, des Frères
de la charité à Lusambo et à Kabinda et des Frères Salésiens à Elisabethville
(actuel Lubumbashi). Dans le degré inférieur de l’école primaire, l’enseignement
66
était assuré en langues locales (le kingbandi, le kingbaka, le kibanda, le kizandé,
le kimangbetu, le lomongo, le kisongé, l’otetela, le bondengese, etc.). Puis,
progressivement, on a commencé à imposer l’une des quatre langues devenues
langues véhiculaires du Congo : le kiswahili (Province Orientale, Kivu et
Katanga), le ciluba (Province du Kasaï divisée sous Mobutu en deux provinces :
Kasaï Oriental et Kasaï Occidental), en lingala (province de l’Equateur et dans
une partie de la région de Léopoldville) et en kikongo (province de Léopoldville
qui a connu plus tard de nombreux découpages administratifs). La variante lingua
franca du kikongo officiel était appelée respectivement ikeleve dans les missions
catholiques et kituba ou monokutuba dans les missions protestantes.
Aux Basolongo et à tous les Congolais qui voulaient à tout prix se lancer dans un
changement radical de vie, par exemple, en quittant le village pour s’installer en
ville, la modernité sous le joug du colonisateur a apporté aux Basolongo non
seulement certaines choses incontestablement positives (alphabétisation,
initiation à la technique, constructions des maisons en matériaux durables,
électrification des zones rurales, avènement de l’eau courante, de la radio, de la
télévision, meilleurs soins médicaux (constructions des hôpitaux et des
dispensaires), scolarisation des masses (construction des écoles), mais aussi
des difficultés de toutes sortes (psychologique, moral…). Parmi les améliorations,
on peut citer : la pêche, la chasse, l’habitat, le transport et l’artisanat se sont
améliorés avec des moyens matériels modernes : l’utilisation des moteurs hors
bords, de filets et de lignes de pêche modernes, de fusils de chasse de
fabrication européenne et l’usage d’ustensiles médicaux appropriés, d’outils pour
la sculpture et la peinture, de moyens de transport moderne comme la voiture
pour certains.
67
chez ceux les Bahumbu (à Kinshasa), les Bayombe et les Bavili (à Boma) qui
étaient déjà installées en ville. L’analphabétisme de nombreux ruraux constitue
une barrière supplémentaire dans leurs tentatives de recherche d’un emploi en
ville. L’individualisme du citadin contrastait avec l’élan de solidarité visible dans la
société traditionnelle où tout problème finit par se résoudre en famille. L’écart
entre le niveau de vie des ‘évolués’ et de celui du reste de la population que le
colonisateur appelait « indigènes » était trop grand et incitait à la révolte. Bref, la
colonisation avait introduit des disparités sociales dans tout le pays, y compris au
sein de la population des Basolongo.
68
Antérieurement et dès 1921, Simon Kimbangu, autre figure marquante des
Bakongo et des Congolais en général déclenche un mouvement d’éveil spirituel
qui heurte le fondement de l’administration coloniale. C’est pourquoi il fut arrêté
et emprisonné à Elisabethville dans la célèbre prison de la Kasapa où il mourut
19
en 1951. Il avait prédit la décolonisation avec toutes les conséquences que cela
implique. Il avait déclaré :
«Un jour, les Blancs deviendrons Noirs, et les Noirs deviendront Blancs. » Ce qui
signifiait sans doute qu’un jour les Noirs prendront en mains leur propre destinée.
Selon la fine analyse de M. L. Martin (1981 : 139.), Joseph Kasa-Vubu - une fois
à la tête du parti ABAKO dès 1954 - jouissait de la confiance de nombreux
Bakongo, qui le considéraient paradoxalement comme la réincarnation de Simon
Kimbangu, alors qu’il était un fervent catholique, presque ennemi des kimban-
guistes dans le contexte de l’époque. Sans doute grâce à cette confusion,
beaucoup d’adeptes et de sympathisants kimbanguistes dont 70 % étaient
Bakongo et grâce au désir de nombreux membres de l’Abako de reconstituer
l’ancien royaume des Bakongo, Joseph Kasa-Vubu a pu jouir de l’appui de la
majorité de la population dans la ville de Léopoldville et être élu plus tard par le
Parlement au poste de président de la République du Congo, à l’accession du
pays à l’indépendance le 30 juin 1960.
I. Ndaywel è Nziem (1997 : 465) attire notre attention sur un autre fait indé-
niable dans le passage suivant :
« Le cas kongo fut également particulier. Il s’imposait par deux puissants facteurs d’unité, à
savoir la communauté d’histoire par la référence au même Kongo-dia-Ntotila, mais aussi la
communauté des langages. En effet, les usagers des différents parlers kongo se
comprenaient, indépendamment de l’apparition de la lingua franca ″kikongo ya leta″
ou ″monokutuba ″ qui favorisa l’extension de cette communauté linguistique au-delà
de l’estuaire du Zaïre. Un troisième facteur d’unité s’ajouta aux deux autres : le
kimbanguisme, qui fut ressenti comme l’expression religieuse du groupe.
19
Simon Kimbangu est mort le 12 octobre 1951 à 15 heures à l’hôpital « Prince Léopold de
Lubumbashi. » Un récit d’un soldat de la force publique témoin de l’événement, le nommé, Sakwa
Banga (Diangienda Kuntima, 1984 : 158)
69
L’opposition coloniale à l’égard du kimbanguisme ne fit qu’accentuer la cohésion
ethnique de cette religion issue du terroir. »
En zone rurale, on trouve un peu partout des traces de la colonisation grâce aux
édifices bâtis (églises, dispensaires, écoles). Mais cette modernité a trouvé du
relais après la période post-coloniale de 1960 à nos jours. Les différents
dirigeants du pays ont tous fait office de bon élève du colonisateur dans le suivi
de changements de mentalité du peuple congolais, notamment dans
l'amélioration de conditions de vie de tout citoyen, en insistant sur
l'alphabétisation des hommes, femmes et enfants de tout âge, en promouvant la
condition de la femme, en incitant le peuple à voir régulièrement le médecin au
lieu du féticheur comme c'était le cas avant la colonisation, même si une bonne
minorité continue à voir le féticheur à la place du médecin. Les barrages
hydroélectriques d'Inga et de Zongo, dans le Bas-Congo, témoignent du souci
des autorités d’éclairer l'ensemble du pays. La construction des routes, l'achat
d’une flotte maritime et aérienne malheureusement gaspillée aujourd’hui, la
libéralisation des secteurs de l'enseignement tant supérieur qu'universitaire et
celle d’autres secteurs économiques sont des signes d'adaptation aux réalités de
la modernité. Après nous être étendu sur la culture des Basolongo et des
Bakongo en général, il nous reste à nous pencher sur leur langue, le kisolongo
dans le chapitre suivant.
70
2. 11. Conclusion partielle
La présentation de la société des Basolongo a permis de mettre en exergue
quelques-uns de leurs traits culturels, notamment : le respect de la hiérarchie
dans la structure sociale, leur mode de vie, leur cosmogonie et leur évolution au
contact de l’européanité. Répétons-le : les Basolongo font partie de la grande
famille des Bakongo (constituée d’une trentaine de sous-groupes).
Dans la même optique, elle se situe dans l’étude des mécanismes dont se
servent les individus et les groupes sociaux pour s’orienter dans un monde qui,
sans cela, serait une société opaque. La connaissance des types de
discours (sacré, profane, littéraire) en usage chez les Basolongo est très
importante pour qui cherche à comprendre le fonctionnement de leur société. En
effet, cette approche permet d’identifier certains principes généraux qui régentent
leur conduite et leur mode de penser.
71
Chapitre 3
Le kisolongo et ses locuteurs
3. 1. Introduction
Ce chapitre présente le kisolongo et la population qui l’utilise comme instrument
de communication et d’échange socioculturel. Dans le sillage de la problématique
de l’unité linguistique des Bakongo et étant donné que notre étude porte sur les
Basolongo, nous allons procéder en établissant quelques différences
(morphologiques, phonologiques, lexicales...) entre le kikongo ya leta (langue de
tous les Bakongo) et le kisolongo actuel, perçu comme étant une de ses
variantes locales. Nous donnons quelques notions rudimentaires de grammaire
du kisolongo, langue de Basolongo et préciserons sa classification au sein des
langues bantu et de la communauté linguistique des Bakongo.
3. 2. Fondement du kikongo
Comme pour la plupart des langues africaines, on ne sait pas dater l’origine du
kikongo qui connaît aujourd’hui un vrai rayonnement au-delà de l’aire de l’ancien
royaume des Bakongo. Divers auteurs [G. Balandier (1963 : 1-19) ; W.G.L.
Randles (1968 : 2-22) ; E. Mendiaux, (1961 : 1-30) ; K.E., Laman (1912 : 1-11) ;
(H.W. Bentley ‘1887: V-xxiv) et S.Mufwene (1988: 10-55)] sont unanimes pour
dire que le kikongo doit son histoire de langue vernaculaire à l’ancien royaume
des Bakongo qui s’étendait jusqu’au pool Malebo (appelé, avant 1972, Stanley
Pool) près de Kinshasa et qui regroupait les territoires des rives septentrionale et
méridionale du fleuve Congo. On peut lire à ce sujet l’atlas de la République du
Zaïre (1979 : 24) et G. Balandier (1963).
72
cours moyen du fleuve jusqu’à Kinshasa), ainsi qu’à une partie de la République
du Congo - Brazzaville.
Toutes ces régions appartiennent à la grande famille des Bakongo dont la langue
est le kisi - kongo ou langue des habitants du royaume des Bakongo. Parmi les
divers parlers des Bakongo, le kisolongo est vraisemblablement la variante la
plus proche de cette langue originelle. Avec le temps, le kisi-kongo a évolué et
s’est enrichi du point de vue phonétique, lexical, grammatical et morphologique et
a donné naissance à toutes les variantes tels le kindibu, le kimanianga, le
kintandu, le kiyombe, le kivili, le kisolongo, bref à tous les parlers de la
communauté linguistique bakongo. On recensait bien d’autres langues dans
l’ancien royaume des Bakongo comme les parlers des Mbaka-Mbaka (ainsi
dénommés à cause de leurs grosses têtes et de leurs ventres proéminents), les
kimbundu et autres (Lire Van Wing, 1959).
Sur la carte reprise ci-dessous, nous présentons la place du kikongo par rapport
aux quatre langues officielles nationales de la R. D. du Congo. Il est bon de
préciser que, depuis la Conférence Nationale Souveraine (C.N.S.), la R. D. du
Congo compte cinq langues officielles, le français et quatre langues nationales :
le lingala, le kikongo, le kiswahili et le tshiluba, désignées auparavant sous
l’appellation de langues nationales.
73
Fig.7. Carte linguistique de la R. D. du Congo
74
les travaux représentatifs figurent ceux de W.Holman Bentley (1887), E. Karl
Laman (1912, 1936) et S. Mufwene (1988).
K. Laman décrit le kikongo comme l’une des langues de la grande famille des
langues bantu à l’instar du Souahéli (kiswahili) de la côte d’Afrique Orientale, du
Zulu et du Héréro en Afrique du Sud ou encore du douala du Cameroun
allemand, des Amboundous de Mossamèdes ou du Waroua du sud-ouest du lac
Tanganyika.
La forme bantu fut retenue vers 1852 (sic) par des linguistes pour symboliser
l’unité du sous-groupe de ces langues dans lesquelles le concept «homme » est
traduit par le proto-lexème – *ntu. Par exemple le zulu a - bantu signifie « ayant
trait aux hommes. » Dans un ouvrage paru en 1858, W.-H.-I. Bleek propose la
dénomination « famille Ba - ntu » déjà pressentie par lui dans sa thèse en latin
soutenue en 1851. Ce terme a donc été adopté par les Européens pour désigner
aussi bien un groupe important des indigènes que des langues issues de ces
groupes sociaux du centre de l’Afrique (voir les locatifs en bantou, Claire
Grégoire, 1975).
Dans les villages, les villes ou les districts, de Kinshasa jusqu’à l’Atlantique, le
kikongo ya leta est parlé par les ressortissants de la province du Bas-Congo ainsi
que par les habitants de la province de Bandundu et quelques provinces des
pays voisins comme le Congo-Brazzaville, l’Angola et le Gabon.
Comme nous l’avons déjà signalé, de tous les parlers des Bakongo, le plus
proche du kisi-kongo authentique est le kisolongo parlé à Soyo en Angola et au
Congo-Kinshasa dans la commune de Moanda, plus précisément dans les
localités de Vungu, Kibamba, Senge, Longwa, Malele, Kimuabi et Matombe.
75
Pour Bentley, le kindibu, une variante du kikongo parlé à Mbanza-Ngungu,
compte parmi les vieilles souches des kikongo, plus proches du kisolongo et du
kimanianga (W. Holman Bentley, 1889.) Léon Dereau (1955) argumente de la
même manière en considérant pour sa part que le kindibu a connu un
nivellement général à Mbanza-kongo ou à la cour royale. Mais nous pensons
que, sur ce point, les deux auteurs se trompent même s’ils ont travaillé dans
cette région où est parlé le kindibu car leurs travaux concernent plutôt le kikongo
en général et non du kindibu de Mbanza-Kongo : l’un des deux auteurs s’est
consacré à l’élaboration d’un dictionnaire anglais-kikongo (1889) et l’autre a fait
la collecte du matériel pour l’enseignement du kikongo (1955). Ils n’avaient pas
d’informations suffisantes et solides sur le kisi-kongo et donc ne pouvaient
argumenter que sur ce qu’ils ont traité. Il y a sûrement plus de chance d’avoir
des avis contraires à leur point de vue sur le kindibu si des études sérieuses se
faisaient dans cette direction.
A l’instar d’autres langues bantu, le kikongo est écrit pour la première fois par les
missionnaires catholiques et par ceux de la Baptist Missionnary Society, après la
découverte de l’embouchure du fleuve Congo lors de la deuxième tentative en
1491 par Diego Cao et sa suite. Ils accostèrent à Mpinda (Soyo) où ils entrèrent
en contact avec les Basolongo. Parmi leurs premières oeuvres nous pouvons
citer A handbook of the Christian Faith écrit en kikongo et publié en 1624 à
Lisbonne.
76
L’étude du lexique et de la grammaire du kikongo a débuté par la publication à
Rome d’un petit dictionnaire en 1650 sous la signature du frère Hyacinth Brusci
otto de Vetralla, missionnaire capucin du Kongo. En 1659, est publié toujours à
Rome ‘The Rules of Kikongo Language’, qui sera traduit en français en 1912.
• Le kivili du kakongo est l’une des rares langues du groupe bakongo qui
aient autant de particularités morphologiques et lexicales ;
• Les explorateurs sont entrés encore une fois en contact en premier
avec les Basolongo de Soyo, même si ces derniers sont
géographiquement proches de Cabinda ;
• Le kikongo des premiers ouvrages examinés par Bentley est, d’après
ses conclusions, relativement proche du kisolongo. Malheureusement,
dans certains passages de son étude, Bentley semble s’embrouiller et
souscrire sans conviction à la thèse selon laquelle il s’agit du kivili de
kakongo, une langue qu’il ne connaît pas bien.
77
De nos jours, les Bakongo possèdent une espèce de pidgin ou de lingua-franca,
sorte de synthèse de diverses variantes du kikongo, travaillé pour servir de
langue véhiculaire et qui est devenu une des quatre langues nationale et
officielles de la R.D. du Congo. Tout en ayant évolué comme chaque langue et
en n’étant pas demeuré statique, le kituba a eu des modifications introduites par
les linguistes et les sociologues. Cette évolution peut être étudiée
synchroniquement en comparant le lexique, la morphologie et la phonétique du
kituba de Boma à ceux du kituba de Matadi et du Bandundu.
Selon H. W. Fehdereau (1969), Boma, Loango et Luanda ont été des centres
importants de regroupement au 16ème siècle déjà. Dès cette époque, les esclaves
arrachés à leurs milieux d’origine pour être conduits sur la côte éprouvaient un
besoin élémentaire d’échanges linguistiques sans que, certes, cela n’autorise à
affirmer que le kituba date de cette époque. Mais on peut dire que les conditions
de son émergence comme langue véhiculaire ou trade language étaient réunies.
Signalons en outre que le système de portage de Matadi à Kinshasa et de
Pointe-Noire à Brazzaville a contribué également au développement et
l’implantation du kituba.
78
l’émergence du kituba et donc à une unité linguistique qui permet à présent à tout
le monde de se retrouver facilement dans le kikongo ya leta qui, cependant, a
aussi ses propres variantes selon qu’il est parlé à Boma, à Matadi, à Brazzaville,
à Pointe-Noire, à Libreville (Gabon) ou à Kikwit.
Dans ses variantes, l’accent tonique par exemple change selon que le kituba est
parlé dans une région ou dans une autre, bien que sa base reste quasi intacte.
Le kituba 20, dérivé de la fusion des variantes du kikongo, s’étend sur les régions
sud-ouest de la R. D. du Congo, de l’Angola et du Congo-Brazzaville. Ses
centres les plus importants comptent près de quatre millions de locuteurs (cf.
Centre d’Etudes Ethnographiques du Bandundu [CEEBA], 1973: 5).
20
Comme le lingala, le kituba ou kikongo ya leta est une langue véhiculaire à l’échelle des deux
provinces (le Bas-Congo et le Bandundu). Ayant acquis informellement le statut de langue
nationale, elle a été érigée au rang de langue officielle depuis la Conférence Nationale
Souveraine. Le kikongo ya leta comptait 4 millions de locuteurs en 1982. De nos jours W.
Macgaffey (1995 : 1) a répertorié environ 6 millions de locuteurs dans les trois pays qui
constituaient le royaume des Bakongo. Tout Mukongo se retrouve dans l’unité du kituba. Le
nivellement général dont parle Léon Derreau (1955) dans son ouvrage a quelque chose à voir
avec le kituba.
79
kisolongo) et constitue une des souches d’où proviennent selon les
traditions unanimes tous les sous - groupes des Bakongo ;
• En plus, le kindibu est la variante du kikongo la mieux comprise
partout, la plus simple et la plus susceptible de devenir la langue de
tous les Bakongo ;
• Bon nombre d'ouvrages littéraires rédigés en kikongo et ayant un
contenu chrétien ou profane le sont en kimanianga, kindibu, kiyombe et
kinsansala.
Léon Dereau aurait dû se rendre à San Salvador et dans ses environs pour
constater que les Basansala, les Bazombo, les Babembe, les Bahumbu, les
Bawoyo et les Basolongo, qui continuent à parler leurs langues respectives, n’ont
rien à envier aux Bandibu, même si certains assimilent abusivement les
Bazombo aux Bandibu alors que notre expérience du terrain démontre que le
kizombo est bien différent du kindibu.
Puisqu’il n’y a pas de certitude qui permette de dire que telle variante du kikongo
est élaborée que telle autre, alors nous choisissons arbitrairement le kimanianga
et le kisolongo, langues plus proches du kindibu, pour les comparer au kikongo
ya leta ou kituba. Ce procédé nous permettra d’étayer les différences auxquelles
nous faisions allusion en début de ce chapitre.
80
• En kimanianga :
• En kisilongo :
Tata beto kéna zúlu, bika nkúmbu ya nge ya zituswa, kimfumu na nge
ya kíita, kati ya béto, luzulo na nge ya salama na ntòtò mutindu mosi
kúna na zúlú.
81
• En français :
Notre père qui est aux cieux ;
Que ton nom soit sanctifié ;
Que ton règne vienne;
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ;
Donne-nous notre pain de ce jour ;
Pardonne nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux
qui nous ont offensés ;
Ne nous laisse pas en tentation, mais délivre-nous du mal ;
Car, c’est à toi qu’appartiennent dans tous les siècles, le règne, la
puissance et la gloire aux siècles des siècles, amen.
Mis à part cette prière, notre corpus comprend un second exemple de texte dans
les trois langues, exemple qui permet d’étudier leurs différences sur les
plans morphologique, lexical et phonétique. Le texte est assorti d’une traduction
en français.
82
les plans morphologique, lexical et phonétique. Cependant, ces différences,
somme toute minimes et quelque soit le niveau où elles se situent (niveau du
préfixe, du suffixe et du radical), n’entravent pas trop l’intercommunication entre
les Bakongo.
83
3. Mu / mou/ est le préfixe qui exprime le singulier. Son pluriel est Ba / ba/
ou Mi / mi/.
d) Les consonnes
e) Complexes consonantiques
3) Les complexes attestés sont les suivant : mmy, mpy, mpw, mby, mbw, mfy,
mv, mvw, nzy, nzw, nky, nkw, ndy, ndw, nsy, nsw :
84
Exemple : mpyoodi, hareng ; ntwéedi, éleveur ; ndyatilu, démarche ; mfwidi, je
meurs ; nswéeswe, frais ; lungwénia, caméléon ; etc.
Dans les langues africaines, les tonalités musicales occupent une place impor-
tante. Elles servent à indiquer les émotions et à distinguer les idées essentielles.
Elles jouent singulièrement une fonction de premier ordre dans la signification
des mots tout en influant sur l’orthographe.
En kikongo n’existe pas correspondance entre l’accent tonique principal (le plus
lourdement scandé) et le ton le plus aigu. Nous notons les tonalités dites
musicales, les basses, émises en voix de poitrine ou profonde par un accent
grave (`) ; les hautes, produites du haut de la bouche ou en voix de tête, par un
accent aigu (´). L'accent circonflexe (^) oblige l'adoucissement de ton. Cela n’a
rien à voir avec ce coup d’émission plus percutant de voix /ou/ scandement qu’on
appelle accent tonique, sauf sur le second accent tonique des mots longs dont on
scande deux syllabes, qui est nécessairement aigu quoique martelé très
faiblement.
Dans les mots courts, le sens de ce radical change suivant que cette voyelle est
émise en note grave ou aiguë. Ainsi sónga « être droit, juste, vrai», mais sònga
se traduit par « montrer. » L’accent tonique principal se porte toujours sur la
première voyelle du radical.
Les accents toniques et les signes phonétiques jouent un rôle capital dans
l’usage et dans la distinction du type de variante du kikongo (H.Van Roy, 1963 :
6.)
Exemple: « â ; à ; é; è ; û ; ù ; ô ; a » ; exemple : sâla, salon (ton descendant) ;
túkóta, entrons (ton montant) ;
Ngèmba, gentillesse (ton doux) ; sala, ou sáála, rester (ton haut double), etc.
Notons que, les signes diacritiques adoptés dans ces exemples présentent
l'identification et la distinction de ton et de vocalique dans l'usage du kikongo.
85
Ex : nkusu, perroquet ; bela, blâmer ; béla, perdre ; beela, (bela), être malade ;
badiidi, (ils ont mangé) ; badîdi, ils viennent de manger.
b) voyelles
4) Ton haut à la fin, voyelle brève nasale syllabique. Ex: kinduvú, l’art de se
saouler á, ú (ton montant bref.)
Nota bene : chacune des cinq voyelles peut être allongée. L’allongement
vocalique, très fréquent en kikongo, est pertinent, comme on peut le constater
dans les paires de mots ci-après :
c) Les semi-voyelles
86
3. 3. 6. Morphologie du kisolongo (Phonologie du kisolongo)
1. Le système vocalique
1.1.2. L’opposition entre /i/ et /e/ s’établit grâce à la paire minimale suivante :
/símba/ ‘touche’ vs /sémba/ ‘reprimande
21
Une paire minimale comprend deux mots qui ne s’opposent que par une seule unité vocalique,
consonantique ou suprasegmentale (ton, quantité vocalique, etc.)
87
2. Système tonologique
88
Disuwa / masuwa (5/6): bateau (x)
Nlungu /milungu (1/4) : pirrogue (s)
Dilonga / malongo (5/6): assiette (s)
Nzúngu / zinzúngu (9/10): marmite (s)
Lúpangu / tupangu (13/14) : parcelle (s)
Ntshi / mitshi (1/4) : arbre (s)
Ladio /ziladio (1/10): radio (s)
Muntu / yantu (1/10) : homme (s)
Nkéento / akénto (9/10): (femme (s)
Yakala / mayakala (5/6) : mâle (s)
Mwana / yana; bana (1/2): enfant (s)
Skola / ziskola (1/10): école (s)
Sofele / zisofele (9/10) : chauffeur (s)
Dilonga diame dia tuma / malonga mame ma tuma : mon assiètte en porceleine
/mes assièttes en porceleine
Dikalu diama dia mpá / makalu mame ma mpá : ma voiture neuve/ mes voitures
neuves
Kiélo kia nzo a mfumu / mielo mia nzo a mfumu : la porte de la maison du chef ;
les portes des maisons des chefs
89
Yimbila (15) : chanter
Bokota (15) : chuchoter
Tanga (15) : lire
Visa (15) : comprendre
Kina (15) : danser
Dasuka (15) : se fâcher
Sukula (15) : laver
Dumuka (15) : sauter
Kamba (15) : avertir
Biéka (15) : introniser
Fúnda (15) : accuser
Kwéla (15) : marier, se marier
Kandika (15) : interdir
Túma (15) : commander, envoyer
Kóta (15) : entrer
Vayika (15 ) : sortir
90
• Mama Mandelani osumbidi e dikalu diampá : maman Madeleine a acheté
une nouvelle voiture.
• O nlúngwa a matoko usindidi : la pirogue des jeunes garçons vient de
couler
• E yana makéento betolanga é nkúnga mia kiadi : les jeunes filles chantent
des lugubres chansons.
91
a) Classes et troisièmes personnes
92
B) Les classificateurs du Kisolongo
2 a - ; wa ; zi, ba a- ; zi - ; ba a - ; zi - ; ba a- ; ba
3 mu - N’ wu wu wo
4 mi - ; N’ mi mi myo
5 di - ; ø di - di dyo
6 ma – ma – ma, me mo
7 ki - ; ø ki ki kyo
8 yi ; bi ; ø – yi, bi yi, bi yo
9 N- ; ø yi yi yo
11 lu lu lu lo
13 tu tu tu to
14 wu- ; ø wu wu wo
15 ku ; ø ku ku ko
16 va va va vo
17 ku ku ku ko
18 mu – mu – mu – mo
93
3. 3. 8. Principaux groupes linguistiques chez les Bakongo
Il y a une variété linguistique chez les Bakongo. On recense divers parlers
comme ceux-ci : kisolongo, kindibu, kimanianga, kintandu, kiyombe, kivili,
kiwoyo, kisi-ngombe, kizombo, kisansala, kimbundu, kibéembe, kihumbu, etc.
Cette hétérogénéité linguistique est atténuée par les fortes similitudes existant
entre les différentes langues parlées par chaque sous - groupe kongo.
Par ailleurs, lors de nos nombreux séjours au Bas - Congo, nous avons constaté
de petites barrières de deux types :
a) d’ordre linguistique (variations sur les plans phonétique, lexical et
morphologique) ;
b) blocage dû dans certaines circonstances au codeswitching quand les
interlocuteurs sont issus des deux milieux sociaux différents, tels la ville
ou le village. Quoi qu’il en soi, beaucoup de nos sujets interviewés
considèrent qu’il s’agit de toute évidence d’une même langue. Ce
sentiment est renforcé par le fait que chaque Mukongo peut recourir au
kituba en cas d'éventuelle incompréhension.
94
Pour nous, l’avis de Vansina semble assez loin de la réalité dans la mesure où il
dénombre à peine dix groupes sociaux, alors que de nos jours le nombre de
langues de la région est d’au moins vingt-sept (Atlas linguistique de la
République du Zaïre, 1983.)
En effet, les Bakongo se répartissent en plusieurs sous - groupes qui ont des
dénominations ou des sobriquets :
22
Henry Morton Stanley : explorateur britannique, 1841-1904, Dictionnaire Larousse, 1979, p.
532.
23
Matadi : grande ville portuaire où se passait l’embarquement des esclaves. Elle est située dans
95
c'est le sobriquet désignant les habitants du pays de la forêt. Boma est aussi
un très ancien marché, très renommé où se troquaient caoutchouc et alcool
des comptoirs. De Boma vers l'Atlantique, on trouve les Basolongo, Bawoyo
et les Bavili.
Bon nombre de chercheurs fondent l’unité des Bakongo à partir de leur histoire
commune, de leur langue commune (le kituba et ses variantes) et de leur
organisation socio-économique. N. Ngoma (1981 : 123) considère qu’il s’agit
partout du même kikongo, malgré l’existence de nombreuses variantes et de
blocages dans certains cas comme nous l’avons signalé. La base sociale
commune de tous ces groupes linguistiques est donc leur appartenance à un
même groupe régional, ayant une histoire commune, une langue commune, une
mémoire collective commune. Cependant, nous réfutons l'argument selon lequel
les variantes du kikongo sont les mêmes partout car l’unité linguistique dont il est
question se manifeste au niveau du kituba ou kikongo ya leta et non au niveau
des langues parlées par chaque sous - groupe. C’est pourquoi nous partageons
l’avis A. Doutreloux (1968 : 113) qui écrit : « Les Bakongo nous apparaissent, enfin
de compte, comme un complexe ethnique aux composantes encore mal répertoriées,
cimentées par une unité culturelle certaine. »
Ce point de vue est largement partagé par O. Boone (1973 : 405 - 406), qui fait
remarquer que :
«les populations connues sous le vocable kongo comprennent un nombre assez
important des tribus et des groupes territoriaux unis par les liens de la langue et de la
culture. »
le sud-ouest du Congo.
24
Boma : ville portuaire du Bas-fleuve. Elle fut la première capitale du Congo belge.
96
« Je tiens à souligner que le Congo central n'est composé que d'un seul peuple. Nous
sommes tous fils de Ne-kongo. Chez nous, l'appellation Manianga, Bayombe,
Basolongo, Bandibu, Besi-ngombe, Bawoyo, Bantandu ou autres ne signifient
absolument rien. Il n’y a que les fils de Ne-kongo qui peuplent le Kongo central, à part
quelques ressortissants d'autres provinces (étrangers d’autres régions ou provinces) du
Congo. C'est pourquoi le gouvernement va envisager certaines mesures selon
lesquelles des punitions seront infligées à tous ceux qui se permettront de traiter leurs
frères d'inférieurs ou d'étrangers. Nous nous appellerons tous Bakongo et essayerons
tous d'éviter les termes Bandibu, Bantandu, etc.
L'avantage d'une telle déclaration est de stigmatiser publiquement les clichés, les
stéréotypes, les préjugés existant entre les différents sous-groupes kongo et
d’œuvrer au profit de l’unité à partir de la diversité.
1. « The common historic origin of the tribes, as evidenced by the mythology as well
as the portugese records ;
2. a common history following the origin of the kingdom ;
3. common legends which, despite the splitting into tribes in the early history of the
kingdom, point up the general cultural and political relationship ;
7. the fact that the neighbours of the Kongo are sharply distinguishable and
differenciated on all sides. »
Concrètement, o peut dire que les points communs entre les Bakongo sont : la
langue (le kisi-kikongo) qui facilite l’intercommunication entre les différentes
variantes parlées, la structure sociale, l'histoire commune et l'identité dans le
cercle du groupe bakongo qui se présente comme une société globale dans la
vie quotidienne.
97
En résumé, les Bakongo se présentent, pour nous, comme un peuple, avec une
langue à l'origine commune (le kisi-kongo), même si cette unité linguistique peut
être revue pour des raisons déjà évoquées (chaque sous-groupe social parle une
variante différente du point de vue morphologique, lexical et phonétique) comme
l’éloignement géographique. Mais les différents sous-groupes bakongo gardent
indéniablement la même structure sociale et politique, la même histoire et la
même culture.
Il y a unité linguistique au niveau du « kituba » ou du « kikongo ya leta » dans
lequel tout Mukongo se reconnaît.
3. 3. 8. Conclusion partielle
La kisolongo, est une langue bantu et possède cinq voyelles à l’instar de
beaucoup d’autres en Afrique au sud du Sahara telles que le kiswahili, le ciluba
ou le kinyarwanda. En tant qu’outil d’échange et de communication par lequel se
produisent les différents rituels, la socialisation et toute la littérature orale, il a été
jugé important d’analyser rapidement certains aspects de cette langue tels que la
morphologie, la phonétique et le lexique.
L’examen de ces trois aspects met en lumière les différences linguistiques entre
les variantes du kisolongo et qui, malgré tout, n’entravent pas totalement
l’intercompréhension entre les Bakongo. C’est sans doute ce constat qui a
poussé certains auteurs à penser ou à croire qu’il y a une unité linguistique non
seulement dans le kituba, mais aussi entre les variantes du kikongo. Encore une
fois, le « kituba » est une lingua franca née du brassage entre toutes les
variantes du kikongo à partir du 16ème siècle et qui, de nos jours, est utilisé parmi
les quatre langues nationales en R. D. du Congo.
98
Deuxième partie
Base socioculturelle et concepts techniques au pays des
Basolongo
Cette partie présente les autres rituels qui peuvent conduire au káandu (chapitre
4). Quant au chapitre 5, il décrit les concepts techniques chez les Basolongo.
C’est-à-dire sa structure sociale, ses institutions claniques, les notions de la
propriété et de la succession qui sont parfois les causes du káandu, en cas de
non – respect de la structure et des règles pré-établies. Enfin, le chapitre 6 donne
un éclairage suffisant pour comprendre le fondement socioculturel du káandu,
pour qui le « magico-religieux » reste le socle incontournable du Verbe sacré qui
provoque chez les Basolongo la peur incontrôlée du sorcier, ndoki.
99
Chapitre 4
Quelques Rituels en rapport avec le káandu au pays des Basolongo
4.1. Introduction
Ce chapitre traitera de quelques rituels qui, chez les Basolongo, sont liés au
káandu. Ce sont des cas concrets choisis parmi divers interdits des Basolongo
qui en rapport avec l’usage du verbe (parole), des objets, des gestes, de
l’exécutant (personne habilitée à officier) ou d’un rite religieux ou profane selon la
cosmogonie en vigueur chez les Basolongo. Ceux-ci ont plusieurs rituels se
rapportant à la vie sociale (mariage, vie économique comme le nsámbu
‘bénédiction’ et vie politique et spirituelle comme le nsingulu ‘malédiction’ ou le
biékwa ‘intronisation’.
4. 2. Concept de ‘rituel’
Selon nous, le rituel est un ensemble de composantes qui constituent un culte
profane ou religieux. Ces composantes sont le verbe (parole audible,
tambourinée, chantée ou scandée), la matière botanique (feuilles, plantes ou
écorces d’arbres), l’eau, le vin traditionnel et les gestes précis et nécessaires
requis pour la cérémonie comme l’explique J. Vansina (1968 : 106-7) :
« It is certainly the ritual, with its symbols, that constitutes the heart of religion. Rituals,
long neglected in favor of descriptions of myth and belief, must be considered. And that
is not all. All rites are social rites, even individual ones. The worst fault a study can show
is to neglect the thorough of the study of the society before analyzing the religion… it has
become clear that in Africa social structures and religion are aspects of a single thing: a
human community living the drama of its own existence. » 25
100
‘bénédiction’, le nsingulu ‘malédiction’ et le nsukudulu ‘rite de lavage d’un (e) veuf
(ve)’.
Selon leur importance et leur signification dans le sacré des Basolongo, toutes
ces pratiques fonctionnent de l’audible (parole) au non-dit (gestes), du visible à
l’invisible et sont étroitement liées entre elles. B. Fukiau (1969 : 29-31) remarque
que « l’essence même du rituel kongo dans le rite de passage est présentée
comme le mouvement entre le monde des vivants et le monde des morts. »
101
• Internement : Selon tata Polo dans son interview (2001 en annexe), la
fille en âge nubile est – durant son internement – entourée de ses
tantes et des sages femmes qui l’initient à l’art sexuel, aux soins
intimes, aux rapports sociaux avec les futurs beaux-parents et avec le
futur mari. Elle ne touchera à rien à l’exception de ses soins intimes.
Les hommes sont interdits d’entrer dans sa chambre. Elle se déplace
en escorte avec deux à trois duègnes, la tête couverte d’un pagne
jusqu’au pied afin d’éviter le regard des hommes. Elle ne sort que pour
les stricts besoins physiologiques. Après la douche obligatoire vers
cinq ou six heures du matin, elle se maquille avec le ngόola (terre
rougeâtre) et avec d’autres onguents. Vers midi, elle prend son repas.
Chaque soir sont organisés - devant la case où elle est internée - un
spectacle chorégraphique au tam-tam, des jeux de devinette et des
bigógólo ‘causeries’ improvisés par les maduki ‘les anciens ou vieux’. Il
arrive aussi qu’un griot improvise un concert. Cependant suite au
contact avec le kadilu kia mindele ‘modernisme’, ce rituel tend à être
abandonné et n’a plus sa rigueur d’antan. sous prétexte qu’il n’a pas de
raison d’être pour les chrétiens et les personnes « civilisées ».
• Sanction : Avant l’internement de la future initiée, les sages femmes
pratiquent sur la future initiée un test vaginal. Une jeune fille déflorée
avant le rituel est sanctionnée ainsi que d’ailleurs l’homme qui l’a
conduite à cet état.. On rase à chacun sa tête, on y verse de l’huile de
palme et on leur retire leurs habits et livrés une journée entière aux
moqueries du public au rythme du tam-tam. De cette manière, la
société entière apprendra la leçon. Au lendemain, la jeune fille est
autorisée à intégrer le kikumbi tandis que le garçon coupable est prié
de payer l’amende prévue par la jurisprudence et est obligé de prendre
en mariage cette jeune fille immédiatement après l’initiation.
102
kikumbi rend impure ou souillée une jeune fille. Cette façon de voir les
choses est partagée par les chrétiens, les musulmans et les juifs. Chez
les musulmans et les juifs, la virginité fait partie de la fierté de la jeune
fille et de ses parents, voire de toute la famille. De même pour les
kimbanguistes, une jeune fille ou un jeune garçon ne peuvent cohabiter
sans avoir été unis par le sacrement du mariage. De la même manière
que le nganga ‘féticheur’ prescrit l’abstinence sexuelle à des
compétiteurs (joueurs de football par exemple) avant d’entamer un
match de football par exemple pour lequel il est consulté. C’est
pourquoi G. Buakasa (1985: 27) considère que la sexualité est une
chose à la fois permise et défendue. Après son initiation, la jeune fille
peut intégrer le monde des adultes mature et prête.
4. 2. 2. Nsámbu ‘bénédiction’
Le nsámbu ‘bénédiction’ est un rituel qui se déroule selon la cosmogonie des
Basolongo (les Bakongo en général) et qui concerne un jeune homme ou une
jeune fille qui respecte les anciens et les règles de la société. La bénédiction
permet au bénéficiaire d’acquérir un plus par rapport au cours normal des
choses. Ainsi, un pêcheur béni attrapera plus de poissons ; le fruit de chasse
sera d’autant plus abondant que le chasseur est béni ; un cultivateur béni cultive
davantage d’hectares de terre et aura une récolte d’autant plus abondante.
Bien entendu et encore une fois, ce type de croyance n’est pas propre aux
Basolongo. Elle est par exemple attestée dans la tradition judéo-chrétienne : la
bible illustre le cas d’Isaac, fils d’Abraham, qui demande à son fils Esaü de lui
tuer un gibier pour qu’il lui accorde la bénédiction :
« Isaac devenait vieux, et ses yeux s’étaient affaiblis au point qu’il ne voyait plus. Alors
il appela Esaü, son fils aîné, et lui dit : Mon fils ! Il lui répondit : Me voici ! Isaac reprit : Je
suis vieux, je ne connais pas le jour de ma mort. A présent, prends donc tes armes, ton
carquois et ton arc, va dans la campagne et chasse-moi du gibier. Fais-moi un régal
comme je l’aime et apporte-le-moi à manger, afin que je te bénisse moi-même avant de
mourir. Rébecca écoutait tandis qu’Isaac parlait à son fils Esaü. Esaü s’en alla dans la
campagne, pour chasser du gibier et pour le rapporter. Alors Rébecca dit à son fils
Jacob: Voilà ce que j’ai entendu. Ton père parlait à ton frère Esaü et disait: Apporte-moi
103
du gibier et fais-moi un régal que je mangerai, et je te bénirai devant l’éternel avant ma
mort. Maintenant, mon fils, écoute ma voix (et fais) ce que je te demande. Va me
prendre au troupeau deux bons chevreaux ; j’en ferai pour ton père un régal comme (il)
l’aime. Tu (le) porteras à manger à ton père, afin qu’il te bénisse avant sa mort. Jacob
répondit à sa mère Rébecca: Oui, mais mon frère Esaü est velu, tandis que moi, je ne le
suis pas. Peut-être mon père me tâtera – t - il, et je passerai à ses yeux pour un
trompeur; je ferai alors venir la malédiction et non la bénédiction. Sa mère lui dit: Que
cette malédiction, mon fils, (retombe) sur moi ! Ecoute seulement ma voix et va me
prendre les (chevreaux.) Il alla les prendre et les apporta à sa mère qui fit un régal
comme son père l’aimait. Ensuite Rébecca prit les vêtements d’Esaü, son fils aîné, les
plus beaux qui se trouvaient à sa portée dans la maison, et les fit mettre à Jacob, son fils
cadet. Elle couvrit de la peau des chevreaux ses mains ainsi que son cou qui était
glabre. Puis elle mit le régal et le pain qu’elle avait préparés dans les mains de son fils
Jacob. Celui-ci vint vers son père et dit: Mon père! Isaac dit: Me voici! Qui es-tu, mon
fils? Jacob répondit à son père: Je suis Esaü, ton fils aîné; j’ai fait ce que tu m’as dit.
Lève-toi, je te prie, assieds-toi et mange de mon gibier, afin que tu me bénisses toi-
même. Isaac dit à son fils: Comme tu as vite fait d’en trouver, mon fils! Jacob répondit:
c’est que l’Eternel, ton Dieu, a fait venir le gibier vers moi. Isaac dit à Jacob: Approche
donc, et que je te tâte, mon fils, (pour savoir) si oui ou non tu es mon fils Esaü. Jacob
s’approcha de son père Isaac, qui tâta et dit: La voix est la voix de Jacob, mais les mains
sont les mains d’Esaü. Il ne le reconnut pas, parce que ses mains étaient velues, comme
celles de son frère Esaü, et il le bénit. Il dit: C’est bien toi, mon fils Esaü? Il répondit: oui.
Isaac dit: Sers-moi, que je mange du gibier de mon fils, afin que je te bénisse moi-
même. Jacob le servit, et Isaac mangea; il lui apporta aussi du vin, et il but. Alors son
père Isaac lui dit: Approche donc et donne-moi un baiser, mon fils. Isaac sentit l’odeur de
ses vêtements; puis il le bénit en ces termes: «Oui, l’odeur de mon fils est comme
l’odeur d’un champ que l’Eternel a béni. Que Dieu te donne de la rosée du ciel. Et des
ressources de la terre, du blé et du vin nouveau en abondance! Que des peuples te
soient asservis, et que des nations se prosternent devant toi ! Maudit soit celui qui te
maudit, bénit soit celui qui te bénit. Isaac finissait de bénir Jacob, et Jacob avait à peine
quitté son père Isaac, que son frère Esaü revint de la chasse. Il fit aussi un régal qu’il
porta à son père. Il dit à son père: Que mon père se lève et mange du gibier de son fils,
afin que tu me bénisses toi-même. Son père Isaac lui dit: Qui es-tu? Il lui répondit: Je
suis ton fils premier-né, Esaü. Isaac fut saisi d’un grand trouble, d’un trouble extrême, et
dit: Qui est donc celui qui a chassé du gibier et me l’a apporté? J’ai mangé de tout avant
que tu ne viennes, et je l’ai béni. Aussi sera-t-il béni. Lorsqu’Esaü entendit les paroles
de son père, il poussa un grand cri, extrêmement amer, et dit à son père: Moi aussi,
104
béni-moi, mon père. Isaac répondit: Ton frère est venu avec ruse et il a pris ta
bénédiction. Esaü dit : Est-ce parce qu’on lui a donné le nom de Jacob qu’il m’a
supplanté deux fois? Il avait déjà pris mon droit d’aînesse et maintenant il a pris ma
bénédiction. Il ajouta: N’as-tu pas de bénédiction en réserve pour moi? Isaac répondit à
Esaü: Voilà, je l’ai établi ton maître, je lui ai donné tous ses frères pour serviteurs, et je
l’ai pourvu de blé et de vin nouveau: Que puis-je faire donc pour toi mon fils? Esaü dit à
son père: Tu n’as donc que cette seule bénédiction, mon père? Moi aussi, béni-moi, mon
père ! Esaü se mit à sangloter. Son père Isaac lui répondit: Voici! «Ta demeure sera
privée des ressources de la terre. Et de la rosée du ciel, d’en haut. Tu vivras de ton
épée, et tu seras asservis à ton frère; mais en errant librement ça et là; Tu briseras son
Joug de dessus ton cou » (genèse 27 : 1- 40.)
4. 2. 3. Objectif du nsámbu
L’objectif principal de ce rituel est la modification ou l’amélioration du cours
normal des choses car rien n’est impossible à celui qui croit ou qui a la foi en
Nzambi ‘Dieu’, aux bakulu ‘ancêtres’ et aux divinités secondaires.
4. 2. 4. Types de nsámbu
D’après nos informateurs, il existe deux sortes de nsámbu ‘bénédiction’: le
nsámbu za salu ‘bénédiction relative au métier’ que les Basolongo appellent dilau
dia sálu et le nsámbu za zingu ‘bénédiction relative à la protection’ qu’ils
appellent élau dia zingu. Les deux rituels sont différents dans leur exécution et
dans leur fondement. Comme leurs noms respectifs l’indiquent, l’un est
temporaire tandis que l’autre est permanent :
105
4. 2. 4. 1. Nsámbu za kisalu
106
que le requerrant doit être capable de fournir le nécessaire pour que
l’exécutant fasse un sacrifice expiatoire.
Tout chef de famille peut bénir son fils, son neveu, sa fille ou sa nièce.
Mais ce pouvoir est limité et peut être contourné par les esprits
malveillants qui rôdent inlassablement autour des autres membres du
clan en vue de détruire tout ce qui est bénéfique à tout individu.
107
4. 2. 4. 2. Nsámbu za zingu
108
pouvoir visible des ancêtres invisibles qui agissent en sa faveur, le père fait
généralement office d’exécutant.
• Objectif : L’objectif de ce rite est principalement de protéger le
récipiendaire contre les esprits malfaisants et secondairement d’ouvrir
les portes fermées par le destin, de manière à garantir la réussite au
béni. C’est à la demande expresse de la mère ou du candidat lui-même
que ce nsámbu ‘bénédiction’ est accordée par spécialement le père ou
subsidiairement par un oncle. Le mfumwa vúmu père’ peut aussi en
prendre l’initiative dans la famille nucléaire.
4. 2. 4. 3. Nsingulu ‘malédiction’
109
L’enfant contacte un ancien qui sollicite une réconciliation en son nom auprès de son
papa. Ce dernier accepte la proposition. Le chef du lignage de la mère est averti. Il fixe
le jour et l’heure (généralement le soir.) Il convoque tous les membres de la famille tant
maternelle que paternelle. Ce sont en effet les deux lignages (du père et de la mère) qui
sont concernés. Le chef du lignage introduit la cérémonie et passe la parole à l’enfant.
Celui-ci expose son pardon en ces termes : ″Papa, je suis votre fils, je suis comme votre
chevreau qui vous donne des coups de patte, c’est le cœur qui m’a trompé, je ne ferai
plus ce que j’ai fait. Les anciens ont dit que si les mains touchent les excréments, on ne
les coupe pas mais on les lave. Je ne veux pas me passer de vous, car c’est vous qui
m’avez engendré et avez guidé mes premiers pas. Je vous demande pardon devant
ceux qui sont partis (morts) et ceux qui sont ici présents″. Et le père prend à son tour la
parole et répond : ″Toi, tu es mon fils, tu m’avais frappé, c’est vrai. C’est moi qui t’ai
maudit, je l’avoue et je l’ai dit parce que tu es sorti de l’union entre ta mère et moi. Mais
aujourd’hui, que tout ce que j’ai dit et fait contre toi puisse couler comme dans la rivière
et s’envoler comme le vent. Je te pardonne. Que tu puisses retrouver ta chance, et ta
route sera ouverte dans la joie et la sincérité″. L’enfant remet un bouc (animal
domestique très apprécié) à son père. Celui-ci le donne au chef de lignage qui en coupe
la tête et laisse couler le sang par terre, au milieu de l’assemblée, comme pour donner
aux ancêtres. Car ils sont toujours présents partout où le lignage se retrouve. L’aîné de
la communauté prend à son tour la parole et s’adresse aux ancêtres et l’assistance :
″Voilà, vous nous avez laissés ici tous ensemble. Mais aujourd’hui certains d’entre nous
ont voulu s’égarer et vous étiez au courant. Vous aviez aussi protesté avec le père de
l’enfant car l’enfant n’avait plus aucun succès, ni dans son travail, ni dans son foyer. Les
deux viennent de se réconcilier devant nous. Daignez accepter ce pardon comme nous
membres des deux lignages ici présents viennent (sic) de le faire ; pour que tout
redevienne comme avant″. »
Dans son ouvrage Famille, Sexualité et Culture, A. Kashamura (1973 : 147) cite
un exemple quasi similaire :
« Un enfant ne doit pas brutaliser ses parents, sinon il est maudit. L’acte de malédiction
est simple : son père ou sa mère, nu, lui tourne le derrière et tape sur leur propre dos en
lui disant : ″désormais tu n’es plus mon enfant″. Si l’enfant n’obtient pas la révision de
cette condamnation, il n’a plus qu’à quitter sa famille et les villages où on le connaît. »
Ce rite se veut à la fois comme un moyen de ramener les égarés à la bonne voie
et une façon d’imposer le respect des règles de fonctionnement de la société. Il
110
se substitue en quelque sorte à la prison ou à un lieu de correction dans la justice
moderne car il n’existe pas d’infrastructure pour interner les coupables. Si ceci
est vrai, il reste que la privation de la protection de la société est une punition
encore plus redoutable en tant qu’elle livre l’individu à la merci des forces
invisibles, cruelles et impitoyables. Par la malédiction, les ancêtres enferment
dans une prison spirituelle (invisible à l’œil nu) le damné jusqu’à ce qu’il fasse
amende honorable et qu’il reconnaisse le bien-fondé des structures et de
l’autorité politico-sociales.
4. 2. 4. 3. a. Objectifs
111
4. 2. 4. 3. b. Déroulement de la cérémonie
• Cas d’une femme (la mère) : Pour maudire son fils ou sa fille, la mère
soulève son pagne jusqu'à la taille et virevolte de façon à tourner son
dos à la personne visée. Ensuite, elle s'incline comme pour lui montrer
ses parties génitales et tape son postérieur trois fois tout en proférant
les paroles suivantes : « X, au nom de Dieu, Nzambi a Mpungu, des
ancêtres, bakulu, qui m’entendent maintenant, à dater de ce jour, je te maudis
en ma qualité de maman qui t’ai porté dans mon sein. Vu tout ce que tu as
fait contre ma personne, ta vie sera une suite sombre ; tu ne goûteras plus le
bonheur et tu n'es plus mon fils ou ma fille. »
• Cas d'un homme (le père) : Pour maudire son fils ou sa fille, le père
lance les imprécatoires suivantes : « X, au nom de Dieu, Nzambi a
Mpungu, des ancêtres, bakulu, en ma qualité de père et de procréateur, je te
maudis. Vu les actes abominables que tu as posés et à dater d'aujourd’hui, tu
n'es plus mon fils. Ta vie sera un enfer. Tu ne goûteras plus le bonheur sur
terre. Tu erreras partout comme un fou ou comme un sans abri. Tu trouveras
à manger difficilement. Ce qui est lié sur la terre est aussi lié au ciel. »
Le rite du nsingulu est assorti d’un rite anti-dote, celui du nlémvo ‘pardon’ qui
comprend une issue à la crise et une réparation. J. M. Munzimi (2001 : 186-187)
décrit un cas chez les Ambun. A ce sujet, H. Mautier (1985 : 162) fait remarquer
ce qui suit :
112
« La mauvaise parole se trouve chez l’homme et chez la femme. Parole dure, violente,
coléreuse, sèche, dite mâle. Parole querelleuse, jalouse, incapable de garder un secret,
dite femelle. L’homme excité, aveuglé (à l’œil assombri) par des circonstances
malheureuses, des contrariétés, des malheurs, d’injustice, ou de la mauvaise volonté
d’un tiers qui n’est plus dans des dispositions favorables pour la vie relationnelle. Etat
anormal qui produit des effets nocifs sur ses proches. Lorsque l’excité, retrouve son
calme… il est obligé de corriger son attitude destructrice involontaire pour revenir au
respect de la vie. Il est obligé de révoquer publiquement ses imprécations et ses
malédictions et de témoigner sa bonne volonté, aussitôt que ses yeux voient à nouveau
clair. »
Le rite nsingulu ‘malédiction’ est pratiqué chez les Basolongo dans des
circonstances particulières où la structure sociale est déstabilisée, violée ou
bafouée. En d’autres termes, Il faut – chez les Basolongo - un motif sérieux pour
qu’un sujet soit maudit. La difficulté de réparation est proportionnelle à la gravité
de la faute commise. La réparation peut même être refusée selon les
circonstances.
113
pour elle d’être purifié par un ou une initié (e), notamment par un veuf ou par une
veuve. Le choix de l’individu initiateur a quelque chose à voir avec la cosmogonie
des Basolongo qui rappelle un peu ce que l’on trouve dans l’ancien testament
(Lévitique 19).
4. 2. 4. 4. a. Objectifs
4. 2. 4. 4. b. Déroulement de la cérémonie
Pendant qu’il prononce ces paroles, il tient un gobelet d’eau à la main droite,
verse symboliquement cette eau par trois fois sur la tête et aux endroits précités
plus haut. Ensuite, le sujet se lavera complètement le corps entier (on procède
ainsi en ville faute de rivière.) Quand il aura fini, il mettra des habits neufs. On lui
donnera un sac à main et de l’argent, dans le cas d’une femme, pour effectuer
114
symboliquement des courses. Elle passe devant et est suivie par une foule de
femmes chantant des hymnes religieux ou profanes. Dès qu’elle aura effectué
son premier achat, elle secouera ses mains et ses pieds par trois fois, puis elle
pourra retourner à son domicile où la famille de l’homme lui appliquera le
mpémba ‘kaolin’ au visage, aux bras et aux pieds pour consacrer sa liberté. Ses
anciens vêtements seront soit brûlés, soit ensevelis le jour même par l’exécutant
du rite.
En zone rurale, c’est dans la rivière que le sujet plongera le corps entier par trois
fois. A sa sortie de l’eau, il mettra des habits neufs. Les anciens habits seront
enterrés par l’exécutant sur-le-champ. En rentrant à la maison, l’ancien lit sera
brûlé. Mais en ville, ce lit peut être revendu en seconde main. Puis, s’il s’agit
d’une veuve, la famille de l’homme lui appliquera le mpémba ‘kaolin’ sur le corps
à raison de deux traits au visage, sur les bras et sur les pieds. Ce qui signifie que
la personne est à nouveau libre et peut se remarier. Elle ne pratique pas de
première sortie au marché. Dans le cas d’un veuf, il n y a plus rien à faire après
le nsukudulu ‘lavage’. Après quoi, un verre d’amitié est offert à tous dans une
ambiance cordiale et bon enfant, au village ou en ville.
Par ailleurs, si la famille est christianisée, ce rituel est remplacé par une simple
prière chrétienne de circonstance dite par un prêtre ou un pasteur. Celui-ci
versera quelques gouttes d’eau bénite sur les deux mains du veuf ou de la veuve
qui l’appliquera sur son visage. Il donnera ensuite le reste de cette eau à boire
par le sujet. Tout se passe en présence des témoins.
4. 2. 4. 5. Conclusion partielle
115
Bakongo, les Basolongo sont les seuls qui aient le système patrilinéaire. Leur
langue, le kisolongo, est vraisemblablement la plus vieille dans le royaume et la
plus proche du kisi-kongo, la langue parlée à la cour royale. Les Basolongo sont
encore une fois les premiers congolais qui ont rencontré l’homme blanc. Au
niveau de l’Afrique, les Basolongo se placent en deuxième position après les
Gambiens. C’est pour cela que d’aucuns pensent qu’ils constituent « la source de
l’ouverture avec l’Occident et du monde extérieur ».
116
Chapitre 5
5.1. Introduction
Le présent chapitre traite du contenu réel de la structure sociale dans laquelle on
rencontre le plus souvent les cas relatifs au káandu. Nous ne perdons pas de vue
que nous avons exposé plus haut (dans les chapitres 2 et 3) quelques éléments
fondamentaux de la société des Basolongo : sa culture, sa langue (le kisolongo),
sa cosmogonie, etc. C’est dans le même ordre d’idées que l’on présente, la
conception du mariage, la dot, la propriété, la solidarité entre les membres de la
communauté et la succession.
Nous allons en premier lieu décrire, chez les Basolongo, quelques concepts
techniques sur leurs différentes conceptions et manières de voir et de faire les
choses dans le cadre précis de leur vie socioculturelle. Nous allons également
livrer un éventail d'informations pouvant aider à saisir tout le mécanisme sur les
interdits en général et sur le « káandu» en particulier. De prime abord, on peut
dire que l’interdit concerne le mariage, la propriété, la succession, la sorcellerie et
les fétiches.
5. 2. 1. Parenté
La structure élémentaire de parenté de tous les groupes sociaux du Bas-Congo
comprend les relations d’alliances, de consanguinité et de filiation :
• La relation d’alliance est une relation entre mari et femme ;
117
• La relation de consanguinité est une relation entre enfants (frères et
sœurs).
• La relation de filiation est celle qui existe entre les parents et leurs
enfants (fils et filles). Chez les Basolongo (Bakongo en général), un
homme ne peut obtenir une femme en mariage que d’un autre homme
qui la cède en tant que fille ou sœur.
Dans la société clanique, la parenté remplit des fonctions très importantes. C’est
elle qui confère à chaque membre sa « personnalité sociale » : une personne est
intégrée à la société clanique par la place qu’elle occupe dans le système de
parenté. Le nom sous lequel on la connaît et on la désigne n’est souvent qu’une
indication de cette place. Le fait pour un individu de n’appartenir à aucun groupe
de parenté dans la société clanique fait de lui un étranger ou encore un ennemi
potentiel.
118
Chez les Basolongo de même que chez les Baluba, les Balega, (RDC) ou les
Zulu d’Afrique du Sud, la parenté détermine les droits, les privilèges et les
obligations de chaque sociétaire. Tout individu est soit un parent ou un étranger
envers lequel on a ou on n’a pas d’obligation réciproque et qu’on traite comme un
allié ou comme un ennemi effectif ou virtuel.
Le Musolongo est
• un mwana ‘enfant’ vis-à-vis de sa ngudi ( mère) qu’il appelle máama ou
encore mwana (muana nsakila) vis-à-vis de ses tantes maternelles ;
• ntékolo ‘petit enfant’ vis-à-vis de sa nkaka ou nkoko (grand-mère) qu’il
appelle nkaka ou yaya ;
• mwana ntékolo (arrière-petits-enfants) vis-à-vis de sa ngudi nkaka
(arrière-grand-mère) ;
• mwana nkazi (neveu, nièce) vis-à-vis de ses oncles maternels (ngudi a
nkazi ou ngwankazi) et par rapport à l'ancien de la lignée (ngwa nkazi);
• ngudi ou ngwankazi (oncle maternel) par rapports aux enfants de ses
sœurs, et de tous les descendants directs par les mères ;
• mpangi ou mpangi a ngudi mosi (frère de la même mère) par rapport à
ses frères et sœurs utérins (mpangi a bakala ye mpangi nkéento);
• yaya, mbuta ou mfumu’éto, aîné ;
• nleke (cadet.) Le nleke, cadet, cède le pas au yaya ou mbuta, grand-
frère 26 en tout et partout.
26
Les Basolongo disent aussi ‘mfumwéto’,’notre chef’. Tout aîné est supposé prendre la
responsabilité de conduire les cadets, baleke.
119
Dans chaque lignée, il y a le ndonga za bayaya (classe des aînés.) Ce sont les
descendants de la fille aînée de l’aïeule souche. Cette distinction s’observe
toujours à tous les degrés du clan : une mère nkuluntu ou yaya, mère aînée,
enfante un fils « yaya » ou une fille « yaya » ; une mère nleke, mère cadette,
enfante un fils « nleke », cadet. Un cousin germain, nleke, cédera toujours le pas,
et laissera toutes les décisions et initiatives à son yaya, ou cousin germain.
Le Musolongo est mwana, enfant, devant son père (sé ou táata), qu’il appelle
« táata », père, et par rapport à tous les ascendants utérins du père, qu’il appelle
« masé mandi ou batata bandi », ses pères. Il est de même « ntékolo », petit-fils,
par rapport à ses grands-pères paternels ou maternels et à la mère de son père,
qui sont tous ces nkaka (grands-parents.) Il est en outre, mwana, enfant ou fils,
vis-à-vis de son oncle paternel sé ou sé di nsakila et de sa tante paternelle sé dia
nkéento », c’est–à-dire le père féminin.
En principe, le mwana nsakila, neveu, n’a aucune parenté réelle avec les enfants
de ses oncles paternels et de ses tantes paternelles. Cependant, entre eux ils se
disent «mpangi.» Il en est de même de ses demi-frères et demi-sœurs, qu’il
appelle « ba mpangi ba se dimosi », les frères et soeurs du même père.
120
Dans la pratique quotidienne, chacun des termes de parenté est assorti d’une
précision du genre « yakala » (mâle), « nkéento » (femelle ou sexe féminin),
«nleke » (cadet), « nkuluntu », « mbuta » ou mfumw’éto, aîné (en kisolongo,
kindimbu et kimanianga). En d'autres termes, l’organisation de la vie
communautaire kongo est centrée sur le groupe d’âge et de sexe. Les relations
sociales sont dominées par la séniorité et la masculinité. Dans le langage
courant, les Basolongo emploient des termes spéciaux pour exprimer certaines
relations de parenté par alliance.
C’est ainsi que les beaux-parents, le gendre et la bru s’interpellent par le terme
nzítu dont la racine connote le respect. Ce terme vaut également pour les oncles
maternels de l’épouse et pour les frères et les sœurs des beaux-parents grâce à
un glissement sémantique. Il est précisé par le mot yakala ou nkéento. Un
gendre doit témoigner du respect envers sa belle-mère et l’appellera le plus
souvent, « kó wa nkéento » en kisolongo.
Chaque conjoint est « nzádi » pour les frères et soeurs de l’autre conjoint. Par
extension, tout « mpangi » d’un nzádi est lui-même considéré comme nzádi.
Envers la femme de son frère, un homme préférera, néanmoins, user de
l’expression nkéento‘ame, ou nkáz’ame « ma femme» (en kisolongo.) De son
côté, une femme distinguera son véritable mari, «yakala dia nzo», ou
«núnyame» (en kisolongo) l’homme de la maison, de son frère « yakala dia nzila
», l’homme du chemin ou de l’extérieur. A l’opposé du terme nzítu, tous ces
vocables impliquent divers degrés de familiarité qui, seule, autorise certaines
plaisanteries.
Les différentes co-épouses s’appellent entre elles par leurs noms propres.
Chaque enfant né de l’une d’entre elles les appellera toutes indistinctement ngudi
ou máama, maman. Le mari commun les appellera nkéento ame ou nkáz’ame,
ma femme, sans parler des différents termes intimes. La femme lui répondra par
les noms : yakala diame, nkama, mbuta muntu, mon mari, termes qui recèle
différentes nuances de respect. En somme, comme l’a souligné M. Mead (1993)
dans son étude sur les Mundugomor, chez les Bakongo, comme ailleurs en
milieu rural congolais, la parenté se divise en trois catégories:
121
«1°) ceux avec qui l’on plaisante ; les yaya (grands-parents) et le ntékolo (petit-fils), les
nzádi avec leurs bakala dia nzila (belles-sœurs et beaux-frères), les amis ainsi que les
personnes de même âge ; 2°) ceux qu’on évite par gêne : les gendres, brus vis-à-vis de
leurs nzítu (beaux-parents) ; 3°) ceux que l’on traite à des degrés divers sur pied de
franche intimité : les parents (père, mère), frères et sœurs, tantes et oncles maternels et
paternels, les cousins maternels et paternels… ».
Chez les Basolongo, comme ailleurs en milieu rural congolais, les parents avec
lesquels on peut plaisanter jouent un grand rôle dans certaines circonstances de
la vie. Ils peuvent servir d’émissaires, de négociateurs dans les débats précédant
le mariage. Ils exercent aussi un rôle remarquable lors des conflits opposant
leurs proches à d’autres membres de la communauté villageoise. Ces parents
exercent une réelle influence sur leurs partenaires à plaisanterie en ce qui
concerne certaines décisions importantes à prendre au niveau du village. On
aura par exemple recours à eux pour convaincre ou obtenir de ceux avec qui ils
plaisantent leur accord ou leur adhésion à une initiative communautaire. Dans la
pratique, cette parenté qui permet la plaisanterie est la relation entre deux
personnes dans laquelle l’une est, par la coutume et dans certains cas, autorisée
ou obligée de taquiner l’autre ou de se moquer de lui sans qu’il s’en offusque.
122
chef de clan sont pour ainsi dire innées chez tous les membres du clan. Cette
solidarité est aussi de rigueur pour les membres du clan entre eux : elle les
oblige tous à l’assistance mutuelle en matière de substance tel que nous l’avons
expliqué précédemment.
«dans le clan, l’aîné assiste le cadet en toutes occasions. Le cadet écoute ses aînés. Il
sait qu’auprès d’eux il trouvera assistance pour obtenir réparation ou l’aide dans le
besoin. Un clan ne connaît pas d’orphelins ; c’est une assurance sociale avant la lettre
pour les déshérités du sort et les vieilles personnes. Toute action qui bénéficie au clan a
la bénédiction des aînés. » Enfin et pour sa part, Mamadou Dia (1963 : 134-137)
consigne que « L’Afrique a le culte de la solidarité qui trouve son expression la plus
totale dans la forme même de sa vie traditionnelle, la vie communautaire. La mentalité
africaine, qui est une mentalité collective, est un facteur psychologique dont l’intervention
oriente la vie du sujet vers un altruisme complet par l’oubli total de soi. »
Ceci dit, nous sommes en droit d’ajouter que la solidarité chez les Basolongo est
revendiquée en face de Bangala par exemple, mais aussi au sein de leur propre
société globale. La solidarité à l’égard d’autres groupes sociaux que l’on appelle
communément « ethnie » en R. D. du congo agit dans les rapports d’une société
globale donnée avec une autre société globale. Cette solidarité des Bakongo
envers une autre ethnie peut être totale : on l’a vu dans le cas de l’alliance poli-
tique des Bakongo (Abako) face au clivage de la population congolaise de
Léopoldville entre Bakongo et Bangala 27. La même confusion est observée ail-
leurs en R. D. du Congo. Ainsi, les Katangais traitent de Bangala tous les non-
Katangais à l’exception des Baluba du Kasaï. Pour leur part, les Bangala
appellent « Bakongo » tout Congolais étranger à leur région (N. Ngambu, 1981.)
27
En réalité, on appelait « Bangala » à Léopoldville, tout Noir non-Mukongo, alors que seulement
une infime minorité fait réellement partie des Bangala et que beaucoup, sinon la plupart de ces
autres ethnies ne connaissent même pas le lingala (langue parlée par les Bangala).
123
Nous notons en définitive, qu’au sein des sous-groupes bakongo, cette solidarité
est remise en cause. C’est alors qu’apparaît le mécanisme du groupe, et aussi,
quoique atténuée, celui de société globale.
« à la mort d’un membre adulte du clan ou des clans avec lesquels on a tissé des liens
d’amitié, chaque lignée doit déléguer à la mortuaire, yéemba, quelques hommes. Ceux-
ci, apportent un cadeau d’étoffes (mafundu) qui servent à envelopper le cadavre, et dont
l’importance varie avec le degré de parenté selon la coutume. »
A notre avis, dans le système social des Basolongo (Bakongo en général), les
contradictions et les tensions socio-politiques sont harmonieusement résolues
grâce aux jeux des alliances nouvelles au travers des manifestations sociales
telles que la parenté, le pacte d’amitié et le mariage de telle sorte que tout le
territoire des Bakongo devient pour un Mukongo une famille étendue et un lieu de
solidarité sociale.
124
5.3. Institutions des Basolongo
5.3.1. Mariage
Par notre expérience du terrain au pays de Bakongo, on peut certifier
que «partout dans les sociétés primitives, le mariage est essentiellement, un
mode d’échange de femmes qui crée un réseau complexe de liens entre groupes
de parenté, les clans et les moitiés. » La femme est le lien social qui rassemble
les différents lignages. C’est ce qui est observé également chez les Basolongo.
Chez les Basolongo, le mécanisme régulateur du système social est assuré par
le système de parenté. Cela se réalise par le biais de l’échange de femmes. En
effet, cet échange crée une structure de relations de parenté entre les clans qui,
bien qu’ayant des intérêts et des objets parfois divergents, doivent cependant,
par le partage de la forêt, entrer dans un système cohérent capable d’assurer la
régulation de l’usage de leur principale ressource.
125
du reste, justifie le recours à une catégorie particulière des personnes, à savoir
« les marieurs ».
Le mariage est une occasion des réjouissances pour les clans, les lignages, les
familles d’origine et les villages des conjoints. C’est ce que souligne A.
Doutreloux in J. Vansina (1976 : 122) quand il écrit :
« Une fonction essentielle du mariage est de nouer ou renouveler des alliances entre
groupes. Une seconde fonction importante est la procréation. »
En réalité, les clans basolongo marient leurs filles afin qu’elles procréent et
qu’ainsi elles assurent la pérennité de leurs communautés. Cette philosophie
clanique du mariage est davantage perceptible à travers l’inquiétude que
manifestent les clans des époux et qui est généralement exprimée aux intéressés
par leurs « parents à plaisanterie » lorsque le jeune couple tarde à avoir son
premier enfant.
126
rupture du contrat de mariage. La femme étant le pivot de la reproduction du clan
ou du lignage bakongo. Les Basolongo pensent qu’un groupe qui manque de
femmes ou qui possède en majorité des femmes stériles est voué à disparaître.
Pour souligner d’entrée de jeu l’importance de ces deux phénomènes chez les
Basolongo, citons quelques-uns de leurs proverbes se rapportant à ces deux
sujets:
• Menga ma mosi kamazolananga ko‘Les mêmes sangs ne s’entraiment
pas);
• Luvila go lufwanane, kabakwelananga ko ‘Les personnes qui portent le
même nom de clan, ne se marient pas’;
• Menga ma kanda dimosi kamalendi kwelana ko ‘Le sang du même clan ne
s’unit pas’.
127
mari potentiel ou réel, la seconde appelle de même mwana, fils, son mari
potentiel ou réel. En règle générale, on peut épouser une femme d’une
génération antérieure ou postérieure à la sienne, du côté patrilatéral, bien que ce
type de pratique ne soit plus vraiment à la mode de nos jours.
Il convient toutefois de noter qu’en pratique existent des particularités qui font
que le mariage préférentiel est permis avec une descendante d’une sœur du
père, mais non avec celle d’un frère du père. Il semble qu’il y ait une certaine
analogie entre cette coutume et l’institution dénommée ki-wana, en vertu de
laquelle un chef concédait à son fils, en pleine propriété, une part de sa propre
terre et l’investissait de ses propres pouvoirs sacrés. Le chef avait intérêt à
s’assurer de l’appui des éléments qui n’étaient pas ses rivaux immédiats au sein
de son propre groupe. De cette façon, mwana ‘fils’, de son côté, acquérait plus
aisément une indépendance et un prestige qu’il aurait payés plus cher ailleurs ou
qu’il n’aurait pu obtenir sans combattre.
De nos jours, le mariage préférentiel est dans la plupart des cas souhaité, voire
imposé au garçon par ses tantes paternelles. Pareille union constitue une
marque, un signe de réciprocité et de gratitude, mieux, une compensation vis-à-
vis du clan du père. En fait, les sœurs principalement et les frères du père
acceptent difficilement que tous les neveux (bana ba bakala ‘enfants mâles’) se
marient ailleurs, et donc, ne songent pas, par simple reconnaissance, à
transmettre leur sang au clan de leur père. Les enfants doivent veiller à la
pérennité du clan de leur père, et ceci en y procréant afin d’assurer la relève des
bakulu ‘ancêtres’. L’attitude du clan paternel devient souvent inflexible lorsque la
plupart des garçons – souvent ceux qui sont instruits et qui travaillent en ville -
ont décidé de se marier avec les filles de leur choix et même parfois avec la
bénédiction de leur père et oncles maternels. Dans ce cas précis, qui devient en
ces temps - ci très fréquent, c’est le cadet ou le dernier de la famille qui est
encore célibataire qui « paie les pots cassés » : le clan du père menace de
recourir à la malédiction ou à l’ensorcellement contre le neveu récalcitrant s’il
n’accomplit pas leur volonté. Le clan du père peut aussi menacer de provoquer la
rupture des mariages de ceux des neveux qui l’ont défié en choisissant des
épouses librement. Ces menaces du clan paternel déclenchent, comme on peut
128
s’y attendre, la colère du clan de la femme et peut conduire à un conflit ouvert
entre les deux protagonistes.
1. Devant la forte pression de son clan, le père qui, au départ, peut ne pas être
un homme redouté dans le clan (si par exemple il n’est pas sorcier), cède et
somme son fils d’épouser la cousine croisée litigieuse sous peine de malédiction
ou d’une répudiation de sa maman. Il revient alors au jeune homme de
s’exécuter ou de passer outre aux injonctions de son père. Dans ce dernier cas,
c’est la «crise» qui éclate, avec toutes les conséquences imaginables.
Notons que cette situation de conflit éternel est souvent évitée. Le père se refuse
souvent intelligemment à entrer en conflit contre ses enfants, en particulier si
ceux-ci travaillent ou l’aident, car alors ils sont socialement source de prestige
personnel pour lui.
129
qu’ils habillent et à qui ils peuvent avoir construit une belle maison ou
même permis de monter un petit commerce.
L’expérience a montré que ce type de père vit replié sur son ménage. Ses
rapports avec son clan sont très limités. Ce qui amène les femmes de son clan à
le considérer comme un traître, comme un homme dominé par le clan de sa
femme et voire comme un sorcier.
28
Le lévirat : ce système de mariage à l'intérim a beaucoup contribué à la vie polygamique
involontaire, presque forcée, pour ceux qui prônaient la monogamie. Son unique avantage est
l'assurance de la continuité des responsabilités conjugales pour que la sexualité de la belle-sœur
ne « meure » pas, et que les enfants trouvent non pas un oncle paternel, mais un père au vrai
sens du terme. Son côté négatif est l'acte même de forcer quelqu'un à prendre comme épouse
une femme parfois très âgée.
29
Le sororat: ne se pratique presque plus de nos jours. Sans doute pour deux raisons:
a) - la modernité b) - le christianisme
130
Exogamie clanique.
A B C
Légende :
= femme
= homme
= = mariage
= = interdiction de mariage
131
= parenté frère et sœur
=
= enfants issus d'un mariage
A B
= =
=
132
Les mariages préférentiels entre cousins croisés patrilatéraux
= = = = = == ==
== = == =
(k)
(l) (m)
133
5. 3. 1. 2. La Dot
Pour nous, la dot n’est pas que la contrepartie économique du contrat conclu par
les familles matrilatérales des deux époux. Elle est également un symbole de
légitimation de l’acte sexuel et la création des liens sociaux privilégiés. Les
Basolongo reconnaissent leur fu kia nsi : l’homme qui désire la main d’une
femme doit remettre à la famille de son élue une dot. Celle-ci est généralement
composée d’une somme en argent liquide et de toute une gamme de biens en
nature tels qu’à l’heure actuelle : les bijoux, les blouses parisiennes, les wax et
super wax hollandais, les couvertures de marque, les mouchoirs de tête, les
chaussures pour hommes et pour dames, le fusil et la poudre de chasse, les
costumes pour le père de la fiancée, une lampe de marque Coleman, plusieurs
dames-jeannes de vin rouge et de vin blanc, plusieurs caisses de bière locale et
de limonade, une bonne valise garnie de précieux objets pour la fiancée, des
biens particuliers pour les oncles et les tantes, pour le grand-père et pour la
grand-mère de la fiancée, de la cigarette, des boîtes d’allumettes, du vin de
palme, un ou deux boucs ou un mouton, des ustensiles de cuisine. Plus la fille
est instruite, plus chère est la dot.
Par ailleurs, une amende est infligée au demandeur lorsque la jeune fiancée est
enceinte avant le dépôt de la dot et au cas où il n’y a aucune contestation de la
paternité dans le chef du fiancé. Dans ce cas précis, la famille de la jeune fille
devient très exigeante. La palabre du mariage, kinzónzi kia longo, d’une pareille
dot est normalement fort animée et riche en invectives lancées contre la famille
134
du garçon par les tantes et les cousines paternelles de la fiancée enceinte. Une
telle situation rend considérablement ardue la tâche des « marieurs » et des
orateurs, mpovi, des deux parties.
Il y a de nos jours un changement dans le système de la dot dans les familles qui
pratiquent le système matrilinéaire : de plus en plus, une grande part de l’argent
liquide et de biens en nature est destinée au père et à la mère de la jeune fille.
Par ailleurs en vertu de leur système patrilinéaire, les Basolongo versent la dot à
la famille du père. C’est aussi la famille du père qui se charge des dépenses
d’accueil et de ce que l’on appelle nsidukulu, les préparatifs d’adieu (achat de
l’équipement ménager de la jeune épouse). La famille de la mère participe aussi
à ces dépenses, mais dans une moindre proportion.
135
cadeaux, etc. En d'autres termes, les clans des mariés sont dès lors liés par une
série d’obligations, de devoirs, de responsabilités et de rapports affectifs qui
assurent à jamais la solidarité du groupe social. Le versement de la dot scelle
définitivement cette solidarité entre les clans des deux mariés. Mais avec
l’évolution des mœurs, certains abus ont fait leur apparition, modifiant parfois de
manière radicale la philosophie même du mariage.
Le même esprit de lucre faisait déjà donner, autrefois, des jeunes filles en
mariage même à des polygames à condition qu’ils offrent une forte dot. Ainsi, la
remise d’une dot n’équivaut pas à l’achat de la femme, il reste que celle-ci n'en
est pas moins ravalée à une valeur vénale. A ce sujet G. Balandier (1960:727-
748 ), fait remarquer ceci : « La dot dans les temps anciens apparaissait tout autant
136
comme un instrument d'alliance et de pacification. Elle se composait d'objets
symboliques et de signes monétaires régissant exclusivement les échanges
matrimoniaux ; la rareté des uns et des autres, comme le contrôle strict exercé sur le
circuit des échanges, permettaient au système de fonctionner sans trop de heurts. Il n'en
va plus de même dès l'instant où la monnaie moderne intervient dans la composition de
la dot et où le souci de profit, de spéculation, fait son apparition. On peut aujourd'hui
constater combien l'esprit mercantile et les règles de l'économie occidentale ont pu
dégrader les relations personnelles dans des sociétés nullement préparées à les
recevoir. La dot apportée en compensation a changé de sens dans le contexte nouveau
: elle varie de taux comme les prix et permet de véritables marchandages. Il en va de
même des cadeaux exigés entre alliés, des festivités accompagnant les cérémonies du
mariage... Là où existait une répartition, que l'on pouvait dire planifiée, des femmes et
des alliances apparaissent maintenant comme une compétition où la richesse seule
joue. Partout, le système monétaire tend à régler la circulation des femmes ; tous deux
s'accélèrent à un rythme ; tous deux donnent prise à la spéculation. Ainsi la femme se
trouve-t-elle placée selon les hasards de l'inflation ou abaissée au rôle de prostituée à
domicile. »
A l’évidence, cette pratique pénalise fortement les jeunes et surtout ceux des
familles pauvres. Elle incite à la polygamie et à la débauche. Elle expose à
l’adultère les jeunes épouses mariées par avarice. Le fait pour les jeunes gens
en âge nubile de se voir damer le pion par des personnes plus âgées et
fortunées risque d'accentuer le conflit de générations, de dégoûter ces jeunes de
l’institution du mariage et d’entraîner de façon inattendue l’augmentation du
nombre de jeunes filles célibataires et mères de familles nombreuses.
5. 3. 2. 1. Propriété collective
137
Il suit que la terre appartenant au clan est indivisible pour la bonne et simple
raison que le clan est composé des bazinga ou bamoyo ‘Les vivants’ et des
bafua ‘Les morts’ (Les bakulu ‘ancêtres’). On peut citer le témoignage de J. Van
Wing (1959 : 248) :
« Ce sont les ancêtres, bakulu, qui ont conquis le domaine du clan, ses forêts, ses
rivières, ses étangs et ses sources. Ils ont été enterrés dans leur propriété. Ils continuent
à y dominer ; ils viennent fréquemment à leurs sources, à leurs rivières, à leurs étangs.
Les bêtes sauvages de la brousse et de la forêt sont leurs chèvres ; les oiseaux sont leur
volaille. Ce sont encore eux qui donnent les chenilles comestibles des arbres, les
poissons des rivières, les vins des palmiers, les récoltent de champs. Les membres du
clan qui vivent sous le soleil, peuvent cultiver la terre, faire la cueillette, chasser, pêcher ;
ils ont l’usufruit du domaine ancestral ; mais ce sont les morts, qui en gardent la
propriété. »
La terre, domaine d’un clan donné, est délimitée par rapport à celle des clans
voisins soit par des bidimbu ya ntóto ‘bornes naturelles (cours d’eau, bas-
138
fonds)’, soit par des bornes artificielles (tas de ferraille ou arbres plantés pour
cette fin). Comme arbres, on utilise surtout le nsanda ‘ficus dusenii artocarpée’
ou et la légumineuse nbóta ‘milletia versicolor’. Mais globalement, on peut dire
que ces limites restent relativement flottantes, sans rigidité ni précision
cadastrale.
En effet, il a fallu attendre sept ans avant que le législateur révise l’alinéa 2 de
l’article 227 de cette loi de 1973 qui était à l’origine d’une interprétation qui
considérait le certificat d’enregistrement comme un voile pudique couvrant toutes
les indélicatesses commises en vue d’aboutir à son établissement. C’est
l’ordonnance-loi n°80-008 du 8 juillet 1980 qui confirme et renforce la conception
étatique de la propriété terrienne.
Ainsi, aux termes de cette nouvelle loi (article 53), « le sol est propriété exclusive,
inaliénable et imprescriptible de l’Etat. » Désormais, souligne l’article cité, « les
terres sont concédées, et cela uniquement pour un usage résidentiel,
commercial, industriel, agricole ou pastoral. »
139
Notons toutefois que, nonobstant l’intervention des autorités foncières, ces textes
n’ont d’effets que dans les zones urbaines. En zones rurales, leurs effets sont
encore quasi nuls.
5. 3. 2. 2. Propriété privée
Une maxime des Basolongo dit : Kiaku kiaku, kiangana kiangana que nous
traduisons approximativement par ‘Le tien à toi, le sien à lui’. Cela signifie que,
chez les Basolongo, la propriété s’identifie avec la personne même du
propriétaire. Tout Musolongo possède personnellement des biens meubles et
immeubles : l’argent, mbongo, les habits, minvuatu, les étoffes, minléle, son fusil
de chasse, nkélé, tous les articles ménagers, malonga, ses cultures, zimpatu,
son bétail, bibulu, sa volaille, zinsúsu, ses instruments de travail, sadilu, de
pêche, de musique, sa hutte, ses fétiches, minkisi, et ses amulettes, bitéki.
Chacun possède le fruit de son travail (le fruit du travail des champs, des arbres
plantés et soignés dans son verger, de l’artisanat, de ce qu’il vend, achète ou
reçoit individuellement en don.) Ce principe vaut pour toute personne, homme,
femme, enfant, ou étranger autorisé à cultiver la terre clanique.
Lorsqu’un village déménage, les arbres fruitiers restent propriété de ceux qui les
ont plantés ou de leurs héritiers. Les femmes reviennent chercher, sur leurs
anciens champs, des tubercules de manioc, des feuilles de manioc, du bois, des
ignames...
140
Une autre notion de propriété privée veut que tout objet trouvé appartienne à
celui qui l’a découvert. Cependant, si ce dernier connaît son propriétaire ou si ce
dernier se fait connaître, il lui restituera l’objet en question en échange d’un
cadeau de reconnaissance.
141
Chez les Bantandu par exemple, les instruments et les objets usuels sont
souvent donnés par le malade à sa femme, à ses enfants ou ses amis, qui
fournissent une compensation. Les fétiches sont donnés de même ou restent
dans la hutte pour périr avec elle. Il n’y a que les arbres plantés qui passent à
l’héritier. Selon la philosophie des Basolongo, le Musolongo qui va rejoindre les
ancêtres ne doit pas laisser de litiges sur terre. C’est pourquoi aucun défunt ne
doit rester longtemps créancier ou débiteur. Aussi, à la mort d’un membre du
clan, son petit bétail et même davantage, une partie de son gros bétail ainsi que
les cultures sont vendus pour, d’une part, payer les frais d’enterrement et, d’autre
part, pour rembourser ses dettes. Ses débiteurs lui payent ses créances, soit
sous forme de poudre brûlée en son honneur, soit sous forme d’assiette posée
sur sa tombe.
5. 5. Conclusion partielle
Comme il a été dit tout le long de ce chapitre, la connaissance de la structure
clanique et de la parenté jouent un rôle important dans certaines institutions
sociales des Basolongo telles que le mariage, la propriété et la succession. Si
l’on veut éviter le káandu, la nsingulu et les autres rituels imprécatoires, chaque
Musolongo doit connaître et comprendre les institutions claniques et ceux qui les
animent.
142
le mariage coutumier, le mariage civil, longo lwa luyalu et le mariage religieux,
longo lwa kinzambi. Le plus important des trois types est le mariage coutumier.
De nos jours et comme dans le reste du monde, les mentalités ont évolué : ainsi
chez les Basolongo (Bakongo en général), le sororat (mariage avec le mari de sa
défunte sœur aînée) et le lévirat (mariage avec la femme de son défunt frère),
deux pratiques du mariage coutumier, sont tombés en désuétude. Nous clôturons
cette conclusion d’étape en rappelant, à propos de la propriété et de la
succession, que la connaissance de la structure clanique et de la parenté restent
des éléments indispensables pour la compréhension du mécanisme social selon
le fu kia nsi ‘coutume’.
143
Chapitre 6
Le fondement socioculturel du káandu en pays solongo
6.1. Introduction
Ce chapitre présente la vision socioculturelle des Basolongo c’est-à-dire
l’ensemble de leurs lois coutumières (pratiques et croyances) qui se transmettent
oralement (récits et légendes) de génération en génération. Ce qui sera dit dans
ce chapitre permettra d’appréhender le fondement du káandu car, comme l’a
compris F. Bezy (1971), la vie culturelle de la société clanique est une vie du
verbe (parole), rythme, proverbe, devinette, conte, symbole. Elle est aussi une
vie basée en partie sur la rumeur. Ne maîtrisant pas l’écriture, privée de moyens
modernes pouvant leur permettre de prolonger ou de perpétuer la pensée, les
sociétés claniques ont recours à la mémoire de quelques personnes spécialisées
et chargées du maintien de la transmission du patrimoine culturel de chaque
groupe social (ethnique).
144
de la littérature orale qui se divise en littérature sacrée et en littérature profane.
La littérature sacrée des Basolongo est moins développée que la littérature pro-
fane qui, elle, beaucoup plus complexe et abondamment utilisée.
6.1. 2. Prière
La prière du Musolongo consiste à solliciter individuellement ou collectivement la
faveur des bakulu ‘ancêtres’ pour résoudre le problème personnel d’un membre
du clan ou encore pour résoudre un problème qui concerne tout le clan
(calamité, épidémie, guerre). La prière se fait individuellement ou collectivement.
Dans ce dernier cas, elle est dite sous la direction d’un nganga ‘féticheur’ ou d’un
nsádisi ‘guérisseur’.
6.1.1. 3. Mythe
Le mythe chez les Basolongo raconte aux différents membres du clan leur
origine et celle du monde et les rapports qui existent entre différents sous-
groupes bakongo et leurs ancêtres. Le mythe chez les Basolongo s’exprime dans
un langage pour initiés.
Comme son nom l’indique, le récit initiatique raconte les événements relatifs à
l’initiation des membres du clan héritiers du pouvoir (chef de clan, chef de
groupement ou de collectivité-chefferie et chef de village)
6. 2. Littérature profane
Chez les Basolongo et sans doute dans les autres groupes sociaux ( ethnies) de
la R. D. du Congo, la littérature profane codifie la sagesse des ancêtres dans le
kinzónzi ‘palabre’, le conte, la légende, la parabole, la fable, le proverbe, la
devinette ou l’énigme. Dans la vie quotidienne, c’est sous l’arbre à palabres ou
autour du feu familial que les aînés transmettent cette sagesse aux plus jeunes.
145
C’est en ces lieux que les membres les plus expérimentés de la cellule familiale
ou de la collectivité (patriarches, chantres, griots initiés à l’art de la parole)
instruisent, improvisent et racontent histoires, contes, ou fables aux autres (plus
jeunes.)
6. 2. 1. La Palabre
Les discussions, les palabres, les débats claniques tiennent dans la vie des
Basolongo, et particulièrement dans celle des hommes, une place importante. La
palabre, kinzónzi, est socialement l’apanage des hommes encore qu’on puisse la
considérer comme une institution à part, ayant ses règles et ses rites.
146
tout ce qui se traite entre les chefs des familles ou des clans en
présence du chef du village et de son conseil.
Dans la palabre juridique, il faut distinguer entre le kinzónzi kia mfulwa mambu et
le kinzónzi kia mambu mu fu kia nsi qui sont deux rites différents conformément
aux us et coutume des Basolongo. La palabre juridique relève d’une juridiction
correctionnelle traditionnelle tandis que les rites coutumiers ont l’aspect d’un
tribunal de paix.
147
devoir de tout « leader » est d’expliquer davantage les raisons de sa décision
tant que l’ensemble de la population n’aura pas rallié la majorité.
Le kinzónzi ‘palabre’ dans son sens le plus large intervient très souvent dans la
vie clanique. Elle fait partie intégrante des facteurs qui jouent un rôle dans la
dynamique de la société clanique. Même dans les situations les plus complexes
telles que le káandu, on recourt au kinzónzi kia mfulwa mambu’ ‘palabre
d’affaires’ comme rite de réconciliation et comme instance pouvant ramener la
paix perdue.
6. 2. 2. Conte et fable
M. Angenot (1979 : 148) définit le conte comme étant l’ensemble d’événements
(motifs, fonctions) liés entre eux et qui nous sont communiqués au cours de
l’œuvre. Dans la vie de tous les jours, le conte et la fable dépeignent les mœurs
d’une société. Cependant, le conte bakongo met en scène, en leur prêtant très
souvent des visages d’animaux, des personnages détestables ou sympathiques
148
selon que leurs conduites (braves et judicieuses) sont destinées à servir de
modèles ou que, désagréables ou lourdes de conséquences, elles doivent être
évitées.
Dans la fable par contre, la leçon à tirer est portée par une morale comme le
confirme Natale de Conti qui écrit que la fable est un répertoire de généalogies,
d’aventures, de métaphores, des corrélations allégoriques.
Pour nous, le conte et la fable sont moins strictement assujettis que le mythe à la
triple obligation de la cohérence, du respect de l’orthodoxie religieuse et de la
référence à la pression collective. Les permutations deviennent dès lors
relativement libres et acquièrent progressivement un certain arbitraire. Le conte
et la fable procèdent du mythe par l’intermédiaire d’une évolution historique.
Ceci étant, la leçon morale portée par un conte et la valeur éthique d’une fable en
font en milieu clanique basolongo des éléments didactiques par excellence,
quand bien même souvent ils se présentent comme des récits destinés à divertir
ou à amuser.
6. 2. 3. Enigme et devinette
Chez les Basolongo, l’énigme et la devinette font allusion aux conduites et aux
faits relatifs au groupe social. En effet, on peut considérer que, dans la vie
clanique, l’énigme se présente comme un exercice mnémotechnique et a pour
fonction d’édifier et d’exercer l’intelligence des jeunes gens et des jeunes filles.
149
réfléchir ou à faire preuve d’imagination. C’est généralement le soir que le
conteur pose ses devinettes et invite son assistance à les résoudre. Et même,
dans le déroulement du kinzónzi kia mfulwa mambu ‘la palabre d’affaires’, les
orateurs recourent souvent aux énigmes pour étayer leur argumentation ou pour
néantiser celle de la partie adverse.
6. 2. 4. Parabole
Comme pour une énigme, la compréhension d’une parabole exige de l’auditeur
une finesse intellectuelle, mais en outre la parabole a la particularité d’être tissée
dans un langage pour initiés ou pour des personnes ayant atteint un haut degré
de maturité intellectuelle et / ou spirituelle. Elle fait appel à la fois à leur attention,
à leur intelligence et à leur imagination. Elle se comporte souvent comme un
conte dont nous savons que l’interprétation nécessite la maîtrise d’un langage
pour initiés [Lire Y.E. Dogbe (1980)]. Selon le fu kia nsi ‘coutume’ et lors d’une
palabre, les différents intervenants ont également recours à la parabole pour
mieux expliciter leur pensée. C’est le cas lors de la palabre mortuaire, kinzónzi
kia mambu ma lufwa, et lors de celle consécutive à l’adultère d’une femme,
« kinzónzi kia mambu ma kimpinga ou zúmba. »
6. 2. 5. Proverbe
Le proverbe est une formule lapidaire contenant une règle de conduite dictée par
la communauté. Le proverbe exprime la façon de voir et de sentir des membres
du clan. C’est une expérience condensée en formules, en paroles ou, à l’inverse,
une formule qui condense, résume, explique, commente la sagesse des anciens.
C’est dans cette perspective que N.S.Kabuta (1997 : 69) note que
«le proverbe est une formule qui exprime une vérité d’expérience. Il est un résumé, un
raccourci de toute une réflexion. Le proverbe est aussi un conseil de sagesse pratique,
une mise en garde à partir des multiples observations qu’autorise précisément une
longue expérience commune à un groupe social. Il a donc un caractère normatif. »
Ainsi, comme l’énigme et la parabole, le proverbe est destiné à aider les esprits à
se façonner eux-mêmes, à aider les gens à se comprendre et à agir pour une vie
communautaire plus équilibrée, cohérente et juste.
150
Bien entendu, tous les proverbes bantu ne sont pas tous également instructifs. Il
y en a qui peuvent avoir une influence négative et même décourager les jeunes
dans leurs efforts pour se prendre en charge et avoir de l’initiative. C’est par
exemple le cas du proverbe qui dit makutu kana makudidi kamalutanga ntú ko et
qui peut être traduit par «Les oreilles, même si elles poussent, ne dépassent
jamais la tête », ce qui signifie que là où il y a des aînés ou des hommes, les
jeunes et les femmes n’ont pas droit à la parole. En effet, un tel culte de l’autorité
des aînés et une telle misogynie inhibent la créativité et la contestation de la part
des plus jeunes et favorise le statu quo social. Il favorise l’exode de ceux qui
peuvent provoquer le changement et assurer le développement de la société. Il
faut non seulement condamner et faire abolir du langage éducatif ce genre de
proverbes qui prêchent le conformisme et la loi du moindre effort, mais aussi
favoriser l’émergence d’une pensée qui exerce l’imagination des plus jeunes.
6. 2. 6. Légende
La légende a donc pour base un fait historique, plus ou moins déformé par le
temps et par des erreurs de transmission. Elle est d’une grande importance pour
toutes les communautés claniques, car elle révèle l’origine des clans, « luvila »,
leurs migrations, leurs relations dans la guerre et dans la paix, l’introduction de
nouvelles techniques, de nouveaux produits, l’origine de diverses conduites
religieuses ou profanes. Elle retrace donc l’évolution de la communauté (tribu,
clan, segment, etc.). Pour y parvenir, la légende fait appel à la mémoire et
recourt à la tradition orale comme mode de transmission. C’est pourquoi elle
n’est pas à l’abri d’une ou des erreurs et de la fantaisie. Tout imprégnée de
passé tribal, la légende sert quelquefois à idéaliser un héros, quelquefois aussi à
justifier la légitimité du pouvoir dans les différents groupements au sein des
collectivités administratives comme par exemple les collectivités-chefferies. En
bref, la légende est un récit à prétention historique quand bien même il est
souvent difficile de déterminer avec précision la date à laquelle les faits narrés se
sont déroulés [Lire Y.E. Dogbe (1980)].
Chez les Basolongo, la légende la plus illustre est celle de la loi dite du kinkonko
‘taches’. Cette légende est la suivante : le lépreux demanda de l’eau à boire à la
151
femme avare. Celle-ci refusa. Mais la compagne de la femme avare eut pitié du
malheureux, lui donna de l’eau et ses arachides. Le lépreux lui offrit de la viande
en retour. Puis il lui demanda le nom du clan de la femme avare. Quand il le sut,
il la maudit, elle et tout son clan, en disant : ″Si elle ou un membre de son clan
mangent la viande d’une bête à la peau striée ou tachetée, soit du nkayi, soit du
nsombi, ils seront atteints de lèpre.″ Sa malédiction fut suivie de l’effet prédit et
cette maladie frappa ce clan jusqu’à nos jours, à cause de l’avarice de cette
femme. »
La vie quotidienne dans une communauté donnée implique entre les différents
individus des obligations et des devoirs. Chacun remplit ses obligations
consciencieusement, par intérêt ou par crainte de la désapprobation de l’opinion
publique. Chez les Bakongo comme ailleurs, la force de l’opinion publique est
telle qu’elle impose des normes de conduite. C’est aussi ce que l’on peut déduire
d’un extrait du livre de S.J.J. Haesaert (1956 : 96)
: « (…) les données sur lesquelles la rumeur publique table sont nécessairement
déformées. Par leur nature, elles échappent pour la plupart à la perception immédiate ;
elles sont faites de pièces rapportées, chacun y met du sien, pétri de ses désirs et de
ses fantaisies ; et l’ensemble, faute d’organes d’informations sûres, n’a fréquemment
152
plus rien de commun avec la réalité… En un mot, elle est normalement frelatée et
spécieuse. Cette distorsion peut aller fort loin et une fois admise, les faits auront beau la
contredire, leur avertissement demeure le plus souvent sans effets. »
La vie dans un univers clos comme le village est fortement influencée par la
rumeur et les « on-dit». Au village, il est difficile de prouver son innocence
lorsque la rumeur vous accuse de sorcellerie. Beaucoup de Bakongo sont ainsi
marginalisés, haïs, détestés. Ils sont contraints de quitter le village, de s’isoler,
d’émigrer, voire de se suicider à cause des crimes et des faits qu’ils ignorent
totalement. Tout ce que la communauté leur reproche est généralement fondé
sur la rumeur, sur le soupçon et les « on-dit. »
Nous pensons que malgré son caractère subjectif et très souvent nocif, la rumeur
publique joue des fois un rôle dissuasif. En effet, certains actes ne sont pas
posés, certaines mœurs et coutumes ne sont pas violées parce que l’on redoute
la manière dont les faits seront présentés.
153
6. 3. Place du magico-religieux dans la réalité quotidienne des Basolongo
Les Basolongo ne possèdent pas un terme propre qui désigne un être personnel
spirituel, un esprit. La notion de Nzambi ‘Dieu’ remplit l’univers de toute la société
et correspond à celle d’Etre Suprême comme l’explicite A. Doutreloux (1961 : 55-
57) dans le passage qui suit :
154
« (…) chez les Bakongo, au sommet de la hiérarchie des êtres, se tient Nzambi. Il est
l’Etre Suprême, créateur de tout ce qui existe, Souverain justicier. Il est bon et ne peut
causer de tort à personne. Cet Etre apparaît comme unique en son genre, hors des
prises des esprits inférieurs, des fétiches, de la sorcellerie et des hommes. Il réside dans
le monde vague et inaccessible du haut, «mu zulu ou na yulu. Tout ce qui existe,
hommes, femmes, esprits inférieurs, des fétiches, nature et cosmos, vient de lui. Il est
maître de la vie et de la mort, hors les cas de la sorcellerie. Il punit ceux qui
transgressent ses lois, celles données jadis aux ancêtres, mais il ne semble pas qu’il
récompense les bons. On ne parle pas de sa bonté mais on juge inconcevable que le
mal, hormis le châtiment des méchants, puisse venir de Nzambi.»
Cette affirmation rejoint celle de Van Wing (1959) qui soutient que « chez les
Kongo, Nzambi a Mpungu, Dieu, est celui qui punit l’adultère, l’inceste, l’injure » ;
ou de A. Doutreloux in J. Vansina (1976 : 125 ) pour qui :
« le fait de parler souvent d’un Etre Suprême, Nzambi, auquel dictons, proverbes et
légendes attribuent toute espèce de caractère transcendant, ne suppose pas néces-
sairement que cet Etre Suprême ait une place et un rôle effectifs dans la vie quotidienne,
ni même qu’on en ait une conception bien arrêtée. »
Nous pensons concrètement sur ce point précis que « Albert Doutreloux » a bien
raison, car chez les Bakongo en général, Nzambi ‘Dieu’ est à la fois vague et une
réalité mystérieuse. Vague parce que très souvent, quand le Mukongo parle de
Dieu, il a recours aux esprits intermédiaires entre homme et Dieu, les esprits de
la terre, et secondairement des cieux ou de l’atmosphère, et les ancêtres, - chefs
sacrés défunts. Une réalité mystérieuse, parce que, ce Dieu qui semble t-il est
en accord avec toutes les autres puissances intermédiaires ; au point qu’uriner
dans l’eau ou dire des mots impropres restent prohibés, sauf en cas d’ivresse.
C’est dire qu’aux yeux des paysans basolongo comme ailleurs chez d’autres
Bantu, Nzambi semble être un fait évident, suffisamment vague et mystérieux,
pour que tout ce qui échappe aux prises et à la compréhension de l’homme
comme la vie et la mort, l’origine des choses, la loi et les coutumes lui soient
rattachées. Cependant, les autres esprits tiennent une place beaucoup plus
définie.
155
6. 3. 1. 2. Culte des bakulu ‘ancêtres’
Les ancêtres résident sous terre, dans des villages où on trouve en abondance
les femmes, le gibier et tous les biens en général. Ils n’y admettent que ceux qui
respectaient leurs lois pendant leur vie. Les autres en sont écartés sans recours.
La récompense des bons et le châtiment des méchants après la mort est donc le
fait des bakulu ‘ancêtres’ et non celui de Nzambi ‘Dieu’. C’est ainsi que les
méchants écartés du village des ancêtres constituent la classe des témbo
‘esprits’ [Lire Albert Doutreloux (1961)]. Ils disposent à leur gré de mfunu ye
ngaku (des utilités et fécondités.) C’est pourquoi on dit : bakulu, bazibula ye
156
bazibikila ye ngaku que l’on peut traduire par ‘Les ancêtres ouvrent et ferment à
volonté la cachette aux trésors’.
Ces ancêtres sont des intermédiaires entre Dieu et les vivants. Ils sont comme
les saints et les anges gardiens des vivants. Mieux qu’eux, ils ont un pouvoir
important de vie et de mort sur les vivants ; ils leur donnent la chance, les
faveurs, les effets maléfiques, etc.
Les ancêtres entrent en contact avec les vivants. Pour y parvenir, ils recourent
aux songes. Dans d’autres cas, leur message est transmis au ( x ) membre (s) du
clan par les devins, les nganga ngombo. Le sommeil et particulièrement le rêve
sont considérés comme une séparation de l’âme et du corps, comme un état
semblable à celui des morts.
Cette opinion a été confirmée dans la vie pratique. Par exemple, la femme
musolongo attribue aux rêves la valeur d’un message prémonitoire au point
qu’elle ne s’étonne pas de les voir se réaliser et que, logiquement, les songes
peuvent influencer son comportement. La croyance aux visions et aux prédictions
oniriques est à ce point bien ancrée dans les groupes de prières néo - chrétiens
ou des Eglises dites du Réveil, des pasteurs n’hésitent pas à les utiliser pour
séduire les femmes, et pour manipuler certains hommes faibles d’esprits.
Van Wing (1959) note que « Chez les Bantandu, les bakulu ‘ancêtres’ appa-
raissent souvent dans la hutte des ancêtres sous forme des chauves-souris.
Quand le chef les entend, il y entre et tache d’imiter leur cri. » Le chef de clan est
donc le point de jonction entre le clan actuel, constitué par les vivants, et les
clans idéalisés, porteurs de valeurs ultimes symbolisées par la totalité des
ancêtres, puisque c’est le chef du clan qui transmet la parole de ces derniers aux
vivants, et des vivants aux ancêtres. Ainsi, il y a imbrication du sacré et du
politique.
Dans la vie de tous les jours, le clan est un relais entre les vivants et les morts.
Les ancêtres habitent la case du chef de clan où ils ont une place, « le coin des
ancêtres. » C’est à cet endroit qu’est déposé tout ce qui est nécessaire à leur
157
alimentation : nourriture non pimentée, boissons, etc. Par respect pour les
ancêtres et par solidarité avec eux, le Musolongo leur offre les premières
bouchées et les premières gouttes de nsámba ‘vin de palme’ ou toute autre
boisson qui accompagne son repas.
Il convient dès lors de noter que dans le cadre du recours à l’authenticité prôné
par le feu président Mobutu à l’époque, le toast porté en l’honneur des hôtes du
gouvernement zaïrois commençait toujours par le versement, par terre ou dans
un récipient, de quelques gouttes de la boisson contenue dans le verre, en
mémoire des bankoko ‘ancêtres’ (en langue lingala). Les paysans font de même
lors des premières semailles. La femme musolongo jette une poignée de grains
aux quatre coins cardinaux en l’honneur des ancêtres. Les premiers haricots
cueillis sur un champ par les paysans doivent y être laissés pour honorer les
ancêtres, faute de quoi ils se vengent en ordonnant aux bêtes malfaisantes de
détruire les récoltes.
N. de Cleene (1937: 119) consigne que, dans l’esprit de l’indigène (le congolais)
la maladie n’est que la conséquence de la sorcellerie. La guérison est dès lors
principalement recherchée par le dépistage et l’élimination des sorciers pour
neutraliser leurs maléfices ; pour cela, on fait appel à la magie que M. Kalunzu
(1985 : 521- 532) définit comme une technique qui permet à l’homme d’assujettir,
158
de gré ou de force, les puissances surnaturelles. Selon lui, il y a mentalité
magique lorsque l’homme attribue le sort de sa vie et le déroulement de l’histoire
à l’intervention unilatérale d’une puissance occulte, mystérieuse, provenant d’un
arrière-monde plus au moins identifié.
159
6. 3. 2. 1. Fétichisme, amulette et talisman
160
Fig.10. Fétiche à clous en pays Vili (Cabinda)
161
De manière générale, les Bakongo considèrent le fétichisme comme une bonne
pratique dans la mesure où il est au service de la société ou, du moins, au
service des individus mais sans nuire à la société. Les fétiches sont des moyens
mis à la disposition des spécialistes pour combattre la magie et guérir, le cas
échéant, les victimes.
En définitive, un nkisi ‘fétiche’ est un objet constitué. Il est le lieu d’un procès de
transformation. Qui dit procès, dit matériaux constitutifs. Ceux-ci sont soit déjà
des produits finis, soit des matériaux directement empruntés à la nature. Le
troisième type de matériaux est immatériel : il s’agit notamment des rites.
1. Les produits finis que le détenteur des minkisi ne fabrique pas lui-même. Il
peut s’agir de :
- statuettes (souvent en bois), marques, colliers, bracelets, cordelettes. Les
statuettes représentent généralement des personnes adultes, hommes ou
femmes, rarement les enfants. Elles représentent aussi parfois des animaux
(chien, léopard, crocodile, etc.) ;
- balles (cartouches pour fusil), la poudre de chasse, le sel, le vin de palme,
l’aiguille, etc.
162
Kongo Minkisi Sculptures
163
Fig.12. quelques instruments de minkisi, fétiches
164
Par ailleurs, il y a, à côté des fétiches purs, les amulettes et les talismans.
L’amulette, que représentent le gri-gri et le charme, est un objet menu et qui,
grâce à sa force occulte, protège le détenteur contre l’adversité et le favorise
dans toutes les circonstances particulières : c’est par exemple un bouquet de
cendres suspendu à un fusil noir que l’on porte au cou ou aux hanches, ou
comme bracelet.
• Les feuilles, les herbes, les racines, les écorces d’arbres, le piment, le
poivre, les graines, les fruits, la paille, etc. Autrement dit, tous les
éléments appartenant au monde végétal. Certains de ces matériaux
naturels sont comestibles, d’autres ne le sont pas. Il y a parmi eux des
véritables médicaments, des poisons et même des excitants.
• Les ongles, les cheveux (d’albinos, des nains, etc.), les peaux
d’animaux, les dents, les poils humains, les griffes, les becs d’oiseaux,
les plumes, les cornes, les déchets humains, le sang de menstrues, les
coquillages, etc. Ces éléments appartiennent pour la plupart au règne
animal.
• De l’argile, de la chaux (terre rouge ou blanche extraite des cours
d’eau), morceau de pierre ou de roche et de l’eau.
• Les rites: c’est l’ensemble des gestes et des paroles réputés
transmettre un pouvoir lorsqu’ils sont reproduits ou répétés à un
moment précis correspondant à celui de la constitution d’un nkisi :
discours incantatoires, imprécatoires et prières.
165
En pratique, le procès de constitution des minkisi se fait selon l’une ou l’autre
des opérations suivantes : la cuisson, le grillage, le pilage, la macération, la
mastication, l’assemblage et le mélange. Après quoi on met le produit ainsi
obtenu dans un support permettant d’accomplir un rituel. Le fétiche est donc
avant tout un produit imaginé et fabriqué par l’homme. Son objectif est double : il
sert à faire du bien ou à causer du tort. Autrement dit, le fétiche a un pouvoir
ambivalent. Parlant du pouvoir ou de force des minkisi ‘fétiches’, G. Buakasa
(1973 :290 - 300) affirme que leur activité peut être perçue comme tantôt positive
ou tantôt négative.
Notons que le pouvoir du fétiche vient de l’homme, en ce sens que c’est l’homme
qui le capte et l’enferme dans son support matériel. Ce pouvoir reste entièrement
sous le contrôle du nganga-nkisi ‘féticheur’, l’homme qui a institué le fétiche ou
encore sous le pouvoir de celui que le spécialiste aura initié à son fétiche. La
plupart des fétiches bakongo promettent ou garantissent la fécondité des
hommes et des bêtes, aident les femmes enceintes ou en couches, favorisent la
culture, la chasse et la pêche, protègent contre les prédateurs et les voleurs,
retrouvent et punissent ceux-ci. Certains de ces fétiches ne servent qu’à guérir
une seule maladie.
La dernière classe des fétiches est vouée à la lutte contre la sorcellerie. Ils
guérissent les victimes et retournent le maléfice contre son auteur. D’autres
neutralisent les sorciers ou les font mourir. Chez les Basolongo, le pouvoir de
détection du maléfice ou des mauvais sorts jetés aux membres de la société sont
détenus par le devin. Celui de détruire ces maux ou d’anéantir les mauvais
génies est détenu par le guérisseur.
166
Nous distinguons entre le nganga-ngombo et le nganga-nkisi. D’après G.
Buakasa (1973 : 216),
“Nganga-ngombo ou nganga-manga a pour fonction de procéder à l’identification de
ndoki (auteur de maux), de guider les malades et de les conseiller à l’occasion des
séances de travail appelées vuela, zalala, nkiengo, ngombo ou manga. Le nganga-nkisi
a pour tache de protéger les individus contre toute menace, et notamment contre l’action
des ndoki”.
6. 3. 3. Sorcellerie, kindoki
Chez les Bakongo en général, les maladies ne sont pas considérées, ainsi que
nous l’avons souligné plus haut, comme des faits ayant une explication et des
causes naturelles. Toute maladie est due, pense-t-on, à l’action directe ou
indirecte du ndoki. L’ordre social, notamment la promotion, l’échec et le succès,
la souffrance et la mort, le travail et la famille, dans la société des Bakongo, n’ont
de cohérence et de signification que par l’idéologie du ndoki ou du sorcier.
167
Par ailleurs, pour comprendre de manière concrète et claire la différence entre le
fétichisme et la sorcellerie, nous avons jugé nécessaire de nous pencher sur la
notion même de sorcellerie.
6. 3. 3. 1. Notion de sorcellerie
168
Fig.13. cette photo montre un nganga ngombo, féticheur (anti-sorcier et fétiche) et ses deux
assistants (disciples)
Pour G. Buakasa (1973), « la sorcellerie est une puissance, une force et une
intelligence. Une puissance et une intelligence ambivalentes parce qu’elles
peuvent accroître les récoltes ou les détruire. Cette puissance ou cette
intelligence est considérée comme spéciale et supérieure (ngangu za mpimpa :
intelligence de nuit) parce qu’elle permet de savoir comment se présente la
réalité fondamentale des choses et des êtres humains, et dès lors, d’agir sur
169
cette réalité dans le sens de soutenir ou de perturber son ordre et la vie, ou de
répandre le malheur et de stériliser la nature. Cette intelligence supra-humaine et
le pouvoir qu’elle pose comme complément nécessaire permettent d’influencer le
fonctionnement normal de la réalité des choses et des êtres, ou d’agir sur cette
réalité, soit pour la soutenir ou la renforcer et réaliser certains désirs... afin de
rendre plus agréable l’existence matérielle de tous les hommes. » Aux dires de
G. Buakasa, la notion de sorcellerie, est la justification d’une double réalité des
choses :
• Elle est la justification de tout événement malencontreux : maladie,
mort, infortune ;
• Elle est la justification de toute réussite sociale hors norme. Cette
réussite ne semble pas donc être rendue possible que grâce à une
certaine force destructrice.
Chez les Basolongo comme ailleurs chez d’autres Bantu, les différentes
conduites attribuées aux sorciers et aux sorcières sont en opposition
systématique avec la norme. Ainsi, ils opèrent la nuit ; ils sont anthropophages ;
ils commettent l’inceste ; ils ont le don d’ubiquité ; ils pratiquent le vampirisme,
etc. Bref, ce sont des humains anormaux.
170
choses de manière néfaste. Le sorcier peut, grâce à ce pouvoir, perturber l’ordre
des choses pour répandre le malheur ou modifier négativement la nature.
Le champ d’action de la sorcellerie est donc vaste et complexe. Cela dépend des
causes ou des raisons qui justifient son maléfice.
6. 3. 3. 2. Causes de la sorcellerie
Chez les Basolongo (Bakongo en général) comme chez les Dogon du Mali, les
principales causes de la sorcellerie sont : la jalousie, la vengeance, la
concurrence, le non-respect des obligations ou des engagements et la
réciprocité. D’une manière générale, toute personne chez laquelle on perçoit des
signes de rancune, de jalousie explosive, de lubricité, d’avarice, de volonté de
puissance peut être accusée de ndoki selon les circonstances comme l’explique
longuement G. Balandier (1984 : 161) que :
Pour sa part, G. Buakasa (1973 : 274), affirme ce qui suit : « (...) le kindoki n’est
pas nécessairement limitée à une région déterminée de l’espace social : elle est ou peut
se retrouver dans plusieurs pratiques spécifiques. Par exemple, dans l’activité
économique, politique ou juridique, etc. Dès lors, on ne peut pas comprendre le kindoki
et les minkisi en se rapportant à la seule théorie contenue dans les attitudes et les
comportements des sujets concernés, mais en se reportant aux rapports sociaux, et en
deçà de ceux-ci, au mode de vie qui les fonde. Le kindoki et le nkisi sont un mode de
réalisation déguisé des conflits sociaux refoulés, un lieu où décharger l’agressivité
provoquée par la frustration née des besoins ou des désirs non satisfaits, c’est-à-dire en
171
dernière analyse, des contradictions sociales. Et par-là, un lieu de reproduction des
rapports sociaux. »
172
pouvoir des génies, c’est-à-dire tous les êtres qui appartiennent en fait au monde invisible, mais
qui, par moment, font une incursion dans le monde visible. Ces êtres invisibles (les ancêtres, les
dieux et autres esprits) peuvent être influencés par un homme comme ils peuvent agir pour lui. Ils
peuvent être domestiqués par l’homme qui peut, par conséquent, s’en servir à ses desseins et les
rendre donc favorables à lui. »
Ainsi, tout procès sur la sorcellerie et ses différents mécanismes reste secret.
Son influence sur les non-initiés fait de la sorcellerie un phénomène social
important. Cette littérature consacrée à la vie magico-religieuse des Basolongo
vient de souligner l’importance de ces phénomènes. Nous venons en effet de
cerner la notion même de sorcellerie, les causes d’ensorcellement et les modes
d’acquisition de celle-ci. Maintenant nous allons étudier les victimes et le mode
d’ensorcellement.
6. 3. 3. 4. Victimes de la sorcellerie
Tous les membres d’un lignage ont la possibilité d’exercer les uns sur les autres
le pouvoir vital. Les entreprises de sorcellerie se développent, surtout contre les
collatéraux. En effet, les victimes de la sorcellerie sont généralement choisies à
l’intérieur du clan parmi les enfants, les femmes et les jeunes gens. La sorcellerie
est donc le pouvoir vital qu’un membre du clan peut exercer sur un autre par
haine, jalousie ou par envie. Dès lors, c’est très fréquemment à la suite d’un fait
173
de sorcellerie que se segmentent les clans bakongo. Elle est la chose la plus
redoutée et la plus détestée par les Bakongo. Pour eux, elle est avant tout une
réalité empirique. Jusqu’à nos jours, la science n’est pas encore parvenue à
confirmer cette existence de manière expérimentale. Bref, la sorcellerie est une
réalité sociologico-anthropologique vécue empiriquement par les paysans, mais
non encore cernée de manière expérimentale par la science moderne.
Pour les Basolongo, il existe une démarche appropriée au monde des sorciers
pour ensorceler les personnes visées.
« Le maléfice, est lancé par l’intermédiaire d’un fétiche en utilisant la force vitale qui
circule de génération en génération, surtout en ligne maternelle, mais aussi en ligne
paternelle et en affectant principalement les collatéraux. » Chez les Basolongo, les ndoki
zi nkéento ‘sorcières’ recourent à une manière particulière (le rapt de l’esprit de la
victime) pour provoquer la maladie et surtout la mort chez les enfants.
174
d’épouser de telles filles dont l’apparence extérieure trahit leur vieillesse
intérieure.
En pratique et dès que le ou les sorciers a ou ont repéré leur victime, il ou ils
l’ensorcelle (nt) grâce à leurs pouvoirs spéciaux. Le succès de l’entreprise
sorcière tient à la capacité du sorcier à bien maîtriser les réalités du monde
invisible, faute de quoi il se fera neutraliser par un nganga-nkisi ‘féticheur’ investi
par les ancêtres d’un pouvoir plus fort pour décoder les réalités du monde
invisible.
D
Fig.14.
A Légende
D = Dieu
A = Ancêtres
S H G H = Homme
G = Génies
S = Sorciers
NG = Nganga
NG
Agir
Les paysans affirment que le sorcier peut tuer par le seul regard : “disu divonda”,
“avoir un regard assassin”. Il peut, grâce à son œil brillant, hyptoniser sa victime
au point de lui retirer toute possibilité de se mouvoir et d’annihiler sa conscience.
Pour tuer son adversaire, il suffit de recourir à une potion toxique, de l’effleurer,
de faire un simple mouvement, voire de dire un seul mot. M. Augé (1985 : 250-
256) fait remarquer à ce sujet ce qui suit :
« (…) les représentations de la personne, des pouvoirs qui sont censés s’exercer à
partir d’elle ou sur elle, de l’hérédité, de l’entourage mystique et social, de la maladie…
composent un ensemble cohérent, un système ordonné de références pour la
175
compréhension d’un événement ; les croyances à la sorcellerie entrent dans cette
configuration d’ensemble, d’une part parce qu’elles se réfèrent explicitement aux
représentations de la personne et du système social, d’autre part parce qu’elles
complètent ces représentations en spécifiant la nature des pouvoirs offensifs propres
aux différentes instances psychologiques et en délimitant leurs sphères sociales
d’influence (le clan.) »
La sorcellerie est comme une discipline qui a ses maîtres à penser, ses
prolégomènes, ses lois et sa logique propre, mais une discipline ou un système
qui a ses contradictions internes. Sur le plan strictement sociologique et comme
nous venons de le mentionner plus haut, elle se présente, avec son
interprétation, ses interrogations et ses tentatives de réponses, comme une
théorie qui, à la fois, défend à sa façon sa propre existence et prescrit un
ensemble de règles de conduite.
176
En définitive, la sorcellerie est une valeur socioculturelle contraignante : la
cohésion au sein du clan est entretenue à la suite de la crainte qu’ont les gens
d’être ensorcelés lorsqu’ils cessent de se conformer à la coutume, fu kia nsi. La
logique de la sorcellerie n’est pas pour autant irrationnelle. Au contraire, sa
fonction est de rendre acceptable à l’esprit humain même ce qui est inintelligible
et choquant comme la maladie, l’accident ou la mort.
177
combattre ceux-ci, neutraliser leur action ou tromper leur vigilance.
Parmi les noms donnés aux enfants, il en existe qui éloignent la mort
ou le malheur ; qui empêchent les bandoki d’agir. C’est le cas par
exemple des noms d’animaux ou des matières répugnantes, noms des
minkisi : Tona kio, Malulu, Nkósi, Nsánda, etc., (Discernes-le, Amer,
Lion, Serpent) ;
• Etre soi-même redoutable ou fort par la sorcellerie ;
• L’épreuve du poison pratiquée jadis (malheureusement interdite de nos
jours par l’autorité) ;
• Le bannissement du ndoki. Il y a deux possibilités : chasser le ndoki
loin de soi et loin du groupe ou le faire mourir ;
• La séparation : scission du clan, du village, du lignage, etc. ;
• La réconciliation (du sorcier avec sa victime) et la confession publique
(conseillées par les principes et méthodes de l’Eglise Kimbanguiste)
• Emigrer en ville. »
La crainte du sorcier est loin de disparaître chez les Basolongo: il suffit de jeter
un regard dans un ouvrage datant du XIVème ou du XVème siècle et traitant des
problèmes africains, notamment de la sorcellerie, pour conclure que la situation
n’a pas évolué. Les époques ont certes changé, mais la croyance en la
sorcellerie persiste. Bon nombre d’Africains en général et des Bakongo en
particulier continuent à croire que la réussite sociale ou intellectuelle relève ou
dépend des forces surnaturelles. Même ceux des Africains qui gouvernent
178
l’Afrique moderne croient encore très fort à la sorcellerie. On a le droit de se
demander si la crainte du sorcier est due à la philosophie africaine ou à la
mentalité foncièrement religieuse des Africains. On peut en outre se demander si
cette crainte disparaîtra un jour avec tout le brassage de cultures que subissent
de plus en plus les nouvelles générations africaines. Le témoignage ci-après
que nous reproduisons semble donner en substance un petit espoir en ce qui est
de la réponse positive à notre dernière interrogation 30 :
« Il était une fois, deux jeunes étudiants se fiancèrent à Kinshasa. Les obligations
des études poussèrent ces amoureux passionnés à se séparer du moins pour un
long moment. Albert obtint une bourse de cinq années pour des études de
médecine aux Etats-Unis. Une année, après, Françoise obtint-elle aussi une
bourse d’études en hôtellerie pour le Japon.
Neuf mois plupart, elle accoucha d’un beau petit bébé. Puis sa vie reprit le train
habituel sans le moindre soupçon. Seulement à l’accouchement, les sœurs
avaient eu le soin de noter les coordonnées de Françoise au cas où le besoin se
ferait un jour sentir.
Ses deux ans furent couronnés de succès. Elle obtient son diplôme et rentre au
pays où elle trouve du travail à l’hôtel Regina, comme directrice gérante. Deux
ans plus tard, Albert rentre avec un brillant diplôme de médecin. Leurs
retrouvailles furent fébriles au point qu’ils finirent par se marier la même année.
30
Témoignage apporté par Gérard Buakasa, dans une conférence sur la sorcellerie à l’Institut
des Hautes Etudes d’Interprètes à Kinshasa, le 17 octobre 1985.
179
Albert obtint à son tour le poste de médecin en chef à l’hôpital central. Le couple
est très heureux, évolué et comblé de joie. Ils s’aiment avec passion.
Les années se succèdent, mais le couple n’eut aucun enfant. Albert fut
pensionné à l’âge de septante ans et mourut, suite à une tenace tumeur trois ans
après des soins suivis de ses confrères.
Alors, Françoise devrait poursuivre son chemin de la vie seule, dans une énorme
villa dans la zone résidentielle de Mbinza. De l’autre côté des horizons,
Yokomoto Junior achève de brillantes études de Relations internationales et
obtient un poste d’ambassadeur au Congo-Brazzaville.
Après avoir échangé quelques mots, Françoise demande à ses hôtes le mobile
de leur visite. Yokomoto Junior prend la parole et dit : avez-vous été en formation
au Japon entre les années 1963 à 1965 ?
Oui, répondit-elle avec hésitation. Ensuite, il poursuivit avec les détails précis sur
elle et son histoire pendant sa formation au Japon. Françoise comprit tout de
suite où il voulait en venir. Elle lui avoua sans comprendre que l’homme qui
l’interrogeait était bel et bien ce fils qu’elle avait abandonné. Elle s’est mise à
pleurer, pleurer, mais Yokomoto Junior l’arrêta et lui dit : “je suis cet enfant que
vous avez abandonné. Je voulais seulement savoir quel type de femme vous
êtes.” A ces mots, elle s’est mise à crier, mon fils ! Mon fils! Mais, Junior lui dit:
non ! Et je m’en vais !
Françoise en tant que Mukongo se mit à hurler, attend, attend, je suis tout de
même ta mère. Les deux visiteurs prirent le chemin du retour pour Brazzaville.
Une semaine plus tard, Françoise se décida à son tour d’aller rejoindre
180
l’ambassadeur du Japon à Brazzaville. Elle se renseigna dès sa traversée du
bateau et se fit conduire par taxi à la résidence privée de Yokomoto Junior. Elle
sonne à la porte, un gardien se pointe et lui parle en Japonais; elle ne comprend
rien du tout. Puis, elle se met à crier : “je veux voir l’ambassadeur lui-même”. “Je
suis sa mère”. Grâce au tapage, la femme de l’ambassadeur sort en tenue de
chambre pour en savoir davantage. Mais elle non plus, ne comprend rien.
Comme la femme traînait à revenir, le mari va à son tour vers la porte et ordonne
que l'on puisse la laisser entrer dans la parcelle pour l’écouter.
Soudain, Françoise se mit à exposer son problème. Yokomoto Junior resta stricte
et la pria de rentrer chez elle. A ces mots, elle se mit à maudire Yokomoto Junior.
“Elle retira son pagne, puis, s’inclina du haut vers le bas en montrant son derrière
à son fils et dit : ″Yokomoto, vo mono ngudiaku, ki ku zolele kungwila kó, singúlu
va ntóto ye ku zúlú, ngéye kutomi, zingu kiaku kiawónsóno.″ (Yokomoto, je suis
ta mère, comme tu t’obstines à ne pas m’obéir, tu es maudit sur terre comme au
ciel, tu ne seras jamais heureux toute ta vie.) Après ce rite, elle partit en claquant
la porte pour Kinshasa où elle habitait. Yokomoto qui ne comprit rien de toute la
scène s’est renseigné du geste spectaculaire dont ils étaient témoins. On lui
apprendra quelques jours plus tard qu’il était maudit à jamais. Ceci dit, il se mit à
rire aux larmes. Il apprendra par la suite qu’au courant de la même année,
Françoise était morte. Evidemment, rien n’avait changé dans sa vie. »
6. 4. Conclusion partielle
A l’instar des Balega et d’autres groupes sociaux (ethnies) en Afrique noire, la
manipulation de la parole en pays basolongo est une chose qui s’apprend auprès
des anciens, bambuta. La construction du monde socioculturel chez les
181
Basolongo repose sur la tradition orale, les récits et les légendes. Par ailleurs,
toute la vie de la société clanique est une vie du verbe renforcé par des
composantes didactiques d’inter-communications tels que le rythme, le proverbe,
la devinette, le conte, le chant, le symbole et la rumeur publique (F. Bezy, 1971).
182
• La sorcellerie a trois modes de transmission qui sont : la transmission
innée, la transmission par contamination et la transmission par
apprentissage ;
• Les remèdes contre la sorcellerie sont : respecter les aînés (la
structure sociale), se protéger par un fétiche, être soi-même sorcier,
éviter de se vanter, être membre d’une religion officielle, quitter le
milieu rural, déclarer la scission du clan, éviter de manger n’importe
quoi chez n’importe qui.
183
Troisième Partie
La vie quotidienne chez les Basolongo
Cette dernière partie présente l’objet même de notre recherche le káandu. Elle
décrit les types de káandu, son mode de fonctionnement, son interprétation
grâce à un schéma synoptique, son évolution, et notre rapport de terrain
(chapitre 7). Le chapitre 8 analyse les autres types de discours qui se
développent autour de cette rhétorique du káandu, tels que les concepts
métaphoriques, les figures du style et les clichés populaires. In fine, le chapitre 9,
parle de la réparation du káandu par les deux voies qui sont : la cour populaire
et le rite de lámba káandu, cuisson du discours imprécatoire. On y présente
aussi, la composition de la cour populaire, le rôle de chaque membre,
l’intronisation du chef, mfumu et quelques cas concrets traités par cette cour
populaire.
184
Chapitre 7 : Le káandu chez les Basolongo
7. 1. Introduction
Dans ce chapitre, nous allons concentrer notre attention sur l’objet même de
notre recherche, à savoir le káandu chez les Basolongo, ses différents types,
ses objectifs, la procédure à suivre pour sa conception et les voies de réparation
qui peuvent être soit le nlémvo ‘pardon’ assorti du rite appelé « lámba káandu,
soit le kinzónzi kia mfulwa mambu ‘rite de réconciliation par la palabre d’affaires’.
Nous allons présenter les lignes maîtresses du rite káandu pour comprendre son
fonctionnement, pour bien le décrire et faire apprécier notre travail sur le terrain
à partir d’un questionnaire d’enquête. Nous ferons également une tentative
d’interprétation de la peur du sorcier dans cette société et évaluerons ses
incidences dans l’éducation et le développement. Il sera également question de
la puissance du káandu dans la société des Basolongo et de son évolution face à
la modernité et à la problématique du développement. Nous présenterons en fin
de compte un schéma synoptique susceptible de faciliter l’interprétation du
káandu.
7. 2. Explication de l’interdit
Le káandu est un vœu d’imprécation que le mfumwa kanda ‘chef de famille’
prononce suite à une situation ingérable et qui se transforme en interdit inviolable
chez les Bakongo en général et les Basolongo en particulier. La cause principale
de cet interdit est une mauvaise expérience faite à l’occasion d’un événement
atroce vécu par la famille.
185
Pour bien faire comprendre la réalité du káandu, nous proposons l’illustration
suivante : un nommé Ngoma épouse une femme en dehors de la famille.
Malheureusement ce mariage est contesté par tous les membres de sa famille.
En ayant épousé une femme dont personne de sa famille ne veut, Ngoma doit
faire face à des conséquences terribles : sa femme accouche inexplicablement
de mort-nés atteints de malformations congénitales. Une fois saisi par le
malheureux Ngoma, Le mfumwa kanda ‘chef de famille’ prononcera la fin de
cette union et décrétera le káandu ‘interdit’ c’est-à-dire l’interdiction formelle pour
tout membre du clan d’épouser une femme membre de ce groupe social contre
lequel le káandu a été prononcé. A partir du prononcer du káandu, le mfumwa
kanda décrétera que, tout membre du clan qui l’enfreindra encoura des sanctions
et des conséquences néfastes.
Par ailleurs, si certains des autres membres du clan du côté paternel ou maternel
n’ont pas été mis au courant de cette information avant le mariage, il s’en suit
que la belle-famille lésée se constitue partie civile devant le chef de village pour
un kinzónzi kia mfulwa mambu ‘palabre d'affaires’ (voir le cas de notre rapport
terrain : Lembe, 2003).
186
7. 3. Types de káandu
Selon nos informateurs, il y a deux sortes de káandu :
• Le káandu kia kimbéni ‘Vœu d’ennemis’ qui engage deux individus ou
deux familles en conflit, qui jugent qu’il n’est plus nécessaire de
s’adresser la parole pendant un bon moment et parfois jusqu’à leur
mort.
• Le káandu kia sina ‘Vœu à vie’ est celui qui nous intéresse dans cette
étude car il est le plus délicat en ce qu’il expose le contrevenant à des
conséquences qui vont de la maladie (gonflement de ventre, folie, …) à
la mort.
7. 4. Causes et conséquences
Quel que soit le type du káandu ses causes sont multiples : rivalité entre
hommes ou les femmes, injustice dans le partage des biens en cas de
succession entre membres d’une même famille, sorcellerie, partage d’une forêt,
des étangs ou des arbres fruitiers, manque de respect de la structure ou de la
hiérarchie sociale, etc. Nous allons aborder chacun de ces cas en commençant
par le plus complexe pour finir par le moins complexe.
Monsieur A est sorcier. Il chasse seul la nuit et fait une ristourne avec les autres
sorciers B, C et D. Dans ce contrat généralement verbal, il est stipulé qu’ils se
partageront leurs proies. Ils se sont aussi mis d’accord sur le fait que chaque
partie apportera sa part pendant la période convenue et que, quoiqu’il advienne,
ils se protégeront entre eux en cas d’attaque extérieure. Les contractants A, B et
C apportent leur proie et tous se régalent tandis que, quand arrive son tour, le
contractant D change de stratégie et refuse de coopérer et de partager.
C’est ainsi que cette affaire qui se traitait dans la plus haute discrétion ira devant
le duki ‘Le chef du village’, qui convoquera les personnes impliquées pour les
187
entendre. Le verdict condamnera à coup sûr le protagoniste D et le sommera de
se présenter à son chef de famille pour le prononcer du káandu kia sina ‘Vœu
d’imprécation à vie’. Ce rite interdira à toute sa famille d’entretenir un quelconque
rapport avec les familles de A, B et C, sous peine d’en courir des conséquences
néfastes.
Le fu kia nsi ‘ coutume’ prescrit que les membres de la famille mis au courant du
prononcer d’un káandu et qui sont présents à la mort de l’initiateur de ce káandu
doivent placer un ngázi ‘Noix de palme’ entre les dents du défunt pendant tout le
kinzónzi kia yémba ‘Palabre mortuaire’ jusqu’à son enterrement, ce pour éviter
les désagréments 31 dans le futur.
Selon nos informateurs, les dégâts causés par cet interdit sont incroyablement
graves dans la mesure où les victimes meurent soit de béribéri, que les
Basolongo appellent kimbévo kia nzau, maladie d’éléphant, soit de folie. La
grande difficulté dans une telle investigation est qu’elle appartient à un secret
mystique hermétiquement gardé et inexplicable rationnellement.
31
Selon l’expérience de nos informateurs, on peut aisement éviter les conséquences néfastes du
káandu kia sina et détruire sa puissance en pratiquant le rite de noix de palme,
188
Avant de répondre à ces interrogations, voyons ci-après trois extraits de
témoignages que nous avons recueillis auprès de quelques familles qui ont vécu
les effets du káandu.
7. 4. 2. Témoignages
Vu l’importance du sujet, nous avons abordé quelques familles qui ont bien voulu
nous livrer leurs expériences sur le Káandu. Nous avons résumé ces entretiens
sous forme de rapport synthèse que nous présentons en extrait pour chaque cas.
Pami les trois témoignages, l’un des trois a été réccueillis à Anvers (Belgique) et
les deux autres sur le terrain. Tous les noms utilisés sont des pseudonymes pour
des raisons évidentes.
189
folie et un autre de béribéri. La cause de ces deux morts est attribuée au káandu
que le chef de leur famille, mort depuis plusieurs années, avait prononcé et que
ses enfants, avaient enfreint en se mariant avec des filles appartenant à une
lignée sociale interdite par leur ancien. Ce dernier avait en effet interdit à tous les
membres mâles de son clan de prendre femme dans le groupe social woyo à
cause du fait que leur aïeul, tata Mpánya, avait perdu trois femmes de la lignée
woyo.
190
d’entente en exploitant alternativement ce domaine, les jours pairs pour les Kuama et les
jours impairs les Makuta (Rapport d’entretien à Katala, commune de Moanda / Bas-
Congo, avec M.Nkuama Junior, 27 avril 2002.) »
Déroulement de la cérémonie
Dans le cas de quatre sorciers que nous avons cité en illustration, le problème
étant posé, le chef de famille réunira les membres de sa famille pour leur
annoncer sa décision au sujet de la ristourne nocturne qu’avait contractée le
protagoniste D en l’occurrence. Après avoir expliqué à tous le fond de cette
affaire, il devra, en sa qualité de chef et garant du bien-être de la famille,
prononcer le káandu kia sina. Alors, le mfumwa kanda lève son poing et
frappera par trois fois le sol et profère la formule suivante:
« Moi x, chef de clan y, je vous invoque Nzambi a Mpungu ‘Dieu tout puissant’, vous,
mes ancêtres o, p, z, et Manuele mwana muntu ‘Emmanuel fils de l’homme’. La famille
que vous m’avez laissé diriger connaît aujourd’hui un problème. Un de ses membres
vient d’être condamné par la cour populaire, au sujet de la ristourne contractée entre A,
B, C et D. Notre fils D ayant refusé de coopérer, je vous prie, ancêtres, pères de mes
pères, d’exaucer ma requête. A dater d’aujourd’hui, aucun parmi nos enfants ne peut
épouser une femme venant des familles A, B et C, sous peine de mourir ou de se voir
infliger une maladie incurable. Par la même occasion, nous nous séparons aussi bien le
jour que la nuit de ces familles auxquelles notre fils s’est lié en affaires nocturnes. Tout
contrevenant à cette disposition est voué à mort ou à souffrir d’une maladie incurable. »
Il versera ensuite un peu de vin de palme sur le sol tout en le frappant de son
poing droit par trois fois. Après la fin de la cérémonie on écrase la calebasse qui
contenait le vin de palme (entretien avec tata Polo à Boma / Bas-Congo,
décembre 2002).
32
Le vœu imprécatoire (káandu kia kimbeni) se prononce en famille restreinte et publiquement,
contrairement au káandu kia sina qui se fait en cachette.
191
particulier. Ce désaccord peut résulter d’un mauvais partage des arbres fruitiers
ou encore de celui d’une forêt, d’un étang, d’une rivière. C’est pourquoi le
mfumwa fúmu ‘Responsable de la famille nucléaire’ lesée, le père en
l’occurrence, décidera de prononcer un káandu kia kimbéni ‘Vœu contre les
ennemis’. Il réunira les membres de sa famille et leur fera jurer de ne plus
adresser la parole aux membres de la famille X jusqu’à la mort.
7. 4. 3. 1. Déroulement de la cérémonie
Puis, il frappera son poing droit trois fois sur le sol. Il verse symboliquement
quelques gouttes de vin de palme par terre. A la fin du rituel et contrairement à la
pratique du káandu kia sina, il jettera la calebasse de vin dans la forêt, sans
l’écraser.
On repère dans les deux cas le nombre trois qui symbolise la Sainte Trinité que
les Basolongo désignent par les trois appellations respectives suivantes : Nzambi
a Mpungu, Dezo, Mbangu correspondant aux trois personnes en Dieu de la foi
judéo-chrétienne. Ce nombre symbolise aussi la plénitude spirituelle en référence
aux trois pierres qui soutenaient la mythique marmite du royaume des Bakongo,
makuku matatu masimba kongo.
192
Le martèlement du poing sur le sol signifie que le serment fait l’est au nom des
ancêtres. Car la terre est le lieu de leur paisible repos. Nul n’a donc le droit de
s’exposer à leur courroux en donnant des coups de poing sur le lieu de leur
demeure. Ce rite utilise le poing droit pour indiquer, d’après la cosmogonie des
Basolongo, que la main droite est « la main de l’autorité et de la spiritualité. »
Cela explique pourquoi toute autorité s’assied à droite de ses subalternes. Entre
l’homme et la femme dans un foyer, l’homme se met toujours à la droite de sa
femme, aussi bien lors des cérémonies religieuses que profanes. Au lit, l’homme
s’étend à droite de son épouse pour la protéger de tout danger.
Le vin de palme symbolise l'eau, source de la vie qui étanche la soif des ancêtres
invisibles. Elle nous montre que rien ne peut être fait sans l’approbation des
ancêtres, courroie de transmission ou intermédiaires entre muntu ‘L’homme’ et
Nzambi a Mpungu ‘Dieu’. Nous avons en somme la parole, les gestes, les objets
(eau, vin) et l’exécutant (l’homme). De cet ensemble d’éléments résulte, en
fonction de chaque individu, un pouvoir lié à la cosmogonie de sa société. Le
premier interdit diffère du deuxième par la nature et le fond du discours tenu ainsi
que de la prière qui est dite lors de chacune des circonstances.
A côté de ces trois témoignages cités plus haut, nous reproduisons ci-après un
extrait d’une interview sur le nlémvo qui concerne Léon Rycquins, un jeune qui a
grandi au village chez ses grands-parents morts depuis. C’est un Musolongo âgé
de 31 ans et originaire de Vungu. Cet entretien se déroule à Kinshasa en date du
18 octobre 2002. L’interview se fait en lingala, mais nous l’avons traduite en
français.
Notre légende montre L = Lembe et R = Rycquins. Ci-après l’extrait de notre
entretien qui nous amene droit à la théâtralisation du káandu dans les pages
suivantes:
« L. - Bonjour papa Rycquins !
R. - Bonjour papa Lembe !
L. - Pourriez-vous me parler du káandu chez les Basolongo.
R.- Le káandu est un voeu d’imprécation qui se transforme en interdit inviolable sous
peine de voir survenir des conséquences graves. En guise de châtiment, les
193
contrevenants sont généralement atteints de folie ou encore de béribéri. Il arrive que le
châtiment infligé aux contrevenants aille jusqu’à leur mort.
L. - A qui revient la tâche de prononcer cet interdit ?
R. – Cet interdit est prononcé par le mfumwa kanda, le chef de famille.
L. – Existe-t-il un moyen de neutraliser cet interdit ? Et comment cela se fait-il ?
R. – Oui, les ancêtres Basolongo ont prévu une procédure de réparation qui se présente
de la manière suivante :
• La réparation du káandu quand celui qui a décrété l’interdit est en vie ;
• La réparation du káandu quand celui qui a décrété l’interdit est déjà mort ;
• La réparation du káandu par la voie de la cour populaire (aspect juridique.) »
7. 5. Théâtralisation du káandu
Par théâtralisation du káandu on entend une stratification d’éléments qui
permettent la conception de cet interdit en pays solongo (Lire notre rapport
terrain au village Kibamba, commune de Moanda/Bas-Congo, le 18-20 avril
2003.)
194
s’assied derrière sa maison, à même le sol et en tournant le dos au village
(symbole de voyage vers le monde des ancêtres). Il a, à ses côtés, une
calebasse de vin de palme pour abreuver les ancêtres. Le vin est un symbole
cultuel destiné aux ancêtres qui, censés s’abreuver, peuvent ainsi suivre sans
s’ennuyer le discours du mfumwa kanda ;
7. 5. 5. Constat
Avant l’exécution du káandu, le mfumwa kanda doit s’abstenir de tout rapport
sexuel. Car la pénétration vaginale crée une situation de souillure qui atténue la
force de communication avec les ancêtres qui sont le relais entre les vivants, les
visibles et Dieu, l’invisible (L. V. Thomas, 1969 : 98 -100.)
195
populaire, à l’église (dans les cas de sermon dominical ou sacrement religieux)
ou même quand on est invité à résoudre un problème vital.
196
7. 6. Rapport terrain : Cette étude s’est réalisée à Kibamba du 18 au 20 avril
2003. Elle se présente comme notre propre expérience du terrain sur le káandu
que nous présentons sous forme de rapport terrain (il est possible pour celui qui
le désire, de consulter ce rapport, à travers un support audio-visuel, tel que : le
dvd.)
7. 6.1. Présentation
197
7. 6. 2. But du rapport
Notre étude sur le káandu chez les Basolongo consiste à décrire tous les faits et
gestes que nous avons pu observer. Elle décrit les péripéties du rite de la
réparation à travers les attendus de la cour populaire sous la houlette du
mfumwa a vata ‘Chef du village’, pendant le lámba káandu ‘Rite de la préparation
de l’interdiction’ ou encore celle du rite de la cuisson du serment imprécatoire. Le
substantif káandu dérive du verbe kándika ‘Interdire’ ou du verbe dia káandu
‘Manger / interdiction ; faire un serment imprécatoire’.
Les Basolongo font partie de la grande famille de la société des Bakongo. Parmi
leurs nombreux interdits verbaux, on distingue deux types : le káandu kia
kimbéni et le káandu kia sina. Ce dernier type est celui qui nous intéresse en ce
qu’il produit contre les contrevenants des conséquences néfastes telles que la
mort, la folie et les autres maux qui provoquent le ‘ unkúta wa ndoki’ ‘La peur du
sorcier’. Malheureusement, il est presque impossible d’assister au déroulement
de ce rite qui se pratique en secret à en croire ses initiateurs, nous avons eu par
contre l’opportunité de participer en avril 2003 à la réparation du káandu par la
cour populaire. Il s’agissait du cas d’un jeune solongo nommé Philippe Nsanda
âgé de 40 ans et vivant à Stockolm en Suède. Ce jeune homme était atteint de
folie pour avoir épousé par ignorance une ressortissante woyo (Cabinda), un
sous-groupe des Bakongo longtemps interdit par un de ses ascendants qui avait
connu, suite à son mariage avec une woyo, de multiples complications sur le plan
social (naissance d’un enfant monstre et bicéphale, plusieurs accouchements de
mort-nés, tensions entre les deux familles suivies d’un divorce).
Pour une meilleure compréhension de cette étude, il est utile de présenter les
deux personnages qui président les rites de la conception et de la réparation. Il
s’agit du mfumwa kanda ‘Chef de clan’, concepteur et réparateur des rituels (de
bénédiction et de malédiction) et du mfumwa vata ‘Chef du village’, le grand
pacificateur qui a la haute main sur la cour populaire. Il est aussi le garant
politique et social, diurne et nocturne de la communauté.
Sur le plan théâtral, nous présentons les choses sous forme des tableaux
plastiques ou scènes de la manière suivante : 1. le tableau (scène) de la cour ; 2.
198
Comparution des deux parties ; 3. Maza ou délibération ; 4. Verdict ; 5. Tableau
du rite lámba káandu ; 6. Guérison de Philippe Nsanda.
Une fois Philippe de retour au pays, les deux familles se sont concertées et c’est
ainsi qu’il s’est avéré que Philippe souffrait des effets du káandu décrété par son
clan maternel alors que, selon le fu kia nsi des Basolongo, le système de la
structure familiale est patrilinéaire et que les enfants sont sous la responsabilité
directe du clan paternel. Le clan maternel aurait dû informer le clan paternel du
mariage de Másaki et de Nsánda, parents de Philippe. Cet impair a conduit les
33
Nous avons pu filmer les péripéties de cette guérison présumée. La cassette et le dvd sont
disponibles.
199
Nsánda à porter l’affaire devant Ndongo a Nsimba, le mfumwa vata, avant de
rechercher d’autres solutions susceptibles de soulager la souffrance de leur fils.
7. 6. 4. 1. Composition de la cour
7. 6. 4. 2. Scène 1
Le 17 avril 2003 à 21h, un individu de petite taille, âgé de plus au moins 60 ans
et vêtu d’un pantalon noir et d’une chemise bleue sans chaussures aux pieds crie
à tue-tête d’un bout à l’autre du village : il faisait le lukozi ‘L’alerte’. Le ciel était
clair et rempli d’étoiles.
Le 18 avril 2003 à 11h00’, des jeunes gens enthousiastes apportent des chaises
et des bancs devant la maison du mfumwa vata et, de manière impromptue,
commencent à ériger une tribune.
200
Le mfumwa vata est entouré du kapita, Edouard Nsámba, assistant du chef du
village, de trois anciens (Mbúba François, Nsumbu Eugène et Nguka Samson,
membres du comité des anciens du village) et de deux parties représentées par
leurs porte-parole, papa Ndákala pour la défense et de papa Nsuami pour la
partie plaignante, cela sans oublier une trentaine de badauds (femmes, hommes
et enfants). La cérémonie est animée par des jeunes percussionnistes qui
improvisaient en battant sur les fonds de bidons en plastique bleu. Par ailleurs,
des bouffons improvisaient également une prestation chorégraphique qui
provoquait une hilarité générale.
Assis sur un long banc, le jeune Philippe et ses parents étaient présents. Sans
être dangereux, mais visiblement malade, Philippe gesticulait et grimaçait. Il riait
sans motif valable et ne tenait point en place. Ne pouvant pas se concentrer
singulièrement sur Philippe, nous avions choisi d’observer, de noter et d’analyser
les faits et gestes des membres de la cour ainsi que les péripéties de chaque
scène.
Le mfumwa vata portait un pantalon jeans de couleur bleue, un polo blanc et, sur
ses épaules, il avait une couverture multicolore. Il tenait ostentatoirement un
petit couteau qui, selon le fu kia nsi, symbolisait son autorité. Ses pieds étaient
posés sur une espèce de tapis traditionnel, en fait sur une natte faite en paille.
7. 6. 4. 3. Scène 2
Le chef lève sa main droite pour inviter la partie plaignante à faire sa déposition.
Le silence s’installe. Il est 13h30’ quand les choses sérieuses commencent.
201
toma yo lunda, tomayo sadila, ée, é nséngo yambote, toma yo lunda, tomayo
sadila é ee ». “Une bonne houe, il faut bien la consever et bien l’utiliser ».
Ensuite papa Nsuami déclare : « Tata mfumwa vata, dans cette affaire la bouche
est mienne, mais les paroles que je prononce sont celles de mes clients, les
Nsánda. Tata mfumu, l’affaire que j’apporte auprès de l’auguste assemblée que
vous présidez se résume de la manière suivante : le clan Nsánda est uni par le
lien de mariage avec le clan Másaki depuis plus de quarante ans. Le Très Haut
a béni cette union et leur a donné un précieux fruit, leur unique fils Philippe ici
présent.
N’eut été cet incident malencontreux qui a conduit notre fils Philippe à prendre
pour femme une Muwoyo, nous serions assurément toujours dans les nuages
d’antan. C’est pourquoi nous exigeons la réparation immédiate de cette situation
(la guérison sans délai de notre fils) et les autres réparations y afférentes contre
de telles fautes sciemment commises dans l’intention de nuire à notre clan.
Pour faire avancer la procédure, le juge tata Ndongo a Nsimba invita la défense à
présenter sa version des faits. Toute l’assistance redevint calme tandis que les
202
membres de la cour fixaient imperturbablement le porte-parole de la partie
adverse. Toute l’assistance tourna son regard vers papa Ndákala, le porte-parole
de la défense qui parlait au nom du clan Másaki.
Il était 13h45’ quand papa Ndákala prit la parole après avoir fait la révérence
rituelle à la cour. Il commença par un proverbe qui disait ceci : « E mbila ku
lumbu, vo kaya mambu ko yadia », « Un appel en famille est généralement pour
affaire ou pour manger. » Puis il déclara : « Je commencerai par remercier papa
Juge Ndongo a Nsimba pour l’invitation qui nous permet de communiquer et
d’échanger entre les deux parties. A mon sens, cette démarche auprès de vous,
papa Juge et mes anciens, n’aurait pas été nécessaire si mes bazitu ‘beaux-
parents’ avaient demandé à nous rencontrer en privée. »
Il y eut des murmures du côté clan paternel. Puis, le calme se rétablit. Les
membres du clan paternel étaient conscients que, dans cette affaire, le clan
maternel n’avait pas d’autres choix que celui de plaider coupable.
L’assistance fut très amusée en l’entendant formuler cette requête et se mit à rire
aux éclats. Naturellement, des petits groupes se formèrent dans l’assistance
203
durant cette interruption et se mirent à commenter les débats et à parler d’autres
sujets sans intérêts.
15 minutes plus tard, Papa Ndákala rentra de nouveau en scène tandis que les
boutons de sa veste étaient mal fermés, que la fermeture éclaire de son pantalon
n’était pas fermée. Une fois encore, l’assistance se mit à rire aux larmes au point
que le Kapita, Edouard Nsámba se leva pour requérir le silence.
Papa Ndákala présenta ses excuses pour ce regrettable oubli. Mais en réalité, sa
déconvenue n’était qu’une astuce qui lui permit soudain de faire le lien entre ce
qui lui arrivait et la situation dans laquelle ses clients se retrouvaient : ils avaient
tout simplement oublié d’informer la partie plaignante, en l’occurrence le clan
paternel. Sur ce mot, les membres de la cour se retirèrent pour délibérer sur
cette affaire.
Les membres du conseil étaient au nombre de sept. Le juge, son assistant, les
trois anciens et un délégué de chaque famille. Ils se parlaient à voix basse et
faisaient beaucoup des gestes sans donner le moindre indice sur le verdict.
A 14h 30’, les membres de la cour revinrent à la place prévue pour l’audience. Le
suspens était total dans l’assistance qui attendait patiemment le verdict. Puis le
juge tata Ndongo a Nsimba déclara l’audience ouverte en appelant les deux
parties Másaki et Nsánda à se présenter devant lui.
204
7. 6. 4. 5. Scène 4 : verdict
La réparation du káandu par le rite lámba káandu telle qu’elle avait été exigée
par la cour eut lieu deux jours après le verdict soit le 20 avril 2003. A 10h13’,
Philippe et ses parents se présentent devant la maison de papa Nkúla Másaki qui
205
les y attendait, le visage grave. L’oncle maternel de Philippe les salue
chaleureusement et les installent sur des tabourets.
7. 6. 4. 6. Scène 5
Alors après avoir versé quelques gouttes de vin de palme sur le sol et Philippe
étant toujours à genoux devant lui, le mfumwa kanda récite la prière suivante:
« Mono Nkúla Másaki, ntékolo a Mungoyo, mfumwa ne Nzinga, E mpungu a
tuléndo, E kwa yéno bakulu lutalanga o nsinga vúmu a Másaki, lwa mbikila é sal
kia talanga e dikanda dia nvimba fuku ye mwini. E diambu tuvwandidi o wunu,
káandu kiadia yandi mfumw’éto Nvémba Másaki, mu diambu dia kwélana ye ntu
mia vumu mia bawoyo. O wauna, mosi vana katshi kwa yánáana yéto, O Philippe
Nsánda, mwana Másaki ye Nsánda o zingila ku nsi a mputu, yandi wavilakene é
206
nzila. Yandi wakwéla o nkéento a Muwoyo, yandi kazaya ko diambu diodio
kanikina dia kanikina kwa nkúlu. O wauwe, yandi kawutshi, yandi mpe
wabakamene kimbévo kia ntu. O wunu bézidi kwa mono, mfumwa a kanda,
mfumwa a ntu a vúmu, mu lomba o lémvo. Bika ngeye dilémba-lémba
walémbéka e diambu diadi, ngeye sangavéla wansúkula kuandi, ngeye ngázi wa
kusa ée manzi, ngeye kiumbu wasutisa e dikoyo diakama muna mvóvo mia tata
éto, mfumwa a lumbu lwa bokela koko luéna. I lu lombélé tuka wunu lwa katula o
yéla kwa ntu, kuna mu mwana Philippe. »
7. 6. 4. 7. Scène 6
Après avoir récité cette prière les yeux ouverts, l’oncle maternel boit quelques
gorgées de vin de palme et les recrache sur le visage de Philippe. Il se saisit
207
encore d’une noix de kola, la broie de ses dents et recrache la mixture en l’air.
Ensuite, il asperge Philippe d’un peu de vin de palme, lui tend la main et l’aide à
se relever. Philippe se relève en sautillant par trois fois et en étant apparemment
revenu à lui-même. Il était 15h40’.
Après cette cérémonie, Philippe fit une longue accolade à chacun de ses parents
visiblement très contents. Poussé par la curiosité, nous avons approché la
victime qui paraissait désormais bien portant. Nous avons parlé pendant
quelques minutes avec lui et avons pu vérifier que son discours était redevenu
cohérent. Il a pu bien situer les villes de Bruxelles, d’Anvers et de Gand et a
remis en place bien d’autres détails de la vie en l’Europe.
Réponses :
- A) Oui parce que son initiateur est nuisible (ndoki) ;
- B) Non, je n’y croît pas ;
208
- C) Je ne me prononce pas.
Réponses :
- A)Parce qu’il est ndoki ;
- B)Parce que, c’est lui le représentant des ancêtres invisibles et
qu’on lui doit respect et obéissance ;
- C)Je n’en sais rien
3. 53a, 5b, 2c 53 5 2
7. 43a, 8b, 9d 43 8 9
Fig 16. Tableau des résultats d’enquêtes sur le káandu auprès des
Basolongo
209
conséquences de unkúta wa ndóki ‘peur du sorcier’ sur l’éducation et le
développement.
Le roman de Pierre Erny L’enfant et son Milieu en Afrique noire publié en 1972
donne une idée de l’éducation de l’enfant en Afrique noire où tout est centré sur
une kyrielle d’inhibitions et d’interdits visant à faire peur à l’enfant dans l’espoir de
le voir grandir dans le respect strict de la structure sociale du groupe clanique.
Les descriptions de la peur infligée aux jeunes telle qu’elle est réalisée dans ce
livre illustrent déjà l’unkúta chez les Basolongo.
Or un tel encadrement réduit sans nul doute la curiosité de l’enfant, son goût du
risque et annihile ses efforts pour affronter les difficultés de la vie. Autrement dit,
cette éducation réduit l’épanouissement intellectuel du jeune et affaiblit son sens
critique. L’omniprésence de l’unkúta dans les sociétés négro-africaines fait que
l’enfant africain noir grandit au milieu des interdits et dans la logique de « ne pas
faire ci et cela au risque de x conséquences ».
Tous les membres du clan soupçonnent le chef de clan d’être un ndoki dans la
mesure où il est le seul qui a le mandat officiel des ancêtres avec lesquels il
communique à tout moment quand le besoin se fait sentir.
210
L’unkúta du káandu se situe au niveau des conséquences néfastes ainsi que
certifient les anciens car tout membre de la collectivité craint la maladie, la
souffrance et la mort que provoque la violation de cet interdit.
• Tous les aspects du développement tel que conçu par les Occidentaux ne
sont pas incompatibles avec les cultures des divers peuples de par
l’univers. Il n’est nullement ridicule de vivre sa culture. Les Indiens qui
arborent des couvre-chefs réalisés avec les plumes d’oiseaux et qui
dansent autour d’un grand feu pour communiquer avec les génies et les
esprits de leurs ancêtres sont très fiers de leur culture. De même, les
Japonais et les Chinois qui pratiquent les rites kime et tsi dans les arts
martiaux sont également fiers de leurs particularités culturelles. Chez les
Baluba du Kasaï, au centre de la R.D. du Congo, pratiquent fièrement le
tshibindi, dont la conséquence punitive est le cibawu. Les Basolongo, les
Warega de (Est de la R.D. du Congo) et les Sara du Tchad ont dans leurs
pratiques culturelles respectivement les rites suivants : le káandu, le yano
et le Lebu.
• Pour les Basolongo et les autres sous-groupes des Bakongo qui le
pratiquent, l’interdit constitue un moyen de contrôle social dans la mesure
où la tradition veut que la structure sociale et les règles établies soient
respectées. Le káandu constitue un des moyens de contrôle social dans la
mesure où les Basolongo arrivent, grâce à cet interdit, à vérifier la
puissance du verbal qui les contraint au respect de la structure sociale.
C’est aussi grâce à cet interdit et autres faits courants de leur société que
ce peuple pratique le kinzónzi kia mfulwa mambu, palabre d’affaires qui se
211
veut une voie de conciliation et du rétablissement de l’équilibre social
rompu.
• L’entrée dans la modernité ne signifie pas pour un peuple donné qu’il doit
abandonner sa culture pour se noyer dans la culture occidentale. La
notion de modernité se définit par l’ensemble de valeurs culturelles axées
sur les avancées réelles dans le domaine de la technologie, de la science,
de la philosophie et du changement de mentalités et de mœurs.
Cependant, l’entrée dans la modernité doit tenir compte des réalités
culturelles de chaque peuple car un peuple est considéré comme mort
lorsqu’il est dit « être sans culture de référence. »
Au sujet précisément de la culture d’un peuple, William Foley (1997 : 3) note que
« La culture est une discipline interprétative qui décortique une langue pour en trouver
une compréhension culturelle. » 34 En effet, les études ethnolinguistiques se concentrent
en général sur les relations de la langue et de la culture longtemps considérées comme
antinomiques alors même qu’elles sont dans un rapport dialectique : la langue est
dépendante du fait culturel en même temps qu’elle l’organise et vice et versa. Même si
de nos jours les chercheurs n’attachent plus d’importance à cette vision formelle, il n’en
demeure pas moins que cette dernière a jeté la base de la différence fondamentale qui
existe entre l’ethnolinguistique et la sociolinguistique proprement dite : l’interprétation de
la culture, d’une part, et, d’autre part, les indices et les corrélats sociaux. Dans le même
ordre d’idées, Christine Jourdan et Claire Lefèbvre (1999 : 2) constatent que
« l’anthropologie linguistique (ethnolinguistique) étudie le langage à partir du concept de
culture et cherche à découvrir la signification qui est inscrite dans la pratique culturelle
du langage. C’est ainsi que l’ethnolinguistique est une discipline herméneutique qui
s’intéresse au sens et à la signification culturelle. »
Cela étant dit, il est clair que dans une recherche de type ethnolinguistique
comme la nôtre, le socioculturel vu à travers la langue constitue le cœur de la
discussion. Les Basolongo n’ont pas tort à notre avis de garder ce patrimoine
culturel même s’il a perdu un peu de son envergure suite à l’invasion de la
modernité et du développement à l’occidentale. On peut constater également que
le káandu se pratique rarement en ville même s’il y a lieu de se demander si la
détection d’ennemis que l’on connaît en milieu urbain peut déboucher sur un
34
« It is an interpretive discipline peeling away at language to find cultural understandings. »
212
káandu kia kimbéni ‘vœu d’ennemis’. Avant de répondre à toutes ces
préoccupations, revenons d’abord aux trois axes énumérés plus haut.
En vrai, les Basolongo continuent à perpétuer cet interdit parce qu-il ne freine en
rien leur développement. Au contraire, il constitue un atout en tant que pan de la
richesse culturelle de ce groupe social.
7. 9. Puissance du káandu
Le káandu tire sa puissance de la parole (verbe) rituelle par laquelle il est
proféré. Les Basolongo ainsi que les autres sous-groupes Bakongo accordent à
Nzambi a Mpungu ‘Dieu Tout Puissant’ une place particulière comme cela
apparaît dans l’expression « mawonsono kwayandi » qui signifie « Nous mettons
tout sous sa responsabilité » ou « nous confions tout entre ses mains. »
Il faut comprendre que Nzambi a Mpungu est la parole par excellence : celle des
hommes, reflet de la parole primordiale, conservant dans sa texture la trame
originelle. Notons que chaque parole (verbe), chaque discours est une
reproduction de la parole de Nzambi, parce qu'elle procède de l'homme, créature
privilégiée par excellence de ce dernier. Pour les Basolongo, la parole est une
chose aussi bien divine qu'humaine.
La parole est humaine dans la mesure où elle est liée aux organes de la
phonation qui lui confèrent ses caractéristiques physiques. Elle a en outre des
attaches particulières avec certaines parties du corps comme les yeux, qui
renseignent sur la physionomie de celui qui parle et les oreilles qui permettent de
réceptionner la parole. Par ailleurs, lier les mains de celui qui parle, c’est
amoindrir sa parole. C’est sans doute pour éviter cela que, par exemple, la
société moderne a prévu depuis toujours d’ôter les menottes d’un prévenu
devant s’exprimer à la cour. Ainsi, pour les choses sérieuses, la parole dite
debout reste superficielle ou sans valeur. Par contre, celle dite sérieuse se dit en
position assise. C’est ce qui se passe lorsqu’il s’agit d’une grave décision à
213
prendre. La position assise octroie un poids et une stabilité au verbe comme
d’ailleurs le pense M. Got (1958 : 27). 35
Dans la parole humaine, s’il faut en croire les Basolongo comme d’ailleurs les
Dogon du Mali, il y a des éléments fondamentaux constitutifs du corps humain et
que l’on retrouve dans le cosmos. Par exemple, on distingue nettement :
214
maillon indispensable pour l’efficacité d’un rite religieux. Les gestes,
dans ce cas, deviennent rites. Nous sommes donc en présence de
signes non-verbaux, de gestes globaux qu’on ne doit pas confondre
avec le langage articulé. Par ailleurs, les coups de poing que le chef
martèle parfois sur le sol constituent un signe d’agacement, de colère,
de signature ultime et de provocation dirigé contre les ancêtres qui se
reposent paisiblement. Nul n’a le droit de les déranger de peur
d’encourir leur courroux. Ainsi l’invisible ainsi brusquement réveillé
scelle un accord avec le visible. Ils forment ensemble, pour ainsi dire,
un nœud qui ne se dénoue que par la voix de réparation, le Nlémvo,
ou par le rite de lámba káandu.
215
n’existe pas de pouvoir intrinsèquement parlant dans la symbolique. Il y a plutôt
une valeur spirituelle.
Par contre, nous sommes d’accord pour dire que le verbe (parole) possède un
pouvoir comme tel. Il est d’autant plus renforcé quand il est prononcé dans le
cadre d’un rituel et qui est proportionnel, à un certain degré, à la foi de chaque
individu.
Evidemment, tout cela n’est possible que quand le verbe ( parole) est dit (e) dans
une circonstance particulière par une personne investie d’un pouvoir comme
celui d’un prêtre en l’occurrence ou par un responsable désigné pour la
circonstance.
Par ailleurs, la puissance du káandu, vue sous un angle sociologique, justifie son
fondement dans la gestion des incertitudes du groupe. Le verbe (parole) est un
instrument stratégique mis à la disposition du mfumwa kanda dont le pouvoir est
indissociable de sa capacité justement à gérer les structures familiales et tout ce
qui menace leur ordre comme nous le fait sa voir D. Desjeux (1987 : 51).
216
7. 10. Statut du mfumwa kanda et origine de son pouvoir
L’obtention du statut de mfumwa kanda chez les Bsolongo ne dépend pas du bon
vouloir du futur chef, mais généralement du chef de clan en poste, le seul
habilité à désigner le nouveau chef grâce à certains signes extérieurs du
comportement de la personne à désigner.
Bien que la coutume veuille que ce soit l’aîné des enfants mâles qui puisse
assumer cette fonction de garant et de porte-parole de la famille, il arrive que le
chef en poste désigne un cadet plus obéissant aux aînés et aux anciens, plus
hospitalier, plus endurant au travail et plus altruiste et plus apte à manier le
verbe. Si le chef de famille en poste n’est pas redoutable lui-même, autrement dit
s’il n’a pas les aptitudes d’un sorcier dans la gestion politico-sociale du clan, alors
on peut décider de le faire seconder par un mfumwa dibondo 36, le gardien de la
corde à nœuds. Alors, quand le chef en poste sent sa mort prochaine, il fait venir
le chargé de dibondo, un sorcier positif chargé de protéger chaque membre du
clan, et le présente au futur chef. Il recommande au chargé de dibondo de
soutenir le futur chef et de l’aider dans ses fonctions. Par la suite, il fera la même
présentation lors d’une réunion familiale. L’initiation du nouveau chef se fait
graduellement : dès son jeune âge, il accompagne le chef en poste partout où le
devoir appelle ce dernier pour gérer la palabre, kinzónzi.
• Le pouvoir rationnel
C’est celui dont dispose tout individu ayant un certain statut ou rang social. C’est
le pouvoir qui découle de l’ordre que la nature impose dans chaque société. C’est
par exemple le pouvoir d’un époux par rapport à son épouse, celui d’un
36
Dibondo signifie « corde à nœuds » ou « liaison familiale. » Chaque nœud représente un
membre du clan. D’après les informations que nous avons eues sur le terrain, le gardien
de dibondo est un bon sorcier. Il est appelé « bon » parce qu’il n’est pas maléfique mais est
protecteur du clan. Grâce à son dibondo, il peut examiner la régularité de la mort d’un membre. Il
paraît que chaque jour il procède à un appel nominal des membres. C’est le même constat que
fait G. Buakasa (1973) quand il aborde l’aspect du sorcier positif et protecteur du clan en pays
kongo.
217
professeur par rapport à un apprenant. C’est aussi le cas du pouvoir d’un
employeur par rapport à son employé ou celui d’un chef de l’Etat par rapport à
son peuple. Le verbe de ce pouvoir de « type rationnel » parce qu’il dérive d’une
convention ou d’un accord sur les règles de la société.
C’est celui qui dérive de la sacralité du verbe. Il est dit irrationnel parce qu’il est
en soi incontrôlable par l’intelligence normale de l’homme. C’est le cas du pouvoir
d’un prêtre, nganga Nzambi, qui célèbre le sacrément de mariage ou de
baptême. Cela s’applique aussi au pouvoir d’un féticheur nganga nkisi, qui
délivre un patient d’un mauvais sort jeté par un sorcier. Il en est de même du
pouvoir d’un nsadisi ‘guérisseur’ qui guérit avec les plantes médicinales et aussi
naturellement du pouvoir du mfumwa kanda, chef de clan, qui prononce ou lève
les interdits.
Le pouvoir du mfumwa kanda, chef de clan, vient, comme nous l’avons déjà dit
plus haut, de sa capacité à gérer les incertitudes et les attentes de ses membres
[Lire Dominique Desjeux (1987 : 185-205)]. En tant que chef, il détermine la
filiation, assure la protection, prononce et lève, le cas échéant, les interdits et
punit par une rhétorique imprécatoire les membres orgueilleux et récalcitrants.
C’est ainsi que tout membre du clan, pour échapper à la colère du chef, mfumu
et à celle des ancêtres, doit impérativement souscrire à l’obéissance, ayant
présent à l’esprit que ce dernier protège toute la famille – même s’il n’est pas
redoutable.
218
7.11. Schéma Synoptique du káandu
Ordre social ou
Verbe ( parole) Verbe ( parole) équilibre rétrouvé
Bon (+) Mauvais (-)
Synchronisation de l’expression
liturgique.
Verbe + gestes + objets = Rites
(Káandu, nsámbu, nsingulu, etc.)
Kinzónzi kia
mfulwa mambu,
palabre d’affaires
Nlémvo, pardon
Instance de solutions
219
7.11. 1. Interprétation du schéma synoptique du Káandu
On peut faire l’interprétation du káandu en partant du schéma ci-dessus. La
première case est celle réservée au magico-religieux c’est-à-dire à la croyance
en Nzambi ‘Dieu’, aux bakulu ‘ancêtres’, aux bisimbi ‘génies’ et ‘esprits’, aux
minkisi ‘fétiches’ et aux bandoki ‘sorciers’. Cette interprétation a comme outil de
communication le verbe (la parole).
Le rite se présente comme une action qui génère soit le bonheur, soit le malheur.
Le verbe, négativement polarisé, donne le résultat qui mène au conflit social ou
au désordre social. C’est la raison pour laquelle les anciens avaient depuis
longtemps prévu des mécanismes de réparation ou mieux des instances de
solution comme le nlémvo ‘pardon’ (voir le rite du lámba káandu ‘préparation de
l’interdit’) ou le kinzónzi kia mfulwa mambu ‘palabre d’affaires’. Les deux rites
peuvent avoir un aspect juridique et être perçues comme des rites de
réconciliation. Après avoir pratiqué le kinzónzi kia mfulwa mambu ou le nlémvo,
la société retrouve son ordre normal.
Par ailleurs, cette façon de voir les choses n’est pas particulière aux Basolongo.
Il y a des similitudes entre leur vision et celle des Lulua et des Baluba du Kasaï
(RDC) qui pratiquent notamment le ndóondo 37 ‘pacte de réconciliation’ ou le rituel
du tshinkúnkú 38, grand arbre sous lequel a lieu la palabre.
37
Lors de son interview à Anvers le 19 septembre 2002, André Shikayi, sociologue et maître de
conférence à l’université de Liège, nous a déclaré que le Ndóondo est un rite qui se déroule sous
forme de pacte de réconciliation entre clans en conflit chez les Lulua et chez les Baluba en R.D.
du Congo.
38
Selon le même informateur, Tshinkúkú est un arbre sous lequel se déroule la palabre chez les
Baluba au Kasaï. Les chasseurs s’y rassemblent aussi pour se partager le fruit de leurs battues.
220
7.12. Evolution du káandu
Selon nos investigations, le káandu reste un interdit dont les effets néfastes
dépendent de la « croyance et de la foi » des individus enserrés dans la structure
sociale des Basolongo (et des Bakongo en général). Les enquêtes sur le terrain
nous ont démontré que parmi les innombrables situations du káandu évoquées,
même chez les gens les plus sincères, la puissance de celui-ci reste dépendante
du système cosmologique de groupe clanique. Nous aurions aimé rencontrer un
cas exceptionnel dans lequel l’interdit frappe même quand les individus n’y
croient pas. Nous aurions par exemple voulu vivre une manifestation du káandu
dans le cas d’un mariage entre un Mukongo et une femme européenne. Nos
recherches ultérieures s’orienteront vers cet aspect.
Nos informateurs nous ont permis de savoir que, sur la base de la causalité, de
la procédure et des conséquences, on peut distinguer deux types de káandu, à
savoir le káandu kia kimbéni et le káandu kia sina. Nous avons analysé de
manière approfondie le deuxième type à cause de ses implications ésotériques et
du fait que son résultat est, selon les témoignages de nos informateurs,
221
foudroyant, résultat qui peut se réparer selon un rituel bien étudié et que nous
avons décrit.
Chez les Basolongo et quelle que soit sa polarité (positive ou négative), le verbe
peut servir dans un rituel. Cependant en cas de désordre social ou de problème,
les Basolongo ont prévu des instances de solutions, le kinzónzi kia mfulwa
mambu ‘la palabre d’affaires’ ou le nlémvo ‘le pardon’.
222
Chapitre 8
Basolongo
8.1. Introduction
Ce chapitre examine le káandu en tant que type de discours sacré ainsi que les
autres types de discours utilisés pendant la réparation devant la cour populaire.
On étudiera aussi dans le sillage du káandu, quelques concepts métaphoriques,
les figures de style et les représentations populaires, les concepts et les genres
littéraires dans le discours des Basolongo dont on dégagera les détails qui
changent pertinemment selon les circonstances. L’étude se referme par une
conclusion partielle sur les réalités du style du langage des maduki ‘anciens’ et
des autres initiés de verbe qui brillent par leur performance et leur compétence
communicatives (D. Hymes, 1972 : 34).
223
d’autres termes que le Verbe était en Dieu son Créateur. Il est par conséquent la
force agissante qui est en Dieu, de là vient que l’on peut dire que Dieu est le
Verbe agissant.
Par ailleurs, l’expression Muntu i Nzambi ‘L’homme est Dieu’ signifie que
l’homme est la représentation visible et le sujet parlant du Dieu invisible.
Autrement dit, l’homme est l’outil de l’expression de Nzambi. Il s’exprime, se
révèle et agit à travers l’homme, ce qui rend ce dernier considérablement
différent des autres êtres. Les sages Basolongo pensent que l’homme - en tant
que courroie de transmission de la pensée de Nzambi ‘Dieu’ - doit éviter de
parler sans rien dire et donc ne doit ouvrir la bouche que pour dire les choses
utiles : Kadi nvóvó i mbáazu, car le verbe est un feu.
Les Basolongo donnent aux humains des noms des objets et des animaux de la
nature à contrer les esprits malveillants qui causent du tort aux membres de la
dikanda ‘famille nucléaire’. On donne aux humains des noms comme Malulu
‘Plante médicinale très amère’, Nkósi ‘Lion’, Nkúkúla ‘Courant d’eau’ et Nkáku
‘Barrage’.
224
l’équilibre social. Bien entendu, cela ne veut nullement dire que tout Musolongo
excelle dans l’art de la maîtrise du verbe.
On est en droit de penser ou de dire que l’art de la parole n’est pas donné à tout
le monde. Il est plutôt réservé aux initiés et aux adultes qui participent à la vie
publique de la communauté. Il exige une certaine compétence communicative.
C’est pourquoi le rite du baptême des hommes, des objets et des animaux est
réservé aux aînés. Seuls les grands-parents, les parents, les oncles et les tantes
peuvent donner un nom à un nouveau-né.
Le nom est un appel à l’existence. N.S. Kabuta (1997b: 81) attire notre attention
sur ce sujet de la manière suivante :
«Habituellement, le nom d’une personne est énoncé par une autre personne. La
personne elle-même n’emploie pas son nom pour s’appeler ou s’interpeller. Lorsqu’un
homme prononce un nom, il appelle le porteur de celui-ci à l’existence, il le fait être. »
L’explication des faits naturels ou sociaux est une charge qui revient à tout
membre de la communauté qui en a maîtrisé la connaissance ou qui a maîtrisé le
fonctionnement des choses. Cette maîtrise étant acquise le plus souvent grâce à
un sens d’observation très pointu ou après être passé par l’école pratique des
maduki ‘Les anciens’ aident tout le monde (homme, femme, jeune garçon, jeune
fille) à devenir aptes à communiquer et à expliquer des phénomènes même
métaphysiques.
225
8. 2. 2. Deuxième concept métaphorique
Avant de nous étendre sur la métaphore dans le discours des Basolongo, il faut
d’abord dire en quoi elle consiste. Indépendamment de son contenu sémantique,
la métaphore est liée à deux modalités de la perception (P. Ouellet, 2000 : 16).
En tant qu’image ou figure, elle donne à voir ou à imaginer et fait appel à la vision
comme trope. Elle est « direction », « tournure », « manière d’être tournée vers »,
du verbe grec ‘va yupίotε’, qui veut dire « tourner ou détourner », transformer et
altérer selon la modalité du mouvement. La forme du mouvement qui donne à
voir, tournure qui fait figure, mode de changement qui fait apparaître un état de
choses sous différents angles.
Cela dit, la métaphore dans le discours des Basolongo est surtout perceptive ou
ontologique selon la terminologie de Lakoff et Turner (1989). A l’instar des
Baluba, des Warega et des Mongo (autant des groupes sociaux ou ethniques de
la R.D. du Congo), les Basolongo connaissent principalement la métaphore
ontologique, bien qu’ils aient aussi d’autres formes de métaphores telles que le
haut et le bas, le dehors et le dedans.
226
Les métaphores ontologiques sont aussi appelées «métaphores d’entité et de
substance », qui servent à des fins diverses (Lakoff et Turner, 1989 : 35.) Il y a
aussi les métaphores mortes que Lakoff et Jonhson (1980) ont décrites « comme
métaphores conceptuelles ou cognitives », liées aux habitudes langagières d’une
communauté des locuteurs donnés qui en font des locutions idiolectales. Mais
elles relèvent aussi des « schèmes eidétiques », plus profonds, qui concernent
les formes mêmes de l’expérience et de la motricité du sujet parlant.
227
8.3. Métonymie dans le discours des Basolongo
Dans le discours des Basolongo, on relève plusieurs cas dans lesquels les
objets, les animaux, les végétaux et les sentiments se voient attribuer des
qualités humaines et sont donc personnifiées. Cela s’illustre dans les
expressions idiomatiques et les proverbes judiciaires suivants :
• Nua wakula mfumu’andi ‘La bouche libère son chef’, ce qui signifie :
« Savoir parler tire l’homme d’affaire ».
• Disu difwidi nkókéla, bétéla ye tóló ‘L’œil qui crève le soir, coïncide
avec le sommeil’, ce qui veut dire : «Les bons esprits se rencontrent» .
Loin de dénombrer tous les faits sur les objets, animaux, végétaux et sentiments,
le langage métonymique des Basolongo nomme des réalités à partir de leurs
présentations. Cette façon de présenter les choses confère au langage métony-
mique des Basolongo une allure poétique par rapport au langage ordinaire.
8. 4. Hyperbole et euphémisme
228
principalement à la cour populaire, kinzónzi kia mfulwa mambu , que l’on utilise
ces figures qui affectent le sens des mots et des phrases. Dans son ouvrage, P.
Bacry (1992 : 16) identifie ces figures et spécialement l’hyperbole dans le récit
épique. Il reconnaît au même moment à cette figure la possibilité de déborder le
cadre de la phrase et d’affecter l’expression entière. A titre d’illustration, cela peut
se vérifier dans trois chants épiques :
1. L’hyperbole chez Tata Polo (1999) :
E nlungu ewu, ku yalala ukwendé, kuyalala, ah, ah ;
E nlungu ewu, kuyalala ukwendé, kuyalala, ah, ah
E nlungu ewu, kuyalala, e nlungu ewu, kuyalala
Traduction
Cette pirogue va couler à la côte féerique ?;
Cette pirogue va couler à la côte féerique ?;
Cette pirogue à la côte féerique ?;
On peut en interpréter le sens ainsi : « Cette pirogue va certainement couler, elle
va à vau-l’eau ».
Traduction
Le rossignol est un petit oiseau qui ne peut pas gâcher la fête (danse)
Le rossignol est un petit oiseau qui ne peut pas gâcher la fête (danse)
Traduction
229
Une bonne houe conserve la bien, utilise la bien. Une bonne houe conserve la
bien, utilise la bien (cas d’hyperbole.)
8. 5. 2. Signe et symboles
Au pays des Basolongo, il n’y a pas que la parole ou le verbe qui sert d’outil
d’échange et de communication. Les signes et les symboles jouent également ce
rôle (Lire CL. M. Faïk-Nzunji & H. Ngonga-Ke-Mbembe, 2004 : 37-105).
Examinons déjà la fig. 17 que nous reproduisons au chapitre 9. On y voit un chef
du village assis sur un tapis tandis que ses pieds sont posés sur une peau de
léopard. Il a dans sa main droite, un chasse-mouche et, sur sa tête, une toque
de léopard. Des détails recueillis sur le terrain permettent le commentaire suivant
:
230
1. Les pieds du chef du village, mfumwa vata, sont posés sur une peau d’un
léopard ou sur la peau d’un autre félin pour indiquer qu’il est au-dessus de toute
défaillance ou de toute erreur humaine. Tous les actes qu’il aura à poser au nom
des ancêtres pendant qu’il est assis sur son trône sont considérés comme justes
et irréprochables. Le léopard est un symbole de force ; le chasse-mouche est un
symbole de neutralité ; la toque sur sa tête symbolise l’autorité de référence. Le
sceptre est un symbole de son rôle de berger «garant des options diurnes et
nocturnes. »
2. Différents signes chez les Basolongo réfèrent au rôle du chef : la pipe, l’épée
ou le couteau royal (voir chapitre 9). La pipe montre que le chef entend tout, voit
tout, avale tout et filtre sa réponse à travers la fumée que cet instrument renvoie ;
le couteau ou l’épée symbolisent la justice que le chef doit rendre avec équité et
sagesse.
8. 5. 3. Clichés populaires
L’homme, yakala, est considéré comme la tête de la famille nucléaire, ntu a
vúmu. Il est l’héritier potentiel en cas de succession rituelle. Il est reconnu par le
nom qu’il porte. D’où, l’adage : nkumbu i muntu, le nom fait l’homme. Nous avons
constaté que l’homme est appelé táata (père), quel que soit son âge, ce pour
signifier qu’il est l’espoir du futur.
231
La femme, nkéento, est considérée comme l’assistante et le complément de
l’homme. Elle est aussi appelée máama ( mère), source de la progéniture. En
effet, mis à part cela, les Basolongo pensent que la femme ne doit pas assumer
certaines responsabilités politico-spirituelles et sociales comme celle de chef du
village. A cause de sa nature féminine, les Basolongo pensent que la femme est
un être faible et porteuse de souillure de par ses menstrues. Il est dès lors très
risqué de livrer tous les secrets de la société à une femme de peur qu’elle ne se
contienne pas devant l’être masculin qu’elle aime.
L’enfant, mwana, est le produit de ses parents. Devant ses parents et d’autres
aînés de la société, il est et restera, mwana, en toute circonstance et jusqu’à la
fin de sa vie. En tant qu’être incomplet et innocent, il est promis à être initié. Il
est considéré comme un adulte à partir du moment où il aura fondé son foyer.
Chez les Basolongo comme dans beaucoup d’autres groupes sociaux ou ethnies
de l’Afrique noire, les anciens ont prévu une stratigraphie du langage qui consiste
à adapter chaque discours aux enjeux, au contexte et à la finalité poursuivie.
Autrement dit, chaque discours correspond à une attente et à un intérêt selon les
circonstances. D’où la nécessité de persuader et de justifier par l’usage fréquent
de composantes didactiques du langage tels que les proverbes, les chants, les
contes, les contes-proverbes, les expressions idiomatiques. Ces composantes
discursives sont chargées d’atténuer ou d’augmenter la gravité d’une affaire.
Dans une conversation simple où il n'y a pas d’enjeux ni d’intérêts à défendre, on
utilise peu de proverbes, chants ou de contes. Par contre, devant la cour
populaire où les enjeux et les intérêts des personnes concernées sont engagés,
chaque partie cherche dans la mesure de ses moyens à convaincre soit pour
atténuer, soit pour aggraver un cas devant les observateurs.
Cela se manifeste dans les rites ou les discours sacrés tels que le káandu, le
kikumbi ‘rite d’initiation pour la jeune fille ‘ou le nsingulu, ‘malédiction’, rites dans
lesquels l’exécutant officie à l’aide de la prière, du chant, des objets et des
gestes. On identifie trois types de discours chez les Basolongo :
232
1. Le discours ayant un caractère sacré et poétique ;
3. Le troisième type est le discours simple ou discours de routine dans lequel tout
individu a la compétence de communiquer ainsi que Malasi (2001 : 197) l’évoque
dans un contexte précis. Bien entendu, au pays des Basolongo, tout individu peut
communiquer, mais sans atteindre la performance réservée aux seuls anciens et
aux initiés du verbe comme l’a si bien illustré D. Hymes (1972).
C’est pourquoi nous avons intégré dans notre corpus 27 proverbes judiciaires, 3
proverbes relatifs à 3 contes (contes-proverbes) ; 12 contes (textes littéraires),
trois chants judiciaires et 20 expressions courantes en vue d’étudier le rapport
entre tous ces éléments didactiques (voir les annexes 6 et 7).
Les contes sont numérotés et traduits en français. Bien qu’il y ait plusieurs
possibilités d’interprétation, nous avons retenu trois thèmes dominants :
1. Le thème explicatif des faits ou des origines : les contes explicatifs portent
sur les faits de la nature;
2. Le thème des valeurs sociales : les contes à valeurs sociales mettent en
exergue l’utilité de certaines coutumes telles que le respect des anciens
ou des aînés, le rapport entre membres au sein de la famille ;
233
3. Le thème des valeurs morales : les contes à valeurs morales enseignent
par exemple les valeurs d’honnêteté, de respect de l’autre, de respect des
aînés et de respect de la vie.
234
son tour la poule qui avait avalé le grain d’arachide dans lequel se cachait le fils.
Le père prit son fusil et tua le serpent. En éventrant le serpent, on retrouva la
poule et le grain dans lequel se cachait le fils qui en sortit tout fier d’avoir réussi à
se cacher de son père suite à ce jeu. Le père félicita son fils, puis l’invita à
l’accompagner à la chasse le jour suivant. Très tôt le matin, ils partirent tous les
deux, sourire aux lèvres, se faisant mutuellement et par moment des tapes
amicales au rythme de leur causerie. A quelques mètres de la forêt, le père et le
fils virent venir vers eux un buffle affaibli par l’âge. Le père tira et l’atteignit
mortellement. Comme d’ordinaire ou selon la tradition des Basolongo, le père
coupa la queue du buffle et demanda à son fils de rentrer immédiatement au
village pour annoncer la nouvelle et chercher du renfort. Le fils partit à toute
vitesse vers le village. Dès son arrivée, il trouva plusieurs personnes devant leur
maison en train de pleurer son père mort inopinément. Devant cette situation
embarrassante, il rentra vite en forêt pour vérifier si réellement son père n’y était
pas. A sa grande surprise le père était bel et bien vivant assis à côté du buffle. A
la demande du père, le fils repartit après avoir expliqué sa mésaventure au
village où l’on prétendait que le père était mort. La deuxième fois, le fils vit la
même scène et se mit à pleurer en tenant sa queue de buffle en mains. Quelque
temps plus tard, il se décida à retourner en forêt pour expliquer à son père
l’incohérence absolue des événements. Comme il se faisait tard, le père accepta
d’accompagner son fils pour chercher du renfort au village. A leur arrivée, ils
s’aperçurent que tout le monde vaquait à ses taches de routine. L’enfant se mit à
genoux et implora le pardon de son père. Le pardon fut accepté. Le fils comprit la
leçon. Depuis, le fils ne joua plus avec son père. Moralité : le bon sens et
l’expérience des aînés sont des références pour les cadets.
235
B. « On acquiert toujours la sagesse par soi-même ».
Un jour, le vieux Ndatasangu épousa une jeune fille, nommée Mansanga. Très
mécontente, la mère de la jeune fille n’avait pas donné son blanc-seing pour
cette union. Elle s’arrangea pour prodiguer des conseils malsains en vue de
démolir cette union qu’elle n’avait point désiré, alors même que le père de la
jeune fille n’y trouvait rien d’anormal.
Le premier jour et une fois dans son toit conjugal, Mansanga appliqua sa
première leçon. Elle mit trois bonnes louches de sel dans la nourriture. De retour
de la forêt d’où il a ramené un gros gibier, Ndatansangu va droit à table pour
goutter la surprise que sa femme lui avait préparée. Dès la première cuillère, il
constate que la nourriture a été scandaleusement salée. Au lieu de gronder sa
femme, au contraire, il choisit de féliciter le discret talent de sa jeune femme à qui
il promit d’acheter un pagne à la fin du mois. Il ajoute en disant «Je suis
parfaitement content de t’avoir comme femme, car il y a de cela belle lurette que
je me suis fait une purge. » Le lendemain matin, la nouvelle mariée courut vite
consulter sa maman pour qu’il lui conseille un autre truc beaucoup plus
intéressant que le premier, ce qu’elle fit, puis la jeune épouse rentra pleine
d’assurance chez son mari. Le jour suivant, Mansanga prépara du gibier. Elle mit
trois louches de piments, dans l’espoir d’être directement répudiée. Comme à
l’accoutumée et de retour de la forêt, le vieux Mansanga se mit aussitôt à table.
Dès sa première cuillère, il se mit à tousser, tousser, tousser tandis que ses yeux
rougis étaient remplis de larmes. Puis, il demanda de l’eau à boire. A la fin de
son repas, il appela sa femme et la félicita d’avoir pensé à lui, car pour lui, dit-il, «
Le piment est un grand remède contre la vieillesse. » Il promit de lui acheter trois
pagnes comme cadeau pour la récompenser de sa trouvaille.
La deuxième semaine, Mansanga alla de nouveau voir sa mère pour trouver des
trucs plus efficaces que les deux premiers. Cette fois là, la mère vida toutes ses
connaissances en matière de démolition conjugale. Mansanga rentra joyeuse et
pleine d’assurance à la maison. Dimanche matin, son époux sortit pour se
236
promener et elle profita de son absence pour nettoyer toute la maison. Au terme
de son nettoyage, elle enduit de l’huile de palme partout : sur le parquet, au
salon, sur les portes et les fenêtres, sur le lit, sur la table et sur chaque chaise, y
compris sur le fauteuil de son vieil époux. Au coucher du soleil, le vieux
Ndatansangu de blanc vêtu revint chez lui, le visage radieux. Dès son entrée au
salon, il glissa et tomba. En voulant se relever, il tomba de nouveau tandis que
ses habits étaient bien trempés dans l’huile. Il se releva avec l’aide de son
épouse et alla s’asseoir sur une chaise alors qu’il nageait toujours dans l’huile de
palme. Entré dans la chambre à coucher en vue de changer ses habits, il trouva
la situation pareille. Enfin de compte, il appela sa femme pour lui manifester sa
satisfaction et sa gratitude pour lui avoir fait faire des exercices physiques qu’il
n’avait plus faits depuis son jeune âge. En entendant ces mots, la jeune femme
fut étonnée devant la grande sagesse du vieil homme. Elle n’ajouta plus rien et
resta mariée avec le vieil homme jusqu’à sa mort.
Commentaire :
8. 7. 2. Exemples de contes
237
maître chat au point que même les plus jeunes rats furent informés de sa
méchanceté.
Cette idée fut agréée et applaudie par tous. Pendant que tout le monde se
congratulait, un jeune rat demanda la parole à la grande surprise de tout le
monde, étant donné qu’ils avaient déjà la meilleure solution. Le petit rat prit
timidement la parole et déclara : «Mes anciens, si vous le permettez, l’idée que
vous venez de présenter est bonne, mais il reste à savoir qui va attacher la
cloche au cou du chat. Après avoir écouté le petit rat, ils commencèrent à se
disputer. Certains avancèrent que cette tâche revenait au porte-parole ou au chef
du village. Ce dernier refusa d’assumer cette responsabilité et dit : «Bande
d’impolis, je suis le plus haut gradé du village. Cette tâche doit être confiée à l’un
parmi vous ou à un plus jeune. »
238
En fin de compte, ils se séparèrent en queue de poisson. Comme personne
n’accepta de prendre le risque de mettre sa vie en danger, le problème du chat
resta une solution individuelle. En cas de force majeure, ce sera le sauve-qui-
peut.
Autrefois, vivait dans un village, un mfumu ‘chef’ très connu et très respecté de
tous. Avec le temps, sa femme conçut et eut une jolie fille. La beauté de cette
petite fut telle qu’elle inspira plus d’un admirateur. Elle ne contenta pas d’être
seulement très attirante et eut une solide formation scolaire et une bonne base
d’éducation familiale qui la préparaient au rôle d’épouse d’un chef de village
conformément au vœu de ses parents.
Quand elle fut en âge nubile, plusieurs candidats se présentèrent auprès de ses
parents. Parmi ceux-ci, il y avait cinq chefs et de nombreuses riches
personnalités. Mais le choix des parents fut clair : le mari de leur fille devait être
un chef ni plus ni moins. La seule difficulté dans tout cela fut que leur unique fille
se retrouvait face à cinq chefs. Ne pas satisfaire à la demande de l’un d’eux
équivalait visiblement à se créer des ennuis. Pour s’en sortir, les parents firent
venir un des plus célèbres nganga ‘devin’ de la contrée et lui exposèrent le
problème afin qu’ils les aident à trouver une solution. Le devin leur dit qu’il avait
une solution et ils se mirent d’accord sur les formalités. Le devin leur demanda
de trouver : une poule, une truie, une guenon et une chienne. Si tôt dit, si tôt fait.
Les parents ont satisfait à toutes les exigences du nganga. Comme la date de
mariage approchait, le devin fit le plus vite qu’il pouvait. Il prit la belote, la poule,
la truie, la guenon et la chienne et les enferma dans une maison pendant vingt-
quatre heures. Le lendemain, le devin ouvrit la porte de la chambre. Cinq jeunes
filles toutes semblables en sortirent au point que les parents eurent des difficultés
à reconnaître leur propre fille.
239
Les parents inquiets demandèrent au devin de leur dire comment ils devaient
faire pour reconnaître leur fille. Le devin leur pria de patienter pendant un an. Il
leur dit ceci : Après le mariage des cinq filles, vous irez rendre visite à chacune
d’elles et alors vous reconnaîtrez votre fille par le comportement qu’elle affichera
auprès de son mari. Après avoir dit cela, le devin prit congé de parents. Les filles
se marièrent toutes, chacune à sa date et avec un chef conformément au vœu
des parents. Un an passé, les parents se décidèrent à rendre visite aux cinq
filles.
Ils se présentèrent chez le premier époux et furent bien accueillis. Une fois à
table, le père se permit de poser à son gendre la question suivante : « Comment
allez-vous dans votre vie du couple ? » Le gendre répondit que tout allait bien
sauf que chaque fois qu’ils sont à table seuls ou avec des visiteurs, sa femme
s’assied à même le sol et se met à dévorer les os comme une chienne. Il supplia
les deux parents pour qu’ils donnent des conseils à leur fille, ce qu’ils firent
volontiers tout en ayant compris aussi que la jeune épouse n’était pas leur fille,
mais plutôt la chienne. Puis ils prirent congé de leur gendre.
La deuxième semaine ils partirent chez le deuxième gendre. Ils furent très bien
accueillis. Après les astuces protocolaires dignes de leur rang et à l’heure du
repas, le père posa la même question à son gendre. Ce dernier lui répondit que
tout allait très bien et cependant ajouta : « Ma femme, dit-il, est formidable sauf
qu’elle fait ses besoins au lit et, des fois, dans tous les coins du palais comme
une poule. Alors, comme vous êtes de passage, je vous prie de lui prodiguer des
conseils parce que cela ne m’honore pas. » Les parents exécutèrent la volonté
de leur gendre, mais comprirent également que celle-là n’était pas leur fille,
c’était plutôt la poule.
Le jour suivant, ils prirent congé de leur gendre et partirent chez le troisième
gendre. Ils y furent accueillis avec beaucoup d’attention ainsi que chez les autres
gendres. Comme d’habitude, le père de la fille demanda des nouvelles du couple
à l’heure du repas. Le gendre décrit sa femme comme étant parfaite, sauf qu’elle
fait beaucoup de grimaces à table, qu’elle se roule par terre et ne se calme
240
quand il lui présente une banane comme si elle était une guenon. Comme l’ont
fait les autres gendres, il pressa ses beaux-parents de bien conseiller leur fille.
Les parents firent ce que le gendre leur demandait et comprirent qu’il ne
s’agissait pas de leur fille, mais de la guenon.
Une semaine après, ils prirent congé de leur quatrième gendre et allèrent chez le
cinquième. En même temps la tension montait en eux car ils se demandaient s’ils
allaient revoir leur fille, si elle n’était pas transformée en un animal, comment,
dans cette éventualité, ils allaient faire pour la reconnaître et, enfin, si le nganga
allait être capable de leur rendre le vrai visage de leur fille.
Soudain, le père dit à son épouse de se calmer car ils allaient tout savoir très
bientôt. A leur arrivée chez l’ultime gendre, ils furent triomphalement accueillis,
puis le gendre les amena à salle à manger pour le dîner. Le père, voulant vite se
rassurer, posa sa question de routine à son gendre. Ce dernier lui répondit que
tout allait merveilleusement bien et que lui et sa femme souhaitaient les voir vivre
avec eux dans le palais. Cela ferait un grand plaisir à leur fille et à lui-même. Les
parents acceptèrent l’offre jusqu’à la fin de leurs jours.
241
8. 8. Genres littéraires illustrés dans le discours du káandu
D’après N. Malasi, (2000 : 200), les concepts culturels sont à comprendre dans le
contexte socio-économique qui les produit. Ainsi la transmission de la littérature
et l’éducation chez les Basolongo s’inscrivent principalement dans le cadre des
institutions initiatiques telles que le kinzónzi, la palabre ; le bigógólo ‘causerie
populaire’, le bifúka ‘causerie en famille’, le káandu ‘rite de l’interdit’ et le kikumbi
‘rite d’initiation à la vie pour les jeunes filles’ ou encore le nzéngolwa a zútu ‘la
circoncision’.
242
mvóvó a mbi ‘la mauvaise parole’ frustre, rend malade, trouble et tue comme
l’avait du reste bien étudié C.Griaule (1965).
On distingue deux genres littéraires chez les Basolongo : les genres majeurs et
les genres mineurs. Les genres majeurs sont complexes, développés, constitués
par des récits cycliques et des épopées. Quant aux genres mineurs, ils sont
constitués par toutes sortes de récits (contes, narrations diverses) ainsi que par
tous les textes courts à caractère poétique. Nous avions déjà signalé que les
proverbes, les chants et les expressions courantes jouent un rôle important dans
la réparation du káandu.
8. 9. Conclusion partielle
Le káandu en tant que discours sacré engendre d’autres types de discours dans
sa réparation à la cour populaire. Ces différents discours méritent d’être étudiés
en tant qu’ils apportent quelque chose à l’argumentation et aux figures du style.
Les trois concepts métaphoriques mis en exergue plus haut montrent que, chez
les Basolongo, être initié à l’art du verbe confère un statut social très précieux qui
ouvre plusieurs horizons à qui recherche un épanouissement dans la vie sociale.
Les différents types de discours pratiqués par les Basolongo à la cour populaire
montrent à suffisance que les Basolongo sont très profonds dans leur manière de
dire et de faire les choses. A partir de leur langue, le kisolongo, les initiés du
verbe utilisent un style codé que seules les personnes averties peuvent
comprendre.
243
Chapitre 9
Réparation du káandu au pays des Basolongo
9. 1. Introduction
Ce chapitre se charge de présenter en détail le rite de la réparation du káandu
chez les Basolongo à travers deux voies couramment utilisées, à savoir le lámba
káandu ‘la réparation par la voie rituelle ou la cuisson du serment incantatoire’ et
la réparation par la voie de la cour populaire, le kinzónzi kia mfulwa mambu
‘palabre d’affaires’.
Ce chapitre traitera des membres et de leur rôle, des critères de leur choix, de
l’intronisation du chef du village, mfumwa vata, et de la preuve de l’autorité, sínsu
kia kimfumu.
Les trois cas sélectionnés à titre illustratif éclairent sur la procédure devant la
cour populaire, qui, répétons-le, est un tribunal coutumier. De ce fait, nous
interprétons les faits selon les verdicts y afférents.
39
Au sujet des affaires pendantes sur le káandu, nous avons eu, lors de nos recherches sur le
terrain en 2003, la possibilité de filmer une affaire dans ses deux voies de réparation,
notamment : le lámba káandu et la cour populaire (voir Dvd, Lembe 2003.)
244
Précisons que le contenu du terme tribunal employé dans ce texte n’a pas à être
assimilé à la réalité d’un tribunal moderne. Dans ce contexte, la réalité de ce mot
couvre le simple fait que les Basolongo se présentent chez le mfumwa vata ‘chef
du village’ pour exposer un conflit social et que ce dernier réunit ses
collaborateurs dont le kapita, son assistant et les maduki ‘les anciens’ pour en
débattre. Ils constituent un comité populaire et jouent le rôle d’une autorité
judiciaire informelle.
Le nlémvo est en quelque sorte la clef qui dénoue le nœud tissé par la parole
(verbe) le jour du vœu d’imprécation. Les anciens Basolongo ont prévu un moyen
de réparation du káandu par l’utilisation de la bonne parole qui sortira de la
bouche de l’exécutant (mfumwa kanda), des gestes précis et des objets
nécessaires (ngálu, malulu, sangavala ou sangavela, ngázi, lémba-lémba,
245
nsámba, zúngu-zúngu kia túuma, kyumbu et makazu) pour restaurer la paix, la
concorde et l’ordre social perdus.
Leur rituel n’est pas très éloigné de celui pratiqué par les Baluba (nationalité
ethnique de la R.D. du Congo). N. S. Kabuta (2001) retrouve chez ce peuple ce
qu’il appelle « la symbolique du verre d’eau. » En effet, quand un mfumwa kanda,
un chef de famille tel qu’un oncle ou un père se fâche contre un fils, une fille, un
neveu ou une nièce et qu’il profère des paroles d’imprécations sous l'effet de la
colère, il est obligé de boire un verre d’eau en signe de précaution pour la
réparation future, avant de quitter le domicile de celui qu’il vient de maudire.
Ainsi, le jour où les membres de la famille en conflit décideront de se réconcilier,
la première question qui sera posée est celle de savoir si le père ou l'oncle avait
pris la précaution de boire le verre d'eau symbolique avant de quitter le domicile
du fils ou du neveu.
40
Malulu ou nlúlú: nom vernaculaire chez les Bakongo en général
41
Lémba-lémba, brillantai-portula (nom scientifique)
42
Sangavéla, cymbopogon-densiflous (nom scientifique)
246
déposer dans la zúngu-zúngu, la petite marmite en argile. Ceci fait, une fumée se
dégagera de la petite marmite ; la noix sera automatiquement cuite par le liquide
du plomb surchauffé. Ensuite, il introduira dans la même petite marmite les
plantes médicinales malulu et lémba-lémba avant de broyer à laide de ses dents
le sangavela et de cracher par trois fois la mixture sur le visage du contrevenant.
Ensuite, il fera claquer ses mains et ses pieds trois fois à l’aide du sangavela,
plante réputée efficace pour chasser les esprits malfaisants tout en répétant sans
cesse la formule rituelle suivante :
« Moi x fils de o et de p, chef de famille de la lignée ou tribu y, vous implore, vous mes
ancêtres qui m’avez légué la responsabilité familiale, Eee tata Nzambi a Mpungu, Dieu
tout puissant, et toi Manuele mwana muntu, Emmanuel fils de l’homme, venez tous
m’assister. Car les jours passés, j’ai fait un vœu interdisant à tous les membres de la
famille de prendre une épouse dans la lignée ou tribu z, sous peine de se voir infliger
une maladie incurable ou de mourir, ce au nom des difficultés que nous avons connues
avec cette tribu par le passé. Malheureusement, parmi nos enfants, un a enfreint cet
interdit sans le savoir ; c’est pourquoi je vous prie de m’écouter devant mes semblables,
ses parents, qui me sont témoins, et de délier par ce rituel le vœu que j’ai fait. Par ce
sangavela, je chasse tout malheur lié à cette affaire. »
Ceci étant dit, l’interdit est levé. Les deux luvila ‘clans’ peuvent se marier à
nouveau et assister ensemble aux cérémonies de routine telles que la cérémonie
mortuaire, mambu ma lufwa, le rite de kikumbi, les anniversaires, les fêtes, etc.
En fin de compte, le mfumwa kanda se présentera nu tard dans la nuit au
cimetière, auprès de l’ancêtre qui l’avait intronisé mfumu, pour terminer le rituel
avec les ancêtres invisibles afin d’éviter que les conséquences du káandu ne le
frappent personnellement comme par un effet de retour. Il présentera des
excuses au nom de toute la famille, en étant dans la posture de qui la tête en bas
et les pieds en l’air. Puis, il prendra la calebasse de vin de palme et en répandra
le contenu aux quatre coins de la tombe. Ensuite, il brisera la calebasse en
miettes et quittera le cimetière en marchant à reculons jusqu’à la croisée des
chemins. Ainsi, il pourra par la suite rentrer normalement en courant vers sa
maison où une fois arrivé, il pourra se rehabiller (synthèse d’entretien avec tata
Polo, 2001.)
247
9. 2. 3. Réparation du káandu quand son initiateur n’est plus en vie
Si l’initiateur de l’interdit est déjà mort, le nouveau chef de famille, mfumwa
kanda, ou le nganga káandu, prêtre de l’interdit, sera obligé de se présenter au
cimetière accompagné du contrevenant et de la famille de ce dernier. Une fois
que tous sont devant la tombe, nkála, il exigera un silence total. Il versera des
gouttes de vin de palme à chaque coin de la tombe. Ensuite, il se mettra à faire le
rite de lámba káandu, préparation de l’interdit, à la droite de la tombe du nkulu,
ancêtre.
Après ce rituel qui est quasi semblable au premier évoqué plus haut, il
demandera au contrevenant et à sa suite de quitter le lieu en marchant à
reculons jusqu’à la croisée des chemins. Quand ils se tourneront en direction du
village, nul n’est plus autorisé à se tourner vers le cimetière. Le mfumwa kanda
ou le nganga káandu fera pareil à son tour jusqu’à la croisée des chemins. Il
courra aussi sans regarder derrière jusqu’à son domicile.
Il broiera le sangavela avec ses dents et crachera trois fois la mixture sur le
visage du contrevenant. Ensuite, il claquera de ses mains et de ses pieds avec le
restant du sangavela et ordonnera au coupable de repartir en marchant à
reculons. Les autres le suivront quelques minutes plus tard (synthèse d’entretien
avec tata Polo, 2001.)
248
Commentaire :
249
son intégrité et pour sa bravoure. Il est aussi descendant d’une famille des
mfumu ‘chefs’ et a pu faire preuve de ses qualités de bon stratège, d’expert en
sagesse et en discours littéraire (proverbes, chants, contes et paraboles). Il est
généralement réputé par sa maîtrise de l’art de la sorcellerie. A défaut de cette
qualité indispensable, il est initié au métier de sorcier par le chef du clan paternel
ou maternel ou, en cas de besoin, par une tierce personne de sa famille selon
que le système de la structure familiale est patrilinéaire ou matrilinéaire.
250
251
9. 3. 2. 2. Ndingisi ou juge traditionnel
Le juge traditionnel est normalement chez les Basolongo le chef du village lui-
même. Cependant, dans certains villages d’autres Bakongo, il est choisi par le
chef de secteur, un notable moderne, à l’instar du chef de groupement. C’est un
homme bien connu dans le village pour son éloquence dans les palabres et pour
son savoir-faire. Il doit avoir été un ancien mpovi ‘défenseur traditionnel’ et être
resté un homme respectueux et intègre.
Les maduki sont des personnes qui ont au minimum 65 ans et qui ont une bonne
expérience de la vie. On les associe à la cour populaire comme membres du jury.
Ces anciens ont une réputation telle que leurs avis sont contraignants et
imposables à tous. Ils sont choisis pour leur savoir-faire et leur expérience dans
l’art de la parole. Seuls les meilleurs dans cet art du verbe (parole) et de
descendance royale sont choisis à la cour populaire par le chef du village. Les
maduki ne sont pas les bakulu, ancêtres, qui, eux, ont un statut supérieur que
l'on obtient après la mort.
252
9. 3. 2. 5. Mpovi ‘défenseur traditionnel’
9. 4. Critères de choix
Le mfumwa vata, chef du village, est élu par l’assemblée sur les critères ci-
après :
• Appartenir à une lignée princière ou royale selon le luvila, nom du
clan ;
• Avoir une conduite irréprochable ;
• Etre marié et bon père de famille ;
• Jouir d’une réputation d’homme honnête et respectueux envers les
anciens, maduki ;
• Etre l’aîné de sa famille. Mais cette condition n’est pas contraignante ;
• Avoir une maîtrise de la parole ;
• Avoir l’aval des ancêtres morts, les bakulu, grâce à un rituel dont seuls
les maduki, les anciens, maîtrisent le secret.
Le critère le plus important est celui qui impose au candidat d’être un « sorcier »,
mais heureusement ce critère est facultatif. Cependant si le candidat choisi n’est
pas un sorcier, il lui est recommandé de le devenir via la filière de l’initiation car
la maîtrise de cet art est indispensable pour assurer la gestion politico-sociale du
village.
Le dingisi n’est pas le chef du village lui-même et est choisi pour son expérience
dans les palabres par le conseil du village sous réserve de l’approbation du chef
de secteur. Il est généralement un ancien mpovi, défenseur traditionnel et doit
avoir un certain âge. Il est le porte-parole du mfumwa vata pour qui il joue le rôle
253
de juge et de procureur traditionnel. Dans le cas où le village n’a pas un dingisi,
le chef du village, mfumwa vata assume les fonctions de juge et de procureur.
Les maduki, anciens, sont cooptés à la cour en tenant compte de leur âge
avancé. Ils doivent avoir un profil admirable en matière de palabres, être parmi
les grands éducateurs de la masse et de la jeunesse. Par ailleurs, être sorcier est
un plus qui leur permet de résoudre les problèmes ayant trait au sacré du verbe.
Pour avoir évolué longtemps dans la tradition, le diduki musolongo est celui qui
maîtrise les us et coutumes du groupe social, les règles populaires et ses
sanctions. Il est considéré comme un érudit et un sage.
Par ailleurs, pour tous les villageois, il y a une étape unique et publique. C’est
celle du jour, qui, en réalité est une deuxième pour les anciens. Pendant
l’intronisation, le futur chef se met à genoux devant le doyen des anciens en âge,
maduki, juste après les élections, de préférence à la levée du jour, sur le lieu de
palabres, fulu kia mambu.
254
Le doyen répandra quelques gouttes de vin de palme sur le sol, de gauche à
droite tout en déclamant le nom de son Luvila et en faisant des gestes précis. Il
tient à la main le couteau royal traditionnel, appelé mbéele a luyalu ‘couteau de
l’autorité’ qu’il posera verticalement sur chaque épaule du nouvel élu. A la fin du
rite, le doyen aidera le nouveau chef à se relever, sous les acclamations du
public présent.
Ensuite le doyen des anciens qui est en même temps membre du conseil du
village remettra au chef ce couteau royal et une peau de léopard qui servira de
tapis. En d’autres termes, le spirituel précède le matériel ou encore l’invisible
précède le visible [Lire Diengienda Kuntima (1984)].
Nous n’avons pu vérifier ces informations et nous sommes fiés à la bonne foi de
l’informateur, seul maître de la situation. En effet, bien que nous ayons souhaité
procédé à cette vérification, nos chances d’assister à une telle cérémonie étaient
minimes car l’admission de la présence d’un étranger fait l’objet d’une discussion
houleuse entre anciens avec la certitude de voir la proposition rejetée.
255
Fig. 18 Cette photo montre la peau du léopard (signe d’un mfumu, du chef)
256
Fig. 19. Autres instruments symbolisant l’autorité.
257
Fig. 20. cette photo montre un tableau d’une cour populaire sur lequel on reconnaît un mfumwa
vata, chef du village’ et deux femmes en pleine comparution
258
9. 7. Extraits des verdicts des audiences
Les audiences étant très longues, nous avons préféré reprendre uniquement
l’exposé des faits et le verdict. L’intégralité du texte (via interview selon
l’informateur, le lieu et l’année) étant repris dans les annexes.
Agnès Sukama sortait avec François Nsanda depuis son jeune âge et a failli se
marier avec lui, mais les circonstances ne l’avaient pas permis. C'est ainsi qu'elle
a fini par épouser Philippe Ngoma qui a quasi l'âge de son père et avec qui elle a
trois enfants.
Philippe Ngoma a été averti de ce forfait par un groupe de jeunes garçons qui
avaient surpris sa femme et son amant en flagrant délit dans la forêt Kinlémbo.
L’un des jeunes lui a remis la chemise et les babouches que François, l’amant,
avait abandonnées lors de sa fuite. Ces objets constituent pour Philippe des
pièces à conviction irréfutables. Le soir même, la victime se rend chez le kapita
Ndombi Pierre, pour porter plainte, en s’acquittant du paiement une pièce de
monnaie appelée ‘ npáta’ selon la tradition des Basolongo.
259
Le kapita va voir à son tour le chef du village Nguka Valentin, qui ordonne le
lukózí ‘alerte générale’ dans le village et qui réunit le conseil du village. Il
précisera l'heure et le jour du conseil, le lieu étant connu de tous. Enfin de
compte, la cour a reconnu François Nsanda coupable des faits qui lui sont
reprochés, ce à la grande satisfaction de la victime.
9. 7. 3. Verdict
Tata Falasua Nsanda : Tuka wunu kwima o fita mile tanu kia zaïres, ngulu zole
kwa tata Filipi, dimeme ye mbamba zole za nsamba kwa tata ye ngudi andi
mama Gnesi mu diambu dia nlele ansoni ubavuatisi.
François Nsanda, tu as perdu le procès pour avoir couché avec une femme
mariée. Il suit qu’en ce jour, le tribunal te condamne à la victime Philippe au
paiement d’une amende en espèces de cinq mille Zaïres et en nature de deux
porcs et à une autre amende en nature d’un mouton et deux dames-jeannes de
260
vin de palme au profit des parents de la jeune femme pour avoir terni la
réputation de leur famille. A dater d’aujourd’hui, nos hommes vont te surveiller.
Tu ne peux plus passer par le domicile du couple. Si vous vous croisez en
chemin, tu dois te cacher pour les laisser passer (l’homme ou la femme) sans
piper un mot. Pour le bic du chef, tu paieras 1000 Zaïres et une dame-jeanne de
vin de palme.
Agnès Sukama, pour avoir terni l’image de ton mari et de ta famille, tu rentres
chez tes parents pour recevoir une rééducation à la vie conjugale et ce, pendant
trois mois car, comme le dit le proverbe, la peau de l’antilope est trop petite et ne
permet pas à deux conquérants de s’y abriter. »
Philippe Ngoma, sachez qu’une femme est un être faible qui a des besoins
physiologiques. Pour ce faire, le tribunal te demande de suivre un traitement
adéquat pendant les trois mois de rééducation de votre femme auprès de ses
parents. Par ailleurs, si cela n’est pas réparable dans ce délai, arrangez-vous
pour trouver quelqu’un dans la famille qui vous prêtera main forte à ce sujet.
Vous gagnez le procès, mais vous payerez 250 Zaïres pour les frais
d’administration ainsi qu’une dame-jeanne de vin de palme.
261
9. 8. Audience sur un cas de sorcellerie
Il s’agit du cas nkánwa nkwasa ‘affaire à claquement des mains’ qui se juge le 3
avril 1969 à Vungu dans la commune de Moanda.
Comme il est bien connu que, dans ce genre de problèmes, les issues sont
limitées, alors le Mfumwa vata invite, en accord avec les membres du conseil du
village, un nganga nzimbu ‘le devin à grain rouge’ du village Longwa et auquel on
a collé le sobriquet de « Sukisa ». Le grain rouge, on le place dans l’œil de tout
suspect potentiel..
Signalons tout de même en passant que les familles plaignantes avaient d’abord
contacté le tribunal de secteur à Malele qui relève de l’administration publique.
Mais ce tribunal leur a recommandé de déposer leur plainte auprès du chef du
village. On leur a indiqué que ce n’est qu’au cas où aucune solution n’est trouvée
au niveau du village qu’ils pourront saisir le tribunal du secteur et même le
tribunal du territoire à Moanda dans l’hypothèse où le tribunal de secteur n’a pu
trancher l’affaire. Ainsi de suite jusqu’à la cour suprême de Boma, juridiction de
compétence nationale.
Notons que, chez les Basolongo, une affaire concernant la sorcellerie en général
est une longue procédure qui ne finit que lorsqu’on a des preuves palpables, en
faisant intervenir un devin à grain rouge le nganga a nzimbu ou le nganga
nkása comme chez les Bavili par exemple. Le nganga nzimbu n'intervient qu'en
cas de manque de coopération de la part de l'accusé ou du suspect.
262
Pendant que les trois familles se sont présentées à Boma, une autre famille, dont
l'enfant avait le même problème, a consulté un médecin qui n'avait rien trouvé de
particulier du point de vue physiologique. En rentrant au village, la famille a
appris qu'il y avait d'autres familles qui ont fait fuir leurs fils loin du village et que
le phénomène avait disparu. Mais comme beaucoup de familles n'acceptaient
pas cette solution, alors elles se sont constituées parties civiles avec les trois
familles plaignantes.
9. 8. 2. Verdict
Le juge : Kua yeno batata Politu, Lafaelo ye mama Nkutshi o wunu kiaki lu veno
te mbazi muna nsuuka, lukatula ekimbevo kieno kua yana makala
awonsono bena ku vata diadi vo luzolele lwa kala moyo;
Nzo zeno zi fwete bolomonwa ye vikwa ;
Mbázi yeno detatu ke lulendi diaka vuanda divata die Vungu ko ;
Vo lufuidi, ke lulendi mpe zikwa mu mazumbwa meto ko ;
Casier tatu za biele, casier tatu malavu ma nzénzé, mbáamba sambanu za
nsámba ;
Mille Zaïres muna muntu, lapi mfumu. O wunu lufita zo.
Makangamene vava n’toto, makangamene kuzulu mpe. Inokeke ikiele e e.
263
Traduction libre :
Avant que les membres du conseil ne se lèvent, Nkenge Georges, qui parle au
nom de ses clients, négocie et obtient une semaine comme le délai de
l’expulsion, cela pour donner à ses clients le temps de réunir les exigences du
tribunal, à savoir le retrait de la maladie, les boissons et les frais d’écriture. Mais,
au nom de ses clients, il ne remet pas en cause le principe de l’expulsion pour
que tout revienne à la normale. Deux jours plus tard, tous les jeunes garçons
n'urinaient plus du sang. Les demeures de coupables furent détruites et brûlées
après leur départ.
264
dans la région car les premiers jugements datent de 1931. L’affaire n’avait
jamais été tranchée à la satisfaction des parties. Il était donc indispensable d’y
mettre un terme. Cinq lignées d’un même clan se disputaient un terrain et les
jugements antérieurs rendus par le tribunal de secteur n’avaient pas été
adéquats, les chefs et les chefs adjoints de secteurs s’étant révélés membres de
l’une ou de l’autre lignée. Il y avait donc conflit d’intérêt.
Le jugement fait appel à toutes les traditions après un examen scrupuleux des
lignées et des clans et une connaissance approfondie du terrain, des coutumes
et de la procédure en matière d’affaires foncières. Il fait aussi appel à des
proverbes judiciaires. Il fut accepté par les parties en cause.
9. 8. 3. 2. Verdict
Préambule
265
Plus haut depuis l’étang situé au bord de la route casserole, la limite
passe par le poteau de la ligne téléphonique jusqu’à l’arbre « ndimbu »,
jusqu’à l’arbre « kigeti » ; traverser le sentier jusqu’au palmier, puis un
autre palmier ; passer derrière la maison Kimbangala David jusque sur
la route de Boko à l’endroit où un stick séché a été planté.
L’emplacement occupé par Mposa Thomas et ses autres frères
appartient à Mpolo. Mposa possède la maison et les arbres déjà
plantés par lui ; il ne pourra plus planter d’autres arbres, il doit
continuer à travailler sur le terrain qui vient de lui être attribué et ne
peut plus enterrer de nouveaux morts sur cet emplacement.
« Condamne Ndombi Louis à huit cents francs de D.I. à payer à Mposa, délai un
jour ou dix jours de C.P.C. »
«Condamne Ndombi Louis, Mposa Thomas et Kimbangala David aux frais, soit :
Ndombi Louis deux mille huit cent soixante-cinq francs, délai un jour ou quinze
jours de C.P.C. ; Mposa Thomas et Kimbangala David deux mille sept cent dix
francs, délai quinze jours de C.P.C. ; Mposa Thomas paie dix pour cent de
dépens sur huit cents francs, soit quatre–vingts francs. »
Attendu que lui, Mayabu, déclare que Mposa Thomas est étranger ; qu’il conteste
l’existence, au sein du clan Ntumba-Mvemba de Boko, d’une lignée dite «
Nambu-Mpansu » dont Mposa se prétend le représentant ; qu’il nie par-là tout
droit de Mposa ou de cette lignée sur le patrimoine foncier du clan Ntumba-
Mvemba.
266
Attendu que le tribunal s’est réuni à Boko pendant quinze jours d’audience (6 –10
septembre, 5-10, 12-15 et 20 octobre), que les parties et tous les témoins utiles
ont été entendus, que le tribunal, en présence de ceux-ci, a procédé à un
examen approfondi des lieux, en a dressé un plan, a consulté les pièces
aériennes, s’est enquis de tous les litiges antérieurs, a tenu compte des dossiers
de l’ancienne chefferie et de l’ancien secteur de Boko, en un mot, n’a négligé
aucun des éléments qui pouvaient éclairer son opinion sur cette question fort
embrouillée.
Attendu que le litige clanique remonte aux environs de 1923-1925 ; que le litige
foncier fut pour la première fois porté devant les tribunaux en 1931 et qu’il donna
lieu aux jugements suivants devant le tribunal du territoire :
Jugement n° 256 du 23 avril 1933 des juges Lekeux, Lenga, Sita, Lela Mawawa,
Pembele, Kunsendi, avec expertise des chefs Sita et Kunsende.
Jugement n°177 du 2 octobre 1946 des juges Maillet, Batu et Sita, avec expertise
des juges Batu et Sita.
Attendu que, d’une part, lors de ces instances successives le problème clanique
ne fut jamais examiné à fond en préalable ; que d’autre part, le problème foncier
fut résolu par des décisions qui parlent de « terrain litigieux », de « remise
partielle », de «partage à opérer par les juges », mais que ces décisions ne
précisent pas quelles étaient les limites du terrain litigieux et quels furent pour
chaque jugement les signes matériels qui concrétisèrent le partage de ce terrain
litigieux.
267
Attendu que dans ces conditions le litige ne pouvait que rebondir et que les
parties se sont retrouvées en 1957 devant le tribunal de secteur de Ngufu.
Mesures Transitoires
Attendu que des arbres plantés par Matula Samuel et se trouvent derrière la
maison de Mposa Thomas sont compris dans le terrain qui revient à ce dernier ;
que les intéressés ont refusé d’en fixer le prix de rachat pour une cession à la
branche de Mposa ; que le tribunal n’estime pas opportun de prendre une
décision d’autorité qui n’a pas de chance de rencontrer l’assentiment des
parties ; Qu’il y a lieu de les inviter à se mettre d’accord ;
Attendu que la coutume permet à ceux qui ont défriché, incinéré ou planté de
bonne foi dans un terrain reconnu ensuite à autrui, de le récolter sans entraves ni
redevances quelconques, sous réserve de ne plus y cultiver ensuite sans la
permission du propriétaire.
268
mputa vo ibelokele baniansi bafuidi nsoni.
« Lorsqu’une plaie est guérie, les mouches deviennent honteuses et s’en vont.)
Sens : Lorsqu’un différend est complètement vidé, les parties ne peuvent plus y
revenir.
269
Sens : Les parties ont eu tort de ne pas faire triompher en justice leur droit et de
ne rien dire antérieurement.
Confirme le jugement a quo en ce qui concerne les D.I. de huit cents francs
payés par Ndombi Louis à Mposa Thomas et l’attribution des frais à moitié aux
deux parties ;
Dit que les juges Buaka André, Mubela Alphonse, Nsonsa Sébastien et Mingalu
Isaac doivent rembourser chacun cinq cents francs aux parties sur la somme de
trois mille trois cent soixante francs touchée par chacun d’eux pour indemnité aux
experts lors du jugement a quo ;
270
Dit que la lignée Nambu Mpansu sera considérée comme une lignée …… la
quatrième lignée, du clan Ntumba Mvemba de Boko et ayant des droits sur une
partie du patrimoine foncier de ce clan. L’appartenance à cette lignée des
membres de la branche dite « Ntudi Kyalungu ou Mbwetete » dont déclarent
relever notamment Mposa Thomas et sa parenté est confirmée.
Déclare Mposa Thomas et la branche dite Ntudi Kyalungu ou Mbanza
propriétaires du terrain délimité ci-dessous, en prenant comme départ de
périmètre le « mbota » ... vers l’Ouest (limite aux Ntumba de vingt centimètres de
tour de base.)
Le « mbota » au bord de la route.
- Le petit safoutier situé à sept mètres au sud-est de la maison en briques
adobes de Kimbangala David.
- Deux piquets plantés de part et d’autre de la R.I.G. Léo-Matadi, à quatre cent
vingt mètres au sud du point 14 sous-mentionné.
- Un troisième piquet à cent mètres à l’Ouest de la route au croisement de deux
petits sentiers.
- Un arbre « fyolongo » (voir croquis.)
-Un arbre « kikisu » situé au sud du sentier, à dix mètres environ au sud-est
d’un grand palmier isolé et chétif.
271
Un grand palmier isolé à environ cinq mètres à l’Est de la R.I.G. Léo-Matadi,
près d’un palmier incliné et d’un avocatier en forme de candélabre (voir croquis.)
Un arbre « nkamba » de plus au moins vingt-cinq ans à douze mètres à l’Ouest
de la route.
Un point sur la route à hauteur de cet arbre.
vers le sud (limite avec Mpolo)
La route.
272
du point 7 au point 8, du piquet au bord de l’ancienne route jusque dans la petite
forêt au bord de l’étang Ntempa ; ceci vu qu’il s’agit d’une savane marécageuse
avec visibilité parfaite ;
7) Déclare que les arbres fruitiers plantés par Matula Samuel, qui, du fait de cette
limite, tombent dans le terrain de la branche Mposa, feront l’objet d’un accord
entre ces parties dans les deux mois ;
si au 20 décembre 1959 aucun accord n’est intervenu, le litige sera porté devant
le tribunal de territoire ;
10) Dit que les cultures plantées, défrichées ou incinérées seront récoltées par
ceux qui y ont travaillé, mais par la suite, ils ne pourront y travailler qu’avec
l’accord du propriétaire ;
273
Kimbangala David à cent francs d’amende pour propos injurieux, délai trois jours
ou trois jours de S.P.S. ;
274
9. 9. Essai d’interprétation
Nous essayons d’interpréter dans les rubriques ci-dessous les trois cas de
conflits sociaux sur des deux bases : juridiques et linguistiques. Car pour nous,
le fait de se présenter devant le mfumwa vata, chef du village (notable
traditionnel) et son conseil qui ont la charge de rendre la justice aux plaignants, il
s’agit en effet, du droit coutumier que F. Reyntjens (1992 : 27) appelle le droit
populaire.
275
9. 9. 2. Premier cas : traitement coutumier
Cette affaire a été tranchée sous la haute direction du mfumwa vata Nguka
Valentin à la grande satisfaction des deux parties. Nous donnons une
présentation ou exposé des faits, suivi d’un commentaire succint.
9. 9. 2. 1. Présentation
Il s’agit d’un cas d’adultère qui concerne maman Agnès et papa François, deux
amants de longue date. N’étant pas heureuse dans son mariage à cause
l’impuissance sexuelle de son conjoint Philippe, Agnès cède devant les avances
de son jeune et ancien amant. Ils se font surprendre par des enfants qui jouaient
dans le bois tandis que, dans sa fuite, l’amant abandonne sa chemise et ses
babouches.
Alerté, Philippe, le mari, va voir l’assistant (le kapita) du chef qui en informera le
mfumwa vata, le chef du village. Ainsi, l’audience a lieu dans les règles et le
verdict condamne sans surprise François à la réparation morale et psychologique
alors que, de son côté, Agnès est sans surprise également condamnée à la
rééducation et que son époux Philippe s’est vu recommander de suivre des soins
pour guérir de son impotence.
9. 9. 2. 2. Commentaire
De prime abord, on relève aisément que cette situation cadre avec les quatre
caractéristiques du droit populaire à savoir l’oralité, la flexibilité, la conciliation et
l’intégration. En effet, le dossier est constitué sur une base orale (information
rapportée par des jeunes). Quand Philippe est devant les autorités traditionnelles
compétentes (les notables), il ne constitue aucun dossier écrit. Tout se fait
oralement. Ensuite, depuis la constitution du dossier jusqu’au verdict final, la cour
autorise une visible déviation qui évite à François la prison ferme. La cour
compatit aux privations sexuelles imposées à la jeune femme suite à
l’impuissance de son époux et donc lui reconnaît des circonstances atténuantes.
C’est pourquoi la cour a décidé de la renvoyer chez ses parents pour une
rééducation. Le mari mettra à profit cette période de rééducation pour se faire
276
soigner ou trouver un membre de famille qui pourrait le suppléer discrètement
dans sa tâche d’homme, après la période probatoire de son épouse. Il s’agit ici
de la flexibilité. En plus, la cour privilégie les relations humaines dans la
conciliation. Aussi inflige-t-elle une réparation matérielle et psychologique à
François, qui accepte sans broncher. La cour arrête des mesures pratiques qui
sauvegardent l’équilibre social, quoique de telles circonstances ne se pardonnent
que difficilement.
Il y a aussi que le village est un microcosme. Il arrive dès lors et souvent que la
personne en infraction quitte le lieu pendant une certaine période en vue
d’effacer son image et d’éviter de s’exposer aux quolibets.
9. 9. 3. 1. Présentation
277
moderne, qui renverra l’affaire à la fu kia nsi, la coutume, étant donné la
complexité de la matière à débattre.
Le nkánwa nkwasa, affaire à claquement des mains, rapporté ici est une cour
d’assise traditionnelle où l’affaire dure longtemps avant le verdict final. Dans ce
cas, nous avons choisi juste la dernière audience où l’on a fait appel au nganga
nzimbu, féticheur à grain rouge, pour trancher.
9. 9. 3. 2. Commentaire :
Dans cette affaire, on retrouve deux des quatre caractéristiques relevées dans
l’étude de F. Reyntjens (1992.) Il s’agit en premier lieu de la flexibilité. En effet,
le juge accepte une déviation dans pas mal de circonstances. On le voit par
exemple à la fin du verdict final, quand le mpovi, porte-parole et défenseur des
accusés, plaide la prolongation du délai d’expulsion et demande une semaine au
lieu de vingt-quatre heures. Ensuite, la cour est muette sur le faux témoignage du
féticheur Mbadiangani qui s’en tire à bon compte. Et même la décision en soi
pourrait changer en cas de pardon public avec garantie de changer. Il y a aussi
présence manifeste de l’oralité à partir du moment où toute la procédure se fait
oralement sans dossiers écrits. Par ailleurs, on note l'absence justifiée de la
conciliation et de l'intégration, vu la gravité des faits. On ne sauvegarde pas les
278
rapports futurs comme c'est le cas dans la caractéristique de la conciliation. Dans
cette affaire de sorcellerie, il n’y a pas non plus d’intégration dans la sanction
collective pour une dissuasion individuelle.
Comme nous l’avons déjà signalé plus haut, le droit populaire fonctionne à partir
de l’oralité, tandis que le droit moderne prend ses racines dans l’écriture. Depuis
la colonisation, le colon ayant constaté la grande richesse en matière de
traitements des dossiers difficiles et délicats, il a crée les tribunaux de secteurs
ou il y a mélange entre coutume et modernité.
279
9. 3. 4. Présentation
Il s’agit d’une affaire foncière produite à Boko, dans le territoire Madimba, sous-
région de la Lukaya, région du Bas-Congo, et qui dure depuis 1931. Elle oppose
deux clans : celui de Mayambu Emmanuel contre celui de Mposa Thomas.
Le jugement de Boko fut rendu solennellement après plusieurs semaines
d’instruction et d’audiences. Le tribunal itinérant est présidé par Armand Vibila,
qui fut le premier administrateur territorial assistant congolais du territoire de
Madimba. Il est assisté par deux assesseurs dont André Ryckmans et Pierre
Nzeza.
Ce litige très ancien dont les premiers jugements commencèrent en 1931, est
célèbre dans la région, car il n’a jamais été tranché à la satisfaction des parties. Il
était donc indispensable d’y mettre un terme. Cinq lignées d’un même clan se
disputaient un terrain et les jugements antérieurs rendus par le tribunal de
secteur n’étaient pas adaptés, les chefs et les chefs adjoints de secteurs ayant
été en conflit d’intérêt en tant que membres de l’une ou l’autre des lignées en
litige.
9. 9. 4. 1. Commentaire
280
des jugements a quo au besoin et examen approfondi sur base des règles
foncières en vigueur. Il y a une complémentarité entre les professionnels du droit
traditionnel et ceux du droit moderne.
9. 3. 4. 2. Constat
Nous ne pensons point, comme le père G.Hulstaert (1950 : 200), que « la faillite
du droit populaire est due à la présence des tribunaux modernes en zones
rurales. » Au contraire et selon nous, cette présence consolide la position des
tribunaux traditionnels en tant qu’instance de solution traditionnelle, par le simple
fait que les juges modernes s’inspirent constamment de sa jurisprudence, en
travaillant avec ses notables.
Les différents types de discours (les proverbes judiciaires, les chants judiciaires,
les idiomes, le rite à la recherche du vrai coupable) consolident les institutions
traditionnelles. Les proverbes utilisés devant le tribunal coutumier moderne dans
l’affaire foncière de Boko sont aussi couramment usités dans les cours
populaires en zone rurale jusqu’aujourd’hui. C’est là une raison supplémentaire
281
de croire que c’est plutôt le droit coutumier moderne qui vient consolider la
position du droit populaire, en lui apportant un plus sur sa méthodologie et son
expérience. Les proverbes repris ci-dessous le confirment :
Sur base des caractéristiques soulignées par F. Reyntjens (1992 : 27), il y a lieu
de faire une dichotomie permettant d’établir le lien entre le droit populaire et le
droit moderne, conformément à ce que nous avons signalé dans l’introduction à
ce travail. Grâce au tableau typologique élaboré par R. L. Abel (1980 : 165-
191), nous pourrions librement constater cette dichotomie entre le droit populaire
et le droit moderne.
282
Thème Droit populaire Droit officiel
Structure sociale
Relations entre individus Multiplex (fonctionnellement non Uniplex (fonctionnellement
différenciées) différenciées)
Conflits Fréquents, complexes, intenses, peu fréquents, simples,
souvenus superficiels, oubliés
Relations Entre connaissances Entre étrangers
Groupes sociaux Membres communs Variés, à but spécifique
Rapports familiaux Collectifs Individualisés
Instances des solutions
Contrainte Absente Présente
Institutions Ni spécialisées, ni différenciées, ni Spécialisées, différenciées,
bureaucratiques bureaucratiques
Institutions Très accessibles Très inaccessibles
Institutions Décision rapide Traitement très lent
Parties Sont actives et agissent elles-mêmes Sont passives et représentées
ou par des porte-parole (Mpovi chez par des spécialistes
les Basolongo)
Normes appliquées Vagues, particularistes, flexibles, Claires, universalistes, rigides,
connues, basées sur un consensus ésotériques, pas
forcément basées sur un
consensus
Décisions Voient le bien et le mal des deux Donnent raison à une partie,
côtés, ne sont pas définitives sont définitives et complètes
Décisions Veulent sauvegarder les rapports Ne sont basées que sur
futurs entre les parties l'évaluation de comportements
passés
Types de conflits
Conflits Sont polycentriques, ont trait à de Sont bicentriques, ont trait à
multiples aspects, ont une longue peu d'aspects bien déterminés,
histoire n'ont que peu de profondeur
historique
Parties Ont une relation continue Sont des étrangers ; s'ils ne le
sont pas, ils veulent terminer la
relation
Processivité Elevée Basse
Individuelle Générale
283
9. 4. Considérations linguistiques
Quant à l’aspect linguistique, il dégage la compréhension des composantes du
discours ci-après : la métaphore, la métonymie, l’hyperbole, l’euphémisme, les
contes, les proverbes judiciaires. L’usage du verbe est fondamentalement basé
sur la connaissance de la culture du peuple locuteur de cette langue. Son
contexte global peut exprimer la parole, le discours, la pensée, le sentiment, la
pertinence, le proverbe, le chant, le conte, et la littérature. Par ailleurs, sur le plan
de l’analyse du discours, il y a des éléments discursifs importants à tirer, tels que
la compétence communicative et la performance D. Hymes (1972.)
Voyons qu’en est-il des fonctions du langage en kisolongo.
Nous allons vérifier comment ces fonctions se réalisent dans le kisolongo. Dans
l’usage du kisolongo, la diversité des messages réside non dans le monopole de
l’une ou l’autre fonction, mais dans les différences de hiérarchie entre celles-ci.
284
• La fonction expressive ou émotive centrée sur le destinateur, le «
sender », par exemple dans le cas de la métaphore ou de la
métonymie ;
285
compte tenu de la problématique du langage en pays des Basolongo en
particulier et en Afrique en général ? » L’analyse qui suit montre que les six
facteurs cités plus haut visaient la vie relationnelle dans l’usage du kisolongo :
l’échange de paroles entre les personnes accomplit les bonnes relations ; les
paroles resserrent les liens, elles unifient, elles vivifient, elles guérissent et font
du bien. Il y a là toute l’ampleur de l’efficacité propre à la relation
interpersonnelle. En d’autres termes, il apparaît une fonction spécifique du
langage africain en général, que le linguiste attentif peut étudier lui-même.
Dans le même ordre d’idées, on peut ajouter un septième facteur que nous
baptisons ″la fonction positionnelle du langage″, par laquelle les locuteurs se
positionnent comme partenaires selon leur statut social : entre le mari et son
épouse ; rapport du père à son fils, de la mère à sa fille, de l’oncle à son neveu,
de l’aîné à son cadet, d’un vieux, duki, à un jeune, etc. Il y a par exemple cette
déférence qu’il convient de signaler entre supérieur et inférieur : une femme qui
parle à son époux, un cadet qui s’adresse à un aîné, etc.
Notons que la parole dite d’un inférieur au supérieur a pour but de dire la vérité,
mais de dire ce qui doit être dit, pour que le supérieur reste en sa position de
supérieur. On comprendra donc, dans ce cas, que l’essentiel n’est pas de dire la
vérité, mais de garder les bonnes relations selon les exigences de la fu kia nsi, la
coutume. C’est dire qu’un mensonge qui renforce les bonnes relations n’est pas
considéré réellement comme un mensonge, s’il sert à garder les liens
horizontaux. En d’autres termes, la fonction positionnelle du langage met en
évidence la ligne schématique : destinateur → message → destinataire (R.
Jakobson, 1963 :215). Prenons un autre exemple : les relations à plaisanteries.
La fonction qui y domine est positionnelle. Les messages injurieux ou
scatologiques ne sont pas d’abord expressifs de l’émotion du destinateur. La
référentialité est mince, parfois nulle, et la structure du message peut être plus au
286
moins prosaïque, plaisante ou ingénue (fonction poétique.) Il ne s’agit ni de
fonction phatique ni de fonction conative. Il s’agit de se poser l’un en face de
l’autre comme des individus à part, ayant le droit de se taquiner en fonction de
leur positionnement statutaire.
De nos jours, la fonction positionnelle du langage semble perdre petit à petit son
essence en ville, car elle est noyée dans le contexte du modernisme
d’aujourd’hui. Mais dans le milieu rural, elle est encore active dans les
manifestations sociales telles que le mariage, les fêtes rituelles (intronisation d’un
chef du village), dans le cas de kinzónzi kia mfulwa mambu, palabre d’affaires,
devant la cour populaire, etc.
9. 5. Conclusion partielle
En cas de conflit social chez les Basolongo, la réparation conduit les parties en
conflit devant la cour populaire où le chef du village, mfumwa vata, est le garant
de la tranquillité publique. Puisque le chef, mfumu, ne travaille pas seul, il est bon
de présenter la composition de sa cour et de décrire le rôle de chaque membre.
En observant la relation, « rituel et palabre », on s’accorde à dire que la cour
populaire est l’une des issues de secours qui répare les dégâts du káandu ou
d’autres faits conflictuels en société solongo.
287
nous avons terminé cette étude par un exemple de « conflit de terre à Boko »
dans le Bas-Congo et une étude de la relation entre « droit coutumier et droit
moderne » (A. Ryckmans et F. Mwelanzambi : 1993).
288
Conclusion générale
Ce travail est, ensuite, le résultat des différents types de discours dans le pays
des Basolongo. Ces discours sont des types littéraires (usage de proverbes,
chants, expressions courantes, contes, etc.), profanes (qui met en exergue le
sacré dans le cas du káandu et des autres rites), juridiques populaires (palabres
d’affaires, kinzónzi kia mfulwa mambu, ou son rite conciliatoire appelé, kinzónzi
kia ngwizani mu fu kia nsi, palabre de réconciliation selon la coutume), etc.
43
La peur est surtout accentuée par la présence des forces du mal, les ndoki et les minkisi, qui
sont redoutées pour leur capacité de nuisance qui s’enracine dans le magico-religieux.
289
symboles, les images, la métaphore, la métonymie et le respect du sacré. Par
ailleurs, le lien avec la problématique du sujet a permis de confirmer les hypo-
thèses émises.
• Le káandu est un produit du verbe, des gestes et des objets qui confèrent
une puissance au chef de clan, mfumwa kanda, selon la cosmogonie des
Basolongo.
• La vie sociale des Basolongo est réglementée par des normes et des
interdits, dans lesquels les phénomènes magico-religieux jouent un rôle
déterminant.
Il existe des liens étroits entre le káandu et le kindoki. Ainsi par exemple, le
ngwankánzi, l’oncle maternel dans le mode de filiation matrilinéaire (chez la
plupart des Bakongo) ou le tata, le père dans le système patrilinéaire (chez les
Basolongo) peut user de son pouvoir de chef de clan pour maudire ou bénir les
membres de sa descendance. Le kindoki, la sorcellerie et les minkisi, les fétiches
qui font peur aux Basolongo sont des intrants effectifs de leur système social.
(lire nos annexes, précisément la 10, sur « Le pouvoir sorcier et ses
réparations »)
Sur le plan empirique, nous constatons que certains points basés sur la
croyance, le magico-religieux, tels que la sorcellerie, et les fétiches existent,
même s’ils ne sont pas encore prouvés scientifiquement ; et que les sociétés
290
claniques maîtrisent depuis longtemps ce domaine appartenant à la
métaphysique dont le verbe, les gestes et les objets constituent le matériel
didactique à la base.
La société clanique des Basolongo n’a pas besoin d’une police pour fonctionner
ou se faire entendre. Son pouvoir n’est pas oppressif, mais il appartient au
peuple 44. On est donc en droit de dire que les autres civilisations doivent rester
attentives et ouvertes à ce type d’aspects socioculturels qu’offre la renaissance
44
N. Malasi (2000 : 215), tire la même conclusion chez les Warega.
291
africaine par le biais de ses expériences socioculturelles. C’est ce que démontre
le cas du káandu, et sa réparation à travers la palabre d’affaires, kinzónzi kia
mfulwa mambu.
Notons en substance que tout individu sait user du verbe (parole), mais la
puissance du verbe n’est pas l’apanage de tout le monde. Elle est le fait de
quelques initiés et des anciens. C’est le cas du mfumwa kanda, le chef de famille
et du mfumwa vata, le chef du village.
45
Le culte du Bwiti chez les Fang (Gabon) est un rituel qui consiste en l’initiation grâce à la
plante sacrée appelée « Iboga » qui signifie, « élargissement du champ de conscience ». La
consommation de celle-ci (plante sacrée) par l’adepte, apporte une lumière spéciale. Le sujet se
trouve dès lors dans un état comateux pendant un bon moment. A son réveil, l’initié doit garder
secrètes toutes les péripéties qu’il a vécu sous l’emprise de transe, une indiscrétion de sa part
peut entraîner des conséquences fâcheuses allant jusqu’à la mort. On peut lire à ce sujet, Marion
Laval-Jeannet, 2003. Paroles d’un enfant du Bwiti, paru aux éditions Originel, Paris. Sur le dos du
livre, l’auteur résume le rite Bwiti, comme un voyage dans lequel on croit mourir et renaître dans
plusieurs dimensions où les lois cosmogoniques et l’essence même de la vie se disséminent. Ce
culte est un héritage de la religion des pygmées de la grande forêt du Gabon. Dans le Bwiti, on
communique avec la nature, avec les esprits de la forêt, avec ses morts, et, pourquoi pas, avec la
lumière. On peut aussi rencontrer des êtres remarquables. Dans un article publié récemment
dans le magazine ‘Cairn’ vol.10, P3. 2004, il est écrit ceci au sujet d’Iboga :
« De plus en plus de voyageurs vont vers les thérapies traditionnelles africaines lorsqu’ils
considèrent que la thérapie psychologique ou psychanalytique occidentale s’est avérée
insuffisante à régler leur mal-être. Dans le cas du Gabon, la rencontre a lieu dans un processus
initiatique au sein de la religion du Bwiti dont les conséquences sont complexes. D’autant plus
complexes que «l’outil» thérapeutique utilisé par les guérisseurs est une plante médiatrice,
l’iboga, dont les effets psychotropes et physiologiques s’étalent dans le temps. »
46
Hlonipa qui signifie, ‘honte’, ‘discrétion’, ‘respect’ en zulu, est un interdit ou un rituel du genre
292
Si l’analyse du káandu permet de mieux appréhender le sens profond de certains
interdits, il s’avère que des recherches en lexicologie 47, linguistique 48 et
littérature 49 peuvent permettre un éclairage supplémentaire dans le décryptage
des sociétés africaines.
Pour notre part, nous considérons le ‘káandu’ comme un “interdit” qui représente
une conception du monde de ses utilisateurs. Certes, une conception du monde
cibindi aux conséquences surnaturellement néfastes (un exemple d’interdit en Afrique du Sud,
cité en comparaison avec le káandu en pays solongo, par le professeur Kabuta lors d’un entretien
verbal [UGent] à Gand, le 29 mai 2006.)
47
En lexicographie : káandu 7/8 II A. interdit, règlement, loi, etc. B. serment imprécatoire ;
discours sacré ; 1.dia káandu ; 2. kanga káandu, décréter un interdit, faire un vœu d’interdiction ;
3. bwisa káandu ; kulula káandu , transgresser, violer le serment 4. lámba káandu ; kutula
káandu ; réparer l’interdit par cuisson du serment ; délier par le verbe, le nœud lié lors de la
conception de l’interdit. Selon K. Laman (1936 : 213), le káandu est un nkisi, fétiche’ ou chose
consacrée (objet de sorcellerie) mis comme défense de voler des fruits, d’entrer dans la maison
de l’autre. » Ci-après une liste non exhaustive des causes liées à l’interdit káandu :
1. l’inceste de toute sorte, c’est-à-dire entretenir des rapports sexuels avec sa sœur, sa mère, sa
belle-mère, son beau-père, son frère, sa fille, son fils ; entre sœurs ou entre frères (cas
d’homosexualité non prononcée en famille ) ; 2. frapper ses parents en les dénudant ou pas ; 3.
prendre pour femme une ressortissante d’un clan dont la réputation est mal acceptée par la
communauté ; 4. frapper un chef de clan ou l’insulter ; 5. coucher avec la femme du chef de clan,
mfumwa kanda. 6. commettre l’adultère pour une femme dont le mariage était au préalable refusé
par le chef de clan ; 7. partage injuste des objets usufruitiers tels que la forêt, la terre, les étangs,
les rivières, les animaux, etc. ;
8. se marier avec une femme ou un homme d’un clan réputé sorcier ; 9. ne pas respecter les
accords tacites en matière de ristourne nocturne (échange des sujets humains à sacrifier) ; 10.
prendre des fétiches ou la magie pour certains clans bakongo, etc.
Notons que le káandu est plus proche du cibindi chez les Baluba (RDC) en tant que code moral
et ne fonctionne que dans le cercle clanique. Dans les deux cas (káandu et cibindi ), le code
moral et le code pénal se confondent. Sur le plan socioculturel, le dénominateur commun de ces
valeurs de société en Afrique noire, dégage une notion de bumuntu, être foncièrement bien avec
les autres, être humaniste, être intègre, etc., bref, savoir vivre.
Cependant, quoique connu comme interdit de tous les Bakongo, certains sous-groupes ne le
pratiquent pas. C’est le cas des Bayombe, Banyanga, Bahumbu, Basansala, Bazombo,
Bamboma, Bavili, Besiluangu, Bawoyo, Bandibu, Bambata, etc.
Remarquons que contrairement au cibindi qui est l’infraction en soi chez les Baluba (exemples :
l’adultère, l’inceste, dénigrer ses parents, etc.), pour le káandu, toutes ces infractions ne sont que
des matières à charge qui peuvent occasionner sa conception
48
La présentation de la langue kisolongo (voir la notion de grammaire au chapitre 3)
49
Les contes et les proverbes solongo (chapitre. 8 et l’annexe 7)
293
d’une société ne peut être exprimée par un seul fait culturel. Cependant, ses
contours peuvent y apparaître très clairement comme c’est le cas chez les
Basolongo.
50
Au sujet de bumuntu ou kimuntu 7/0, les Basolongo pensent et croient que le muntu, ‘homme’
doit vivre conformément à un ensemble des règles pour mener une existence harmonieuse.
Sinon, il devient un marginal. Par exemple, le membre d’un groupe qui enfreint les règles établies
est appelé ‘kinsisa’ 7/8, ‘pirouette’ (homme sans valeur, moitié homme, moitié objet). C’est l’un
des motifs principaux parmi d’autres que les immoraux étaient vendus comme esclaves chez les
Portugais, pendant la traite des Noirs aux 16 è et 17 è siècles comme l’a confirmé tata Dienge,
lors d’un entretien verbal au village Senge, le 10 d’Avril 2002). Il est intéressant de savoir que, la
faute d’un seul individu pourrait refléter comme un repère du mal, une référence abjecte, une
image souillée de tout un groupe. Bref, le muntu 1/2 doit vivre avec un code moral, une manière
saine de co-habiter en harmonie avec les autres membres de la société.
51
L’inter connectivité entre les êtres, nguisani katshi kwa vangwa, est une notion primordiale
dans la pensée bantu. C’est grâce à elle, que des nombreux interdits et rites ont un sens dans la
mesure où les composantes qui agissent dans l’homme par la ‘force vitale’ (souffle, ombre, nom
et corps, selon les Basolongo) ont une relation circulaire et interactive. L’homme qui ne vit pas en
vase clos a des relations avec d’autres êtres tels que les arbres, la nature, les minérais, l’eau, la
terre, la lune, le soleil, les étoiles, les animaux, la lumière, les ancêtres, les esprits, les oiseaux,
etc. (Lire M. Laval - Jeannet, 2003). Dans le même ordre d’idées, E. Emmanuel Chukwudi (1998 :
6) consigne ceci :« According to the Akan (Ghana), the human person is made up with five
elements : 1) nipadu - a body, 2) okra – soul, the guiding spirit, 3) sunsum – that part of a man
which accounts for his character, 4) ntoro - that part of man which is passed on from the father
and which is the basis of inherited characteristics, 5) mogya – that aspect of man which becomes
a ghost after the death. »
On peut davantage trouver des approfondissements sur l’inter connectivité entre les êtres en
lisant les auteurs tels que, M. Calame-Griaule (1965) ; L. Lévy-Bruhl (1931) ; D. Zahan (1972),
etc.
52
L’honnêteté, usongi 9 /0 : rechercher la probité morale en toute circonstance.
294
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pp. 1-11 (conference-debate, November 1999, Ghent).
307
De Cleene, N. 1937. La notion de propriété chez les populations matrilinéales du
Congo-Belge, in Africa xvi, 1, 23-28.
Kiambi. 1966. « L’être chez les bantous », in revue du Clergé Africain, xxi, 5, pp.
21-28.
Lapika, D. Mai 1984. « L'art de guérir chez les kongo du Zaïre, discours magique
ou science médicale » ? In les Cahiers du cédaf, n° 3, pp. 1- 69.
308
Masamba ma Mpolo. Janvier 1971. « Une approche pastorale de la sorcellerie »,
in Revue du Clergé Africain, pp. 263 -273.
Wax, H. R. 1971. Theoritical pressuposutions « fieldwork »& the First and the
most unconfortable stage of fieldwork (www. Anthrobase.com)
309
Mémoire et Thèses
Mémoire de Licence
Thèses
Yolanda Pedro, M. 1999. The use of Kiswahili in Rural Areas and Its Implications
for the future of Ethnic Languages in Tanzania.
310
Glossaire
Le kikongo est une langue bantu à ton bas en général, c’est pourquoi nous ne
signalons que le ton haut. Ainsi, à côté de chaque lexème, on met entre
parenthèses le pluriel.
Par ailleurs, nous soulignons que dans le cas du verbe conjugué comme
catégorie grammaticale, nous mettons un trait pour le genre, tandis que la
traduction française concerne, le verbe entre parenthèses à l’infinitif et non pour
le lexème de la première colonne.
A.
B.
311
bâmama subst. 2 mères, mamans
bámbóte adj. 2 bons
bángula inf. 15 révéler
batâta subst. 2 papas
bátélámene verb.conj.(téláma) - se tenir debout
bííka inf. 15 laisser
bíkula inf. 15 prophétiser
bókéla inf. 15 appeler
búdi, yibúdi subst. 7/8 chat (s)
búká inf. 15 casser
búkáma inf. 15 se renverser
bulêki inf. 15 faire l’enfant
bungíangía inf. 15 faire le colporteur
bwéla inf. 15 ajouter
buzéngí inf. 15 faire l’imbécile
C.
D.
312
dikwéla, makwéla subst. 5/6 mariage (s)
dilwéki, malwéki subst. 5/6 action de parvenir
dímósi adv. 5 primo
díngálala inf. 15 se calmer
F.
313
fú subst. inv. 7 caractère (s)
fúkáma inf. 15 s’agenouiller
fu kiansí, fu yansi subst. 7/8 coutume (s),
tradition (s)
fúkúsa inf. 15 bouillir
fúlúka inf. 15 ressusciter de mort
fúlu, yifúlu subst. 7/8 siège (s)
fúnda inf. 15 accuser
fúta inf. 15 payer
fwá inf. 15 mourir
fwánana inf. 15 se ressembler
G.
H.
I.
J.
314
K.
315
kwéla inf. 15 se marier
L.
316
M.
317
N.
O.
P.
318
píúu verb.conj.(píúka) - se noircir,
s’assombrir
Q.
R.
S.
T.
319
tó, yitó subst. 7/8 peau d’un animal
tóloka inf. 15 se casser
tóomba Inf. 15 chercher
tôta inf. 15 cueillir
tuka conj. - depuis
túmá inf. 15 commander,
ordonner
tusámba vb.conj.(sámba) - prier
túlu mot abstrait. inv. 12 sommeil
túúma subst. inv. 12 argile
túuka inf. 15 sortir de
túúla inf. 15 mettre
twádisa inf. 15 diriger
twéela inf. 15 élèver
U.
V.
320
vánga inf. 15 faire
vángúlúlá inf. 15 refaire, retoucher
váta inf. 15 cultiver
véngáma inf. 15 se mettre à côté
véenda inf. 15 lécher
vôka, zivôka subst. 5/10 avocat (s), porte-
parole (s)
vóova inf. 15 parler
vúmbuka inf. 15 se relever
vúná inf. 15 mentir
w.
X.
Y.
yándúka inf. 15 être en colère
yángálálá inf. 15 se rejouir
yéela inf. 15 être malade
yékáma inf. 15 s’appuyer
yóká inf. 15 brûler
321
yúkúta inf. 15 se rassasier
yúla inf. 15 injurier
yúúma, ziyúma subst. 9/10 nourriture (s)
Z.
322
Faculteit Letteren en Wijsbegeerte
Vakgroep Afrikaanse Talen en Culturen
Bijlagen
Par
Nathalis Lembe Masiala
324
Annexes
Introduction
Selon les renseignements que nous avons récoltés sur le terrain, nous
répartissons les interviews en trois groupes :
• Le groupe A : Tata Polo parle de la composition de la cour populaire
et du rôle de chaque membre. Il signale deux cas de figure qu’il a
personnellement vécus à la cour populaire et qu’il achève par le
mécanisme de l’interdit « káandu », ses conséquences et sa voie de
médiation, le nlémvo, le pardon. Après avoir visité quelques villages,
nous avons rencontré le "vieux" Léopold Nkuanga (appelé aussi tata
Polo). C’est un ancien pêcheur expérimenté dans les affaires
coutumières de son village de Vungu. Il est retraité et vit auprès de ses
enfants à Boma en plein centre urbain (annexe 1 et 2).
• Le groupe B parle de la sorcellerie. A ce sujet, nous avons interviewé
le petit-fils de Simon Kimbangu, son excellence Charles Kisolokele
Diangienda, fils de feu son éminence Diangienda Kuntima Joseph,
ancien chef spirituel de l’église kimbanguiste (de 1959-1992). Nous
l’avons choisi parmi beaucoup d’autres acteurs sociaux, compte tenu
325
de la délicatesse du sujet d’une part et, d’autre part, du rôle de père
spirituel qu’il joue auprès des kimbanguistes, sympathisants et des
non-kimbanguistes qui viennent le voir, lui, ou ses frères, pour se
confesser, se repentir voire abandonner leur sorcellerie, leurs fétiches
et leurs magies (annexe 3). Par ailleurs, nous avons préféré laisser de
côté les autres acteurs sociaux tels que les sorciers, les féticheurs et
les occultistes pour la simple raison qu’ils considèrent comme tabou de
discuter de leurs pratiques, sauf si le chercheur adhère à leur société
occulte.
• Le groupe C présente les témoignages de l’interdit, káandu, dans
lesquels nous soulignons la particularité des conséquences vécues.
Pour cela, nous nous limitons à quelque trois cas choisis parmi les
différentes tribus (sous-groupes) au pays des Bakongo (nos
informateurs à ce sujet sont : Kuama, Matundu, Rycquins et
Nzólantima.)
326
Fig 22. Papa Rycquins, jeune Musolongo qui fut l’un des nos informateurs (voir son témoignage
au chapitre 7 sur le dibondo)
A côté de cela, nous avons reproduit quasi l’intégralité du procès sur l’affaire
foncière au village Boko, dans le Bas-Congo, devant le tribunal territorial
coutumier de Mbanza-Ngungu, affaire qui a été traitée dans le livre de Célestin
Mwelanzambi et André Ryckmans (1993). Ceci nous permet d’appréhender la
collaboration entre les vrais experts de droit moderne et les notables praticiens
du droit coutumier.
Nous avons également reproduit l’intégralité des deux cas traités devant la cour
populaire mis en scène pour les rapprocher des informations de tata Polo. Pour
327
le Groupe A 1, l’interview s’est déroulée dans le salon d’une maison dans la
commune de Kalamu à Boma. Nous étions en compagnie de Mbuta muntu
(grand homme) Nkuanga Léopold de lignée Nfutila et arrière-petit-fils de
Mungoyo, chef coutumier de Kinlélé.
En ce qui concerne la notation des textes des interviews en kisolongo, il est bon
de signaler que seul le ton haut est orthographié tandis que le ton bas, le plus
fréquent dans cette langue, est noté par une absence de signe.
328
329
Nous utilisons la légende suivante : L = Lembe ( visiteur ), D = duki (tata polo) et
T= traduction. Nous avons fait l’enregistrement chez tata Polo, en deux phases.
La première phase a trait à l’aspect rite conciliatoire ou palabre d’affaires (voir les
deux cas qu’il nous a racontés) tandis que la deuxième phase a trait aux détails
sur l’interdit káandu. Quant à l’interview B ayant trait à la sorcellerie ou au
magico-religieux chez les Bakongo, nous recourons aux abréviations suivantes :
Ch. K.= Charles Kisolokele et L = Lembe.
330
Annexe 1 : interviews de tata Polo
Prélude
Le sieur Nkuanga est âgé de 72 ans. Il a quitté son village natal de Vungu après
avoir été visé par une tentative d’empoisonnement, dikila, ce il y a bientôt plus de
dix ans. Il vit désormais entre Boma et Kinshasa chez ses enfants.
L’enregistrement dure une heure et vingt minutes. Toute la conversation se
déroule en kisolongo.
Retranscription de l’interview 1
Phase 1
-D : kolele mwan’ame !
-T : bonjour mon fils !
331
-T : Mon nom est Nkuanga Léopold, village Vungu-Nganza où je suis né en
1934. Le nom de ma lignée est Nfutila, le chef de Kinlélé, ma langue est
le kisolongo, donc je suis Musolongo.
-D : E Vata, I lûmbu. Yéto kuna nsi yabasólongo muntu ovo kotele ku vata, o kotele
ku lûmbu lwa mfúmú. O mfumu e vata, I mfumu à lumbu, mananga ma ntótó, yandi
mpe o zénganga e n’kánu mya lusumbu.
332
bezéngang’ é mambu. E maduki, yau bénina modi zi savants, bétalanga vo
mambu matomene zéngóka vo pede.
Mu zéngolo a n’kánú, e nona ku vungu, maduki kana matatu mu tuvila tua
kinfumu, « mfútila ye dilu », mu yimambu-mambu. Kansi vo mambu mangolo,
kumi ye maduki mole, mafwete vwanda, ye chef de groupement, mfumwa vata,
ye nvudi’andi (zúzi), yo kapita..
Notons que les anciens sont considérés comme des savants grâce à leur
expérience de la vie quotidienne et jurisprudentielle. Par exemple, à Vungu, deux
à trois anciens sont choisis entre les deux lignées de chef Nfutila et Dilu, dans
des palabres de routine (comme par exemple celles ayant trait au vol, à des rixes
ou à des cas d’adultère) tandis que dans certaines circonstances qui mènent au
pénal, les individus en conflit vont devant la cour suprême populaire que les
Basolongo appellent nkánwa nkwasa. Par exemple, dans le cas d’un meurtre ou
de la sorcellerie, on peut entamer la procédure nkánwa nkwasa, « affaire à
claquement des mains », pour chercher à prouver son innocence ou encore pour
se cacher derrière la longueur de la procédure et ainsi parvenir à faire oublier
les griefs de la partie demanderesse.
333
composition de la cour d’assise populaire se présente comme suit : le chef du
village, le chef de groupement, le kapita, et les anciens à raison d’un délégué par
village.
334
claquement des mains. C’est un chef coutumier important dans la mesure où il
reçoit les rapports des différents chefs des villages. Il est désigné par les anciens
du village les plus éminents de la chefferie de sa lignée royale. Ensuite, il est
confirmé par les autorités administratives du secteur ou du territoire.
-T : En tout cas, parmi tout ce monde que je viens de te citer, il n’y a quasi
personne qui ne soit sorcier. Le chef du village, c’est un fin sorcier, son kapita
(assistant) l’est également. Parmi les anciens, on trouve un ou plusieurs grands
sorciers. S’ils sont trois, le doyen des anciens est redoutable, le chef de
groupement aussi l’est pour mieux coordonner son groupement. Fiston, il n’y a
pas un seul chef traditionnel qui ne soit pas un sorcier, car cela lui est
indispensable pour bien diriger ses hommes.
335
-T : Non, moi je suis un homme de Dieu. Mais pour ce que je viens de te dire, tu
peux vérifier auprès d’un autre ancien, il te dira pareil. Il n' y a pas un seul chef
du village qui ne soit pas sorcier, je tiens ceci de mon ancien.
336
(petites affaires) tandis que pour les affaires pénales (meurtre, sorcellerie au sein
de la famille), la jurisprudence prévoit que douze anciens (dans le cas du village
Vungu, six Nfutila et six Dilu), le chef du village, le «kapita», le chef de
groupement et les «mpovi », porte-parole de chaque
337
tenue de nourrir et de donner à boire à tout le monde qui vient spécialement
assister aux audiences.
Phase 2 : interview
-V : Tata Polo o zono yawilu vo, nti mikimikwanga muna nkánwa nkwasa, wau
wevi mekadilanga ?
-T : Hier, je vous ai entendu dire que l’on plante des bâtonnets pendant
l’audience, voulez-vous m’expliquer cela, et pourquoi ?
Ensuite la cour se retire pour délibérer (ce retrait chez les Basolongo s’appellent
« maza, l’eau »). A leur retour, dès que le défenseur et l’assistance voient le
338
« nvúdi, porte parole du juge » danser en tenant une épée et en chantant « cette
pirogue va couler, cette pirogue va couler », tout le monde comprend que cette
affaire est en défaveur de l’accusé. Ainsi, son porte-parole jettera l’éponge en
demandant le report de l’audience jusqu’à ce que son client soit prêt à entendre
le verdict.
339
tapis. Kansi, engudika kimfumu, fuku kiyidikwanga kwa maduki, o muini nsamu
yeto yantu a’mpámba tuamona, ye ñkúasa miele. Idiau, yazayisi vo o mfumu é
vata, ndóki, o kapita ndóki, o groupement ndóki, va kati kwa maduki mpe o ñkwa
meso matendwa ka kondwanga ko.
340
Annexe 2
Il s’agit d’un cas d’adultère et un autre cas de sorcellerie racontés par tata Polo.
-T : Fils, dans les villages, il y a souvent des palabres qui se tranchent disons à
bâtons rompus. Tenez, je vais te raconter deux cas que j’ai personnellement
vécus. C’était en 1968, le 29ème jour du mois d’octobre au village Kibamba dans
la commune de Moanda. Il s’agissait d’un cas d’adultère. Le nom du jeune
homme est François Nsanda (trente ans), lignée Ne Nzinga, village Kibamba et
de sa mère Nguela Alphonsine, clan Kinlélé, village Kibamba. C’est lui qui a été
pris en flagrant délit d’adultère avec Agnès Sukama, épouse de Philippe Ngoma.
François Nsanda est célibataire tandis qu’Agnès Sukama est mariée et mère de
trois enfants.
-Kikundi kia Gnasi ye Falansua ntama kuandi kia watshikilanga. Tuka mana
bakala yau die- wole yanana ye zimpumpa. Bazola kutu kuelana kansi
dialembwa zolakana kwa mfumu ye nganga ke ba kuelana diaka ko. I diau «
nkayi mudia, nkayi mukuenda», o Gnasi wisidi baka tata Filipi wakala n’kundi’a
tata’ndi ye nvúla zau zi mosi, bakuelana ». Kansi e ngudika zola kwa nthsima
341
mpavala. O Falansua mpe ngolo za kinténda, bawizanene ye mwana nkénto
badengana kuna nfinda Kinlembo. Wau mpe o luzolo ke lwa toma mana ko. O
Falansua ye mwana nkénto ba wala o nléle vana ntóto, e salu ke kiwatshikanga
ko, kiwatshikidi !
-T : L’amitié entre François et Agnès date de leur jeune âge. A un moment, les
deux amants voulaient même se marier, malheureusement les circonstances ne
l’ont pas permis. Finalement, Agnès sera épousée par papa Philippe, ami de son
père, qui avait presque le même âge que lui. Comme le dit l’adage, l’antilope
mange tout en déplaçant, ce qui veut dire « Il faut savoir faire bon usage de son
temps. » Malheureusement, dans leur foyer, il n’y avait pas d’amour-propre. Par
ailleurs, François, jeune ambitieux, n’avait pas renoncé à reconquérir celle-ci.
Un bon jour, le hasard a permis qu’ils se rencontrent dans la forêt Kilembo (près
de la rivière) se mirent d’accord pour se revoir. Au jour convenu, Agnès étala le
pagne sur l’herbe et se donna à son amant. Comme Dieu ne dort pas ainsi que
le dit un vieil adage, ils furent pris en flagrant délit par des enfants (de dix à
douze ans) qui jouaient au jeu de cache-cache. Ils se chargèrent de ramasser la
chemise et les babouches de François (dépassé par l’événement). Les deux
s’enfuirent dans le bois à la grande satisfaction des enfants qui vont vite
présenter à l’innocent mari qui écoutait paisiblement sa radio devant sa maison.
Les enfants l’informèrent et lui remirent aussitôt les preuves (la chemise et les
babouches). Ils lui rapportèrent que les deux amants étaient en fuite.
342
-D : Muna ntangu za ndémba muna lumbu kiakina, wéele véta o’mpáta 1 kwa tata
Ndombi Pierre wa kapita. O kapita mpe salu kiandi, wéele mona o duki, mfumu a
vata, Nguka Valatin. Tato nguka mpe otumini e matamba ye avane o ‘nsua
lúkózi, e ntúmwa mpe otuminu kwa maduki bevwandanga vana meno ba twandu.
-D : E Lumbu kia mambu kimosi, maduki, kapita, mfumu é vata, zi mpovi, yantu
besamba e ndambu zole, zi familia (esi makanda) ye besi vata vavwende zía a a.
Mambu mama ngolo makala, zi mpovi nebavova, bavova, te ee o zuzi owivwidi
tato Falansua wau atambudila kaka, zi mfumu bakwénda ku maza. Munvutukulu
awu e diambu dizéngokele na de.
1
véta o’ mpáta, jeter la pièce de cinq francs, c’est une expression solongo qui décrit
l’acte de porter officiellement plainte contre quelqu’ un devant l’autorité établie.
343
- D :Wau tato Falansua atambudila kaka ayéeleswa.–Esangala banzéngela éyi:
mille tatu, ngulu zole za mbákala kwa yandi yakala divwidi o nkénto; dimémé ye
mbamba zole za nzámba kua tata ye mama bavwidi omwana a nkénto,mu
diambu dia nlélé a n’soni bavwatiswa ; mille kimosi (mille zaïres) lapi ya mfumu,
ye bámba kia nsámba kia zimfumu ; yantu besolwa mudiambu dia kulutalanga,
kete lumonene va mpambwa a nzila luviokana, luse kua nkáka, vo kewau
ko,véngáma va mpámbwa a nzila waviokésa (o nkénto), ngeye o vemboka kuna
tshitshi.
-Kwa mama Gnasi Sukama : wau o vuathsisi e dikanda diaku yo Nuni aku o’nléle
wa nsóni, o vutuka kuna ngwáaku yo tata aku walóngwa diaka ngonde tatu. Te
ee yau kibeni bekuiza kuvutula kwa nunw’aku. O nléle wa nensasi ke
uwuvwandwanga kwa miole ko.
2
A ce sujet précis, il est très intéressant de constater que la cour, qui fonctionne
oralement, exige les frais d’administration que les Basolongo nomment « bic du chef ».
344
-Kwa Tata Filipi, ozaya vo o nkénto muntu a nyitu, o vuidi nzála za mpila mu
mpila ngeye o lúngisa zo. Maduki ye zi mfumu bakulombele watala ana
bewukanga mu makaya mansiéto, muna ngonde zitatu, o’nkázaku wéele
longokéka kuna kanda diadi. Kansi vo e nkóoka 3 vokayitomene kaka ko, tala
wan’é kanda nani ulenda kusadisanga muna nsamu ewu. Kiuma o’fita, 250
zaïres, lapi ya mfumu ye bámba kia nsámba. « Dikangamene vava ntóto,
dikangamene mpe ku zulu. Inokene, ikiele ! »
-T :A) à Philippe le mari : Sachez que « la femme est un être faible qui a des
besoins physiologiques que vous seul devez satisfaire ». Les anciens et tous les
chefs vous demandent de vous faire soigner à l’aide des plantes médicinales
pendant la période de la rééducation de votre épouse (trois mois). En cas
d’insuccès, vous pouvez envisager de prendre discrètement quelqu’un au sein
de votre famille pour vous prêter mains fortes. B) que vous ayez gagné le
procès, vous payerez 250 zaïres pour le bic du chef et une dame-jeanne de vin
de palme. « Liez sur la terre, liez aussi là-haut » ; « il a plu et c’en est fini ! »
2. E nona kia nzole, i nkánua nkwasa, mu mambu ma kindoki ku vata dia Vungu
mu nvu wa 1969, mu ngonda ya nya, lumbu kya n’tátu, mu communa ya
Moanda.
-D : e nona kiaki, e mwan’ame mambu ngolo makála. E téezo kia mvúla nvimba
mavuandilwanga, te muna dati yayi nvene, e mambu ke mazengokanga ko,
3
Nkóoka, littérallement, pipe. Dans le contexte du discours, il s’agit du zizi ou pénis (une
sorte de métaphore)
345
mazengokene. E diambu dia nvimba idiadi, kuna é vata dia Vungu, edibungu edi
diamonekwa ko. E yana makala awonso, landila kumi dia nvu, ye makuma tatu,
vo bele diata o’ntoto 4 , menga kaka bakezi súnsánga, kondwa kwa záya diambu.
Kinu mana, maka mase bakwenda luakila o mfumu’é vata, tato Ernest Ngoma-
Yaba. O kapita, tato Ndombi Edouard, o groupement tata Enselme Nkenge, o
zuzi, tata Victor Ngoma.
-T : Telle qu’elle est présentée, cette affaire était grave, mon garçon. L’affaire a
été traitée au tribunal pendant quasiment une année jusqu’à la date que je viens
de vous citer et qui a enfin vu le dossier clos. Voici le mobile de cette affaire : il y
avait des jeunes gens âgés de dix à trente ans qui pissaient bizarrement du
sang, sans motif valable. Certains parents sont allés voir le chef du village papa
Ernest Ngoma-Yaba. Le chef du village a des collaborateurs comme le kapita
(son assistant) Ndombi Edouard, le chef de groupement, Anselme Nkenge (son
chef hiérarchique), et son porte-parole Victor Ngoma.
-D : E maka mase, bele kwa mungángá, ye bankaka diaka bele kwa nganga
Sukisa, musi Longwa. E lumbu yayingi yavioka, yantu a nkaka bakwénda funda
kwa secteur ku Malele, kansi o secteur a kubavutula ku, vata, mu coutume ya
nsi, vo fu kia nsi. Amosi aya bavayikisa e yana au van’é vàta, dibungu dia vila.
Kinga, muntu wa vánda o nkísi o bakilanga e simbizi sa maza ye za ntshi,
Lafaelo Sami, e yantu banvándisa, Nkutshi a Mansanga yo muan’andi Politu
Ngoma.
T : Par ailleurs, certains parents sont allés consulter un médecin, mais sans
succès. D’autres sont allés voir le nommé Sukisa, devin à la fois féticheur
originaire de Longwa, qui leur révéla les responsables de cette maladie que l’on
ne rencontrait que chez les jeunes gens de ce village. Un autre groupe est allé
4
Diata o ntóto, littéralement, piétiner la terre. Une expression courante qui signifie, aller
au petit besoin ; se soulager ...
346
au tribunal de secteur à Malele. Malheureusement, le tribunal leur avait
recommandé la tradition ou la cour populaire.
Cependant, le groupe qui avait opté de sortir leurs enfants du village constata
que, une fois en dehors du village, les enfants guérissaient de cette terrible
maladie. Les personnes responsables de cette maladie sont Raphaël Sami,
Nkutshi a Mansanga et Hippolyte Ngoma : Raphaël Sami est allé chercher un
fétiche nocturne auprès de Nkutshi a Mansanga et son fils Hippolyte Ngoma pour
attraper beaucoup de poissons du fleuve et de gibier de forêt.
347
les plus enthousiastes dansaient. Les accusés sont : Nkutshi Mansanga,
Hippolyte Ngoma et Raphaël Sami. Ils sont défendus par Georges Nkenge
(mpovi, défenseur traditionnel).
-D : E lumbu kia zéngw’o ñkánu ewu, nganga nzíimbu yabokolwa Sukisa, musi
longwa, yandi weza mana ezimpaka zazina.
- D : U zuzi yandi vo :
- kua tata Lafwayelo, Ipolitu, ye mama N’kutshi, nzo zeno zi fwete bolomonwa
ye vikwa ;
- lumbu kimosi kiluvéno mu váyika nvimba, e divata ;
- lukatula o yéla kuéno kua masumba ma menga ;
- vo lufwidi kalulendi zikwa mu yiziami yéto ko ;
- casier tatu za biele, casier tatu za malavu ma nzénzé, mbámba sambanu za
nsámba ;
- mille kimosi kia zaïres muna muntu, lapi ya mfumu.
«Makangamemene, va ntóto, makangamene mpe ku zúlu. Inokene e ikiele e e ».
-T : le juge a dit :
- tous les trois accusés sont coupables et leurs maisons seront démolies et
brûlées ;
- ils ont un jour pour quitter le village et aller ailleurs ;
- ils ont un jour pour retirer leur sort (maladie) ;
- si l’un d’eux meurt, il ne sera pas enterré dans nos cimetières ;
- les sanctions suivantes sont prises : une amende substantielle de mille zaïres
par personne pour le bic du chef (frais d’administration), trois casiers de
348
bière, trois casiers de boisson sucrée, six dames-jeannes de vin de palme
payable aujourd’hui. Ce qui est lié ici bas, est lié aux cieux. Il a plu et c’en est
fini.
349
- D : O vundidi e nkóome kewánda vana ntóto. Tubake enona, ngeye ye mono
mu nsinga vúmu mosi twinina, wau umpangidi obi, avo mono i mfumwa
kanda yénina, ke nvúunda é kome, ke nvóova : « o ngeye Lembe dia
Nkuanga e e, wau tusidi mpila yayi te lufwa kaka tu vovanena kwa tata
Nzambi »
- . Wau ngeyee Mpungu so manuele e nkome vo mbát’éyi. Kowáanda, pum,
pum, pum; dikangamene te e lufwa kaka, vo, lambulula e káandu.
- T : On fait le poing, ensuite, on frappe par terre trois fois. Prenons que toi et
moi soyons dans la même structure familiale, que tu me fasses du mal et
que, par hasard, je sois le chef de clan, alors je dirai : toi Nkuanga Lembe, à
dater d’aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous adresser la parole, jusqu’à ce
que la mort nous sépare. Alors, toi Dieu (Nzambi à mpungu, so Manuele) ton
fils (Emmanuel), tu vois mon poing, je le frappe par terre d’où je viens. Puis,
je frappe : poum, poum, poum. Tout est lié jusqu’à la mort ou ne sera
dénouable que par la voie de réparation du káandu.
-L : tata polo, nkia sinsu yimonekanga kwa yantu ana be dilwange káandu, fwa
be fwanga vo maladi ma ntú be yélanga ?
350
kuizanga. Mbote mana lwa lambudila e káandu kiaki kia luvambusa e dikanda
Ale ne besila wauna, béele láanda « o nganga a káandu », yandi osalanga ésalu
kiakina.
-T : Manuel 5 , c’est la personne qui est initiée et chargée de réparer les paroles
liées par le vœu d’imprécation.
5
Manuele est expliqué avec un peu de confussion de la part de tata Polo. Nous avons
cru comprendre, Emmanuel fils de Dieu. Un nom qu’il attribue à l’initié du rituel. Bien sûr,
Manuele pourrait aussi être, le chef de clan. Heureusement, on a eu des plus amples
informations de papa Rycquins, un jeune solongo, qui nous a clairement expliqué, la
préparation du káandu, qui diffère avec celle de tata Polo.
351
-D : O Manuele nelwaka, yandi kebaka o lubansa, obakidi e nzúngu ya fioti ya
tuma, o bakidie kiodo (kwila), o sidi mwamba ngúba, o sidi o nkánda nkóombo,
ke lamba mu zungwana te yi via.. Bosi kebaka e ngáalu, osidi o luvusu, osidi o
nsangávala, o bongele edi lémba-lémba osidi muna ngáalu. Vana i kokolange e
nsúsu a ntéte, e mbele muna koko kwa yakala, ale ke vova owu : (e nzungu a
káandu vana ntandu a ngáalu ), « ee Mpungu, nge so Manuele, mono manuele,
wiza wakala va ndambu, wau mono ye zi mbangi za ntoto, ye yeno luatekela,
nlámbudidi mana makanga tata……..nsengele o luteva lualu, on’kanu mpe
umène ». Ne sila wauna, obakidi e nkubu a malavu ma nsámba, otabudidi pouw,
nkumbu tatu ; bosi ke dikila nzalu kimoso vo yi yole, kwa ndiona wadilwa e
káandu, bosi ke kanga o nsinga muna laka diandi o luvusu. Kwa ndiona wa
dialwa e káandu o kangidi o luvusu muna koko kwa nkénto.
Bosi ke benwa e malavu mana banatinu mu diambu dia salu kiandi, vo miole,
ntatu benena.
T : Cet interdit n’est pas autorisé à tous. Seuls peuvent le prononcer le chef
famille restreinte (nucléaire) ou le chef de famille élargie (clan) qui ont été choisis
par les autres membres de la famille.
352
vóva, osololo kimfumu kia kanda, kansi vana kanda kévakodwa e ndoki ko ; vo
yandi kwandi ota mana mampimpa. Kansi divóvélè ngeye mfumu kadilendi katula
muntu ko. Diau dimosi mpe kwa tata ye yana andi muna nzo awu.
-T : Non, pour être choisi chef de famille, cela ne nécessite pas que tu sois
sorcier d’office. Généralement, le chef de famille est investi par la majorité des
membres d’un clan pour sa sagesse, ses qualités de bon travailleur, bon
protecteur des autres, pour sa générosité et en tant que bon porte-parole
(maîtrisant le verbe). Par ailleurs, dans chaque famille, il y a sans doute un ou
plusieurs sorciers, qui s’occupe(nt) de la défense de toute la famille la nuit.
Néanmoins, la parole d’un chef de famille reste dans tous les cas indiscutable. Il
en est de même pour le père de famille chez les Basolongo (qui est issu d’un
régime patrilinéaire). La parole du père reste une parole d’évangile.
-L : tata polo vo muntu wa dia é káandu a fwa kwandi, wedi e yantu ana bena
kimoyo bafweti sila ?
-T : Tata Polo, que fait la famille restée en vie dans le cas où l’imprécateur de
l’interdit est déjà décédé ?
6
Tshiaba - tshiaba, est une expression solongo, pour justifier l’incontrôlable. Par
exemple, quand on est devant une situation qui dépasse l’entendement humain.
353
-T : Cher cadet, dans chaque famille il y a toujours un "vieux". Dès que ce vieux
constate une situation anormale, il invite Manuel, l’initié de l’interdit. Ce dernier
fera son travail dans les mêmes normes comme si l’imprécateur était vivant.
Mais après la cérémonie, il ira présenter des excuses devant la tombe de
l’intéressé. Il versera quelques gouttes de vin de palme sur le sol à côté de sa
tombe et finira par écraser la calebasse qui contenait le vin. Ensuite, il rentrera
en courant sans regarder derrière jusqu’à ce qu’il arrive au village.
354
Annexe 3
Prélude
Son Excellence Charles Kisolokeke est âgé d’environ 49 ans. A la mort de son
oncle, feu le chef spirituel, son éminence Dialungana Kiangani Salomon,
deuxième fils de Simon Kimbangu, lui et ses frères et sœurs, petits-fils de
l’envoyé spécial de Jésus-Christ, deviennent par révélation divine, chefs
spirituels adjoints 7 et l’un de leurs frères aînés devient le chef spirituel et
représentant légal de l’église kimbanguiste.
7
Son excellence, Charles Kisolokele Diangienda n’est plus chef spirituel adjoint sur décision des
résolutions de l’assemblée mondiale kimbanguistes tenue à Nkamba, en octobre 2002. Il est
désormais dans l’opposition avec ses autres frères et soeurs dans l’aile 26 =1 (qui signifie, tous
les petits-fils de Kimbangu ensemble), après avoir protesté contre la décision de l’assemblée
mondiale kimbanguiste.
355
356
Notation de l’interview 3
Mon objectif n’est pas d’entendre les noms des personnes, mais plutôt, je
souhaite comprendre comment fonctionne cette réalité obscure dont les Bakongo
en général ont intensément peur.
CH. K : Bonjour papa Lembe ! Avant toute chose, je vous invite à la prière, pour
que le Seigneur par son envoyé spécial papa Simon kimbangu nous éclaire dans
ce domaine délicat.
« Au nom du père, fils et du Saint-Esprit, papa Simon kimbangu, toi qui reçus
cette mission difficile pour sortir l’homme noir de l’impasse où il nageait tête
première. Viens nous assister, maintenant que nous voulons aborder ce sujet
métaphysique, la sorcellerie. Papa Kimbangu, toi qui révèles les choses cachées
et obscures, éclaire-nous, pendant notre entretien avec mon frère Lembe. Que
cet entretien soit fructueux, au nom du père, du fils et du Saint-Esprit. »
357
- L : Etes-vous bien le fils de papa Diangienda Kuntima Joseph, ancien chef
spirituel du kimbanguisme de 1959-1992 ?
- CH. K : Oui, c’est mon père.
- L : Comme vous l’avez entendu dans mon introduction, j’aimerais savoir ce
qu’est la sorcellerie selon vous, en considérant le nombre important de gens
qui viennent vous aborder à ce sujet ?
- Ch. K : Il est un peu difficile de définir la sorcellerie, pour autant que moi-
même, je ne le suis pas. J’ai des difficultés pour donner une définition nette,
parce que, pour moi, ce sujet appartient à la métaphysique. Tout ce que je
peux dire est que la sorcellerie appartient au plan satanique.
- CH. K : Oui, sans aucun doute, la sorcellerie existe. Parce que les personnes
qui appartiennent à cette société obscure, viennent à moi, aux pasteurs, aux
disciples de papa Kimbangu ou à mon père (de son vivant), avouer l’évidence
de leur appartenance à ce groupe.
- L : Si cela n’est pas trop indiscret, j’aimerais savoir comment ils se présentent
devant vous? Le prof. Buakasa qui a examiné ce cas chez les Bandibu de
Mbanza-Ngungu (1973) définit la sorcellerie comme « une intelligence
spéciale, ou ngangu za mpimpa, intelligence nocturne », ayant un résultat
ambivalent, tantôt faisant du bien, tantôt faisant du mal.
358
petits sorciers, des apprentis, des néophytes, répartis en différents groupes :
sorcier, féticheur, magicien, guérisseur, etc. C’est comme cela que je peux
l’expliquer en gros pour revenir à votre question initiale. Avant que cela ne
m’échappe, notez aussi que les sorciers utilisent un corps approprié (corps
astral) pendant l’exercice de leur métier.
Je peux donner quelques cas de figure. Il y a vingt-cinq ans, mon père était
encore de ce monde. J’ai vu une maman dont le bébé était atteint de la
sorcellerie alors qu’il était encore à l’étape du fœtus dans le ventre de sa
mère. Il y a aussi d’autres qui le deviennent par contamination, en mangeant
un morceau de pain, de poulet ou même quelques grains d’arachides, voire
un bonbon que l’on reçoit d’un ami, d’un inconnu ou même d’un proche.
Et enfin, il y a ceux qui vont solliciter les fétiches chez le féticheur pour
devenir tel homme ou telle femme important (e). Et même un proche ou un
ami peut s’amuser à vous initier dans ce domaine.
Je donne un autre exemple : pas plus tard qu’hier c’est-à-dire mardi, avant
mon départ à Nkamba, il y a un homme auquel un ami avait donné quelque
359
chose à manger. Or, cette nourriture n’était pas ordinaire. Il s’agissait bel et
bien d’une nourriture spéciale dans laquelle était mélangée une sauce des
initiés. Après le repas, l’homme en question s’est senti mal au point de venir
consulter la dernière disciple de Simon Kimbangu la nommée, Michaëlle
Mandombe. Comme celle–ci fort occupée ne savait pas le recevoir, il a pensé
me voir.
- Ch. K : Au juste, l’homme s’est retrouvé dans une sorte de songe avec la
même tenue astrale que les autres sorciers. Alors, il apprendra de la bouche
de son ami que la nourriture qu’il lui avait fait manger contenait de la sauce
spéciale. C’est pourquoi il se retrouvait avec la même tenue que les autres
sorciers. Heureusement, il n’avait pas encore consommé la chair humaine.
Ainsi commença la controverse entre les deux amis la nuit même. Et cela a
fini à mes oreilles le jour. Parce que l’intéressé n’avait rien demandé à son
ami qui voulait à tout prix l’initier dans ce métier indésirable. La demande était
que je lui sorte de cette impasse. Chose que j’ai faite avec sa volonté de
déballer tout ce qu’il savait. Eh bien, le verbe dit par le biais du rite de
‘confession, prière et eau bénite’ l’a tiré de cette géhenne.
- Ch. K : Au fait, arrêter l’hémorragie, c’est quoi ? Il faut que la personne qui se
dit victime, puisse tout avouer.
360
- Ch. K : Oui, comme il a pu le faire. J’avoue que cela est généralement rare
d’admettre. Car, quand on a déjà goûté, d’une manière générale au métier, le
sorcier prend son temps pour abandonner la sorcellerie qui devient très
précieuse à ses yeux. On se propose d’arrêter dans deux jours ou trois, puis
jamais…
- Ch. K : Au fait, comme vous le dites, j’ai toujours mis en doute le fait que le
sorcier soit inconscient. Mais pour comprendre l’argumentation de l’auteur
que vous m’avez cité, je vais vous expliquer quelque chose. Quand vous
entendez que X est soupçonné de sorcellerie, parce que son visage a été
361
utilisé, je vous informe que cela peut être vrai. Parce que parmi les sorciers, il
y a des petits malins qui savent utiliser les autres visages innocents pour faire
leurs aventures ailleurs et au compte des autres. Et c’est dans cette
perspective qu’il faut inscrire ceux qui se disent inconscients. Evidemment là,
il s’agit de la physionomie simple de la victime qui n’est pas toujours un
sorcier déclaré comme tel.
- Ch. K : Comme je l’ai déjà dit plus haut, il s’agit d’une grande maison ayant
plusieurs chambres ou appartements. Il y a notamment la sorcellerie, les
fétiches, l’occultisme, la voyance, la magie, la parapsychologie, l’alchimie, la
rose-croix, la franc-maçonnerie, le vaudou, etc. Tout ce qui est lié à la
superstition. C’est pareil. Par exemple, un féticheur est avant tout sorcier.
- Ch. K : Pour moi, ils sont tous pareils. Quand vous parlez de chef du village,
chef coutumier, chef de groupement, c’est le même rite. Ils sont
généralement sorciers, quoique d’aucuns s’abstiennent de consommer la
chair humaine et que d’autres le font. Le pouvoir qu’ils prétendent détenir
provient de la même source du mal.
362
- Ch. K : Du tout. Il n’y a que le sorcier lui-même qui peut vous définir le camp
auquel il appartient.
- L : Voici une question qui n’a rien à voir avec le sorcier, mais que je considère
comme liée au sacré et au pouvoir. Qui est un nkulu ou ancêtre pour vous ?
- Ch. K : Pour moi, un nkulu est une personne d’un certain âge. Mais j’ajoute
que cette personne maîtrise sa propre culture. Mieux, quelqu’un qui a une
grande connaissance de sa culture. Un instant, je pense qu’il serait prudent
que je fasse la différence entre maduki, les vieux et les bakulu, les ancêtres
déjà morts. Alors, les maduki, vieux, sont ceux-là qui ont maîtrisé la
connaissance de leur culture et les us et coutumes (ils sont visibles). Tandis
que les bakulu, les ancêtres morts interviennent dans le domaine de l’esprit
(ils sont invisibles) et ont un statut spécial avec des références utiles pour les
vivants.
- L : Que dites-vous de cette assertion en Afrique noire que : les morts ne sont
pas morts ?
- Ch. K : Les morts ne sont pas morts, signifie le corps matériel meurt, mais
l’esprit reste intact. C’est l’esprit qui est très important dans l’enveloppe
humaine.
- L : Que signifie l’au-delà pour vous ?
363
prépondérante que lui offrent les Bakongo en particulier et les Africains noirs
en général ?
- Ch. K : Ecoutez, là, je pense que c’est un autre problème. Je veux vous
donner un exemple bénin. A l’époque du président Mobutu, nous avons tous
connu les soldats de la Garde Présidentielle dite aussi Division Spéciale. Ils
avaient un accoutrement impressionnant et une réputation de tueurs. S’il
arrive que vous croisiez l’un d’eux dans un lieu où la circulation de la
population se fait rare, je m’imagine qu’il est normal que vous soyez assailli
d’angoisse. Il en est de même d’un individu supposé sorcier. Le fait qu’il vous
regarde d’un œil négatif peut susciter en vous une angoise incontrolée. Et
cette angoisse peut vous jouer des mauvais tours. Je veux dire par là qu’il
s’agit d’un autre problème de foi. Par ailleurs, je constate que la sorcellerie
existe bel et bien et n’est pas le simple fruit de l’imagination.
- Ch. K : Honnêtement, je suis incapable de vous le dire car ce n’est pas facile.
Cependant, si vous mettez un enfant de Dieu à côté de quelqu’un qui est lié à
la sorcellerie, à la magie, aux fétiches, etc., on peut le constater par le
comportement qu’affichera l’homme négatif.
- Ch. K : Même pas. Comme je l’ai dit, son comportement et surtout le verbe (le
vocabulaire) qu’il utilisera l’accuseront.
- L : Et si vous avez affaire avec un vrai rusé qui ne laisse pas paraître son
émoi interne ?
364
- Ch. K : Malheureusement, il y a toujours un petit rien qui, à coup sûr,
échappe à sa vigilance. De ce fait, ce petit détail finit par trahir son maître.
- Ch. K : Je dirai que tout ce qui est obscur est négatif appartient à la
sorcellerie. Comprenez aussi que tout chef de clan n’est pas toujours sorcier.
Car là, c’est la sagesse qui prime. Mais un chef coutumier est généralement
sorcier. J’ai cette information des chefs coutumiers que je côtoie dans le
cadre de notre travail sur le terrain dans le cadre de l’église. Ils me répètent
sans gêne qu’ils ont hérité la terre et la sorcellerie de la part de leurs parents.
C’est bien malheureux, car la sorcellerie dans toutes ses formes est
mauvaise.
- L : Encore une fois, merci pour avoir répondu à toutes mes questions.
365
Annexe 4 : Les audiences
Agnès Sukama sortait avec François Nsanda depuis son jeune âge. Elle a failli
se marier avec François. Mais les circonstances ne l’avaient pas permis. C'est
ainsi qu'elle a fini par épouser Philippe Ngoma qui a quasi l'âge de son père et
avec qui elle a trois enfants.
Alerté par un groupe des jeunes garçons qui avaient surpris sa femme et son
amant dans la forêt Kinlembo, l'un de ces jeunes tend à Philippe Ngoma la
chemise et les babouches que François avait abandonnées lors de sa fuite.
Ces objets constituent pour Philippe des pièces à conviction irréfutables. Le soir
même, la victime se rend chez le kapita Ndombi Pierre pour porter plainte (en
présentant une pièce de monnaie, mpáta). Le kapita va voir à son tour le chef du
village, mfumwa a vata, Nguka Valentin, qui ordonne le « lukózi », « l'alerte
générale », aux villageois et au conseil du village (qui est composé de sages, du
chef du village, du kapita et du «dingisi » ou juge). Il précise l'heure et le jour ; le
lieu étant connu de tous.
366
L'audience a lieu le samedi 29 octobre 1968 à 10 heures, en dessous du Baobab
près de la maison du chef (fulu kia mambu, siège des palabres ou tribunal
populaire).
Les deux parties sont présentes. Elles sont accompagnées par les membres
de leur famille respective et de leur porte-parole, mpovi (une sorte d’avocat
traditionnel). Il y avait au total quelque cent personnes: hommes, femmes et
enfants assis sur des briques en argile, tabourets, chaises longues en bois,
fauteuils en bambou, etc.
trois maduki, anciens sages, du conseil : N’buba Oscar (85 ans et doyen des
anciens), Massamba Edouard (78 ans) et Yaba Alexandre (71 ans).
Kapita Ndombi Pierre : kwa yeno a tata ye a mama, je yanana, lutala owu nsidi (il
frappe trois fois les mains selon la tradition). Eh diambu bakulu bavova dio : «
mbila ku lumbu vo ke yadia ko, ya mambu». T : A vous mes hôtes, hommes,
femmes et enfants voici ce que je fais (cf.ci-dessus). Cet adage a été dit par nos
anciens : « un appel en famille si ce n’est pas pour manger, c’est pour une
palabre ».
367
- va vuende e yantu ke vakondwe e e diambu, « é n’zalà mia nlémbo kutu ke
mikondwang’énvindu ko» ! T : En effet, là où il y a des hommes les problèmes ne
manquent jamais. Les ongles sur les doigts d’un homme ne manquent pas de
saleté. Cela veut dire que, quoique l’on fasse, l’homme restera un être faillible.
Après cette introduction du kapita Ndombi Pierre, le juge Nsumbu Eugène, prend
l’affaire en mains.
Le tribunal invite Philippe Ngoma à présenter de vive voix sa version des faits
aux membres du conseil du village.
Philippe intervient et déclare (après avoir fait la révérence en claquant trois fois
des mains).
- e tato zuzi ye maduki mame, o zono kia ntanu ku nfinda yakele muna nsuka te
e e mu ntangu za ndémba, kansi mwini nkadu wakele ko. Yatoma tal’é
makonde, n’tambu ye zindobani ya vutuka kuame ku vàta. Mono kinzayi diambu,
diambu dianzaya, ya vuende vana nwa nzo ya kezisikilanga e ladio. Te , mwene
e yanana yi kwiza zemunanga ku nzila nzo ame kubala …
kubala…kubala..kubala. Umosi vàne yanana Masaki mwana Mansanga, umpene
« kinkutu ye ma mapapa ma «m’pulukusu» eyei « Falasua Nsanda » wasololwe
kwa yanana vana ntandwa à n’kaz’ame Gnesi Sukama. « Ngulu’ a nfinda
idilanga mu tshitshi wau iki vayikisi ku vata ».
368
- Idiau yendele n’zúalu kua tato Ndombi Pierre (Kapita) ya véta o’ m’pàta. Vo
mambu màmè kema tomene nzengwa ko mu n’kéle me manina..
- Ainsi, je suis allé immédiatement voir M. Ndombi Pierre (le kapita) et j’ai porté
plainte contre ce conard. En tout cas, si je n’ai pas un jugement équitable, je vais
régler cette affaire avec mon fusil.
L’assistance est très amusée par les propos de Philippe. Le tribunal appelle les
deux accusés pour passer tour à tour à la barre.
- Tato zuzi ye Maduki mame o nuame mpene wo kwa tato Tobila Victor mpovi
ame.
369
Mpovi Tobila : Tato zuzi (en faisant la révérence aux anciens de la cour, il claque
trois fois dans ses mains). Puis de suite, il entonne un chant : E tumbela ke nuni
ivonda, makinu ko o e tumbelele kenu ivonda makinu ko.
T : un moineau est un petit oiseau qui ne peut pas perturber la danse. (il danse,
danse et s’arrête sous les applaudissements du public).
Le tribunal invite Agnes Sukama à passer à la barre (elle a la tête basse, elle est
silencieuse et l’assistance éclate de rire).
O Wau kutu ee, o tato filipi ke londanga diaka nzanza ko. I diau o mama gnesi
mwana nzua ye meno malunga muna nwa, kalendi kaka kanganga ntshima ko. «
o mbonde nki a dila o tuvi, mpasi » !
370
une énorme dette qu’il ne pouvait à lui tout seul honorer. C’est pourquoi le
créancier et le débiteur ont fait une clause qui consistait à marier Agnès Sukama
au vieux créancier, ce malgré le jeune âge (quinze ans) de ma cliente. Depuis ce
mariage, elle a trois enfants. Or présentement, notre cher mari a déjà perdu toute
virilité au point qu’il ne «grimpe plus la montagne sainte ». Ainsi et au vu de cette
situation, ma cliente qui est encore une fois jeune « avec toutes ses dents
complètes dans sa bouche » a des difficultés pour se retenir. Ne dit-on pas que
«le chien a mangé de la matière fécale à cause de la souffrance » ? Ce qui
signifie : ma cliente n’a pas épousé un moine pour subir la pénitence dont elle
fait l’objet.
L’assistance est très mouvementée. Elle est divisée en petits groupes au point
de ne plus suivre la discussion des assises. Le juge fait disperser les enfants
mineurs pour protéger l’intégrité de l’éthique du tribunal.
T. Cher Philippe éclairerez-nous un peu : est-il vrai que vous ne montez plus la
montagne sacrée, ou ont-ils menti à ce sujet ? Si c’est vrai, dites depuis
quand cela s’est produit? Si c’est faux pourquoi votre femme vous aurait-elle
ainsi trahi ?
371
R. – Ntondele tato zuzi ludi kikilu, n’vula ya ntanu yayi ke nzeyi una
ulondelwanga nzanza lumingu ko, kansi o nkaz’ame zola yinzolele, kilende bika
muntu ko a’nsakanena.
T. – Je vous remercie M. le juge pour la parole, c’est vrai que depuis cinq ans
environ je ne sais plus comment monter « la montagne sainte ». Mais, cela dit,
j’aime ma femme et ne laisserai le droit à personne de pouvoir s’amuser avec
elle.
Q. – A François Nsanda : Tato falancua, otomene dio zaya vo nziku, ku wiyi ko,
kusimbi nkaz’ingana ko, kuvondi ko, etc. bakulu babikadio nsiku batambula kwa
tata nzambi’ampungu. Wau ngeye osololwe kuna tshitshi yo n’kéto a ngani, wedi
wabakidi e ngidu za mpila yayi ?
T. M. François, tu sais très bien que notre société évolue avec des règles telles
que : tu ne voleras pas, tu ne tueras point, tu n’iras pas avec la femme de ton
prochain, etc., à l’instar de nos ancêtres qui les ont reçues de Nzambi’ampungu
(Dieu tout puissant). Le tribunal veut comprendre comment tu es allé jusqu’à te
faire prendre avec la femme de ton prochain ?
R. – tato zuzi o Gnesi Sukama ke inzeye wunu ko, nkénto ndieu mono yamana
ku nkuela. Kansi e dikanda diandi keba zola ko, idiau di yalemba ku nkuéléla.
Alolo , owunu, lusadisu kuandi nzolelenge nku vàna kadi o nuniandi kutu ke
kunsimbanga ko, envula ya ntanu yiyi. Mfumu zame, o sadisa muntu una mu
mpasi, mbi ?
T. – M. le juge, Agnès Sukama n’est pas une connaissance du hasard. Elle est
plutôt une vieille connaissance et ce depuis notre tendre enfance. J’allais
d’ailleurs l’épouser, mais ses parents m’ont empêché de le faire. Présentement,
j’ai voulu lui venir en aide aux vues des circonstances particulières qu’elle
372
traverse chez son mari impuissant depuis cinq ans. Aussi je me demande
d’ailleurs si secourir quelqu’un est un mal en soi ?
T. – grimpe lentement mon bonhomme, sinon tu risques de tomber tout cru. Puis
il ajoute un proverbe.
373
1) E matu kene makudidi ke malendi vioka ntú ko. T : – même si les oreilles
poussent, elles ne peuvent jamais dépasser la tête.
Verdict :
• Tata Falasua Nsanda : Tuka wunu kwima o fita mile tatu kia zaïres, ngulu
zole kwa tata Filipi, dimeme ye mbamba zole za nsamba kwa tata ye ngudi
andi mama Gnesi mu diambu dia nlele ansoni ubavuatisi.
• Oyélélé
• Mama Gnasi Sukama : ngonde tatu o fwete vutuka kwa tata ye mama
balonga diaka é kadilu ye yakala. « o nlele a nensasi wa kete, ke uvuandanga
miole ko».
374
• olungudi kuaku. Lapi ya zi mfumu 250 Zaïres + mbamba nsamba mu nuikina
zi mfumu.
Traduction du verdict :
• à dater d’aujourd’hui, nous allons placer des hommes qui vont te surveiller ;
tu ne peux plus passer par leur domicile ; si vous vous croisez en chemin, tu
dois te cacher pour les laisser passer (l’homme ou la femme) sans un mot de
ta part ;
À Agnès Sukama : Pour avoir terni l’honneur de ton mari et celui de ta famille, tu
rentres chez tes parents pour une rééducation conjugale pendant trois mois. Car
la peau de l’antilope est petite, elle ne permet pas à deux de s’y mettre.
À Philippe Ngoma : Sachez qu’une femme est un être faible qui a des besoins
physiologiques. Pour ce faire, le tribunal te demande de suivre un traitement
adéquat pendant les trois mois de sa rééducation auprès de ses parents. Par
ailleurs, si cela n’est pas réparable, arranges-toi à trouver quelqu’un dans la
famille qui te prêtera main forte. Tu gagnes le procès, mais tu paieras quand
375
même 250 Zaïres pour les frais d’administration et tu remettras une dame-jeanne
de vin de palme.
T : Ce qui est lié ici bas, est aussi lié au ciel. Daigne ce que nous venons de
décider aux noms des ancêtres qui m’ont élu, soit respecté par tout chef et tout
seigneur nganga (féticheur).
Certains parents éveillés vont voir le chef du village, à l’époque le mfumu vata
s’appelle Ernest Ngoma-Yaba. Son kapita s’appelle Edouard Ndombi. Le chef de
groupement est Nkenge Anselme. Le juge dans cette affaire est Victor Ngoma.
Dans ce genre de problèmes, les issues sont limitées au point que le Mfumwa
vata invite, en accord avec les membres du conseil du village, un nganga
nzimbu, le devin à grain rouge (grain rouge que l’on place dans l’œil de tout
376
suspect potentiel) et que tout le monde appelle Sukisa. Il est du village voisin qui
s’appelle Longwa.
Notons en passant que les trois familles avaient auparavant porté plainte auprès
de l'administration officielle (tribunal de secteur) à Malele, qui leur a recommandé
de se présenter auprès du chef du village ; au cas où aucune solution n'est
trouvée à son niveau, elles ont le feu-vert pour aller voir le tribunal coutumier de
secteur, puis le tribunal du territoire à Moanda (au besoin et en l'absence d’une
solution satisfaisante), et enfin la cour suprême de Boma.
Par ailleurs, une affaire de sorcellerie chez les Bakongo en général est une
longue procédure qui ne finit que par des preuves palpables, en faisant intervenir
un devin à grain rouge (nganga a nzimbu chez les Basolongo) ou "le nganga
nkása " (chez les Bavili par exemple) chez les autres sous-groupes bakongo ou
tribus, etc. Le "nganga nzimbu" n'intervient qu'en cas de manque de coopération
de la part de l'accusé ou des accusés (ou des suspects potentiels).
Au moment où les trois familles précitées se sont présentées à Boma, une autre
famille dont l'enfant avait le même problème s'est rendue chez le médecin qui n'
avait rien trouvé de particulier du point de vue clinique. En rentrant au village, la
famille a appris qu'il y avait d'autres familles qui ont fait fuir leurs enfants mâles
loin du village et pour lesquels le phénomène avait disparu. Mais, puisque
beaucoup de ces familles n'acceptaient pas cette solution d’éloigner leurs
enfants, elles se sont constituées parties civiles contre les suspects potentiels.
8
Lúkózi, alerte, est une invitation verbale que l’on lance aux villageois chez les
Basolongo pour les tenir au courant d’une situation pendante devant la cour du chef. Il
peut également s’agir d’une information de routine que l’on donne à la portée de tout
villageois. Cette alerte est souvent attribuée au kapita, l’assistant du chef du village, en
cas d’affaire au tribunal. Par ailleurs, cette alerte peut être faite par tout individu qui se
377
verbale», par son Kapita qui annonce en criant la nuit, d’un bout du village à
l’autre et en précisant le jour et l'heure des débats, le lieu étant connu de tous.
Nous présentons ici la dernière audience d'une affaire qui remonte à 1967, après
une procédure qui a duré environ deux ans sans que les accusés ne se
rétractent ou ne passent aux aveux et cela surtout grâce au louable service de
leur porte-parole, le célèbre « mpovi », Nkenge Georges. Dans cette ultime
audience le juge a invité le fameux Nsatu allias «Sukisa », le nganga nzimbu.
L’une des raisons qui nous a poussé à mettre en scène cette dernière audience
est qu’elle est riche en invectives, chants, et proverbes sans oublier la
participation d’un devin, le «nganga nzimbu» (un exemple concret de la
métaphysique qui pourrait éclairer les sociétés occidentales et autres dans la
recherche de la vérité). Cette ultime audience illustre par rapport au sujet «le
káandu chez les Basolongo en RDC », une illustration dans la recherche de la
tranquillité publique et l’équilibre social brisé.
sent menacé par un sorcier connu ou inconnu (d’où un bon moyen de persuasion).
378
Toutes les parties sont présentes. Les plaignants sont défendus par Philippe
Lusala (juge du village voisin nommé Kibamba). La partie adverse (les accusés)
est défendue par Georges Nkenge. Dans l’assistance, il y a environ trois cents
cinquante personnes : hommes, femmes et enfants. Il est 10 heures, le soleil est
levé, tous les villageois et quelques curieux des bourgades proches sont là.
Depuis presque 9 heures du matin un griot, nséki a n’kunga, est accompagné
d’un grand tambour, ngoma poto, un petit tambour, kintábala, et un
accompagnateur joueur de ngongi (instrument à vent). Ils sont entourés par des
badauds dont les plus enthousiastes dansent à la grande admiration du public
impatient de voir l’audience commencer.
- E maduki ye zi mfumu zame, dia ntete e diambu tuvuandidi owunu n’tama dia
tuka. E n’fula ya nzole yayi é vàta dia nvimba ba seye dio. Vumu tatu bezidi
kundomba ya bavovela va meno ma mfulu a mambu. E nkumbu zau ezi :
-Muna nzo ya tata polo, yana makala ntatu anvimba menga besunsanga ;
379
Wau kiuvu éki, kawedi é vumu yayonsono itangulu bazayidi vo, o muntu, vo
yantu bezetumunanga yan’ au mu vàta diadi benina ?
-I diau twizini kwa yeno nganga ye mfumu luatutadila diambu edi muna, fu kia
nsi. « Tu kulombele lua tulambila mu muamba mpinda, ke mu mafuta mangazi
ko» ; « O nkama lumbu, lumbu kimosi wanlenda ». Nsimikini o ntshi.
• chez papa Nsanda la même chose, la famille est allée voir un médecin qui n’a
rien trouvé d’anormal du point de vue clinique ;
380
crainte du sorcier), qui n’acceptent pas d’éloigner leurs enfants, se sont
constituées partie civile dans cette affaire.
C’est pourquoi nous sommes venus auprès de vous pour faire examiner cette
affaire selon la tradition. Nous vous demandons par la même occasion «de nous
la préparer avec la pâte d’arachide, et non avec l’huile de palme » car ne dit-on
pas : « cent jours peuvent être gagnés par un jour ?», ce qui signifie que nous
requérons la diligence dans la solution de cette affaire. Parce que, ajouta t-il, « la
palabre quelle que longue soit-elle, il y a un jour où la lumière sera faite ». Je
plante mon bâton. Ce qui signifie, je m’arrête là pour l’instant.
Le Juge invite la partie adverse à présenter les éléments de leurs défenses aux
vus de ces accusations accablantes.
Nkenge Georges : Zi mfumu zame, tala owu nsidi (il frappe trois fois les mains)
et déclare :
• kiosi, ntomdele muna mamonsono tuwilu vava kua tato Lusala. Dia kieleka
kuandi o nvu wa nzole wuwu zi mfumu zame, « nkumbu ya mpakasa ya
vondua tuwanga, kansi o nsoso wau ke tumoni». E diambu bakulu babika dio,
«e ngombe ke i tekolwanga mu nkutu ko».
381
• Dia nzole, e vata diadi diawonso konso ka muntu wena ye nona kimona meso
katusonga kio vo ke wau ko, nseke tumanina owunu, e mpuandi yevi ;
• Dia ntatu (il chante et danse par moment) : wau nvova kuame nanu, ne
ndemba vova diaka nkanu ; ne ntàla kánu ne ndemba tàla diaka nkánu ;
malemba malembe inuange énguala malembe ma unianga. Nkimikini o tshi.
382
anciens restent pour se consulter sur la marche à suivre. Plus tard vers deux
heures du matin, ils se mettent d’accord, qu’après audition des témoins, ils feront
appel à Nsatu allias Sukisa, le « nganga nzimbu », ce à l’insu des deux parties.
Comme le fameux devin habite hors du village, le tribunal dépêche deux jeunes
courageux pour aller à sa recherche. Il a été décidé que les frais de consultation
allaient être à la charge des perdants.
Le tribunal est composé comme à la veille. Les deux parties sont présentes
accompagnées de leurs Mpovi respectifs. Les membres de familles et quelque
deux cents personnes assistent au procès. Un bon nombre de curieux de la
veille n’est pas revenu à l’audience parce qu’ils devaient vaquer à leurs
occupations journalières. Le juge prend la parole et rafraîchit les mémoires de
ceux qui avaient oublié certains détails. Puis il demande aux parties de présenter
leurs témoins à l'interrogatoire.
383
Q. – Wau weyi tusimbila e kieleka ye nsina diambu ?
R. – Cette affaire est grave, je ne peux pas divulguer le secret, les ancêtres ne
me l’ont pas autorisé.
Puis intervient Nkenge Georges : Tato zuzi ye maduki mame, e sinsu kiaki
kimonekene, kisongele vo o wunu e diambu diadi mana ye yandi.
T : – M. le juge et mes anciens, le signe que nous venons de voir signifie que
cette affaire doit aboutir aujourd’hui. (L’assistance est très grave et anxieuse).
384
Le juge (sans commentaire) demande aux plaignants de faire entrer leur
nganga-mambu, féticheur pour éclaircir la cour sur les accusations portées
contre les trois suspects virtuels.
Q. de la cour : - Nkia nlélé bavuata, ye nki wamona bakezi salanga muna longa?
T : Ils n’étaient pas habillés, ils étaient nus comme un ver de terre. Par contre,
ils étaient assis sur un arbre sans rien faire de spécial.
Q. – Nkia nvóvó miamina mia vova e nganga yau (zindoki) bavayikila mu longa
dia maza ?
385
T : Quel verbe le féticheur avait-il prononcé pour que les sorciers apparaissent
dans le bassin d’eau ?
« A vous les ancêtres, vous qui m’avez élevé au rang de féticheur, éclairez-moi
sur cette situation confuse ; qu’il soit homme, femme ou enfant ; qu’il se cache
dans l’eau, sur la terre, sous les rocs, dans les baobabs (arbres), qu’il soit seul,
deux ou plusieurs, montrez-les moi ». Ceci dit, il alluma la poudre dans l’eau.
Puis, l’eau bouillonna, pendant un moment, jusqu’à qu’elle redevint calme et
c’est à ce moment que nous vîmes les trois visages... (avant de terminer sa
phrase Yobila est tombé sur le champ).
Sur ce, le juge suspend l’audience. Le juge et les membres de la cour prennent
le temps de calmer les esprits des personnes présentes et dont certaines
commençaient à quitter le lieu par peur de ces démonstrations occultes en plein
jour.
386
déterminés à mettre fin à cette affaire et nous ne tolérerons plus d’autres
perturbations ou manœuvres occultes ».
Le juge demande ensuite aux accusés de donner leurs versions des faits sur le
témoignage de Yobila.
- T : Comme les autres l’ont dit, nous sommes innocents de cette affaire.
T. – Oui.
R. – ingeta. (Raphaël)
T. – Non.
387
R.- R…
Devant cette confusion gênante, la mère et son fils ne savent plus que faire.
Etant apparemment désepsérés, ils cèdent. Le tribunal ordonne le nganga
nzimbu de faire son travail pour lui permettre de trancher.
Tata nsatu intervient et appelle les accusés par leurs noms, lui qui ne connaît
aucun d’eux.
T : « Mama Nkutshi, moi, je suis le seigneur nganga nzimbu nsatu alias Sukisa,
si vous ne connaissez rien de ce que l’on vous reproche, le grain tombe, mais
par contre si vous êtes coupable, le grain rentre dans l’œil et me tiendra
informé ».
(Sitôt dit, le petit grain rouge rentre et disparaît dans l’œil qui gonfle en deux
minutes et ensuite Nkutshi passe aux aveux). Il en est de même pour les deux
hommes qui ont vite reconnu leur culpabilité et ont promis de tout expliquer
séance tenante.
388
Verdict
Le juge : Kua yeno batata Politu, Lafaelo ye mama Nkutshi o wunu kiaki lu veno
te mbazi muna nsuuka, lukatula ekimbevo kieno kua yana makala
awonsono bena ku vata diadi vo luzolele lwa kala moyo;
• Si vous mourez, vous n’aurez pas le droit d’être enterrés dans nos
cimetières ;
• Comme amende, vous fournirez trois casiers de bière (primus), trois casiers
de boisson sucrée et six dames-jeannes de vin de palme ;
• Vous payerez chacun mille zaïres pour les frais d’administration aujourd’hui
même ;
• Vous ne faites plus partie de ce village, vous devez vous en aller loin d’ici.
Ce qui est lié ici bas et également lié au ciel. Après la pluie, vient le beau temps.
389
Avant que les membres du conseil ne s’en aillent, Nkenge Georges qui parle au
nom de ses clients négocie et obtient que le délai de l’expulsion soit prolongé
d'une semaine afin de permettre à ses clients d’avoir le temps et les moyens de
satisfaire les exigences du tribunal. Cependant, il accepte, au nom de ses
clients, le principe de leur expulsion pour que tout revienne à la normale. Deux
jours plus tard, tous les jeunes garçons ne pissaient plus du sang. Les demeures
des trois condamnés ont été détruites et brûlées après leur départ conformément
à l’ordre donné par le tribunal.
c) Cas d’une affaire foncière à Boko (nom d’un village, secteur de Ngemba,
territoire de Madimba, district de Thysville ou Mbanza-ngungu actuel)
devant une juridiction coutumière moderne (collaboration entre notables et
juristes modernes).
Ce litige est donc très ancien car les premiers jugements datent de 1931. C’est
aussi un litige célèbre dans la région et n’avait jamais été tranché à la
satisfaction des parties. Il était donc indispensable d’y mettre un terme. Cinq
lignées d’un même clan se disputaient un terrain et les jugements antérieurs
rendus par le tribunal de secteur n’avaient pas été adaptés, les chefs et les chefs
adjoints de secteurs s’étant révélés membres de l’une à l’autre lignée. Il y avait
donc conflit d’intérêt.
390
Le jugement fait appel à toutes les traditions et est assorti d’un examen
scrupuleux des lignées et des clans et d’une connaissance approfondie du
terrain, des coutumes et de la procédure en matière des affaires foncières. Il fait
aussi appel à des proverbes judiciaires. Il fut accepté par les parties en cause.
Présentation du dossier
Congo belge
En Cause de :
391
Contre :
Motif : affaire des terres- révision du jugement n°8 P.V.A. (3) vol.100 R.R. et vol.
16 du 15 Novembre 1957 du tribunal de secteur de Ngufu.
Les deux parties, entourées de leurs proches parents, sont présentes. Après
quelques instants de délibération, le tribunal donne l’essentiel de la motivation et
de la décision. Puis invite les parties à l'accompagner pour procéder sur le terrain
à la matérialisation de la limite.
392
Simon) refuse d’accompagner, tandis que la partie défenderesse (représentée
par Mposa Thomas) accepte et nous procédons à cette matérialisation de la
limite avec elle comme indiqué ci-après :
4) derrière la maison de Bamba André, sur une ligne droite avec le piquet
précédent, le repère est constitué par un « mbota » et de nonante centimètres de
circonférence à la base et situé à proximité d’un « kiboto » (bois noir) ;
393
9) nous revenons sur la route en direction sud vers le cimetière jusqu’au grand
«mbota » planté en 1931 par Dikambala François, (et) et plantons un piquet
«mumpese-mpese» ;
10) en face de «mbota» à l’ouest de la route, nous plantons un piquet
«mumpese-mpese» ;
11) du point ci-dessus, une droite vers l’ouest : nous plantons un autre piquet
«mumpese-mpese» à nonante-neuf mètres du coin de la maison en briques
brikin appartenant à Kimbangala David ;
12) dans le même alignement, le repère est formé par un «safu» de vingt
centimètres de circonférence ;
13) au bord de la route Léo-Matadi (à environ quatre cent vingt mètres du grand
palmier formant limite), un piquet ;
14) en face de ce piquet et de l’autre côté de la route, un piquet ;
15) suivre le petit chemin jusqu’au point où il croise un autre petit chemin à
environ cent mètres de la grande route, un piquet ;
16) de ce piquet, une droite en direction de l’ouest, jusqu'à l’arbre «fyolongo».
Nous attendons les jeunes gens portant les piquets et restés sur la grand
route, parce que mécontents du choix des endroits où sont plantés les
piquets n° 11/15. Les jeunes gens arrivent et nous continuons;
17) en suivant un sentier qui part vers l’ouest et qui rejoint l’ancienne route R.I.G.
près d’un grand palmier isolé et chétif, le repère choisi est un arbre «kikisu»,
immédiatement à côté de cet arbre nous plantons un piquet «mumpese-
mpese» ;
18) nous suivons encore le sentier et arrivons sur l’ancienne route R.I.G. Le
repère est le premier palmier jusqu’à la petite forêt située (sur) l’autre rive du
ruisseau Wangu dont deux arbres sont très distincts (voir croquis) ;
19) nous suivons l’ancienne route R.I.G. en direction nord jusqu’à la hauteur des
deux palmiers situés au bord de l’étang Ntempa. La limite part au milieu de
ces palmiers ;
20) nous quittons l’ancienne route R.I.G. dans la direction est, près des maisons
de Tona Joseph. Nous traversons le nouveau pipe-line et le champ de
394
manioc de la femme de Tona Joseph jusqu’à l’arbre «nkumbi» situé près de
l’arbre «ndimbu» de soixante centimètres de circonférence à la base ;
21) à une cinquantaine de mètres nous choisissons le repère constitué par un
arbre «vete » ;
22) de là, nous indiquons une ligne droite jusqu’au grand palmier situé à l’est au
bord de la grand route Léo-Matadi (direction Matadi) et voisin d’un avocatier.
Sur le côté droit vers l’ouest et en face du palmier, nous plantons un piquet
de l’arbre «mumpese-mpese».
Après que nous ayons fini de poser les piquets pour la matérialisation de la
limite, nous revenons par la grande route Léo-Matadi jusqu’à la maison de
Kimbangala David où nous constatons que les jeunes gens du côté de Mposa
Thomas ont pratiqué une percée au-delà de la limite qui leur a été montrée et
déplacée de deux piquets, l’un poussé au bord de la route et l’autre à cent
mètres plus loin du carrefour de deux petits chemins.
395
Jugement Final
Préambule
«le tribunal décide : la terre de Boko appartient au clan ntumba Mvemba. Dit que
les limites sont les mêmes que celles fixées par le tribunal du territoire, le 23
septembre 1931, juge : M. l’administrateur Mercier.
Les mêmes limites depuis la route de Boko qui reprend le tracé de l’ancien
chemin de fer, à gauche il y a un arbre «nkamba», de là jusqu’au palmier,
jusqu’à un autre palmier, jusqu’à l’ancien chemin tracé par M. Cambier.
396
«Condamne Ndombi Louis à huit cents francs de D.I. à payer à Mposa, délai un
jour ou dix jours de C.P.C.»
«Condamne Ndombi Louis, Mposa Thomas et Kimbangala David aux frais, soit :
Ndombi Louis deux mille huit cent soixante-cinq francs, délai un jour ou quinze
jours de C.P.C. ; Mposa Thomas et Kimbangala David deux mille sept cent dix
francs, délai un jour ou quinze jours de C.P.C. ; Mposa Thomas paie dix pour
cent de dépens sur huit cents francs, soit quatre –vingts francs.»
- Attendu que lui, Mayabu, déclare que Mposa Thomas est étranger ; qu’il
conteste l’existence, au sein du clan Ntumba-Mvemba de Boko, d’une lignée
dite «Nambu-Mpansu» dont Mposa se prétend le représentant; qu’il nie par-là
tout droit de Mposa ou de cette lignée sur le patrimoine foncier du clan
Ntumba-Mvemba.
- Attendu que le tribunal s’est réuni à Boko pendant quinze jours d’audience
(6 –10 septembre, 5-10, 12-15 et 20 octobre), que les parties et tous les
témoins utiles ont été entendus, que letribunal, en présence de ceux-ci, a
procédé à un examen approfondi des lieux, en a dressé un plan, a consulté
les pièces aériennes, s’est enquis de tous les litiges antérieurs, a tenu
compte des dossiers de l’ancienne chefferie et de l’ancien secteur de Boko,
en un mot, n’a négligé aucun des éléments qui pouvaient éclairer son opinion
sur cette question fort embrouillée.
397
- Attendu que le litige clanique remonte aux environs de 1923-1925 ; que le
litige foncier fut pour la première fois porté devant les tribunaux en 1931 et
qu’il donna lieu aux jugements suivants devant le tribunal du territoire :
- Jugement n° 256 du 23 avril 1933 des juges Lekeux, Lenga, Sita, Lela
Mawawa, Pembele, Kunsendi, avec expertise des chefs Sita et Kunsende.
- Jugement n°177 du 2 octobre 1946 des juges Maillet, Batu et Sita, avec
expertise des juges Batu et Sita.
- Attendu que dans ces conditions le litige ne pouvait que rebondir et que les
parties se sont retrouvées en 1957 devant le tribunal de secteur de Ngufu.
398
aux jugements précédents, à l’expertise du terrain litigieux, à l’examen des
témoignages, au partage du terrain litigieux, etc. Nous avons de ce fait, préféré
le résumé du verdict à partir des mesures transitoires qui comprend, une série
des proverbes judiciaires qui cadrent parfaitement à notre sujet sur l’usage du
verbe (parole-action) dans la société kongo (pour plus d’informations sur le
verdict complet, cf. A. Ryckmans, [1992 : 355-384]).
Mesures Transitoires
- Attendu que des arbres plantés par Matula Samuel et se trouve derrière la
maison de Mposa Thomas sont compris dans le terrain qui revient à ce
dernier ; que les intéressés ont refusé d’en fixer le prix de rachat pour une
cession à la branche de Mposa ; que le tribunal n’estime pas opportun de
prendre une décision d’autorité qui n’a pas de chance de rencontrer
l’assentiment des parties ? Qu’il y a lieu de les inviter à se mettre d’accord ?
- Attendu que la coutume permet à ceux qui ont défriché, incinéré ou planté de
bonne foi dans un terrain reconnu ensuite à autrui, de le récolter sans
entraves ni redevances quelconques, sous réserve de ne plus y cultiver
ensuite sans la permission du propriétaire.
399
Sens : une affaire complètement vidée ne peut plus être introduite en justice,
mais une affaire qui n’a pas été examinée à fond peut être recommencée.
400
«Le menteur qui vient du Stanley-Pool et le menteur qui vient de la côte, ce sont
les traces des pieds qui les feront découvrir. »
Sens : Le tribunal révise le jugement précédent parce qu’il faut une expertise
fouillée sur les lieux.
«La terre où règne un chef et un prêtre, le léopard ne s’y flambe pas avec sa
peau.»
Sens : on doit respecter les juges et il faut assister à la matérialisation des
limites.
« Là où vont les balles, on ne peut y serrer les dents. » (voir page 179)
Sens : il faut respecter l’autre partie devant le tribunal.
401
1. Confirme le jugement a quo en ce qui concerne les D.I. de huit cents francs
payés par Ndombi Louis à Mposa Thomas et l’attribution des frais à moitié
aux deux parties ;
3. Dit que les juges Buaka André, Mubela Alphonse, Nsonsa Sébastien et
Mingalu Isaac doivent rembourser chacun cinq cents francs aux parties sur la
somme de trois mille trois cent soixante francs touchée par chacun d’eux
pour indemnité aux experts lors du jugement a quo ;
4. Dit que la lignée Nambu Mpansu sera considérée comme une lignée …… la
quatrième lignée, du clan Ntumba Mvemba de Boko et ayant des droits sur
une partie du patrimoine foncier de ce clan. L’appartenance à cette lignée des
membres de la branche dite «ntudi Kyalungu ou Mbwetete » dont déclarent
relever notamment Mposa Thomas et sa parenté est confirmée.
402
6) Un arbre «kikisu» situé au sud du sentier, à dix mètres environ au sud-est
d’un grand palmier isolé et chétif.
7) Un piquet planté à l’endroit où le sentier tombe sur l’ancienne route.
8) Sur le bord de l’étang Ntempa, un point situé au milieu de la petite forêt se
trouvant là.
17) La route.
18) Un petit oranger à trois mètres à l’est de la route près d’un safoutier.
19) Des piquets de « mpese-mpese » et de « bubu » plantés près.
20) Un piquet planté à une distance de cinquante pas de la route mesurée
perpendiculairement à celle-ci, et situé non loin d’une souche d’un grand
403
arbre qu’on vient d’abattre à 3 m. d’un jeune « nkamba » de trente
centimètres de tour.
21) Un arbre avocatier derrière la maison de Mposa et un « kiboto » situé à
deux mètres d’un «nkamba».
22) Un arbre «mbota» de nonante centimètres de tour, situé tout près d’un
«kiboto» derrière la maison de Bamba André.
23) Un arbre «sani» situé à trois mètres d’un arbre «mbota» au sud-est du coin
du petit cimetière des défunts de Mposa et près d’un arbre «bubu».
24) Un piquet planté à cinquante pas de là, sur le bord de la route à un mètre
cinquante d’un arbre «kisani», en face d’un palmier entouré d’un figuier
sauvage («ba dyazingwa ku bubu) situé lui de l’autre côté de la route.
25) La route jusqu’au «mbota» mentionné en I.
Ces vingt-cinq points ont été jalonnés d’autres arbres plantés immédiatement
d’entailles sur des arbres existants, etc., de façon à diminuer les risques de
confusion. Seuls trois tronçons de ce périmètre n’ont pas été matériellement
parcourus par le tribunal.
404
6) Déclare que le reste du terrain situé à l’est de la route revendiqué
précédemment par Mposa, y compris les étangs Mapopi et Mavwadanga revient
à la lignée Mpolo ;
7) Déclare que les arbres fruitiers plantés par Matula Samuel, qui du fait de
cette limite tombent dans le terrain de la branche Mposa, feront l’objet d’un
accord entre ces parties dans les deux mois;
si au 20 décembre 1959 aucun accord n’est intervenu, le litige sera porté devant
le tribunal de territoire ;
10) Dit que les cultures plantées, défrichées ou incinérées seront récoltées par
ceux qui y ont travaillé, mais par la suite, ils ne pourront y travailler qu’avec
l’accord du propriétaire ;
11) Déclare en outre que la petite maison de Kimbangala David et les annexes
situées sur la présente limite doivent être détruites endéans les quatre mois,
avant le 20 février 1960 ;
12) Condamne :
a) Kimbangala David à cent francs d’amende pour propos injurieux, délai trois
jours ou trois jours de S.P.S.
405
b) Kinsumba Samuel, Ngabu Dominique et Mayabu Emmanuel à six cents francs
d’amende pour irrespect au tribunal de secteur, délai sept jours ou sept jours de
S.P.S.
14) Condamne chacun pour moitié, Mposa Thomas d’une part et Kinsumba
Samuel, Ngabu Dominique et Mayabu Emmanuel d’autre part, aux frais du
procès taxés à mille septante francs, délai sept jours ou sept jours de S.P.S.
Les assesseurs
406
Annexe 5
4. Pourquoi dit-on que le droit congolais est la copie conforme du droit belge ?
407
11. Quel est le type d’affaires dont le chef du village est compétent de nos jours ?
12. Que pensez-vous des preuves en droit coutumier ?
13. Y- a- t’il une différence entre droit traditionnel et droit coutumier ?
14. Quelles sont à votre avis les caractéristiques du droit coutumier ?
15. Que pensez-vous du constat du père Guy Hulstaert (1950), qui a conclu
selon ses études sur le droit coutumier bakongo, que : les tribunaux
traditionnels sont en faillite au profit des juridictions modernes ?
16. Quelle différence y a t-il entre, bigógóló, mambu ma fu kia nsi et fu kia nsi ?
17. Qui est un « mpovi », « porte-parole », selon l’interprétation du droit
moderne ?
18. Pourquoi le droit moderne n’est-il pas souvent capable de trancher le
problème de la sorcellerie ?
20. Que font les spécialistes en droit moderne quand une matière n’est pas
définie par la loi, la législation, les règles ou la jurisprudence, notamment en
ce qui concerne les preuves directes qu’exige le tribunal ?
21. De qui le notable (mfumwa vata) tirait-il son pouvoir de faire exécuter quelqu’
un en cas de meurtre dans un village ?
408
24. Selon Filip Reintjes (1992) les termes « coutumier » ou « traditionnel » ne
peuvent pas être retenus, qu’en pensez-vous ?
27. En droit traditionnel des Bakongo, quel est le rôle du chef de groupement ?
a) pourquoi est-il nommé par le chef de secteur (droit moderne) ?
b) comment arrive t-il à gérer les autres chefs des villages (cinq à dix) ?
28. En cas d’échec d’un jugement devant le tribunal territorial censé contenir
toutes les attentes aussi bien coutumières que modernes, que peuvent faire
les parties en conflit ?
29. Que remanieriez-vous si vous aviez les moyens de faire conserver tous les
droits coutumiers kongo par écrit ?
30. Est-ce-que les chants, les adages et les proverbes ont-ils une certaine
efficacité dans la défense d’un client en droit moderne ?
409
410
Fig. 25. Cette photo montre un des trois avocats à qui nous avons soumis le questionnaire sur le
droit coutumier à Kinshasa (bld. kimbanguiste à Matonge, commune de kalamu).
411
Annexes 6
Proverbes
412
6. Mbuta muntu ka bwé ko, nga nzevo malunsie?
(Si le vieux ne tombe, sa barbe constituerait-elle un garde-fou?) La barbe
seule n’est pas une preuve de sagesse.
413
13. Ntieti gêmbo dike, kalendi nata malafú kó, nga mó kanatanga ngéye
ukúnatinanga mo é é? (Prétendre que tu voudrais simplement voir et
admirer, exprime déjà les désirs cachés)
A force d’admirer quelque chose, on finit par l’acquérir de fois, quels que
soient les moyens.
414
20. Sutu kadizéngwanga nzéngwa zole ko !
(Le pénis n’est jamais circoncis deux fois).
Une affaire tranchée une fois suffit.
23. Ku kumbi mbulu mu ntinu ko, ba beta yo kula kinu bavutuka ko!
(N’admire pas encore la rapidité du chacal tant que ceux qui le pourchassent
ne sont pas rentrés).
N’espérez pas acquise une cause, car un début prometteur peut mal finir.
26. Nkomi ovo kayivutukidi manima ko, kayilendi kala ngolo ko!
(Un coup de poing n’est violent que lorsqu’il vient d’un bras replié)
Savoir prendre patience, mûrir une affaire et ne jamais agir dans la
précipitation.
415
27. Kite n’kénda gâta kagôndanga !
(Un colporteur des ragots détruit le village)
La médisance tue !
Expressions courantes
416
(Ce qu’endure le chien meurt avec lui dans le silence.)
Chants Judiciaires
417
Annexes 7
Se ye Muan’andi (Kisolongo)
418
yifwidi. Se napaswidi e mboma, e nsusu i vayiki. O paswidi diaka e nsusu, e
nginga a mpinda yi monekene. Na tetele nginga a mpinda, o mwana
kavayikanga ko, o vayikidi.
419
Ainsi, le père se mit en vain à chercher partout aux alentours de la maison et
cela lui a pris quasi toute la journée.
Très attristé par la tournure du jeu, le père se décida à vaquer à ses
préoccupations de routine.
Devant leur maison, la mère avait étalé les arachides sur une nappe pour les
sécher au soleil.
Or le fils s’était caché dans un grain d’arachide qu’avait avalé une poule de leur
poulailler.
Le lendemain matin, le père partit en forêt pour chercher de quoi nourrir son
foyer.
Le soir à son retour de la forêt, il vit des badauds autour de sa maison.
Un python avait avalé la poule qui avait à son tour avalé le grain d’arachide dans
lequel se cachait le fils.
Le père prit son fusil et tua le serpent sans recours.
En éventrant le serpent, on retrouva la poule et le grain dans lequel se cachait le
fils qui y sortit fier de son jeu.
Le père félicita son fils, puis l’invita à l’accompagner à la chasse le jour suivant.
Très tôt le matin, ils partirent tous les deux, sourire aux lèvres, se topant par
moment au rythme de leur causerie animée en humour.
A quelques mètres de la forêt, le père et le fils virent venir vers eux un vieux
buffle affaibli par l’âge.
Le père tira et l’atteint mortellement.
Comme d’ordinaire (selon la tradition solongo), le père coupa la queue du buffle
et demanda à son fils de rentrer immédiatement au village pour chercher du
renfort.
Il partit à toute vitesse pour le village.
Dès son arrivée, il trouva plusieurs personnes devant leur maison en train de
pleurer son père mort inopinément.
Devant cette situation, il rentra vite en forêt pour vérifier si réellement son père n’
y était pas.
A sa grande surprise le père était bel et bien vivant assis à côté du buffle.
420
A la demande du père, le fils repartit après avoir expliqué sa mésaventure au
village où le père était soi-disant mort.
La deuxième fois, le fils vit le même scénario et se mit à pleurer avec sa queue
de buffle en mains.
Quelques temps plus tard, il se décida à retourner en forêt pour expliquer à son
père l’incohérence absolue des événements.
Comme il se faisait tard, le père accepta d’accompagner son fils pour chercher
du renfort au village.
Dès leur arrivée, tout le monde vaquait à ses taches de routine. L’ enfant se mit à
genoux et implora le pardon de son père. Le pardon fut accepter. Le fils comprit
la leçon. Depuis, le fils ne joua plus aux jeux avec son père.
Moralité : le bon sens et l’expérience des aînés sont des références pour les
cadets.
Wuna wanlongela o ngudi andi. Lumbu kia ntete olambidi odia, atóma ludisila o
nzóké, te vo eyuma iludidi. Vo muntu odidi odia kuakuna e vumukukula ye yandi.
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E mèza mayélo, é n’zunga mpasi.
O tato Ndatansangu na watshika kaka o dia, e yuma o nzóke ntótó a mpolo. E
vumu kinkukwidi. Kansi yandi kadasuka.
O didi kwandi te, vàna é dilonga diawonsono mwa.
Na manese, o nkéento o zeye vo wunu lumbu kia nsuka, nkumbwandi kulwa ye
yandi. Kansi o nuniandi, unzayisi vo eyuuma yatoma kikilu. Mu nsuka ngonde
nlélé o tambula modia cadeau. kadi wau umpene o nkisi a sukudila e vumu. O
nkéento oyitukidi, yandi kakosola.
O mbazi nsuka mene, o nkéento azémuna kuan kwa ngudi andi, mu diambu dia
kuntéla o n’salu. O ngudi mpe kalele ko, yandi vo, mbazi o sa koko kwa nvimba
kwa mawanzi, owilwe ? Ingéta mama.
Mbazi, mwana omene lamba mbizi a tshi awokesa e mawanzi.
O toko, tukidi mu mfinda, viokele kuna méza. Nawatshika kaka odia, o nwa
uyoyele, ye nkófóla ku kimosi. O lombele maza, nuini e meso ngwa et buabua. O
yakala na manesa kaka o dia, yandi vo: e nengwa Mansàngà vuanda kuaku u
nkéto kikilu wavangwa kwa tata Nzambi.
Mbazi diaka, mwana nkéento wele kwa ngudi andi unsasidi e ziku, kia mambu. O
ngudi, vo, kumoni wonga ko. Lumbu kia lumingu, toma kombe e nzo, baka e
mafuta ma ngazi mwangina muna fulu ya wonsono, ye va ntándwa a meza, zi
kiti, vana cima, te kuna mfulu lulekanga, owilwe ? Ingéta, mama! Yandi mpe una
wanzayisila o ngudi andi kaka. A bake mafuta yandala mu nzo a nvimba.
422
2. Le vieux Ndatansangu et sa jeune mariée
Le premier jour, une fois chez elle, Mansanga appliqua sa première leçon. Elle
mit trois bonnes louches de sel dans la nourriture. Ndatansangu rentra de la forêt
avec un gibier en mains, va droit à table où sa femme lui prépara une surprise.
Le lendemain matin, la fille courut vite consulter sa maman pour un autre truc
beaucoup plus intéressant que le premier, ce que la mère fit. Puis la jeune
femme rentra chez elle pleine d’assurance.
Le jour suivant, Mansanga prépara le gibier. Elle mit trois louches de piment
dans l’espoir d’être directement répudiée par son mari.
Le vieux mari rentra comme à la coutumée de la forêt, il se mit aussitôt à table.
Dès sa première cuillère, il se mit à tousser très fort et plusieurs fois. Ses yeux
étaient rouges et remplis de larmes.
423
Puis, il demanda de l’eau à boire. A la fin de son repas, il appela sa femme et
la félicita d’avoir pensé à lui, car pour lui, dit-il, « le piment est un grand remède
contre la vieillesse ». Il promit de lui acheter trois pagnes « super- wax » comme
cadeau de sa prouesse.
La deuxième semaine, Mansanga alla de nouveau voir sa mère pour qu’elle lui
trouve un truc plus efficace que les deux premiers. Cette fois là, la mère fit appel
à toutes ses connaissances en vue de parvenir à détruire ce couple et donc refila
à sa fille un truc efficace pour y arriver.
Mansanga rentra joyeuse et pleine d’assurance à la maison.
Dimanche matin, son époux sortit pour se promener. La jeune dame se mit à
nettoyer toute la maison et enduisit de l’huile de palme partout : sur le parquet au
salon, sur les portes et les fenêtres, sur le lit, sur la table, sur chaque chaise et
sur chaque fauteuil.
Vers le coucher du soleil, le vieux Ndatansangu, de blanc vêtu, rentre chez lui le
visage radieux.
Dès son entrée au salon, il glisse et tombe. Quand il tente de se relever, il tombe
de nouveau tandis que ses habits sont bien trempés d’huile. Il se relève avec
l’aide de son épouse et va s’asseoir sur une chaise. Il continue à nager dans
l’huile de palme. En entrant dans la chambre à coucher en vue de changer ses
habits, il constate pareillement.
En entendant ces mots, la jeune femme fut ébahie par la grande sagesse du vieil
homme. Elle n’ajouta plus rien et resta mariée avec le vieil homme jusqu’à sa
mort.
424
Moralité : la patience dans une épreuve difficile force toujours la grande
admiration et le respect des autres.
Dicton : « mieux vaut la sagesse que l’or ».
Ku vata dimosi e yantu bawizana nsamu baveta o tato kiula kuna mfúta ku
vétélwangue o bi wawonsono we vata. Muntu kaka ne mana sala mána
makavwidi o nfúnu, wele kuna kwa dukwa ediwulu dia bi, o vétélé vana ntandu à
ntu a kiula, mwa! O kiula, ovumbuidi o ntu, ozibwidi e méso, o dingalele kuandi.
Kansi e lumbu kia diambu kimosi. O mfumu é vata obakamene oyéla kwa kibeka.
E kibeka mu kuila ki sadisuluanga. Divata dia nvimba divuende zia a a,
lukutakanu ziaa, o wau vo, tu tomba tato kiula.. Kansi e nkumbu isobele, ke kiula
diaka ko tato mfumu. Kadi vo muntu unbokélé mu nkumbu ya kiula kalendi
moneka ko. Babokela o lukozi, yantu batumwa mpasi benda banbokela eza ku
vata bawukila o nfumu. Yau vo e mfumu, utusila nlémvo o mfumu e vata ngeye
ebokelanga, mbote wanluakila. te mana o tato kiula (mfumu) wizidi ku vata. O
Nganga nazenga omfumu kiula, ozengele mfumu é vata, na zenga tato kiula
bazengele o mfumu é vàta, te kibaka ke kimanesanga ko, kimene. E yantu
awonsono balomba kwa mfumu kiula ka vwanda ye yau ku vàta.
Un jour dans un paisible village, les habitants ont conclu un accord pour jeter le
crapaud dans un lieu destiné aux immondices. Chaque fois que quelqu’un avait
une poubelle, il allait la déverser sur la tête du crapaud. Alors ce dernier bouge la
425
tête, ouvre grand ses yeux et ne dit rien. Tout le monde le faisait sans regret et
sans faire attention comme si cela était normal.
Des courageux jeunes gens ramenèrent le crapaud au village, une fois qu’il a été
attrapé.
Alors, le guérisseur prit une lame de rasoir, il coupa la peau du crapaud et
coupa aussi simultanément les côtes du chef de village. Ensuite, il massa ces
côtes avec le sang du crapaud sur la surface de l’endroit où le chef avait mal, et
cela jusqu’à son rétablissement total. Ainsi, le chef du village fut rétabli. Les
habitants du village prièrent le seigneur crapaud de rester au village avec eux.
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zémuninà, bafwete kangamanga ye diwanga. Te ee eyánáná yawonso ye vàta
dia zimpuku, basikudusu, vo kébà, o budi ke nkundi ko, kansi mbéni.
Vana bakutakanéna, zi ngindu za mpila mu mpila zi véno. Zi mbuta bele ku
máza. Mu nvutukuluawu ku máza, o mfumwa zimpuku otélamene, obakidi é
ndinga ovovelè. « Kadi vutu ee tuwulu vo, a mosi, yeto awonso tu diatilanga va
kimosi. Muna wawuna tu lenda nuanisina o mbutamúntu budi. A nkaka, tusumba
e minkéle tua vondela o budi. Ngindu zazonzono zabiza kwandi, kansi, mu
ngindu yaina ya ntètè, tuvilakene diambu dimosi. A nkéento ye mayakala mu
salu tukwendanga ( a nkénto, mayakala, ye yanànànà). E ngindu ya nzole, yeto
ke tuna ntéla mia fuana ko a wévi tusimbila o nkéle ? I diau kala ye maduki vané
vata, diambu dia mfúnu. Talà, é ngindu ya biza eyi : « yeto awonsono ngunga tu
sumba, yi tu bindika vàna élaka dia budi. Idiau, vo tuwilu kaka énkúsu ya ngúnga
tufwète zémuna ».
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1. Le chat et les rats
Pour certains parmi vous, nous devons désormais nous déplacer en groupe
pour éviter le désastre de perdre un des nôtres. Mais ce disant, ils ont oublié que
beaucoup parmi nous travaillent et n’ont pas la possibilité de se promener en
groupe. Ceux qui ont avancé l’idée de se procurer des armes ont oublié que
nous sommes de petite taille et que nous risquons de nous écraser en portant
chacun un fusil.
Après un long examen, nous avons arrêté grâce à la brillante expérience de nos
anciens au cours du « maza » « lieu de délibération », les dispositions ci-après :
« nous achèterons une cloche que nous attacherons autour du cou du chat.
Comme ça, chaque fois que nous entendrons le bruit de la cloche, nous
pourrons facilement échapper au chat ».
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Cette idée a satisfait tout le monde et fut applaudie frénétiquement. Cependant,
pendant que tout le monde se congratulait, un jeune rat requit l’attention de tous.
D’aucuns se demandaient à voix basse ce qu’il y avait encore à dire étant donné
qu’ils avaient déjà trouvé la meilleure solution. Le petit rat prit timidement la
parole et déclara : «Si vous le permettez, mes anciens, l’idée que vous venez de
présenter est bonne, mais il reste à savoir qui va attacher la cloche au cou du
chat ? » Sur ce, ils commencèrent à se disputer. Pour certains, c’est la tâche du
porte-parole et chef du village. Ce dernier refusa d’endosser cette responsabilité
et déclara, furieux : «Non, bande d’impolis, je suis le plus haut gradé du village.
Cette tâche doit incomber à l’un d’entre vous et, en particulier, au plus jeune ».
Ku vàta dimosi kwa kala é mfumu yatoma záyákána ye yatoma vúminwa kwa
yantu awonso muna zúngá kiakina kia mvimba kia luyalu luandi. O wau, o
nkázandi bakidi o lukau lua mwana mosi kaka wa nkénto, wa mote kikilu. E
nsangu za wete wa mwana mfumu zi lueke nzéké.
429
O nganga, néza, bawizanene muna mawonsono. U balombele : ngúlu a
nkéento, nsúnsú a nkénto, mbónde a nkéento ye makaku ma nkénto. E bulu
yayina wawonso ne ya bakwa, ya ziwa fulu kimosi ye mwana a mfumu.
Kuna tata nzitu a ntéte, batoma tambulwa kuawu. Muna ntángwa dia, o se dia
mwana owivwidi ee mavimpi ma nzo kwa tata nzitu. Yandi vo, a tata kieleka
mwan’éno nkéento, kansi diambu dimosi kaka dikunvángange mpasi ye nsoni vo
zinzénza ntambwidi, vo tuvuende vana meza ka fwete kaka kukiveta va ntoto, ku
nsia mésa mulandila e ivisi modia mbonde. Mbote wau luzidi ye lua toma
kunlonga. Tata yo mama banlongele, ye babakuidi vo ndiou ke mwan’éto ko
nkasi mbonde. Babakidi é nzila bavutukidi kuawu.
Wau batelamene mu kwénda kwa pélezida dio dia nzole. Batomènè tambulwa
muna fu kia nsi. Muna ntangu ya méza, yandi sé, owivwidi mavimpi ma nzo. Tata
nzitu vo, mwan’éno, nkénto kikilu, kansi diambu kimosi kaka dia mpasi, nkénto a
mvimba ku mfulu é sunsilanga ye nenenanga. Wa lumonekene, mbote lua toma
kunlonga. Wau mpe basimbidi ku nlonga. Kansi bavisidi vo ndiou ke mwan’au ko,
kansi nsúsú. Batélamènè béle kuau.
Béle kua ndiou wa kwéela o mwan’au a ntátu. Batomènè tambulwa yau ufwene
muna bazitu. Ntangu a méza, yandi sé, owivwidi e mavimpi ma nzo au. Tata
430
nzitu yandi vo, o mwan’éno nkénto, kansi diambu dimosi kaka dikumpanganga é
mpasi,o nkaz’ame ka fwete dumukanga vana meza, vana mfulu, ntangu za
nkaka támvula va ntoto modia nkéwa. E mpitaménwandi mpe te e edia e tébé.
Wau lumoneke, lunlonga. Wau mpe banlongele ye babakuisi vo ke mwan’éto ko
kansi nkéwa. Batélameme béle kua.
Dans un village donné, vivait un mfumu « chef » très connu et très respecté de
tous. Avec le temps sa femme tomba enceinte et eut une unique et jolie fille. La
beauté de cette petite fut tellement qu’elle étourdissait plusieurs admirateurs.
Quoique admirablement attirante, elle eut une solide formation scolaire et une
431
bonne base d’éducation familiale la préparant à épouser un chef conformément
au vœu de ses parents.
Ils firent venir un des plus célèbres nganga de la contrée pour les aider à trouver
une solution. Le devin leur demanda de trouver : une poule, une truie, une
guenon et une chienne. Aussitôt dit, aussitôt fait. Comme la date de mariage
s’approchait, le devin se dépêcha : il prit leur belote, la poule, la truie, la guenon
et la chienne et les enferma dans une maison pendant vingt-quatre heures. Le
lendemain, le devin ouvrit la porte de la chambre et il en est sorti cinq jeunes
filles toutes sosies l’une de l’autre. Les parents eurent des difficultés à
reconnaître leur propre fille.
Les parents inquiets demandèrent au devin comment ils allaient procéder pour
reconnaître leur fille. Le devin leur pria de patienter pendant un an après le
mariage de chacune d’elles. Il leur dit : vous irez leur rendre visite et vous
reconnaîtrez votre fille par le comportement qu’elle affichera auprès de son mari.
Le devin prit congé des parents. Les filles se marièrent toutes, chacune à sa date
et avec un chef conformément au vœu de parents. Après un an, les parents se
décidèrent à aller rendre visite à leurs cinq filles.
432
précipite par terre pour dévorer les os comme le ferait une chienne. Il demanda
au père de profiter de son passage chez eux pour lui donner des conseils à ce
sujet, ce que firent ces parents qui avaient déjà compris qu’il ne s’agissait pas de
leur fille, mais de la chienne. Puis ils prirent congé de leur gendre.
La deuxième semaine ils partirent chez le deuxième gendre. Ils furent très bien
accueillis également. Après quelques formules protocolaires, le père posa
pendant le repas sa question rituelle à son gendre. Ce dernier lui rétorqua que
tout allait à merveille à l’exception d’une chose qu’il précisa : « Ma femme est
formidable sauf que, comme une poule, elle fait pipi et caca au lit, et des fois,
partout dans tous les coins du palais. Alors, comme vous-êtes de passage, vous
pourriez lui prodiguer des conseils parce que cela ne m’honore pas ». Les
parents exécutèrent la volonté de leur gendre et comprirent également que celle-
là n’était pas leur fille et qu’il s’agissait plutôt de la poule.
Le jour suivant, ils prirent congé de leur gendre et partirent chez le troisième
gendre. Ils furent accueillis avec beaucoup d’attention comme chez les autres
gendres. Comme d’habitude, le père de la fille s’enquit des nouvelles du couple
pendant le repas. Le gendre décrit sa femme comme étant parfaite excepté
qu’elle fait beaucoup des grimaces à table, par terre, et qu’elle ne se calme que
lorsqu’on lui présente une banane mûre, comme si elle était une guenon. Le
gendre ajouta qu’ il leur demandaient de lui donner des conseils sur ce sujet. Les
parents firent ce que le gendre leur demandait et comprirent qu’elle n’était pas
leur fille, mais plutôt la guenon.
Le lendemain, ils reprirent leur chemin pour aller rendre visite au quatrième
gendre. L’accueil fut incroyablement enthousiaste. Impatient, le père de la fille,
posa à son gendre sa question de routine. Celui-ci lui répondit que lui et sa
femme se portaient à merveille sauf que, comme une truie, son épouse ne se
contente pas du repas à table, qu’elle continue par la suite à fouiller les
poubelles et qu’elle ne se calme qu’après s’être roulée par terre et après avoir
433
sali ses habits. Le gendre priait les parents de prodiguer des conseils à leur fille
car, en tant que chef, il se trouvait dans une situation gênante. Les parents
conseillèrent la fille et comprirent qu’elle n’était pas leur fille, mais la truie.
Ils prirent congé de leur quatrième gendre et, une semaine après, ils sont allés
chez le cinquième tandis que la tension montait en eux. Ils se posaient la
question de savoir s’ils allaient revoir leur fille et si leur fille n’était pas
transformée en un animal quelconque au point qu’ils ne sachent plus la
reconnaître. Ils demandaient si le devin allait être capable de rendre à leur fille
son vrai visage.
Ils se calmèrent jusqu’à leur arrivée chez leur dernier gendre. Ils furent
triomphalement accueillis. Ensuite le gendre les amena à la salle à manger pour
prendre le repas de circonstance. Voulant vite se rassurer, le père posa sa ques-
tion de routine à son gendre. Ce dernier lui répondit que tout allait merveilleu-
sement bien. Et qu’ils souhaitaient les voir vivre avec eux dans le palais. Cela
ferait un grand plaisir à leur fille et à lui-même. Les parents acceptèrent l’offre
jusqu’à la fin de leur jour.
Bingulu-Ngulu Tatu
Ngundi a ngulu wakala bingulu-ngulu tatu. yau ke babaki kia ndia. O mbuta
awu wavova kwa mwana ngulu wantete vo : « ngeye wénda wakitungila é nzó
aku ». Mwana ntete akuenda te awizana ye muntu wakala ye ntéte a madiadia. A
vova : « kolele mbuta muntu ». Yandi wavutula, « kolele ee mwana ngulu ». O
ngulu vo, « dodokolo diaku mbuta muntu, umpana o ntéte à madiadia ya tungila
e nzo ame ». O muntu vo, « ke diambu ko. Tambula o ntéte wau watungila e
nzo ». O mwana a ngulu atambula o ntété a madiadia atunge nzo andi. Una
kalwaka kaka muna nlungi a lumbu kina o mfumu Dievwa wizidi. Wadodedela
vana kiélo andi avóva, « e ngulu-ngulu o ziula e nzo aku mu nzualu. » O mwana
ngulu vo, « nongo ame, kilendi ziula nzo ame ko.» Kansi o Dievwa vo, « vo
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kuzibula ko, nkinga ya mwangésa e fi zuazuakani kiaku. An vova wauwuna a
vombola e zuazuakani kiokio, ye wadia o mwana ngulu wuna.
Leka lumumuka o ngundi angulu ovovele diaka kua mwna andi dieu wa nzole
vo, « mbote wenda wkitungile nzo aku modia ambuta aku .» Mwana ndieu watela
a kwénda muna nzila ya bakaka o mbuta andi. O denganene ye muntu ye ntéte
andi a madiadia. Yandi vo, « kolèlè mbuta muntu..» O muntu avutula vo, « kolèlè
e mwana ngulu. » O mwana ngulu yandi vo, « dodokolo e mbuta muntu umpana
o ntéte aku a madiadia ya tungila e nzo ame. » O muntu yandi vo, « ke diambu
ko, tambula e madiadia watungila e nzo aku. »
Lela lumuka, e lumbu ya vioka o ngudi a ngulu yandi vo, « nge mwana ame
zimpangi zaku béenda tunga e zinzo zau, mbote nge mpe wenda wakitungila e
nzo aku. » Mwana ngulu vo, « ke diambu ko e mama o toma sala mono yele. »
Mu nzila o mwana ngulu badenganene ye muntu. Yandi vo, « kolèlè e mbuta
muntu. » O muntu vo, « kolele e mwana ngulu. » O mwana ngulu vo, « dodokolo
e mbuta muntu, lenda kumpána e zibiliki ya tungila e nzo ami, kadi mono i
mwana kuame. » O muntu vo, « ke diambu ko tambula e zibiliki za fwana
watungila e nzo aku. » E nzo watoma tungama. Kansi landila muna nlúngi a
lumbu, o mfumu Dievwa wizidi. Yandi vo, « nléke ngulu, zibula e kiélo kiaku vo
ke wau ko zi ya tolomona e nzo aku. » Mwana ngulu yandi vo, « ngongo ame,
kilendi zibula nzo ame ko. » O mekene ovombula kielo kia nzo kalenda yo ko. A
londa kunludi mpasi akotela vana janella ve vaikilanga o mwisi. Mwana ngulu a
bake u bunda e longa azadisa e maza ma tiya. O Dievwa nakusumuka kaka wele
manina muna longa diodio dia maza ma mbazu, te o fwidi.
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3. Les trois petits cochons
Dans un village vivait une mère truie avec ses trois petits cochons. Le temps
devint difficile et mère truie proposa à son petit aîné d’aller bâtir sa propre
maison. L’aîné accepta et partit. Sur son chemin, cet aîné rencontra un homme
portant un gros paquet des bambous de chine. Il s’arrêta et lui dit : « Bonjour,
vieux !». L’homme lui répondit : «Bonjour, jeune cochon ! ». Puis, ce dernier
introduisit sa requête : « Vieux, puis-je vous demander de me donner le paquet
des bambous de chine que vous portez, car je dois me construire une maison
sur l’ordre de ma mère. » L’homme lui donna son paquet de bambous de chine
et le petit cochon construisit sa maison.
Aussitôt après qu’il est fini de bâtir cette maison, un ours vint en courant avant
même la tombée du jour. Il frappa sur la porte et dit : « Petit cochon, je t’ordonne
d’ouvrir la porte de ta maison avant que je m’énerve et que je la fracasse. » Le
petit cochon répondit : « Je refuse, je refuse ». L’ours fracassa la porte et
mangea le jeune cochon.
Quelque temps plus tard, la mère truie ordonna au second petit d’aller construire
sa maison à l’instar de son aîné. Le petit partit sans tarder. En route, il rencontra
un homme qui venait vers lui et lui dit : « Bonjour vieux ». L’homme lui répondit
en disant : «Bonjour, jeune cochon ». Le jeune cochon poursuivit : « Pardonnez-
moi, monsieur, pourriez-vous me donner ce paquet des bambous de Chine en
votre possession, car ma mère m’a fortement recommandé de me bâtir une
maison. »
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Plusieurs jours passèrent. Puis la mère truie ordonna à son cadet cochon d’aller
construire sa propre maison pour qu’elle vive enfin en paix sans avoir les soucis
de le nourrir.
Ndongala ntambi
Lumbu kimosi Ndongala ntambi wele tamba e ntambu miandi. O bakidi ncizi.
Wau mu nvutukulu andi ku vàta o viokélé vana mazumbwa makezi vatilanga à
nkéento. Yana makénto yau vo, « kolélé ee ». Una katambudila kaka e kolélé,a
bake e ncizi o kayidi yo kua akénto yawana. Bosi wele luaka kuna o nkaz’andi yo
nkutu a nkatu ukumbanga e menga .
Nkénto akuwivula, « e menga muene muna nkutu, kansi e ncizi yedi » ?
Ndongala vo, « nkayidi yo, kwa bakénto bampenenge kiambote » O nkéento vo,
« e ncizi anvimba éé ? » « Mbo ke diambu, kansi kuvangi odiaka ko. Vo vana
oviokela a kéento benavo, kanga e zizi kiaku, kete kiambote ovanwa nge
kuvutula diambu o wilu ée ? » Ingéta, yandi toko avutuidi.
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Lumbu kiankaka Ndongala ntambi wele tala diaka e ntambu miandi. Wenda
denga, nsekele wamana katula wo, alle, u nkangidi vana nkutu. Mu nvutu-
kulwandi, atoma kanga e mbulu andi ye mpangula. Vana kalwaka vana va kala a
kénto, yau vo « kolélé, tato Ndongala » Yandi vo, « kolélé, lutambula kuéno o
nsekele .» Ye Ndongala wavioka ye mpangul’andi vana mbulu.
Wau o nkanzandi awivula, « nki a kuma i kangidi mbulu aku ? » Ndongala vo,
« bakénto bampenenge kiambote ya kubavana o nsekele, idiau nkangidi e mbulu
ami ». Nkéento yandi vo, « O nsekele anvimba wau o kayidi kuaku ? Kuse o
diaka ko. Vo viokele vava bakénto kanga zizi kiaku ye una kina kuaku nsende
nsende. Kani kutu bakuveni kiambote ngeye luta kaka. »
Wau naluaka kaka kuna o nkaza andi, yandi vo, « nki kiokio va luse luaku e
Ndongala ? » Ndongala yandi vo, « i diambu dia a kénto bampenenge e kia
mbote ye yakubakayila e nkayi eyi mbakidingi. Kansi kizolelenge tambula
kiambote ko. Idiau nsididi e zi nsende vana zizi kiame. » Nkénto yandi vo, «
e Ndongala, e nkayi yamvimba ee o kayidi yo kuaku ? Mono ke yavovesa
diambu dia mpila yoyo ko. Tuka wunu kutambi diaka ntambu ko. »
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4. Ndongala le piégeur
A son arrivée chez lui, sa femme lui dit, "Ndongala, je vois du sang qui coule de
ton sac, mais où est le gibier ?" Ndongala répondit, "Sur le chemin du retour, j'ai
rencontré des jeunes femmes qui m' ont dit bonjour. Puis, je leur ai donné le
gibier que j'ai pris au piège." La femme lui demanda de ne plus agir ainsi. Elle lui
recommanda de fermer sa bouche la prochaine fois quand il rencontrera des
femmes qui lui diront bonjour."
Sur son chemin de retour, il rencontra de nouveau les mêmes femmes qui
cultivaient la terre et lui dirent : "Bonjour, papa Ndongala". Ndongala répondit : "
Bonjour les femmes, daignez prendre cet écureuil."
Une fois chez lui, sa femme s'empressa de lui parler et dit : « Ndongala, je vois
du sang mais où est le gibier ? Et pourquoi as-tu les feuilles sur ton front » ? Il
répondit : " Ce sont les femmes qui m'ont dit bonjour, rassures-toi, je n'ai pas
parlé avec elles. Je leur ai seulement donné l'écureuil que j'ai pris au piège.
D'ailleurs, j'ai pris soin de fermer ma bouche."
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La femme dit : "Ndongala, je n'ai rien dit de tel. Ne refais plus ceci dans l'avenir.
Tâche de couvrir ton visage, même si tu rencontres des femmes qui te saluent,
fonce droit en dansant, comme si tu avais des épines aux pieds."
Plusieurs jours passèrent. Un beau matin Ndongala repartit voir ses pièges. Il
trouva une antilope. Il prit en même temps des épines et les mit sur son visage.
Il eut du sang qui coulait sur son visage. Sur son chemin de retour, les femmes
le virent et dirent : " bonjour papa Ndongala". Elles se mirent à rigoler en voyant
le brave homme en sang. Ndongala dit : " bonjour, je ne peux pas vous parler ;
mais daignez recevoir cette antilope." Elles lui dirent, merci. Dès son arrivée
chez lui, sa femme très indignée et dit, " Ndongala, que t’est- il arrivé ? As-tu eu
un accident ? Tu as le visage entier en sang." Ndongala dit : " Non, je n'ai pas eu
d’accident. J'ai seulement mis des épines sur mon visage pour garder le visage
fermé. Quand les femmes m’ont dit bonjour, je n'ai pas répondu. Je leur ai
seulement donné l'antilope que j'ai eue aux pièges." La femme fut très triste et
fâchée. Elle interdit à son mari de poursuivre le métier de piégeur.
Lumbu kimosi kia vanga Nzambi o muini watena wakala, o mbuta dievwa a
lambula malu mandi muna muna nzila yayina,iviokela o mwana nkombo. O
mwana nkombo atoma dio zaya ziku vo mbuta dievwa nzala kundia inandi.
Mwana nkombo yandi vo, " e mbuta dievwa, nzeye vo nge nzala inaku.O zolele
wandia. Ke wau kwee ?" O dievwa osevele yandi vo, " luki kikilu e ngindu zame
nvuete kudia. Ngeye i yuma ame yabiza ndia o masika". Mwana nkombo yandi
vo, "Kansi,dimosi kaka edi, nzolele yakina kadi nzeye vo ngeye nsambia a
madiadia oseye toma sika. Ne mana okina ee, bosi wandia kuaku." Yandi vo,
"ntambudidi".
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Mwana nkombo yandi vo, "ah mbuta muntu dievwa ngeye unsiki wafwana a
ditutut Ukulombele wasika te ee ntangu za ndemba yo ifwene mu kundia.
O dievwa na sika, sika,sika,sika e ditutu, te e zimbonde ziwulu e kiese kia ditutu
dia dievwa kun'e vata.
Un bon jour, le soleil se leva comme d'ordinaire. Un vieux loup s’installa près de
la route dans l’espoir de voir un petit bouc intrépide sur son passage. Soudain,
apparaît un petit bouc courageux et pétillant de santé. "Bonjour, vieux loup", dit
le petit bouc d'un air averti. "Bonjour ", reprit le craintif loup les yeux luisant des
sous-entendus.
Le petit bouc dit : " Honorable loup, j'ai appris que vous avez faim et que vous
projetez de me manger ce soir." Le loup souriant reprit : " Pour être franc avec
vous, j'y ai pensé. " Alors, le petit bouc poursuivit : " Je sais que vous êtes aussi
un bon joueur de flûte. Ainsi, je vous prie de jouer la flûte jusque tard le soir et
moi, je danserai en votre honneur. De cette manière, vous aurez un appétit fou
avant de me manger."
Le loup se vit hautement flatter et accepta l'offre. Il se mit à jouer, jouer, jouer…
jusqu' au point qu'il se sentit fatigué. Mais, le petit bouc, ajouta : " Seigneur loup,
quelle magnifique mélodie ! Je vous propose de jouer encore et encore, jusqu'à
ce qu'il fasse sombre. Ainsi, il sera très convenable de me manger avec appétit."
Cette proposition fut accueillie avec grande satisfaction en tant qu’elle flattait
l'ego du seigneur loup. Il reprit le concert à tue-tête au point que le bruit de sa
succulente mélodie arriva aux oreilles des chiens du village qui apparurent
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aussitôt. Devant la gênante présence des chiens, le seigneur loup partit sans en
avertir son compagnon. Il partit à toute jambe, laissant le petit bouc en liberté.
Diata diata, mfwenge o luake diaka vana nzo yankaka. Wadododéla diaka vana
vitu.Do-do-do. Do-do-do. Nkénto mosi avayika. Yandi vo, « undundila o nkuba
wau, kadi mono ku zandu zolele kwenda. Kansi diambu dimosi kaka, kukutula o
nkuba wau ko o wilu ee ? » O nkénto yandi, « ke diambu ko. Na wenda kwaku e
tato Mfwenge. »
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Kansi, o Mfwenge navidisa kaka e dikosi diandi, o nkéento ndiona wéele kutula
o nkuba. Naziwula o nkuba e nsusu avayika e ngulu a mbakala unbakidi ye o didi
e nsusu.
Na diata, nadiata, o lueke diaka ve vàta dimosi. Akwenda dododéla e vitu dia
mama dimosi. Do-do-do. Do-do-do. Nkénto mosi wizidi zibula. Mfwenge yandi
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vo, « mama nkénto mono ku zandu nkwéndanga. Mbote yasisa o nkuba ame
vava. Muna nvutukulu ame si ya baka wo. Kansi dimosi kaka, kukutula o
nkubame ko, o wilwe ee ? » Nkénto vo, « ke diambu ko. Nasisi kuaku wenda
kiambote. »
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s’est envolé. Malheureusement, mon coq qui patrouillait dans les environs l’a
mangé. » Le renard rétorqua : « Donnez-moi dans ce cas votre coq. » Cet
arrangement fut équitable et la femme donna son coq et il continua son chemin.
Soudain, elle se décida à l’ouvrir. Zut ! Un coq y sort et s’enfuit. Le cochon qui
rodait autour de sa maison attrapa le coq et le mangea instantanément. Le
renard revint et réclama son sac. La femme lui dit : «Maître renard, pardonnez-
moi, j’ai ouvert votre sac et le coq qui y était s’est évadé. Malheureusement, mon
cochon l’a dévoré à mes yeux. »
Le renard dit à la femme, «De rien, femme, donnez-moi dans ce cas votre
cochon et l'affaire est terminée. » La femme accepta ce marché et donna son
cochon. Le renard mit son cochon dans le sac et il reprit sa route.
Des heures passèrent. Le renard se décida à s’arrêter devant une autre maison
près du marché. Il se présenta devant la porte et frappa : Toc, toc, toc. Toc, toc,
toc. Une bonne femme sortit de la maison et lui demanda ce qu’il voulait. Le
renard répondit, «Femme, je vous salue. Je vais seulement vous remettre mon
sac que je compte retirer après le marché. Je vous préviens de ne pas l’ ouvrir. »
Ceci dit, la femme accepta sans hésiter. Aussitôt que le renard disparut, la
femme ouvrit le sac pour satisfaire sa curiosité. Le cochon sortit et se sauva.
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Son fils aîné tenta en vain de l’attraper, mais le cochon fut trop rapide. Et il se
sauva définitivement.
Une heure après cet incident, le renard rentre récupérer son sac chez la bonne
femme. Le renard dit : «Femme où est passé donc mon cochon ? » La femme
répondit, «Maître renard, j’ai ouvert par inadvertance votre sac et le cochon s’est
sauvé. J’ai même chargé mon fils de l’attraper, mais en vain. Le cochon était
plus rapide et s’est définitivement taillé. »
Le renard dit, «De rien femme, donnez-moi dans ce cas votre fils. » La femme
tremblant de peur, accepta à contre cœur le marché. Le renard prit l’enfant et le
mit dans son sac.
En ouvrant son sac, surprise ! Un gros chien sortit du sac et le renard prit la
place du jeune homme comme festin du soir de ce gros chien.
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Ndwalu ntumami
Muna ntangu ya vioka vakala nleke mosi wakezi bokolwanga Ndwalu ntumami.
Kadi ntangu zazonso akezi vanganga wonso katuminu. Kansi kakezi fuanisanga
oyu untumini ko, kadi kasanga ngangu va ntandu ko.
Lumbu kimosi o ngwa’andi akunvovesa vo, « e Ndwalu mbote wenda zieta kuna
nzo ya nkaka aku. ». O Ndwalu akwenda kiyi kwandi kuna nzo ya nkaka andi e
lumbu kia wonsono. Ntangu vutuka kuna nzo a ngudi’andi wauna ya fwana, o
Ndwalu akwenda lomba o luve kwa nkaka andi mpasi avutuka kwandi. O Nkaka
vo, « ngeye u nkiyi wa fuana wenda, kansi mbote wanvutukila diaka, kadi u
mwana a mbote. Kansi otambula e ntumbu yayi, ovanika yo kwa ngundi aku. »
O Ndwalu vo, « ke diambu e nkaka mbazi kaka. »
O ngudi vo, « o ee Ndwalu kwe osidi e ntumbu baku veni wampana ? ». Ndwalu,
« e mama e ntumbu vana kati kwa ntéte wa madiadia ntumikini yo, Kansi, o
muntu avuidingi o ntéte ovididingi.» O ngudi vo, « kuvutukilawo diaka. Lumbu kia
nkaka kuvutukilawo vanga ko. Baka kuandi ee ntumbu wadomeka muna koko
kwa simisi aku. » O Ndwalu atambudila..
Lumbu yavioka vana katshi o Ndwalu wele diaka kiya kuna nzo a nkaka andi.
Mwini awonsono kuna. Wau ntangu avutuka bu ya fwana, o Ndwalu akwenda
kanina o nkakla andi. O nkaka vo, « u mwana mbote e Ndwalu, nkinzi una kuiza
ku kondwa ko. O natina ngudi aku ee mbéle eyi. » O Ndwalu atambula ee mbele,
atula yo muna koko kwandi kwa kinkutu.. Wau na lwaka kuna na nzo, o ngudi
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andi wayuvula, « e Ndwalu nkaka kia mbote kena ? » Nki katumini. Ndwalu yandi
vo, «mama, nkaka kiambote kakutumini ye akumpana mpe e mbele kakutumini.
Kansi ne npayikidi kaka, yasuka ee mbele muna koko kwa simisi ame. Kansi wau
tomba tomba mono kimoni yo e mbele isotokenenge.
Ngudi vo, « ah, Ndwalu nkia zoba dia mwana ! ngatu vo mu poche okotesenge
yo, ee mbele kilendi vila ko. Kuvutukila diaka kizengi kiaki ko.. »
Ndwalu vo, « ntondele mama lumbu kiankaka mu poche utula yo. »
Lumbu kia nkaka diaka o ngudi a Ndwalu ovene diaka e e nzila kua mwana
andi. O Ndwalu wele kiya ku nzo a nkaka andi. E ntangu za ndemba, o Ndwalu
wele kanina o nkaka andi. Nkaka vo, « Ndwalu, u mwana mbote. Vana o ngudi
aku kiambote kia kingi. U vana mpe o mwana mbonde wau. »
Ndwalu abaka ekibonde bonde, akotesa kio mu poche. Nadiata nadiata ominiki
o mwana mba wauna. Naluaka kuna nzo au, o ngudi yandi vo, « ee Ndwalu wevi
wau o nkaka aku. » O Ndwalu vo, « mama, nkaka kiambote kia kingi atumini.
Akufidisila mpe o mwana mbonde.» O Ngundi, « kweyi otudidi o mwana
mbonde ? » Ndwalu vo, « muna poche yantudidi wuna wanzayisidi. » Kansi
navayikisa e mbonde, ya fwa. O Ndwalu , akanga meso mandi atoma dila kibeni.
Ngudi vo, « nkia zoba dia mwana mpila yayi ! Ngatu nsinga kuaku unkangidingi
muna laka dia mwana mbonde ; wau kana afwidi ko. Ndwalu, vo siya sadila dio
lumbu kia nkáka.
Lumbu ya viokele diaka, Ndwalu akwenda diaka kiyi kwa nkaka andi. Modi
lumbu yawonsono akézi kwendanga ko. Na sakana na sakana, e ntangu avutuka
ya fwana ; wele kanina o nkaka andi. O nkaka yandi, « Ndwalu u nleke ambote.
Nata kiambote kia kingi kwa ngudi aku. U natina mpe e mbizi yayi. Ndwalu abake
ee mbizi atoma kanga o nsinga, awatsika okokomona yo ku nimandi. Zimbonde
ne bamona kaka Ndwalu ye mbizi ikuiza kokomonanga, balanda e mbizi bamana
yo dia. Wau nalwaka kuna zo au o ungudi’andi awivula, « ee Ndwalu o nkaka
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wévi avovele ? » Ndwalu vo, nkaka kiambote kia kingi atumi. Akutumina ee mbizi
mpe. Kansi, ee mbizi mu nsinga nkangidi yo wauna wanzayisila dio. Wau
zimbonde bamene yo dia. »
Ngudi vo, « ee Ndwalu nkia zoba dia mwana ! Ngatu vamaya okangidi yo ye
tula yo va ntu aku. Ndwalu wavutula, « ke diambu mama si ya sadila wo lumbu
kia nkaka. »
Lumbu bia toma luta. Lumbu kimosi Ndwalu avuata empu andi. O ngudi’andi
awivula kwe zolele kwenda ee Ndwalu ? Yandi vo, « kuna nzo a nkàkà. » Ngudi
yandi vo, « u nleke a mbote mbadio. » Ndwalu wavutula vo, « wauna nkadila ee
mama .» Nalwaka atoma sakana lumbu kia mvimba. Ntangu yavutula
buyafwana, wele kanina o nkàkà andi. O nkàkà andi vo, « Ndwalu u mwana
mote. Vana kiambote kia kingi kwa ngudi aku. Ye wu natina mafuta mama ma
kangama. »
Ndwalu wele vutuka kuandi. Abaka e makaya atoma kanga e mafuta vana
makaya bosi asa vana ntandu a ntu abwela e mpu andi. Wau e mafuta ne
mawatsika ozelumuka te makota, muna nsuki, meso mandi. Mazelumuka muna
nsingu andi ye binkui biandi. Vana kalwakila kuna nzo au yandi wawonso akituka
nleke a mvindu. Ngudi andi wavova, « ee Ndwalu ! ee Ndwalu ! Nki kiena muna
mpu aku ? » Yandi wavutula, « mafuta mampene nkàkà ya vana kwa ngeye.
Maniengele kwandi. » Ngudi andi vo, « ngeye u nleke wa zoba. Nge kutomene
zaya ko diadi ke difwene ko ? Kwendi diaka landa sangala kwa nkàkà aku ko. »
7. Ndwalu l’obéissant
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Un jour, il reçut la permission de sa mère pour aller visiter sa grand - mère. A son
arrivée il fut bien accueilli. Il profita également de la journée comme bon lui
sembla. Fatigué, il vint dire aurevoir à sa grand-mère. Sa grand-mère toute
joyeuse lui dit : « Ndwalu tu es un brave jeune homme. Je veux que tu reviennes
me voir à la prochaine fête. Je te confie cette aiguille et donne-la à ta mère. »
Un autre jour Ndwalu vint rendre visite à sa grand-mère. Il fut une nouvelle fois
bien accueilli. Le temps était beau et il a pu s’amuser comme il le souhaitait. Une
fois fatigué, il vint dire aurevoir à sa grand-mère. La grand-mère lui dit : « Ndwalu
tu es un jeune homme très serviable et obéissant. Je te confie ce couteau à
remettre à ta maman. »
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Elle t’a même envoyé un couteau. Seulement, j’ai mis ce couteau sous la
manche de ma chemise comme tu me l’avais recommandé autrefois. Et, je l’ai
perdu en marchant. »
La maman lui dit : «Quel idiot ! Tu aurais pu mettre ce couteau dans ta poche. »
Ndwalu promit de s’appliquer prochainement.
Un autre jour Ndwalu revint chez sa grand-mère. Comme d’ordinaire, il fut bien
accueilli. Il joua comme beau lui sembla. Il vint dire aurevoir à sa grand-mère. La
grand-mère dit : « Ndwalu, tu es un brave jeune garçon. Je souhaite que tu me
rendes visite régulièrement. Je te confie ce petit chien à remettre à ta maman. »
En route, Ndwalu prit le petit chien et le mit dans sa poche comme le lui a dit
sa maman. A quelques kilomètres de la maison, il introduisit sa main pour bien
coincer le petit chien dans le fond de sa poche. A la maison, sa maman vint et
dit : « Ndwalu comment se porte la grand-mère ? » Ndwalu dit : «Maman, grand-
mère se porte à merveille. Elle t’a complimentée. Par la même occasion, elle t’a
envoyé un petit chien. Malheureusement, le petit chien que j’ai mis dans ma
poche est mort étouffé. »
La maman s’exclama : « Quel idiot ! Tu ne sais pas qu’un petit chien nécessite
d’être attaché au cou à l’aide d’une corde? Ne recommence plus ce coup là. »
Ndwalu se couvrit le visage avec sa main et se mit à sangloter. Sa maman le
calma et il promit de mieux s’appliquer prochainement.
Quelques jours après cet incident, Ndwalu répartit visiter sa grand - mère.
L’accueil fut cordial comme d’ordinaire. Ensuite, il se mit à beaucoup jouer
jusqu’à ce qu’il se sente mort de fatigue. Puis, il vint dire aurevoir à sa grand-
mère avant de rentrer chez sa maman. La grand-mère dit : « Ndwalu, je suis
très contente de toi. Tu es un brave jeune homme. Je te confie du poisson à
remettre à ta maman. »
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Aussitôt parti, Ndwalu prit une corde et attacha solidement ce poisson sur une
corde et se mit à tirer. Quand les chiens virent ce poisson qu’il tirait sur cette
corde, ils le poursuivirent et mangèrent tout le poisson.
Sur son chemin de retour, Ndwalu emballa l’huile de palme dans des feuilles.
Puis il mit le paquet sur sa tête en dessous de son chapeau melon noir. Pendant
qu’il marchait, la chaleur de sa tête dilua l’huile qui coula dans les cheveux, les
yeux, le cou jusqu’ à sa chemise. Ndwalu arriva chez lui dans un état de saleté
horrible. Enragée, sa maman lui demanda : « Ndwalu ! Ndwalu ! comment se
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fait-il que tu ais de l’huile partout ? » Ndwalu répondit : « Grand-mère m’a confié
pour toi de l’huile de palme congelée. Seulement, je l’ai emballée dans des
feuilles et ai porté le paquet sur la tête comme tu me l’avais conseillé. Mais, en
route l’huile s’est décongelée et c’est comme cela qu’elle a coulé partout tout en
salissant mon visage et mes habits. »
La mère s’exclama : « Quel idiot tu es! C’est la dernière fois que tu te charges de
faire mes commissions. Tu es un enfant stupide. »
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kiatona yila ye kianlambila o luku. Fintama-ntama kiazala kwa luku kansi yandi
kalenda kio lembuswa ko. Luku lwamwangana muna nzo au ya mvimba.
Kinzungu-nzungu kia yila ye kiayila. Luku lwamwangana muna vàta diau dia
mvimba. Kansi yandi kalenda lo lembuswa ko. Kinzungu-nzungu kia yila kia yila
ye luku lwa kota nzo zawonsono. Bantu bavaika muna zinzo ye boka, « lembwa,
luku. ! Lembwa, luku ! » Kansi kavakala muntu ko ndiona walenda lo lembiswa.
Luku lwa kwenda tee vana vakala kindumba-ndumba. Yandi wamona lo ye
wavova, « kinzungu-nzungu kiame kieti yila ye yila. » Bosi avova vo, « kinzungu-
nzungu,lembwa. » Kiau kialembwa yila ye luku lwalembwa mwangana ye bantu
balembwatina. Kansi bau babonsono bafweti lo kwenda dianga mu kota muna
nzo zau.
Une jeune fille et sa mère vivaient seules dans leur maison. Cette maison était
proche d’une grande forêt. Un jour la mère dit à sa fille : « Va dans la forêt et
cherche pour moi des goyaves. » La petite fille prit son sac à main et entra dans
la forêt. Elle chercha les goyaves et ne trouva rien à emporter. Quelque temps
après, elle vit venir une très vieille dame qui lui demanda : «Que cherches-tu ici,
jeune fille ? » Elle répondit : « Ma mère m’a chargé de venir cueillir des goyaves.
Mais je n’ai rien trouvé alors que nous avons faim à mourir. » La vieille dame lui
remit une petite marmite et lui dit : « Prends cette petite marmite. Chaque fois
que tu auras faim, tu diras, petite marmite commence à bouillir. Elle bouillira et te
fera le couscous. Et quand tu en auras assez, tu lui diras, petite marmite arrête,
j’en ai assez. Elle s’arrêtera sur – le - champ. Comme cela tu n’auras plus faim. »
La petite fille remercia de tout cœur la dame et prit congé d’elle. Elle courut vite à
la maison pour raconter la nouvelle à sa mère. Elle dit : « Maman, regarde ma
petite marmite. » Puis, elle ordonna : « Petite marmite, commence à bouillir. » La
marmite bouillit sur – le - champ et leur fit le couscous. Puis, elle dit encore : «
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Ma petite marmite, arrête. » Elle s’arrêta aussitôt. Elles mangèrent à leur faim. Et
chaque jour, elles mangèrent à leur faim.
Un autre jour, la petite fille sortit pour visiter ses amies au fin fond du village. Sa
mère eut faim et ordonna à la marmite : « Petite marmite commence à bouillir. »
Mais quand elle eut assez, elle essaya de l’arrêter, mais la petite marmite ne
s’arrêta pas. Elle déborda de couscous jusqu’à remplir toute la maison. Ensuite
tout le village fut rempli de couscous. Puis, toutes les maisons jusqu’à ce que le
couscous atteignit le lieu où se trouvait la petite fille. Elle courut à la maison
marchant dans le couscous. Tous les habitants sortirent de leur maison et dirent
à la marmite de s’arrêter, mais en vain.
Une fois arrivée chez elle, la petite dit : « Ma petite marmite, arrête, nous en
avons assez. » Elle s’arrêta sur - le - champ. Tous les habitants du village eurent
des difficultés à intégrer leurs domiciles, parce qu’ils devaient d’abord manger les
couscous qui traînaient partout.
Mbulu a nduenga
Fimbulu fiakala lukufi ye nzádi (mbú). Lumbu kimosi avova, « mono mfwidi ee
nzála, kéto kiname mpe mu kwenda tombingi akundi ame. » A kwenda muna
nzéngo a nzadi. Vana kaka asila edikodia diandi mu maza nsamu abaka ee
nkála, yika ! muna nw’a à ngangu. Mbulu a ngangu ayindula, « e ngwa monoee !
Mfumu ngangu wena ye kodia diame muna nw’a andi. Fintangu-ntangu kaka
nkinga andia. O wau wevi nsiléee ? Wevi nsilée ? » Wavova kwa mfumu ngandu
vo, « O !O ! Mfumu Ngandu, ngeye una mbudia à nduenga ! Olunza kaka ee
madiadia ma ntsi, wabika e e kodia kiame. Se e ntomo ambote o mwene mo ? »
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zazingi Wakivovesa, « nkia mpila buzengi mpengi ! Mvukisi ee mbunlu
andwenga ! ».
Lumingu lumosi lwavioka, o mbulu andwenda yandi vo, « ah, ee mpila nzála yayi
isakidi, mbote yenda kuna nzádi ya tomba zinkala z’ame. » Avutuka diaka kuna
nzéngo a nzádi. Natala yeku yeku mu mona mfumu ngandu, kansi kasidi kumona
ko. Mbulu atoma ku kivovesa, « Zaka ntangu imuenanga zi nkala bamene vaika
vana ntandu a nsenge. Vo ke bena nsenge ko, batembamene vana ntandu a
nzádi, e méso-méso yau mumoneka yéna. Mfumu ngandu watoma kuki sueka.
Nawa envóvó miamina miamionsono. Yandi vo, « mbote ya vaikisa e ndambu ya
nsoso ame va ntandu amaza, yandi nginga a banza vo mono, nkala. » Mbulu
anduenga wau atoma kuntungununa, azemuna nzualu. Avova, « Ntondele, e
mfumu ngandu. Ntondele. Ngeye u nkwa nlémvo. » Mfumu ngandu azungasa ye
banda o nsonso andi vana ntandu a maza ye kwetisa e méno mu nganzi.
Akukivovesa vo, « e ngwa mono, nkia mpilakanu ya kizengi mpengi ee! Mvidisi o
mbulu andwenga. »
Tumingu tole twavioka Mbulu andwenga avova diaka, « mono mfwidi ee nzála,
kilendi mpe kuenda tomba aya bekalanga yame ko. » Akwenda kuna nzéngo a
nzádi diaka.. Atoma kukivengoloka yeku-yeku mutala mfumu ngandu kansi kasidi
kumona ko. Mbulu atoma kukifiongonena vo, « ntangu za nkaka, vo nkondolo
mona e zinkala vana ntandu a nsenge, vana ntandu a maza be vangila e
mambuata miau. I Bosi mono ke ivwanganga e kodia kiame te
ikubabakanga.babo » Mfumu ngandu wakizweka muna nteke, awa mana
mavova mbulu. Akukivovesa vo, « Kadiambu ko. Si yavola mwela ye vaikisa
mambuata ma makeke bosi zinkala ye mbulu una vwanga kokia kiandi muna
maza. Mfumu ngandu wavola muela, wavanga mabwata mandi mamanene.
Mbulu anduenga amona mo, azemuna muna nzualu beni. Aboka, « ee mfumu
ngandu, ntondele, ntondele. U nkwa nlémvo. » Mfumu ngandu azungasa o
nsonso andi ye banda wo vana ntandu a maza ye nkueteso a meno mu diambu
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dia ngazi. Akukivovesa, « ah, nkia mpilakanu ya kizengi mpengi ee ! Mvidisidiaka
ee mbulu anduenga. Mfwete kubaka kaka. »
Lumbu kimosi o mfumu ngandu avaika muna maza, akwenda te kuna nzo a
mbulu a nduenga. Abula ee divitu, akukisweka muna katsi kwa nzo. Wau o
mbulu anduenga avutuka o mwenne vo divitu diandi dia nzo dia toma
budika.Avova, « Nkiama o lembolo kunzayisilanga, finzo kiame,bonso fu kiaku bu
yi vutukanga ? »
9. L’hyène intelligente
Il était une fois une petite Hyène qui habitait près du fleuve. Un jour elle se dit :
« J’ai grand faim. Je suis désireuse d’aller chercher des crabes. » Elle partit au
bord du fleuve. Juste en introduisant dans l’eau son petit sabot, ce dernier rentra
droit dans la bouche du seigneur crocodile qui guettait bouche ouverte sur la
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surface. L’hyène intelligente réfléchit et se dit : « A moi ! Mon sabot est dans la
bouche du seigneur crocodile. D’ici peu, il pourra me manger tout cru. Comment
ferai-je ? Comment ferai-je ? » Elle réfléchit ainsi plusieurs fois. Puis elle dit :
«Seigneur crocodile, vous qui êtes très intelligent, vous avez mordu un bambou
de Chine et non mon sabot. Je vous conjure qu’un bambou de Chine est de bon
goût, n’est-ce-pas ? » Ayant entendu cela, le seigneur crocodile ouvrit la bouche
et dit : « Ah ! Quelle bêtise de ma part. »
Une semaine après, l’hyène intelligente se dit de nouveau : « J’ai grand faim. Je
suis désireuse d’aller chercher les crabes. » Elle alla vers le bord du fleuve. Elle
marcha prudemment, en regardant partout où pourrait vraisemblablement se
cacher le seigneur crocodile. Elle ne vit rien d’extraordinaire. Puis elle avança
encore et encore près de l’eau. L’hyène intelligente s’interrogea : « Il y a bien de
fois, quand je ne voyais pas des crabes sur le sable, ils sortaient leurs pattes sur
la surface d’eau. Et moi, je les attrapais par mon sabot. »
Le seigneur crocodile qui était bien enfui dans le limon avait tout entendu. Il se
dit : «C’est très bien ! Je veux sortir mon nez sur la surface d’eau, pour que
l’hyène se trompe et qu’elle croie à un crabe sur l’eau. »
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Deux semaines plutard, l’hyène intelligente se dit encore une fois : « J’ai grand
faim. Je suis désireuse d’aller chercher les crabes. » Elle partit au bord du
fleuve. Elle regarda prudemment partout, mais ne vit pas le seigneur crocodile.
L’hyène commença à se demander : « Parfois quand je ne vois pas les crabes
sur le sable, je les vois sur la surface d’eau en train de faire des jeux de boule
avec de l’eau. Et moi, je les attrape par mon sabot »
Le seigneur crocodile qui était enfui dans le limon aperçut l’hyène et dit : « C’est
très bien ! Je veux retenir mon souffle et je ferai des petites boules sur l’eau. Et
l’hyène trempera son sabot dans l’eau. Ainsi je l’aurai. »
Le seigneur crocodile retint son souffle et fit des grandes boules au lieu de
petites. Quand l’hyène vit la qualité de boule d’eau faite par le crocodile, elle
comprit et s’enfuit de l’eau. Elle sortit en criant : « Je vous remercie seigneur cro-
codile. Je vous remercie, vous-êtes quelqu’un de compatissant. » Le seigneur
crocodile frappa sa queue sur la surface d’eau et grinça les dents de colère
immense. Puis il se dit : « Quelle bêtise de ma part ! Je viens de rater à nouveau
l’hyène. Il faut que je l’attrape à tout prix. »
Le seigneur crocodile entendit tout ce qu’avait dit l’hyène. Et, il se dit : « Je vais
parler lentement, lentement. Et, elle croira que c’est sa petite maison qui lui
parle. » Puis il dit, « oh, oh, oh, bonjour ! » L’hyène eut une grande peur. Elle
comprit que le seigneur crocodile était maintenant chez elle. Elle se dit : « Que
dois-je faire ? Que dois-je faire ? » Puis, elle dit : « Merci ma petite maison. D’ici
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peu, je vais pouvoir entrer. Laisses-moi d’abord chercher du bois pour préparer
un petit repas ce soir. »
L’hyène intelligente alla chercher du bois, elle le mit devant la porte d’entrée.
Elle amassa le bois encore et encore. Puis, elle alluma le feu. Le seigneur
crocodile eut peur de la fumée. Le feu brûla violemment. Le seigneur crocodile
eut beaucoup de peine à cause de la chaleur du feu. Il essaya en vain de sortir
par la fenêtre. La fenêtre était toute petite. Il frappa sa queue partout et grinça les
dents en vain. Il mourut totalement brûlé et bien calciné. Personne ne le sauva.
Le lendemain, l’hyène ne retrouva plus rien du crocodile.
Nsweswe a nsunsu a mpembe a váta é divia diandi. Yandi vo, « mbote ya kuna
ee mindi. Nani zolèlè tua kuna yandi éé ? »
O Nsweswe a nsunsu ya mpembe avova vo, « ke diambu ko. Mono veka nkúna
mio (e mindi). »
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O nsweswe nsunsu apembe yandi vo, « ke diambu ko. Bika mono yasakudila e
divwa diame ».
O Nsweswe nsunsu a mpembe yandi vo, « ke diambu ko. Mono nkola moi. »
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O Nsweswe nsunsu a mpembe vo, « ke diambu ko, mono nika mio. »
Un jour le petit poussin blanc cultiva son champ. Comme il vivait avec ses amis
(le chat, le rat, le cochon, et le canard), il leur proposa de planter le maïs. Il leur
dit : « Qui sont ceux qui veulent planter le maïs avec moi » ?
Le petit poussin blanc dit : « Ce n’est pas grave, je vais le faire seul. Il planta le
maïs. »
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Quelque temps plutard, le maïs poussa en même temps que la mauvaise herbe.
Le petit poussin blanc demanda à ses amis : «Qui sont ceux qui veulent défricher
la mauvaise herbe avec moi ? »
Le petit poussin blanc dit : « Ce n’est pas grave, je vais le faire seul. Il défricha la
mauvaise herbe seul. »
Le petit poussin blanc dit : « Ce n’est pas grave, je vais le faire seul. »
Quelques mois passèrent et le maïs murit. Le petit poussin blanc demanda à ses
amis, :« Qui sont ceux qui veulent récolter les maïs avec moi ? »
463
Le canard dit : « Pas moi. »
Le petit poussin blanc dit : « Ce n’est pas grave, je vais le faire seul. Il planta le
maïs. » Il récolta le maïs et le mit dans un grand bassin.
Quelques jours plutard, il demanda à ses amis, « qui sont ceux qui veulent piller
et faire cuire les maïs avec moi ? »
Le chat dit : « Pas moi. »
Le rat dit : « Pas moi. »
Le cochon dit : « Pas moi. »
Le canard dit : « Pas moi. »
Le petit poussin pilla seul le maïs et le fit cuire au feu. Quand le maïs fut prêt, il
demanda à ses amis : « Qui sont ceux qui veulent manger avec moi ? »
Tout le monde lui dit, « moi, moi, moi, je veux manger avec toi. » Mais le petit
poussin leur dit : « Non ! Non ! Non ! Je mange seul. Celui qui n’a pas travaillé,
n’a pas droit à la nourriture.»
Nleke ye nkombo
Nleke mosi wakala ye nkombo andi. O wau e nkombo ya kwenda kuna mfinda.
Yau yamona e tshitsi yabiza. Wau nleke azola vutula e nkombo kuna vàta. Kansi
o nkombo ngongo andi muvutuka ku vàta. Wau o nleke awatshika odila.
O nlumba azawula kuna kwa kezi dilanga o nkombo. Yandi vo, « Vutuka e
Nkombo ! Vutuka e Nkombo ! »
Kansi nkombo vo, « ve, mono kina vutuka ko. Mfwete toma dia e tshitshi yame. »
Bosi o Nlumba yandi mpe awatshika odila .
464
Fitama-ntama, o Luvadi wizidi lwaka. Awivula, « nkiama odidilanga e Nlumba ? »
Nlumba vo, « O Nkombo ka zolèlè vutuka kuvàta ko. »
Kansi Nkombo vo, « Mono kina vutuka ko. Bika yatoma dia e tsitshi yame. » Bosi
o Luvadi atoma dila beni.
Il était une fois un petit garçon qui vivait paisiblement avec son bouc dans un
village. Un jour, il décida d’aller en forêt avec ce bouc. Celui-ci trouva un
pâturage où l’herbe poussait abondamment. Le bouc mangea, mangea et ne
voulut plus rentrer au village. Le petit garçon fut inquiet et lui dit : «Cher ami, il
faut rentrer maintenant au village, car tu as trop mangé pour aujourd’hui. » Mais
le bouc lui dit : « Je ne veux pas rentrer au village. J’ai encore de la bonne herbe
à brouter. »
465
Le petit se mit à pleurer. Pendant qu’il pleurait, le Lapin était de passage. Il lui
demanda : « Pourquoi pleures-tu, jeune homme ? » Le petit répondit : « Le bouc
ne veut pas rentrer au village. » Le Lapin lui dit : « Calme-toi, je veux m’occuper
du bouc et il va rentrer au village immédiatement. » Le lapin courut vers l’endroit
où broutait le bouc aussi vite qu’il put. Il lui dit : « Cher ami, rentre
immédiatement au village ! Rentre ! »
Le Bouc lui dit : « Je ne veux pas rentrer. J’ai encore beaucoup de la bonne
herbe à brouter. » Aussitôt, le Lapin se mit à pleurer. Quelques temps plus tard,
l’écureuil fut de passage et dit : « Pourquoi pleures-tu, cher Lapin ? » Le Lapin
lui dit : « Je pleure parce que le bouc ne veut pas rentrer au village. » L’écureuil
dit : « Calme-toi, je vais régler ce problème. Le bouc rentrera sans faute. »
L’écureuil courut vers l’endroit où le bouc broutait l’herbe et lui dit : « Cher bouc
rentre au village ! Tu as assez brouté, rentre ! » Le bouc lui dit : « Je ne veux pas
rentrer. J’ai encore de la bonne herbe à brouter. » L’écureuil se mit à pleurer.
Quand le loup vit le Bouc, il lui dit, « cher Bouc, tu as assez mangé ! Rentre au
village ! » Le Bouc lui dit : « Je ne veux pas rentrer au village. J’ai encore de la
bonne herbe à brouter. » Le loup se mit à pleurer.
466
Le Bouc cria « me, e, e, e, ». Le Hibou dit : « Tu es à manger ! » Quand le bouc
entendit cela, il courut vers le village et le petit garçon s’arrêta de pleurer. Le petit
garçon dit : « Merci, Hibou. »
Nkombo tatu
Mna ntandu kiavioka vakala ye nkombo zitatu. Yantete kumbu andi, Tuzuka
diankombo. Yanzole e nkumbu andi, I Sundi Diankombo. Wantatu nkumbu andi,
I Sina Diankombo. Nkombo zau tatu zakala muna vinza. Vinza diakala lukufi ye
finzadi. Vana vinzadi fiofio vakambama e kiamvu. Kuna nsi a kianvu kiokio,
kwakambama Mbak’ambi. E Mbaka yayi yaluta zola dia nkombo ye biaka lekwa.
Nkombo zazi zatatu, kezasa tambi vana kiamvu ko. Kuna simu dia kiamvu
kwakala titi biantwenia. Kuakala mpe nginga zayela ye mfuluta ya bwaka.
O wau wevi, zinkombo zilendi kwendela vana ntandu a kiamvu ? Bosi zilenda dia
ee titi (tsitsi) yantwenia ye nginga zayela ye mfuluta za bwaka. Kansi ve ! Wonga
muna Mbak’ambi una ku nsi a kiamvu. Lumbu kimosi Tuzuka diankombo avova,
« mono ngina sabuka kiamvu. Ngina kwenda mu dia mbidia a bititit biankunzu. »
Nkombo zankaka zavova, « ee Tuzuka Diankombo, kwendi ko. » Mbak’ambi una
kubaka. »
Mbak’Ambi avova, « Nani una viokelanga vana ntandu a kiamvu kiame ena
balaka-balaka ? »
Tuzuka Diankombo vo, « Ve, kundi ko. Mono i ke. Dia kuaku Sundi. Diankombo.
Si keza sabuka wau va kianvu. Yandi Unlutidi mazi , mono ike. » Mbak’Ambi vo,
« Wambote. Ngeye ovioka kuaku vana kiamvu kiame. » Tuzuka Diankombo
abalaka-balaka vana ntandu a kiamvu.
467
O Sundi dia nkombo namona wauna, vo Tuzuka Diankombo watoma sabuka
kwandi ye wena mpe bukuta bititi biantwenia ye nginga zayela ye mfuluta
zabwaka. Yandi mpe wavova, « Mono mpe ngina kwenda sabuta vana ntandu a
kiamvu. Mbak’Ambi kadidi Tuzuka Diankombo ko. Yandi mpe kalendi dia mono
ko. »
Mbak’Ambi avova, « Ndiona nani una kwenda sengi balaka-balaka vana ntandu
a kianvu kiame ? » Sina Diankombo wavutula, « Mono kwame. » Mbak’Ambi vo,
« Mono siya dia.. » Sina Diankombo avutula vo, « wiza finama. Wiza tonti
kundia..» Mbak’Ambi adumuka vana kiamvu. Kansi Sina Diankombo kamona
wonga ko. Sina Diankombo wanengika mpoka zandi, ataminika e malu mandi.
Mbak’Ambi atoma mona wonga. Sina Diankombo wabantika kuda Mbaka. Yandi
wasiama, walenda kunwanumuna. Ntu mia mpoka zandi miakota muna
Mbak’Ambi. Akuntuba muna sambu dia kiamvu. Mbak’Ambi isotonwa kasotonwa
muna maza manzizi. Sina Diankombo vo, «E E E Ngeye siwa kundiée ? Wau
vovo fulu kiokio nwina kilu maza. » Bosi Sina Diankombo wabalaka-balaka vana
ntandu a kiamvu. Tuzuka Diankombo ye Sundi Diankombo ye Sina Diankombo
badia kukimosi bitit biau biankunzu ye nginga zayela ye mfuluta za bwaka lumbu
468
ka lumbu. Yau ade tatu se beka mbidia mazi kumosi kuna simbu dia kiamvu.
Kabamona diaka Mbak’Ambi ko.
Un jour, Tuzuka Diankombo dit : « Chères amies, je veux traverser le pont pour
aller à l’autre rive. Là, il y a de l’herbe fraîche, des grains et des goyaves
mûres. » Les deux autres s’opposèrent à l’idée de Tuzuka Diankombo. Mais
Tuzuka rétorqua : « J’irai, car le diable Mbak’ambi ne me fera rien. Je suis trop
petite et trop maigre. »
Tuzuka Diankombo s’en alla. Quand elle arriva au milieu du pont, elle entendit
une voix rauque venant du diable et qui disait : « Qui marche sur mon pont ? »
Tezuka répondit : «C’est moi Tezuka Diankombo. » Mbaka le diable lui dit : « Je
vais te manger. » Elle répondit, « Non, ne me mange pas seigneur. Je suis trop
petite et maigre. Mange plutôt ma camarade Sundi qui a beaucoup de graisse.
Elle ne tardera pas à passer par ce pont. » Le méchant diable Mbaka dit : « C’est
bon, tu peux passer petit. Je prendrai l’autre qui a plus de graisse. »
Tuzuka Diankombo traversa le pont sans problème. Elle alla brouter l’herbe
fraîche, manger des grains et des goyaves mûres. Quand Sundi Diankombo vit
que Tezuka est passée sans problème, elle se dit : « Moi aussi, je compte
traverser le pont. Le diable n’a pas dévoré Tezuka. Moi non plus il ne peut pas
me manger. » Sina s’opposa à l’idée de traverser ce pont. Mais Sundi rétorqua :
« Le diable ne me mangera pas. Je suis trop petite et trop maigre. »
469
Puis, elle s’en alla. Juste quand elle franchit le milieu du pont, elle entendit une
voix rauque venant du méchant diable : « Qui se permet de marcher sur mon
pont ? » Sundi Diankombo répondit : « C’est moi seigneur. » Le diable
Mbak’Ambi lui dit : « Je vais te manger. » Sundi lui dit : « Non, ne me mange pas
seigneur. Je suis petite et maigre. Autant manger ma camarade Sina Diankombo
qui est grasse. Elle ne va pas tarder à passer par ici. »
Mbaka le méchant diable lui dit : « C’est bon petite, tu pourras passer sur mon
pont. J’attendrai ta camarade pour mon souper. » Sundi Diankombo passa sans
difficulté. Elle alla rejoindre Tuzuka à l’autre rive.
Quand Sina Diankombo vit que les deux amies avaient traversé sans problème,
elle se décida à y aller à son tour. Elle s’en alla. Juste le temps de franchir le
milieu du pont, elle entendit une voix rauque qui venait du méchant diable : « Qui
se permet de traverser mon pont ? » Sina Diankombo lui dit : « C’est moi ! »
Mbaka lui dit : « Je vais te manger. »
Sina Diankombo lui dit : « Approche, approche pour que tu me manges bien. »
Le méchant bondit au - dessus du pont. Mais Sina lui donna des coups de
cornes encore et encore. Puis, Mbaka le diable fut projeté de l’autre rive dans
l’eau glacée de la rivière. Le diable se noya dans la rivière. Sina traversa sans
difficulté le pont. Elle alla rejoindre ses deux amies et se mirent à manger l’herbe
fraîche, les grains et les goyaves mûres chaque jour. Elles devinrent grasses.
Elles ne virent plus le méchant diable Mbaka.
470
Annexes 8
471
Fig. 26. Cette photo montre la ville de Boma à travers son fleuve navigable (bas-fleuve)
472
Fig. 27. Cette photo montre la ville de Matadi (zone portuaire)
473
Fig. 28. Cette photo montre une vue du fleuve congo (ex: Zaïre)
474
Fig. 29. Cette photo montre une oeuvre d’art. Un mélange du bois et du cuivre, symbolisant
l’équilibre de la créature unique Mahuungu, selon le mythe kongo sur la crétion de l’homme et de
la femme (voir la cosmogonie kongo chap.2)
475
Fig. 30. Cette photo montre un jeu des chèques, un bateau à voile et un cadre photo en malakite
476
Fig.31. Cette photo montre un éléphant taillé en bois. Symbole de chef, mfumu
477
Fig.32. Cette photo montre une femme laborieuse en pays Yombe. Elle porte sur son dos un
panier en paille pour le champ, qu’on appelle mpidi. Sur sa poitrine, elle porte un bébé dans une
espèce d’hamac, qui s’appelle, Nzéemba. Elle a dans sa main droite, une houe, nzéengo.
478
Fig. 33. Cette photo montre une famille comblée de joie, par l’arrivée du bébé. Tableau taillé en
cuivre.
479
Annexe 9
Les enfants de la rue pillulent dans les artères des cités urbaines en RDC.
Nombreux parmi ces enfants sont abandonnés par leurs familles biologiques
parce qu'accusés de sorcellerie par quelques voyants ou pasteurs. Ces enfants
deviennent souvent déscolarisés et exposés à la criminalité. La ville de Kinshasa
seule compte plus de 1.000 enfants "sorciers" qui vivent dans la rue. Croyez-
vous que ces enfants soient réellement sorciers? Que doit faire le gouvernement
pour mettre fin au traitement abusif des enfants en RDC ?
Zanga Di Nzimbu
zdnz@voila.fr
25/12/2003
480
Réaction sur les enfants sorciers
Je suis triste du rejet de notre société et de l'Eglise au sujet des enfants dits
sorciers. Je ne comprends pas l'irresponsabilité des adultes, qui sont incapables
d'assumer leurs rôles à l'égard des enfants qui n'ont pas demandé à venir dans
ce monde pourri et plein d'injustices. Je suis Educateur Spécialisé, Journaliste de
formation et Serviteur de Dieu. Je n'accepte pas la légerté avec laquelle nous
parlons de nos enfants. Construisons des projets pour les aider à s'en sortir au
lieu de nous cacher dérrière des discours de caniveau. Il n'y a que des sorciers
qui passent leurs temps à débusquer les soit -disant sorciers. Quand allons-
nous réellemnt comprendre que celui qui est en nous est plus fort que celui qui
est dans le monde?
BIJIMINE Adrien
adrien.bijimine@wanadoo.fr
25/12/2003
481
Annexe 10
La belle-mère n'est pas de même lignage que son gendre. Elle n'a pas de
pouvoir sorcier sur la personne de son gendre et vice-versa. Mais il arrive que la
belle-mère trouve un spécialiste pour envoûter son gendre, en cas de
méconduite de sa part.
Pour mieux comprendre cela, je vais commencer par vous donner l'exemple d'un
cas très récent, qui s'est passé dans le village de ma femme, à Mbende:
"Etienne avait épousé la fille de Losal. Il s'était procuré une idole pour attraper
beaucoup de gibier puisqu’ il était un chasseur redoutable. Depuis longtemps, il
offrait à son pouvoir sorcier les membres de son lignage.
A une période donnée, son idole de chasseur ne marchait plus comme il faut.
Son spécialiste lui demanda de lui offrir sa femme, sinon, lui - même serait
482
victime. Comme il vivait en mésentente avec son épouse Marguerite, il l'offrit à
son spécialiste sorcier qui l'envoûta sans tarder. Marguerite mourut subitement
en l'absence de son mari qui était chez le sorcier. Les membres du lignage de la
disparue ne connaissaient pas l'auteur de sa mort, car, parmi eux, personne ne
pouvait l'envoûter.
Le mari, comme il savait que sa femme était morte, regagna vite le village pour
l'enterrement. Dès qu' il y arriva, personne ne le soupçonna. Les membres et les
sages du lignage de la pauvre Marguerite gardaient silence et avaient enterré
leur mort. Au cimetière, au moment où chaque partie faisait son discours
funèbre, Etienne ne voulait pas se présenter prétextant que sa femme était
morte en son absence et qu' il n'en savait rien. Après l' enterrement, Mama Losal
avait juré devant tout le monde qu' elle devait aller éliminer le sorcier, auteur de
la mort de sa chère et unique fille. Après trois jours de deuil, elle était partie avec
son frère aîné Mpwo chez les Bashiar (Sakata). Deux jours après leur voyage,
Etienne tomba par terre et mourut d'une courte maladie. Tous les villageois
étaient étonnés de voir une femme et son mari mourir la même semaine. Comme
on avait constaté l'absence de la mère de la regrettée Marguerite et de leur
oncle, on avait conclu qu' il (Etienne) était tué par sa belle-mère Losal et qu'
Etienne était l'envoûteur de son épouse.
A son retour, Losal fut interpelée par le chef du village qui voulait savoir d'où elle
venait. Sans avoir peur, elle avait répondu qu'elle avait consulté un grand devin
pour éliminer son propre gendre qui avait déjà éliminé sa fille.
483
Marguérite, parce que lui, Etienne avait mal agi. En plus de ce bouc, il devait
encore une chienne pour remplacer la femme qui était en train de mettre au
monde, puis une dame - jeanne de vin de palme, un troisième bouc et une
couverture "nkaam" au chef du village Polo qui a sa résidence à Mibamba
(Bandundu, RDC).
Comme le citoyen Mabana vient de le dire, j'ai encore un cas semblable, mais
pour celui-ci, il n’y avait pas eu de mort, mais seulement une punition.
484
Jugement de l'accusée chez les sages et chef du village
Les deux chefs de lignage, le chef du village et ses notables se réunirent un jour
pour voir clair dans cette affaire. Munkala donna sa déclaration en tant que mère
de Marianne. Le Citoyen Nzo nia détenir un objet rituel agressif et dit qu’il ne
connaissait pas la cause de la maladie de son enfant. Munkala étant elle-même
mûre refusa et dit : "Si mon mutjul ne se rétablit pas, lui aussi sera paralysé et
tous les deux souffriront ensemble. Ayant entendu leurs déclarations, le chef du
village conseilla au Citoyen Nzo de libérer l'enfant, s’il avait un objet rituel
agressif et à la citoyenne Munkala de faire de même.
Mais avant tout, chacun d’eux devait payer un bouc au chef du village. Ce
dernier avait aussi tiré les oreilles de leurs chefs de lignage respectifs. Miné par
la maladie, le Citoyen Nzo prit son objet rituel et alla le remettre à son
spécialiste. Comme il est paralysé, il avait confié la mission à son frère. Le
spécialiste infligea une forte amende avant de reprendre cet objet et de libérer
l'enfant, car ce qui était destiné au sorcier, ne pouvait jamais être retiré.
Le Citoyen Nzo accepta et paya tout ce que le "Nganga" avait exigé. L’enfant se
rétablit petit à petit. Du côté de Munkala, lorsqu' elle rentra chez son "Nganga"
pour retirer le père de son petit-fils qui venait de reprendre sa santé, le Nganga
était déjà mort. Ainsi elle paya le pot cassé auprès du lignage du Citoyen Nzo,
qui lui exigeait une forte somme d'argent contre le rétablissement du Citoyen
Nzo. Mais comme cette guérison était impossible, jusqu' à présent le Citoyen
Nzo est soigné par la famille de sa belle-mère et celle-ci avait payé une forte
amende au chef du village et au chef du lignage de Nzo. C’était là un cas que j'ai
vécu moi - même.
485
Une belle-mère accusée d'avoir envoûté son gendre
Selon notre coutume (dans le Bandundu), la belle-mère n'a aucun pouvoir sorcier
sur son gendre. Lorsqu' il y a un cas, la belle-mère trouve le chef du lignage de
son gendre pour que celui-ci, puisse donner des conseils à son neveu. Car, chez
nous, les relations gendre – belle - mère se déroulent dans un climat de profond
respect. Même si son épouse décède, le gendre doit continuer à avoir un profond
respect à l’égard de sa belle-mère. Pour pouvoir envoûter son gendre, la belle-
mère agit par l’intermédiaire de son frère ou du chef du lignage de son gendre,
mais elle n'a pas droit d’aller trouver un spécialiste et de solliciter chez lui
l’envoûtement de son gendre.
486
La belle-mère peut envoûter son gendre quand celui-ci
a envoûté sa fille sans motif valable ou par un pacte de
sang "ketem" qu’il aurait conclu avec elle, ceci si elle
manque d'oncle ou de frère qui peut exécuter cette
opération. Pour ce cas, je vais vous donner un cas qui
s’est passé dans le village de mon mari, à Ngele-we:
En général, le gendre n’a pas le droit d'envoûter sa belle-mère parce qu’elle est
d'un autre lignage et qu’elle n'a pas de lien de parenté avec lui. Il y a de ces
femmes qui sont des sorcières. Lorsqu' une femme meurt et que nul n’est
soupçonné d’être le sorcier qui l’a éliminée, son mari – avec l’autorisation des
frères, de l'oncle maternel et des soeurs de la défunte - peut aller consulter un
487
devin qui l’aide à dénicher celui qui l'a tuée. Il sera accompagné d'un jeune frère
de la défunte. Lorsqu' ils arrivent devant le devin, le gendre lui demande au nom
de tous les membres du lignage de sa regrettée femme et en son nom,
d’envoûter celui qui a causé la mort de sa femme. Si sa belle - mère en est
l’auteur, elle sera envoûtée. Le mari ne sera pas poursuivi parce que les
membres du lignage de la femme lui ont accordé la permission.
488
rituel pour qu’elle puisse couler le commerce de son mari. Ce qui fut fait aussitôt.
Elle prit deux coquilles d’escargot bourrées d’ingrédients de cet objet rituel et
enfouit l’une devant sa maison et l’autre chez sa coépouse.
489
Quand on réexamine la chose de près, la mort de cette femme est causée
surtout par sa fille qui lui a raconté ses déboires conjugaux au lieu d’y faire face
toute seule. Si elle avait laissé son mari agir comme il voulait et si elle s’était
arrangée avec lui à la maison, il n’y aurait absolument pas de conflit. En plus,
cette belle-mère à laquelle sa fille a fait un rapport sur ces déboires conjugaux
n’aurait pas dû chercher à causer immédiatement du tort à son gendre car elle
n’avait aucun moyen de connaître les moyens de défense que détenait son
gendre. Ici Mulembe a réagi en tant que père de Rosalie, parce que celle-ci est
la fille de Mangwo, son oncle. C’est bien là, le seul cas que je connais.
Pour moi, je ne connais pas un seul cas où une belle - mère envoûte son gendre
et où le gendre ensorcelle sa belle - mère. Celui que je connais concerne une
belle - mère qui avait envoûté, par l'intermédiaire d'un objet rituel, la deuxième
femme de son gendre. Voici comment s'est déroulée cette aventure dans la
ferme Mumbanda:
490
"Toi Nkoy, j'ai voulu savoir qui vient voler mes arachides, mais personne ne
s'est présenté; toi qui possèdes neuf yeux, suis-moi ce voleur et frappe-le
sévèrement. Ici ce n'est pas mon village, et bientôt je vais rentrer, mais
avant cela, je voudrais voir les effets de ton travail. Si le voleur est de mon
lignage, alors ne fais rien contre lui. S’il n’est pas de mon lignage, alors
poursuis-le."
491
Ayant entendu la nouvelle, la propriétaire de Nkoy
quitta la ferme et rentra chez elle à Kimbimbi. Mais
après elle, ses enfants furent sérieusement maltraités
par la famille de la défunte. Mufu abandonna, lui
aussi, la ferme et rentra chez lui au village. Mais les
effets de cet objet rituel continuaient toujours à agir
sur les membres de la famille de Charline. On alla
alors arranger l'affaire en payant dix sacs d'arachides,
alors que la défunte n'avait pris que quelques paniers.
La famille avait perdu sa fille et dix sacs d'arachides."
C'est bien là le cas que je connais sur l'envoûtement.
Souvent de pareils cas se produisent dans les
familles des polygames.
En général, une femme n'a pas de pouvoir sorcier sur la mère de sa coépouse
sauf quand celle-ci est une voleuse. Alors elle peut tomber malade et même
mourir comme ce fut dans le cas que j'ai vécu moi-même au village.
Mangu est la deuxième femme de Mawata Fabien. Elle est une muteke du
groupe Bambuon. Elle excellait dans les travaux de champs comme dans les
travaux de pêche. Elle avait aménagé un étang dans la rivière Muson. La mère
de sa coépouse, nommée Bowabi, était partie pêcher dans cet étang. Après
avoir cherché à connaître le nom de la personne qui avait pêché dans son étang
à son insu et comme elle possédait un objet rituel appelé Muniam (maladie qui
attaque les seins des femmes et dont elle avait jeté les substances dans son
492
étang), elle a prélevé un peu d'eau de l'étang et l'a mise dans la calotte de
calebasse contenant son objet rituel. Puis elle prononça en public les paroles
suivantes: "Toi Muniam, une voleuse est partie pêcher dans mon étang. Ce n'est
pas un homme qui l'a fait, mais une femme. Comme elle n'avoue pas son forfait,
alors va l'attaquer et fais-la même périr."
Le cas que je connais dans mon village Kimbimbi concerne une fille orpheline de
mère qui avait causé la mort de la femme de son père parce qu’elle avait volé les
biens de sa regrettée mère Pascaline Kimbuku. A sa mort, celle-ci avait laissé la
responsabilité de ses étangs à sa fille Mabweri Ameline qui vivait avec son père,
mais ne partageait pas la même cuisine avec sa marâtre Victorine. Durant la
saison sèche, Victorine alla en cachette pêcher dans un de ces étangs. Ayant
constaté le vol, Mabweri demanda qui en était l’auteur. Personne ne reconnut le
fait. Victorine s’était tue, malgré les soupçons qui pesaient sur elle. Mabweri prit
493
alors les ingrédients de l’objet rituel Mubié que sa mère lui avait legués et les
répandit sur l'étang pêché en disant: "Toi Mubié, toi ma mère qui m'avait laissé
cet étang, une femme est venue pêcher dans mon étang sans ma permission.
Pour lui montrer qu' il m' appartient, toi Mubié, va pénétrer dans sa famille et
sèmes-y la panique, tue celle qui as été pêcher à mon insu".
Ayant ainsi parlé, elle revint au village. Au bout de quelques mois, l’objet rituel
Mubié attaqua la femme de son père qui tomba sérieusement malade. Il était de
coutume de consulter un devin lorsqu'une personne tombait malade. C’est ainsi
que l’on a pu savoir que cette maladie provenait du Mubié. La fille refusa de
bénir la voleuse, comme le lui avait recommandé sa mère, avant sa mort.
La femme fut transportée à Bonga où elle mourut une semaine après. Après son
enterrement et pour conjurer le danger, sa famille acheta cet objet rituel et
devint, elle aussi, propriétaire de Mubié. C’est ainsi qu’elle paya à la fille une
grosse somme et d'autres amendes en nature. C’était là mon témoignage sur le
pouvoir sorcier entre une fille et la femme de son père.
Il y a de ces femmes qui élèvent des filles laissées par une défunte. En général,
une telle femme n'a pas droit sur la vie de la fille orpheline. Celle-ci ne pouvait
être attaquée et tuée par l'objet agressif de belle-mère que si et seulement si elle
mettait la main dans la corbeille de l'idole et y volait quelque chose. En effet et
autrefois, nos ancêtres avaient de ces idoles qui tuaient ceux qui les volaient.
Voici un cas auquel j'ai assisté dans mon village et dans la parcelle voisine de la
nôtre : Mamwana était élevée par la citoyenne Makolo qui avait un objet rituel
494
Nguun dans sa maison. Un jour en son absence, Mamwana était entrée dans sa
chambre et avait pris une somme de I00 K dans la corbeille qui contenait cet
objet rituel Muyek Nguun. Comme cet objet rituel était friand de sang humain, il
s’en est suivi que, le soir, le corps de Mamwana avait complètement changé. Elle
était atteinte de jaunisse. Makolo savait bien qu’on avait soustrait une somme
dans la corbeille qui héberge son objet rituel Muyek. Mamwana a nié avoir
soustrait la somme en question. Bien que connaissant la vérité, Makolo n’a pas
bronché devant les dénégations de Mamwana qui décédera quelque temps
après. Avant son enterrement, Makolo révéla tout sur la cause de sa mort au-
chef du village qui lui imposa une amende pour n'avoir rien dit pendant que la
dame vivait encore. Makolo était considérée comme auteur de la mort de
Mamwana. Puis l’objet rituel fut restitué à son propriétaire.
Dans ce cas, le pouvoir sorcier s'exerce par l'intermédiaire de "di" (une sorte de
nourriture rituelle empoisonnée). En général, une femme n'a pas le droit
d'ensorceler un enfant ou une fille de la femme de son beau-fils. Mais, comme on
dit en kiyansi, "Mwim bar bankie ndel mway": Le pouvoir sorcier de certaines
gens ne connaît pas de frontière.
Voici un cas qui s'est déroulé dans le village Mokango, tout près de Kimbimbi:
Témoignage de Mama Jacqueline Miomway de Mokango
Le Citoyen Emmanuel Ngono avait épousé la fille de Borbor. On dit que cette fille
était une grande sorcière et c’est pourquoi elle a été chassée par ses frères. Par
495
pitié, son beau-fils Emmanuel l'a conviée à vivre chez lui. Ils vécurent très bien
pendant quelques années. Puis la femme de Ngono tomba malade. Celui-ci se
sentit obligé d’épouser une seconde femme pour aider sa femme malade et pour
soigner les enfants. Ils vécurent en bons termes. La deuxième femme nommée
Marivina avait mis au monde une fillette. Comme c’était elle qui tenait le ménage
et qui travaillait, elle laissait l'enfant avec la mère de sa coépouse. Un jour, celle-
ci avait donné à manger à l'enfant pendant que sa mère se trouvait aux champs.
Après avoir consommé cette nourriture, l'enfant était mort en l'absence de sa
mère. Ayant appris cette triste nouvelle dans le champ, Marivina était revenue et
ne demandant même pas la cause de la mort de son enfant, elle était allée à
Kimbimbi pour appeler ses parents. Puis tout le monde était là. Comme la
coutume l’exige, on transféra le corps à Kimbimbi, son village d'origine. La
sorcière était aussi partie. Les sages et d'autres hommes mûrs avaient constaté
que celle-ci lui avait donné le "di", pour qu’il devienne, d'après les sages, son
chien de nuit. L'enfant l'accompagnerait à chacune de ses sorties nocturnes.
9
Kitjul : c’est une épouse de droit dans la famille. Femme potentielle entre cousins
croisés.
496
droit. Chaque fois que Kabwabu envoyait une lettre pour réclamer ce droit, le
mari lui répondait impoliment et méchamment.
Après deux ans de patience vaine, le Citoyen Kabwabu avait ensorcelé la femme
de ce vantard en la faisant foudroyer. Sans même que les voyants aient été
consultés, on avait accusé Kabwabu d'avoir occasionné la mort de sa petite fille
à cause de l'argent de kitjul. Kabwabu, plein de sang-froid, avait admis les faits.
Et les affaires s'étaient terminées sans arrangement adéquat.
Le deuxième cas est celui du citoyen Faustin Kafuti, qui avait frappé de lèpre sa
petite fille, parce que la dot n’était pas versée. Mais après le versement de la dot,
le grand - père avait purifié sa kitjul qui avait repris sa bonne santé. Il y a
beaucoup de cas que nous remarquons maintenant à cause de "nzim ketjul".
Voici encore un autre cas d’un grand-père qui avait envoûté indirectement sa
petite fille; Mabwisi avait une kitjul nommée Marceline Kambamba. Mabwisi avait
imposé à Kambamba d'épouser son neveu André Munzeyi, moniteur agricole du
côté de Fambondo, disait qu’il n’était pas capable de procréer et que sa kitjul
venait d'un autre homme qui avait connu sa femme.
On était parti consulter un voyant qui révéla que cette mort résultait des
murmures de son grand-père. Lorsqu'on avait demandé au grand-père s’il était à
la base de la mort de sa petite-fille, il répondit comme suit: "Moi je n’étais pas le
grand-père de Marceline. Pourquoi venez-vous me demander si j’étais à la base
de sa mort? Comme vous m'aviez dit que je n’étais pas son grand-père, je ne
connais pas la cause de sa mort, mais si vous pensez que je le suis, alors
j'accepte qu'elle soit venue de moi, parce que je ne pouvais pas supporter de
telles injures." Ainsi, les affaires étaient finies, sans autre arrangement.
497
Ce que nous remarquons souvent, c'est qu'en cas de refus de mariage avec un
kitjul, un bon grand-père impose une somme exorbitante à l’homme ou à la
famille de la fille. Cela arrive souvent, et le grand-père finit par libérer la fille.
Un grand-père que d'autres "batjul" maltraitent peut exercer son pouvoir sorcier
sur les enfants de sa fille. Par jalousie, il ne veut pas que ces enfants naissent et
grandissent de peur que les filles soient mariées et qu'ainsi d'autres bénéficient
du droit de dot. C'est pourquoi il commence à les envoûter dès le sein de leur
mère ou lorsqu' ils deviennent un peu grandes. Voici quelques cas que j'ai moi-
même vécu dans notre contrée:
498
Dans mon village, le Citoyen Ngwala était père de bananier (Envoûtement)
plusieurs filles. Ses premières filles avaient mis au Dessin Ngaana Mulwa
monde de filles. Lorsque celles-ci se mariaient, on
semblait ignorer qu'elles avaient un grand-père et
des maris de droit. On ne versait pas la part due à
ceux-ci. Tout cela parce que Ngwala était vieux et
n’avait pas de frères pouvant réclamer ces droits.
A une période donnée, la cadette des filles de
Ngwala n’accouchait que des mort-nés. Elle avait
fait à peu près cinq couches sans garder un seul
enfant. Ses oncles maternels, sa mère et son mari
sont partis trouver un voyant, qui leur révéla que
ces enfants étaient envoûtés par leur grand-père,
suite au non-versement de son droit de kitjul pour
les mariages des aînées de la victime et pour le
sien. La cause connue, le mari de la jeune fille
accusa le grand-père à la collectivité.
Au tribunal, le Citoyen Ngwala accepta devant les juges qu'il était responsable de
ces décès et qu'il le faisait parce qu'on épousait toutes ses "kitjul" sans lui verser
un seul likuta 10 . C'est pourquoi la cadette payait tous les pots cassés. Le verdict
10
Likuta fait référence à une pièce de monnaie à l’époque du régime Mobutu. En
d’autres termes, versement de la cote-part en espèce du grand-père.
499
donna raison au grand-père, parce que les maris de ses petites-filles avaient
foulé au pied la loi sacrée du kitjul.
"Moi je ne peux pas continuer à envoûter ma fille ou plutôt mes "bitjul". Si je les
avais encore épargnées, je n'allais pas bénéficier de mes droits sur elles comme
pour les premières. Pour que ma fille mette au monde sans problèmes, que son
oncle me verse toutes les dots antérieures de mes "batjul" ainsi j'arrangerai tout".
Le tribunal appuya Ngwala en condamnant l'oncle de n'avoir pas songé à obliger
les maris de ses nièces de respecter la loi de kitjul et en lui accordant un délai
d’un mois pour payer tous ces droits. Entre-temps, le grand-père procédera à
l'arrangement de sa petite fille.
Après avoir reçu les amendes en nature qui consistaient en quatre boucs au
nombre de "bitjul" mariées, boucs qu' on appelle "Ntab nzal", le Citoyen Ngwala
prit un peu de sel et un bassin d' eau dans lequel il mit un peu de terre de son
objet rituel Mulab par lequel il avait ensorcelé les enfants de sa fille, il procéda à
l'ablution du ventre et de visage de sa fille. Ensuite, il prit un peu de sel et le lui
mit dans la bouche pour manger, en disant: "Toi, objet rituel Mulab, tu as bien agi
contre ma fille en envoûtant ses enfants. Chaque problème a toujours une
solution, tout comme chaque conflit a un dénouement. Ainsi, que ma fille mette
au monde mes "bitjul", que celles-ci grandissent et que je bénéficie de leur dot!
Ils m'ont payé, car je n'avais pas fait un travail bénévole et la dot que j’avais
versée pour leur grand-mère ne l'a pas été en vain, je suis maintenant satisfait.
Qu’il n’y ait plus de morts, qu’elle soit bien portante."
Ayant ainsi parlé, il prit une ficelle en raphia et lui avait noué le bras droit comme
symbole de la bénédiction de son père. Après cet arrangement, sa fille a
commencé à bien mettre au monde, sans plus connaître de fausses couches, ni
de morts-nés.
500
Ci-après un deuxième cas :
Je connais encore un cas qui s'est passé dans mon village. Le Citoyen Kalunga
avait ses "batjul". Lors du mariage de sa première kitjul à Kinshasa, le grand-
père demanda sa dot, mais le mari de sa kitjul et ses oncles ne donnèrent
aucune suite à sa demande. Il avait envoyé son neveu à Kinshasa pour que
l’époux de sa petite - fille lui donne la dot, mais celui-ci avait refusé en prétextant
qu’il irait la verser lui-même en personne. L’émissaire était revenu et avait
rapporté à son oncle la réponse reçue. Kalunga garda silence et cependant ne
cessait de murmurer à la maison, en cours de route ou aux bifurcations. Un mois
après le retour de l’émissaire, la fille cadette de la première kitjul tomba malade
et mourut. Les devins consultés révélèrent que le grand-père l'avait envoûtée à
cause de la dot de sa soeur qui n'était pas versée et à cause d'une réponse
méchante que le mari de celle-ci lui aurait donnée.
"Si après un mois rien n'est encore versé, une autre mourra." Ayant entendu
cela, l'oncle de ces filles avait payé la dot de la première et avait accepté de
payer également la dot pour la libération des autres qui étaient encore jeunes. Le
montant étant exorbitant, il fit presque deux ans pour le terminer. Voici encore le
troisième cas:
Pour avoir beaucoup discuté sur la dot de sa soeur, le garçon tombe malade et
meurt. A Lwano Kamben, le citoyen Kamoloka avait une kitjul très jolie. Il voulait
qu'elle soit épousée par son neveu Gilbert parce qu'elle est la première de ses
"bitjul". Mais la jeune fille, nommée Marie-Jeanne, ayant beaucoup étudié, voulait
rester en ville pour travailler et épouser un homme de son niveau culturel. Son
frère Kimbolo ne voulait pas que sa soeur soit épousée par un kitjul; il voulait
501
l'amener chez lui à Bagata où il était commis au bureau du territoire. De temps à
autre, Kimbolo venait avec des policiers pour ennuyer son grand-père. Chaque
fois qu' il avait une affaire à traiter à propos de la fille, il se faisait toujours
accompagner de policiers.
Finalement le Citoyen Kamoloka libéra la fille. Or, il voulait libérer la fille pour
envoûter son frère. Après deux mois, alors qu'on croyait l'affaire terminée et que
la fille se trouvait déjà chez son mari, Kimbolo tomba malade. Dans ses
hallucinations, il disait que son grand-père le battait violemment. Après quelques
jours, il mourut. Tout le monde pointait Kamoloka comme sorcier.
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Annexe 11
a) l’oncle
b) le papa
c) le mfumwa a kanda
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e) On est atteint de béri-béri ou de la folie
a) la magie noire
b) la sorcellerie
c) le fétiche
d) Dieu, Nzambi
e) Les ancêtres, bakulu
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