Location via proxy:   [ UP ]  
[Report a bug]   [Manage cookies]                
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
1 vues11 pages

corrigé CB avril 23 PC

Télécharger au format odt, pdf ou txt
Télécharger au format odt, pdf ou txt
Télécharger au format odt, pdf ou txt
Vous êtes sur la page 1/ 11

Sujet type Centrale

Introduction :

[AMORCE] Dans son texte, et plus particulièrement dans la citation à


commenter, Maria Mies insiste sur le fait que la finalité du travail est de
garantir la reproduction des conditions qui rendent la vie possible, et qu’elle
devrait rester celle-là (sans quoi le travail risque de perdre tout son sens aux
yeux de ceux qui l’exercent, en étant détourné de sa nature première – ce qui
rejoint les analyses classiques concernant le travail aliéné).
Elle écrit en effet : « ...la production de la vie est le but principal de
l’activité humaine. »
[ANALYSE] On peut comprendre en première lecture cette idée en
soulignant que le travail renvoie effectivement, quant à son fondement, à
l’ensemble des activités auxquelles l’homme doit subvenir pour satisfaire les
besoins de son existence. Comprise dans ces termes, la phrase de Maria Mies
semble correspondre à l’idée que le travail est enraciné dans la nature de
l’homme, qui comme toute autre espèce a des besoins naturels, qu’il doit
nécessairement satisfaire ; si le travail est un terme réservé aux êtres humains
c’est principalement, à cet égard, parce que, contrairement aux autres
espèces, l’espèce humaine ne dispose pas naturellement des moyens
(anatomiques, instinctifs), qui lui permettrait de le faire : elle doit donc produire
ce que la nature ne lui a pas donné, pour répondre à la nécessité naturelle à
laquelle elle est pourtant également soumise, de subvenir aux besoins de sa
vie.
[PROBLEMATIQUE ET PLAN] Nous commencerons donc par rappeler en
quoi consiste le fondement anthropologique du travail, et ce qui explique sa
centralité dans la vie humaine. Cependant, c’est un lieu commun de constater
que ce ne sont évidemment pas les seules besoins naturels, liés au corps, et
nécessaires à la survie de l’individu, qui sont concernés par son travail, mais
tout un ensemble de besoins secondaires, justifiés par l’existence sociale, et
dont le travailleur peut perdre de vue l’utilité, à moins de réduire cette dernière
à la rémunération qu’il en obtient. On peut se sortir de cette difficulté en
soulignant que l’individu a effectivement des besoins qui ne se limitent pas à
ceux liées à sa vie entendue au sens biologique (ceux nécessaires à sa survie)
et que la vie devient véritablement humaine à partir du moment où certains
d’entre eux sont satisfaits ou peuvent l’être (ce qui suppose que le travail ait
un autre sens que celui de simplement « gagner sa vie », et qu’il laisse le
temps et l’énergie de se consacrer à d’autres activités sans lesquelles la vie ne
serait pas complète). Dans cette optique, la troisième partie de la réflexion
peut envisager de revenir de façon plus centrale sur la thèse de l’auteur, et de
proposer une compréhension de second degré, approfondie, et probablement
plus fidèle à l’esprit du texte, en relevant le fait que Maria Mies semble
défendre l’idée, à travers ce qu’elle appelle une « conception féministe du
travail », que l’on aurait tort de voir le travail en lui-même comme la cause de
l’aliénation dont il peut donner l’expérience ; dans ce cas il ne s’agit jamais que
d’une forme dégradée du travail, sous l’effet principalement d’une conception
productiviste de ce dernier, dont le capitalisme fournit le paradigme, mais dont
le marxisme qui en est la critique n’est pas exempt, selon elle, du fait d’une
mauvaise inspiration de sa part, négligeant certaines activités, telles que les
activités domestiques exercées majoritairement et traditionnellement par les
femmes, mais qui peuvent servir à éclairer ce qui se vit et s’éprouve dans
d’autres activités (paysannes, ou artisanales), perçues par ceux qui les
exercent au moins autant comme pénibles et exigeantes, que passionnantes,
l’un étant souvent la contrepartie de l’autre. C’est donc bien l’implication de
l’individu dans une activité qui l’intéresse et avec laquelle il entretient un
rapport charnel qu’il faut rechercher et revaloriser à des fins d’épanouissement
individuel mais aussi et peut-être surtout à des fins de justice sociale et
environnementale. Nous verrons dans quelles mesure les œuvres au
programme peuvent servir à élaborer la réflexion sur ce sujet.
*
Plan détaillé → en vis-à-vis, sur une feuille à part : relever les
passages précis

On commencera donc par rappeler (I) en quoi consiste le fondement


anthropologique du travail, et ce qui explique sa centralité dans la vie
humaine, et on tâchera de structurer le propos, en allant de l’idée qu’il en va
d’une nécessité naturelle à laquelle l’être humain est soumis au même titre
que n’importe quelle autre espèce, pour aboutir à l’idée qu’il en va non
seulement de sa survie mais de ce qui fait la dimension proprement humaine
de l’existence, ce qui permettra de rappeler au passage pourquoi le terme de
travail s’applique en priorité et pour ainsi exclusivement aux êtres humains :

(1) il en va d’une nécessité vitale :

Virgile sur la subsistance qui est l’enjeu premier de l’activité du travailleur

Weil sur le salaire comme motivation première et peut-être seule motivation du


travail ouvrier (compte-tenu de sa dégradation)

Vinaver sur la nécessité d’avoir un emploi pour trouver une place dans la
société, s’y insérer et « vivre » (Passemar...)

(2) l’absence de moyens naturels, et la nécessité de produire


artificiellement ce que la nature n’a pas donné (savoir-faire, outils,
machines...tout ce qui relève de la technique), justifient de voir le
« travail » comme une donnée centrale de l’existence humaine, et
pour ainsi dire, d’en faire un « propre » de l’homme :

Virgile : si les êtres humains doivent travailler c’est bien en raison d’une
privation originelle (un défaut), mais il s’agit d’une privation qui est à l’origine
du développement d’aptitudes qui sans cela serait restées en germes : Jupiter
et la morne indolence des êtres humains lorsqu’ils n’avaient pas à travailler ; +
un autre passage moins attendu ?

Weil : le fait d’être exempté – accidentellement (par la « fortune ») - de la


nécessité de travailler n’est pas une bénédiction, mais plutôt une situation qui
risque de faire passer à côté d’une expérience fondamentale de la vie
humaine, car elle est révélatrice de notre véritable condition : c’est ce dont
l’expérience de Weil témoigne à travers sa décision d’aller travailler en usine ;
c’est ce qu’elle exprime dans sa lettre à A. Thévenon lorsqu’elle l’enjoint à
appliquer une discipline dans sa vie, ou qu’elle fait l’éloge de l’action par
opposition à ceux qui ne vivent que de sensations (les nantis, se trompant sur
les conditions de réalisation de la vie humaine, et oublieux des injustices sur
lesquelles reposent leur propre train de vie)

Vinaver : certains personnages dans la pièce de Vinaver exprime le sens que


leur travail permet de donner à leur vie (Passemar, Lubin...)

(3) ce n’est donc pas seulement sa vie ou sa survie qui est en jeu,
mais son humanité (tout ce qui va au-delà de la seule nécessité
naturelle, et par quoi l’être humain s’élève au-dessus de sa nature
biologique : // Kant sur la félicité et l’estime raisonnable de soi ; Hegel ou
Marx sur l’image de soi que l’action de l’être humain sur le monde lui renvoie :
cf. Hegel, Phénoménologie de l’esprit ou Principes de la philosophie du droit, ou
Das Kapital : « le travail est un acte qui se passe entre l’homme et la nature...»
araignée/architecte + notion de préexistence idéale du but dans l’imagination
du travailleur et de subordination de l’action à un but qu’il s’est lui-même
donné : autonomie et « réalisation de soi » ; cf aussi, Sartre, Situations, sur la
différence entre liberté abstraite / concrète) :

Virgile : on aurait tort de réduire le travail paysan à une pure et simple activité
de subsistance ; le paysan « humanise » le monde par son action et
s’humanise lui-même
(le paysage rural, fruit de l’interaction vertueuse entre l’être humain et les
autres êtres ; unisson des besoins spécifiques à chaque espèce)

Weil : le travail ouvrier, aussi pénible et oppressant soit-il, peut être la source
de découvertes précieuses concernant ce qui fait la valeur de la vie humaine ;
du coeur même de l’aliénation subie par les ouvriers, des éclairs d’humanité
peuvent subsister et s’y révéler de manière d’autant plus éclatantes qu’ils sont
environnés de ténèbres…
(la fraternité, solidarité, lisibles dans un simple regard de compassion et
d’encouragement ;
la gentillesse de certains ouvriers – le magasinier…
la valeur du savoir-faire et de la dextérité acquise, ou observée chez les autres

Vinaver : les personnages se débattent dans la pièce avec leurs contradictions ;


les conflits qui font avancer la pièce résultent de la façon dont les personnages
sont téléguidés par une logique qui est celle de l’entreprise et quui leur
échappe ; il n’empêche qu’à bien des égards c’est leur propre humanité qui est
en jeu, et qui s’y révèle sous ses formes les plus sombres comme les plus
lumineuses : les bassesses et l’absence de vergogne de Olivier/Benoît ;
Passemar ; Bachevski, Lubin...)

(II) Cependant ce ne sont pas seulement des besoins naturels, du


corps et de l’esprit, que le travail permet de satisfaire, mais des
besoins sociaux, indirectement liés à ceux de l’individu et pouvant lui
faire perdre de vue l’utilité de son activité, réduite à un simple
« gagne pain », a fortiori lorsqu’il en va d’une inversion du rapport
normal entre économie et société, à la faveur de l’émergence d’une
conception productiviste de ces dernières :

(1) les besoins sociaux sont au moins aussi importants que les besoins
naturels dans l’activité laborieuse :

Virgile : la paysan ne travaille pas pour lui-même, ni de façon désintéressée


(dans le but premier et unique d’humaniser son environnement et son
existence), mais pour subvenir à des besoins qui sont ceux de sa famille, de sa
communauté et de sa patrie

Weil : la rationalisation du travail peut être vue comme une sorte d’extension
d’un mouvement qui commence avec la spécialisation des tâches
(complémentarité des métiers, coopération sociale et échanges, déjà mis en
scène dans le texte de Virgile), se prolonge avec la division du travail (// Smith
sur la veste de laine ou la manufacture d’épingles) ; il s’agit de l’aboutissement
d’une logique qui semble inhérente à l’organisation économique, et qui ne
représente probablement qu’un stade intermédiaire de cette dernière (comme
peut le laisser penser la réflexion de Weil sur la machines, qui anticipe les
espoirs mais aussi les critiques de l’automatisation ; // notre époque :
cybernétique et algorithmes, IA, etc.) : conférence sur la rationalisation ;
échanges avec et autour de J. Laffite (// anticipation de certaines analyses de
Simondon)

Vinaver : la répartition des rôles au sein de l’entreprise est illustrée par les
différents acteurs de la pièce ; leur fonction ne semble faire qu’un avec
l’accomplissement des objectifs de l’entreprise dont l’utilité réelle semble hors
de question :

(2) cela peut contribuer à faire perdre de vue aux travailleurs le sens
et l’intérêt de leur activité ;

Virgile : face à la pénibilité des tâches et l’accaparement qui en résulte pour le


paysan, le sens de l’activité semble prendre le dessus sur l’épanouissement
personnel

Weil : le sens de l’activité réduit drastiquement à ‘accomplissement d’une


tâche élémentaire requiérant très peu de qualification et ôtant jusqu’à la
faculté de penser, est l’incarnation emblématique du travail aliéné tel que Marx
déjà en avait relevé les composantes (// Ms de 1844)

Vinaver : le management et le marketing en réduisant les individus à leurs


fonctions économiques et en parvenant à leur faire identifier leur
accomplissement personnel avec leur réussite professionnel absorbe toute leur
vie au point que leur aliénation se voit dans leur absence totale ou presque de
recul critique :

(3) la situation est véritablement dramatique lorsque cela résulte


d’une inversion du rapport qui existe normalement entre économie et
société, entre la place que devrait occuper le travail dans la vie humaine (un
moyen) par rapport à notre propre vie (fin), laquelle n’est pas réductible à la
seule survie, à moins que ce ne soit au détriment de tout ce qui en fait
l’humanité potentielle :

Virgile : la perte du sens de son activité pourrait provenir chez le paysan d’une
subordination à des objectifs sociaux contre laquelle Virgile nous rappelle qu’il
faudrait toujours nous en garder (passage sur les riches et leur train de vie ; le
luxe et l’expansionnisme impérial ; rappel de l’exception que représente le
travail paysan au mépris dont le travail – « labor improbus » – faisait l’objet
dans l’Antiquité : Vernant, Méda, Hésiode…)

Weil : l’aliénation résulte de l’intériorisation d’une situation qui n’a rien de


naturel et dont l’injustice devrait être patente ; le discours des patrons (train),
l’interruption des échanges avec V. Bernard, montrent bien que l’aliénation
n’est pas seulement le sort réservé aux subalternes mais est partagée par
l’ensemble des membres de la société, sans quoi elle ne pourrait être aussi
prégnante :

Vinaver : la fascination de Vinaver pour le pouvoir de captation des désirs


humains fait toute l’ambiguïté de sa pièce laquelle, pour être critique, se garde
de tout manichéisme ; la duplicité de Passemar, alter ego de Vinaver, et le fait
que ce dernier ait continué à exercer ses fonctions chez Gillette alors même
que son regard critique sur ce que l’entreprise fait aux « hommes » était bien
affûté, le montre bien également :

La 3e partie de la réflexion peut envisager de revenir de façon plus centrale


sur la thèse de l’auteur, et de proposer une compréhension de second degré,
approfondie, et probablement plus fidèle à l’esprit du texte, en relevant le fait
que Maria Mies semble défendre à travers ce qu’elle appelle une
« conception féministe du travail », que l’on aurait tort de voir le travail en
lui-même comme la cause de l’aliénation dont il peut donner l’expérience ;
cette critique porte sur une forme dégradé du travail, sous l’effet
principalement d’une conception productiviste de ce dernier, dont le
capitalisme fourni le paradigme, mais dont le marxisme qui en est la critique
n’est pas exempt, selon elle, du fait d’une mauvaise inspiration de sa part,
négligeant certaines activités, telles que les activités domestiques exercées
majoritairement et traditionnellement par les femmes, mais qui peuvent servir
à éclairer ce qui se vit et s’éprouve dans d’autres activités (paysannes, ou
artisanales), perçues par ceux qui les exercent au moins autant comme
pénibles et exigeantes, que passionnantes, l’un étant souvent la contrepartie
de l’autre. On pourra donc chercher à montrer, à travers les œuvres,

(1) comment une telle idée peut y trouver un écho (chez Virgile, et
chez Weil c’est le plus évident) ;

Virgile : les rapports entre humains et non-humains dans la présentation du


travail paysan que donne Virgile sont harmonieux (en adaptant la nature à ses
besoins, le paysan contribue à amener les êtres qui la composent à un degré
supérieur de leur propre épanouissement ; le paysan devient une véritable
figure, personnifiant au singulier, l’ensemble d’une communauté faite
d’humains et de non-humains ; cette communauté incarne une sorte d’idéal
utopique dont Rome avait le vivant exemple sous les yeux, et devrait s’inspirer
pour ne pas trahir ses origines, et pour maintenir dans l’ensemble de sa vie un
équilibre analogue à celui qui règne dans la vie paysanne, et dont les ruches
des abeilles peuvent fournir une métaphore ; c’est aussi un des aspects du
texte qui font qu’il résonne plus particulièrement à nos oreilles de nos jours du
fait des défis écologiques et sociaux auxquels nous sommes confrontés – cf.
Préface du Souci de la terre)

Weil : on peut s’interroger sur la féminité de Weil et le rôle de cette dernière


dans sa sensibilité aux injustices subies par les ouvriers d’usine ; il s’agit sans
doute d’un aspect qui lui échappe, mais on retrouve une certaine faculté
d’empathie, qui donne lieu à une configuration des rapports avec ses
interlocuteurs (ses amies féminines ; ses discussions avec les ouvrières...)

Vinaver : les aspirations de certains personnages féminins peuvent trancher


assez nettement avec la brutalité de l’adhésion aux objectifs productivistes de
la société (Margerie, Bachevski, Alvarez, Lépine...)

pour montrer ensuite (2) que le travail devrait avoir en lui-même son
intérêt et que cela n’est possible qu’à la condition de ne pas être
réduit à la recherche du profit ; ce dernier servant très mal à évaluer
le véritable intérêt pour la vie humaine, de ce qu’il permet d’obtenir
en contrepartie ;

Virgile sur le luxe de certains produits, qui pourraient faire oublier la simplicité
rustique de certains plaisirs plus authentiques ; bienheureux paysans, qui ne
sont pas corrompus par des désirs de choses dont on n’a pas réellement besoin
(// épicurisme de Virgile)

Weil : ses réflexions sur les formes de coopération qui pourraient avoir lieu en
usine, afin que le travail ouvrier ne soit pas synonyme purement et simplement
de subordination ; les passages sur la valeur du travail ouvrier qui n’est pas
totalement exempt d’une certaine dextérité et d’une certaines ingéniiosité ; la
façon dont le travail industriel pourrait être moins aliénant à condition de
laisser plus d’initiatives aux ouvriers, notamment dans la réflexion sur les
machines (en contrepoint de sa réflexion sur les limites de la révolution
marxiste en la matière) ; enfin et surtout la révélation à l’homme de sa
condition et l’accès à la spiritualité dont le travail, du coeur même de
l’oppression irréductible dont il s’accompagne, donne l’occasion
Vinaver : l’analogie, dont la pièce est entrecoupée, entre ce qui se joue dans
l’entreprise et la bataille des dieux nordiques, aboutit sur une issue heureuse
quoiqu’un peu dérisoire ; ce qui se rejoue dans la vie économique c’est bel et
bien une sorte d’épopée du genre humain ; son caractère un peu ridicule, et
ironique, ne doit pas faire négliger que c’est peut-être en gardant cet aspect à
l’esprit qu’il est possible de le sublimer, ainsi que peut le faire l’art, et le
théâtre en l’occurence, grâce à sa fonction de catharsis (// Aristophane,
explicité par Passemar lui-même dans la pièce)

(3) le thème de la justice, ou plutôt de l’injustice, qui est au coeur des


relations humaines à travers leur travail et à travers la consommation de ce
qu’ils produisent (certains produisant des choses qu’ils n’ont pas les moyens de
s’offrir, les autres ayant les moyens de consommer ou d’utiliser des choses
qu’ils seraient incapables de produire). Ces dernières idées ne sont pas sans
rappeler certaines réflexions que nous avons pu aborder en classe, à
partir notamment de la lecture de A. Gorz, ou celle de M. Crawford, de
M. Lallement ou de C. Dejours. Les œuvres quant à elles regorgent de
passages susceptibles de développer cette question de la justice/ injustice lié
au travail :

Virgile : l’invitation à maintenir voire restaurer une harmonie perdue dont le


mode de vie des abeilles, analogue à celle régnant dans la communauté
paysanne, est l’incarnation vivante, a pour enjeu d’exhorter à ne pas perdre de
vue ce en quoi réside le véritable bien commun réel but de l’État, dont
l’Empereur est désormais le principal responsable (qu’il soit lui-même un « bon
pasteur »!)

Weil sur l’injustice scandaleuse sur la base de la dissimulation de laquelle le


mode de vie moderne est rendu acceptable, y compris aux yeux de ceux qui en
sont les premières victimes ; l’expérience du travail et le pouvoir qu’elle peut
donner de résistance à l’injustice (épisode des grèves de 36, la « joie » et son
lien avec la puissance de vivre, à ne pas confondre avec le bonheur! Car c’est
de liberté, et de créativité, avec leur composante de lutte – contre soi-même en
premier lieu – contre les obstacles opposés par la réalité matérielle, et dont
d’efforts et de douleur – mais une douleur dont on est acteur, et qu’on ne
« souffre » pas)

Vinaver, sur la lutte intrinsèque au capitalisme, son pouvoir de captation des


désirs les plus personnels des individus, à son propre profit, et à leur détriment,
sur la guerre qui en résulte, avec ses vivants et ses morts ; ce qui se rejoue
c’est l’éternel conflit autour du bien et du mal, qu’il n’est pas toujours facile de
situer, tant les repères sont confondues dans la situation (post-)moderne ;
l’entreprise compte sur cette désorientation pour entraîner les individus à
remplir ses objectifs ; il serait cependant dommage qu’ils s’y perdent eux-
mêmes, et en creux c’est bien un appel à ne pas perdre tout sens de la justice
(Passemar : est-ce bien, est-ce mal… ? // Chapoutot sur la logique managériale
et ses racines dans la Menschenforshung)

Sujet type CCINP

[AMORCE] « Un peuple libre obéit mais ne sert pas, il a des chefs mais
non pas des maîtres, il obéit aux lois mais il n’obéit qu’aux lois et c’est par la
force des lois qu’il n’obéit à personne ». C’est ainsi que Rousseau condense en
une seule formule tout l’esprit de la nouvelle pensée politique qui émerge au
XVIIIe siècle et donnera naissance à la conception libérale de l’État dont les
démocraties modernes sont les héritières. Force est de constater que le modèle
démocratique est d’abord inspiré par une certaine idée de la liberté qui peut
s’expérimenter dans bien d’autres domaines que celui de l’État, et tout l’enjeu
de la pensée des Lumières en la matière a été de chercher à la répliquer dans
le rapport aux lois et à l’État. A cet égard, on ne peut qu’être surpris qu’à notre
époque il faille encore légitimer la nécessité d’étendre l’expérience
démocratique dans toutes les sphères sociales si on veut la voir vraiment
s’accomplir dans celle de l’État.
[ANALYSE] C’est ainsi que les auteurs du texte relève deux types
d’arguments principalement pouvant servir à cette justification : l’argument du
« rejaillissement », tout d’abord, consiste en l’argument selon lequel
l’expérience acquise dans les différentes sphères de la vie individuelle
influence les prédispositions démocratiques des individus (leur capacité à se
reconnaître dans les institutions, à percevoir les décisions qui en résultent
comme légitimes ou non, etc.). L’argument du « parallel case », consiste quant
à lui en l’argument selon lequel on ne peut pas prôner la démocratie au niveau
des institutions étatiques et ne pas la prôner et l’encourager dans les autres
sphères sociales (dont le travail, mais aussi à’ l’école par exemple) ; cet
argument semble être le pendant du précédent ; ils ne sont pas redondants,
mais se complètent mutuellement. Ces deux arguments sont probablement
d’inspiration deweyenne, car il semble assez évident que la pensée du
pragmatiste américain a influencé la réflexion des auteurs en la matière.
[PROBLEMATIQUE] La prise en compte de ces deux arguments conduit à
développer un plaidoyer en faveur de la démocratisation des lieux de travail.
Une légère ambiguïté pèse à ce sujet : en effet, faut-il entendre la
démocratisation des lieux de travail eux-mêmes ? Ou la démocratisation du
travail? Cette dernière formulation de l’idée semble plus fidèle au texte comme
en témoigne l’orthographe à la fin du 3 e § (« ...dans des lieux de travail
démocratisé... » : le singulier laisse entendre que c’est le travail qui est
démocratisé, et non le « lieu » dans lequel ils se déroule ; ce qui est d’ailleurs
conforme à la suite, lorsque les auteurs soulignent qu’il ne suffit pas, quoiqu’en
dise certains auteurs partisans récents de l’idée – tels A. Schwartz, cité dans le
texte – de mettre en place des dispositifs (comités, conseils…) où siègent des
représentants élus du personnel (cadres comme employés, subalternes…) ; les
auteurs soulignent en effet que le pouvoir ne se limite à ce qui se joue au sein
de telles instances, mais se vit et s’éprouve concrètement dans les relations de
travail, y compris les plus triviales : c’est donc bien l’ensemble de
l’organisation du travail qu’il faut repenser afin de contribuer à sa
démocratisation, dans l’optique examinée ci-dessus, et cette démocratisation
passe vraisemblablement par la mise en place de stratégies permettant de
favoriser une forme de démocratie participative (et non pas simplement
représentative) à l’échelle de l’entreprise.
[SUJET] Ainsi, la citation à expliquer : « on devrait exiger que les
décisions stratégiques, concernant la production, la rémunération,
l’organisation du travail et les conditions de travail, ne soient pas du seul
ressort de conseils d’administration où siègent uniquement les possesseurs de
capitaux, mais d’assemblées où siègent des travailleurs », doit être envisagée
en gardant à l’esprit les réserves émises par les auteurs dans le texte à
l’encontre d’une conception exclusivement représentative de la démocratie en
entreprise.
[ENJEUX] En prolongeant la réflexion on peut considérer que les lieux de
travail, peuvent constituer de véritables laboratoires de l’expérimentation
sociale, susceptible d’infuser dans le reste de la société et de contribuer à une
démocratisation plus globale ; mais pas à n’importe quelles conditions, et c’est
ce qu’il s’agira aussi de préciser.
[PLAN] Nous commencerons dont par examiner ce que les œuvres
peuvent nous apprendre quant au déficit d’égalité dans les rapports
hiérarchiques au travail, et en quoi cela est dommageable. Puis nous
montrerons quelles solutions peuvent être envisagées, et dans quelle mesure
les solutions que l’on peut envisager sur la base des indications que nous
donnent les œuvres au programme, s’apparentent aux préconisations des
partisans d’une meilleure représentation au sein de la hiérarchie et de
l’organisation administrative des travailleurs. Nous verrons enfin ce qui peut
laisser penser que cette amélioration de la démocratie risque de ne pas être
suffisante, et quelles leçons les œuvres peuvent nous enseigner à ce sujet.
Notre propos laissera ouverte la question de savoir pourquoi et comment
pourrait-on aller vers une version participative de la démocratie en entreprise.

idée de plan :

(i) ce que les œuvres nous apprennent quant au déficit d’égalité dans les
rapports hiérarchiques au travail, et pourquoi cela est
regrettable/dommageable

(ii) quelles solutions pourrait-on envisager sur la base des œuvres, et dans
quelle mesure ces solutions s’apparentent-elles aux préconisations des
partisans d’une meilleure représentation au sein de la hiérarchie et de
l’organisation administrative des intérêts des travailleurs

(iii) ce qui peut dans les œuvres laisser penser que cette amélioration de la
démocratie risque de ne pas être suffisante si elle s’en tient à une version
« représentative » de la démocratie ; pourquoi et comment pourrait-on aller
vers une version participative de la démocratie en entreprise ?

Éléments issus des œuvres en vue de développer :


→ organiser l’argumentation (sous-parties + références /
sous-partie)

(i) ce que les œuvres nous apprennent quant au déficit d’égalité dans les
rapports hiérarchiques au travail, et pourquoi cela est
regrettable/dommageable

Vinaver (hiérarchie managériale ; la pseudo-participation, plutôt manipulation,


chacun étant le jouet ou bien du management, ou bien de la logique
d’entreprise dont il se fait inconsciemment ou sans recul critique, le relais (la
courroie de transmission)

Weil sur la coopération pure vs subordination pure : un contraste éloquent


quant au déficit en question

Virgile à l’inverse, indépendance du travailleur, seul maître de son travail ;


mais une conception un peu idéalisée, présentée comme un contre-modèle de
la hiérarchie impériale, et de la subordination qui en résulte, subordination des
uns à des fonctions asservissantes empêchant l’accomplissement de ce qui fait
l’humanité, et subordination des autres à leurs devoirs accaparants, lesquels
les éloignent de la simplicité de vie et de la sérénité dans laquelle seules peut
résider le bonheur, conçue comme réalisation de la vie humaine (ataraxie et
idéal épicurien ; cf. proximité Virgile/Horace).

(ii) quelles solutions pourrait-on envisager sur la base des œuvres, et dans
quelle mesure ces solutions s’apparentent-elles aux préconisations des
partisans d’une meilleure représentation au sein de la hiérarchie et de
l’organisation administrative des intérêts des travailleurs

chez Vinaver, le management familial de l’entreprise peut sembler presque un


idéal en comparaison du délitement des relations humaines, et du langage lui-
même sous l’impulsion des méthodes modernes du management à
l’américaine ; ce dernier donne l’illusion d’une liberté, et d’une horizontalité
des rapports ; illusion car la réalité est plutôt celle d’un consentement à obéir
aux injonctions non plus dictatoriales mais totalitaires du marché et à identifier,
sans reste, sa vie à la vie d’entreprise

chez Weil, la critique de la subordination des ouvriers, et de l’aveuglement des


cadres dirigeants, à l’oppression qu’ils incarnent, est proprement vécue comme
un scandale, scandale éhonté sur l’invisibilisation duquel repose la
perpétuation du modèle productiviste ; sa réflexion sur les formes de
coopération possibles entre travailleurs, et cadres, sur la place des machines
(et l’initiative qu’elles pourraient laisser aux travailleurs quant à l’organisation
de leur travail), l’invitation aux ouvriers de Rosières à témoigner de leur
expérience, pour eux-même et devant les autres (afin qu’on ne parle plus à
leur place et en leur nom, mais qu’ils se réapproprient, au moins
symboliquement, dans un 1er temps, mais ce serait un premier pas vers la
liberté, leur vie), la joie éprouvée lors des grèves notamment à assister à un
réinvestissement des lieux de travail (on relève enfin la tête) et à une prise en
main par les ouvriers de leur sort, faisant pendant à la critique de l’organisation
soi-disant bienveillante mais paternaliste de l’entreprise par V. Bernard (tout
est fait pour les ouvriers mais rien par eux)

chez Virgile, le modèle de la démocratie semble bien lointain (encore que, les
premières communautés romaines, les Sabins, dont Virgile célèbre la mémoire,
qui vécurent avant même l’instauration de la République romaine et dont
l’Empire pourrait sceller la « fin »...)

(iii) ce qui peut dans les œuvres laisser penser que cette amélioration de la
démocratie risque de ne pas être suffisante si elle s’en tient à une version
« représentative » de la démocratie ; pourquoi et comment pourrait-on aller
vers une version participative de la démocratie en entreprise ?

Il faudrait dans cette partie, revenir sur ce qui a été dit auparavant en
montrant que :
- la coopération pure que Weil appelle de ses vœux, et qui reste selon elle
utopique, s’apparenterait à qqch de très proche de ce que nous concevons
sous le terme de démocratie participative ; la société post-révolutionnaire à
laquelle S. Weil croit, dans l’absolu, au début de La CO, sans croire que ce soit
pour tout de suite (au contraire de certains de ses camarades) est censée elle-
même abolir la frontière entre dominés et dominants en abolissant celle entre
gouvernés et gouvernants (l’État restant toujours aux yeux des marxistes
l’émanation de la classe dominante, la révolution à leurs yeux passe bel et bien
par sa conquête par le prolétariat, en vue, à terme, de préparer le terrain qui
rendra possible de s’en passer ; vaste sujet de discorde entre les marxistes et
les anarchistes...)

- l’image idyllique du monde rural fournie par Virgile est celle d’un monde qui
semble pouvoir vivre en se passant de l’Empire romain, alors que l’inverse
n’est pas vrai ; les rapports de pouvoir semble y être absent ; à la place de la
domination des hommes sur les hommes celle des hommes sur les « choses »,
lesquelles ne sont jamais considérées comme de simples choses, mais comme
des êtres sensibles, dotés d’une quasi-personnalité et avec lesquelles il faut
véritablement négocier

- chez Vinaver ?
.../...

Vous aimerez peut-être aussi