Location via proxy:   [ UP ]  
[Report a bug]   [Manage cookies]                
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
2 vues20 pages

7 Alfred Babo

Télécharger au format pdf ou txt
Télécharger au format pdf ou txt
Télécharger au format pdf ou txt
Vous êtes sur la page 1/ 20

LES USAGES POLITIQUES DE LA NATIONALITE

ET SES RISQUES POUR LA SOCIETE IVOIRIENNE

Alfred Babo

Résumé
La Côte d’Ivoire, après trois décennies de stabilité politique et sociale, est entrée
dans une crise sociopolitique profonde depuis 1990. Cette crise s’est aggravée avec
le coup d’Etat de 1999, puis plus tard avec la rébellion de 2002. Au cours de la table
ronde inter-ivoirienne de Marcoussis la question de la nationalité, et à travers elle
celle de la citoyenneté, s’est avérée le nœud gordien de la crise. Comment la question
de la nationalité est – elle devenue brusquement problématique dans un pays de
forte immigration dans la sous région ouest africaine depuis très longtemps? Dans
ce papier nous montrons, à partir d’une approche socio-historique, qu’au-delà de sa
dimension sociale et administrative, ce sont les usages politiques de cette question
qui ont entrainé dans le pays une fracture sociale interne et une remise en cause
de la citoyenneté.

Mots clés :

Nationalité, citoyenneté, usages politiques, identité, crise ivoirienne, immigration.

Introduction

Ces dernières années, les conflits qui éclatent en Afrique sont interprétés de
façon récurrente à travers le prisme des registres raciaux, claniques et eth-
niques. Si ces dimensions méritent d’être prises en compte, le recours sys-
tématique à cette grille de lecture laisse entrevoir des doutes sur la capacité
scientifique à élaborer des analyses complexes des conflits (Leroy, 2010). De
ce point de vue, mener la réflexion sur les usages de la nationalité dans ce
qu’il est convenu d’appeler la crise ivoirienne n’est-il pas un exercice risqué?
De nombreuses études ont déjà évoqué les racines identitaires complexes de la
crise en Côte d’Ivoire. On peut donc penser que c’est une question largement
épuisée et sans nouvel intérêt pour comprendre la complexité d’une crise qui
a eu du mal à prendre fin.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 89


En réalité, les opinions et préjugés raciaux et/ou ethniques, les représentations,
comportements et discriminations à caractère identitaire sont toujours en vi-
gueur ou bien refont surface à l’occasion de l’approche des phases cruciales du
processus de sortie de crise dans les discours tant ordinaires qu’officiels. En août
2010, à l’occasion de ce qu’il est convenu d’appeler « le contentieux sur la liste
électorale », on a vu réapparaître « les vieux démons » de l’ivoirté qui ont conduit
à des demandes et radiations de nombreux « fraudeurs » sur la liste électorale.
Les logiques identitaires ont ceci de dangereuses qu’elles visent et contribuent
certes, à stigmatiser, inférioriser et disqualifier, mais aussi à qualifier et inté-
grer de façon frauduleuse « l’autre » dans le corps électoral (Babo, 2008). On
peut expliquer la persistance du recours au registre identitaire dans le contexte
ivoirien en dépit de son caractère confligène par le fait que selon Leroy (2010: 8)
« l’élasticité du phénomène lui permet de se réinventer en de multiples circons-
tances en tirant parti des évolutions des sociétés contemporaines ».

Ainsi, à l’occasion du processus électoral en cours en Côte d’Ivoire, la question


de la nationalité ne manque pas de refaire surface. Elle redevient centrale et fait
l’objet de débats à l’occasion de la confection de la liste électorale. Dans ce pays,
c’est parce que les liens politiques inhérents aux liens juridiques de la citoyen-
neté sont devenus importants dans une démocratie représentative que la natio-
nalité est devenue un enjeu crucial pour les élections. Pourquoi et comment la
nationalité est-elle devenue un problème dans un pays qui connait l’immigration
depuis longtemps? Quels sont les usages politiques qui en ont fait un problème?
Quelles sont les conséquences d’une telle situation pour la société ivoirienne?

Il convient de noter de prime abord l’idée selon laquelle l’exaltation de la ques-


tion identitaire est le fait de l’ensemble des acteurs politiques ivoiriens, surtout
à la veille des élections. Cet article vise à démontrer cette mobilisation de la
nationalité comme ressource politique et les risques pour la société ivoirienne.

1. Discussion conceptuelle

Pour les constructivistes comme Anderson (1983) et Deutsch (1969), la nation est
un phénomène social historique construit par les groupes sociaux. A ce titre, la
nation étant «lieu de mémoire », être national d’un pays; c’est partager les mêmes
souvenirs glorieux et douloureux; c’est avoir connu les mêmes sacrifices de sang
versé pour les mêmes causes; c’est partager le même passé collectif (Schnapper,
1991). Sur cette base, les tenants de l’approche historique d’inspiration moderne

90 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
de la nation définissent les citoyens ivoiriens comme les autochtones apparte-
nant certes aux différentes tribus installées avant la pénétration coloniale, mais
aussi tous ceux qui, à travers champs et chantiers, à travers luttes héroïques de
résistance et construction d’un corps politique ont répandu sueur et sang pour la
Côte d’Ivoire. Ainsi pour Zoro (2003) «déterminer la nationalité d’origine unique-
ment sur une base tribale et ethnique, c’est nier la dynamique des peuples, c’est
faire le lit de l’ethnocentrisme, c’est travailler contre l’émergence d’un sentiment
d’unité nationale» Cette posture justifie la critique qu’il porte à la théorie des
tribus fondatrices dans la recherche d’une identité enracinée dans la parenté de
«sang», le langage, la région, la coutume telle qu’élaborée par Niangoran Boua1
et inspirée elle-même des discours primordialistes (Geertz, 1963 et Shils, 1957).
Or, selon Anderson (1983), l’idée de souveraineté nationale n’a rien de naturelle,
notamment dans les sociétés traditionnelles, quelque soit la force de leur atta-
chement à une ethnie ou à un territoire.

D’après Miller (1997), l’idée que les nations sont des communautés historiques est
défendue contre la représentation qui en fait des «communautés» divisées en de
longues lignes de classe, en appartenance ethnique, etc. De ce fait, l’adhésion à la
nation repose sur un principe réitératif et démocratique, reconnaissant et donnant
la priorité à la façon dont les habitants d’un territoire comprennent leur identité.
De plus, le partage de la même culture comprise comme système de pensée, de
comportement, de communication acquis dans un processus de maturation est
un élément fondateur de l’incrustation du sentiment d’appartenance à une nation
(Gellner, 1983). C’est pourquoi selon Milza (1998) cette adhésion est le résultat
d’une lente maturation, une lente acculturation et non pas un acte impulsif de
déclaration de bonnes intentions. Ainsi, la longue présence de certains immigrés
a fini par conforter leur sentiment d’appartenance à la nation ivoirienne. Or, si la
citoyenneté est l’accomplissement du devoir de chaque individu envers sa com-
munauté (d’origine ou d’accueil) dans le sens d’une participation au processus
de développement de la nation, la nationalité, elle, apparaît comme l’intériori-
sation par les individus des valeurs nationales. Mais, dans les Etats modernes,
cette intériorisation se double de liens juridiques. Ainsi la nationalité, même si
elle est un lien social, elle est aussi et surtout un lien juridique qui rattache un
individu à une nation, à un territoire. Pour les immigrés, elle est attribuée par
la loi au terme d’un processus de naturalisation ou d’assimilation qui en précise
leurs droits et obligations.

1 Voir les Actes du colloque de la CURDIPHE, sur l’«ivoirité», 1996.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 91


2. Approche historique de la nationalité ivoirienne

La loi 61-415 du 14 décembre portant code de la nationalité est fondatrice, car elle
est la formalisation de la nation ivoirienne par la création d’une nationalité ivoi-
rienne. Le code de nationalité est essentiellement tiré du code français qui repose
lui même sur l’ordonnance de 1945. La loi a suscité un débat dont l’intérêt est à
inscrire dans le contexte historique marqué par les évènements de 1958. Ainsi,
d’après le président de la commission qui examinait le projet de loi, « la politique
suivie à l’égard des étrangers par le chef de notre Etat et par les instances politiques
a suivi une ligne constante, du temps de l’Union française à celui de la commu-
nauté, nous avons toujours prêché l’union et l’esprit de coopération entre tous les
éléments de la population sans tenir compte ni des origines, ni des races2 ». Pré-
férant l’intégration des peuples à celle des Etats, le président Houphouët-Boigny
tenait à affirmer ce choix en optant pour le principe du droit du sol plutôt que
celui du sang dans la loi n°61 - 415 de 1961. Ainsi, « est ivoirien tout individu né
en Côte d’Ivoire sauf si ses deux parents sont étrangers3 ». Cet article, tout comme
l’article 1054 donnait un caractère peu restrictif à la qualité d’ivoirien. Cette posture
de la loi prend ses sources dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, notamment celle des
luttes émancipatrices des années 1940 et 1950 qui ont réuni les populations et les
leaders africains. Il s’agissait donc de mettre en place un code qui rende compte
de l’histoire et de la société ivoirienne composée depuis longtemps d’autochtones
(Kohler, 1967 ; Izard, 1980 ; Gruenais, 1985, Lentz, 2003 etc.), mais aussi de non
autochtones établis depuis de longues années. En cela, la nation ivoirienne se pré-
sente comme « la communauté des citoyens » au sens de Schnapper (1994). Elle
se reconnaît comme étant le produit d’une histoire tout en restant le lieu d’expres-
sion de la mémoire collective. Le code de la nationalité ivoirienne s’inscrivait donc
dans l’universalisme préféré aux particularismes que nombre d’Etats africains et
latino américains ont tenté d’adopter aux lendemains de leurs indépendances. A
cet effet, les régimes autoritaires et le recours au parti unique constitueront des
instruments d’intégration. Ainsi, le modèle de l’Etat-nation moderne homogénéisant
et le centralisme étatique tenteront de s’imposer avec plus ou moins de violence.

2 Procès verbal de la séance plénière du 01 décembre 1961.

3 Article 6 du journal officiel du 20 décembre 196.1

4 « par dérogation aux dispositions de l’article 26, les personnes ayant eu leur résidence habituelle en
Côte d’Ivoire antérieurement au 07 août 1960 peuvent être naturalisées sans condition de stage si
elles formulent leur demande dans le délai d’un an à compter de la mise en vigueur du présent code.
Elles ne seront pas soumises aux incapacités prévues par l’article 4 ».

92 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
En dépit de cet environnement politique autoritaire le code de la nationalité
n’avait pas échappé aux critiques. Selon un membre de la commission d’exa-
men du projet de loi « il est difficile de distinguer un Ivoirien d’un Malien
ou d’un Guinéen et c’est pourquoi la nationalité chez nous doit s’entourer de
beaucoup de précautions5 ». Ces critiques et réserves en provenance de son
propre parti-Etat avaient poussé le président Houphouët à revoir, du moins
dans les textes, la loi en la modifiant en 1972. La loi n°72-852 du 21 décembre
1972, portant modification du code de la nationalité ivoirienne est caractérisée
par l’abrogation, entre autres, des articles 17 à 23 de la loi 61- 415. Elle stipule
que les enfants nés de parents étrangers après 1972, ne bénéficient plus d’un
simple régime de déclaration pour prétendre jouir de la nationalité ivoirienne.
De même, les parents étrangers vivants en Côte d’Ivoire depuis la colonisation
qui n’auraient pas acquis la nationalité ivoirienne dans les conditions fixées
par les articles 105 et 106, voyaient leurs enfants, bien que nés en Côte d’Ivoire
ne pas acquérir la nationalité. Prenant la mesure des réticences des militants
de son bord politique face à sa politique d’immigration, Houphouët-Boigny est
passé à une phase plus pragmatique de sa politique d’ouverture de la nationa-
lité (Babo, 2010).

2.1. L’usage informel de la nationalité dans la politique

Selon Diabaté (2005: 26) Houphouët-Boigny était très charismatique et n’avait


pas de contradicteur. Dans un contexte de régime autoritaire et de parti-Etat
unique, il a imposé une politique officieuse de l’étranger. Ainsi, contre l’article
5 de la constitution ivoirienne qui dispose que « seuls les ivoiriens peuvent
et doivent prendre part au vote», le président Houphouët-Boigny a accordé
le droit de vote aux étrangers originaires des pays de l’Afrique de l’Ouest en
1980 lors du 7ème congrès du Parti démocratique de côte d’ivoire – Rassem-
blement démocratique africain (PDCI-RDA). En le faisant, le président posait
un acte politique majeur dont les effets sur la société ivoirienne sont encore
aujourd’hui perceptibles. En effet, le droit de vote est un droit souverain des
peuples qui renforce le sentiment d’appartenance des citoyens, notamment
immigrés, à la nation. Mais pour ses opposants et critiques, cette politique
avait sacrifié l’identité culturelle nationale sur l’autel de ses ambitions éco-
nomiques et politiques du président (Dedy Seri, cité par Diabaté, 2005). Elle
a surtout inscrit la gestion de l’étranger dans l’informel. C’est qu’elle reposait

5 Procès verbal de la commission des affaires générales et institutionnelles du 24 novembre 1961.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 93


plus sur des déclarations qui ont fini par avoir force de loi bien que ne se rap-
portant à aucun texte clair (loi, décret, etc.), ni aucune mesure ou procédure
d’application formalisée. Cependant, elles sont fortement appliquées par ceux
qu’elles visent. Ainsi, à partir de 1980, de nombreux ressortissants des pays
de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO)
ont bénéficié de cartes nationales d’identité ivoirienne et ont régulièrement
pris part aux différents scrutins jusqu’en 1994. Cette pratique qui a profité
pour la première fois en 1990 à Houphouët-Boigny et à son parti le PDCI-RDA
(Dozon, 1997), a été suspendue en 1994. Ce n’était pas faute d’avoir essayé de
la perpétuer, en dépit des revendications du principal parti d’opposition Front
populaire ivoirien (FPI) de Gbagbo Laurent. Mais il eu un élément aussi nou-
veau que déterminant, comme la création du Rassemblement des républicains
(RDR), parti politique qui se réclamait de l’ancien premier ministre Alassane
Ouattara et qui était soupçonné, à la veille des élections de 1995 de bénéficier
d’un soutien massif des étrangers. Ainsi, en 1994, après des débats sur fond de
tribalisme et de nationalisme xénophobes portés par la politique de l’ivoirité,
les députés ivoiriens majoritairement issus du PDCI, mettent fin au vote des
étrangers en Côte d’Ivoire (Le Démocrate n°176 du 2 novembre 1994 :5). En le
faisant, le PDCI-RDA, venait de créer de larges fissures dans le tissu social et
politique ivoirien.

Afin de tourner cette page de l’informel dans la gestion politique de l’étranger


et de la nationalité, depuis 1990, les décideurs politiques ont entrepris de clari-
fier les droits et devoirs des étrangers vivants en Côte d’Ivoire dont l’arrêt de la
participation aux votes était déjà un signe avant coureur. Mais, cette volonté ne
concernait pas uniquement un désir de clarification administrative, elle va être
manipulée ou dévoyée dans le but de servir des intérêts politiques (Babo, 2010).

3. La politisation des politiques publiques successives


d’immigration

En 1990, l’Etat ivoirien décide de résorber la crise de ses déséquilibres finan-


ciers en tirant profit de l’importance numérique de sa population immigrée.
Ainsi, nonobstant le protocole supranational portant code de la citoyenneté de
la CEDEAO de mai 1982, la loi 90-437 du 29 mai 1990 relative à l’entrée et au
séjour des étrangers instaure une carte de séjour pour tout étranger de plus de
16 ans résident en Côte d’Ivoire depuis plus de trois mois (Art. 6). Cette mesure
inaugure, par la même occasion, les modalités d’entrée en Côte d’Ivoire pour

94 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
tout étranger (Art. 4). Cette loi s’inscrit dans la perspective constructiviste qui
caractérise le sentiment national ou la nationalité comme un fait mental sous-
tendu par le développement et la modernisation des moyens techniques (Deutsch,
1969 ; Anderson 1983). La modernisation que porte la loi présentait l’avantage
d’instaurer des instruments légaux de la distinction entre un national et un
non national. De même, qu’elle assurait au citoyen une forme de sécurité dans
l’accomplissement de ses actes sociaux et économiques. Cependant, en raison
de son coût (5 000 FCFA) jugé prohibitif par des familles d’immigrés démunis,
la carte de séjour est contestée et une fraude sur la carte nationale d’identité est
organisée. Or ces fraudes posent un autre problème au plan politique, c’est celui
du « vote des étrangers ».

Afin de disqualifier ces « étrangers », une vaste campagne de séparation des


« Ivoiriens de souches multiséculaires6 », des « Ivoiriens de circonstance7 » va
être menée à partir de 1994 ; soutenue en cela par l’idéologie de « l’ivoirité ». La
conceptualisation politique de cette idéologie dont le but est d’établir la discrimi-
nation entre le « nous » et le « eux » débouche sur une politique de l’étranger à la
fois restrictive et exclusionniste (Jolivet, 2003). Au niveau de l’appareil d’Etat, le
gouvernement s’appuie sur le parlement pour adopter en 1994 un code électoral
qui restreint l’exercice du pouvoir d’Etat à la nationalité ivoirienne d’origine. Le
durcissement de la position de l’Etat sur fond de nouvelle conscience nationale,
institue une citoyenneté à double vitesse. La loi 94-642 du 13 décembre 1994
portant code électoral en son article 49 stipule: « Nul ne peut être élu Président
de la République s’il n’est âgé d’au moins quarante ans révolus et s’il n’est ivoirien
de naissance, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens de naissance. Il doit
n’avoir jamais renoncé à la nationalité ivoirienne… »8. Cet article, loin de concer-
ner uniquement les nationaux, vise surtout les « étrangers ». En effet, le code
électoral de 1994 touche une frange importante de citoyens d’origine étrangère.
Cette disposition ferme certainement la voie de la présidence à 28% (RGPH, 1988)
d’immigrés résidant ou dont les parents résident en Côte d’Ivoire depuis plus
de 10 ans. Il s’agit entre autres des naturalisés et de ceux des nationaux qui ont
au moins un parent étranger. Ces derniers sont privés de leurs droits politiques
parce qu’ils ont un de leurs parents qui est naturalisé ou d’origine étrangère.

6 Propos du ministre de l’éducation nationale Pierre Kipré.

7 Propos du ministre de la justice, garde des sceaux Faustin Kouamé.

8 Journal officiel de la république de Côte d’Ivoire du 29 décembre 1994.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 95


Les critiques d’une telle politique ont dénoncé une dérive ethno-nationaliste
institutionnalisant un « Ivoirien de pur sang », l’Etat ayant entrepris de codi-
fier par un habillage juridique et législatif les sentiments nationalistes. De fait,
loin de favoriser l’effacement des particularismes, la modernisation des moyens
techniques de développement a plutôt augmenté la conscience culturelle que
les groupes ont d’eux-mêmes (Connor, 1972). Dans le contexte ivoirien, l’éta-
blissement de la carte de séjour a eu pour effet, de développer à la fois une
conscience de groupe assiégé (par les étrangers), et une conscience nationale
réductrice des différences entre « nous » et « eux ». Les tensions ainsi provo-
quées par le processus de modernisation et l’émergence de sentiments natio-
naux qui l’accompagne avaient une nature sociale et économique certes, mais
dans le contexte de lutte pour le pouvoir, elles se sont davantage cristallisées
sur la nature politique, au point de se prolonger dans la distinction entre les
nationaux eux-mêmes.

Après les élections de 1995, et à l’approche des élections de 2000, le gouverne-


ment a entrepris de renforcer les mesures restrictives à l’encontre des étran-
gers. A l’occasion de tous ces scrutins, c’est la question de la nationalité qui a
monopolisé les débats. Le choix du « et » ou du « ou » avait ainsi polarisé la
société ivoirienne pendant toute l’année 20009. Derrière ce qui peut paraître
comme le simple choix d’une conjonction, c’est une identification de type sociale
qu’inaugure l’Etat ivoirien en faisant de certains Ivoiriens, donc à l’intérieur
du « nous » des purs (les « et »), et d’autres des douteux (les « ou »). Cette
distinction discriminatoire à deux niveaux semble se justifier par l’instrumen-
talisation des oppositions politiques pour les tenants de l’approche instrumen-
taliste du nationalisme. Cette discrimination s’amplifie davantage dans un
contexte de forte compétition. Dans cette perspective, l’idéologie nationaliste
s’inscrit dans une approche de légitimation des revendications nationalistes
en matière d’emploi de terre, mais surtout de pouvoir politique menacé par le
libéralisme (Breuilly, 1982). Elle va se traduire par l’article 35 de la constitution
de 2000 qui reprenait à son compte le « et », et plus tard par la loi n°2002-03
du 03 janvier 2002.

9 Au cours de la rédaction du code électoral de 2000, deux propositions avaient été faites. L’une optait
pour un ivoirien de père et de mère ivoiriens, pendant que l’autre optait pour un ivoirien de père ou de
mère ivoiriens. Les débats pour le choix d’une de ces conjonctions avaient accru les tensions entre partis
politique, mais également entre communautés ethniques. Les unes se sentant exclues de l’exercice du
pouvoir politique.

96 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
Après les élections de 2000, les nouveaux décideurs politiques issus du FPI
décident de procéder à un « nettoyage » des fichiers de l’état civil (Notre Voie
n°1034, 2001, p.5) afin de donner une réponse aux questions sur la nationalité.
Pour ce faire, le gouvernement crée en 2001 l’Office national d’identification
(ONI10). Cet établissement est chargé « de la mise en œuvre de la politique de
l’état civil, de l’identification, de l’immigration et de l’émigration des personnes
résidant en Côte d’Ivoire. Il est notamment chargé de: réorganiser et de gérer
l’état civil, délivrer aux nationaux et aux étrangers les titres d’identité, suivre
l’immigration et l’émigration des populations » (Art. 3). En 2002, l’autorité
publique, à travers l’ONI, décide de procéder à une opération d’identification
générale des populations. Celle-ci avait pour but de lutter contre la fraude sur
les cartes nationales d’identité, les passeports et les permis de conduire due à
un état civil peu fiable et peu sécurisé.

Toutefois, si les objectifs visibles de cette opération sont connus, les enjeux poli-
tiques voilés enrayent sérieusement sa mise en œuvre. En fait, dans la pratique,
l’opération d’identification s’appuie sur un ensemble de mesures administratives
parmi lesquelles, les audiences foraines, et surtout la référence à un terroir vil-
lageois d’origine. De cette façon, le gouvernement lie étroitement la nationalité
à l’appartenance à un espace communautaire aussi étroit que le village. Mais ce
rapport présente des limites dans la mesure où, sous cet angle l’autorité nie à la
fois les principes du brassage et de la naturalisation. Dans le premier cas, il y a des
Ivoiriens qui pour être nés loin des villages de leurs parents, n’ont aucun contact
avec leurs terroirs d’origine. Dans le second cas, il s’agit des naturalisés qui ne
sont pas susceptibles d’indiquer un village ivoirien. La définition de la nation
telle que présentée par Anderson (1983) , en tant que communauté imaginée de
personnes unies par une histoire et aussi par un ensemble de gestes quotidiens
disparaît dans cette politique. En conséquence, l’entreprise est apparue illusoire,
ne rendant nullement compte de la réalité historique.

En réalité, l’Etat qui est la forme institutionnalisée de la nation devrait mener une
politique dans la perspective de Schnapper (1998: 298) où la nation est comme
« le produit d’une histoire séculaire, une dimension privilégiée de l’identité col-
lective, où s’exprime la continuité de la mémoire historique; elle reste aussi le
lieu de l’expression et des pratiques démocratiques ». Mais la conduite des poli-
tiques étatiques déviationnistes en matière de nationalité, pour être comprise

10 Décret 2001-103 du 15 février 2001.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 97


doit être aussi liée au management de leur leadership des principaux leaders
politiques ivoiriens.

4. La nationalité et le leadership politique des principaux leaders


ivoiriens
Trois leaders politiques Alassane Ouattara, Konan Bédié et Laurent Gbagbo
ont usé de la frontière identitaire, notamment de la nationalité dans leurs jeux
politiques. Alassane Ouattara, ancien Premier ministre d’Houphouët, a atteint
le sommet de la hiérarchie du PDCI – RDA avant de virer au RDR dont il est
actuellement le président. Ce « technocrate » est connu comme celui qui a
instauré en 1990 la carte de séjour pour les étrangers. Mais cette distinction
juridique, particulièrement entre « frères ouest-africains », a très vite donné
droit à des dérives et humiliations à l’encontre des étrangers, et des populations
du Nord en général. L’onde de choc de ces dérives est d’autant plus grande,
qu’elle a eu un effet boomerang dès l’accession de Bédié au pouvoir en 1993
et la naissance du RDR en 1994. Ainsi, les principaux leaders du nouveau
parti en l’occurrence, Djény Kobénan, le secrétaire général, et Alassane Ouat-
tara lui-même, seront traités d’étrangers par le PDCI - RDA. Spoliés de leur
citoyenneté ivoirienne, ils seront privés de compétitions électorales de 1995
(Le Démocrate n°222 de septembre 1995). En 2000, alors que les conditions
qu’il jugeait disqualifiantes en 1995 n’avaient pas changé et s’étaient durcies,
Alassane Ouattara estimait que la substitution du « ou » par le « et » dans
l’article 35 ne le concernait pas. Il fut même le premier leader politique à appe-
ler à voter « oui » au référendum constitutionnel, là où une partie de l’opinion
s’attendait à un appel pour le « non ». D’après Konaté (2002) tout s’est passé
comme si faire campagne pour le « non » avait pour Alassane Ouattara valeur
de reconnaissance de sa propre inéligibilité.

En réponse à ce que lui et son parti considèrent comme une injustice, Alassane
Ouattara lie son exclusion des joutes électorales à son appartenance à l’Islam
et à la région du Nord du pays, dont les populations sont taxées « d’étrangers »
(L’inter n°1428: 7). Dès lors, l’instrumentalisation de la religion et de la région
lui permet de fédérer autour de sa personne et de sa candidature la quasi-totalité
de la population musulmane et nordiste. Par cette posture, ce leader politique
met entre parenthèse la dimension administrative et juridique de la nationa-
lité. Pour de nombreux étrangers qui n’avaient pas la nationalité ou ceux qui
l’avaient acquise dans des conditions douteuses, ils ne pouvaient plus s’interdire

98 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
de s’intéresser à la politique nationale. Dans cette logique, des revendications
de naturalisation collective ont été enregistrées – alors que la naturalisation
est d’abord et avant tout un acte individuel-- et des populations de villages
entiers comme Koupela, Garango etc. ont été naturalisées (Babo, 2008). En
échos, le parti de monsieur Ouattara militait pour la régularisation des étran-
gers et de leurs enfants qui n’avaient pas tiré profit du code de la nationalité de
la loi 61- 415, abrogé en 1972 et qui étaient spoliés de leur citoyenneté. Cette
logique d’intégration « massive » des étrangers dans la citoyenneté ivoirienne,
au-delà d’une logique philanthropique ou sociale avait des visées électoralistes.
Cette volonté n’a pas disparue et a donné lieu au blocage des lois sur la natio-
nalité issue des accords de Marcoussis. Aussi dans le processus électoral qui
a abouti à l’élection de novembre et décembre 2010, son parti, le RDR est le
seul parti à ne point défendre le principe constitutionnel, qui veut qu’aucun
étranger ne se retrouve sur la liste électorale. A l’inverse, en condamnant les
appels en radiation des éventuels fraudeurs de la nationalité ivoirienne de la
liste électorale, ils entendaient développer un complexe de xénophobes chez
les autres acteurs politiques, notamment ceux du FPI qui se priveraient ainsi
de réclamer une liste électorale fiable.

A ce jeu de manipulation politique de la fibre identitaire, Alassane Ouattara n’est


pas seul. Henri Konan Bédié, ancien président de la République et président
du PDCI-RDA, est celui qui a le plus joué sur le registre tribal et ethnique, puis
nationaliste pour tenter d’asseoir son pouvoir politique. Condensé dans « l’ivoi-
rité » son idéologie tribale et nationaliste avait d’abord été présentée sous « le
manteau blanc » de la culture avant d’être dévoyé et dévoilé par Bédié lui-même,
ses partisans de la CURDIPHE11 (voir Actes du forum de la CURDIPHE, 1996)
et les nombreux clubs de soutien à sa personne. En réalité, Konan Bédié, tout en
tentant d’asseoir un pouvoir personnel, ne s’inspirait pas moins de l’houphoué-
tisme en continuant le marketing politique à l’attention des étrangers. Bédié et
le PDCI-RDA avaient ainsi suscité et revendiqué une adhésion et un soutien
séculiers des populations étrangères à son régime lors des élections de 1995,
car pour eux « celui qui a aimé le père doit aimer le fils » (Le Démocrate n°179
du 23 novembre 1994).

Cependant, après les élections de 1995, on a assisté à une sorte de revirement,


pis de rupture du cordon ombilical qui liait le PDCI-RDA aux étrangers depuis

11 Cellule universitaire de recherche et de diffusion des idées et actions politiques du président Henri Konan
Bédié.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 99


la colonisation dans la mesure où d’après Amondji (1984) ce parti avait toujours
fait la part belle à ces derniers.. Dans sa stratégie, Bédié s’enferme dans « le péril
identitaire » et ses idéologues entreprennent de séparer le bon grain de l’ivraie,
« les Ivoiriens de souche multiséculaire » des « Ivoiriens de circonstance ». Dans
cette logique, son parti monte au créneau pour faire du président Bédié « un
ivoirien de pur sang » (Le Démocrate n°184 du 28 décembre 1994). Et, Bédié
lui-même donnera la sentence finale en ces termes évoquant la candidature de
Alassane Ouattara, son plus sérieux adversaire issu fraîchement du PDCI-RDA,
que « de toute façon, il était burkinabé par son père et il possédait toujours la
nationalité du Burkina-Faso, il n’avait donc pas à se mêler de nos affaires de
succession » (Bédié, 1999: 147). Ainsi, le président n’a pas laissé la bataille aux
soins uniquement des ses obligés, il est lui–même descendu dans l’arène et a
décidé de décerner ou de retirer la nationalité ivoirienne à qui il veut. La charge
idéologique contenue dans le discours de Bédié et de son parti sur la nationalité
et la sauvegarde de la nation ivoirienne visait donc un double objectif: (i) l’endoc-
trinement systématique de l’opinion publique qui était ainsi unie autour de la
préservation de la cause nationale et (ii) l’élimination politique d’un adversaire
dont la nationalité ivoirienne était contestée.

En définitive, à la table ronde de Marcoussis « l’ivoirité » est apparue comme


une des causes de la guerre déclenchée en septembre 2002. En effet, autant
pour les chefs militaires de l’ex-rébellion que pour les populations originaires
du nord, victimes collatérales de ce concept controversé, l’ivoirité c’est le déni
de leur nationalité, c’est le refus de l’Etat ivoirien de leur donner des cartes
nationales d’identité (CNI). Tout au long de la crise comme au tout début de la
rébellion, l’acquisition de cette CNI est restée pour ces parties la clé de voûte du
processus de paix en Côte d’Ivoire. Si Bédié et Ouattara ont tous les deux fait
usage de la nationalité dans le cadre de leur politique personnelle d’accès ou de
conservation du pouvoir, Laurent Gbagbo présente la figure sans doute de celui
qui a véritablement tiré profit de son usage. De façon parfois déconcertante, il a
su se glisser entre bourreaux et victimes pour finalement se retrouver au pouvoir
passant allégrement d’une posture à une autre sur la question de la nationalité
dans le processus politique en Côte d’Ivoire.

Historien de gauche, leader du FPI Laurent Gbagbo fut le premier à demander


dès 1989 que les étrangers ne soient plus autorisés à voter en Côte d’Ivoire. Par
la suite, en 1995, L.Gbagbo, allié de Alassane Ouattara dans le Front républicain,
était outré et avait marqué son désaccord face à l’interdiction de candidature de
l’ancien Premier ministre aux présidentielles par le régime Bédié pour nationalité

100 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
douteuse. Pour l’opposant historique du président Houphouët, « déclarer étranger
Alassane Ouattara qui a été le chef de l’exécutif d’un pays, ce n’est pas normal car
on ne peut pas être le chef du gouvernement et se retrouver du jour au lendemain
étranger… » (Africa International n°303 d’avril 1997 cité par Konaté (2002:275).
Durant cette période allant de 1994 à 1999 marquée par une alliance entre le
FPI et le RDR, le parti de Gbagbo n’a pas arrêté de dénoncer les dérives « eth-
niques et tribalistes », les violences et intimidations dont les « gens du Nord »
et les étrangers en général étaient victimes de la part du régime de Bédié. Il fut
même outré par les violences et « restrictions arbitraires de libertés12 » dont
fut victime A. Ouattara.

Mais, 2000 marque l’année de la rupture et de la volte-face de L. Gbagbo qui se


disait profondément opposé à la même candidature de A. Ouattara pour « vaga-
bondage de nationalité ». Il avait même personnellement entrepris d’explicité
son idée devant les parlementaires français en juin 2001 en ces termes : « il est
malsain pour quelqu’un qui veut être président d’un pays de prendre de façon
opportuniste une nationalité ici et là, au gré de ses intérêts personnels ». Consi-
déré comme la tête de file d’un courant ultra-nationaliste qui a émergé après les
« euphories » du coup d’état de 1999, le FPI et d’autres partis politiques (notam-
ment le PDCI-RDA, le Parti ivoirien des travailleurs (PIT) etc.) ont milité en faveur
d’un durcissement des conditions d’éligibilité à la présidence de la république. En
conséquence, en prélude aux échéances électorales d’octobre 2000, la nouvelle
Constitution de juillet 2000 s’est enrichie d’une clause nouvelle qui impose aux
candidats de « ne s’être jamais prévalus d’une autre nationalité ». Une condition
dont l’objectif, inavoué au départ, est dévoilé plus tard par L. Gbagbo lui-même
lors de son passage devant le « forum pour la réconciliation nationale13 » en
décembre 2000. Les variations dans les discours de L. Gbagbo et de son parti
le FPI ne se départissent pas des intérêts purement électoralistes. Pour ce leader
et son parti, depuis toujours, et encore plus aujourd’hui « tout doit être mis en
œuvre pour que les présidentielles soient une affaire ivoiro-ivoirienne » (La Voie
n° 683 du 30 décembre 1993). C’est à juste titre qu’il a dénoncé en janvier 2010
des fraudes qui auraient été orchestrées par l’ancien président de la Commission

12 « Pour elles (les forces de l’ordres), tous ceux qui arboraient des boubous, aujourd’hui tenue traditionnelle
nationale, pas plus nordiste que sudiste, étaient considérés comme des partisans attitrés de Alassane et
systématiquement refoulés (à l’aéroport). Et si ces damnés de la terre d’Eburnie insistaient, ils étaient
sauvagement refoulés » La Voie n° 704, janvier 1994.

13 Il avait affirmé que la nouvelle constitution de juillet 2000 règle le problème de A.D.Ouattara (contre le
vagabondage de nationalité)..

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 101


Electorale indépendante. Au mois d’août 2010, son parti est pratiquement le seul
à introduire des appels en radiation des « fraudeurs » sur la liste électorale tant
dans les Commissions électorales indépendantes (CEI) locales qu’à la justice.

En somme, la logique de conquête du pouvoir dans ces attitudes différentes du


FPI et de son leader reste la même: accéder au pouvoir en jouant, en fonction des
contextes de tensions socio-économiques, sur la question de la nationalité du ou
des candidats et des électeurs. Dans ce schéma, il ne s’écartait pas fondamenta-
lement de la démarche développée par Alassane Ouattara et Konan Bédié. Les
usages de la nationalité ne se sont pas limités aux questions administratives et
au leadership des acteurs politiques, ils se sont élargis à la gestion de question
d’intérêt national comme la problématique du foncier.

5. La nationalité dans la gestion du foncier

D’après Bonnecase (2001), pendant longtemps l’administration coloniale avait


mené une politique en faveur des immigrés jugés policés et travailleurs. Faisant
sienne cette politique Houphouët-Boigny dans sa volonté d’enclencher un progrès
économique basé sur une agriculture florissante, avait décidé de tirer profit de
la main d’œuvre besogneuse d’origine étrangère présente en Côte d’Ivoire. Afin
de faciliter l’accès à la terre de ces populations, profitant d’un flou juridique en
matière de droits fonciers, Houphouët lançait au début des années 1970 que « la
terre appartient à celui qui la met en valeur ». A partir de cette déclaration, le droit
de propriété était acquis par le travail à l’exclusion de la prééminence des liens
ancestraux avec le terroir ou de l’appartenance à un groupe ethnolinguistique.
Cette « loi Houphouët » a eu un effet d’appel et a entraîné ce qu’on a appelé « la
course à la terre » et une forte colonisation des terres des régions forestières de
l’ouest et du sud-ouest par les allogènes originaires de la CEDEAO et des alloch-
tones en provenance du centre. Sans jamais avoir été codifié, ce principe a eu
force de loi pendant de longues années (Otch-Akpa, 1993). En définitive, une telle
politique a tourné au bénéfice tant des migrants internationaux originaires des
pays voisins (Mali, Haute-Volta), que des sous-groupes nationaux, notamment
des Baoulé dans l’accès à la terre (Bonnecase, 2001 ; Chauveau, 2002 : 5).

Mais suite à la crise économique de 1980, de nombreux conflits intercommunau-


taires éclatent dans les zones rurales autour de la terre. En raison de la remise
en cause récurrente des échanges fonciers par les autochtones et surtout la
faiblesse des dispositifs antérieurs (décret 1935, arrêté 1943, arrêté 1955, circu-

102 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
laire 1968 et loi n°71-338 de juillet 1971) en matière de gestion du foncier, l’Etat
ivoirien s’est engagé dès 1989 à mettre en œuvre un plan foncier rural (PFR).
Toutefois, ce projet qui visait à clarifier les droits fonciers est arrêté dans sa
phase de consolidation en partie en raison de la montée des tensions dans les
campagnes (Bouquet, 2005). En effet, plutôt que de clarifier les droits, le PFR
a eu pour effet d’amplifier les tensions entraînant à partir de 1995 des conflits
fonciers dans toute la zone forestière de l’Ouest notamment à Duékoué, Gagnoa,
Lakota, Divo, San-Pédro, Tabou etc. opposant Ivoiriens entre eux, ou Ivoiriens
aux allogènes. Afin d’apporter une réponse rapide et adéquate à ces conflits, le
gouvernement initie une loi portant sur le code foncier rural qui sera adoptée à
l’unanimité à l’Assemblée nationale en 1998.

Cependant, la loi 98-750 du 23 décembre 1998 ne régulait pas uniquement les


droits fonciers. Elle avait des enjeux de type nationaliste et entendait jouer un
rôle décisif sur la question de l’emprise des étrangers sur le secteur agricole. En
mettant en avant les revendications d’autochtonie, la nouvelle loi a établi un lien
entre la propriété foncière et l’identité ethnique et territoriale de l’exploitant. Ce
repli dans le sens d’une restitution des droits de propriété foncière aux détenteurs
des droits coutumiers, s’inscrivait dans un contexte politique fortement marqué
par des clivages et surtout par l’émergence du concept de « l’ivoirité ». On note
donc que c’est dans le contexte de conflits que les acteurs instrumentalisent les
marques de frontières entre identités pour atteindre leurs objectifs (Brass, 1979).
En définitive, l’instrumentalisation de la politique publique en matière de gestion
de la terre, en liant la propriété foncière à l’identité de l’exploitant soulevait la
problématique de la nationalité ivoirienne. La question fondamentale en 1998,
était alors de savoir qui est Ivoirien, et subséquemment qui peut avoir accès aux
ressources foncières ou non. La loi portant code foncier apparaissait donc comme
cet instrument de l’ivoirité qui pouvait permettre de faire la distinction entre
l’étranger et l’Ivoirien, car pour se prévaloir des droits de propriété sur la terre,
il fallait faire la preuve de sa nationalité ivoirienne. Le caractère pernicieux de
cette loi avait d’ailleurs entraîné des discriminations à l’endroit des étrangers,
mais aussi des nationaux originaires du nord dans les campagnes (Babo, 2010).
Ces attitudes discriminatoires et xénophobes se sont multipliées dans tout le
pays, entraînant une situation de tension quasi permanente entre Ivoiriens eux-
mêmes et entre Ivoiriens et étrangers autour de la terre. Les conflits fonciers qui
se sont mués désormais en conflits identitaires dont les frustrations ont alimenté
la rébellion de 2002 (Babo, 2010), avaient donc poussé les signataires des accords
de Marcoussis en janvier 2003 à revenir sur les insuffisances « ivoiritaires » de
la loi foncière de 1998.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 103


Conclusion

Les questions de nationalité sont à situer, en réalité, dans la crise sociale et


politique qui a émergé dès le 07 décembre 1993, date de la mort du président
Houphouët-Boigny. Toutefois, notons que la restriction de la politique publique
de l’étranger telle que menée depuis 1990 avaient déjà entraîné des effets per-
vers qui se sont étendus à certains Ivoiriens, en particulier ceux communément
appelés « Dioula », sur fond de discrimination ethnique et religieuse. Bien que
ces actes s’inscrivent généralement dans un contexte de crise aiguë (coup d’état,
tentatives de coup d’état, élections, conflits fonciers etc.), ils rendaient, tout
de même, compte de l’impact d’une politique publique stigmatisant l’étranger
depuis plus d’une dizaine d’année et surtout d’une crise de la nationalité. Afin
de résoudre définitivement cette crise du lien social entre Ivoiriens eux-mêmes
et entre Ivoiriens et étrangers, les participants au conclave de Linas-Marcous-
sis convoqué suite à la crise militaro-politique déclenchée en septembre 2002,
avaient décidé d’apporter des amendements tant au code de la nationalité, aux
conditions des étrangers, au code foncier qu’à la Constitution. Au niveau du
code de la nationalité, le gouvernement a procédé a réglé les cas des anciens
bénéficiaires des articles 17 à 23 de la loi 61-415 abrogés par la loi 72-852, et
des personnes résidant en Côte d’Ivoire avant le 7 août 1960 et qui n’avaient pas
exercé leur droit d’option dans les délais prescrits. Quant aux conditions des
étrangers, depuis 2007, le gouvernement de réconciliation nationale a supprimé
les cartes de séjour prévues à l’article 8 alinéa 2 de la loi 2002-03 du 3 janvier
2002 pour les étrangers originaires de la CEDEAO. Pour la gestion de la terre,
les amendements apportés au code foncier (art.26) ont permis de rétablir la
reconnaissance des droits acquis des exploitants étrangers et surtout ceux de
leurs héritiers en matière de succession. Au niveau politique, une disposition a
été prise autorisant tous les leaders significatifs, notamment Alassane Ouattara,
à être candidats aux élections présidentielles de Novembre et Décembre 2010
qui se sont terminées de façon dramatique.

En effet, en dépit de toutes ces mesures, l’approche de la compétition électorale


a vu ressurgir les tensions liées à l’identité et à la nationalité, notamment lors de
la complexe constitution du fichier électoral, base d’une élection fiable et incon-
testable. Les violences meurtrières qui ont éclaté aux mois d’Août et Septembre
2010, à la veille de l’élection présidentielle, dans plusieurs villes à l’occasion du
contentieux sur la liste électorale ont encore une fois prouvé l’inefficacité de ces
compromis politiques. Cette inefficacité réside dans l’incapacité de ce type d’ar-

104 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
rangements à induire un usage moins instrumental de la nationalité. Ils mettent
plutôt en lumière les risques d’une nouvelle et irréparable fracture sociale due à la
manipulation des usages de la nationalité par les acteurs et décideurs politiques.
En réalité, les risques sont aussi et surtout liés au fait que les leaders politiques, les
gouvernants donc les tenants de l’appareil étatique de même que les opposants voire
la société civile ne sortent pas du registre identitaire. Toutes les parties évoluant
dans le champ politique ivoirien construisent leurs stratégies de pouvoir autour
de la question identitaire. S’il est convenu que l’identité est au cœur de l’analyse
politique (Chevalier 1998 : 307), dans la mesure où, elle constitue une ressource
abondamment mobilisée par les acteurs politiques, on comprend que la défense
de la cause nationaliste, tout comme celle des conditions de vie des étrangers sont
devenues, en Côte d’Ivoire un puissant moyen de captation de voix pour les partis
politiques. En fait, ce qui se joue dans la problématique de l’identité nationale, ce
sont les rapports de pouvoir. Ainsi, dans un conflit comme celui qu’a connu la
Côte d’Ivoire, derrière les objectifs déclarés des différents partis politiques, se sont
toujours cachés des enjeux de pouvoir qui ont annihilé chaque fois les politiques
publiques sur la nationalité. La réduction des risques de résurgence d’un nouveau
conflit identitaire en Côte d’Ivoire va dépendre de la capacité du nouveau régime
du président Ouattara -- lui-même victime des intrigues politicienne autour de
la nationalité -- à sortir la politique publique sur la nationalité du registre instru-
mental dans lequel les régimes successifs l’avaient insérée. Au regard des premiers
pas de la nouvelle gouvernance, on peut en douter. Mais pour combien de temps?

Bibliographie
--Anderson, Benedict., Imagined communities: reflections on the origin and
spread of nationalism. Verson Edition and NLB, London, 1983.,160 p.

--Akindès, Francis. « Migrations et politiques publiques de l’ « étranger » en


Afrique de l’Ouest », Débats Courrier d’Afrique de l’Ouest n°2, Abidjan, IN-
ADES-CERAP, 2003 pp. 9-14.

--Akindès, Francis.. “The Roots of the Military-Political Crises in Côte d’Ivoire”.


Research Report n°128, Nordika Afrikainstitutet 2004.

--Babo, Alfred., Enjeux et jeux d’acteurs dans la crise identitaire en Côte d’Ivoire
Kasa Bya Kasa.2008 pp. 99-121.

--Babo Alfred., Conflits fonciers, ethnicité politique et guerre en Côte d’Ivoire,


Alternative Sud, Volume 17/2 2010 pp. 95 - 117.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 105


--Bédié, Konan . Henri.. Les chemins de ma vie. Paris, Plon, 1998 247 p.
--Bonnecase, Vincevt. 2001. « Les étrangers et la terre en Côte d’Ivoire à l’époque
coloniale ». REFO n°2. Paris, IRD,

--Brass, Paul.,. Elite groups, symbol manipulation and ethnic identity among
the muslim of South Asia. D.Taylor et M. Yapp (Eds.), Political Identity of
South Asia. Curzon Press, London, 1979 pp 35-37.

--Chevallier, Jacques. «L’identité politique : un enjeu de pouvoir ». Sciences


Humaines Editions, 1998 PP 307 – 312.

--Connor, Walter., Nation-bulding or nation-destroying? World Politics, vol.


24, n° 3, 1972 pp. 319-355.

--Cordell, Denis. et Joel. Gregory.. “Labour Reservoirs and Populations : French


colonial Strategies In Koudougou, Upper-Volta, 1914 to 1939”. Journal of
African History Vol. 23 n°2 1982 pp. 205 – 224.

--Cellule universitaire de recherche et de diffusion des idées et actions politiques


du président Henri Konan Bedie , , L’ivoirité ou l’esprit du nouveau contrat
social d’Henri Konan Bédié. Curdiphe. Abidjan, PUA 1996.

--Dembélé, Ousmane. «La construction économique et politique de la catégorie


« étranger » en Côte d’Ivoire ». In Côte d’Ivoire, l’année terrible 1999 – 2000.
Marc. Le Pape. Claudine. Vidal (réd.). Les Afriques, Paris, Karthala,2002 pp.
123 – 171.

--Dembélé, Ousmane. « Côte d’Ivoire : La fracture communautaire ». Politique


africaine n°89, Paris, Karthala,2003 pp. 34 – 48.

--Diabaté, Idriss., Dembélé, Ousmane., et Akindès, Francis.,. Intellectuels ivo-


iriens face à la crise. Idriss Diabaté, Ousmane Dembélé, & Francis Akindès
(Eds.), Karthala, Paris, 2005 195 p.

--Dozon, Jean - Pierre.. « L’étranger et l’allochtone en Côte d’Ivoire ». In Le


modèle ivoirien en question, crises, ajustement, recompositions. B. Contamin.
H. Memel-Fotê (réd.). Paris, Karthala – Orstom,1997 pp. 779-798.

--Grah Mel, Frederic, Houphouet – Boigny, Abidjan-Paris, CERAP– Maison-


neuve, 2004 869 p.

--Institut National de la Statistique.. Premiers résultats de l’enquête emploi.


Projet PARSTAT 2003.

106 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao
--Gruénais, Marc-Eric., Du bon usage de l’autochtonie, Cahiers Orstom, serie
Sciences humaines, vol. XXI, n°1,1985. pp. 19-24.
--Jolivet, Elen. L’ivoirité. De la conceptualisation à la manipulation de l’identité
ivoirienne, Mémoire, 2003. 71p.
--Kipré, Pierre.. « Les discours politiques de décembre 1999 à l’élection prési-
dentielle d’octobre 2000 : thèmes, enjeux et confrontations », In Côte d’Ivoire,
l’année terrible 1999 – 2000. M. Le Pape. C. Vidal (réd.). Les Afriques, Paris,
Karthala, 2002 pp. 80 - 121 .
--Konaté, Yacouba.. « Le destin d’Alassane Dramane Ouattara », In Côte d’Ivoire,
l’année terrible 1999 – 2000. M. Le Pape. C. Vidal (réd.). Les Afriques, Paris,
Karthala, 2002 pp. 253 - 309.
--Lentz, Carola., , « Premiers arrivés » et « nouveaux venus » Discours sur
l’autochtonie dans la savane ouest-africaine, in Kuba, Richard, Lentz, Carola
et Nurukyor, Claude, Histoire et relations interethniques au Burkina-Faso,
Karthala, 2003 pp 113-134.
--Leroy, Aurelie., , De l’usage de la différence, Alternative Sud, volume 17/2
pp. 7 - 24.
--Loua, Pierre. 2003. « La nationalité : quel fondement ? ». Débats Courrier
d’Afrique de l’Ouest. n°2, Abidjan, INADES-CERAP, 2010 pp. 15-19
--Muller, Pierre.,. Les politiques publiques. PUF, Que sais-je, Paris, 1990 127 p.
--Milza, Pierre., Les mécanismes de l’intégration. Sciences Humaines: l’identité,
l’individu, le groupe, la société, 1998 pp. 273-277.
--Nora, P., Les lieux de mémoire. Gallimard, Paris,1993 .
--Organisation des nations unies . Rapports sur les évènements d’octobre et
décembre 2000 en Côte d’Ivoire, Abidjan, CEDA, 2001.194 p .
--Otch-Akpa, Bernard.,. Le principe: «la terre appartient à celui qui la met en
valeur» l’envers socio-politique de la problématique foncière de l’Etat ivoirien
1963-1993., Thèse de doctorat Université de Paris I Sorbonne 1993.
--Perouse, Marc. Antoine.. « Des boucs émissaires parfaits : l’Afrique rejette ses
propres immigrés ». Le Monde Diplomatique. 1999. p 15.
--Pitroipa, R. « Les migrations au sein de la CEDEAO : quelques données dé-
mographiques ». Débats Courrier d’Afrique de l’Ouest. n°2, Abidjan, INADES-
CERAP, 2003.pp. 3 – 7.

4. NATIONALITE ET CITOYENNETE IVOIRIENNE 107


--Schnapper, Dominique.,. La France de l’intégration. Sociologie de la nation
en 1990. Gallimard, Paris,1991.

--Schnapper, Dominique., L’Europe des immigrés. Editions François Bourin,


Paris, 1992. 196 p.

--Schnapper, Dominique., La communauté des citoyens, sur l’idée moderne de


nation. Gallimard, Paris,1994.

--Schnapper, Dominique., La relation à l’autre, au cœur de la pensée soci-


ologique. Gallimard, Paris, 1998. 562 p.

--Touré, Moriba. « Immigration en Côte d’Ivoire : la notion de « seuil du tolé-


rable » relève de la xénophobie », Politique Africaine n° 78, 2000. pp 75 - 93.

--Vidal, Claudine. « La brutalisation du champ politique ivoirien 1990 – 2003 ».


Revue Africaine de Sociologie. 7,2, 2003. pp. 00 – 00.

--Zoro, Epiphane., L’acquisition de la nationalité ivoirienne à titre originaire:


critère juridique ou critère anthropologique? CODESRIA, Dakar ,2003.13 p.

--Les journaux
--La Voie n°683.
--La Voie n° 701.
--La Voie n° 703.
--La Voie n° 704.
--Notre Voie n°1836.
--Le Démocrate n°171 du 28 septembre 1994.
--Le Démocrate n°179 du 23 novembre 1994.
--Le Démocrate n°184 du 28 décembre 1994.
--Le Démocrate n°187 du 25 janvier 1995.
--Le Démocrate n°222 de septembre 1995.

108 ICIP Research 03 / CONDITIONS POUR LA CONSOLIDATION DE LA PAIX EN CÔTE D’IVOIRE


Alfred Babo · Fahiraman Rodrigue Kone · Gnangadjomon Kone · Mariatou Koné · N’Guessan Kouamé ·
Fofana Moussa · Séraphin Néné Bi Boti · Azoumana Ouattara · Kouassi Yao

Vous aimerez peut-être aussi