Add 1957
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14 | 2020
Varia
Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/add/1957
DOI : 10.4000/add.1957
ISSN : 2606-1988
Éditeur
Presses universitaires de Rouen et du Havre
Édition imprimée
Date de publication : 1 juin 2020
Pagination : 167-187
ISBN : 979-10-240-1442-5
ISSN : 1955-0855
Référence électronique
Jacques Cyrille Armand Nganba, « L’avocat dans la création du droit
Réflexion à partir de l’exemple du Cameroun », Les Annales de droit [En ligne], 14 | 2020, mis en ligne le
01 juin 2021, consulté le 12 janvier 2023. URL : http://journals.openedition.org/add/1957 ; DOI :
https://doi.org/10.4000/add.1957
5 Cette diversité d’approches permet de distinguer les sources formelles et les sources
réelles du droit. Mais au-delà de cette distinction doctrinale, il est évident que la
Constitution organise les divers modes de création du droit. Ainsi, la loi dans son sens
de « règle posée » fait figure de source principale du droit, en tant qu’elle est
l’émanation du pouvoir législatif et des organes administratifs de l’État. Elle prend donc
place au rang des sources dites formelles du droit. En plus de la loi, on admet comme
source du droit la coutume et, sans faire l’unanimité, la jurisprudence et la doctrine. La
coutume s’entend d’un « usage qui émane lentement de la conscience populaire et qui,
considéré comme obligatoire, deviendra règle de droit7 ». Il s’agit d’une « règle de droit
d’origine non étatique que la collectivité a fait sienne par habitude dans la conviction
de son caractère contraignant8 ». Ici, la norme juridique est l’émanation de la
conscience populaire sans l’intervention des institutions étatiques. À titre
d’illustration, on évoquera avec aise la pratique de la dote 9 comme préalable à la
célébration du mariage civil au Cameroun. Si aucune disposition légale ne fixe la dote
comme condition de validité du mariage, l’on constate néanmoins qu’elle s’est imposée
dans les mentalités et est appliquée comme une règle impérative. Ainsi, le législateur
n’est intervenu que pour en interdire les abus10.
6 Quant à la jurisprudence, et bien que son admission comme source du droit soit
discutée, elle s’entend dans les systèmes juridiques de tradition romano-germanique
comme « l’ensemble des solutions apportées par les décisions de justice dans
l’application du droit notamment dans l’interprétation de la loi quand celle-ci est
obscure ou dans la création du droit quand il faut compléter la loi, suppléer une règle
qui fait défaut11 ». Le droit apparaît dans cette hypothèse comme l’émanation des
décisions de justice. Pour ce qui est de la doctrine, elle est « l’opinion communément
professée par ceux qui enseignent le droit, ou même ceux qui, sans enseigner, écrivent
sur le droit12 ».
7 Toutes ces sources font intervenir divers acteurs dans la création de la norme
juridique : le législateur, la collectivité nationale, le juge et les auteurs savants. L’avocat
pour sa part est un auxiliaire de justice dont le rôle traditionnel est la défense des
intérêts des personnes en justice. Cette mission classique s’est élargie au fil du temps de
sorte que de nos jours, non seulement l’avocat assiste et représente les parties en
justice, mais il intervient également dans les procédures extrajudiciaires et parfois
même en l’absence de tout contentieux ou pour prévenir celui-ci. À ce propos,
l’article 1er de la loi n o 90/059 du 19 décembre 1990 portant organisation de la
profession d’avocat au Cameroun dispose :
La profession d’avocat est une profession libérale qui consiste, contre
rémunération, à (1) assister et représenter les parties en justice, postuler, conclure
et plaider, donner des consultations juridiques ; (2) poursuivre l’exécution des
décisions de justice, notamment engager et suivre toute procédure extrajudiciaire,
recevoir les paiements et donner quittance, accomplir aux lieu et place d’une des
parties des actes de procédure.
8 À l’analyse, on pourrait résumer la mission de l’avocat à celle d’un mandataire 13 ou
encore d’un prestataire de services. Dans ce cadre, il est astreint au respect scrupuleux
des lois et règlements en vigueur et en sollicite l’application au bénéfice de son client.
Mais il participe également à la création d’un ensemble de règles. C’est le cas lors de la
rédaction des actes tels que les statuts des sociétés ou des associations, les contrats, etc.
Ces règles peuvent être considérées comme des règles de droit à caractère infra-
étatique14.
13 Par droit prétorien, l’on désigne l’ensemble des règles de droit qui émanent des cours
et tribunaux. De facto, il existe des règles positives qui ont été érigées par les décisions
de justice et non par le législateur. Cela permet de conclure à l’existence d’un droit
prétorien et à la reconnaissance de la jurisprudence comme source créatrice du droit
(1.1.1). Cependant, contrairement aux idées reçues, le droit prétorien n’est pas
uniquement l’œuvre des juges, mais davantage celle de l’institution judiciaire dans son
ensemble (1.1.2).
14 En droit privé comme en droit public, les décisions de justice ne sont plus uniquement
de simples vecteurs d’application des règles positives, mais elles revêtent parfois un
caractère normatif.
15 L’objection régulièrement faite au pouvoir normatif de la jurisprudence est nourrie par
les dispositions de l’article 5 du Code civil16 aux termes desquelles « il est défendu aux
juges de prononcer par voie de disposition générale et réglementaire sur les causes qui
leur sont soumises ». Cette position du législateur, qui est restée constante depuis 1804,
traduit l’idée selon laquelle les juges ne doivent pas créer des règles de portée générale
devant régir la vie en société. Cette prohibition des « arrêts de règlement » permet de
dire que le juge ne détient aucun pouvoir normatif, rôle réservé aux organes législatifs
et administratifs.
16 Cette disposition du Code civil tire son origine de la Révolution française et s’inscrit
dans le prolongement du principe de la séparation des pouvoirs systématisé par John
Locke17. Ainsi, pour assurer une meilleure organisation sociale, « aucun (pouvoir) ne
doit franchir ses limites18 », d’où l’interdiction faite au juge de s’ériger en législateur.
17 Cependant, dans l’exercice de ses missions, le juge se heurte quelques fois à une « crise
législative19 » qui se révèle par l’inadaptation de certaines règles aux faits qu’elles
régissent, l’obsolescence, l’obscurité et même le silence de la loi. Cette crise est bien
réelle, même si certains auteurs tentent de la minimiser.
18 La difficulté du juge est exacerbée par l’obligation qui lui est faite de statuer même en
cas de silence de la loi. C’est l’exigence que pose l’article 4 du Code civil en énonçant :
« le juge qui refusera de juger, sous prétexte du silence, de l’obscurité ou de
l’insuffisance de la loi, pourra être poursuivi comme coupable de déni de justice ». Cette
disposition qui contraint le juge à statuer même lorsque la loi est muette sur une
question donnée enferme le juge dans un labyrinthe dont il ne pourra se sortir que par
des prouesses prétoriennes.
19 La solution jadis proposée pour résoudre cette difficulté fut la mise en place d’une
procédure de référé législatif20 qui a très vite été abandonnée. C’est ainsi que les juges
ont appris à suppléer les faiblesses de la loi à tel point que l’on assiste aujourd’hui à la
création de règles prétoriennes pouvant s’appliquer à plus d’une espèce.
20 L’une des caractéristiques de la règle de droit est sa généralité. Pour l’appliquer aux cas
particuliers, le juge a parfois besoin de l’interpréter. Dans ce cas, on parle de
jurisprudence secundum legem parce qu’elle seconde la loi en précisant le sens des textes
généraux. Par la définition des concepts, les juges peuvent aboutir à de véritables
créations normatives. Ainsi, l’interprétation est créatrice du droit dans la mesure où
c’est elle qui donne un sens à la règle de droit, précise les contours des principes, limite
l’application des principes à certaines hypothèses en créant des exceptions, etc. À titre
d’illustration, lorsque le législateur camerounais a recours à l’expression « bon père de
famille21 » pour qualifier les soins qu’un locataire doit apporter aux lieux loués, il ne
précise pas l’étendue des obligations qui rentrent dans cette qualification. C’est
également le cas de la notion pénale d’outrage à la pudeur22 et bien d’autres que l’on
retrouve dans le Code pénal camerounais. Dans tous ces cas, la tâche revient au juge
qui, à l’occasion d’un procès, doit préciser les contours de chacun de ces concepts.
21 Au-delà de l’interprétation issue des décisions de justice, les juges interprètent
également les règles de droit dans le cadre des avis émis en l’absence de tout litige.
C’est une pratique courante à la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA). En
effet, aux termes de l’article 14 du Traité relatif à l’harmonisation en Afrique du droit
des affaires :
La Cour commune de justice et d’arbitrage assure l’interprétation et l’application
communes du Traité ainsi que des règlements pris pour son application, des actes
uniformes et des décisions. La Cour peut être consultée par tout État partie ou par
le Conseil des ministres sur toute question entrant dans le champ de l’alinéa
précédent. La même faculté de solliciter l’avis consultatif de la Cour est reconnue
aux juridictions nationales…
22 Bien que consultatifs, ces avis ont le mérite de préciser le contenu des textes
communautaires.
23 Pour limiter la tendance normative de la jurisprudence, le législateur a parfois recours
aux lois interprétatives ou procède à la définition des concepts. Cependant, les
définitions légales qui épousent la généralité de la règle de droit ne sauraient saisir
toutes les hypothèses pratiques. Le juge conserve donc son rôle d’interprétation de la
règle de droit.
24 En plus de l’interprétation, il existe des situations où le juge doit combler un vide
législatif, on parle alors de jurisprudence praeter legem, puisqu’elle « s’établit, à défaut
de texte, dans le silence de la loi, pour combler une lacune de la loi écrite 23 ». En effet,
lorsque le législateur n’a rien prévu sur une question donnée et que le juge doit
trancher un litige concernant cette matière, son obligation de statuer le contraint à
combler cette insuffisance en créant la règle applicable. Le juge ne crée cependant pas
ex nihilo, il aura recours tantôt aux principes généraux du droit, à la coutume, ou aux
textes juridiques régissant les situations voisines et parfois même au droit comparé.
Cette suppléance passe également par l’adaptation de la loi à l’évolution des mœurs, car
« il faut que la loi, grâce à la jurisprudence, s’adapte aux progrès des temps et à
l’évolution historique elle-même24 ».
25 Il est cependant à noter que la jurisprudence à valeur contraignante est construite par
les arrêts de principe des juridictions suprêmes, sous réserve d’éventuels revirements.
Lorsque celles-ci adoptent une position sur une question de droit donnée, les
juridictions inférieures ont l’obligation de s’aligner sur ladite position 25.
26 Moins probable est l’hypothèse d’une jurisprudence contra legem, c’est-à-dire celle dont
la teneur serait contraire aux dispositions légales en vigueur. Même lorsqu’un texte
tombe en désuétude, une telle solution heurterait gravement les principes
fondamentaux de notre système juridique.
27 Dans les systèmes de la common law, la normativité de la jurisprudence est beaucoup
plus appuyée, étant entendu que ce système n’est pas fondamentalement d’essence
textuelle. Dans ce contexte, c’est la force des précédents qui crée le droit. C’est la règle
du stare decisis26 qui postule que les décisions des juridictions supérieures font
jurisprudence et les principes généraux qui y sont dégagés sont des règles prétoriennes
obligatoires pour les juridictions inférieures. Il est vrai que cette règle n’est pas
appliquée dans toute sa rigueur, en raison de divers assouplissements, mais il est
constant que dans la common law, elle joue un rôle fondamental dans le système
juridique.
28 Le droit administratif, quant à lui, tout au moins celui issu de la tradition juridique
française, est essentiellement de création jurisprudentielle. De grands arrêts français 27
ont forgé le contenu du droit administratif actuel. De même au Cameroun, la
jurisprudence administrative a forgé les principes fondamentaux du droit
administratif28.
29 Selon une idée communément admise, le droit prétorien, mieux la jurisprudence, est le
droit du juge, entendu comme magistrat du siège qui tranche les litiges opposant les
citoyens entre eux, ou ceux dans lesquels l’État est partie. Cette conception suppose que
les règles jurisprudentielles sont une création du juge seul et se justifie par le fait que
ce dernier est le dépositaire de l’imperium dont il se sert pour rendre des décisions
ayant vocation à s’imposer aux parties en procès.
30 On parle de droit du juge parce qu’il s’agit des règles élaborées dans le cadre des
décisions de justice et qui ont vocation à s’appliquer à diverses espèces. Ainsi,
l’interprétation des règles existantes et les solutions nouvelles qui ressortent des
décisions de justice sont des options que le juge arrête de sa seule autorité, étant
entendu qu’il statue d’après la loi et son intime conviction.
31 Il est sans conteste que la mission du juge est de rendre la justice par application du
droit, et qu’au cours de sa mission, il est appelé à suppléer le vide et l’obscurité de la loi.
Cependant, la justice est rendue dans le cadre d’un procès faisant intervenir plusieurs
acteurs aux principaux rangs desquels se trouve l’avocat. Ces acteurs concourent tous
au rendu de la justice, de sorte que la décision qui est prise n’est que le fruit d’une riche
collaboration entre tous les acteurs de la justice.
32 À titre d’illustration, dans un procès, les parties apportent les faits, les avocats donnent
à ces faits une coloration juridique et le juge, en considérant la loi et son intime
conviction, adopte la solution finale. Mais l’intime conviction du juge ne naît pas ex
nihilo, elle est parfois la conséquence des développements juridiques que lui proposent
les avocats ou les parties elles-mêmes.
33 Cette synergie d’actions exige que l’on parle, s’agissant de la jurisprudence, non pas du
droit du juge, mais plutôt du droit de l’institution judiciaire ; d’un droit « débattu »
entre les différents acteurs de la chaîne judiciaire. Cette concertation, bien qu’elle ne
soit pas unanime, est utile au rendu de la décision finale. En fait, le juge n’est que le
symbole, mieux, le porte-parole de l’institution judiciaire. Ainsi, les solutions nouvelles
décidées dans le cadre d’un procès et même le sens donné aux textes de droit sont
généralement le fruit de diverses contributions dont le juge en assure la synthèse. C’est
sans doute en référence à tous les autres acteurs du secteur judiciaire et au-delà que
François Gény parlait en son temps de « tous ceux qui contribuent à l’élaboration de la
jurisprudence29 ».
34 Cette notion de droit de l’institution judiciaire pourrait également se concevoir en
partant de la théorie des pouvoirs de l’État. En effet, il est traditionnellement admis que
trois pouvoirs cohabitent à l’intérieur d’un État : le législatif qui édicte des lois,
l’exécutif qui exécute les lois et le judiciaire qui sanctionne la violation de la loi. On
constate que chacun de ces pouvoirs édicte des règles qui s’imposent aux citoyens, car
la capacité de donner des injonctions est inhérente à la notion de pouvoir. C’est ainsi
que l’exécutif prend des règlements, le législatif adopte les lois et le judiciaire rend les
décisions de justice. Ces décisions de justice, surtout celles qui contiennent l’énoncé des
principes, sont de ce fait les règles édictées par le pouvoir judiciaire. En effet, on ne
saurait parler de droit du juge, pas plus que du droit du président de la République,
mais bien du droit de l’institution judiciaire.
35 Vu sous cet angle, l’on peut utilement s’interroger sur le rôle de l’avocat, acteur du
système judiciaire, dans la création du droit prétorien.
36 Il est admis que le droit prétorien ou droit de l’institution judiciaire est essentiellement
composé de règles interprétatives et supplétives en cas de silence de la loi. Dans le
processus de création de la norme jurisprudentielle, l’avocat intervient au moins à deux
niveaux : d’abord en proposant l’interprétation des règles légales (1.2.1), ensuite, en
suggérant des règles supplétives le cas échéant (1.2.2).
37 Dans la pensée commune, le rôle de l’avocat se limite à conseiller et défendre son client
dans le cadre d’un procès et parfois en dehors ; l’avocat est donc considéré comme un
professionnel ne lésinant pas sur les moyens toutes les fois que les intérêts de son client
sont menacés. En effet, dans cette conception, il est difficile pour l’avocat de sacrifier la
défense de son client dont il perçoit les honoraires, pour œuvrer pour le triomphe du
droit.
38 Cette conception du rôle de l’avocat est parcellaire, car lorsque l’on examine avec soin
les valeurs du serment30 qu’il prête, il est facile de se rendre compte que ce serment
« n’est plus le serment d’un auxiliaire de justice, mais celui d’un chevalier du droit et de
la justice dont les fonctions sont d’abord de défendre et de protéger l’homme dans tous
les aspects de sa vie31… » Dans cette posture de défenseur de l’homme et de la dignité
humaine, l’avocat est appelé à proposer au juge une interprétation législative qui va
dans le sens de la plus grande protection possible.
39 En effet, à l’occasion d’une plaidoirie ou d’un mémoire, non seulement l’avocat
présente les faits qui opposent les parties en procès, mais encore, en tant que praticien
du droit, il donne à ces faits une qualification juridique et les met en relation avec les
textes qui les régissent. Ainsi, l’article 53 (2) de la loi n o 2006/016 du 29 décembre 2006
portant organisation et fonctionnement de la Cour suprême du Cameroun pose comme
exigence : « le mémoire ampliatif, dûment timbré par feuillet, doit articuler et
développer les moyens de droit invoqués à l’appui du pourvoi ». Il s’agit d’une
obligation faite au demandeur au pourvoi de développer, non seulement, les faits de
l’espèce, mais surtout, les textes au soutien de son pourvoi. Il est clair qu’en faisant de
tels développements, l’avocat – la constitution d’un avocat étant obligatoire devant la
Cour suprême – fait œuvre d’interprétation de la loi.
40 En réalité, l’avocat suggère généralement au juge le sens à donner à un texte obscur, et
c’est parfois au terme d’une confrontation d’arguments entre plusieurs avocats
qu’apparaît la solution adoptée par le juge. Il est également courant que le juge statue
par adoption des motifs que lui suggère un avocat.
41 À partir de cet instant, la maxime jura novit curia32 est à relativiser, étant entendu que
les plaideurs n’apportent plus uniquement les faits, mais également proposent une
interprétation de la loi, et dans certains cas, la loi leur fait obligation d’articuler et de
développer leurs prétentions.
42 L’avocat contribue également à l’interprétation des règles de droit à travers le
mécanisme de l’amicus curiae qui est un « mécanisme procédural par lequel un tribunal
invite ou autorise une personne ou une entité à participer à une instance existante
entre les parties afin qu’elle lui fournisse des informations susceptibles d’éclairer son
45 Il est sans conteste que la mission de l’avocat consiste à défendre les intérêts de son
client. À ce titre, l’avocat est au fait de la législation qui devrait régir la situation de son
client. C’est à l’occasion de sa défense que l’avocat, le premier, constate l’absence de
législation ou alors l’inapplicabilité de la législation existante à une situation
particulière.
46 Face à un tel constat, et compte tenu de l’impératif de défense de son client, l’avocat se
trouve obligé d’examiner l’ensemble du droit positif, de procéder au raisonnement par
analogie ou a contrario, de tenir compte de la nécessaire protection de la dignité
humaine et des principes généraux du droit pour proposer des règles ayant vocation à
s’appliquer.
47 Ainsi, l’avocat suggère au juge une démarche et un raisonnement permettant la
création de règles supplétives en cas de silence de la loi sur une question donnée, et en
attendant que le législateur légifère sur ce point. Par sa diligence et son analyse
juridique approfondie, l’avocat éclaire le juge quant aux principes juridiques auxquels
le tribunal peut avoir recours pour trancher une espèce. On peut donc dire que l’avocat
provoque des précédents que l’application transforme progressivement en
jurisprudence.
48 De ce qui précède, il ressort que l’avocat est un acteur essentiel dans la création
prétorienne du droit, car il propose non seulement des interprétations de la loi en cas
d’obscurité de celle-ci, mais également, il suggère des règles supplétives le cas échéant.
Mais cette contribution ne se limite pas au droit de création jurisprudentielle, l’avocat
inspire de plus en plus la règle légale.
Au Cameroun, par exemple, seuls les députés et sénateurs ont compétence pour
adopter des lois35. Cependant, le processus d’élaboration et d’adoption de la loi fait
intervenir plusieurs acteurs et l’avocat, qui est un acteur majeur de l’État de droit, y
occupe une place importante. En tant que professionnel du droit, il intervient tantôt de
manière active (2.1), tantôt en proposant simplement des évolutions souhaitables de la
norme (2.2).
50 L’avocat intervient parfois dans la conception à titre principal des avant-projets de loi
(2.1.1) ou lorsque le Barreau est consulté pour donner son avis sur une réforme
législative envisagée (2.1.2).
55 D’autre part, l’Ordre des avocats peut prendre l’initiative de rédiger un avant-projet de
texte ou un amendement pour le soumettre au gouvernement en vue de sa présentation
au Parlement. Cela est généralement le cas en ce qui concerne les lois touchant à
l’organisation de la profession d’avocat. Dans ce sens, on peut citer la proposition de
modification de la loi no 90/059 du 19 décembre 1990 portant organisation de la
profession d’avocat, formulée par le Conseil de l’Ordre des avocats au Barreau du
Cameroun en sa session du 27 juillet 2002 et transmise au ministère de la Justice pour
suite à donner.
56 Même lorsque l’avocat ne participe pas à la rédaction du projet de loi, il arrive que
l’Ordre des avocats soit consulté et associé à la finalisation des textes avant leur
transmission au Parement.
57 Il s’agit de la situation où l’avocat n’a pas conçu le texte en débat, mais est consulté
pour son perfectionnement. En effet, dans les pays modernes, l’Ordre des avocats est un
acteur de premier rang de la société civile. C’est un acteur dont la voix compte dans le
débat public. Certes, aucune loi ne fait obligation au gouvernement de consulter le
Barreau avant l’adoption d’une loi. Cependant, il est de pratique courante que les
gouvernants consultent divers acteurs pour se prémunir contre l’impopularité des
mesures envisagées. Dans ce cadre, l’organisation professionnelle des avocats est
sollicitée pour son expertise et sa maîtrise des besoins des citoyens. Par cette
consultation, on reconnaît aux avocats, non plus simplement un rôle de conseil des
intérêts privés, mais un rôle fondamental dans la création des règles ayant vocation à
régir la société. Cette intégration dans le processus de création de la norme permet à
l’avocat de l’incliner dans le sens des idéaux de justice et d’équité qui fondent le
serment qu’il prête.
58 À titre d’illustration38, on observera que le Barreau du Cameroun a été représenté par
les conseillers Charles Tchoungang et Sylvestre Mben à l’atelier de validation de
l’avant-projet de loi sur les violences faites aux femmes qui s’est tenu les 28 et 29 avril
2004. Au cours de cet atelier, une contribution écrite du Barreau du Cameroun a été
remise au ministre de la Condition féminine, exposant les réserves et suggestions des
avocats sur la loi en préparation. De même le 21 juin 2004, l’Ordre des avocats a été
représenté par maître Sylvestre Mben, membre du Conseil de l’Ordre, durant une
réunion au ministère des Finances et du Budget dont l’objet était l’examen du projet de
loi portant sur la création de la Caisse des Dépôts et consignation. Au cours de cette
autre réunion, le Barreau du Cameroun a formulé un ensemble d’observations allant
dans le sens d’une meilleure écriture de la loi en projet.
59 On peut toutefois déplorer qu’une telle consultation ne soit pas systématique dans le
cadre du débat législatif au Cameroun, et parfois, même lorsque l’Ordre des avocats est
consulté, les pouvoirs publics lui impartissent des délais très brefs 39 pour faire ses
observations. Cela ne favorise pas un travail sérieux et crédible. En effet, l’Ordre des
avocats devrait systématiquement être consulté, surtout lorsqu’il s’agit des lois
relatives à l’organisation et aux procédures judiciaires et celles relatives aux droits de
l’homme et libertés publiques.
60 Quelquefois, même sans avoir été officiellement consulté, le Barreau peut décider de
s’inviter au débat et faire des propositions relatives à un projet de loi en débat. Cela
63 On pourrait objecter que proposer une évolution souhaitable ce n’est pas créer la
norme. Cela est vrai, car pour créer une règle de droit, il faut avoir l’autorité
nécessaire, et l’avocat n’est pas investi d’un pouvoir créateur. Cependant, la création
d’une règle de droit naît d’une idée, d’une proposition, qui, bien élaborée, prend la
forme d’un projet de texte dont l’adoption par l’autorité compétente en fait une norme
à valeur contraignante. Cela signifie que la proposition est une contribution essentielle
dans le processus de création de la norme juridique.
64 En Afrique, de nombreux auteurs s’accordent pour dénoncer l’inadaptation 42,
l’obsolescence et parfois l’insuffisance des textes juridiques. Ces auteurs formulent des
propositions concrètes qui parfois éclairent les juges, et dans certains cas, sont
consacrées par le législateur. L’avocat intervient dans ce cadre, parce qu’investi de
l’autorité et l’expertise nécessaire pour faire de telles propositions (2.2.1) et dans la
pratique, on constate que l’avocat assume de manière concrète cette mission de
prospective juridique (2.2.2).
NOTES
1. Sur ce débat, voir Fréderic Zenati, « Clore enfin le débat sur la jurisprudence aujourd’hui »,
RTD civ. 1992, p. 359 ; Guy Canivet, « Activisme judiciaire et prudence interprétative.
Introduction générale », Arch. phil. dr. 2007, t. L, p. 9-31 ; Jean-Louis Bergel, « Nature et rôle de la
jurisprudence dans les systèmes juridiques », RRJ 1994-4 ; Pâquerette Girard, « L’évolution du rôle
des juges », Les Cahiers de droit, vol. 42, no 3, 2001, p. 361-371 ; Jean Gatsi, « La jurisprudence,
source du droit OHADA », RID comp. 2012, vol. 64, p. 477-500.
2. En 1787 déjà, Emmanuel Kant constatait que « les jurisconsultes cherchent encore une
définition pour leur concept du droit » (Critique de la raison pure, dans Œuvres philosophiques, Paris,
Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1980, t. I, p. 1311, cité par Simone Goyard-Fabre, Les
embarras philosophiques du droit naturel, Paris, Vrin, 2002, p. 10). À une époque plus récente,
Herbert Hart a attesté de la complexité intrinsèque et dialectique du phénomène juridique, rendu
particulièrement malléable par sa texture ouverte. Lire à ce sujet : Herbert Lionel Adolphus Hart,
Le concept de droit [1961], Bruxelles, PUSL, 1976, p. 160-161. Pour sa part, le doyen Vedel qualifie le
concept « droit » d’indéfinissable (« Définir le droit », Droits, n o XI, 1990, p. 67-71).
3. Adage juridique latin que l’on traduit en français par : « où il y a une société, il y a le droit. » Il
signifie que le droit est inhérent à l’organisation sociale et est un élément essentiel permettant
d’appréhender la vie commune en société.
4. Gérard Cornu (dir.), Vocabulaire juridique, 9e éd., Paris, PUF, 2011, p. 825.
5. Bernard Cubertafond, La création du droit, Paris, Ellipses, 1999, p. 5 et suiv. Cet auteur oppose
deux approches de la création du droit : celle dite positiviste qui limite la création de la norme
juridique aux sources formelles, et celle, dite génétique, qui est une approche causale et
transversale, reconnaissant l’apport d’autres acteurs dans le processus de création du droit.
6. Georges Ripert, Les forces créatrices du droit, 2e éd., Paris, LGDJ, 1955.
7. Victor Emmanuel Bokalli, « La coutume, source de droit au Cameroun », Revue générale de droit,
vol. 28, no 1, 1997, p. 39.
8. Gérard Cornu, op. cit., p. 280. Sur la coutume comme source du droit, lire également : Célestin
Sietchouadjuitchoko, « Du nouveau pour la coutume en droit positif camerounais : la
constitutionnalisation de la coutume et ses conséquences », Revue juridique Thémis, n o 34, 2000,
p. 131-157 ; François Anoukaha et Stanislas Melone, « Le Code civil contre la coutume : la fin
d’une suprématie. À propos des effets patrimoniaux du mariage », Revue camerounaise de droit,
1972, p. 12 ; Lisette Elomo Ntonga et Siméon Ombiono, Tendances jurisprudentielles et doctrinales des
droits des personnes et de la famille de l’ex-Cameroun oriental, Université de Yaoundé, 1990, p. 4-20.
9. Sur cette question, Siméon Ombiono, « Le mariage coutumier dans le droit positif
camerounais », Penant, 1989, p. 32 et suiv.
10. Le législateur camerounais, sans réglementer cette pratique, l’a encadrée en érigeant
l’exigence abusive de la dote au rang d’infraction pénale (C. pén., art. 357).
11. Gérard Cornu, op. cit., p. 587 ; cette conception de la jurisprudence se retrouve dans les écrits
de Fréderic Zenati, La jurisprudence, Paris, Dalloz, 1991.
12. Gérard Cornu, op. cit., p. 360 ; Philippe Malaurie, « Rapport français sur la doctrine », Les
réactions de la doctrine à la création du droit par les juges. Journées italiennes de Florence, Paris,
Economica, 1982, p. 89.
13. Jean-Marie Burguburu (dir.), « L’activité de l’Avocat mandataire en transactions : le mandat
en transactions immobilières », Les cahiers du Conseil national des barreaux, 2 e éd., Paris,
octobre 2014, p. 11 et suiv. Dans cet article, l’auteur affirme que « l’avocat, professionnel du droit,
est le mandataire naturel qui accompagne ses clients dans tous les actes de la vie civile ».
14. Certains auteurs refusent à cette catégorie de règles le statut juridique. Pour la doctrine
moniste, elles ne prennent le caractère juridique que si elles sont reconnues par le droit étatique.
Sur cette controverse, voir Jacques Chevallier, « Souveraineté et droit », Les évolutions de la
souveraineté, Paris, LGDJ, 2006, p. 206 et suiv.
15. Lire à ce sujet : François Ost, Dire le droit, faire justice, Bruxelles, Bruylant, 2007, tout
spécialement, la section consacrée au rôle du juge, p. 103 et suiv.
16. Le Code civil camerounais est une version du Code civil français tel qu’appliqué au 1 er janvier
1960, année de l’indépendance du Cameroun, qui jadis était sous tutelle des Nations Unies
assurée par la France. Depuis lors, ce texte n’a connu quasiment aucune modification, et le projet
de réforme amorcé depuis les années 90 est toujours en cours.
17. Le principe de la séparation des pouvoirs a été théorisé par John Locke, dans son « Second
Traité du gouvernement civil » de 1690 puis repris par Montesquieu dans son ouvrage De l’esprit
des lois. Ce principe postule que les trois fonctions principales de l’État à savoir l’exécutif, le
législatif et le judiciaire doivent être exercées par un organe différent.
18. Jean-Étienne-Marie Portalis, « Discours préliminaire sur le projet de Code civil », Écrits et
discours juridiques et politiques, Aix-en-Provence, PUAM, 1998, p. 77.
19. Cette crise législative se manifeste différemment selon les contextes. Dans les pays européens
notamment en France, la crise de la loi est caractérisée par une inflation de la production
législative. C’est ce que montre Pierre Albertini dans La crise de la loi : déclin ou mutation ?, Paris,
LexisNexis, 2015. En Afrique et au Cameroun particulièrement, se pose le problème de la pénurie
de lois avec ses corollaires que sont l’inadaptation et la l’obsolescence des normes. Plusieurs
auteurs dénoncent ce phénomène sous l’appellation de l’insécurité juridique. Pour Félix Onana
Etoundi, s’agissant de la situation d’avant la mise en place de l’Organisation pour l’harmonisation
en Afrique du droit des affaires (OHADA), « l’insécurité juridique s’explique notamment par
l’obsolescence des textes juridiques hérités du législateur colonial et toujours en vigueur pour la
plupart, bien que ne correspondant plus à l’expérience d’harmonisation des lois en Afrique »
(« Les expériences d’harmonisation des lois en Afrique », Revue de l’ERSUMA, n o 1, juin 2012, p. 17).
20. La technique du référé législatif était composée de deux éléments : d’une part, l’interdiction
faite au juge de procéder à une activité d’interprétation de la loi ; d’autre part, l’obligation de se
référer au législateur toutes les fois que le juge croit nécessaire d’interpréter une loi ou d’en faire
une nouvelle.
21. Cette notion a disparu en droit français. Dans un premier temps, une loi de 1982 a remplacé
l’obligation de jouir des locaux en bon père de famille en celle d’user paisiblement de la chose
louée. En 2014, l’Assemblée nationale a décidé de supprimer l’expression « bon père de famille »
du droit français, en la remplaçant par le terme raisonnable. Mais en droit OHADA par exemple,
cette expression est encore en vigueur, notamment à travers l’art. 101 de l’acte uniforme OHADA
portant droit commercial général qui prévoit que le preneur d’un bail à usage professionnel doit
jouir des locaux en bon père de famille.
22. L’art. 295 du Code pénal camerounais dispose ; « 1) Est puni d’un emprisonnement de quinze
jours à deux ans et d’une amende de 10 000 à 100 000 francs ou de l’une de ces deux peines
seulement celui qui, même dans un lieu privé, commet un outrage à la pudeur en présence d’une
personne de l’un ou l’autre sexe non consentante. » Dans cet énoncé, le législateur ne prend pas
le soin de définir ce qu’est un outrage à la pudeur, alors même que s’agissant d’une infraction,
tous les éléments constitutifs doivent être déterminés.
23. Gérard Cornu, op. cit.
24. Raymond Saleilles, note sous arrêt Tefaine, Cass. civ., 16 juin 1896, D. 1897. 1. 433.
25. L’art. 35(i) de la loi n o 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le
fonctionnement de la Cour suprême du Cameroun érige le non-respect de la jurisprudence de la
Cour suprême statuant en sections réunies d’une chambre ou en chambres réunies en un cas
d’ouverture à pourvoi.
26. Expression d’origine latine qui littéralement signifie « rester sur la décision ». Ce principe
veut que le juge utilise un même raisonnement que celui utilisé antérieurement pour des faits
similaires. Voir Thomas Burns, The Doctrine of Stare Decisis, 1893, thèse, Ithaca, Historical Cornell
Law School, « Historical Theses and Dissertations ».
27. Parmi ces grands arrêts, on peut citer l’arrêt Blanco, par lequel le Tribunal des conflits a
consacré le 8 février 1873 en droit administratif français le principe de la responsabilité de l’État
à raison des dommages causés par des services publics et la compétence de la juridiction
administrative pour en connaître. Voir Philippe Cossalter, « Les grands arrêts de la jurisprudence
administrative », mémoire de DEA, université de Paris II, http://www.cossalter.net/cossalter/
docs/memoire_DEA_GAJA_cossalter.pdf. On cite également l’arrêt Nicolo par lequel le Conseil
d’État a décidé de contrôler la compatibilité d’une loi avec les stipulations d’un traité, même
lorsque la loi est postérieure à l’acte international en cause, abandonnant ainsi la théorie de la
loi-écran. On citera également l’arrêt bac d’Eloka qui a consacré en droit administratif français la
notion de service public administratif et commercial. Voir Sandrine Garceries, L’élaboration d’une
notion juridique de service public industriel et commercial, thèse, université de Cergy-Pontoise, février
2010.
28. Au Cameroun, plusieurs arrêts célèbres ont consacré les principes essentiels du droit
administratif. En guise d’illustration, on peut citer l’arrêt Abraham Mve Ndongo par lequel la
Cour fédérale de justice, définissant les éléments constitutifs de voie de fait administrative, a
considéré « des actes tellement irréguliers qu’ils perdent le caractère administratif » et qui sont
« manifestement insusceptibles d’être rattachés à l’exercice d’un pouvoir appartenant à
l’administration ». Voir François-Xavier Mbouyom, Recueil des grands arrêts de la jurisprudence
administrative de la Cour fédérale de justice, Yaoundé, SODEAM, 1971, p. 110.
29. François Gény, Science et technique en droit privé positif : Nouvelle contribution à la critique de la
méthode juridique, Paris, Syrey, 1922, p. 73.
30. Au Cameroun, le serment que prête l’avocat est le suivant « Je jure comme avocat d’exercer
mes fonctions de défense et de conseil en toute indépendance avec dignité, conscience, probité et
humanité conformément aux règles de ma profession et dans le respect des cours et tribunaux et
des lois de la République », ce serment est prévu à l’art. 15 de la loi n o 90/059 du 19 décembre
1990 portant organisation de la profession d’avocat.
31. Patrick Michaud, « Le serment de Badinter : un socle pour notre développement
économique », https://www.labase-lextenso.fr/gazette-du-palais/GP20060905001.
32. Principe fondamental de procédure civile qui postule que le juge est autonome dans la
recherche du droit applicable à une espèce, les parties se limitant à exposer les faits. Voir Laurent
Pennec, L’adage « jura novit curia » dans le procès civil, émergence et évolution contemporaine, thèse,
université de Toulon, 2010.
33. Séverine Menetrey, L’amicus curiae, vers un principe de droit international procédural ?, Paris,
Dalloz, « Nouvelle bibliothèque de thèses », 2010, p. II.
34. Thomson Carswell, The Dictionary of Canadian Law, 3 e éd., Scarborough, Carswell, 2004.
35. On n’oublie pas l’hypothèse des ordonnances que peut prendre le président de la République
dans le domaine de la loi, sur autorisation du Parlement et conformément à l’art. 28 de la
Constitution du Cameroun.
36. À ce sujet, maître Michel Guenaire, avocat associé chez Gide-Loyrette-Nouel faisait la
confession suivante : « Mon cabinet a sans doute acquis sa notoriété durant le premier septennat
de François Mitterrand. Jean Loyrette, l’un des trois fondateurs, a commencé à préparer un
certain nombre d’amendements pour les députés de droite… » Propos rapportés par Mathilde
Goanec, « Quand les avocats d’affaires écrivent les lois », Le Monde diplomatique, n o 706, janvier
2013, p. 21.
37. Ibid., p. 20-21. Dans cet article, l’auteure constate qu’« outre le conseil technique ou
stratégique, les ministères peuvent aussi appeler des cabinets d’avocats à la rescousse lors de la
préparation de projets de loi ».
38. Le Bulletin du bâtonnier, janvier-août 2004, p. 20-21.
39. Le 22 juin 2016, le ministre camerounais de la Justice affirmait lors des questions orales à
l’Assemblée nationale : « Le 21 novembre 2011, le vice-premier ministre, alors ministre de la
Justice, a saisi l’Ordre des avocats dans le cadre du projet de loi portant Code pénal. Ces derniers
étaient appelés à apporter des observations sur le document au plus tard le 28 novembre de la
même année » (La Nouvelle Expression, 23 juin 2016).
40. Le 13 juin 2016, le gouvernement camerounais a présenté un projet de réforme du Code pénal.
Réagissant à cette actualité, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats au Barreau du Cameroun a estimé
que le Barreau n’avait pas été associé à la conception d’un texte aussi important et a convoqué
une session extraordinaire du Conseil de l’ordre pour définir la position du Barreau en rapport
avec le texte en débat au Parlement. À l’issue de cette session, le Conseil de l’ordre des avocats a
adopté un mémorandum contenant diverses propositions relatives au texte en débat, lequel a été
transmis au ministre de la Justice, au président de l’Assemblée nationale ainsi qu’au président du
Sénat.
41. Cette tendance s’observe en France depuis des années et est rapportée par Laurent Willemez,
« La “République des Avocats”. 1848 : Le mythe, le modèle et son endossement », dans Michel
Offerle, La profession politique, Paris, Belin, 1999, p. 201-229. Au Cameroun, la dynamique est moins
affirmée, mais l’on note néanmoins quelques avocats parlementaires.
42. Vincent Zakane, « Problématique de l’effectivité du droit de l’environnement en Afrique : cas
du Burkina Faso », dans Laurent Granier (dir.), Aspects contemporains du droit de l’environnement en
Afrique de l’Ouest et Centrale, Gland, UICN, 2008, p. 25. Dans cet article, l’auteur présente
l’inadaptation des lois comme une cause essentielle de l’ineffectivité de la règle de droit. Lire
également Josette Nguebou Toukam, « Les universitaires et l’émergence du droit camerounais »,
Les Cahiers de droit, vol. 42, no 3, 2001, p. 527 et suiv.
43. Bénédicte Bury, « Quel est le rôle de l’avocat dans la création de la norme par le politique ? »,
https://benedictebury.fr/wp-content/uploads/2018/07/Quel-est-le-role-de-l-avocat-dans-la-
creation-de-la-norme-par-le-politique.pdf.
44. À titre d’illustration, le Code civil consacre une inégalité entre l’enfant légitime et l’enfant
naturel, alors même que la Convention internationale sur les droits de l’enfant ratifiée par le
Cameroun ne prévoit guère pareille inégalité. Dans les palais de justice, plusieurs plaidoiries
appellent chaque jour à internaliser cette convention. Malheureusement, certains juges
préfèrent encore appliquer la loi nationale, bien qu’elle soit contraire à la Convention qui a
pourtant valeur supra légale.
45. Bernard Cubertafond, op. cit., p. 117.
RÉSUMÉS
La création du droit est un processus qui fait intervenir divers acteurs et l’avocat y apporte une
contribution précieuse dans le cadre de son exercice professionnel. En tant que gardien du
respect de la règle de droit, il prête son concours à l’interprétation du droit positif et à l’adoption
des règles supplétives par le juge. En tant qu’acteur de l’État de droit, il prend part au débat
législatif et à ce titre, il relève les limites et les insuffisances de la norme et propose les réformes
nécessaires pour son amélioration. Dans ce sens l’avocat, sans abandonner les prétoires, participe
de manière efficace à la germination et à la création de la règle de droit.
Law making is a process which involves several actors. And, as a guardian ensuring respect for
rule of law, the lawyer, in the course of his professional duties, makes valuable contributions to
this process. In fact, he assists in the interpretation of positive and the adoption of default rules
by the judge. As a rule-of-law actor, he participates in legislative debates and therefore identifies
the limits and inadequacies of the norm and suggest a path of reforms that are necessary for its
improvement. In this sense, without abandoning the courts, the lawyer effectively participates in
the creation of the rule of law.
INDEX
Mots-clés : avocat, création, droit
Keywords : lawyer, law making
AUTEUR
JACQUES CYRILLE ARMAND NGANBA
Avocat au Barreau du Cameroun