Myr
Myr
Myr
TLPATHIE AU MUSIC-HALL
et
Jean-Pierre Hornecker
MYR et MYROSKA
Aujourdhui encore le mystre demeure entier !
Au milieu de lanne 2012, Daniel Destailleur est venu avec sa femme et partenaire Elisabeth me voir Strasbourg. Il avait un livre sur la tlpathie au music-hall en chantier et dsirait avoir quelques informations et conseils sur lcriture et la fabrication dun ouvrage. Je me suis dailleurs ultrieurement un peu impliqu en toute amiti dans la correction et la relecture du livre. Le livre de Daniel et Elisabeth devait traiter de leur mthode de pseudo-transmission de pense par code verbal. Pendant nos discussions, Daniel ma expliqu quil avait eu le dclic en voyant un reportage sur le clbre couple de tlpathes : Myr et Myroska. Une phrase lui avait mis la puce loreille. Il lanalysa et, en la dcomposant, il avait eu le sentiment davoir perc le mystre de leur numro : ctait un code verbal que le couple utilisait et il en avait dcouvert la cl, presque par hasard. Son esprit senflamma. Il se mit phosphorer sur le sujet et en extrapolant partir de ses certitudes, Daniel mit au point sa propre mthode, celle-l mme qui faisait aujourdhui lobjet de louvrage en prparation.
Le livre de Daniel parut vers la fin 2012 sous le titre Une autre faon de parler. Il y dcrit sur plus de 250 pages le code verbal dont il se
1
servait (et se sert toujours) pour transmettre sa partenaire (avec une conomie stupfiante de paroles) des mots, des objets, des penses et des nombres. A la fin de notre entretien, nous sommes alls dner dans un estaminet strasbourgeois. Au cours du repas nous avons nouveau voqu la mmoire des glorieux initiateurs des numros de transmission de pense, en particulier Myr et Myroska, qui furent incontestablement les rois du genre au milieu du sicle dernier. Je me souvenais trs bien de ces artistes mythiques qui firent les manchettes des journaux de lpoque. La conversation roula sur ce sujet pendant une bonne partie de la soire. Durant cet entretien jeus le malheur de boire un caf un peu trop fort, ce qui mempcha de trouver le sommeil une fois rentr chez moi. Ne parvenant pas mendormir, je mis ce temps profit pour faire quelques recherches sur Internet. Cest ainsi que je finis par consulter Wikipdia. Lindigence du texte qui figure dans ce dictionnaire communautaire me consterna. Ainsi donc, des artistes visuels qui avaient connu il y a presque 50 ans une gloire sans pareille grce au parfum de mystre qui entourait leur attraction, navaient droit qu quelques malheureuses lignes sur la toile ! Reconnaissons cependant que leurs noms sont toujours cits avec respect sur les sites internet des confrres qui leur ont embot le pas. Tous, sans exception, ont conscience quils leur sont redevables de quelque chose et le reconnaissent avec humilit et franchise. Je me mis aussitt au travail (les nuits blanches sont longues !) Mais jeus trs vite atteint mes limites. Ecrire sur Myr et Myroska un quart de sicle aprs leur disparition de la scne nest pas facile. Lexercice requiert le concours de tous ceux qui les ont connus. Je suis persuad que plusieurs artistes, mentalistes ou tlpathes, dtiennent chacun une parcelle de leur histoire (souvenirs, anecdotes, photos, articles de presse, etc.). Peut-tre mme certains connaissent-ils la vrit sur leur mthode de transmission de pense. Je les invite me contacter, par quelque moyen que ce soit, et me faire part de leurs souvenirs. Je me chargerai volontiers de complter et denrichir la premire mouture qui suit, en citant bien entendu mes sources. Davance, je vous remercie pour votre coopration !
Contactez Jean-Pierre Hornecker (MAGIX) - B.P. 52 67000 STRASBOURGCEDEX Tl. 03.88.84.94.21 E-mail : info@magix.fr 2
tait Bordeaux et Myroska Paris. Lmission se droulait en duplex. Les deux vedettes de la tlpathie sy soumirent de bonne grce. Myr transmit avec son flegme habituel les mots, les dessins et les nombres quon lui prsentait, et Myroska, pourtant plusieurs centaines de kilomtres de l, les captait avec la mme aisance que si elle avait t ses cts. La preuve tait ainsi faite : aucune liaison technique ne les reliait. Seule une connexion mentale pouvait tre luvre entre les deux artistes ou alors ils utilisaient un code secret qui leur permettait de communiquer au nez et la barbe de tous. Myr et Myroska connurent cette poque une notorit qui ferait plir denvie beaucoup de vedettes actuelles La France entire connaissait leur numro pour lavoir vu la tlvision dans la Piste aux Etoiles, la fameuse mission mensuelle de varits prsente par Roger Lanzac. Leur ascension vers les cimes de la popularit tait aussi due leur amiti avec Jean Nohain, qui les programmait rgulirement dans ses missions de divertissement, comme TrenteSix Chandelles . Bien sr, le duo de tlpathes courait aussi le cachet en province, dans les endroits les plus reculs de lhexagone. Ils firent ainsi plusieurs fois le tour de la France pour se produire dans dinnombrables galas rgionaux. Lauteur de cet article les a vus durant une prestation au Palais des Ftes de Strasbourg, la salle de spectacles la mode des annes 60 et 70. Ils eurent un succs phnomnal. Ils finirent leur numro par un morceau de bravoure exceptionnel. Myr demanda une personne de lassistance de lui soumettre un mot un peu inhabituel. Il allait tre servi. Nous tions au gala de clture dune association culturelle. Lun des spectateurs, mdecin, exhiba une notice pharmaceutique sur laquelle on pouvait lire un mot du genre : Fumarate de Staryle Sodique . Myr le regarda et demanda brivement Myroska quel tait ce mot. Suspense. La salle entire tait suspendue aux lvres de Myroska qui, est-il besoin de le rappeler, se trouvait sur scne quelques pas de l, les yeux bands.
4
La salle entire (prs de 2000 personnes !) se leva comme un seul homme et lui fit une ovation lorsquelle nona sans lombre dune hsitation le nom du composant chimique que Myr lui avait mentalement tlgraphi . Le numro se termina par ce fait darmes rest dans la mmoire de tous les spectateurs. Un hasard extraordinaire a fait quun de mes amis, Jol Ragot, magicien et ventriloque professionnel, et tout comme moi fervent admirateur de Myr et Myroska, a conserv prcieusement durant toutes ces annes (plus de 50 ans !) le programme de cette soire au Palais des Ftes de Strasbourg. On y annonait, entre autres, les grandes vedettes du mystre : Myr et Myroska. **** Myr et Myroska furent des pionniers dans le domaine de la pseudotransmission de pense. Ils ouvrirent la voie de nombreux tlpathes qui leur firent honneur. Le plus souvent, leurs successeurs connurent des succs et des gloires bien mrits. Mais soyons franc ; aucun duo ne parvint jamais les galer. Aujourdhui encore le cur des gens palpite lorsquon voque le nom de Myr et Myroska. Personne na jamais russi les dpasser en notorit, alors mme quaujourdhui les mdias sont beaucoup plus prolixes. Cest pourquoi Myr et Myroska resteront tout jamais un modle suivre.
Myroska ( cette poque, elle ne savait pas encore quelle sappellerait ainsi) tait charcutire dans un village de la France profonde. Myr, au cours dune tourne, eut, parat-il, envie dun saucisson. Il vit une boucherie et entra. Ses yeux croisrent ceux de la fille du boucher. Arriva ce qui devait arriver : ce fut le coup de foudre. A-t-elle quitt sa blouse de bouchre tout de suite ou un peu plus tard ? Lhistoire ne le dit pas, mais on peut imaginer que les deux amoureux eurent dabord dautres occupations avant de penser aux choses srieuses : trouver du travail dans les tournes (galas, cirques, cabarets, etc.). Cest cette poque, pense-t-on, quest ne dans lesprit de Myr lide de monter un numro de transmission de pense reposant sur lutilisation dun langage cod. Existait-il dj en ce temps-l des attractions similaires ? Nous ne pourrions laffirmer, mais nul doute que les deux artistes, dsormais mari et femme, avaient eu loccasion de croiser au cours de leurs tournes des personnes prsentant de manire plus ou moins convaincante un intermde de tlpathie simule. A force de persvrance et de complicit intellectuelle, Myr et Myroska russirent mettre au point un code verbal dune redoutable efficacit. Si on y ajoute les talents de comdien de Myr et son sens de la mise en scne, leur association ne pouvait que mener au succs. Cest ainsi que les deux artistes montrent un numro de transmission de pense qui connut les honneurs des salles les plus prestigieuses dEurope. Le duo se produisit non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Italie, en Angleterre et dans dautres pays encore. Le couple ne parlait sans doute pas couramment toutes ces langues trangres. Lorsquils se produisaient hors de nos frontires, ils passaient dans des cercles hupps o gnralement on comprenait le franais. Nous pensons que Myr et Myroska prsentaient lessentiel de leur numro dans notre langue, mais que pour tre agrables aux populations locales ils y ajoutaient des squences dans les langues vernaculaires avec certainement un langage cod plus rudimentaire. Lessentiel tait de donner limpression que leurs aptitudes
6
paranormales ne connaissaient pas de frontires et pouvaient sadapter toutes les situations. Ils terminrent (officiellement) leur carrire avec clat au thtre Princesse Grce de Monaco au milieu des annes 80.
****
Lune des dernires apparitions en public de Myr et Myroska fut lors dun Congrs AFAP Annecy il y a une trentaine dannes (oct. 1983). Dj la retraite et prfrant de toute vidence le calme et la srnit de leur village du Sud-Ouest de la France, ils staient fait prier pour venir. Ils avaient dj plus de 75 ans lpoque. Mais la tentation devait tre trs grande, car ils avaient aussi une petite revanche prendre : jusqualors, ils navaient jamais t pressentis pour participer un congrs de magiciens. Les prestidigitateurs les boudaient-ils ? Ou les
7
avait-on simplement oublis ? Nul ne le sait. Quoi quil en soit les deux partenaires ne laissrent pas passer cette occasion dajouter une mdaille leur palmars. Devant linsistance des organisateurs, et srement moustills lide de se produire devant un public de magiciens, ils ne rsistrent pas longtemps. Les spectateurs, dont lauteur de ces lignes faisait partie, eurent droit leur prestation habituelle. Il faut cependant avouer quelle nous laissa un peu sur notre faim. Ce nest pas quelle ft mdiocre, loin de l ; les deux artistes taient toujours aussi performants, mais le temps avait fait son uvre. Ils manquaient dallant et de charisme. Ils connurent ainsi un succs destime qui dut les remplir dune lgitime fiert. Une salle entire de magiciens au courant de toutes les ficelles et stratagmes dans le domaine de lillusionnisme applaudissant des deux mains tait une exprience quaucun artiste ne raterait pour rien au monde !
A lissue du Congrs AFAP dAnnecy en 1983, photo souvenir de Myr et Myroska avec quelques-uns de leur admirateurs.
Je ne suis pas sr quils se soient produits ultrieurement. Ils avaient atteint un ge respectable. Aprs avoir bourlingu sur toutes les routes de France et dEurope, ils aspiraient au repos. Ils coulrent donc des jours heureux dans leur pittoresque village de Castets-en-Dorthe,
8
une dizaine de kilomtres de Langon, en Gironde. Ils vivaient dans une belle maison agrmente dun jardin fleuri que le matre des lieux entretenait lui-mme. Andr Myr est mort en 1995. Myroska est all le rejoindre dans lau-del quelques annes plus tard. Elle rendit lme en 1998 (son petit-fils, Franck Simiot, laisse entendre que son dcs est survenu en 2001). Dommage que le couple ne mt pas sa retraite profit pour se consacrer la rdaction dun livre dvoilant leurs secrets. Nul doute que le succs dun tel ouvrage et t immdiat. Alors, on sinterroge. Pourquoi avoir gard le silence ? Dsintrt, paresse, ou volont assume de laisser planer tout jamais le mystre sur la mthode quils avaient peaufine jusqu la perfection pendant prs dun demi-sicle ? Myr et Myroska ont prfr emporter leur secret dans la tombe. Il ne nous appartient pas de les juger.
ADDITIFS
Aprs avoir rdig larticle qui prcde, un certain nombre de renseignements complmentaires ont t collects. Quelques rflexions personnelles se sont aussi fait jour. Les voici en vrac. Peut-tre pourrez-vous, vous aussi, les complter
Ce qui contribue grandement au mythe entourant Myr et Myroska, cest que jamais aucun des deux partenaires na avou ou mme laiss entendre srieusement quun code verbal tait luvre dans leur numro. Motus et bouche cousue jusqu la fin. Ils ont emport le secret avec eux dans la tombe. Nous en sommes donc rduits nous perdre en conjectures non sur lexistence dun code mais sur sa nature ou sa structure.
public et Myroska se tenait debout sur scne, les yeux bands, derrire le micro. Myr posait les questions et Myroska y rpondait. Exemple : comment sappelle ce monsieur ? Myroska dclinait aussitt ses nom et prnom et parfois mme donnait en prime ladresse et le numro de tlphone. Autre exemple ; cette dame a rcemment pass des vacances , pouvezvous nous dire o, Myroska ? La rponse fusait : madame a pass une semaine en Corse o elle a fait une chute vlo. Lincident se produisit un lundi matin devant son htel. Le public tait abasourdi par la qualit et la richesse des dtails. Parfois les deux compres incluaient dans leur numro un tour de cartes (gantes) quils faisaient passer pour une exprience de tlpathie. Laffabulation et la mise en scne quils utilisaient cadraient avec ce thme. Tout ce quils dmontraient sur scne semblait ainsi relever de leurs facults paranormales. Myroska, on la vu, avait les yeux bands. Myr prtendait que le bandeau avait t fait sur mesure par un grand couturier, ce qui impressionnait toujours le public cette poque. Mais est-on sr aujourdhui, avec le recul, que ce bandeau ntait pas truqu ? Myroska ne pouvait-elle pas voir au travers, du moins en partie ? Ne serait-ce que pour localiser lendroit o se trouvait Myr et reprer ainsi les personnes dont elle avait surpris les confidences durant le pre-show work. On ne peut lexclure.
aussi, cette possibilit saugrenue en pensant que Myr tait non seulement tlpathe mais de plus ventriloque. Javais, moi, tout de suite dlaiss ce genre de possibilits vu leur complexit technique et leur difficult de mise en uvre. Plus tard me vint lesprit lide dune transmission en langage Morse capt tactilement par Myroska par impulsions lectriques (en clair de petites dcharges lectriques codes en Morse). Cette solution me semblait plus raliste car elle liminait dj le problme dune oreillette ! Mais cela aurait demand un temps fou pour la transmission des donnes. Javais donc aussi cart cette hypothse. Le lecteur me pardonnera ces errements ; javais une quinzaine dannes en ce temps-l et aucune exprience en la matire. Et puis lpoque de mes dbuts en magie, je ne savais pas encore que dans le domaine de lillusionnisme les mthodes les plus simples sont souvent les plus convaincantes. Jai uniquement voqu ici ces moyens pour montrer que ce genre de thories fumeuses ou dexplications farfelues a d germer dans lesprit de bon nombre de spectateurs lpoque. Le public cherchait dsespramment une solution cet incomprhensible phnomne auquel ils venaient dassister : une personne communiquant apparemment avec une autre par ondes mentales.
les prestidigitateurs utilisent un truc pour produire leurs effets magiques : une bote truque, un jeu de cartes spciales, etc Lemploi de ce matriel qui pue le truc tue le mystre. Sil y a un truc tout sexplique !, ainsi pourrait-on rsumer la situation. En mentalisme ou en transmission de pense la situation est diffrente : l il ny a pas de matriel : pas de bote truque, pas dappareil. Tout se passe dans la tte. Tous les effets sont le produit de lesprit. La pense ne peut pas faire lobjet dun truquage ou dune manipulation, pense le public. Celui-ci imagine facilement quil se pourrait bien que des forces para-normales soient luvre dans les phnomnes auxquels ils assistent. Ce parfum de mystre rend ce genre dexpriences infiniment plus crdible quun vulgaire tour de passe-passe. Myr et Myroska avaient dj compris cela il y a un plus dun demisicle maintenant. Ils enfonaient mme le clou par la clbre phrase qui clturait leur spectacle : sil ny a pas de truc cest incroyable, mais sil y en a un, cest encore plus incroyable !
Ces renseignements sont extraits de deux articles parus dans les numros davril et doctobre 1991 de la Revue de la Prestidigitation . Curieusement, ces textes ne sont pas signs. Leur auteur y raconte qu loccasion dun voyage dans le Sud-Ouest il rencontra Myr et Myroska leur domicile. Le compte-rendu de son interview stale sur plusieurs pages. On y apprend quantit de choses sans importance sur la vie prive des deux artistes (leur rencontre, leurs habitudes et mme leurs chiens !). Mais pas un mot sur le numro qui les a rendus clbres. Visiblement Myr cherchait noyer le poisson. Ce matre du dtournement de lattention fut extrmement prolixe sur sa vie personnelle. Il abreuva lauteur des articles dinnombrables dtails insignifiants et resta muet comme une carpe sur la seule question dont nous aurions aim connatre la rponse : comment faisaient-ils pour communiquer entre eux. Lauteur est rest sur sa faim nous aussi !
Le calepin bleu
Dans un mail que lon peut consulter sur Internet, Franck Simiot, le petit-fils de Myr et Myroska affirme avoir hrit dun calepin bleu rempli de codes. Il ne prcise cependant pas de quel genre de code il sagit. Nous en sommes donc rduits aux conjectures. Mais enfin, le
15
lire, on est tent de croire quil sagit bien dun code verbal. Lhomme suggre mme quaprs consultation et tude de ce calepin, il est au courant du systme de transmission utilis par ses grands-parents. Il affirme de plus, qui veut lentendre, que si quelquun trouve par extraordinaire la bonne rponse, il est prt confirmer son hypothse. Le problme cest que ladresse du mail que Franck Simiot indique est caduque. Il ny a plus personne au bout du fil si lon peut dire. Nous voici nouveau dans une impasse !
16
Myr nhsitait pas prsenter un tour de cartes comme un effet de mentalisme pour persuader le directeur dun tablissement de spectacles de lengager. Cest ainsi quils travaillrent au Cabaret lAmbassy dAvignon un mois chaque anne pendant 10 ans !
17