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Niveaux Narratifs

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Niveaux narratifs

Le principe de niveau désigne la frontière qui sépare l'univers du raconté


et celui du racontant. En effet, dès le moment où quelqu'un raconte une
histoire, qu'il en fasse ou non partie à titre de personnage, il constitue un
univers en propre dont il est par définition exclu en tant que narrateur.
Celui qui narre n'est pas au même niveau que les objets ou les acteurs qui
peuplent son récit. Il y a virtuellement dans tout récit, selon Genette,
deux principaux niveaux narratifs. Leur distinction permettra d'envisager
d'autres types de rapport entre la narration, l'histoire et le récit. Le
premier niveau de base est le niveau diégétique1 où le narrateur est en
retrait. Il se borne à exercer sa fonction première, celle de narrer, de
présenter une histoire, c'est-à-dire des personnages qui évoluent dans un
univers séparé, avec un temps (le passé) et un lieu propres. On nomme
diégèse cet univers. Nous nous trouvons donc au niveau diégétique ou
intradiégétique, puisque nous sommes à l'intérieur de la diégèse, de plain-
pied avec les personnages. C'est ainsi le récit premier raconté le plus
souvent par un narrateur exrtadiégétique.

(1)

Le second est le niveau méta diégétique2, quand le narrateur renonce à


son statut de narrateur pour le déléguer à l'un de ses personnages,
produisant ainsi un récit second qui serait enchâssé dans le récit premier.
Nous accéderions à un niveau méta diégétique quand le personnage d'un
récit se met lui-même à faire un récit. Il devient dès lors le narrateur d'un
récit second qui est enchâssé dans le récit premier. Parfois, le récit second
est quantitativement plus important que le récit premier. Ils permettent
1
Voir GENETTE Gérard, Figures III,op.cit., p.238
2
Voir Ibid,pp.239-242
simplement de distinguer deux niveaux narratifs, puisque le personnage
qui prend la parole au niveau diégétique (récit premier), du fait qu'il
devient un narrateur, ouvre un nouvel univers, une nouvelle diégèse, et
nous fait donc accéder à un niveau métadiégétique (récit second)

Un narrateur extradiégétique n'est pas forcément hétérodiégétique et un


narrateur intradiégétique, c'est-à-dire un narrateur second, n'est pas
forcément homodiégétique. Dans l'Histoire du Chevalier des Grieux et de
Manon Lescaut, par exemple, le Marquis de Renoncourt est
extradiégétique, comme narrateur du récit premier, mais aussi
homodiégétique, puisqu'il figure dans son récit à titre de personnage.
Ulysse dans les chants IX à XII de l'Odyssée fait des récits au second
niveau devant l'assemblée des Phéaciens. Dans les Mille et une nuits,
Schéhérazade est une narratrice intradiégétique parce qu'elle est déjà,
avant d'ouvrir la bouche, personnage dans un récit qui n'est pas le sien;
mais puisqu'elle ne raconte pas sa propre histoire, elle est en même temps
narratrice hétérodiégétique3

Les divers types de récits enchâssés peuvent être regroupés en deux


grandes formes. La première forme est celle des récits encadrés, dans
lesquels le récit second occupe l'essentiel du texte. La deuxième forme est
celle des récits intercalaires. On parlera de récit intercalaire quand un ou
plusieurs récits sont enchâssés sans la domination de l'un d'entre eux, ou
alors quand un ou plusieurs récits sont enchâssés à l'intérieur d'un récit
premier qui reste dominant. Il s'agit des cas où le récit enchâssant, ou
récit premier, n'est là que pour servir de cadre au récit enchâssé; le récit-
cadre s'efface devant le récit encadré qui occupe quantitativement la place
dominante.

3
Id, Nouveau discours de récit, éd. Du Seuil, coll. poétique .Paris 1983, p.56
Le récit-cadre pourrait adopter une fonction évaluative lorsque le
narrataire intradiégétique du récit enchâssé auquel l’histoire est racontée
au niveau du récit cadre, apporte un commentaire évaluatif à l'histoire
qui vient d'être racontée. Ce qui a (ou devrait avoir...) pour effet d'orienter
l'interprétation du narrataire extradiégétique, c'est-à-dire le lecteur. Par
exemple, René, Chateaubriand a situé le récit métadiégétique du héros
dans un contexte de condamnation morale. René, après avoir raconté sa
vie, est jugé sévèrement par un de ses auditeurs, qui lui reproche son
endurcissement dans la mélancolie.

(2)

Le récit métadiégétique a des fonctions. Le premier est explicatif qui sert


à expliquer et à raconter les causes d'un certain événement, voire le passé.
L'événement du récit premier est du à cause du récit second, ce que
ressemble à l'analepse explicative. Genette dit à propos de récit second;
« Tous ces récits répondent, explicitement ou non, à une question du
type « Quels événements ont conduit à la situation présente? 4 ».
La métadiégèse est donc l'origine de la diégèse.

la deuxième fonction est thématique lorsque le récit métadiégétique


n'a aucun rapport avec la diégese . Ce pourrait être une relation de
contraste. Genette cite l'exemple de Moyse sauvé, lorsque Jocabel, hésite
à exécuter l'ordre divin et qu'Amram lui raconte l'histoire du sacrifice
d'Abraham5.

4
GENETTE Gérard, Figures III,op.cit. p.242
5
Voir Ibid
La troisième fonction est de distraction ou d'obstruction qui consiste en
un récit métadiégétique n'ayant rien à voir avec le contenu diégétique.
L’acte de narration remplit ainsi une fonction dans la diégese pour
distraire et faire avancer le récit en général. Les Milles et une nuits sont le
meilleur exemple de cette fonction, où Schéhérazade, narratrice
intradiégétique fait des récits métadiégétiques l'un après l'autre sans
qu'ils aient de lien diégétique avec le récit premier où elle est personnage.

Le troisième niveau narratif du récit est extra diégétique. Ce niveau


est occupé seulement par un narrateur extra diégétique qui renonce
momentanément à sa fonction première, celle de narrer une histoire, et
commence à expliquer, commenter, et juger ce qui est l'objet de sa
narration, le plus souvent c'est une intrusion claire dans le récit, menée le
plus souvent au présent de la narration. Stendhal dans Le rouge et le noir
nous fait passer sur les trois niveaux dans un court passage;

(3)
EXEMPLES :

(1)
Georges Duroy dormit mal, tant le désir de voir imprimé
son article. Dès que le jour parut, il fut debout, et il rôdait dans
la rue bien avant l’heure où les porteurs de journaux vont, en
courant, de kiosque en kiosque.
Alors il gagna la gare Saint-Lazare, sachant bien que La Vie
Française y arriverait avant de parvenir dans son quartier.
Comme il était encore trop tôt, il erra sur le trottoir.
Il vit arriver la marchande, qui ouvrit sa boutique de verre,
puis il aperçut un homme portant sur sa tête un tas de grands

(2)
« Jusque alors le père Souël, sans proférer une parole, avait écouté d'un
air austère l'histoire de René. Il portait en secret un cœur compatissant,
mais il montrait au-dehors un caractère inflexible; la sensibilité du
Sachem le fit sortir du silence :
" Rien, dit-il au frère d'Amélie, rien ne mérite dans cette histoire la pitié
qu'on vous montre ici. Je vois un jeune homme entêté de chimères, à qui
tout déplaît, et qui s'est soustrait aux charges de la société pour se livrer à
d'inutiles rêveries. On n'est point, monsieur, un homme supérieur parce
qu'on aperçoit le monde sous un jour odieux. On ne hait les hommes et la
vie que faute de voir assez loin. Etendez un peu plus votre regard, et vous
serez bientôt convaincu que tous ces maux dont vous vous plaignez sont
de purs néants. Mais quelle honte de ne pouvoir songer au seul malheur
réel de votre vie sans être forcé de rougir ! Toute la pureté, toute la vertu,
toute la religion, toutes les couronnes d'une sainte rendent à peine
tolérable la seule idée de vos chagrins. Votre sœur a expié sa faute ; mais,
s'il faut ici dire ma pensée, je crains que, par une épouvantable justice, un
aveu sorti du sein de la tombe n'ait troublé votre âme à son tour. Que
faites−vous seul au fond des forêts où vous consumez vos jours,
négligeant tous vos devoirs ? Des saints, me direz−vous, se sont ensevelis
dans les déserts. Ils y étaient avec leurs larmes, et employaient à éteindre
leurs passions le temps que vous perdez peut−être à allumer les vôtres.
Jeune présomptueux, qui avait cru que l'homme se peut suffire à
lui−même, la solitude est mauvaise à celui qui n'y vit pas avec Dieu ; elle
redouble les puissances de l'âme en même temps qu'elle leur ôte tout sujet
pour s'exercer. Quiconque a reçu des forces doit les consacrer au service
de ses semblables : s'il les laisse inutiles, il en est d'abord puni par une
secrète misère, et tôt ou tard le ciel lui envoie un châtiment effroyable. »

(3)

« C'était par un beau jour d'automne que M. de Rênal se promenait sur le


Cours de la Fidélité, donnant le bras à sa femme. Tout en écoutant son
mari qui parlait d'un air grave, l'œil de madame de Rênal suivait avec
inquiétude les mouvements de trois petits garçons. [...]
– Il pourrait bien s'en repentir, ce beau monsieur de Paris, disait M. de
Rênal d'un air offensé, et la joue plus pâle encore qu'à l'ordinaire. Je ne
suis pas sans avoir quelques amis au Château...
Mais, quoique je veuille vous parler de la province pendant deux cents
pages, je n'aurai pas la barbarie de vous faire subir la longueur et les
ménagements savants d'un dialogue de province.6 »

6
Stendhal, Le rouge et Le noir, op.cit.p.12

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