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Dommages-Intérêts Jugement Contradictoire

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1

N°0005/2023 REPUBLIQUE TOGOLAISE


DU 3 JANVIER 2023 Travail-Liberté-Patrie
-------------------------------
« AU NOM DU PEUPLE TOGOLAIS »
PRESENTS : M.M
TRIBUNAL DE COMMERCE DE LOME
Président : KADJIKA
Greffier : DJENDA AUDIENCE PUBLIQUE DE LA CHAMBRE
M.P. : MAWAMA ORDINAIRE DU MARDI TROIS JANVIER DEUX
-------------------------------- MILLE VINGT-TROIS (03/01/2023)
AFFAIRE :
ENTRE : Sieurs LAMBONI Bamnitié, AMOMOE
Sieurs LAMBONI
Kodjo et AGBA Komlan tous conducteurs de taxi-
Bamnitié, AMOMOE
moto demeurant et domiciliés à Lomé ;
Kodjo et AGBA Komlan
Demandeurs d’une part ;
C/
Société GOZEM SARLU ET : Société GOZEM SARLU dont le siège social est
(SCP AQUEREBURU & au 471, Boulevard du 13 janvier Kodjoviakopé prise
PARTNERS) en la personne de son gérant, demeurant et domicilié
--------------------------------- à Lomé, ayant pour conseil la SCP AQUEREBURU &
PARTNERS, société civile professionnelle d’avocats au
Objet de l’affaire : barreau du Togo ;
Dommages-intérêts Défenderesse d’autre part ;
---------------------------------
Sans que les présentes qualités puissent nuire ou
JUGEMENT préjudicier aux droits et intérêts respectifs des
CONTRADICTOIRE parties en cause mais au contraire sous les plus
expresses réserves de fait et de droit ;

POINT DE FAIT : Suivant exploit en date du 9


septembre 2022, de maître Yawo ASSIMADI, huissier
de justice à Lomé, les sieurs LAMBONI Bamnitié,
AMOMOE Kodjo et AGBA Komlan tous conducteurs
de taxi-moto demeurant et domiciliés à Lomé ont
donné assignation à la société GOZEM SARLU
l'application transport d'Afrique prise en la personne
de son gérant et dont le siège socila est au 471,
Boulevard du 13 janvier Kodjoviakopé, à comparaître
par-devant le tribunal de commerce de Lomé pour
voir :
En la forme
 Recevoir les requérants en leur action
régulière ;
2

Au fond
 Constater d’abord que les parties sont liées par
un contrat de location-vente type « work and
pay » ;
 Constater ensuite que la requise a fait une
résiliation unilatérale et abusive ;
 Constater enfin que le retrait brusque et sans
motif dûment porté à la connaissance des
requérants a créé à ces derniers un préjudice
certain ;
Par conséquent,
 Condamner la société Gozem à payer à chacun
des requérants une somme d’un million deux
cent mille (1.200.000) FCFA en réparation de
tout préjudice subi ;
 Assortir la présente condamnation à cent mille
(100.000) FCFA par jour de retard et de
résistance à compter du prononcé de la
décision à intervenir ;
 Condamner la société Gozem prise en la
personne de son directeur aux entiers dépens ;

Sur cette assignation, la cause fut inscrite au rôle


général sous le n°000634/2022/1101 et appelée à
l’audience du 29 septembre 2022, puis renvoyée au
18 octobre 2022 pour la SCP AQUEREBURU ;
Après quelques autres renvois pour le même motif,
elle fut renvoyée au 6 décembre 2022 pour retenir ;
A cette date, les parties ont formulé leurs demandes
et sollicité l’adjudication de leurs demandes
respectives ;
Le ministère public qui a eu la parole pour ses
réquisitions a déclaré s’en rapporter à justice ;

POINT DE DROIT : La cause en cet état présentait à


juger les différentes questions de droit résultant des
déclarations et prétentions de la demanderesse, et
des pièces du dossier ; quid des dépens ?
Sur quoi, le tribunal a mis l’affaire en délibéré pour
jugement être rendu le 20 décembre 2022 ;
Advenue l’audience de cette date, le Tribunal, n’ayant
pu vider son délibéré, l’a prorogé au 3 janvier 2023 ;
3

Et ce jour, 3 janvier 2023, le tribunal, vidant son


délibéré, a rendu le jugement dont la teneur suit :

LE TRIBUNAL
Vu les pièces du dossier ;
Ouï les parties en leurs demandes et prétentions ;
Le ministère public entendu ;
Et après en avoir délibéré conformément à la loi ;

SAISINE
Attendu que suivant exploit en date du 9 septembre
2022, de maître Yawo ASSIMADI, huissier de justice
à Lomé, les sieurs LAMBONI Bamnitié, AMOMOE
Kodjo et AGBA Komlan tous conducteurs de taxi-
moto demeurant et domiciliés à Lomé ont donné
assignation à la société GOZEM SARLU l'application
transport d'Afrique prise en la personne de son
gérant et dont le siège socila est au 471, Boulevard
du 13 janvier Kodjoviakopé, à comparaître par-
devant le tribunal de commerce de Lomé pour voir :
En la forme
 Recevoir les requérants en leur action régulière
Au fond
 Constater d’abord que les parties sont liées par
un contrat de location-vente type « work and
pay » ;
 Constater ensuite que la requise a fait une
résiliation unilatérale et abusive ;
 Constater enfin que le retrait brusque et sans
motif dûment porté à la connaissance des
requérants a créé à ces derniers un préjudice
certain ;
Par conséquent,
 Condamner la société Gozem à payer à chacun
des requérants une somme d’un million deux
cent mille (1.200.000) FCFA en réparation de
tout préjudice subi ;
 Assortir la présente condamnation à cent mille
(100.000) FCFA par jour de retard et de
résistance à compter du prononcé de la
4

décision à intervenir ;
 Condamner la société Gozem prise en la
personne de son directeur aux entiers dépens ;

Attendu qu’au soutien de leur action, les requérant


exposent qu’il étaient dans l’exercice de leur métier
de conducteur de taxi-moto communément appelé
Zémidjan, et ont conclu avec la société Gozem un
contrat de location-vente type « work and pay » ;
qu’ils versent quotidiennement à la société Gozem un
montant allant de 1200 à 2200 par portefeuille
électronique sur lequel s’effectuent toutes les
transactions ; qu’en cette qualité, les requérants,
conducteurs contractants supportent toutes les
charges afférentes aux engins notamment les
vidanges, les pièces de recharge, les taxes et tickets
communaux et autres dans le milieu où ils
travaillent ; que le montant total à payer à la société
Gozem varie en fonction de l’engin et du contractant
conducteur ; qu’aux termes de la clause N°3.1
relative à la cession, l’engin devient la propriété du
conducteur contractant dénommé sous le vocal
« champion » après paiement du prix convenu ; que
curieusement et pour des motifs injustifiés en tout
cas imaginaires, la requise retira les engins aux
requérants sans au préalable leur notifier sous
quelque forme que ce soit une raison ; que les
requérants ne sont pas payés mensuellement mais
sont dans les liens d'un contrat de location-vente
type « work and pay » avec la requise ; que la requise
ne saurait unilatéralement et sans motifs résilier un
contrat légalement formé sans faire offense aux
dispositions de l’article 1134 du code civil applicable
au Togo « Les conventions légalement formées tiennent
lieu à ceux qui les ont faites. Elles ne peuvent être
révoquées que de leur consentement mutuel ou pour
les causes que la loi autorise. Elles doivent être
exécutées de bonne foi » ; que le retrait unilatéral et
brusque des engins sans motif de la requise a sans
nul doute créé un préjudice énorme aux requérants
notamment le défaut de paiement de salaire, la fonte
de leur économie dans l’entretien des engins ;
difficultés à conclure un nouveau contrat, la perte du
temps durant la période écoulée pour le travail et le
gain manqué ; qu'aux termes des dispositions de
5

l'article 1382 « tout fait quelconque de l'homme qui


cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute
duquel il est arrivé à le réparer », (Civ, 21 janvier
1890, S. 1890, 1, 408) ; qu'en application des
dispositions susvisées, ils sollicitent que le tribunal,
fasse droit à leur demandes ;

Attendu que par conclusions exceptionnelles aux fins


de communication de pièce, en date du 17 octobre
2022, la SCP AQUEREBURU & PARTNERS pour la
défenderesse fait observer que dans leur exploit
introductif d’instance, les demandeurs ont fait état
des contrats de location-vente type « work and pay »
qu’ils ont conclu avec la défenderesse ; que
cependant les demandeurs n’ont communiqué que le
contrat de LAMBONI Bamnitié en s’abstenant de
communiquer les prétendus contrats de AMOMOE
Kodjo et AGBA Komlan qui les lierait à la
défenderesse ; qu’il demande dans ces conditions que
le tribunal enjoigne aux nommés AMOMOE Kodjo et
AGBA Komlan, conformément à l’article 104 du code
de procédure civile, de communiquer à la
défenderesse les prétendus contrats et ce, sous
astreinte de 50.000 FCFA par jour de retard et lui
donner acte à la défenderesse de qu’elle déposera des
conclusions au fond dès la communication des
contrats ;
Qu’il est demandé au tribunal de céans :
 Constater que les demandeurs AMOMOE Kodjo
et AGBA Komlan n’ont pas produit leurs
contrats ;
Vu l’article 104 du code de procédure civile,
 Enjoindre aux nommés AMOMOE Kodjo et
AGBA Komlan de communiquer leur contrat à
la défenderesse sous astreinte de 50.000 FCFA
par jour de retard ;
 Donner acte à la concluante de ce qu’elle
prendra ses conclusions en réponse à l’exploit
d’assignation du 3 juin 2021 dès
communication des contrats sus visées ;
 Condamner les demandeurs aux entiers
dépens ;
6

Attendu que par conclusions en réponse en date du 7


novembre 2022, la SCP AQUEREBURU & PARTNERS
pour la défenderesse soutient que les prétentions des
demandeurs ne sauraient prospérer ;

A- SUR LES FAITS, le sieur Lamboni Banimtié est à


l'initiative d'un groupe WhatsApp dénommé
« Apprendre l'application », créé le 28 août 2021
(comme indiqué sur la capture d'écran en pièce
jointe) regroupant près d'une quarantaine de
conducteurs dont les sieurs Agba Komlan et Amomoè
Kodjo, qui diffusaient des contre-vérités allant à
l'encontre des principes et intérêts comme en
témoignent des extraits audios ; que l'existence de ce
groupe a été rapporté lors d'un appel téléphonique de
suivi d'activité habituellement mené par les équipes
des champions ; que la défenderesse s’est rendue
compte de l'influence qu'avait ledit groupe sur
plusieurs champions (même en dehors du groupe) à
travers leurs interactions mais surtout que les
membres de ce groupe correspondaient à ceux qui
récidivaient en inactivité et défaut de paiement, mais
qui avaient toujours des interactions houleuses avec
les équipes ; qu’outre les fausses informations
diffusées, il était instauré des activités financières
(demande de transfert de crédit, tontine) qui a été
découvert ; qu’un entretien a eu lieu avec les sieurs
Lamboni Banimtié et Agba Komlan en leur faisant
écouter des extraits des audios et dont ils ont
reconnu en avoir été les auteurs ; que le sieur
Amomoè invité à un entretien qu'il a refusé, s'est
rendu, au poste de police de Tokoin Ramco où il a
déposé la moto que la défenderesse a, par la suite
récupérée ;

B- DISCUSSIONS JURIDIQUES,
1- Sur le moyen tiré de la violation du principe
du non cumul de responsabilité, il est constant
comme l’ont bien écrit les demandeurs dans leur
exploit introductif d’instance, ils sont liés à la
défenderesse par des contrats ; que dans ces
conditions, seules les règles de la responsabilité
contractuelles doivent appliquées ; que dans leur
exploit introductif d’instance du 3 juin 2022, les
demandeurs ont expressément sur l’article 1382 du
7

code civil ; qu’il est de principe que le créancier d’une


obligation contractuelle ne peut pas choisir
d’assigner le débiteur sur le fondement de la
responsabilité délictuelle, quand bien même un tel
fondement lui serait plus favorable ; qu’en d’autres
termes, les parties à un contrat n’ont pas le choix du
fondement juridique de la responsabilité qu’elles
entendent mettre en œuvre ; que selon le principe du
non-cumul encore qualifié de non-option, si un
dommage se rattache à l’exécution d’un contrat, il
n’est pas possible d’en demander la réparation sur le
fondement de la responsabilité délictuelle ; qu’il n’est,
donc a fortiori pas possible de cumuler les deux voies
et de demander réparation du même dommage sur
deux fondements différents car il y aurait
enrichissement sans cause de la victime à être
indemnisée deux fois pour un seul dommage ; que
dans un arrêt du 11 janvier 1922 la haute juridiction
a ainsi jugé que « les articles 1382 et suivants sont
sans application lorsqu’il s’agit d’une faute commise
dans l’exécution d’une obligation résultant d’un
contrat » (Cass. civ. 11 janv. 1922) ; que ce principe a
été largement rappelé par la jurisprudence en ces
termes « attendu que le créancier d’une obligation
contractuelle ne peut se prévaloir contre le débiteur de
cette obligation, quand bien même il y aurait intérêt,
des règles de la responsabilité », Cour de cassation,
ch. Civ 1. 4 novembre 1992, pourvoi n°89-17.420 ;
que dans ces conditions, seule la responsabilité
contractuelle trouve à s’appliquer à l’action en
réparation dirigée par les demandeurs contre la
défenderesse ; que dans ces conditions, il y a lieu de
débouter les demandeurs de leur action comme mal
fondée ;
2- Sur la demande de dommages-intérêts, les
demandeurs sollicitent la condamnation de la
défenderesse au paiement des dommages-intérêts
d’un montant de 1.200.000 FCFA pour tous
préjudices confondus à chacun d’eux ; qu’il est
constant en droit que les dommages intérêts ne
viennent sanctionner qu’une faute, c’est-à-dire la
violation d’une obligation légale et autres ; que les
demandeurs sollicitent cette condamnation sans
rapporter la preuve du préjudice subi violant ainsi
l’esprit et la lettre de l’article 43 du code de procédure
8

civile qui dispose: « Il incombe à chaque partie de


prouver conformément à la loi les faits nécessaires au
soutien de sa prétention » ; qu’il est de jurisprudence
constante que tout dommage doit être prouvé ; qu’il
est aussi de jurisprudence constante que « sans
dommage, pas de réparation et que les juges doivent
nécessairement et obligatoirement constater un
préjudice avant l’allocation des dommages-intérêts »,
Cass. Civ. 19 Avril 1946, D. 1956, Som. 108 ; Cass. 5
Janvier 1963, D. 1963 – 263 ;
Que la doctrine enseigne que « le créancier d’une
obligation doit rapporter la preuve du dommage qu’il
prétend avoir subi et que le dommage doit être réel et
certain, soit parce que la victime a éprouvé une perte
(damnum emergens) soit parce qu’elle a manqué un
gain (lacrum cessans) et que ce manque à gagner et
cette perte doivent être actuels », cf. TERRE F.,
SIMLER P., LEQUETTE Y., Droit des Obligations,
Coll. Dalloz ; que mieux, comme exposé plus haut,
c’est le sieur Amomoè Kodjo qui, de son propre chef,
a déposé l’engin au poste de police de Tokoin ; que
les demandeurs ne rapportant ni la preuve du
manquement à ses obligations par la défenderesse ni
du prétendu préjudice subi, il échet de n’accorder
aucun crédit à cette demande de dommages-intérêts
et de la rejeter purement et simplement ;
Qu’il est demandé au tribunal de commerce de :
En la forme,
 Dire ce que de droit quant à la recevabilité
formelle de l’action des demandeurs ;
Au fond
 Débouter les demandeurs de leur action comme
mal fondée ;
 Condamner les demandeurs aux entiers
dépens ;

Attendu que par mémoire en réplique en date du 14


novembre 2022, les demandeurs soutiennent que les
arguments de la défenderesse, faisant bon marché
des prescrits du droit et de la procédure ne sauraient
emporter la moindre conscription ; que
premièrement, l'exploit par lequel les demandeurs
ont saisi le tribunal de commerce a été délaissé à la
9

défenderesse le 9 septembre 2022 pour sa


comparution devant le tribunal le 20 septembre 2022
à 08H00 ; que les demandeurs n'ont jamais fait
délaisser un exploit le 3 juin 2022, comme tente de le
faire croire la défenderesse sous la plume de son
conseil, suivant conclusions en date du 7 novembre
2022 ; que les demandeurs ignorent ledit exploit ;
Que deuxièmement, les demandeurs invitent la
défenderesse à relire l'exploit par lequel ils l'ont
attraite devant le tribunal et les demandes par eux
formulées ; qu’en effet, aux termes des dispositions
de l'article 43 du code de procédure civil, « il incombe à
chaque partie de prouver conformément à la loi les
faits nécessaires au soutien de ses prétentions » ;
qu’en l'espèce, la défenderesse soutient et expose que
le sieur LAMBONI Bamnitié aurait créé un groupe de
récidivistes en inactivité et que le sieur AMOMOE
Kodjo aurait déposé sa moto ; qu'il importe de
demander à la requise de rapporter la preuve de
l'influence négative ou de l'incident que ce groupe a
sur les activités de la société ; qu'il est aussi évident
que si ce groupe prétendument créé par sieur
LAMBONI Bamnitié compromet et nuit à l'intérêt de
la société, celle-ci une fois ayant interpellé son
cocontractant, est sensée dresser un procès-verbal
signé par toutes les parties (la société et le sieur
LAMBONI Bamnitié supposé indélicat) doublé des
recommandations et d'une mise en garde à ce
dernier ; que tel n'est pas le cas, sinon la requise
tirerait plutôt bénéfice de l'existence dudit groupe ;
que la requise soutient que le sieur AMOMOE Kodjo
aurait déposé la moto qu'elle a reprise, mais c’est
complètement à tort ; que la requise a retiré la moto
à son cocontractant comme les autres, et le sieur
AMOMOE Kodjo met la requise au défi de rapporter
la preuve qu'après avoir prétendument déposé la
moto comme elle tente de le faire croire, un procès-
verbal d'abandon de moto a été dressé et qu'elle l'a
sommé à reprendre l'engin en vain ; que ce moyen
dénué de toute base juridique et sans preuve doit
être balayé d'un revers de main ;
Qu’au plan juridique, la défenderesse soutient que
les demandeurs demandent réparation de préjudices
sur le fondement de la responsabilité délictuelle et
10

contractuelle, qu'une telle demande entraînerait un


enrichissement sans cause, mais que c'est
complètement à tort ; qu’en effet, les demandeurs
fondent leur action sur la responsabilité contractuelle
émanant des dispositions de l'article 1382 du code
civil qui dispose « tout fait quelconque de l'homme qui
cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute
duquel il est arrivé à le réparer » ; que pour avoir
unilatéralement révoqué la convention légalement
formée, la requise a créé un préjudice aux
demandeurs ; qu'aux termes des dispositions de
l'article 1134 du code civil, « les conventions
légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les
ont faites. Elles ne peuvent être révoquées que de leur
consentement mutuel ou pour les causes que la loi
autorise. Elles doivent être exécutées de bonne foi » ;
que ceux-ci ont dans le même exploit énuméré les
préjudices subis notamment le défaut de paiement de
salaire, la fonte de leur économie dans l'entretien des
engins, difficultés à conclure un nouveau contrat ou
trouver un autre emploi, la perte de temps durant la
période écoulée et le manque de gain ; que la
violation de l'obligation légale sur la base de laquelle
la demande de dommage-intérêt est formulée n'est
rien d'autre que la révocation unilatérale d'une
convention légalement formée qui déboursent des
fonds pour l'entretien, la réparation et les pièces de
rechange des motos ; que les demandeurs, père de
famille ont largement rapporté la preuve du préjudice
subi et mettent la défenderesse au défi de rapporter
la preuve que les frais d'entretien, de réparation et de
recharge des pièces des engins sont ses dépenses et
non celles des demandeurs qui reconnaissent qu'ils
sont liés à la défenderesse par un contrat de location-
vente ; qu'au demeurant, les demandeurs sollicitent
qu'il plaise au tribunal, débouter la défenderesse de
toutes ses prétentions, fins et conclusion et de leur
adjuger l'entier bénéfice des demandes par eux
formulées dans leur exploit introductif d'instance du
9 septembre 2022 et celles qu'ils croiront y en ajouter
en temps opportun ;
Qu’il est demandé au tribunal,
En la forme
 Recevoir les requérants en leur action
régulière ;
11

Au fond
 Débouter la défenderesse de toutes ses
prétentions, fins et conclusions
 Adjuger aux requérants l'entier bénéfice des
demandes par eux formulées dans leur exploit
introductif d'instance du 9 septembre 2022 et
celles qu'ils croiront y en ajouter en temps
opportun ;

Attendu que par conclusions en réponse en date du


18 novembre 2022, la SCP AQUEREBURU &
PARTNERS pour la défenderesse demande de lui
donner acte que ses conclusions du 7 novembre
2022 viennent en réponse à l’exploit introductif
d’instance du 9 septembre 2022 ;

1. Sur la preuve de l’influence du groupe


WhatsApp créé par le sieur Lamboni Bamnitié,
les demandeurs sollicitent à la concluante de
rapporter la preuve de l’influence du groupe crée sur
les activités de la société ; que sur ce point, la
concluante dispose des conversations orales
échangées dans ce groupe ; que la concluante
sollicite en avant dire droit, une audition en cabinet à
l’effet de faire écouter ces conversations pour éclairer
la religion du tribunal ;

2. Sur le moyen tiré de la violation du principe


du non cumul de responsabilité, qu’en réaction à
ce moyen de la défenderesse, les demandeurs
estiment que la concluante se fourvoie et que c’est le
prétendu exploit du 3 juin 2022 qui n’est pas le leur
qui porterait la réparation sur le fondement de la
responsabilité délictuelle et contractuelle ; que ce
raisonnement des demandeurs n’est nullement
fondé ; que dans leur exploit introductif d’instance
du 9 septembre 2022, les demandeurs ont visé les
articles 1134 et 1382 du code civil ; que mieux, dans
leur mémoire du 14 novembre 2022, les demandeurs
écrivent ce qui suit « en effet, les demandeurs fondent
leur action sur la responsabilité contractuelle émanant
des dispositions de l’article 1382 du code civil qui
dispose » ;
12

Qu’il ressort de ce qui précède que les demandeurs


font une confusion énorme entre responsabilité
délictuelle et responsabilité contractuelle qui ont
chacune leur fondement légal ; que par leur mémoire
dont réponse, les demandeurs confirment la relation
contractuelle qu’ils ont avec la concluante en ces
termes « que pour avoir unilatéralement révoqué la
convention légalement formée, la requise a créé un
préjudice aux demandeur » ; que dans ces conditions,
seules les règles de la responsabilité contractuelle
doivent être appliquées ; qu’il est de principe que le
créancier d’une obligation contractuelle ne peut pas
choisir d’assigner le débiteur sur le fondement de la
responsabilité délictuelle, quand bien même un tel
fondement lui serait plus favorable ; qu’en d’autres
termes, les parties à un contrat n’ont pas le choix du
fondement juridique de la responsabilité qu’elles
entendent mettre en œuvre ; que dans ces
conditions, seule la responsabilité contractuelle
trouve à s’appliquer à l’action en réparation dirigée
par les demandeurs contre la défenderesse ; que les
demandeurs ayant fondé leur action à la fois sur la
responsabilité délictuelle et contractuelle, il y a lieu
de les débouter de leur action comme mal fondée ;

4- Sur la demande de dommages-intérêts, au


soutien de leur demande de dommages-intérêts, les
nommés Lamboni Bamnitié et autres énumèrent les
préjudices subis notamment le défaut de paiement de
salaire, la fonte de leur économie dans l’entretien des
engins, difficultés à conclure un nouveau contrat ou
trouver un autre emploi, la perte de temps durant la
période écoulée et le manque de gain ; qu’il est
constant en droit que les dommages intérêts ne
viennent sanctionner qu’une faute, c’est-à-dire la
violation d’une obligation légale et autres ; que
conformément à l’article 43 du code de procédure
civile qui dispose « Il incombe à chaque partie de
prouver conformément à la loi les faits nécessaires au
soutien de sa prétention », il ne suffit d’énumérer les
préjudices pour en réclamer réparation ; que
conformément à la jurisprudence constante, tout
dommage doit être prouvé, Cass. Civ. 3e, 3 décembre
2003, RTD, Civ, 2004, page 295, Cass. Civ. 19 avril
1946, D. 1956, Som. 108 ; Cass. 5 janvier 1963, D.
1963-263 ; qu’en lieu et place de rapporter la preuve
13

des prétendus préjudices subis, les demandeurs se


contentent de faire une litanie desdits préjudices
jusqu’à citer un défaut de paiement salaire ; qu’or, il
n’existe aucune relation de travail entre les parties
faisant obligation à la concluante de verser un salaire
aux demandeurs comme fait foi leur déclaration
selon laquelle, ils ont conclu un contrat de location-
vente type « work and pay » avec Gozem Togo ; qu’en
l’espèce, l’obligation de la concluante est de mettre à
la disposition des demandeurs une moto à charge
pour eux d’en payer les cotisations ou redevances sur
une durée déterminée ;
Que par ailleurs, selon le système de fonctionnement
de GOZEM Togo, les conducteurs paient la cotisation
journalière convenue et le surplus de la recette leur
reste acquis ; que les demandeurs ne peuvent
évoquer un manque à gagner qui constituerait pour
eux un préjudice ; que concernant les prétendues
difficultés à trouver un nouveau contrat, il y a lieu de
faire observer que la concluante n’a nullement
interdit aux demandeurs de mettre fin à leur contrat
dans les règles de l’art et de trouver un autre emploi ;
qu’enfin, nulle part dans les contrats liant les parties,
il n’est indiqué que les frais d’entretien des engins
seraient à la charge de Gozem Togo ; qu’il ne peut en
être ainsi dans la mesure où, il est expressément
stipulé dans le contrat qu’à l’issue de la période de
location, les produits peuvent être cédés au
conducteur ; que dans ces conditions, les frais
d’entretien ne peuvent constituer des préjudices aux
demandeurs ; que les demandeurs ne rapportant ni
la preuve du manquement à ses obligations par la
défenderesse ni du prétendu préjudice subi, il échet
de n’accorder aucun crédit à cette demande de
dommages-intérêts et de la rejeter purement et
simplement ;
Qu’il est demandé au tribunal de commerce de :
En avant dire droit
 Ordonner une audition en cabinet à l’effet
d’écouter les discussions audios pour éclairer la
religion du tribunal ;
Au fond
 Débouter les demandeurs de leur action comme
mal fondée ;
14

 Condamner les demandeurs aux entiers


dépens ;

Attendu que toutes les parties ont comparu, les


demandeurs en personne et la défenderesse par le
biais de son conseil, qu’il sera rendu à leur égard, un
jugement contradictoire ;

EN LA FORME
Attendu que la présente action a été initiée dans les
forme et délai de la loi, il convient de la déclarer
régulière et la recevoir ;

AU FOND
Attendu que les requérants sollicitent qu’il plaise au
tribunal, constater que les parties sont liées par un
contrat de location-vente type « work and pay » que la
requise a unilatéralement et abusivement résilié en
retirant sans motif leurs motos et la condamner en
conséquence, à leur servir chacun, la somme de
1.200.000 FCFA en réparation de tout préjudice
subi ; qu’ils expliquent que dans l’exercice de leur
métier de conducteurs de taxi-moto communément
appelé Zémidjan, ils ont conclu avec la société
GOZEM, un contrat de location-vente de motos, type
« work andpay » ; qu’aux termes de la clause N°3.1
l’engin devient la propriété du conducteur
contractant dénommé sous le vocal « champion »
après paiement du prix convenu ; que pour des
motifs injustifiés en tout cas imaginaires, la requise
leur a retiré les engins sans au préalable leur notifier
sous quelque forme que ce soit une raison ; qu’ayant
fait offense aux dispositions de l’article 1134 du code
civil applicable au Togo, ils sollicitent sa
condamnation à lui payer les sommes réclamées, ce
conformément aux dispositions de l’article 1382 du
code civil ;

Attendu que pour la défenderesse, c’est le sieur


Lamboni Banimtié qui a créé un groupe WhatsApp
dénommé « Apprendre l'application », le 28 août
2021, regroupant près d'une quarantaine de
conducteurs dont les sieurs Agba Komlan et Amomoè
Kodjo, qui diffusaient des contre-vérités allant à
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l'encontre de ses principes et intérêts ; que ce groupe


avait une mauvaise influence sur plusieurs
champions et ses membres correspondaient à ceux
qui récidivaient en inactivité et défaut de paiement ;
qu’en droit, le principe de non cumul de
responsabilité a été violé, en ce que les parties étant
liées par un contrat, seules les règles de la
responsabilité contractuelle doivent être appliquées ;
que de plus, les requérants ne rapportent pas la
preuve de la faute par elle commise, encore moins,
celle du préjudice subi, pour lequel, réparation est
sollicitée ; qu’elle sollicite que les requérants soient
déboutés de leurs demandes ;

Attendu qu’il est établi que les requérants ont conclu


avec la requise un contrat qui consiste à leur fournir
des motos qui deviendront leur propriété à la fin du
paiement du prix convenu ; que les requérants
estimant avoir subi des préjudices du fait de la
requise qui a unilatéralement et brusquement rompu
le contrat qui les liait, cherchent réparation sur le
fondement des articles 1134 et 1382 du code civil ;
Attendu cependant, qu’en raison du principe du non
cumul de responsabilité, les requérants ne peuvent
fonder leur action à la fois sur la responsabilité
contractuelle (articles 1134 et suivants du code civil)
et la responsabilité délictuelle (articles 1382 et
suivants du code civil) ; qu’en effet, les requérants,
créanciers d’un manquement du débiteur à une
obligation contractuelle ne peuvent, pour fonder leur
action en réparation, que se placer sur le terrain de
la responsabilité contractuelle ; qu’ils ne peuvent en
aucun cas choisir entre responsabilité contractuelle
et délictuelle ou cumuler les deux ;
Attendu que les requérants pour justifier leur action,
soutiennent avoir engagé que la responsabilité
contractuelle de la requise, émanant des dispositions
de l’article 1382 du code civil, faisant ainsi, une
confusion monstre entre la responsabilité
contractuelle et celle délictuelle ; qu’étant dans des
liens contractuels, seules les règles de la
responsabilité contractuelles doivent être appliquées ;
que les demandeurs ne sont donc pas fondés, à
initier leur action à la fois sur la responsabilité
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délictuelle et contractuelle, il convient de les


débouter purement et simplement ;

Attendu que la preuve d’aucune urgence n’est


rapportée pour justifier l’exécution provisoire
sollicitée, il ne sera pas fait droit ;

Attendu que les demandeurs ont succombé au


présent procès, ils en supporteront les dépens ;

PAR CES MOTIFS


Statuant publiquement, contradictoirement à l’égard
de toutes les parties, en matière commerciale et en
premier ressort ;

EN LA FORME,
 Reçoit les requérants en leur action régulière ;

AU FOND
 Les déboute de toutes leurs demandes, comme
mal fondées ;
 Dit n’y avoir lieu à exécution provisoire de la
présente décision ;
 Condamne les demandeurs aux dépens ;

Ainsi fait, jugé et prononcé publiquement par le


tribunal de commerce de Lomé (TOGO), en son
audience publique ordinaire du mardi 3 janvier 2023
à laquelle siégeait madame KADJIKA Tomdwsam,
vice-président dudit tribunal, PRESIDENT, assistée
de maître DJENDA Kerma, administrateur de greffe,
GREFFIER, en présence de monsieur MAWAMA
Talaka, PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE ;

Et ont signé le président et le greffier./.

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