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Annie Renonciat, "Quand La Chambre Fait École. Images Et Usages Pédagogiques de La Chambre D'enfant"

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Quand la chambre fait école.

Images et usages
pédagogiques de la chambre d’enfant
Actes du colloque international sur La chambre d’enfant, un microcosme culturel :
espace, consommation, pédagogie, sous la direction d’Annie Renonciat. Musée national
de l’Éducation-CNDP/CANOPÉ, Rouen, 7–10 avril 2013
Annie Renonciat
Abstract | Index | Outline | Text | Bibliography | Notes | Illustrations | References | About the author

Abstract

Cette étude s’attache aux représentations de la chambre d’enfant dans différents supports scolaires, depuis les années
1880 jusqu’aux années 1950. Les documents interrogés, qui proviennent des fonds du musée national de l’Éducation,
sont des livres de lecture et de français, des imagiers, des planches murales. En explorant également les cahiers
d’écoliers, on souhaite confronter ces représentations figurées, réalisées par des adultes, aux propos des enfants. Dès la
fin du XIXe siècle en effet, la description de la chambre est devenue un sujet de rédaction proposé aux élèves.
L’historiographie de la chambre d’enfant trouve dans ces supports scolaires des sources qu’il ne faut pas créditer d’une
valeur documentaire. Ce sont des représentations que nous analyserons : à la fois des objets artistiques, qui appellent
une étude tant sémiologique que symbolique, qui sera conduite à partir des motifs récurrents dans ces images (Panofsky
1969, Schapiro 1973), mais également des constructions mentales, individuelles et/ou sociales (Jodelet 1984). Ces
données sont interprétées au regard des finalités et des spécificités de leur support, qui commandent des
représentations différentes de la chambre d’enfant. Tous ces facteurs génèrent une imagerie, tantôt conventionnelle,
héritière de traditions, tantôt inédite, liée à la nouveauté des outils et des méthodes. En la confrontant aux
représentations de la littérature de jeunesse, on en précisera les spécificités, liées aux usages scolaires, et les traits
communs, propres à une même époque.
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Index terms

Mots-clés :
chambre, enfant, représentations, motif, livres scolaires, planches didactiques, travaux d’élèves, littérature
pour la jeunesse
Géographique :
France
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Outline

La chambre d’enfant dans les imagiers, les manuels d’apprentissage de la lecture et du français :
un espace régulé
Thèmes et représentations organisées autour du motif du lit
Le réveil de l’enfant
La chambre ou la tentation de la paresse
L’enfant malade
La chambre : lieu de la sollicitude parentale
La chambre : solitude et cauchemar
Thèmes et représentations organisées autour du motif de la table de toilette
Chambre et propreté corporelle
Hygiène de la chambre
Thèmes et représentations organisées autour du motif du pupitre
Les devoirs à la maison : ardeur et négligence
Le confort caméral de l’écolier
Les devoirs dans la salle commune
La chambre : outil d’éducation de la jeune fille
La chambre d’enfant dans les planches murales : ordre du discours, réalité et narration
La chambre des petits : un catalogue d’objets
Dans la chambre : entre réalité et métaphore
La chambre d’enfant après la Seconde Guerre mondiale : jeu, bien-être, consommation
La chambre d’enfant dans les travaux d’élèves : un exercice de style
En conclusion
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1Les études sur l'architecture domestique lient les premières apparitions d'un espace pour l'enfant à
l'évolution du mode de vie familial à partir du milieu du XVIII e siècle. Ce lieu naît en Europe du nord, au
sein des classes montantes – industrielles, libérales et commerçantes – qui réorganisent leur espace à
la faveur du bouleversement engendré dans l'habitat par la révolution industrielle, inscrivant leurs
modes de vie dans de nouvelles formes architecturales. La culture bourgeoise célèbre les attraits de la
vie domestique et dessine dans ses demeures une ligne de démarcation entre les pièces de réception et
les lieux privés, qui abritent une vie de famille soucieuse d'intimité et de confort (Eleb-Vidal et Debarre-
Blanchard 1989). Le sentiment conjugal et maternel s'y développe, et l'enfant, qu'on envoie moins
souvent en nourrice, fait l'objet de soins accrus. Un souci éducatif tend à l’éloigner de la sphère sociale
du salon ou de l'espace intime de la chambre conjugale, comme à l'isoler des chambres de service. En
France, ces évolutions s’effectuent lentement et d’abord de façon sporadique au cours du XIX e siècle, et
c’est assez tardivement, à partir des années 1870, que les plans des architectes commencent à désigner
explicitement l’emplacement de la chambre d’enfant, au demeurant souvent défavorisé (Perrinjaquet
1979). Ce phénomène concerne en premier lieu l’habitat urbain ; il est lié à l’essor de l’appartement de
type haussmannien, à Paris et dans les grandes villes, et concerne plutôt la bourgeoisie moyenne, moins
contrainte que la grande bourgeoisie et l’aristocratie par les besoins de représentation sociale qui les
conduisent à sacrifier l’intimité aux pièces de réception. Cependant, l’habitat populaire urbain évolue
aussi en ce sens : les réalisations – certes expérimentales – de la cité patronale de Mulhouse (1853-
1870), du familistère de Guise (1859-1870) et de La maison des enfants, cité-modèle construite dans
un quartier populaire parisien en 1905 pour les familles nombreuses, affectent, dans un souci de morale
et d'hygiène, une chambre aux parents et deux chambres aux enfants afin de séparer les sexes (Perrot,
Eleb-Vidal et Debarre-Blanchard et Guerrand 1987).

1 Voir dans ce même numéro Michel Manson, « La chambre d’enfant dans la littérature de jeunesse : rep (...)

2Ainsi que le montre Michel Manson dans ce même colloque 1, les évocations littéraires et
iconographiques de chambres d’enfants, qui apparaissent très tôt dans l’édition de loisirs pour la
jeunesse, témoignent de l’émergence de cet espace dans une partie de la société française, avant même
qu’il ne constitue un phénomène social large et significatif. La chambre d’enfant est évoquée par Berquin
dès les années 1780, citée aussi par des auteurs romantiques, et mise en scène de façon plus précise
par la comtesse de Ségur et quelques auteurs du Second Empire. Ces textes et images reflètent
également la façon dont la chambre d’enfant était alors conçue par ces auteurs et présentée aux
destinataires de ces ouvrages : claire, gaie, confortable.

3Je me suis intéressée, pour ma part, aux représentations iconographiques et textuelles de la chambre
d’enfant diffusées en milieu scolaire. Dans la période considérée, l’usage d’attribuer une chambre à
l’enfant n’est pas encore généralisé, comme ce sera le cas après la Seconde Guerre mondiale. Et dans
la mesure où l’école primaire de la III e République se donne pour objectif d’instruire les enfants du
« peuple », avec la conscience que ces destinataires requièrent des méthodes et des contenus
d’enseignement appropriés, on peut se demander dans quelle mesure les supports d’enseignement
prennent en compte ce bien nouveau de la jeunesse qu’est la chambre d’enfant et sous quels angles ils
le présentent : espace acquis ou à conquérir, bien légitime ou privilège, terrain de jeu ou de travail, de
réflexion ou de punition, de rêve ou de méditation, de réclusion ou d’accomplissement, de bonheur ou
de solitude, etc. ? L’enquête a été menée dans les fonds du musée national de l’Éducation à Rouen, à
travers des imagiers pour les tout petits, des manuels d’apprentissage de la lecture et des planches
murales didactiques, supports publiés entre les années 1880, date à laquelle l’illustration s’y généralise,
et la Seconde Guerre mondiale. J’ai privilégié l’exploration de ce type de documents en partant du
constat que, dans le cadre de la pédagogie concrète et visuelle prônée par la III e République, notamment
pour les apprentissages fondamentaux, ce sont ces outils destinés aux plus jeunes qui offrent le plus
d’images de leur environnement quotidien, les méthodes d’enseignement s’appuyant alors sur un
principe de familiarité.

4Cependant, l’historiographie de la chambre d’enfant trouve dans ces supports scolaires des sources
qu’il ne faut pas créditer d’une valeur de témoignage ou de document. Les images y relèvent en effet
d’autres logiques que celle de la mimesis. Ce sont des représentations que nous analyserons, qui
témoignent moins d’une époque que des regards d’une époque sur la chambre d’enfant : à la fois des
œuvres visuelles, qui appellent différents types d’analyse – thématique, iconographique et symbolique
(Panofsky 1969 ; Schapiro 1973) –, et des constructions mentales, individuelles et/ou sociales : des
signes, des symboles, des métaphores, des motifs, des clichés, mais aussi des représentations
socialement élaborées et partagées, qui relèvent des mentalités et des visées d’une société (Jodelet
1984). Enfin, ces images sont aussi des outils pédagogiques, qui procèdent d’usages et d’intentions
spécifiques, qu’il importe d’identifier pour comprendre leurs contenus et leurs dispositifs rhétoriques.

5Dans ce cadre théorique et méthodologique, j’ai porté attention à l’espace-chambre, aux objets qui s’y
trouvent, aux personnages et à leurs activités, ainsi qu’aux éléments textuels qui ancrent ou relaient
(Barthes 1964) ces représentations : légendes, commentaires, exercices, etc. Avec l’objectif d’une mise
en perspective de ces images dans la production iconographique pour la jeunesse, je les ai confrontées
aux illustrations de la littérature de jeunesse étudiées par Michel Manson, afin d’en repérer les
spécificités, liées à leurs usages scolaires, mais aussi de dégager leurs traits communs, qui relèvent
d’une époque. Dans ce même objectif, j’ai interrogé les cahiers d’écoliers, pour confronter ces
représentations figurées, réalisées par des adultes, aux écrits des enfants. Dès la fin du XIXe siècle en
effet, la description de leur chambre est devenue un sujet de rédaction proposé aux élèves.

La chambre d’enfant dans les imagiers, les manuels


d’apprentissage de la lecture et du français : un espace régulé
2 Nous utilisons ici la notion de « motif » au sens que lui attribue Panofsky dans l’Introduction à s (...)

6Le premier constat est celui de la rareté des représentations et des évocations de la chambre d’enfant
en milieu scolaire, même dans les supports sélectionnés où abondent les scènes de la vie quotidienne.
Il est vrai que l’ensemble considérable des supports d’enseignement conservés par le musée national
de l’Éducation n’a pas été systématiquement dépouillé, mais le sondage effectué parmi les principaux
titres en usage à cette époque dans les petites classes n’a révélé qu’une maigre moisson de vingt-cinq
imagiers et manuels de lecture évoquant plus ou moins précisément la chambre d’enfant, seize planches
didactiques et une dizaine de rédactions complétant notre corpus. On verra d’autre part que les
représentations de la chambre d’enfant n’y apparaissent que rarement pour elles-mêmes mais, le plus
souvent, en lien avec un certain nombre de thèmes récurrents, et autour de différents motifs 2que nous
détaillerons. Il apparaît enfin que ces représentations diffèrent significativement suivant les types de
support envisagés, leurs usages et leurs destinataires. Notre analyse s’organisera donc en fonction de
ces distinctions.

7Les imagiers et manuels illustrés d’apprentissage de la lecture qui ont été dépouillés constituent deux
supports différents mais qui sont issus d’un même renouvellement de la pédagogie scolaire qui fait
massivement appel aux images à partir des années 1880. L’imagier, apparu à la fin du XIX e siècle sous
l’impulsion de Marie Pape-Carpantier et de Pauline Kergomard, s’adresse aux classes maternelles,
enfantines (enfants de 4 à 7 ans) et élémentaires. C’est un livre d’images, isolées ou séquentielles,
légendées ou sans paroles, qui s’attache à l’acquisition du langage et du vocabulaire, et précède, en le
préparant, l’apprentissage de la lecture en proposant des exercices variés d’observation, de vocabulaire,
d’élocution et de morale familière. L’enseignement de la lecture proprement dite est l’objet du manuel.
Il est remanié à la fin des années 1880 par l’introduction de l’image qui, de simple illustration en regard
du texte, contribue bientôt au renouvellement en profondeur des méthodes (Juanéda Albarède 1998 ;
Renonciat 2011). Le manuel de français qui le relaie au cours moyen connaît des évolutions analogues.

Thèmes et représentations organisées autour du motif du lit


8Dans ces ouvrages, la majorité des représentations de la chambre d’enfant s’organise autour du motif
du lit, support de thèmes récurrents.

Le réveil de l’enfant

9Le thème du réveil est l’un d’eux, décrit comme ce moment où le monde extérieur fait irruption dans
la chambre, tantôt par le son (chant du coq, bruit des voitures), tantôt par la lumière qui traverse la
fenêtre (ill. 1), tantôt par la mère qui fait son apparition.

10L’illustration prise ici comme exemple appelle plusieurs remarques car elle possède toutes les
caractéristiques des représentations de la chambre d’enfant dans les manuels scolaires : d’un point de
vue formel, avant qu’apparaisse la couleur dans les années 1930, ce sont des vignettes en noir et blanc,
généralement présentées en bandeau de chapitre, qui offrent un appui visuel à l’étude des phonèmes
et graphèmes, en l’occurrence ici le son eil. La dimension de ces vignettes ne permet de représenter
que le coin de la chambre pertinent par rapport au thème traité. Il est donc difficile de savoir s’il s’agit
d’une chambre d’enfant, évoquée par synecdoque à partir de l’image du lit (la partie pour le tout), ou
seulement d’un coin réservé dans une pièce de la maison, comme dans cette illustration du « réveil »
dans Line et Pierrotoù un rideau délimite l’espace dans le fond de l’image. D’autre part, la sobriété est
de règle : les petits lits de fer stricts, qui apparaissent le plus souvent, n’ont pas grand chose de commun
avec les confortables lits à baldaquin qui abritent les héros de la littérature de jeunesse, comme, par
exemple, l’héroïne des Pourquoi de Melle Suzanne d’Emile Desbeaux (1881), qui possède une chambre
« fort coquette, toute calfeutrée, bien à l'abri des courants d'air avec ses fenêtres garnies d'une double
mousseline, entièrement tendue de perse rose pâle » (ill. 2). Au moins deux raisons expliquent cette
sobriété : l’une générale, liée aux destinataires des manuels de l’école primaire laïque à cette époque,
enfants de milieux modestes, qui ne jouissent pas, pour la plupart, de ce type de confort ; l’autre
particulière, contrainte par les fonctions du manuel. L’image, associée au mot afin d’en faciliter la
lecture, se doit d’être claire, lisible et sans ambiguïté. C’est une image définitionnelle, un équivalent
graphique du mot lit : « Meuble sur lequel on se couche, composé d'un cadre de bois ou de métal, qu'on
garnit d'un sommier ou d'une paillasse, d'un ou de plusieurs matelas, d'un traversin, d'un ou de plusieurs
oreillers, de draps et de couvertures » suivant le dictionnaire (Académie, 8 e édition, 1932). Enfin, les
objets présents dans cette image se retrouveront dans toutes les représentations de chambres d’enfants
que nous allons rencontrer, même les plus simples : lit, carpette, table et objets de toilette, chaise sur
laquelle reposent les vêtements, gravure au mur. Ce sont des motifs-clés du discours pédagogique sur
la chambre d’enfant.
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1. Ferdinand Raffin. « Le réveil », dans : K. Seguin. Line et Pierrot. Premier livre de lecture courante. Paris,
Hachette, 1924.

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen


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2. Valnay. La chambre de Suzanne. Dans : Émile Desbeaux. Les pourquoi de Mademoiselle Suzanne, Paris,
Ducrocq, 1881, p. 3.

Coll. part.

La chambre ou la tentation de la paresse

11À la différence du réveil, qui saisit l’enfant dans une position passive, le lever implique un certain
nombre d’actions de l’enfant, qui sont l’objet de régulations : se lever de bon matin, se laver, se coiffer,
s’habiller, faire sa prière, faire son lit, etc. L’image a ici fonction d’exemplum, c’est-à-dire non pas de
simple illustration : elle est une ressource rhétorique dans un discours de persuasion, un modèle à suivre
pour l’écolier. Concret par définition, l’exemplum implique la représentation du lieu et des objets liés à
ces opérations. Aucun d’eux n’y figure par hasard et tous relèvent d’un discours moral. Ainsi, le chapitre
sur le lever de Paul dans les Leçons illustrées de français (vers 1910, ill. 3) souligne la nécessité de se
lever tôt et de s’habiller promptement :

« Paul dort toute la nuit. Mais il s'éveille de bon matin. Le jour se montre à peine. Une douce lumière
blanche passe entre les rideaux. Un petit oiseau chante sur la fenêtre. Paul ne reste pas au lit. Il se lève
gaiement. Il s'habille tout seul. »
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3. Anonyme. « Le lever », dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées de français. Larousse [vers 1910].

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

12Lit, matelas, couvertures, traversin, oreiller, duvet sont une invitation à la paresse et illustrent la
difficulté de s’extraire de ce coucher douillet, mais l’action de l’enfant, déjà en partie habillé, indique la
promptitude du lever, la fenêtre ouverte suggérant tout à la fois l’aération nécessaire de la chambre et
l’appel du dehors. Les vêtements pendus à la patère, ou soigneusement pliés sur la chaise, ne sont pas
là par hasard, mais relèvent de prescriptions relatives au soin des vêtements lors du coucher, qui
figurent, par ailleurs, depuis le début du XIX e siècle, dans les traités de civilité (ill. 5). Il faut les mettre
en relation avec la multiplication des biens propres de l‘enfant, qu’il doit apprendre à gérer. L’imagier
de Jean Perrot, publié par Nathan, perpétuera ces prescriptions jusque dans les années 1920 (ill. 6).
Notons la différence avec le traité de civilité de 1817. Dans ce dernier, le fonds est neutre, l’espace
abstrait : c’est l’action qui est mise en exergue. Dans l’imagier de Perrot, l’environnement concret de
l’enfant fait son apparition en toile de fond : outre son lit, on aperçoit ses objets de toilette, une carpette
et une gravure encadrée au dessus de son lit, élément que nous retrouverons dans toutes les
représentations de la chambre d’enfant. Dans « Le lever de Louis », chapitre d’un manuel de lecture de
l’enseignement catholique (1913, ill. 4), le texte évoque aussi un lever rapide, suivi d’une prière et d’une
toilette à l’eau froide. C’est sur la prière que l’image met l’accent, dont l’importance est soulignée par
la multiplicité des objets religieux présents dans la chambre du garçonnet : statuette de la Vierge,
crucifix, bénitier, gravure représentant Vierge à l’enfant.

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4. Anonyme. Le premier livre d'André. Lecture courante et récitation. Lyon, Librairie catholique Emmanuel
Vitte, Paris, 1913 (2e éd.).

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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5. Anonyme. Abécédaire du premier âge, contenant la civilité française pour instruire les enfans dans toute
honnêteté et bienséance, avec des figures sur la manière dont les Enfans doivent se conduire et se tenir
dans le monde. Paris, Le Prieur, 1817, p. 26 et 72.

Coll. part.
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6. E. Dot. « La journée de l'enfant ». Planche murale reproduisant en couleur une page de l’ouvrage de Jean
Perrot : Pour faire parler nos petits. 32 scènes familières en images sans paroles. IIe série. N° 17. Paris,
Fernand Nathan [1925].

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

L’enfant malade

13La maladie de l’enfant est l’occasion de nombreuses représentations de l’environnement du malade.


C’est un thème très ancien puisque Michel Manson en signale la représentation au XVIe siècle, dans une
miniature du Livre des costumes (1521) de Matthaüs Schwarz (BnF, Manuscrits allemands 211, f° 5V).
L’image montre l’enfant alité, et un texte manuscrit précise qu’il a trois ans et demi et qu’il a la varicelle.
Sa sœur lui tient compagnie. Il joue avec des figurines de chevalier posées sur une table. À part le lit,
la chaise et la table, un mur et trois fenêtres, rien n’est alors montré de la chambre : elle pourrait se
trouver n’importe où dans la maison. L’iconographie scolaire du XIXe siècle et des débuts du XXe, pour
sa part, lie volontiers la maladie à la misère. On le voit ici dans une illustration de « L’ange de Dieu »,
texte d’Andersen reproduit dans Le français par la lecture expliquée (1934). Elle montre « une mauvaise
petite chambre basse, d'une maison de triste ruelle », la chambrette d’un enfant pauvre (ill. 7). C’est là
encore une représentation stéréotypée, archétype de la mansarde issue de l’iconographie romantique
de la bohême, qui se retrouve dans la littérature scolaire, comme aussi dans la littérature de jeunesse
où sa source probable est la description par Victor Hugo dans Les Misérables de la « chambre » de
Cosette sous un escalier : soupente aux murs décrépis, ensoleillement réduit (ill. 8). Notons, dans le
manuel, qu’à l’insalubrité de la chambre, s’oppose la plante placée à sa fenêtre, qui refleurit chaque
année, symbole de régénérescence et d’espoir pour l’enfant. La lucarne fait le lien avec « l’extérieur de
la fenêtre où se trouvent des bosquets fleuris, de frais ombrages où chantaient gaîment les petits
oiseaux. » Dans une France industrialisée, et en dépit de la situation de cette mansarde dans une
« maison de triste ruelle », l’au-delà de la chambre est valorisé. C’est dans la chambre que l’air est
vicié, et sans doute responsable de la maladie de l’enfant.

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7. Pierre Rousseau. « L’enfant malade ». Dans : J. Calvet & R.Lamy. Le français par la lecture expliquée.
Paris, J. De Gigord, 1934, p. 56.

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8. Anonyme. « La pauvre petite serrait sur son cœur une poupée ». Dans : Mme Doudet [Théodore
Lefèvre]. Les Étrennes de bébé. Paris, Théodore Lefèvre et Cie, Émile Guérin. Vers 1900.

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

14À cet environnement de l’enfant pauvre, on pourrait opposer la chambre du « sick boy », extraite
d’un manuel d’anglais de troisième, qui s’adresse, pour sa part, aux enfants favorisés des lycées : lit de
cuivre ouvragé à baldaquin, cheminée de pierre où brûle un feu, surmontée d’un grand miroir, horloge
en marbre, lampe à abat-jour, photographie encadrée, armoire à glace, table de nuit, tisanière, papier
peint, gravures ou tableaux : tout exprime le luxe (ill.9). Notons toutefois que dans cette chambre, dont
la représentation date de 1914, aucun élément n’apparaît spécifique à l’enfance : ni le mobilier, ni le
décor. On n’y trouve pas trace non plus d’un livre ou d’un jouet. Ces mêmes traits se rencontrent dans
la chambre plus modeste où officie « La petite garde-malade » de la Méthode de langue française de
Brunot & Bony déjà citée (1905) : lit simple de fer ou de cuivre, armoire sans glace, mais cheminée et
pendule analogues (ill. 10).

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9. Anonyme. Dans : P. Dessagnes. The English Class. Paris, Masson et Cie [1914].

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10. René Victor-Meunier. « La petite garde-malade ». Dans : Brunot & Bony, Méthode de langue
française […] Paris, Armand Colin [1905], p. 12.

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15La lente émergence de la chambre d’enfant en France s’accompagne en effet de l’émergence lente de
son aménagement : décor et mobilier. Il existe depuis la seconde moitié du XIX e siècle des papiers
peints et des toiles d’ameublement pour chambres enfants mais leur production demeure modeste
jusqu’à la Première Guerre mondiale (Dubois-Brinkmann 2012 et 2012). Il existe également depuis les
mêmes années une production modeste de mobilier (berceaux, chaises hautes, petits fauteuils), mais
ce n’est qu’à partir des années 1910 que l’offre se diversifie vraiment. Les Grands Magasins, Le
Printemps notamment, consacrent désormais une page au mobilier pour enfant dans leur catalogue
d’étrennes, offrant un éventail de prix et de styles variés : sièges allant du fauteuil « baby » jusqu’à la
« bergère style Louis XV ou Louis XVI », tables, pupitres et travailleuses pour fillettes, berceaux,
fauteuils, chaises à transformation et petits meubles de toilette pour bébé. Mais cette production ne
touche encore qu’une clientèle bourgeoise et majoritairement parisienne, et l’esthétique de ce mobilier
ne se différencie pas encore vraiment du mobilier pour adultes (ill. 11). C’est pourquoi Marcel
Braunschwig peut encore écrire en 1907 : « Le jour et la nuit, nous le laissons dans des chambres qui
n'ont pas été disposées à son intention, dont l'ameublement n'est pas à sa taille, dont la décoration
n'est pas à sa portée » (Braunschwig 1907, p. 144). C’est le peintre et illustrateur André Hellé qui, en
France, dessine en 1910 les premières chambres entièrement conçues pour les enfants : mobilier adapté
à leur taille, fabriqué avec des bois simples et résistants, doté de coins arrondis et agrémenté d’un décor
approprié. Leur prix élevé, leur fabrication en petite série, les réservent à une clientèle fortunée (ill. 12).

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11. « Meubles pour enfants ». Dans : Saint Nicolas au Printemps. Catalogue des Grands magasins du
Printemps, Paris, sd [1912].

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

En haut : « Chambre d'enfant en noyer patiné, genre ancien, modèle déposé. (Propriété des Grands
Magasins du Printemps). »

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12. « Meubles d’enfants ». Dans : Le jardin des fées. Catalogue des Grands Magasins Au Printemps, Paris,
1911.

En haut : « Chambre ayant figuré au Salon d'Automne. Dessinée par André Hellé. Propriété des Grands
Magasins du Printemps. « Ces meubles sont en érable et sycomore ornés de jolis panneaux marqueterie. »
© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

La chambre : lieu de la sollicitude parentale

16La représentation du lit, et plus précisément du berceau du tout-petit, sert aussi de support visuel à
l’enseignement de la morale, notamment de la reconnaissance qui est due aux parents. « L'ange
visible », que présente en 1913 le manuel de Lecture courante et récitation, destiné au cours
préparatoire et élémentaire de l’enseignement catholique (ill. 13), c’est la maman, « second ange
gardien » placé auprès de chaque enfant par « le bon Dieu » : « elle vous a couchés dans un petit
berceau bien doux ; elle a chanté pour vous endormir ; elle vous a bercés avec amour ; elle a veillé sur
vous pendant votre sommeil… ». Moins rarement évoqué, le père est ici représenté dans Lectures
choisies. Prose et poésie en rapport avec le programme de morale par D. Bonnehon (1900, ill. 14) pour
illustrer la phrase : « Quand ton père le soir, te berce doucement dans ses bras, avant de te porter dans
ton lit, songe, mon enfant, aux pauvres petits qui n'ont ni caresses, ni baisers pour s'endormir. » Dans
les deux cas, le motif de la lampe, associé à celui du lit, fonctionne non seulement comme indice du
soir, mais également comme double allégorique du parent, dans sa fonction de réassurance et de veille
à l’arrivée de la nuit.
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13. Anonyme. « Elle vous berçait avec amour ». Dans : Le premier livre d'André. Lecture courante et
récitation. Lyon-Paris, Librairie Catholique Emmanuel Vitte, 1913 (2e éd.), p. 17.

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen


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14. Anonyme. « Quand ton père, le soir, te berce doucement… ». Dans : D. Bonnehon & P.-E
Turgan. Lectures choisies. Prose et poésie en rapport avec le programme de morale. Paris, J. Bricon, 1899,
p. 2.

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17Ce thème du coucher sous la présence bienveillante d’un parent est l’occasion de représenter le
berceau du bébé, le plus souvent situé à cette époque « à l’ombre du lit maternel », comme l’écrit Victor
Hugo dans « L’enfant au berceau », poème tiré des Feuilles d'automne reproduit dans un livre de
récitations françaises (1924, ill. 15). On le devine aussi dans la planche de Ferdinand Raffin intitulée
« Le petit frère », extraite de l’Imagier de l’enfanceévoqué plus haut : le petit lit du bébé jouxte le lit
maternel ou conjugal esquissé au premier plan. (ill. 17). C’est aussi parfois la chambre de la grande
sœur qui abrite le « petit dernier » (ill. 16).
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15. Lola A. [Lola Anglada ?]. « L’enfant au berceau ». Dans : A. Souché. Le livre auxiliaire du maître pour la
récitation française. Paris, Nathan, 1924 (4e éd.), p. 20.

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen


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16. Anonyme. « La chambre à coucher». Dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées de français. Paris, Larousse
[vers 1910].

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17. Ferdinand Raffin. « Le petit frère ». Dans : Mlle Georgin & A. Lacabe- Plasteig. Imagier de l'enfance […].
1er livret : L'enfant. Observations et langage, Morale familière et rédaction française. Paris, L. Martinet
[réed. vers 1920], pl. 1.

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18Ces images reflètent des réalités sociales puisqu’en effet l’usage a perduré pendant longtemps de
mettre les bébés dans la chambre maternelle, puis dans la chambre conjugale quand celle-ci s’est
répandue au début du XXe siècle. L’attribution d’une chambre au bébé est une coutume récente, même
si des aménagements spécifiques sont apparus dès l’entre-deux-guerres, œuvres de décorateurs
réservées à une élite (ill. 18).
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18. « La chambre de bébé. J.L. Virlouvet décor. » Dans : « Chambres d’enfants » par Henri
Clouzot, L’Illustration, 29 mai 1934.

Coll. part.

La chambre : solitude et cauchemar

19À l’opposé de ces images rassurantes, la chambre peut apparaître comme une source
d’angoisse. C’est, cependant, un thème assez rare dans les manuels scolaires, et que l’on rencontre plus
fréquemment dans la littérature de jeunesse. Un seul exemple dans notre corpus se rencontre dans
le Premier livre de lecture courante à l'usage des classes enfantines (1919, ill. 19). L’enfant, qui n’a pas
bien rangé ses habits, fantasme dans l’amas de vêtements un homme terrible assis près de son lit.
L’image met en scène la peur de l’enfant, mais ne figure pas sa vision, à la différence de la littérature
de jeunesse qui représente plus volontiers l’imaginaire, comme dans l’ouvrage de Girardin, Quand j’étais
petit garçon (ill. 20). D’une manière générale, l’enseignement républicain, qui se veut positiviste,
favorise peu l’expression de l’imaginaire et du fantastique.
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19. Anonyme. « La peur ». Dans : M. Fournier. Les lectures des petits […]. Paris, Gedalge et Cie [1919],
7e éd., p. 59.

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20. A. Ferdinandus. « Je vis un grand fantôme noir ». Dans : J. Girardin. Quand j'étais petit garçon. Paris,
Hachette et Cie, 1886 (2e éd.), p. 260.

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Thèmes et représentations organisées autour du motif de la table de


toilette

Chambre et propreté corporelle

20Parmi les thématiques qui induisent des représentations de chambres d’enfants en milieu scolaire, le
thème de la propreté corporelle constitue un leitmotiv, reflétant les préoccupations hygiénistes du
XIXe siècle et les missions que la Troisième République a confiées en la matière aux enseignants des
écoles primaires, ainsi que le rappelle la première édition du Dictionnaire de pédagogie et d'instruction
primaire publié sous la direction de Ferdinand Buisson (Hachette 1887). Le maître doit faire l’inspection
de la tenue et de la propreté après l’appel :

« Il tient beaucoup à la propreté […] propreté du corps et propreté des vêtements, ce qui est en effet d'une
grande importance au double point de vue des bonnes habitudes que doit faire contracter l'école et de
l'intérêt de la santé générale des élèves. » (article « Discipline scolaire », Dictionnaire de pédagogie…, partie
1, p. 717).

21Les premiers congrès d'hygiène scolaire et de pédagogie physiologique, tenus en 1903 et 1905, qui
réclament l'enseignement de l'hygiène dans les écoles, renforcent ces exigences. L’article sur l’« Hygiène
de l’écolier » du Docteur Armand Lévy, auteur des Petits Entretiens d'hygiène pratique à l'usage des
écoles et des familles (Hachette, 1905), détaille dans l’édition de 1911 du Dictionnaire de
pédagogie l’action du maître qui…

« … devra s'assurer que la figure, les oreilles, le cou, la tête, les mains des enfants sont propres. Il exigera
que ceux dont l'état laisse à désirer aillent se laver à la fontaine, et il leur fera honte de leur négligence. Il
agira sur eux moralement, en montrant que la propreté est un devoir, qu'elle est une question de dignité
personnelle, qu'elle fait partie du respect dû à soi-même ; que l'école est un lieu où l'on doit avoir une tenue
correcte. Il veillera donc également sur l'état des vêtements, des chaussures, et exigera qu'ils soient
toujours propres. Il montrera que la propreté n'est nullement l'apanage du riche, fera comprendre qu'elle
n'est pas un luxe, et expliquera que l'on peut toujours être propre, même avec des vêtements usés. »

22C’est pourquoi table et objets de toilette figurent désormais, quasi systématiquement, dans les
représentations de chambres d’enfants de notre corpus, et, a fortiori, de façon plus détaillée, dans les
chapitres que ces manuels consacrent à la toilette : aiguière, éponge, cuvette, serviette, peigne, brosse
à cheveux et brosse à dents, savon, miroir, seau hygiénique.
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21. René Victor-Meunier. « Le le ver ». Dans : Brunot & Bony, Méthode de langue française […] Poésies
nouvelles par Alexis Noël. Paris, Armand Colin, p. 12 [1905].

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22. Anonyme. « Le le ver ». Dans : M. Fournier. Les lectures des petits, Premier livre de lecture courante
[…]. Paris, Gedalge et Cie, [1919], p. 11.

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23La toilette de Jean, dans la méthode Brunot-Bony (1905, ill. 21), s’effectue dans une pièce séparée
de l’endroit où il prend son déjeuner, mais rien n’indique qu’il s’agit vraiment de sa chambre. En
revanche, le texte qui décrit le lever de Paul dans la méthode Fournier (1919, ill. 22), évoque
explicitement « sa » chambre et invite l’apprenti-lecteur à observer et nommer les meubles qui la
garnissent. Un lit, avec sommier et matelas, traversin et oreiller, draps et couvertures, une carpette,
une table de nuit, une armoire, une table et des objets de toilette constituent un univers confortable,
tandis qu’un papier peint fleuri, deux gravures encadrées et un miroir ajoutent à son agrément et
témoignent de l’attention portée à son décor.

Hygiène de la chambre

24L’aération de la chambre, thème qui se conjugue souvent à celui de la toilette, est récurrent dans la
littérature scolaire : il relève de l’hygiénisme évoqué plus haut et, plus précisément désormais, de la
lutte contre la tuberculose. Notons toutefois que cette recommandation n’est pas nouvelle, puisqu’elle
était déjà présente dans les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne de Jean-Baptiste de la
Salle (1702), le terme de « chambre » renvoyant alors à toute pièce de la maison où l’enfant pouvait
dormir. Dans la planche réalisée par Ferdinand Raffin pour L’Imagier de l'enfance (1910, ill. 23), ce
thème est associé à celui du lever et de la toilette. Les dimensions de la planche, en pleine page et en
couleurs, offrent une image concrète, précise et vivante de la chambre d’enfant et autorise la
multiplication des personnages et des actions : une maman coiffe sa petite fille ; une fillette plus âgée,
serviette et peigne en main, attend son tour pour la toilette. Un garçon, éponge à la main, se lave le
cou. Sur la table de toilette se trouvent les instruments indispensables à la propreté du corps, que
l’écolier est appelé à connaître et à nommer. La toilette s’effectue fenêtre ouverte : on y a posé le drap
du lit pour l’aérer. Le texte commente :

« Ouvrons nos fenêtres au soleil, à l'air du matin. L'eau fraîche achèvera le réveil. Les enfants se hâtent de
se laver, savonner, brosser. Ils vont, viennent ; ils bavardent et rient. Qui les rend si actifs, vivants ? Le
soleil, l'air et l'eau, qui sont des bienfaits pour l'homme. »

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23. Ferdinand Raffin. « Le lever ». Dans : Mlle Georgin et A. Lacabe-Plasteig. L’Imagier de l'enfance. Paris,
L. Martinet [1910].

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25Ce thème est appelé à une longue fortune puisqu’on le retrouvera, par exemple, lié à celui du
sommeil, dans une leçon sur la respiration, extraite de Ma troisième grammaire dans les années 1950.
L’illustration, qui montre le lit douillet de la petite Jeanne et le joli décor de la chambre, laisse apercevoir
la fenêtre ouverte en dépit d’un froid hivernal : « C'est un excellent moyen de défense contre cette
terrible maladie qu'on appelle tuberculose. » (ill. 24)

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24. Anonyme. « La respiration ». Dans : Blanche Jughon, Henri Canac. Ma troisième grammaire. Paris,
Armand Colin, 1954.

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Thèmes et représentations organisées autour du motif du pupitre

26Avant les années 1930, les manuels scolaires représentent rarement la chambre d’enfant comme
espace de jeu, contrairement aux livres de loisirs. Le cas d’« Un jour de pluie » est exceptionnel (ill.
25). La pièce évoquée dans cette planche, dont la frise de papier peint et le mobilier de taille réduite
donnent à penser qu’elle est attribuée aux enfants, est peut-être une salle de jeu, analogue à la day
nursery des familles fortunées en Grande-Bretagne.

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25. Ferdinand Raffin. « Un jour de pluie». Dans : Mlle Georgin et A. Lacabe-Plasteig. L’Imagier de l'enfance.
Paris, L. Martinet [1910].

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Les devoirs à la maison : ardeur et négligence

27Si les jeux sont peu représentés, la mise en scène des devoirs scolaires est fréquente. Les images
sur le sujet sont centrées sur le pupitre, meuble emblématique de cette activité, objet spécifique et
personnel de l’écolier : par exemple, dans la vignette légendée « Les enfants studieux travaillent avec
ardeur » de la Méthode Cuissart (1e éd. 1885, ill. 26), ou encore dans la vignette illustrant, à l’inverse,
la négligence de Jean dans les Leçons illustrées de français (1910, ill. 27). Les meubles qui apparaissent
dans ces illustrations constituent les versions civiles des pupitres scolaires, apparus au XIX e siècle pour
lutter contre les maladies engendrées par l’école, notamment les scolioses. Comme eux, ils sont
constitués d’un plateau incliné, éventuellement abattant pour ménager un casier de rangement des
livres et cahiers, sont percés d’un ou deux trous pour les encriers, et dotés d’une rainure pour accueillir
les outils de l’écolier, dont le détail est donné dans le texte qui accompagne la gravure des Leçons
illustrées… : porte-plume, crayon, règle, gomme, canif, coupe-papier. À la différence des pupitres
scolaires, les deux meubles représentés ici ne possèdent pas de siège fixe. Mais, dans les deux cas, le
pupitre est situé devant la fenêtre, l’éclairage électrique n’étant pas encore répandu à cette époque. Les
instituteurs recommandaient aussi cette disposition en écho aux recommandations formulées par le
médecin ophtalmologiste Émile Javal, à la suite de ses recherches sur la myopie des écoliers (Renonciat
2001, 2005). Elles établissaient que la cause principale de cette affection résidait dans la typographie
trop fine des manuels scolaires et le mauvais éclairage des salles de classe. Alerté par ces travaux, le
Ministre de l’Instruction publique avait formé en 1881 une commission d’étude, composée de médecins
et d’éditeurs scolaires, chargée de réfléchir aux moyens de concilier le respect de la fragilité des yeux
de l’enfant et les intérêts de l’industrie du manuel scolaire appelée à fournir des ouvrages
d’enseignement à bon marché (par conséquent économes de leur matière première, le papier, et
adeptes d’une composition compacte : corps, interlignages et marges réduits). Javal a développé par la
suite ses observations et publié ses thèses et recommandations en 1905 dans un ouvrage qui fera
longtemps référence dans les milieux pédagogiques : La Physiologie de la lecture et de l’écriture (Alcan).

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26. Anonyme. « Les enfants studieux travaillent avec ardeur ». Dans : Méthode Cuissart […]. Paris, Alcide et
Librairie d’Éducation Nationale, 1910 (494 e éd.), p. 37.

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27. Anonyme. « Le pupitre ». Dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées de français….Paris, Librairie Larousse
[vers 1910], p. 61.

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28Dans la vignette des Leçons illustrées de français (ill. 27), un désordre léger est perceptible : dossier,
portefeuille d’images et feuillets à terre, outils de l’écolier en vrac sur le pupitre. Ce sont les manifestes
de la « négligence » de Jean. On notera qu’ils sont associés à des indices de confort et d’agrément :
repose-pied, rideaux tamisant la lumière, papier peint, gravure encadrée. Enfant gâté ? On se gardera
de tirer des conclusions de cette conjonction d’indices en l’absence d’autres représentations
significatives à cet égard.
Le confort caméral de l’écolier

29Une autre image de confort (auquel aspirent les classes moyennes de la première moitié du XX e siècle)
se rencontre dans un manuel de grammaire de 1921 pour vanter les propriétés et avantages d’une
invention, le verre : « Dehors, le tonnerre gronde […] Quel est donc le puissant rempart qui me défend
contre cette horrible tourmente ? C’est une feuille de verre… » (ill. 28). La chambre est présentée ici
comme un milieu protégé des agressions de l’extérieur : un environnement propice au travail, mais
aussi au jeu (poupée, jouets à terre), confortable (doubles rideaux, tapis), cossu (mobilier,
bibliothèque), culturel (livres et images encadrées du Petit chaperon et du Petit Poucet) et esthétique
(bouquet de fleurs). C’est aussi un lieu d’accueil et de rangement des biens de son occupante, livres,
poupée, Pierrot, jouet à traîner : ce dernier objet, en décalage avec l’âge de la petite écolière, indique
peut-être la présence dans la même chambre d’un enfant plus jeune. Une même conception de la
chambre d’enfant, attentive au confort de l’écolier, quoique plus axée sur l’apprentissage que la
précédente, se rencontre dans le même volume (ill. 29) ; elle met en scène un jeune garçon qui apprend
à lire à sa petite sœur : pupitre, bibliothèque garnie de nombreux ouvrages, volumes à terre sont l’objet
de la leçon (« les livres »). On notera la présence d’une gravure encadrée et, surtout, d’une carte
géographique, support et symbole traditionnel des rêves et des ambitions de l’enfant mâle.

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28. Anonyme. « Une chose merveilleuse ». Dans : A. Mironneau, La grammaire par les textes et l'usage.
Paris, Armand Colin, 1921, p. 183.

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29. Anonyme. « Les livres ». Dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées de français.Paris, Librairie Larousse,
[vers 1910], p. 61.

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Les devoirs dans la salle commune

30On note toutefois que les devoirs sont plus souvent effectués dans d’autres espaces de la maison que
la chambre d’enfant, comme, par exemple, dans l’Imagier de l’enfance de Ferdinand Raffin (ill. 30).
Plusieurs facteurs propres à l’époque considérée expliquent ce fait : dans la plupart des maisons, seuls
les espaces communs sont chauffés ; la salle commune, où s’active grand-mère ou mère (encore
souvent au foyer), abrite les devoirs de l’écolier. Par ailleurs, le travail scolaire dans la chambre suppose
une responsabilité et une autonomie que l’on n’attend pas de l’enfant avant la Seconde Guerre mondiale.
Autre facteur : l’encouragement à la vie de famille, sans cesse prônée dans les manuels de la Troisième
République, valorise la solidarité familiale. Le texte de l’imagier insiste ici sur l’aide dont l’enfant peut
bénéficier quand il travaille avec ses frères et sœurs. L’individualisme, l’isolement de l’enfant dans sa
chambre, et son autonomie en général, ne sont pas encore des valeurs.

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30. Ferdinand Raffin. « Le travail à la maison ». Planche n° 9 de : Mlle Georgin et A. Lacabe-Plasteig.


L’Imagier de l'enfance. Paris, L. Martinet [1910].

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La chambre : outil d’éducation de la jeune fille

31La chambre de demoiselle est apparue dans l’espace familial plus tôt que la chambre d’enfant, dès la
première moitié du XIXe siècle : elle était généralement accordée à la jeune fille après sa première
communion. Située près de la chambre maternelle, elle répondait prioritairement au souci de séparer
les sexes et de préserver l’intimité de son occupante. C’était un « sanctuaire » féminin (Fonssagrives
1871). Cependant, ce n’est pas sous cet angle que les manuels scolaires présentent la chambre de jeune
fille. Le privilège de posséder un espace privé y a pour contrepartie un ensemble d’obligations, car on
attend « ordre et soin » de la future maîtresse de maison, comme le rappelle le Premier livre des petites
filles en 1890 (ill. 31).
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31. Frédéric Régamey. « La chambre de Laure ». Dans : Clarisse Juranville. Premier livre des petites filles.
Paris, Larousse, 1890 (24e éd.), p. 8 et 9.

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32La vignette de gauche, qui évoque « la chambre de Laure », présente Laure devant son lit. Émergent
de la vignette un balai et un seau, tels les attributs de la fillette. L’illustration de droite offre une vue
d'ensemble d’une chambre agréable, confortable et coquette : lit moelleux, coiffeuse, tapis, tableaux,
doubles-rideaux, bouquet de fleurs. La présence d’un chat et d’un chien ajoute à la chaleur du tableau.
Le texte précise :

« Tout y est dans un ordre parfait.


Rien ne traîne sur les meubles.
Les chaises sont à leur place.
Le petit lit blanc est admirablement fait.
On aperçoit des pantoufles bleues en dessous.
Les effets de nuit sont pliés soigneusement.
Tous les jouets sont rangés avec goût dans une armoire.
La poupée et le trousseau sont dans un tiroir.
Laure a beaucoup d'ordre et de soin.
Jamais elle n'égare ses livres et ses cahiers.
Son pupitre fait plaisir à voir tant il est bien rangé.
Elle trouve facilement ce qu'il lui faut, et alors elle ne perd pas de temps.
C'est une grande qualité que l'ordre et toutes les petites filles devraient ressembler à Laure.
Dans une maison, il faut une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. »

33Si elle est plus modeste, la chambre de Louise, extraite de la Méthode de langue française de Brunot
et Bony, présente les mêmes qualités (1905, ill. 32). Dans les deux cas, la chambre de jeune fille est
un terrain d’entraînement à ses tâches de future ménagère :
« Louise aime la propreté et l'ordre. On trouve chaque chose à sa place. Les habits de la petite fille sont
pendus dans une armoire ; ses livres et ses cahiers sont enfermés dans un tiroir. Le plancher est aussi bien
lavé que la table. Point de taches de doigts sur les murs ni sur la porte, point de poussières sur les chaises.
L'ordre est une qualité. »

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32. René Victor-Meunier. « La chambre de Louise ». Dans : Brunot & Bony, Méthode de langue française.
Paris, Armand Colin, 1905, p. 18.

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La chambre d’enfant dans les planches murales : ordre du


discours, réalité et narration
34L’usage de planches murales accompagne le développement de l’enseignement simultané au cours
du XIXe siècle et se généralise à partir des années 1880 avec l’introduction dans les programmes officiels
de l’enseignement « par l’aspect » (pédagogie par l’image). Au tournant du XXe siècle, la plupart des
éditeurs scolaires proposent un éventail varié de planches didactiques touchant à toutes les disciplines.
Souvent confiées à de bons illustrateurs, usant abondamment de la couleur (alors absente des manuels),
elles agrémentent les apprentissages et facilitent la tâche de l’enseignant. La chambre d’enfant y
apparaît dès la fin du XIXe siècle dans des planches destinées aux classes primaires, associant les
exercices d’observation et de langage à l’éducation morale et sociale des élèves. Divers types de
planches commandent divers types de chambres, dont voici des exemples.

La chambre des petits : un catalogue d’objets

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33. Anonyme. Chambre d’enfants. Planche murale S.l., s.d. [vers 1900].

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34. Fernand Fau. « Les jeux de l’enfant ». Dans : Jean Perrot. 200 images faciles à raconter par les tout-
petits. Paris, Fernand Nathan, 3e éd. [1e éd. 1905].

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35La planche anonyme éditée vers 1900, intitulée « Chambre d’enfants » (ill. 33), relève d’un concept
peu répandu. Le dispositif de présentation des objets, aléatoire et profus, s’apparente à une page de
catalogue de Grand Magasin de l’époque ; il reflète, de surcroît, l’offre disponible dans le commerce en
matière d’équipement et de jeu pour les petits. Mais il se réfère aussi, du point de vue conceptuel, au
genre de l’imagier dont l’ouvrage de Jean Perrot et Fernand Fau offre un exemple (ill. 34) : des images
isolées et regroupées autour d’un thème visent à l’acquisition du vocabulaire et à la mise en relation
abstraite d’objets d’une même catégorie. Nathan précise l’intérêt de ce concept pour les petits :

« … Ils apprendront à voir et à placer des mots sur des idées. Ainsi s’augmentera leur vocabulaire par un
enseignement concret qui oblige leur esprit à établir les rapprochements et à distinguer les différences
existant entre objets de même catégorie, quoique d’usage différent. »

36L’éditeur précise encore que la classification des objets n’est pas arbitraire, mais s’inspire à la fois
des besoins de la vie enfantine et de la mission éducative de l’école.

37Dans la planche murale, la chambre d’enfant est définie par métonymie comme la somme des objets
qui y sont contenus, prétexte à l’évocation de l’environnement matériel de la petite enfance : berceau
et moïse, landau, chaise haute, trotteur, baignoire, table et objets de toilette, biberon, thermomètre, et
jouets pour fille et garçon : poupée, trompette, « dada », toupie, hochet, chariot, tambour, mouton à
roulettes, sabots, petit train, jeu de construction, boîte à herboriser.

Dans la chambre : entre réalité et métaphore

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35. A. Bertrand. « Dans la chambre. Les prisonniers (Conséquences de l’étourderie. Dangers de la


précipitation. Pitié pour les faibles. Désir de soulager l’infortune. Respect de la liberté….) ». Tableau mural
extrait de la série : La Vie enfantine, par A. Belot et J. Camescasse. Delagrave [vers 1910].

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38Cette autre planche murale, intitulée « Dans la chambre » (ill. 35), est extraite d'un ensemble de six
séries publiées en 1903 , consacrées à La Vie enfantine. La collection est associée à un manuel du même
nom où les planches sont reproduites en noir et blanc : Lectures. Entretiens moraux. Exercices
d'observation. Exercices de langage. L’ensemble a pour objectif : « d’exercer l’enfant à bien voir, à
comprendre ce qu’il voit, à juger ce qu’il comprend ; de l’amener à exprimer en toute liberté ses
remarques, ses pensées, ses sentiments, par la parole puis, plus tard, par de petits exercices écrits ;
de fournir une contribution importante à l’éducation morale. » L’objectif était de multiplier les usages
possibles de la planche : élocution à la maternelle, lecture, entretiens moraux, exercices d'observation,
exercices de langage dans les cours préparatoires ; puis rédaction et, éventuellement, étude des langues
vivantes par la suite. Le dispositif iconographique n’est pas analytique, comme dans la planche
précédente, mais synthétique, fondé sur la mise en scène d’une historiette : trois enfants sont présents,
l'un s'apprête à ouvrir la cage à oiseaux, une grande fille laisse entrer une hirondelle… Le protocole
d’utilisation prévoit une première approche de l’image par la lecture du texte dans le manuel. Puis, au
cours d’une seconde leçon, on étudie la chambre, les objets qui s’y trouvent et l’utilité de chacun d’eux.
Enfin, le discours moral qui accompagne la leçon offre de nouvelles possibilités d’exploitation de l’image.
À cet égard, la légende suggère quelques pistes à l’enseignant : « conséquences de l’étourderie.
Dangers de la précipitation. Pitié pour les faibles. Désir de soulager l’infortune. Respects de la liberté,
etc. ».

39À la différence des vignettes des manuels, les dimensions de la planche permettent de représenter
une grande partie de l’espace et d’y faire figurer de nombreux objets et détails, la technique de la
chromolithographie autorisant parallèlement une figuration réaliste et précise (voir, par exemple, les
dessins d’enfants fixés au mur). De même, la volonté des auteurs de présenter la maison (et, ici, la
chambre) comme « le centre des bons soins, des affections et des souvenirs » est sensible dans cette
image chaleureuse, vivante et attrayante.

40Pour autant, plus qu’à une reproduction du réel, l’image obéit à l’ordre du langage. L’illustrateur
multiplie les objets pour développer un champ lexical large. Le modèle iconographique qui commande
ces représentations est celui des encyclopédies illustrées, inaugurées par l’Orbis sensualium pictus de
Comenius (1658). Toutefois, l’univers représenté dans chacune des gravures de l’Orbis pictus était fini.
Chaque objet y était indexé, renvoyant à une définition et à un bref commentaire qui en circonscrivaient
la nature et l’usage. Notre planche, au contraire, par sa dimension narrative, joue de la polysémie de
l’image afin de susciter questions et commentaires des enfants. Elle met aussi en œuvre une rhétorique
propre à l’image, un discours silencieux. Sont ici réunis tous les objets-motifs que nous avons pu repérer
dans les images précédentes : berceau, table et objets scolaires, table et objets de toilette, jouets, et
une cage à oiseaux. Cette dernière était en effet souvent présente dans la chambre d’enfant au
XIXe siècle, et tout particulièrement dans la chambre des jeunes filles, associée à un bouquet de fleurs.
Au-delà du réel, la symbolique est importante : le motif de l’oiseau et/ou de l’oiseau en cage
accompagne l’enfant dans l’histoire de la peinture, symbole tantôt de la passion du Christ dans
l’iconographie religieuse, tantôt de la fragilité de la vie enfantine dans la peinture profane (voir La Fillette
à l'oiseau mort, école des Pays-Bas méridionaux, premier quart du XVIe siècle. Musée Royaux des Beaux
Arts de Belgique).

41Bien que rien ne l’indique dans le texte du manuel associé à notre planche, nous sommes, quant à
nous, sensibles à l’analogie manifeste que l’image suggère entre la cage des oiseaux et la chambre des
enfants, la cage et le lit à barreaux du bébé : discours métaphorique sur la chambre d’enfant, « nid
d’âmes » selon l’expression de Victor Hugo (Les pauvres gens), espace tout à la fois d’enfermement, de
protection et de liberté.

La chambre d’enfant après la Seconde Guerre mondiale : jeu, bien-être,


consommation
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36. Hélène Poirier. « La chambre des enfants ». Planche n° 17 de la série Images de la vie. Éditions
Bourrelier, 1950.

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42Au-delà de la Seconde Guerre mondiale, quand la chambre d’enfant devient peu à peu, avec la
construction des grands ensembles, une réalité pour beaucoup d’enfants, ses représentations scolaires
s’organisent autour des mêmes thèmes que par le passé : lever, toilette, maladie de l’enfant (les soins
de la maman ou de la grande sœur s’effaçant au profit de la visite du « docteur »). L’accent est mis sur
l’aménagement « moderne » et la décoration de la chambre, qui témoignent de l’attention grandissante
que les adultes portent à cette pièce de la maison. Mais l’évolution la plus sensible concerne l’effacement
du travail scolaire au profit du jeu : cahiers et livres de classe sont toujours présents, mais, le plus
souvent, abandonnés sur un coin de table…

43« La chambre des enfants », planche d’Hélène Poirier (ill. 36), extraite d’une série de tableaux
d’élocution intitulée « Images de la vie » et liée au manuel de J. Segelle, Corbeille de mots, est
représentative de cette ère nouvelle. La fillette est saisie dans une posture familière, ayant gardé à la
main le petit jouet qui l’occupait au moment où sa mère est entrée pour sa toilette. Le thème de l’hygiène
est toujours présent à travers les motifs du lavabo et de la brosse à dents, mais le désordre ambiant,
qui se retrouve sur nombre d’autres illustrations et planches didactiques, manifeste la disparition de
l’éducation à l’ordre, et, plus particulièrement ici, de l’éducation ménagère de la fillette. Cet effacement
se fait, dans une société qui sera bientôt qualifiée « de consommation » (Baudrillard 1970), au profit de
la célébration de l’abondance des biens de l’enfant, qui se lit à travers la représentation de l’armoire
débordant de vêtements et du coffre regorgeant de jouets. Les murs peints en rose, couleur qui s’impose
désormais pour les fillettes sur le modèle américain, la frise qui les agrémente et les doubles rideaux
ajoutent une dimension confortable, esthétique, colorée et joyeuse, que réchauffe encore l’attention
souriante maternelle.

La chambre d’enfant dans les travaux d’élèves : un exercice de


style
44Il nous a paru intéressant d’examiner les textes d’écoliers concernant la chambre d’enfant, tant pour
les confronter aux discours et images des manuels que pour y trouver, éventuellement, des témoignages
concrets sur leur lieu d’habitation. Cependant, notre sondage dans le fonds du musée national de
l’Éducation révèle moins de dix devoirs consacrés à la question sur 932 cahiers interrogés (133 cahiers
de rédaction et 799 cahiers journaliers) entre 1883 et 1950. Et, de manière surprenante, l’examen du
fonds Freinet s’est avéré négatif sur le sujet. Dans les cahiers, il s’agit, soit de décrire sa chambre (6
rédactions datées de 1883, 1888, 1906, 1922, 1950), soit de répondre à des questions d’hygiène et
d’entretien de cet espace (2 devoirs). Ainsi, les filles de l’École confessionnelle de Chateauneuf-sur-
Sarthe (niveau élémentaire) devaient répondre en mai 1917 à ces deux questions :

« 1°) De quoi se compose le mobilier de la chambre ?

2°) Quel est le soin hygiénique indispensable à la salubrité de la chambre ? Comment fait-on un lit ? Quels
soins doit-on prendre de la literie ? Quels soins prend-on d'un bouquet et des meubles de la chambre ? »

45La réponse d’Hélène A. témoigne des préceptes d’hygiène qui lui ont été enseignés :

« Il faut de l'air, beaucoup d'air, et une grande propreté.

Le mobilier de ma chambre se compose d'un lit, une table de nuit, une table de toilette, une armoire, une
table-bureau, afin de pouvoir écrire, puis quelques chaises.

Le soin hygiénique indispensable à l'homme, c'est de n'avoir point de rideaux [commentaire de l'instituteur
dans la marge "Quelle sottise !"] aux fenêtres, simplement des [blancs ?] qui puissent être lavés, point de
rideaux aux lits, afin que l'air vienne jusqu’à nous.

En se réveillant, il faut d'abord ouvrir la fenêtre, puis mettre deux chaises auprès de la fenêtre puis
étendre : la couverture et les draps de façon à pouvoir secouer le matelas.

On doit aussi cirer le parquet, ou alors le laver fréquemment, il faut aussi bien nettoyer les meubles, avec de
l'encaustique pour que la chambre est bonne air (sic) et que l'on voit qu'il y a de la propreté [commentaire
de l'instituteur dans la marge "Médiocre"]. »

46Sur une question de puériculture (hygiène de la chambre du bébé), Marcelle David, élève du cours
supérieur d’une école primaire, manifeste en 1931 des connaissances plus précises :

« 1° Air, lumière, température

La chambre du bébé doit être meublée sans aucune tenture et sans objets inutiles. Elle doit être tenue
rigoureusement propre et bien aérée, la fenêtre sera ouverte, même en hiver, plusieurs fois par jour.

Une chambre où l'air et le soleil pénètrent largement est plus saine. L'enfant s'y développe mieux, tandis
qu'il s'étiole dans un air confiné. La température de la chambre sera maintenue entre 16° et 18°
centigrades, car l’excès de chaleur ou de froid peut compromettre la santé de l'enfant. Il faut éviter de laver
le linge dans la chambre du bébé et surtout de l'y faire sécher, à cause de l'humidité qui s'en dégage.

2° Lit ou berceau. Le lit en fer est le meilleur, il est facile à nettoyer.

La literie doit comprendre : un matelas ou housse en toile remplie de varech, de balle d'avoine ou de crin de
cheval qui sera protégé par un imperméable facile à nettoyer, un oreiller de crin, deux draps, deux
couvertures de laine. Le lit sera placé dans la partie la plus éclairée de la chambre. Pendant l'été, l'enfant
sera protégé contre les mouches et les moustiques par un voile de tulle. »

47Très différent, l’exercice de rédaction qui consiste à décrire sa chambre apparaît au cours des années
1880, accompagnant le développement de cet espace dans l’habitat. Le témoignage le plus ancien est
celui d'Ernestine Thomé de l’école élémentaire de filles du Mériot (Aube), daté de juillet 1883 :
« Elle est tapissée d'un beau papier bleu ciel. Dans un coin est ma couchette et celle de ma poupée. Sur la
cheminée est posée une horloge et de chaque côté sont les portraits de mes parents. J'ai aussi une table à
ouvrage. Tiens, regarde, voilà mon dé, mes aiguilles et mes ciseaux. Au milieu de la chambre il y a encore
une autre table avec un gros bouquet dessus. Voilà ma petite bibliothèque où je range mes vieux livres, qui
malgré cela me servent beaucoup pour me distraire dans les longues soirées d'hiver. Voilà la cage où sont
mes deux mésanges, et quand il fait beau, je les mets dehors pour qu'elles jouissent aussi des beaux jours
du printemps. »

48On a là une vision canonique de la chambre de jeune fille au XIX e siècle, dont les objets se retrouvent
dans toutes les représentations, littéraires et graphiques, antérieures et ultérieures, de la chambre de
demoiselle : couchette de la poupée près du lit de l’enfant, reproduisant la disposition du lit de la fillette
dans la chambre maternelle ; tables et outils de couture ; bouquet de fleurs ; bibliothèque ; cage à
oiseaux. Le caractère stéréotypé de la description ne permet pas de déterminer si la petite Ernestine
nous livre ici un témoignage sur sa propre chambre ou si elle s’est inspirée pour cette rédaction d’un
petit poème de Louis Tournier bien connu des enfants, « Ma chambrette », extrait des Premiers Chants.
Poésies à l’usage de la jeunesse,édité par Hachette en 1868, plusieurs fois réédité et reproduit dans
maints manuels de lecture. Il figurera encore en 1930, avec une illustration (ill. 37), dans Lectures et
récitations morales à l'usage des Écoles Libres, par l'Abbé Bourceau (390e mille, 1e éd. 1904). On se
gardera, par conséquent, de tenir tous ces devoirs d’élèves pour des témoignages : il faut plutôt les
comprendre dans un réseau de relations intertextuelles complexes qui fait intervenir, outre l’expérience
personnelle, les textes normés des manuels, les leçons orales des enseignants, voire les illustrations
des livres scolaires qui nourrissent, le cas échéant, une inspiration défaillante.

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37. Anonyme. « Voici la corbeille de ma poupée ». Dans : Abbé Bourceau & Raymond Fabry. Lectures et
récitations morales à l'usage des Écoles Libres. Paris, Librairie de l’École, 1930 (390e mille), p. 135.

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

« Venez avec moi, Rose, Claire,


Henriette, Angélique, Armand !
Venez, et je vous ferai faire
Un petit voyage charmant,
Un voyage dans ma chambrette !
[…]
Voici d'abord, enveloppée
D'un rideau que je n'ouvre pas,
La couchette de ma poupée
Près de mon lit...
Chut ! parlez bas.
[…]
Ici, mon pupitre, mes plumes,
et mes cahiers et mes crayons,
Et vous, ô mes charmants volumes,
Qui souriez sur vos rayons !
[…]
Là, suspendus à la muraille,
Deux portraits, vous voyez lesquels,
Me suivant toujours, où que j'aille,
De leurs doux regards paternels !
[…]
Plus loin, la table où je travaille,
Mon dé, mon fil et mes ciseaux,
Ma petite chaise de paille,
et tout à coté mes oiseaux.
[…]
Au soleil leur cage est posée
Entre la rose et le jasmin. »

49Il est d’ailleurs à noter que ce texte inspire les enseignants eux-mêmes, comme cette institutrice de
l’école de filles de Douai qui a donné à ses élèves ce sujet de rédaction le 8 janvier 1906 : « Un dimanche
pluvieux vous oblige à rester à la maison. Vous prenez le parti de faire un voyage autour de votre
chambre : racontez vos impressions. » Il est quasi certain que le sujet ne fait pas référence au
célèbre Voyage autour de ma chambre, écrit en 1794 par un Xavier de Maistre aux arrêts dans la
citadelle de Turin pour s'être livré à un duel contre un officier piémontais, mais au poème de Tournier
cité plus haut.

50Dans ce contexte, ce sont plutôt les éléments qui s’affranchissent des stéréotypes qui peuvent être
considérés comme des sources historiographiques. Ainsi, Jeanne D. (11 ans) décrit classiquement un
univers genré, avec abécédaire brodé au mur, bibelots et corbeille à ouvrage, tandis que la photo de sa
classe de maternelle et la référence aux cadeaux de sa tante ajoutent une note plus personnelle :

« […] En entrant je remarquais un cadre, auquel je n'avais jamais fait attention. J'approchai, et je vis un
alphabet et quelques dessins faits sur un marquoir par ma sœur lorsqu'elle avait mon âge […] À côté le
portrait de toutes les élèves lorsque j'étais à l'école maternelle. […] Une étagère était à côté, remplie de
petits bibelots dont la plupart avaient été offerts par ma tante. Enfin, une corbeille à ouvrage était posée sur
la table … »

51De même Suzanne W., élève de 4 e année au cours de Mme Dieterlen-Boisard, 25 bd. Haussmann à
Paris en 1887-1888, décrit une chambre qui ressemble à beaucoup d’autres, si ce n’est le buste de
l’Alsace trônant sur la cheminée, incursion de l’histoire dans la chambre cossue de cette jeune fille de
la bourgeoisie. Sa chambre est…
« … assez grande, carrée et très claire, elle a une grande fenêtre qui donne sur un jardin. Une table de
travail est placée devant une fenêtre ; à gauche de ma table est une bibliothèque remplie de jolis ouvrages
(pour la plupart des présents). La cheminée est ornée de souvenirs que je n’ai pu mettre sur mon étagère ;
au milieu de la cheminée, on remarque un buste de l’Alsace qui m’a été donné par une de mes tantes. En
face se trouve une armoire à glace. »

52Quoique très courte, et qualifiée en marge de « passable » par son instituteur, la description de
Roger-Henri C., élève du cours élémentaire de l’école d’Evaux-les-Bains, est notre unique texte
masculin, nous révélant qu’en 1922, dans une ville thermale de la Creuse, un garçon de 8 ans peut
encore dormir dans la chambre de sa mère, « la » chambre évoquée par l’écolier étant, semble-t-il, la
seule de la maison :

« La chambre est grande. Au fond est un lit. Les rideaux du lit sont à carreaux bleus, c'est le lit de ma mère.
Un grand feu brûle au fond d'une cheminée de pierres blanches ; de grosses poutres noircies par la fumée
forment le plafond. »

53Il est intéressant de confronter cette évocation d’une simplicité rustique, mais que réchauffent le feu
et la présence maternelle, à la description quasi ethnographique que Madeleine F., élève d’une école
élémentaire parisienne, fait de sa chambre la même année (1922), montrant tout le confort d’une
demeure bourgeoise de la capitale, qu’envahissent meubles et bibelots :

« Ma chambre est grande elle a du papier rose, à la fenêtre il y a des rideaux roses. J'ai un grand lit en
cuivre, deux chaises laquées blanc et une plus petite, un grand fauteuil : sur la cheminée il y a deux lampes,
deux petits pots de fleurs bleus avec des dessins dorés, une petite jatte en porcelaine, une petite pendule,
une grande glace bordée de blanc. Le marbre de la cheminée est marron avec du blanc. Il y a encore une
petite table, une grande commode avec un dessus en marbre gris sur lequel il y a deux bougeoirs, un petit
chat en porcelaine, et un buste en plâtre. Accrochés au mur il y a des petits tableaux, un bénitier avec une
branche de rameaux et des gravures, une étagère chinoise. Un autre petit lit en fer laqué blanc, c'est là où
couche ma petite sœur. Dans un coin il y a un petit lit et une armoire de poupée, une jolie petite malle où je
[range ?] les effets de mes poupées. »

54La rédaction illustrée de Nicole C. provient de l’école Antoine-Chantin à Paris et date de 1950 (ill. 38).
Si le texte de cette élève du cours moyen semble devoir beaucoup à une plume adulte [la maîtresse ?],
le dessin qui l’accompagne exprime plus candidement le bonheur d’une chambre à soi et son confort au
XXe siècle.
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38. Rédaction de Nicole Crétin. École Antoine-Chantin, rue d’Alésia, Paris, 1950.

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

« Ma chambre est la pièce de notre appartement que je préfère. La large fenêtre et la couleur rose de ses
murs les rendent très claire. J'aime ses meubles en merisier qui ont la teinte rousse des feuilles mortes.
Mais il est un coin qui me plaît surtout, celui où je travaille face à la fenêtre. À gauche, des bibelots et de
jolis livres garnissent une vitrine. À droite, se trouve un divan recouvert d'un tissu rouge. Deux tableaux, "
La petite fille à la gerbe" et un bouquet de fleurettes, font sur le mur des taches vives et lumineuses. Ma
chambre me plaît beaucoup, elle est gaie, je la trouve très jolie. Mes jouets, mes livres et mes bibelots y
sont réunis : c'est mon domaine de petite fille. »

En conclusion
55Les formes, les usages et les destinataires des différents supports pédagogiques engendrent des
représentations différentes et spécifiques de la chambre d’enfant.

56Du côté des manuels, textes et vignettes en noir et blanc construisent une image peu attrayante de
la chambre d’enfant, aux motifs stéréotypés, qui n’est pas particulièrement positive. La chambre est le
lieu du corps : du sommeil, de la toilette, de l’habillement, de l’hygiène ou de la maladie. Elle est
tentation de la paresse, à laquelle l’enfant se doit de résister en la quittant vite et tôt le matin. Dans la
majorité des vignettes, la fenêtre est ouverte : si ce motif répond aux préconisations hygiéniques du
temps, il est aussi valorisation du dehors où s’accomplissent, à l’école ou au travail, les tâches
importantes. Quand la fenêtre est fermée, c’est parce la chambre devient lieu d’étude, mais rarement
salle de jeu. Parfois présentée comme un espace personnel (« ma » chambre), dans lequel l’enfant
range ses biens propres (« mes livres »), la chambre n’est pas un endroit convivial, plutôt de solitude.
Cette solitude n’est pas un havre pour la rêverie, une ouverture sur le rêve, comme dans la chambre
de Martin Landor ou la musique des enfants (1869, ill. 39) ou comme dans celle de George Sand
(Histoire de ma vie), mais un espace de lecture et d’apprentissage. Si la chambre n’est jamais présentée
comme une affirmation d’indépendance, ou comme un refuge, elle n’est pas pour autant un lieu de
relégation ou de punition.

57Ces observations tendent à confirmer que, dans les premiers temps de son existence, la chambre
d’enfant ne procédait pas de la reconnaissance par les adultes des droits d’un enfant-sujet à un espace
propre et à une vie personnelle, mais était une réponse aux évolutions de la famille, où les plus jeunes
partaient moins en nourrice et les garçons moins souvent en pensionnat. « Œuvre d’hygiène », « office
de prudence », périmètre protégé des dangers de la rue, suivant les termes de Fonssagrives (1871),
c’était un espace privé, mais régulé par les valeurs sociales et morales du temps : travail, propreté,
ordre, soin, décence, bienséance (Renonciat 1989, 2005). Au demeurant, cela n’annulait pas le bénéfice
personnel que les enfants pouvaient tirer de cet espace propre, qu’évoque, par exemple, le témoignage
d’Anatole France sur la chambre de son enfance :

« Dès que j’eus une chambre à moi, j’eus une vie intérieure. Je fus capable de réflexion, de recueillement.
Cette chambre, je ne la trouvais pas belle ; je ne pensai pas un moment qu’elle dût l’être ; je ne la trouvais
pas laide ; je la trouvais unique, incomparable. Elle me séparait de l’univers, et j’y retrouvais l’univers. » (Le
Petit Pierre, XXXV, 1921)

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39. Baric. « La chambre de Martin Landor ». Dans : Kroknotski, Histoire de Martin Landor ou la musique des
enfants. Paris, Hachette, 1869.
Coll. part.

58On notera, à cet égard, que les vignettes des manuels, aussi modestes soient-elles, expriment la
volonté d’adapter les chambres d’enfants aux goûts de leurs occupants. La présence récurrente de
gravures ou de tableaux, même dans les environnements les plus simples, est remarquable. Reflet de
l’extraordinaire essor des images au XIX e siècle, qui se multiplient dans tous les foyers (Renié, 2005),
c’est, dans ce cas particulier, un manifeste de l’attention portée au plaisir des enfants. L’aspect coquet
de certaines de ces chambres, décorées de papier peint, réchauffées de tapis et de double-rideaux,
marque aussi une attention au bien-être des enfants. Cependant, ce ne sont pas les textes qui indiquent
ces détails. Ce sont les illustrateurs qui ont ajouté – c’est leur privilège –, une note de fantaisie et
d’agrément dans cet univers investi par des discours moraux et hygiénistes.

59Parfois inspirées par ces textes et images, les descriptions peu nombreuses de leur chambre par des
enfants, exercice de rédaction française qui semble proposé surtout aux fillettes, sont intéressantes par
le détail des objets qu’elles contiennent. Ceux qui caractérisent le XIX e siècle : poupée, outils et
ouvrages de couture, fleurs et oiseaux ; ceux qui perdurent au XXe siècle : lit de poupée, table de travail
et livres, commode et cheminée garnies de bibelots, gravures aux murs ; et ceux qui particularisent ces
pièces : photographie de classe maternelle, buste de l’Alsace, étagère chinoise. On relève dans tous les
cas la présence de livres, et l’attention particulière portée à leurs bibelots par les fillettes.

60Du côté des planches didactiques, leurs grandes dimensions, leur technique de reproduction en
couleur, leur fonction de support d’apprentissage et de développement du vocabulaire, et leur objectif
d’offrir, au-delà de cet emploi, un large éventail d’usages pédagogiques, ont conduit les illustrateurs à
multiplier objets, personnages et actions. La chambre (ill. 40) devient alors un espace commun à
plusieurs enfants, filles et garçons, coloré, confortable, chaleureux, esthétique et multifonctionnel, qui
annonce nos conceptions contemporaines.

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40. Henri Mercier. Tableau d’élocution n° 6 : La chambre. Montmorillon, Éditions Rossignol. Vers 1960.

© Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen


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Corpus des ouvrages et documents sélectionnés

Manuels scolaires

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Belot, A. & Camescasse, Jeanne. La vie enfantine. Lectures. Entretiens moraux. Exercices d'observation.
Exercices de langage. Accompagné d'une collection de 18 tableaux muraux tirés en 6 couleurs d'après
les aquarelles de A. Bertrand et G. Dutriac. Paris, Delagrave, 1924 (8e éd.). MNE. 1993.00367.

Bonnehon, D. & Turgan, P.-E. Lectures choisies. Prose et poésie en rapport avec le programme de
morale. Cours préparatoire et élémentaire. 50 lectures. 50 commentaires. 50 pensées. 50 exercices
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Georgin, Mlle & Lacabe-Plasteig, A. Imagier de l'enfance. Série d'albums en couleurs à l'usage des écoles
maternelles, des classes enfantines, des cours élémentaires de l'école primaire. 1er livret : L'enfant.
Observations et langage, Morale familière et rédaction française. Illustrations de Ferdinand Raffin. Paris,
Librairies-imprimeries réunies L. Martinet. Édition de 1910. MNE. 1985.01227 ; Édition redessinée de
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Girardin, J. Quand j'étais petit garçon. Ouvrage illustré de 42 vignettes par A. Ferdinandus. Paris,
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Juranville, Clarisse. Le premier livre des petites filles. 160 vignettes de Frédéric Régamey. Classe
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MNE. 79.37874 (2).

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Haussmann à Paris. 1888. MNE. 1979.32475 (37).

Littérature de jeunesse

Anonyme. Abécédaire du premier âge, contenant la civilité française pour instruire les enfans dans toute
honnêteté et bienséance, avec des figures sur la manière dont les Enfans doivent se conduire et se tenir
dans le monde.Paris, Le Prieur, 1817, p. 26 et 72. Coll. part.

Baric. « La chambre de Martin Landor ». Dans : Kroknotski Histoire de Martin Landor ou la musique des
enfants. Paris, Hachette, 1869. Coll. part.

Desbeaux, Émile. Les pourquoi de Mademoiselle Suzanne, Paris, Ducrocq, 1881, p. 3. Coll. part.

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Bibliographie

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Schapiro, Meyer, 1982. Style, Artiste et Société. Trad. Blaise Allan. Paris : Gallimard.

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Notes

1 Voir dans ce même numéro Michel Manson, « La chambre d’enfant dans la littérature de jeunesse :
représentations et histoire d’une émergence en France de 1780 à 1880 », Strenæ [En ligne], 7 | 2014, mis
en ligne le 01 juin 2014. URL : http://strenae.revues.org/1228 ; DOI : 10.4000/strenae.1228 [Ndlr]

2 Nous utilisons ici la notion de « motif » au sens que lui attribue Panofsky dans l’Introduction à ses Essais
d’Iconologie (1967, p. 13-23) : représentation d’un objet, chargé de significations « primaires ou naturelles ».
En tant qu’il est mis en relation avec d’autres motifs, des thèmes ou concepts, et organisé dans une
composition, le motif peut s’avérer porteur d’une signification secondaire, conventionnelle, ajoutée par la
culture, et enfin d’une « valeur symbolique » qui renvoie à des valeurs, des mentalités propres à une époque,
à une nation, à une religion, etc., condensées consciemment ou inconsciemment par l’artiste en une œuvre
unique, que l’analyse iconographique est appelée à décrypter.
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List of illustrations
Caption 1. Ferdinand Raffin. « Le réveil », dans : K. Seguin. Line et Pierrot. Premier
livre de lecture courante. Paris, Hachette, 1924.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 2. Valnay. La chambre de Suzanne. Dans : Émile Desbeaux. Les pourquoi de


Mademoiselle Suzanne, Paris, Ducrocq, 1881, p. 3.

Credits Coll. part.

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Caption 3. Anonyme. « Le lever », dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées de


français. Larousse [vers 1910].

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 4. Anonyme. Le premier livre d'André. Lecture courante et récitation. Lyon,


Librairie catholique Emmanuel Vitte, Paris, 1913 (2e éd.).
Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 5. Anonyme. Abécédaire du premier âge, contenant la civilité française pour


instruire les enfans dans toute honnêteté et bienséance, avec des figures sur la
manière dont les Enfans doivent se conduire et se tenir dans le monde. Paris,
Le Prieur, 1817, p. 26 et 72.

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Caption 6. E. Dot. « La journée de l'enfant ». Planche murale reproduisant en couleur


une page de l’ouvrage de Jean Perrot : Pour faire parler nos petits. 32 scènes
familières en images sans paroles. IIe série. N° 17. Paris, Fernand Nathan
[1925].

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Caption 7. Pierre Rousseau. « L’enfant malade ». Dans : J. Calvet & R.Lamy. Le


français par la lecture expliquée. Paris, J. De Gigord, 1934, p. 56.

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Caption 8. Anonyme. « La pauvre petite serrait sur son cœur une poupée ». Dans : Mme
Doudet [Théodore Lefèvre]. Les Étrennes de bébé. Paris, Théodore Lefèvre et
Cie, Émile Guérin. Vers 1900.

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Caption 9. Anonyme. Dans : P. Dessagnes. The English Class. Paris, Masson et Cie
[1914].

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File image/png, 928k

Caption 10. René Victor-Meunier. « La petite garde-malade ». Dans : Brunot &


Bony, Méthode de langue française […] Paris, Armand Colin [1905], p. 12.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 11. « Meubles pour enfants ». Dans : Saint Nicolas au Printemps. Catalogue
des Grands magasins du Printemps, Paris, sd [1912].

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Caption 12. « Meubles d’enfants ». Dans : Le jardin des fées. Catalogue des Grands
Magasins Au Printemps, Paris, 1911.

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Caption 13. Anonyme. « Elle vous berçait avec amour ». Dans : Le premier livre
d'André. Lecture courante et récitation. Lyon-Paris, Librairie Catholique
Emmanuel Vitte, 1913 (2e éd.), p. 17.

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Caption 14. Anonyme. « Quand ton père, le soir, te berce doucement… ». Dans : D.
Bonnehon & P.-E Turgan. Lectures choisies. Prose et poésie en rapport avec le
programme de morale. Paris, J. Bricon, 1899, p. 2.

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Caption 15. Lola A. [Lola Anglada ?]. « L’enfant au berceau ». Dans : A. Souché. Le
livre auxiliaire du maître pour la récitation française. Paris, Nathan, 1924
(4e éd.), p. 20.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 16. Anonyme. « La chambre à coucher». Dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées
de français. Paris, Larousse [vers 1910].

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File image/jpeg, 132k

Caption 17. Ferdinand Raffin. « Le petit frère ». Dans : Mlle Georgin & A. Lacabe-
Plasteig. Imagier de l'enfance […]. 1er livret : L'enfant. Observations et
langage, Morale familière et rédaction française. Paris, L. Martinet [réed. vers
1920], pl. 1.

URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/1233/img-17.jpg

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Caption 18. « La chambre de bébé. J.L. Virlouvet décor. » Dans : « Chambres


d’enfants » par Henri Clouzot, L’Illustration, 29 mai 1934.

Credits Coll. part.

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File image/jpeg, 1.7M

Caption 19. Anonyme. « La peur ». Dans : M. Fournier. Les lectures des petits
[…]. Paris, Gedalge et Cie [1919], 7e éd., p. 59.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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File image/png, 405k


Caption 20. A. Ferdinandus. « Je vis un grand fantôme noir ». Dans : J. Girardin. Quand
j'étais petit garçon. Paris, Hachette et Cie, 1886 (2eéd.), p. 260.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 21. René Victor-Meunier. « Le le ver ». Dans : Brunot & Bony, Méthode de
langue française […] Poésies nouvelles par Alexis Noël. Paris, Armand Colin,
p. 12 [1905].

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 22. Anonyme. « Le le ver ». Dans : M. Fournier. Les lectures des petits,
Premier livre de lecture courante […]. Paris, Gedalge et Cie, [1919], p. 11.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 23. Ferdinand Raffin. « Le lever ». Dans : Mlle Georgin et A. Lacabe-Plasteig.


L’Imagier de l'enfance. Paris, L. Martinet [1910].

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 24. Anonyme. « La respiration ». Dans : Blanche Jughon, Henri Canac. Ma
troisième grammaire. Paris, Armand Colin, 1954.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 25. Ferdinand Raffin. « Un jour de pluie». Dans : Mlle Georgin et A. Lacabe-
Plasteig. L’Imagier de l'enfance. Paris, L. Martinet [1910].

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 26. Anonyme. « Les enfants studieux travaillent avec ardeur ». Dans : Méthode
Cuissart […]. Paris, Alcide et Librairie d’Éducation Nationale, 1910 (494e éd.),
p. 37.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 27. Anonyme. « Le pupitre ». Dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées de


français…. Paris, Librairie Larousse [vers 1910], p. 61.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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File image/jpeg, 172k


Caption 28. Anonyme. « Une chose merveilleuse ». Dans : A. Mironneau, La
grammaire par les textes et l'usage. Paris, Armand Colin, 1921, p. 183.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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File image/png, 396k

Caption 29. Anonyme. « Les livres ». Dans : Ernest Breuil. Leçons illustrées de
français. Paris, Librairie Larousse, [vers 1910], p. 61.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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File image/jpeg, 136k

Caption 30. Ferdinand Raffin. « Le travail à la maison ». Planche n° 9 de : Mlle Georgin


et A. Lacabe-Plasteig. L’Imagier de l'enfance. Paris, L. Martinet [1910].

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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File image/png, 924k

Caption 31. Frédéric Régamey. « La chambre de Laure ». Dans : Clarisse


Juranville. Premier livre des petites filles. Paris, Larousse, 1890 (24eéd.), p. 8 et
9.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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File image/png, 416k


Caption 32. René Victor-Meunier. « La chambre de Louise ». Dans : Brunot &
Bony, Méthode de langue française. Paris, Armand Colin, 1905, p. 18.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 33. Anonyme. Chambre d’enfants. Planche murale S.l., s.d. [vers 1900].

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 34. Fernand Fau. « Les jeux de l’enfant ». Dans : Jean Perrot. 200 images
faciles à raconter par les tout-petits. Paris, Fernand Nathan, 3e éd. [1e éd.
1905].

URL http://journals.openedition.org/strenae/docannexe/image/1233/img-34.png

File image/png, 665k

Caption 35. A. Bertrand. « Dans la chambre. Les prisonniers (Conséquences de


l’étourderie. Dangers de la précipitation. Pitié pour les faibles. Désir de
soulager l’infortune. Respect de la liberté….) ». Tableau mural extrait de la
série : La Vie enfantine, par A. Belot et J. Camescasse. Delagrave [vers 1910].

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 36. Hélène Poirier. « La chambre des enfants ». Planche n° 17 de la
série Images de la vie. Éditions Bourrelier, 1950.

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File image/png, 1.1M

Caption 37. Anonyme. « Voici la corbeille de ma poupée ». Dans : Abbé Bourceau &
Raymond Fabry. Lectures et récitations morales à l'usage des Écoles Libres.
Paris, Librairie de l’École, 1930 (390e mille), p. 135.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 38. Rédaction de Nicole Crétin. École Antoine-Chantin, rue d’Alésia, Paris,
1950.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Caption 39. Baric. « La chambre de Martin Landor ». Dans : Kroknotski, Histoire


de Martin Landor ou la musique des enfants. Paris, Hachette, 1869.

Credits Coll. part.

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File image/png, 414k


Caption 40. Henri Mercier. Tableau d’élocution n° 6 : La chambre. Montmorillon,
Éditions Rossignol. Vers 1960.

Credits © Canopé/CNDP – Musée national de l'Éducation Rouen

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Electronic reference
Annie Renonciat, « Quand la chambre fait école. Images et usages pédagogiques de la chambre
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http://journals.openedition.org/strenae/1233 ; DOI : 10.4000/strenae.1233
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About the author

Annie Renonciat
École normale supérieure de Lyon ; LARHRA (Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes).

By this author

• La chambre d’enfant : regards croisés [Full text]

Actes du colloque international sur La chambre d’enfant, un microcosme culturel : espace, consommation,
pédagogie, sous la direction d’Annie Renonciat. Musée national de l’Éducation-CNDP/CANOPÉ, Rouen, 7–10
avril 2013

Published in Strenæ, 7 | 2014

• Isabelle Dubois-Brinkmann, Au royaume des petits princes : le papier peint pour chambre d’enfant [Full
text]

Published in Strenæ, 5 | 2013

• La culture matérielle de l’enfance : nouveaux territoires et problématiques [Full text]

Published in Strenæ, 4 | 2012

• Delpire éditeur : œuvre graphique, œuvre photographique [Full text]

Published in Strenæ, 1 | 2010

• Robert Delpire : l’art d’un éditeur d’art [Full text]

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