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Prise en compte du gonflement des terrains dans le

dimensionnement des revêtements des tunnels


Frédéric Bultel

To cite this version:


Frédéric Bultel. Prise en compte du gonflement des terrains dans le dimensionnement des revêtements
des tunnels. Sciences de l’ingénieur [physics]. Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, 2001. Français.
<tel-00001859>

HAL Id: tel-00001859


https://pastel.archives-ouvertes.fr/tel-00001859
Submitted on 8 Feb 2003

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teaching and research institutions in France or recherche français ou étrangers, des laboratoires
abroad, or from public or private research centers. publics ou privés.
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DES PONTS ET CHAUSSEES

THESE
pour obtenir le grade de
DOCTEUR
DE
L’ECOLE NATIONALE DES PONTS ET CHAUSSEES

Spécialité : GEOTECHNIQUE

PRISE EN COMPTE DU GONFLEMENT DES


TERRAINS POUR LE DIMENSIONNEMENT DES
REVÊTEMENTS DES TUNNELS

Présenté par
Frédéric BULTEL

Soutenue le 26 janvier 2001


devant la commission d’examen composée de :

MM. R. KASTNER Rapporteur


I. SHAHROUR Rapporteur
P. EGGER Examinateur
B. GAUDIN Examinateur
J.P. MAGNAN Examinateur
A. SAÏTTA Examinateur
J.F. SERRATRICE Examinateur
E. LECA Directeur de thèse

Travail préparé au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées dans le cadre d’une convention
CIFRE avec la société Scetauroute
2
Je tiens tout d’abord à remercier chaleureusement l’ensemble des personnes qui ont contribué
au travail de thèse présenté dans ce mémoire.

La société Scetauroute, représenté par son Département Tunnels et Travaux Souterrains


(DTTS) implanté à Annecy, et le Laboratoire Central des Ponts et Chaussées (LCPC) de Paris
m’ont donné l’opportunité, dans le cadre d’une convention CIFRE, de réaliser un travail de
recherche scientifique appliquée dans un contexte industriel motivant. La mise à disposition
de moyens nécessaires à la préparation de la thèse, la disponibilité des différents intervenants
et la compétence de l’encadrement scientifique ont contribué à l’intérêt et à la qualité de ce
travail.

Ma profonde gratitude s’adresse tout particulièrement à mon Directeur de thèse, Monsieur


Eric LECA, directeur adjoint à DTTS, qui m’a accordé sa confiance dans l’élaboration de
cette thèse. Tout en suivant de près ma démarche scientifique, il m’a fait partagé son
expérience enrichissante dans le domaine des tunnels et m’a prodigué de précieux conseils et
encouragements pour mener à bien ce travail.

Je tiens à remercier très vivement et respectueusement Monsieur Jean-Pierre MAGNAN,


Professeur à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, Directeur Technique au LCPC, qui
m’a fait l’honneur de présider le jury de thèse.

Je présente également mes remerciements à Messieurs Richard KASTNER, Professeur à


l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon, et Isam SHAHROUR, Professeur à l’Ecole
Universitaire Des Ingénieurs de Lille, qui ont accepté d’être les rapporteurs de cette thèse.

Je remercie au même titre Messieurs Peter EGGER, Professeur à l’Ecole Polytechnique


Fédérale de Lausanne et Adrien SAÏTTA, Responsable de Pôle au Centre d’Etudes des
Tunnels pour avoir participé à l’évaluation de mon travail.

Ce travail doit également beaucoup aux discussions fructueuses que j’ai pu avoir avec un
certain nombre de personnes : je citerai, en particulier, Messieurs Bernard GAUDIN, expert
géotechnique à DTTS, et Jean-François SERRATRICE, Responsable du laboratoire de
Mécanique des Sols et des Roches au Laboratoire Régional des Ponts et Chaussées d’Aix-en-
Provence, qui m’ont fait bénéficier de leur connaissances et de leur expérience dans le
domaine expérimental et celui des tunnels.

Mes remerciements s’adressent aussi à l’ensemble du personnel de DTTS et du LCPC qui


m’ont cordialement accueilli parmi eux. J’ai eu la chance de rencontrer des amis formidables
qui m’ont encouragé et soutenu au cours de ces trois dernières années. Qu’ils trouvent ici le
témoignage de mon attachement et de mon amitié.
RESUME

Au cours des dernières décennies, les retours d’expérience de tunnels ont mis en évidence de
nombreux dommages causés par le phénomène de gonflement. Ce phénomène, qui concerne des
formations variées très répandues dans les ères géologiques (terrains argileux ou anhydrite), est
susceptible d’affecter un certain nombre de tunnels futurs. Cette thèse envisage de mettre au point
une méthodologie de calcul des revêtements de tunnels en terrain gonflant.

En s'inspirant des retours d'expérience et des méthodes existantes, une loi de comportement
élastoplastique a été établie pour simuler le développement de gonflement apparaissant dans le
massif du fait d’un changement d’état de contraintes et d’une arrivée d’eau. La loi de gonflement
supposée élastique et tridimensionnelle relie le logarithme de la contrainte à la déformation, en tenant
compte d’une éventuelle anisotropie de gonflement associée à la stratification du terrain.

Après avoir été implanté dans le code par éléments finis CESAR-LCPC, ce modèle de gonflement a
été validé à deux niveaux : d'une part, sur un échantillon de matériau gonflant soumis à un essai de
gonflement et, d'autre part, sur un ouvrage instrumenté directement concerné par le phénomène de
gonflement.

Des essais de gonflement spécifiques permettent d'identifier les différents paramètres de gonflement.
Les tentatives de calage de la loi de gonflement ont donné des résultats satisfaisants sur plusieurs
matériaux gonflants différents.

La modélisation numérique du tube Nord du tunnel de Chamoise pour lequel les mesures in situ ont
mis en évidence le développement du gonflement des marnes sous le radier, a montré une meilleure
concordance du modèle de gonflement avec les mesures in situ que les calculs classiques ; en
particulier, on a pu retrouver une asymétrie marquée du comportement du radier et obtenir des
déplacements dans le massif plus proches de la réalité.

Mots clés : Terrain gonflant, tunnel, modélisation numérique, caractérisation expérimentale, essai
Huder-Amberg, retour d’expérience
ABSTRACT

During the last decades, observations in tunnels have reported numerous damages in swelling
grounds. This phenomenon concerns various formations spread in geologic eras and may affect
future tunnels. This thesis aims at developing a design method for tunnel linings in swelling ground.

Based on information provided by in situ observations, laboratory tests and existing design methods,
an elastoplastic behaviour law was been established to simulate the development of swelling in the
ground following a change of state of stress and an ingress of water. In this model, the swelling law is
assumed elastic and three-dimensional, with the swelling deformation being proportional to the
logarithm of stress ; the model takes account of the possible anisotropy of swelling associated with
the stratification of the ground.

The model was implemented in the finite element code CESAR-LCPC and was validated on two
levels : on the one hand, on a sample of swelling material subjected to a swelling test and, on the
other hand, on an instrumented tunnel directly concerned with the swelling phenomenon.

Specific swelling tests were used to identify the different swelling parameters. The calibration of the
swelling law gave satisfactory results on several different swelling materials.

The model was then used to analyse the ground response observed on the Northern tube of
Chamoise tunnel, for which in situ measurements highlighted the development of the swelling of marls
under the invert ; this analysis lead to a closer agreement with the in situ measurements than
conventional models ; in particular, the asymmetry of behaviour of invert was well reproduced with
the model and computed displacements in the ground were closer to the observed results.

Keywords : Swelling ground, tunnel, numerical modelling, experimental characterisation, swelling test
Huder-Amberg, case history
TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION GENERALE ..............................................................................................1

PARTIE I : REVUE BIBLIOGRAPHIQUE DU PHÉNOMÈNE DE......................................


GONFLEMENT AUTOUR DES TUNNELS ..........................................................................5

CHAPITRE 1 : ETUDE PHÉNOMÉNOLOGIQUE DU GONFLEMENT ........................................................7


1.1 - Introduction ....................................................................................................................7
1.2 - Nature et structure des sols argileux ..............................................................................8
1.2.1 - Minéralogie des argiles ................................................................................................ 8
1.2.2 - Structure moléculaire microscopique des argiles ............................................................ 9
1.2.3 - Gonflement interfoliaire et interparticulaire .................................................................. 13
1.3 - Mécanismes de gonflement ...........................................................................................14
1.3.1 - Gonflement au sens physico-chimique ......................................................................... 14
1.3.2 - Gonflement au sens mécanique .................................................................................. 18
1.3.3 - Relations entre la texture du matériau et le gonflement................................................. 20
1.3.4 - Cas de l’anhydrite ..................................................................................................... 24
1.3.5 - Conclusion ................................................................................................................ 26
1.4 - Caractérisation en laboratoire du phénomène de gonflement .....................................27
1.4.1 - Définition des paramètres de gonflement..................................................................... 27
1.4.2 - Méthodes indirectes de caractérisation........................................................................ 28
1.4.3 - Essais de gonflement en laboratoire ............................................................................ 36
1.4.4 - Aspects phénoménologiques du gonflement................................................................. 42
1.4.5 - Commentaires et recommandations générales ............................................................. 50
1.5 - Conclusion ....................................................................................................................53

CHAPITRE 2 : RETOURS D’EXPÉRIENCE DE TUNNEL ......................................................................55


2.1 - Introduction ..................................................................................................................55
2.2 - Définition du gonflement autour d’un tunnel ...............................................................56
2.3 - Observations in situ ......................................................................................................57
2.3.1 - Cas A : Tunnel de Bözberg (Suisse) ........................................................................... 58
2.3.2 - Cas B : Tunnel de Belchen (Suisse)............................................................................ 59
2.3.3 - Cas C : Tunnel San Donato (Italie) ............................................................................. 60
2.3.4 - Cas D : Tunnel sur le barrage de la rivière Saskatchewan (Canada) ............................. 62
2.3.5 - Cas E : Galerie de reconnaissance du tunnel de Chamoise (France).............................. 63
2.3.6 - Synthèse................................................................................................................... 64
2.4 - Techniques de construction en terrain gonflant ...........................................................66
2.4.1 - Dimensionnement passif ............................................................................................ 67
2.4.2 - Dimensionnement actif .............................................................................................. 68
2.4.3 - Dimensionnement intermédiaire.................................................................................. 69
2.5 - Conclusion ....................................................................................................................70

I
CHAPITRE 3 : MÉTHODES DE CALCUL EXISTANTES POUR L’ÉTUDE DES TUNNELS ..........................71
3.1 - Introduction ..................................................................................................................71
3.2 - Modèles basés sur une loi de gonflement ......................................................................72
3.2.1 - Méthodes semi-empiriques......................................................................................... 72
3.2.2 - Méthodes de calcul par éléments finis ......................................................................... 76
3.2.3 - Méthode semi-analytique de Gysel (1987) ................................................................... 79
3.3 - Approches phénoménologiques.....................................................................................81
3.3.1 - Modèles rhéologiques ................................................................................................ 81
3.3.2 - Modèles dérivés ........................................................................................................ 82
3.4 - Modèles hydromécaniques ............................................................................................83
3.4.1 - Cadre général........................................................................................................... 83
3.4.2 - Présentation des méthodes existantes ......................................................................... 84
3.4.3 - Présentation du modèle d’Anagnostou (1993) .............................................................. 85
3.5 - Conclusion ....................................................................................................................92

PARTIE II : MODELISATION DU GONFLEMENT DANS LES CALCULS DE


DIMENSIONNEMENT DE TUNNELS……………………………………….…………...95
CHAPITRE 4 : MÉTHODE DE CALCUL ANALYTIQUE DU GONFLEMENT …………………………
POUR L’ÉTUDE DES TUNNELS .......................................................................................................97

4.1 - Introduction ..................................................................................................................97


4.2 - Présentation de la méthode convergence - confinement ..............................................98
4.3 - Présentation de l’approche analytique .......................................................................100
4.3.1 - Définition du problème ..............................................................................................100
4.3.2 - Milieu élastoplastique parfait .....................................................................................101
4.3.3 - Prise en compte du gonflement..................................................................................102
4.4 - Application de la méthode de calcul analytique .........................................................104
4.4.1 - Etude de plusieurs tunnels français ............................................................................105
4.4.2 - Etude particulière pour le tunnel du Mont Sion ............................................................107
4.5 - Conclusion ..................................................................................................................110

CHAPITRE 5 : PRÉSENTATION D’UN MODÈLE NUMÉRIQUE DE GONFLEMENT................................111


5.1 - Introduction ................................................................................................................111
5.2 - Choix d’un modèle de gonflement ..............................................................................111
5.3 - Description de la loi de gonflement ............................................................................113
5.3.1 - Pression de gonflement.............................................................................................114
5.3.2 - Indice de gonflement ................................................................................................115
5.3.3 - Anisotropie de gonflement.........................................................................................115
5.4 - Simulation analytique d’un essai de gonflement.........................................................117
5.4.1 - Présentation générale du modèle ...............................................................................117
5.4.2 - Etude de la phase de déchargement...........................................................................119
5.5 - Conclusions.................................................................................................................132

II
CHAPITRE 6 : IMPLANTATION DE LA LOI DE GONFLEMENT ……………………………..……
DANS LE CODE DE CALCUL CESAR-LCPC ................................................................................133

6.1 - Introduction ................................................................................................................133


6.2 - Description du code de calcul CESAR-LCPC.............................................................134
6.2.1 - Pré-processeur MAX...............................................................................................135
6.2.2 - Programme de calcul CESAR...................................................................................135
6.2.3 - Post-processeur PEGGY ..........................................................................................136
6.3 - Programmation de la loi de comportement ................................................................136
6.3.1 - Etude de la loi élastique de gonflement.......................................................................137
6.3.2 - Prise en compte de la plasticité..................................................................................138
6.3.3 - Intégration de la loi de comportement dans le module MCNL ......................................142
6.3.4 - Description des méthodes de résolution numérique......................................................145
6.4 - Etude numérique du déchargement mécanique et comparaison avec la solution
analytique............................................................................................................................150
6.4.1 - Influence du maillage sur les résultats numériques ......................................................150
6.4.2 - Influence de la méthode de résolution ........................................................................152
6.4.3 - Comparaison des résultats numériques avec la solution analytique................................154
6.5 - Conclusions.................................................................................................................157

PARTIE III : APPLICATIONS DU MODELE DE GONFLEMENT.……………….…..159

CHAPITRE 7 : CALAGE DE LA LOI DE COMPORTEMENT SUR LES ESSAIS DE GONFLEMENT.............161


7.1 - Introduction ................................................................................................................161
7.2 - Description de la procédure expérimentale à l’œdomètre “Ko” ................................162
7.2.1 - Présentation de l’œdomètre Ko à haute pression.........................................................162
7.2.2 - Procédure d’essai.....................................................................................................163
7.3 - Calage des paramètres de gonflement sur les essais ..................................................165
7.3.1 - Description de la méthodologie de calage ...................................................................165
7.3.2 - Applications de la méthodologie de calage ..................................................................170
7.3.3 - Comparaison des résultats.........................................................................................177
7.4 - Simulation de la phase de déchargement....................................................................178
7.4.1 - Description du modèle numérique ..............................................................................178
7.4.2 - Analyse des résultats obtenus pour la marne de Chamoise ..........................................180
7.4.3 - Analyse des résultats obtenus pour la molasse du Mont Sion et les marnes de Tartaiguille 182
7.4.4 - Analyse globale des travaux de calage .......................................................................184
7.5 - Etude d’une deuxième méthode de calage..................................................................185
7.5.1 - Modification de la méthodologie de calage..................................................................185
7.5.2 - Application de la nouvelle méthode de calage aux essais de Chamoise .........................186
7.5.3 - Application à la molasse du Mont Sion .......................................................................188
7.5.4 - Applications au cas de la marne de Tartaiguille ...........................................................189
7.5.5 - Etude de la plasticité .................................................................................................191
7.6 - Conclusion ..................................................................................................................195

III
CHAPITRE 8 : ANALYSE D’UN OUVRAGE INSTRUMENTÉ - LE TUNNEL DE CHAMOISE - ................197
8.1 - Introduction ................................................................................................................197
8.2 - Analyse du comportement à long terme de l’ouvrage ................................................198
8.2.1 - Contexte général du tunnel de Chamoise....................................................................198
8.2.2 - Analyse des mesures in situ ......................................................................................204
8.2.3 - Conclusions..............................................................................................................210
8.3 - Modélisation numérique du tube Nord .......................................................................210
8.3.1 - Configuration géotechnique et géométrie de l’ouvrage.................................................210
8.3.2 - Caractéristiques mécaniques des matériaux................................................................212
8.3.3 - Présentation du calcul numérique...............................................................................214
8.4 - Analyse des résultats numériques ...............................................................................217
8.4.1 - Influence du gonflement............................................................................................217
8.4.2 - Etude paramétrique complémentaire ..........................................................................229
8.5 - Conclusions.................................................................................................................233

CONCLUSIONS GENERALES ...........................................................................................235

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES .............................................................................239

ANNEXE A : PROCÉDURES D’ESSAIS NORMALISÉES .................................................247


ANNEXE B : MATÉRIELS UTILISÉS POUR LES ESSAIS DE GONFLEMENT............255
ANNEXE C : DÉTERMINATION DE LA COURBE CARACTÉRISTIQUE DU TERRAIN261
ANNEXE D : SOLUTION ANALYTIQUE D’UN ESSAI DE GONFLEMENT...................269
ANNEXE E : PROGRAMMATION DE LA LOI ÉLASTOPLASTIQUE DE
GONFLEMENT DANS LE MODULE DE RÉSOLUTION MCNL.....................................279
ANNEXE F : RÉSULTATS OBTENUS AVEC LA DEUXIÈME MÉTHODOLOGIE DE
CALAGE.................................................................................................................................289

IV
NOTATIONS

Nous donnons ci-dessous les principales notations utilisées dans ce mémoire.

La convention adoptée pour définir les contraintes et les déformations correspond à la convention de
la Mécanique des Sols.

σ (ou σ ij ) tenseur des contraintes totales


σ (ou σ 'ij )
'
tenseur des contraintes effectives
σ1 , σ 2 , σ 3 contraintes principales (positives en compression) avec σ1 ≥ σ 2 ≥ σ 3
σr , σθ , σy état de contraintes dans un repère axisymétrique
σ xx , σ yy , σ zz état de contraintes dans un repère cartésien
σv , σh contraintes verticale et horizontale (dans l’œdomètre)
σ vo , σ ho contraintes verticale et horizontale initiales
 σ1 + σ 2 + σ 3 
p contrainte moyenne  p = 
 3 
u pression interstitielle
h charge hydraulique
k coefficient de perméabilité du terrain

ε tenseur des déformations totales


ε1 , ε 2 , ε3 déformations principales (positives en compression)
ε xx , ε yy , ε zz déformations principales dans un repère cartésien
ur déplacement radial dans un repère axisymétrique
 ∆V 
ε vol déformation volumique  ε vol = ε1 + ε 2 + ε 3 = − 
 V 
∆h
εv , εh déformations verticale et horizontale ( ε v = − dans un œdomètre)
h

D EL matrice d’élasticité

D EP matrice d’élastoplasticité

σg pression de gonflement
ε
el
(
tenseur des déformations élastiques ε el = ε H + ε g )
ε
H
tenseur des déformations élastiques avec la loi de Hooke
ε
g
tenseur des déformations de gonflement
εg déformation de gonflement déterminée à l’œdomètre

V
C g (ou B g ) indice de gonflement (avec C g = 2,3 Bg )
kg gonflement libre obtenu à l’œdomètre
β tenseur d’anisotropie
β facteur d’anisotropie
n vecteur normal à la stratification

( )
p vecteur parallèle à la stratification
βn anisotropie normale à la stratification β n = n .β. n
βp anisotropie parallèle à la stratification ( β p = p . β. p )
σn contrainte normale au plan de stratification ( σ n = n . σ. n )
σp (
contrainte parallèle au plan de stratification σ p = p . σ. p )
ε gn (
déformation de gonflement normale au plan de stratification ε gn = n . ε g . n )
ε gp déformation de gonflement parallèle au plan de stratification ( ε = p.ε .p )
g g
p

Remarques sur les tenseurs :


( )
A = A ijkl : tenseur d’ordre 4
A = (A ij ) : tenseur d’ordre 2
a ⊗ b = ( a i b j ) : produit tensoriel entre deux vecteurs
A . n = (A ij n j ) : produit d’un tenseur par un vecteur
grad b = (∂ i b ) : gradient d’un scalaire

Ko coefficient de pression des terres au repos


E module d’Young du terrain
ν coefficient de Poisson du terrain
c cohésion du terrain
ϕ angle de frottement interne du terrain
ψ angle de dilatance
Kp coefficient de butée
κp coefficient de dilatance
Eb module d’Young du béton
νb coefficient de Poisson du béton
λ taux de déconfinement
λe limite d’apparition de la plasticité
λg limite d’apparition du gonflement
Rp rayon de la zone plastique
Rg rayon de la zone de gonflement

VI
e indice des vides
S surface spécifique des particules argileuses
γ poids volumique du terrain
γS poids volumique des particules solides
γd poids volumique sec
γw poids volumique de l’eau
γ fl poids volumique du fluide
Sr degré de saturation
w teneur en eau
wL limite de liquidité
wP limite de plasticité
wS limite de retrait
IP indice de plasticité
IS indice de retrait
Ac activité argileuse
C2 teneur en particules de dimensions inférieures à 2 µm
VB valeur au bleu de méthylène

Notations particulières du chapitre 1


kB (
constante de Boltzmann = 1,38 10 −23 J.K −1 )
T température absolue en K
ec (
charge électrique d’un électron = 1,6 10 −19 C )
Z valence des cations
K dc inverse de l’épaisseur de la double couche
C liq concentration ionique du milieu liquide
ε liq constante diélectrique du milieu liquide
ϕélec potentiel électrique au milieu de la distance interparticulaire
d demi-distance entre deux particules argileuses
pR pression osmotique de répulsion
pA force “surfacique” d’attraction de Van der Waals
σ cap tension de surface au niveau du ménisque capillaire
rcap rayon capillaire
θ cap angle de contact liquide/fluide au niveau du ménisque
H cap hauteur de fluide dans le capillaire

VII
VIII
INTRODUCTION GENERALE

Le gonflement des sols argileux, par décompression et/ou par apport d'eau, est la cause de
nombreux dommages : soulèvement de fonds de fouilles, destruction de chaussées, fissuration de
bâtiments. Jusque vers les années 1930, seul le tassement était considéré comme une source possible
de dégâts pour les fondations superficielles. C'est l'US Bureau of Reclamation qui le premier mit
l'accent sur le phénomène de gonflement. Le développement des constructions en béton sur
fondations superficielles amena alors de nombreux ingénieurs à s’intéresser au problème du
gonflement des sols argileux (Chen, 1975 ; Mouroux et al., 1988).

Dans le domaine des excavations souterraines, le gonflement du terrain peut entraîner aussi de
sérieux problèmes, tant pendant la construction, qu’après la mise en service de l’ouvrage. Dans les
anciens tunnels creusés en terrain gonflant, il n’est pas rare d’observer un soulèvement de radier
atteignant plusieurs dizaines de centimètres. La réparation des revêtements et la réexcavation du
radier deviennent ainsi une opération régulière d’entretien ; dans d’autres cas, on est obligé de
construire des radiers en voûte inversée de 1 ou 2 mètres d’épaisseur, destinés à limiter les
mouvements à une valeur acceptable.

En dépit des nombreuses expériences malheureuses liées à l’apparition du gonflement, l’étude


quantitative du phénomène ne débute réellement qu’au début des années 1970 avec la
communication de Huder et Amberg (1970) présentant la méthode de mesure du gonflement du
même nom, et c’est aussi à partir de cette date que l’observation et l’analyse de cas vécus, ainsi que
les travaux en laboratoire, se développent de manière plus rigoureuse. En France, on ne dispose pas
à ce jour de méthode reconnue et validée permettant la prise en compte du gonflement dans le
dimensionnement des ouvrages souterrains.

1
L’objectif de la présente étude consiste à analyser le phénomène de gonflement, dans le but d'aboutir
à une méthodologie permettant de prendre en compte ses effets dans le calcul à long terme des
revêtements de tunnels.

Le présent rapport comporte huit chapitres, répartis en trois parties.

• La première partie présente une synthèse bibliographique consacrée à l’étude phénoménologique


du gonflement, à ses manifestations in situ et à sa prise en compte dans le dimensionnement des
tunnels. Elle est découpée en trois chapitres :

- Le chapitre 1 présente une approche générale du gonflement. Une analyse microscopique du


phénomène, c’est-à-dire de l’interaction entre les particules d’argile et l’eau, mettra en
évidence les origines possibles du gonflement ; la deuxième partie du chapitre aborde la
caractérisation macroscopique par des essais en laboratoire destinés à définir des paramètres
de gonflement pour le dimensionnement des ouvrages.

- Le chapitre 2 décrit les retours d’expérience relatifs à l’observation du phénomène de


gonflement autour de tunnels existants. Ces informations permettent de se rendre compte de
l’importance des dommages occasionnés et de montrer la nécessité d’adapter les techniques
de construction pour résoudre ce problème.

- Le chapitre 3 récapitule l’état actuel des connaissances en matière de simulation du


phénomène et d’approche de dimensionnement d’un revêtement de tunnel.

• La deuxième partie présente les développements effectués, dans le cadre de cette thèse, pour
améliorer la prise en compte du gonflement dans l’étude des ouvrages souterrains. Elle se
compose de trois chapitres :

- Le chapitre 4 présente une approche analytique consistant à introduire une contribution du


gonflement dans un calcul élastoplastique basé sur la méthode convergence-confinement
(Panet et Guellec, 1974), qui constitue une approche de référence pour le calcul des
soutènements et revêtements de tunnels.

2
- Le chapitre 5 décrit une approche numérique du problème. En s'inspirant des retours
d’expérience et des méthodes de calcul existantes, une loi de comportement a été établie
pour simuler le phénomène de gonflement apparaissant dans le massif du fait d’un
changement d’état de contraintes et d’une arrivée d'eau. Un calcul analytique conçu pour
représenter le déroulement d’un essai de gonflement permet d’étudier la sensibilité des
paramètres introduits.

- Le chapitre 6 développe le travail numérique effectué pour implanter la loi de gonflement dans
le logiciel CESAR-LCPC, qui constitue l’un des codes de référence en génie civil, et présente
la validation de la loi programmée à partir de la solution analytique du chapitre 5.

• La troisième partie consiste à appliquer le modèle de gonflement dans la simulation de deux


situations appropriées : d’une part, les essais de gonflement sur échantillons et, d’autre part, le
calcul d’un ouvrage instrumenté affecté par des phénomènes de gonflement. Cette partie
comprend deux chapitres :

- Le chapitre 7 présente le travail d’analyse d’essais de gonflement réalisés au Laboratoire


Régional des Ponts et Chaussées d’Aix-en-Provence à partir de la loi de comportement
proposée. Cette étude expérimentale aboutira à des recommandations générales relatives à la
méthodologie de calage de la loi.

- Le chapitre 8 présente le calcul numérique d’un ouvrage instrumenté (tube Nord du tunnel de
Chamoise) dont l’auscultation a mis en évidence plusieurs effets différés tels que le retrait du
béton, le fluage mais aussi le gonflement des marnes sous le radier. En utilisant la loi de
comportement proposée et après calage sur des essais de gonflement réalisés sur du matériau
prélevé sur le site, une simulation numérique de la réalisation de l’ouvrage a été effectuée. Les
résultats sont comparés aux mesures relevées in situ dans le revêtement de l’ouvrage et dans le
massif encaissant.

3
4
Partie I :

Revue bibliographique du phénomène de


gonflement autour des tunnels

5
6
Chapitre 1 :

Etude phénoménologique du gonflement

1.1 - Introduction

Lorsqu'on étudie les problèmes de gonflement rencontrés sur des ouvrages, on s'aperçoit que le
gonflement du terrain est étroitement lié aux apports d'eau du milieu extérieur ou environnant et que
ce phénomène dépend fortement du type de terrain rencontré. C'est pourquoi une description
microscopique du phénomène est indispensable pour bien comprendre quel terrain est susceptible de
gonfler et quels sont les processus de développement du gonflement au niveau microscopique.

Dans un premier temps, comme les matériaux “gonflants” les plus fréquemment rencontrés sont les
argiles, un rappel sur la minéralogie des argiles est d'abord effectué afin de mettre en évidence quelle
est la composition des différentes familles d'argile, leur stabilité et leur affinité avec l'eau qui est à
l'origine du gonflement.

Ensuite, on s'attachera à développer les différents mécanismes de gonflement qui peuvent se


développer au niveau microscopique et à mettre en évidence les facteurs influant sur le gonflement.
On évoquera aussi une autre forme de gonflement d'origine uniquement chimique pour l'anhydrite.

Après avoir décrit le phénomène de gonflement au niveau microscopique, on s'intéressera aux


méthodes d'estimation et de caractérisation du potentiel de gonflement d'un terrain. La dernière

7
partie détaillera les différentes manières de caractériser le gonflement au niveau macroscopique ;
méthodes indirectes, essais en laboratoire ou essais in situ. Les méthodes indirectes basées sur
l'évaluation des paramètres géotechniques classiques (teneur en eau, densité sèche, limites
d'Atterberg, valeur de bleu) permettent d'estimer la sensibilité du matériau vis-à-vis du gonflement.
Les essais en laboratoire permettent de décrire un comportement de gonflement rencontré autour de
l'ouvrage. Les essais in situ permettent d'identifier les sols gonflants en place et de quantifier leur
potentiel de gonflement.

1.2 - Nature et structure des sols argileux

Avant d'analyser le phénomène de gonflement proprement dit, il est essentiel de rappeler certaines
notions minéralogiques et physico-chimiques relatives aux interactions entre l'eau et les particules
argileuses (Grim, 1962 ; Mitchell, 1976).

1.2.1 - Minéralogie des argiles

Les argiles sont les produits de décomposition des roches siliceuses, par désagrégation physique et
mécanique, puis par altération chimique. La famille des minéraux argileux regroupe tous les silicates
hydratés appartenant au groupe des phyllosillicates. Les minéraux argileux ont une structure ionique
telle qu'ils interagissent fortement avec les molécules polaires de l'eau. Une particule d'argile est
formée d'un empilement de feuillets élémentaires constitués par l'association de deux unités
structurales de base :
∗ le tétraèdre de silice SiO 4 (Te) : 4 atomes d’oxygène disposés au sommet d'un tétraèdre régulier
enserrent un atome de silicium. Les tétraèdres se combinent entre eux pour former des couches
planes dites couches tétraédriques (figure 1.1).

°
3A Si

et Atome d'oxygène
et Atome de silicium

Figure 1.1 : Couche tétraédrique et notation

8
∗ l’octaèdre d'alumine Al2(OH)6 et éventuellement de magnésium Mg3(OH)6 (Oc) : 6 ions
hydroxydes enserrent un atome d’aluminium ou de magnésium. Les octaèdres se combinent
également pour former des couches planes dites couches octaédriques (figure 1.2).

4 A° Al ou Mg

et Hydroxyde
Aluminium, magnésium...

Figure 1.2 : Couche octaédrique et notation

1.2.2 - Structure moléculaire microscopique des argiles

Le feuillet élémentaire idéal se compose d'un empilement de 2 ou 3 unités de base. Les liens de
covalence et les liaisons ioniques assurent la structure rigide du feuillet élémentaire ; des liaisons
moins fortes mais essentielles, assurent l'assemblage des feuillets élémentaires.

Les forces de liaison entre feuillets sont principalement :


- les forces d'attraction moléculaires de Van der Waals qui sont des liaisons faibles ;
- les liaisons hydrogène qui apparaissent avec des atomes fortement électronégatifs, comme par
exemple l'oxygène dans le cas des argiles ;
- les substitutions isomorphes qui consistent dans le remplacement de certains cations constitutifs du
réseau cristallin par d'autres de moindre valence. Ce dernier phénomène crée des déficits de charge
qui affaiblissent les forces ioniques de liaison entre les feuillets (remplacement d'un ion Si4+ par un ion
Al3+ dans la couche tétraédrique de silice, d'un ion Al3+ par un Mg2+ dans la couche octaédrique
d'aluminium ...). Les particules acquièrent ainsi une charge négative et peuvent adsorber de façon
réversible des cations et des dipôles d'eau pour atteindre l'électroneutralité. La capacité d'échange
ionique (C.E.C.) permet de mesurer la charge positive nécessaire pour arriver à l'électroneutralité
(milliéquivalents/100 g d'argile sèche).

Les particules sont donc soumises à un ensemble de forces d'attraction et de répulsion qui varient
avec la teneur en eau et dépendent des substitutions isomorphes. Malgré la simplicité apparente de la

9
structure des argiles, on en dénombre un très grand nombre d'espèces, qui se distinguent par les
défauts liés aux substitutions isomorphes au moment de la formation. L'arrangement des particules
des terrains argileux, qui interagissent avec l'eau et les ions qu'elle transporte, dépend beaucoup du
milieu de déposition (notamment de sa salinité).

Les trois types d'argile les plus couramment rencontrés sont la kaolinite, l'illite et la
montmorillonite. Nous les décrivons dans la suite avant de préciser les différents mécanismes de
gonflement.

La kaolinite (Si 4 O10 ) Al 4 (OH)8


Le feuillet élémentaire est composé d'une couche de silice et d'une couche d'alumine. Entre différents
feuillets de kaolinite, le contact se fait entre un plan contenant les ions hydroxyles OH − de
l'octaèdre, et celui contenant les ions d'oxygène O 2− du tétraèdre ; dans ce cas, les liaisons
interfoliaires résultent de l'effet composé de liaisons hydrogène et de forces de Van der Waals ; ce
qui se traduit par un lien assez fort. Ainsi une particule de kaolinite sera constituée, par exemple, de
quelques centaines de feuillets et pourra avoir une épaisseur de quelques dizaines de micromètres.
Ces particules sont stables et leur structure élémentaire n'est pas affectée par la présence d'eau.

Al

Si

Al
°
7,2 A
Si

Al

Si

Figure 1.3 : Schéma de la particule de kaolinite

L'illite (K, H 2 O)2 Si8 (Al, Fe, Mg )4, 6 O 20 (OH)4


Le feuillet élémentaire est composé d'une couche d'alumine comprise entre deux couches de silice.
Dans les couches de silice, un ion Si4+ sur quatre est remplacé par un ion Al 3+ . Le déficit de charge
qui en résulte est compensé par les ions potassium K + qui assurent des liaisons assez fortes entre les
feuillets. La particule d'illite comportera, par exemple, une dizaine de feuillets et pourra avoir une
épaisseur de quelques centièmes de micromètres. L'espace créé à l'intérieur du feuillet de silice

est occupé par un ion K + qui, par sa présence, induit un lien fort entre les couches.

10
Si et Al

Al

Si et Al

Si et Al
+
K Al °
9,6 A
Si et Al

Si et Al

Al

Si et Al

Figure 1.4 : Schéma de la particule d'illite

La montmorillonite (OH)4 Si 8 (Al10 / 3 , Mg 2 / 3 ) O 20 , n H 2 O


Le feuillet élémentaire est composé comme pour l'illite, d'une couche d'alumine comprise entre deux
couches de silice. Un ion Al 3+ est remplacé par un ion Mg 2+ dans les couches d'alumine. Le déficit

de charge qui en résulte est compensé par des ions Ca 2+ (montmorillonite calcique) ou par des ions
Na + (montmorillonite sodique). La valence des ions sodium étant plus faible que celles des ions
calcium, c'est la montmorillonite sodique qui aura la plus grande surface spécifique et la plus grande
C.E.C. Les liaisons entre feuillets étant très faibles, ces argiles sont très sensibles à la teneur en
eau et ont un fort potentiel de gonflement. L'épaisseur d'une particule de montmorillonite peut
être très faible puisque, contrairement aux autres argiles, on peut isoler un feuillet élémentaire. La
montmorillonite fait partie de la famille plus générale des smectites définies comme les “argiles
gonflantes”.

Si et Al

Al et Mg

Si et Al

Si et Al
n couches de H2 O et
cations interchangeables Al et Mg °
9,6 A
Si et Al

Si et Al

Al et Mg

Si et Al

Figure 1.5 : Schéma de la particule de montmorillonite

11
Les chlorites (OH)4 (Si Al)8 (Mg , Fe) 6 O 20
Il est nécessaire de citer les chlorites du fait que leurs propriétés se rapprochent de celles des argiles.
Leur structure est cependant plus complexe, et se compose de deux feuillets de micas entre lesquels
s'insère un feuillet de brucite. En fait, le déficit du feuillet de mica est rarement comblé par le feuillet
de brucite et des cations interchangeables se logent dans les espaces créés au sein du feuillet de
mica. De l'eau peut alors pénétrer entre les feuillets, provoquant ainsi un accroissement de
l'interdistance et donc un gonflement. Cependant, les édifices de brucite tendent à coller les feuillets
les uns aux autres et donnent ainsi aux chlorites une certaine cohésion, contrairement aux feuillets des
minéraux argileux, qui sont libres de glisser les uns par rapport aux autres.

°
14 A
brucite

Figure 1.6 : Schéma de la particule de chlorite

Les caractéristiques de ces argiles sont résumées dans le tableau 1.1. La figure 1.7 présentent des
images de ces argiles prises au microscope électronique à balayage.

Tableau 1.1 : Caractéristiques des argiles

Nombre de Surface
Diamètre d'une Epaisseur d'une C.E.C. en
Nom Type feuillets par spécifique
particule (µm) particule (µm) meq/100g
particule en m2/g

Kaolinite 1:1 100 - 200 0,1 - 4 1 - 10 10 - 20 3 - 15

Illite 2:1 1 - 10 0,1 - 1 0,003 – 0,01 65 - 100 10-40

Montmorillonite
2:1 1 0,1 0,001 700 - 840 80 - 150
(smectite)

Chlorite 2:1:1 1 0,1 0,005 800 10-40

12
Kaolinite Illite Montmorillonite
Figure 1.7 : Photographies au Microscope Electronique à Balayage des argiles (Mitchell, 1976)

Les interstratifiés
Il existe bien entendu des minéraux interstratifiés, formés d'un empilement régulier ou irrégulier de
feuillets de deux types différents. Lorsque l'un des feuillets est de type smectite, le comportement
peut s'avérer gonflant. C'est le cas de la corrensite, la tosudite, la kaolinite-montmorillonite, la
saponite-chlorite, la montmorillonite-mica, l'illite-montmorillonite.

Le rappel de ces quelques données permet de souligner la complexité de la minéralogie des argiles et
de mettre en évidence le caractère original des smectites.

1.2.3 - Gonflement interfoliaire et interparticulaire

L'analyse minéralogique précédente montre que certaines argiles, pour lesquelles les liaisons
interfeuillets sont très faibles, ont la propriété de fixer les molécules d’eau entre deux feuillets voisins
(c’est le cas de smectites telles que la montmorillonite, et de certaines chlorites). L’eau pénètre à
l’intérieur des particules et s’organise en couches monomoléculaires, il s’agit alors d’un gonflement
intraparticulaire ou interfoliaire (Didier, 1972). Il intervient à l'échelle la plus petite de la structure
argileuse mais peut présenter une ampleur très importante.

En dehors de ce cas particulier, qui définit les argiles dites “gonflantes”, le gonflement est
interparticulaire, c’est-à-dire que l’eau ne pénètre pas à l’intérieur des particules d’argiles. Ce
gonflement interparticulaire, contrairement au gonflement interfoliaire, a une ampleur assez limitée,
mais affecte toutes les argiles. Les différents mécanismes de ce gonflement interparticulaire seront
détaillés dans la partie 1.3.

13
1.3 - Mécanismes de gonflement

Les matériaux susceptibles de gonfler sous l'action de l'eau sont les sols argileux naturels, les marnes,
les roches argileuses et les roches composées d'anhydrite. Le processus de gonflement
interparticulaire met en jeu séparément ou de façon combinée des phénomènes physico-chimiques et
mécaniques variés. Il dépend aussi de la texture du matériau, c'est-à-dire de l'organisation des
plaquettes entre elles, comme on le montrera dans la suite. On présentera aussi le cas de l'anhydrite
dont la transformation en gypse, en présence d'eau, provoque un gonflement notable.

1.3.1 - Gonflement au sens physico-chimique

Compte tenu de la structure ionique présentée précédemment, il apparaît d'importantes interactions


physico-chimiques entre une particule argileuse et l'eau, généralement illustrées par le modèle de la
double couche. Avec des hypothèses très précises, cette théorie permet de quantifier le phénomène
de gonflement par rapport aux différents paramètres de l'eau.

1.3.1.1 - Modèle de la double couche

La particule d’argile présente généralement une charge nette négative due à des substitutions
isomorphes au niveau des feuillets. Ce déficit de charges se traduit par la fixation de cations et par
l’orientation des molécules polaires (d’eau, par exemple) dans l’espace périphérique de la particule
et éventuellement entre les feuillets. A l'attraction des cations par la surface des particules d'argile
s'oppose la tendance des ions à diffuser et à se distribuer d'une manière homogène dans l'eau. Le
résultat de cette interaction est un nuage d'ions entourant la particule, appelé double couche
électrique diffuse (figure 1.8).

On a ainsi, autour de chaque particule, formation d’une double couche d’origine électrique, dite
“couche de Gouy-Chapman”, composée :
- d’une couche fixe liée au solide,
- d’une couche diffuse en affinité avec cette particule.

La théorie de Gouy-Chapman présentait l'inconvénient de prédire des concentrations d’ions


extrêmement élevées à proximité de la surface. Elle a été modifiée par Stern (1924) pour prendre en
compte une quantité finie d'ions aux abords de la particules argileuse. La couche de Stern consiste en

14
une quantité d’ions finie à côté de la surface (figure 1.8) ; elle est fixe tandis que la couche de Gouy
est mobile. Cette dernière fait la transition entre la solution perturbée par la particule et la zone plus
éloignée, non perturbée. La figure 1.8 donne une représentation schématique de ce phénomène.

_
_ + _ _
_ + _
+ _+ +
+ _ + + + +_
_
+ + _+__ _+ _ +
+ _
_ + +_ _+ _
Particule _ + +
_
_ + __ __
argileuse _ + _
+ + _ + + +
+
_ + + ++ + _ _
_ + _ _
+
_ _ + + +
+ _+ _+ _ +
+ +
Couche de Stern
Concentration en ions

(fixée à la particule) Couche de Gouy


(couche diffuse)

cations

C liq
anions
distance à la particule

Figure 1.8 : Schéma de la double couche d’eau entourant une particule argileuse.

1.3.1.2 - Application du modèle de la double couche

La théorie de la double couche développée par Bolt (1956) et Van Olphen (1963) se base sur
l’étude de l’interaction de deux “plaquettes” d’argile parallèles. Sans détailler la théorie de la double
couche, on peut en donner les principaux résultats. Dans un sol saturé, l’épaisseur de la double
couche associée à une particule est donnée par la relation :

1 ε liq k B T
= (1.1)
K dc 8 π C liq e 2c Z 2

où 1 K est l’épaisseur de la double couche en cm, ε liq la constante diélectrique du milieu liquide,
dc

k B la constante de Boltzmann, T la température absolue en Kelvin, e c la charge électrique d’un

électron, Z la valence des cations et C liq la concentration ionique du milieu liquide (en ions/m3). Le

15
gonflement représentant l’extension des doubles couches, ce phénomène se développera en
particulier avec :
- une diminution de la concentration du liquide interstitiel C liq ,

- une diminution de la valence des ions Z,


- une augmentation de la constante diélectrique ε liq ,

- une augmentation de la température T.

Dans une étude expérimentale en laboratoire, Didier (1972) et Wong (1998) ont mis en évidence
l'influence notable de la salinité du liquide interstitiel sur le potentiel de gonflement des terrains
argileux. Ils ont, en effet, constaté que plus la concentration en sels (NaCl par exemple) est faible et
plus les déformations de gonflement sont élevées. Ces résultats expérimentaux confirment bien
l'analyse qualitative fournie par la théorie de la double couche.

A partir de cette même théorie, Madsen (1979) et Sridharan et Jayadeva (1982) ont déterminé une
relation entre la pression osmotique de répulsion p R et le potentiel électrique ϕ élec entre les deux

particules :
p R = 2 C liq k T (cosh ϕ elec − 1) avec ϕ elec = 2,35 − 4,375 lg (K dc d ) ;

e γs
d étant la demi-distance entre deux particules d’argile, soit d = avec e = −1 , e désignant
γs S γd
l'indice des vides, S la surface spécifique du sol, γ s le poids volumique des particules solides, et γ d

le poids volumique du sol sec.

On remarque que, pour un sol dont la minéralogie et le fluide interstitiel sont connus, la pression p R

ne dépend que de la demi-distance interparticulaire d ou du poids volumique du sol sec γ d ; la

pression de répulsion p R est alors une fonction strictement décroissante de la demi-distance

interparticulaire d. Madsen (1979) a obtenu, de plus, une corrélation satisfaisante entre la pression
de répulsion ainsi calculée et la pression de gonflement mesurée expérimentalement sur des argilites
et des marnes.

La théorie de la double couche reste évidemment limitée, à cause des hypothèses faites sur le milieu
(pas d’interaction entre les ions, problème bidimensionnel, particules parallèles, ...). On peut, en
première approximation, dire que la théorie de la double couche est applicable quand la source du

16
gonflement est la pression de répulsion osmotique, c’est-à-dire quand on a affaire à des sols
sursaturés en cations en présence d’une eau de circulation à faible concentration ionique.

1.3.1.3 - Equilibre d’une particule argileuse dans un milieu saturé

Dans un milieu saturé, un bilan des forces permet de montrer rapidement qu’une diminution des
contraintes effectives entraîne un gonflement interparticulaire.

Considérons deux particules argileuses que l’on peut représenter comme plates et parallèles. Quand
elles sont immergées dans une solution électrolytique, elles sont soumises, d’une part, à une pression
extérieure sous forme de contrainte effective σ’ et aux forces électriques d’autre part (figure 1.9).
Les forces électriques se composent de la pression osmotique de répulsion p R et de la force

“surfacique” d’attraction p A de Van der Waals, qui dépend de la distance 2d entre les particules et

décroît très rapidement avec cette distance.


Pour maintenir les particules à la distance 2d, il faut que la contrainte nette ( pR − p A ) équilibre la

contrainte de compression σ ' et donc qu’elle soit répulsive : σ ' = p R − p A

pA pA

σ' σ'

p pR
R

2d

Figure 1.9 : Forces agissant sur deux particules d’argile

Sridharan et Jayadeva (1982) ont constaté que, pour les matériaux argileux tels que la kaolinite ou la
montmorillonite, la force d’attraction de Van der Waals était négligeable devant la pression
osmotique de répulsion, pour l’intervalle de pressions mesurées habituellement en géotechnique.
Dans ces conditions, le mécanisme de gonflement s’explique de la façon suivante : supposons que la
contrainte effective vienne à baisser. L'équilibre ne peut être assuré que par une diminution de la
pression osmotique de répulsion, c'est-à-dire pour une minéralogie du sol et une composition du
liquide interstitiel données, par un écartement des deux particules ; ceci tend par ailleurs à diminuer
légèrement la force de Van der Waals. Ainsi, une diminution de contrainte effective se traduit au
niveau macroscopique par le gonflement des argiles.

17
En résumé, dans le gonflement des argiles saturées, la pression osmotique joue un rôle prépondérant.
La théorie de la double couche fournit une interprétation intéressante des phénomènes physico-
chimiques sur le plan qualitatif mais il faut rester prudent pour appliquer quantitativement cette théorie
à une masse de matériau argileux car les hypothèses utilisées ne caractérisent pas toujours la texture
d'un terrain naturel qui peut être très variée comme on le présentera dans le paragraphe 1.3.3.

De plus, lorsque les argiles ne sont plus saturées, par suite d’une dessiccation par exemple, d’autres
forces deviennent prépondérantes dans l’hydratation des argiles, notamment les forces d’attraction
dues aux charges électriques, les forces de Van der Waals de tension capillaire et les forces dérivant
de l’énergie d’hydratation des cations échangeables. L’ensemble de ces forces constitue la force de
succion qui agit directement sur les molécules d’eau, polaires par nature. La succion varie en sens
inverse du degré de saturation Sr . Cette succion est faible pour des sols saturés et très forte pour

des sols secs.

1.3.2 - Gonflement au sens mécanique

Le phénomène de gonflement, de même que le tassement, peut provenir d’une modification de l’état
de contraintes dans le sol en présence d’eau. Il est donc important de rappeler les bases de la
mécanique des sols appliquées à l’état de contraintes dans un sol.

1.3.2.1 - Contraintes dans un sol

Un sol est un système constitué de 3 phases : une phase solide (les particules solides), une phase
liquide (eau interstitielle en général) et une phase gazeuse (bulles d’air ou film d’air continu). Le sol
est saturé si la phase gazeuse disparaît, c’est-à-dire si tous les vides interparticulaires sont occupés
par l’eau interstitielle. Dans un sol saturé soumis à une contrainte totale σ (géostatique ou surcharge
extérieure), cette dernière se décompose en :
σ = σ'+ u (Théorie de Terzaghi),
u désignant la pression interstitielle à savoir la pression de l’eau des pores et σ' la contrainte
effective, c’est-à-dire la contrainte qui s’exerce réellement sur le squelette solide. Si le sol est sec, la
pression interstitielle u est nulle et on a σ' = σ .

Si l’élément de sol considéré est situé sous la nappe phréatique à une cote z, la pression interstitielle
est égale à la pression exercée par la colonne d’eau sus-jacente soit u = γ w z .

18
Si par contre, il se situe au-dessus de la nappe phréatique, il peut être saturé ou non, selon les
caractéristiques du matériau qui le compose et la distance qui le sépare du toit de la nappe.
L’attraction entre les molécules adjacentes à la surface d’un fluide (tension de surface) lui permet de
s’élever dans un capillaire au-dessus de la ligne de pression atmosphérique. La hauteur de fluide
dans le capillaire est donnée par la loi de Jurin :
2 σcap cos θ cap
H cap =
γ fl rcap

où σ cap est la tension de surface, r cap le rayon capillaire, θ cap l’angle de contact liquide/fluide et γ fl

le poids volumique du fluide. C’est ce phénomène qui permet à un sol de retenir de l’eau au-dessus
du toit de la nappe, par l’intermédiaire de son réseau poreux.

Barden (1965) a ainsi identifié, au-dessus de la nappe, une zone considérée comme saturée où le
degré de saturation est proche de l’unité ; la faible fraction d’air contenue dans le sol est occluse
entre les particules et ne perturbe pas l’écoulement d’eau. Il considère alors que, dans ce domaine,
les contraintes appliquées sur le squelette solide peuvent être définies par le principe de Terzaghi, la
pression interstitielle u étant inférieure à la pression atmosphérique. On la définit comme négative et
elle est égale à (− γ w z ) . Elle représente la succion capillaire du terrain qui, dans le cas simple

d’un tube capillaire, est donnée par la loi de Jurin et caractérise la capacité du terrain à retenir l’eau
au-dessus de la nappe.

Si au contraire, l’élément de terrain n’est pas saturé, la pression interstitielle négative est fonction de
la pression d’eau u w et de la pression d’air u a dans le sol. Bishop (1960) a proposé une pression

interstitielle équivalente u* définie par :

u * = u a + χ (u w − u a )

où χ est un coefficient qui dépend du degré de saturation du sol : χ varie entre 0 et 1, et est égal à 1
pour un sol saturé.

1.3.2.2 - Gonflement dû à une modification de l’état de contraintes

Considérons un élément de sol saturé à l’équilibre. Si une contrainte extérieure σ e est appliquée à

cet élément de sol, l’eau étant moins compressible que le squelette solide, la contrainte σ e est

u = σe
immédiatement reprise par la phase liquide et au temps initial t = 0 on a : 
 σ' = 0

19
Si l’on permet alors au sol de se drainer, un phénomène de consolidation va se développer,
correspondant à l’expulsion de l’eau et au transfert de contrainte de l’eau sur le squelette solide. Un
nouvel équilibre va alors s’établir pour l’état de contraintes :
u =0

 σ' = σ e
Si la contrainte σ e est alors supprimée, le même phénomène se produit en sens inverse, et

immédiatement :
 u = − σe

 σ' = σe
La pression interstitielle devient négative (dans le domaine des succions) et opposée à la variation de
contrainte totale. Dans des conditions de libre circulation de l’eau, un phénomène de gonflement va
alors se développer, exprimant l’absorption de l’eau et le transfert de contrainte négative de l’eau sur
le squelette solide, jusqu’à l’état final :
u = 0

 σ' = 0

Il est donc possible d’affirmer que si la consolidation exprime une diminution de la pression
interstitielle jusqu’à son annulation, le gonflement exprime quant à lui la diminution de la
succion (-u) jusqu’à son annulation.

1.3.3 - Relations entre la texture du matériau et le gonflement

Après avoir présenté les résultats théoriques obtenus pour expliquer le gonflement des minéraux
argileux, on s’est intéressé au développement du phénomène de gonflement au niveau
microscopique. Le gonflement, dont on constate les effets macroscopiques, se développe en fait à
l’échelle microscopique, et consiste en une réorganisation du squelette solide et du réseau poreux
constituant la texture du terrain. Pour analyser le développement microscopique du gonflement, on
s’est attaché à définir la notion de texture d’un terrain et à décrire l’évolution de sa texture au cours
du gonflement.

1.3.3.1 - Définition de la texture d’un terrain

En géologie, la texture désigne la forme, la dimension et la disposition d'un certain nombre de


minéraux naturellement groupés en une population au sein du matériau (Le Roux, 1976). L'étude

20
systématique de matériaux argileux au M.E.B. a permis de cerner l'organisation des particules
d'argile et de dégager certaines textures.

Van Olphen (1963) a proposé une classification basée sur l’association des particules argileuses
entre elles, à partir des critères : dispersé, agrégé (face contre face en agrégats), floculé (association
d’agrégats ou de particules bord-bord ou bord-face), défloculé (aucune association entre les
particules ou entre les agrégats). Cette classification (figure 1.10) ne repose pas sur une observation
directe, mais sur les possibilités d’assemblage géométrique.

a) defloculé, dispersé b) defloculé, agrégé c) floculé bord-face, dispersé

d) floculé bord-bord, dispersé e) floculé bord-face, agrégé f) floculé bord-bord, agrégé

Figure 1.10 : Arrangement des particules d'argile (Van Olphen, 1963)

Le Roux (1976) distingue trois classes principales de textures, à partir d’observations sur les
marnes ;
- la texture homogène où tous les minéraux sont intiment mélangés et où aucune direction n’est
privilégiée,
- la texture orientée où une direction privilégiée apparaît dans l’arrangement des grains,
- la texture floconneuse ou en microagrégats où la phase argileuse se présente sous forme
grossièrement sphérique, soit seule, soit associée aux carbonates.

Collins et McGown (1974) ont tenté de préciser cette définition dans le cas des terrains contenant
une proportion non négligeable de grains non argileux, en introduisant une classification des relations
existant entre particules argileuses et grains sableux ou silteux (figure 1.11) : connexions argileuses
entre grains silteux (a, b, c), agrégats irréguliers en nid d’abeille (d, e), agrégats réguliers (f, g),
particules argileuses entrelacées avec ou sans inclusions silteuses (h, j), matrice argileuse (k) ou
matrice granulaire (l).

21
Figure 1.11 : Schéma d'assemblages de particules (Collins et McGown, 1974)

1.3.3.2 - Evolution de la texture au cours du gonflement

La variation de texture des sols au cours du gonflement peut être étudiée à l’aide de deux techniques
complémentaires, la microscopie électronique à balayage (M.E.B.) et la porosimétrie par injection de
mercure. La microscopie électronique à balayage permet de visualiser la texture des sols, donc
d’obtenir des informations générales (arrangement des particules, estimation de rayons de pores, de
tailles de particules, détermination de certains minéraux...). La porosimétrie par injection de mercure
permet de quantifier le réseau poreux par la mesure des rayons de pores. L’étude du réseau poreux
est fondamentale puisque c’est la dilatation volumique qui cause le gonflement macroscopique.

Grâce à ces deux techniques, Vayssade (1978) et Parcevaux (1980) ont obtenu des résultats très
significatifs sur plusieurs argiles composées essentiellement de kaolinite et, en moindre importance,
d’un interstratifié illite-smectite : Argile Verte de Villejuif, Argile Plastique de Provins et Fausses
Glaises. Leurs observations au M.E.B. ont montré que les sols étudiés ont, à l’état naturel, une
texture assez compacte, constituée plus ou moins nettement d’agrégats argileux individualisés et
tassés les uns contre les autres. Au gonflement, cette texture évolue en une configuration en agrégats
séparés par des pores de géométrie plutôt bidimensionnelle. La taille des agrégats diminue et
l’épaisseur des pores augmente au cours du gonflement. La figure 1.12 illustre cette évolution.

22
Agrégats primaires Agrégats secondaires

Etat naturel Faible gonflement Fort gonflement


Figure 1.12 : Evolution de texture des sols au cours du gonflement

Par injection de mercure, deux classes de pores ont été mises en évidence pour l’essentiel des sols
étudiés :
- une classe de pores intra-agrégats (rayon de pores inférieur à 0,05 mm),
- une classe de pores inter-agrégats (rayon de pores supérieur à 0,05 mm).
Il apparaît que la classe de pores intra-agrégats ne varie pas au cours du gonflement. L’augmentation
de la porosité est due uniquement à l’augmentation de la porosité inter-agrégats ; elle correspond à
une croissance des rayons de pores au cours du gonflement.

Cette étude montre que le gonflement des sols argileux saturés ne contenant pas de grande quantité
de minéraux dits “gonflants” (smectites) est un phénomène qui se produit au niveau des zones de
faible résistance, analogues à des fissures (pores bidimensionnels) individualisant un réseau
tridimensionnel d’agrégats.

Troalen et al. (1984) ont aussi utilisé le microscope électronique à balayage pour analyser les
mécanismes du gonflement des sols argileux. Une étude sur des matériaux argileux gonflants de la
région du Caire (argilites massives et argilites litées), de la fraction argileuse essentiellement
composée de montmorillonite, a montré que les résultats obtenus sur des essais de gonflement ne
pouvaient s’expliquer uniquement à partir des analyses chimiques, minéralogiques et physiques.

En effet, un échantillon d’argilite massive a révélé une microtexture finale serrée dans une direction et
plus lâche dans une autre, ce qui caractérise le comportement anisotrope observé alors que les
autres échantillons ont fait apparaître un réarrangement des agrégats argileux (diminution de taille),
avec fermeture plus ou moins marquée des discontinuités. Dans le cas des argilites litées, pour

23
lesquelles les paramètres physiques, chimiques, minéralogiques et les courbes de gonflement sont
voisins, les microtextures initiales sont relativement serrées et denses (figure 1.13.a) ; le gonflement
se traduit par des ouvertures entre feuillets argileux composant les agrégats. Ce phénomène
d’expansion est compensé par la fermeture partielle ou totale des discontinuités initiales, c’est-à-dire
des espaces inter-agrégats (figure 1.13.b). Finalement, ces observations confirment bien que, pour
les smectites, le gonflement interfoliaire a une ampleur importante.

(a) avant gonflement (b) après gonflement


Figure 1.13 : Observation au MEB d’une texture argileuse (Troalen et al., 1984)

Les exemples précédents montrent que les techniques d’analyse, M.E.B. et porosimétrie, permettent
de donner une explication des mécanismes du gonflement de divers matériaux argileux. Le rôle
essentiel joué par les microtextures lors du gonflement est bien mis en évidence et il est possible
d’obtenir une meilleure interprétation des différents résultats obtenus lors d’essais de gonflement.
L’évolution de texture est d’autant plus nette et significative que le matériau est plus fin et plus riche
en minéraux argileux.

1.3.4 - Cas de l’anhydrite

Le gypse et l’anhydrite sont des roches sulfatées, formées par précipitation chimique. Le gypse
(CaSO 4 )
, 2 H 2 O cristallise dans le système monoclinique ; sa densité est de 2,32 et sa solubilité

atteint de 2 g/l à 20°C sous la pression atmosphérique. L’anhydrite (CaSO4 ) admet plusieurs

formes cristallines (rhomboédrique ou monoclinique) ; sa densité est de 2,92 et sa solubilité atteint


presque 3 g/l.

24
On peut souligner que :
- du point de vue de la densité, gypse et anhydrite diffèrent fortement et encadrent la valeur
moyenne usuelle des roches superficielles (densité égale à 2,65) ;
- du point de vue de la solubilité, ces deux matériaux sont très solubles ; ce sont en fait les plus
solubles dans la nature après la halite ( NaCl) .

La transformation chimique de l’anhydrite en gypse se produit avec la variation de volume spécifique


suivante :
CaSO 4 + 2 H 2O (CaSO 4 , 2 H2O )
masse : 136 g 36 g 172 g
volume de solide : 46 cm3 36 cm3
74 cm3

Cette évolution se produit sous certaines conditions de pression, de température et de teneur en eau
(Sahores, 1962). Ainsi, le sulfate de calcium sous sa forme anhydrite CaSO 4 est stable à des

températures supérieures à 58°C et à une pression proche de 100 kPa. Au dessous de 38°C,
l’anhydrite peut être présente si l’eau nécessaire à sa transformation est insuffisante ; seul le gypse est
stable. Entre 38°C et 58°C, les deux composés coexistent et présentent des évolutions différentes.

Ces chiffres ont conduit Wittke (1978) à conclure que, dans la nature, deux cas sont susceptibles de
se présenter :
- dans un volume fermé contenant de l’anhydrite et l’eau nécessaire à la transformation, le gypse se
∆V 74 − (46 + 36)
forme avec une réduction de volume ε vol = − =− ×100 = 9,6 % , ce qui se
V 82
traduit par un tassement observé ;
- par contre, si l’eau arrive de l’extérieur, c’est-à-dire en système ouvert, on observe théoriquement
∆V 74 − 46
un fort gonflement ε vol = − =− × 100 = − 61 % .
V 46

Ce schéma n’est pas toujours confirmé (Sahores, 1962). En effet, l’anhydrite ne se transforme pas
nécessairement en gypse sous les conditions précitées. Dans les zones fraîchement excavées, le
gypse et l’anhydrite coexistent ; dans les zones altérées, de minces pellicules de gypse recouvrent
l’anhydrite.

L’anhydrite est une roche légèrement évolutive et sa pression de gonflement n'atteint pas des valeurs
de 70 MPa comme il a longtemps été suggéré. En fait la transformation anhydrite - gypse est lente,

25
durable et favorise le colmatage, donc l’arrêt des circulations d’eau en profondeur. Néanmoins, le
gonflement de l’anhydrite est un phénomène à prendre très au sérieux, compte tenu des dommages
déjà occasionnés et le phénomène est plus rapide que pour les sols argileux.

1.3.5 - Conclusion

Cette analyse microscopique du gonflement a permis de mettre en évidence plusieurs formes de


gonflement. Tout d’abord, lorsque le matériau est saturé, on se rend compte qu’il y a une interaction
notable entre la particule argileuse, voire le feuillet pour les smectites, et les cations de l’eau
interstitielle. Cette affinité induit un gonflement d’autant plus important que le terrain contient des
particules fines comme les smectites.

On a aussi constaté que l’analyse minéralogique et chimique ne permettaient pas d’interpréter toutes
les manifestations macroscopiques du gonflement car la disposition des différentes particules, c’est-
à-dire la texture, avait une influence importante sur la forme du gonflement. Les observations au
microscope électronique à balayage permettant d’analyser l’évolution de la texture au cours du
gonflement montrent que, pour la kaolinite, le gonflement est uniquement de type inter-agrégats, au
niveau des pores interstitiels alors que pour les smectites, le gonflement est de type intra-agrégats,
c’est-à-dire entre les feuillets.

Cette revue bibliographique montre que le gonflement des argiles est un phénomène notable
dans beaucoup de sols comme les marnes, les molasses ou les schistes argileux contenant en
particulier des smectites et de l’illite. Dans le cas des terrains rocheux, on rencontre le plus
souvent les argiles gonflantes sous forme de veines, ou de matériaux de remplissage des
failles, parfois des joints.

Outre le gonflement des sols argileux, il faut de plus insister sur le gonflement de l’anhydrite, matériau
aussi rencontré lors d’excavation de tunnels et dont le potentiel de gonflement peut être aussi
important que pour les terrains argileux.

Compte tenu de l'importance de ce phénomène, il est nécessaire de pouvoir quantifier ce gonflement,


si possible à partir d'essais d’identification ou d’essais en laboratoire ou in situ.

26
1.4 - Caractérisation en laboratoire du phénomène de gonflement

La quantification du phénomène de gonflement par des paramètres macroscopiques est essentielle du


point de vue du dimensionnement des ouvrages de génie civil. Dans la suite, on récapitulera
l’ensemble des informations obtenues dans la littérature sur la caractérisation du phénomène de
gonflement.

Les méthodes indirectes reliant le gonflement aux paramètres géotechniques permettent d’identifier
les terrains gonflants alors que les essais de gonflement caractérisent plus précisément le
comportement gonflant d’un échantillon. Accompagnées de précautions expérimentales, les
différentes procédures d’essais en laboratoire permettent de déterminer des paramètres du
gonflement à appliquer dans le dimensionnement d’ouvrage et d’analyser certains aspects du
gonflement comme la cinétique ou l’anisotropie.

1.4.1 - Définition des paramètres de gonflement

En toute rigueur, les paramètres mécaniques à déterminer pour caractériser les terrains gonflants ne
sont pas les mêmes selon que l’objectif choisi est d’empêcher le gonflement, ou de s’assurer qu’il se
produira de façon progressive ou périodique, ou de construire l’ouvrage après achèvement du
processus de gonflement. Le paragraphe 1.3 a montré que les phénomènes physico-chimiques et les
mécanismes intervenant à différentes échelles (auxquels se surajoutent d’éventuelles modifications de
la structure du terrain pendant le gonflement) rendent très difficiles la caractérisation.

Devant cette complexité, c’est une approche macroscopique qui est adoptée dans la pratique
quotidienne. Elle distingue trois notions : la pression de gonflement, le gonflement libre et l’indice de
gonflement. Ces notions ne peuvent pas être considérées comme des caractéristiques intrinsèques du
matériau gonflant et ne peuvent recevoir de définition objective, car elles dépendent des conditions
dans lesquelles se déroule le gonflement. Elles sont néanmoins très largement utilisées et ont
largement influé sur les procédures d’essais en laboratoire.

• La pression de gonflement d’un élément de sol ou de roche, dont l’état physique initial est connu,
peut être définie comme l’état de contraintes à exercer pour maintenir son volume constant pendant
l’imbibition sans distorsion. Cette définition de la pression de gonflement est la plus usitée mais elle
n'est pas la seule.

27
• Le gonflement libre d’un élément de sol ou de roche, dont l’état physique initial est connu, est la
déformation maximale que provoque l’imbibition de cet élément soumis à un état de contraintes
nulles ou quasi-nulles.

• L'indice de gonflement traduit l’importance de la déformation de gonflement induit par un


déchargement par rapport à un état de contraintes donné. La déformation de gonflement est obtenue
au bout d’un temps infini, déduction faite des déformations instantanées dues aux variations de
charge.

1.4.2 - Méthodes indirectes de caractérisation

Les méthodes indirectes consistent à déterminer une corrélation entre le gonflement libre ou la
pression de gonflement et quelques paramètres géotechniques comme les limites d’Atterberg, la
limite de retrait, la teneur en eau, la densité sèche qui semblent être les facteurs influant sur le
gonflement des argiles. Ainsi, après avoir déterminé les paramètres géotechniques d’un matériau,
l’emploi de formules empiriques permet de connaître rapidement le potentiel de gonflement du
terrain, c’est-à-dire estimer si ce potentiel est faible, moyen ou élevé et donc si le phénomène est à
prendre en compte ou non. Compte tenu de la structure minéralogique des différents types d'argile,
la caractérisation de la surface spécifique d'argile représente aussi un élément essentiel pour identifier
le potentiel de gonflement d'un matériau.
Quelques approches empiriques sont détaillées ci-après.

1.4.2.1 - Limites d’Atterberg

L'analyse microscopique a illustré un premier mécanisme physico-chimique d'interaction eau-minéral


argileux, qui est celui des molécules d'hydratation des cations échangeables, attirés électriquement
par le déficit de charge des feuillets argileux (lui-même dû, entre autres, à certaines substitutions
isomorphes). Ce mécanisme met en évidence l'importance des sels dissous dans l'eau interstitielle.

Sur un plan macroscopique, ce phénomène est à rapprocher de la notion des limites d'Atterberg.
Ainsi, l'indice de plasticité I P = w L − w P peut s'interpréter comme la quantité d'eau nécessaire pour

faire passer un sol de l'état “solide” (w < w P ) à l'état “liquide” (w > w L ) . Plus le sol possède de

minéraux actifs dans leur interaction avec l'eau, plus il sera nécessaire d'ajouter de l'eau au sol pour
qu'il devienne liquide ; sachant qu'une grande partie de cette eau sera adsorbée par les particules, il

28
ne restera donc pas à l'état liquide et ne conférera pas au matériau un état liquide mais pâteux,
correspondant à la phase plastique. Quand toute la capacité d'adsorption du sol sera saturée, alors
l'eau en excès restera à l'état libre c'est-à-dire liquide. Ceci rejoint la définition de l'activité de
IP
Skempton A c = qui rapporte l'indice de plasticité du matériau à sa teneur en particules
C2

argileuses (notée ici C 2 , teneur en particules de dimensions inférieures à 2 µm), la seule interagissant

avec l'eau.

Cette définition de l'indice de plasticité montre également que I P est un paramètre important dans les

propriétés de rétention d'eau du terrain et donc de gonflement. C'est la raison pour laquelle un
certain nombre de corrélations ont rapidement été recherchées entre les limites d'Atterberg et les
propriétés de gonflement des sols.

Seed et al. (1962) ont proposé une méthode d’estimation du taux de gonflement sur des sols
compactés en se référant à la teneur en argile du sol et à l’activité du matériau A c (figure 1.14).
5
Activité

2
Très élevé
Taux de
1 Elevé gonflement
Moyen 25 %
Faible 5%
1,5 %
0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
Pourcentage de particules argileuses (de taille inférieure à 2 µ m)

Figure 1.14 : Diagramme de classification du potentiel de gonflement (Seed et al., 1962)

Le gonflement libre ε g d’un échantillon confiné latéralement en présence d’eau sous une surcharge

de 7 kPa, et préalablement compacté à la teneur en eau optimale et à la densité sèche maximale de


l’essai de compactage AASHO (norme américaine), peut être relié à l’indice de plasticité I P du sol

par l’expression :

ε g = 21,6 .10 −5 (I P )
2 , 44

29
Cette relation, obtenue par une étude statistique des résultats expérimentaux, s’applique aux
matériaux contenant entre 8% et 65% d’argile. La comparaison de cette formule avec les résultats
expérimentaux a abouti à une fourchette d’erreur d’environ 33% sur le gonflement libre. Le tableau
1.2 donne la relation entre le taux de gonflement et l’indice de plasticité.

Tableau 1.2 : Relation entre le gonflement libre et l’indice de plasticité (Seed et al., 1962)
IP ε g (%) Potentiel de gonflement
0 - 10 0 - 1,5 Faible
10 - 20 1,5 - 5 Moyen
20 - 35 5 - 25 Elevé
> 35 > 25 Très élevé

Komornik et David (1969) ont travaillé plus particulièrement sur des sols non remaniés provenant
d’Israël, car la méthode de compactage est un facteur très influent sur les paramètres de gonflement.
Les nombreux essais ont montré qu’une simple corrélation linéaire était possible entre le gonflement
libre et l’indice de plasticité :
ε g = 6,7 + 2, 4 I P pour les marnes
ε g = 0,9 + 2,1 I P pour l’argile
La fourchette d’erreur obtenue était d’environ 25 %.

Vijayvergiya et Ghazzaly (1973), tout comme Komornik et David (1969), ont constaté que, la
ligne “A”, définie par Casagrande (1948) dans le diagramme de plasticité et d’équation
I P = 0,73 ( w L − 20 ) , sépare les sols gonflants (au-dessus) des sols non gonflants (en dessous de la

ligne A) comme indiqué sur la figure 1.15. Cependant une argile se situant au dessus de la ligne “A”
n’est pas nécessairement gonflante, puisque des sols mous peuvent parfois y être classés.

Vijayvergiya et Ghazzaly Komornik et David

100 100
Indice de plasticité
Indice de plasticité

80 80

60 60

40 40

20 Ligne "A"
20 Ligne "A"

0 0
0 20 40 60 80 100 120 140 0 20 40 60 80 100 120 140
Limite de liquidité
Limite de liquidité

Figure 1.15 : Caractérisation des sols gonflants

30
Dakshanamurthy et Raman (1973) se sont aussi inspirés du diagramme de plasticité proposé par
Casagrande (1948) pour fournir une classification du niveau de gonflement. Le diagramme, qui
comprend la ligne A de séparation des sols gonflants, est divisé en 6 zones le long de l’axe des
abscisses comme suit :

Tableau 1.3 : Classification proposée par Dakshanamurthy et Raman (1973)

Limite de liquidité w L Classification


0 - 20 non gonflant
20 - 35 gonflement faible
35 - 50 gonflement moyen
50 - 70 gonflement élevé
70 - 90 gonflement très élevé
> 90 gonflement critique

1.4.2.2- Retrait linéaire

Les sols argileux présentent un retrait volumique lors de l’évaporation de l’eau interstitielle. Le retrait
volumique évolue de manière linéaire en fonction de la teneur en eau w jusqu’à une teneur en eau
w S définie comme la limite de retrait. A partir de cette limite w S , le sol perd de l’eau sans grande

variation de volume, il se désature. La limite de retrait et l’indice de retrait I S = w L − w S

apparaissent aussi comme des éléments fondamentaux pour l’étude des variations de volume des
sols.

Altemeyer (1955) a proposé une classification des sols en fonction de la limite de retrait (tableau
1.4).
Tableau 1.4 : Relation entre potentiel de gonflement et limite de retrait (Altemeyer, 1955)
wS Potentiel de gonflement
< 10 Fort
10 - 12 Critique
> 12 Faible

Ranganatham et Satyanarayana (1965) ont déterminé une relation entre l’indice de retrait I S et

le gonflement libre ε g pour des sols naturels compactés à l’optimum Proctor et sous une surcharge

de 7 kPa en s’inspirant des travaux réalisés par Seed et al. (1962):

ε g = 41,1 .10 −5 (I S )
2 , 67

31
Cette relation leur a permis de classer le potentiel de gonflement d’un sol en fonction de son indice
de retrait (tableau 1.5).

Tableau 1.5 : Relation entre potentiel de gonflement et indice de retrait (Ranganatham et


Satyanarayana, 1965)
IS Potentiel de gonflement
0 - 20 Faible
20 - 30 Moyen
30 - 60 Fort
> 60 Très fort

1.4.2.3- Influence de la teneur en eau et de la densité sèche

Deux paramètres définissant l'état initial d'un sol paraissent intéressants à analyser : la teneur en eau
w et la densité sèche γ d . Sans être directement reliés au potentiel de gonflement, ces deux facteurs

renseignent directement sur l'état initial du réseau poreux, facteur influant sur le gonflement comme
l'ont illustré les différentes analyses au microscope électronique à balayage.

Vijayvergiya et Ghazzaly (1973) ont montré que, pour des sols remaniés, le gonflement libre ε g

(en %) et la pression de gonflement σ g (en kPa) d’un sol sont des fonctions semi-logarithmiques

linéaires décroissantes de la teneur en eau w (en %) et linéaires croissantes de la masse volumique


sèche ρ d (en kg/m3), pour une limite de liquidité w L (en %) donnée :

 lg ε g = 0,033 w L − 0,083 w + 0,458



 lg σg = 0,033 w L − 0,083 w − 1,967
et
 lg ε g = 0,033 w L + 0,00321 ρd − 6,692

 lg σg = 0,033 w L + 0,00321ρ d − 5,154

Dans le même temps, David et Komornik (1969) ont proposé une estimation de la pression de
gonflement (en kPa) tenant compte à la fois de la masse volumique sèche ρ d (en kg/m3), de la

teneur en eau w (en %) et de la limite de liquidité w L (en %) :

lg σ g = 0,0208 w L + 0,000665 γ d − 0,0269 w + 0,132

32
Brackley (1983) a déterminé une relation générale entre la déformation de gonflement ε g (en %) et

les principales caractéristiques des sols compactés :

 
− lg σ (0,525 I P + 4,1 − 0,85 w )
147 e
ε g =  5,3 −
 IP 
où e désigne l’indice des vides, w la teneur en eau (en %) et σ la surcharge appliquée (en kPa).
L’état initial du sol est ainsi pris en compte, par l’intermédiaire de e et w, ainsi que la pression
appliquée. La pression de gonflement σ g est alors définie, pour une déformation de gonflement

nulle, par :
147 e
lg σg = 5,3 −
IP

De même Chen (1975), s’appuyant sur les travaux de Kassif et Baker (1969), a conclu que la
pression de gonflement n’est pas affectée par la teneur en eau, pourvu que le poids volumique sec
soit maintenu constant.

Finalement on constate que certains auteurs, comme Chen (1975) ou Brackley (1983), considèrent
la pression de gonflement comme une propriété intrinsèque du matériau, c’est-à-dire dépendant
uniquement de la minéralogie et de la densité de l’empilement des particules sans tenir compte de
l’eau alors que d'autres auteurs, comme Komornik (1969) ou Vijayvergiya (1973), affirment que
plusieurs paramètres liés à l’état hydrique, comme la teneur en eau initiale w ou la limite de liquidité
w L , peuvent influer sur la pression de gonflement.

1.4.2.4- Comparaison entre les différents potentiels d’expansion

Afin de voir si ces différentes méthodes permettraient d’obtenir des résultats compatibles entre eux
et surtout avec les observations du terrain, Johnson et Snethen (1978) ont testé, sur 20 sols
différents et gonflants, plusieurs méthodes présentées ci-dessus, avec leur paramètres de définition
(tableau 1.6). Les résultats obtenus sont alors classés en trois grandes catégories :
- les résultats où les prévisions coïncident avec les résultats observés,
- ceux où ils ne coïncident pas mais où cela va dans le sens de la sécurité,
- ceux où ils ne coïncident pas avec des divergences non sécurisantes.

33
On s’aperçoit très vite que la fiabilité des méthodes présentées varie beaucoup mais qu’aucune ne
donne de coïncidence générale avec l’ensemble des sites testés. De fait une méthode, comme celle
de Komornik et David (1969), semble à proscrire car elle sous-estime le gonflement à venir. Il
apparaît que celles basées sur des valeurs tirées des limites d’Atterberg sont celles qui donnent les
valeurs les moins incohérentes.

Tableau 1.6 : Comparaison entre les différentes de méthodes de classification d’après Johnson et
Snethen (1978) et Josa (1988)

Nombre de cas
Paramètres
Méthode divergents mais totalement
utilisés qui coïncident
favorables défavorables
Ip Seed et al. (1962) 3 13 4
Dakshanamurthy &
wL , I p 5 13 2
Raman (1973)
wS Altemeyer (1955) 9 7 4
Ranganathan &
IS 5 13 2
Satyanarayana (1965)
Vijayvergiya &
w , wL 9 8 3
Ghazzaly (1973)
Komornik & David
w , wL , γd 2 3 15
(1969)

En conclusion, et en reprenant l’analyse effectuée par Josa (1988), il apparaît difficile de prétendre
classer les sols gonflants uniquement à partir de la valeur d’un indice tiré d’une mesure indirecte de
reconnaissance.

1.4.2.5 - Influence de la surface spécifique de l’argile

Les limites d'Atterberg, qui peuvent être déterminées au moyen d'un matériel léger dans les
laboratoires de chantier, constituent la caractérisation de référence pour les sols argileux. Mais elles
ne donnent pas une identification précise de la nature minéralogique des particules argileuses et de
leur influence sur le comportement global du sol. La mesure de la surface spécifique des particules
présentes dans un sol offre une caractérisation meilleure de l'argilosité du sol, puisque cette surface
varie de façon très importante avec la nature des particules.

34
On notera qu'il existe deux surfaces spécifiques :
- la surface spécifique externe, que l'on peut associer au niveau interparticulaire ; elle vaut 80 m2/g
pour une montmorillonite et entre 70 et 140 m2/g pour une illite,
- la surface spécifique interne, associée au niveau interfoliaire ; elle atteint 800 m2/g pour une
montmorillonite alors qu'elle est quasi nulle pour l'illite.

Afin de calculer et d’appréhender la surface spécifique d’un sol argileux, différentes techniques ont
été présentées. La plus simple, et maintenant la plus usitée, est certainement la technique de l’essai
au bleu de méthylène. Comme les molécules de la solution de bleu de méthylène adhèrent aussi
bien sur la surface interne que sur la surface externe des argiles, l'ajout progressif de bleu à une
masse déterminée de sol jusqu’à saturation complète, permet de déterminer le potentiel d’adsorption
de ce sol (Tran Ngoc Lan, 1977). Ainsi un sol adsorbera proportionnellement d'autant plus de bleu
de méthylène que :
- la quantité d'argile qu'il contient est importante,
- cette argile est active, c'est-à-dire développe une surface spécifique, interne et externe, élevée et
qu'elle est abondamment chargée.

Il apparaît donc une relation directe entre la quantité de bleu adsorbée et la phase argileuse du sol.
Une relation entre la surface spécifique totale Sst et la valeur de bleu de la phase argileuse

VB (0 / 2µm ) a été mise en évidence par Gaillabaud et Cinot (1982) :

Sst = 21 VB (0 / 2µm )

Les essais réalisés ont donné une surface spécifique totale de 54 m2/g pour la kaolinite et de 795
m2/g pour la montmorillonite.

Finalement, on constate que l'essai au bleu de méthylène, en mesurant la surface hydrophile des
argiles, représente un très bon indicateur du potentiel de gonflement d'un sol. De plus, l'essai est
facile et rapide à réaliser.

1.4.2.6 - Conclusions

L’exposé précédent, qui n’est pas exhaustif, montre le grand nombre de méthodes et de lois
différentes mises au point pour estimer le gonflement des sols de façon indirecte, c’est-à-dire sans
effectuer d’essai de gonflement.

35
Le plus souvent, ces méthodes restent grossières et différencient seulement les sols à fort potentiel de
gonflement des sols à faible potentiel de gonflement. Les relations sont, en général, déterminées à
partir d’échantillons remaniés dont le comportement n’est pas identique à celui du matériau dans son
état naturel. De plus, il semble que les lois mathématiques citées, qui sont certes significatives quand
elles sont appliquées à un grand nombre de sols très différents minéralogiquement et
granulométriquement, doivent être utilisées avec beaucoup de précautions sur des sols de natures
voisines.

Ces critères de gonflement sont donc très utiles en tant qu’indicateurs du potentiel de gonflement des
sols (faible, moyen ou fort), et sont significatifs lors d’études statistiques sur des sols différents, mais
en aucun cas ne peuvent remplacer les essais directs de gonflement du point de vue de la
caractérisation mécanique de ce phénomène.

1.4.3 - Essais de gonflement en laboratoire

Il existe un grand nombre de procédures d’essais de gonflement, comme le montre une synthèse
récente effectuée par Serratrice et Soyez (1996). Les principaux essais sont présentés dans la suite.

1.4.3.1 - Problématique des procédures d’essais

Les procédures d’essais de gonflement tirent leur diversité de la complexité du phénomène analysé,
des nombreuses variétés de matériaux gonflants et d’une longue pratique empirique. Il semble
illusoire, en effet, de chercher à qualifier mécaniquement un sol susceptible de gonfler par une
procédure universelle de laboratoire.

Les procédures d’essais se distinguent principalement par les modalités d’application des charges sur
l’éprouvette (charge de mise en imbibition, durée des paliers, taux de déchargement d’un palier à
l’autre, etc.), par leurs méthodes de suivi en temps réel ou par leurs méthodes d’exploitation des
résultats. L’œdomètre est le seul appareillage préconisé pour la réalisation des essais de gonflement.
Mais ces procédures doivent pouvoir être transposées, au moins dans leur principe, au cas de
l’appareillage triaxial. Elles ont donné lieu à de nombreuses variantes d’essais, avec l’utilisation
d’appareillages et de méthodologies spécifiques, voire de combinaisons de procédures.

Parce qu’elles sont inspirées des pratiques œdométriques, toutes ces procédures sont basées sur des
essais par paliers avec imbibition et non par chargement continu (qui, plus encore que pour les sols

36
compressibles, poserait le problème du choix des vitesses d’essai en regard de la cinétique de
gonflement), sans utilisation d’une contre-pression (mise en imbibition et non pas en saturation). A
chaque étape de l’essai, le gonflement se déroule sous une contrainte axiale constante en principe
jusqu’à atteindre la stabilisation de la déformation. Cependant, lorsque la stabilisation du gonflement
n’a pas lieu sous un palier donné, cette part non consommée du gonflement s’ajoute au gonflement
sous le palier de décharge suivant. Didier et al. (1987) et l’ISRM (1989) préconisent certaines règles
détaillées dans l’annexe A, pour passer d’un palier au suivant, ce qui implique un suivi régulier de
l’essai. Mais, dans le cas où ces règles ne s’appliquent pas, on en est réduit à adopter une valeur
forfaitaire de durée des paliers. Par la suite, on conservera le terme de stabilisation de la
déformation, compte tenu des règles fixées pour définir cette stabilisation.

Aussi, avant d’évoquer ci-dessous les techniques utilisées en laboratoire pour caractériser les
matériaux gonflants, on propose de décrire chacune des quatre méthodes de base d’essais de
gonflement, dont sont issues les procédures normalisées présentées dans l’annexe A.

1.4.3.2 - Les quatre catégories d’essais de gonflement

1.4.3.2.1 - Essai de gonflement libre


L’essai de gonflement libre est issu directement des procédures traditionnelles de l’essai
œdométrique. Après montage dans la bague œdométrique, l’éprouvette est soumise à l’imbibition
sous le poids du piston. Une fois le phénomène de gonflement stabilisé, le chargement s’effectue par
paliers selon un taux de chargement approprié jusqu’à stabilisation des déformations sous chaque
palier. La pression de gonflement correspond à la charge qu’il est nécessaire d’appliquer pour
ramener l’éprouvette à sa hauteur initiale (figure 1.16, méthode 1).

Dans le cas des sols moyennement à fortement gonflants, l’essai de gonflement libre peut entraîner
une modification de structure pendant le gonflement avant le retour à une déformation nulle. C’est
pourquoi il a tendance à surestimer la pression de gonflement.

1.4.3.2.2- Essais en parallèle


Pour éviter l’inconvénient de la stabilisation de chaque palier, on peut utiliser une méthode dite des
essais de gonflement en parallèle, qui consiste à placer plusieurs éprouvettes d’un même matériau
dans différentes cellules œdométriques. Chaque éprouvette est chargée dans son état naturel jusqu’à
une contrainte axiale convenablement choisie suivant un taux d’accroissement des charges

37
préalablement défini (figure 1.16, méthode 2). Le gonflement ou l’effondrement de chaque
éprouvette est obtenu en procédant à son imbibition sous contrainte, jusqu’à stabilisation des
déformations.

Cette technique, qui généralise la procédure de Holz et Gibbs (1956), présente l’inconvénient
d’avoir à tester simultanément des éprouvettes de matériaux parfois hétérogènes. Elle est
principalement utilisée dans le cas des matériaux compactés, pour lesquels il est plus facile de
préparer des éprouvettes identiques. Mieussens (1993) a ainsi proposé une procédure d’essais de
gonflement-effondrement pour évaluer la qualité de matériaux compactés. Après stabilisation des
matériaux compactés, on compare entre elles les déformations résultant, d’une part, du chargement
et, d’autre part, de l’imbibition en fonction de la contrainte axiale, ce qui donne directement le
potentiel de gonflement de la roche testée. Cette méthode présente l’avantage de soumettre le sol ou
la roche à des conditions proches de la réalité, chaque éprouvette pouvant représenter différents
éléments du massif ou du remblai.

ε v (%)
30
Gonflement libre puis rechargement sous imbibition (1)
20 Gonflement sous différentes charges axiales (2)

Gonflement à volume constant (3)


10

0
10 100 3 1000 10000
-10 lg σ v (kPa )
1
2
-20

-30

-40

Figure 1.16 : Différentes procédures d’essais de gonflement (Sridharan et al., 1986)

1.4.3.2.3 - Essai à volume constant


La méthode de gonflement à volume constant consiste à imbiber l’éprouvette sous une charge
donnée, puis à la charger par petits paliers successifs de façon à maintenir au mieux sa hauteur à une
valeur constante (figure 1.16, méthode 3). Dans ces conditions, la structure du sol est supposée ne
pas trop évoluer pendant l’essai, contrairement à ce qui se passe avec la procédure du gonflement

38
libre. Cette méthode a été fortement décriée car elle est délicate à mettre en œuvre (l’essai doit
impérativement se dérouler par accroissement continu du chargement jusqu’à l’équilibre qui est
atteint lorsque la charge est égale à la pression de gonflement). De plus, le matériel doit posséder une
forte rigidité et le rattrapage du gonflement par des poids supplémentaires induit de petites
oscillations, assimilables à des cycles de chargement-déchargement.

1.4.3.2.4 - Essai Huder-Amberg


Huder et Amberg (1970) ont proposé une procédure inspirée de la méthode de Chen (figure 1.17)
et qui a été adoptée par la Société Internationale de Mécanique des Roches (ISRM, 1989). Elle
consiste à placer l’éprouvette de roche dans son état naturel à l’intérieur d’une bague oedométrique
flottante fermée par deux pierres poreuses. Le premier chargement est appliqué en quatre à cinq
paliers, à l’éprouvette conservée dans son état naturel, jusqu’à une contrainte axiale σ vo (chemin a).

Pour effacer les effets du remaniement dû au prélèvement du sol et à sa mise en place dans
l’œdomètre, l’éprouvette est ensuite soumise à un cycle de déchargement-rechargement jusqu’à la
contrainte σ vo (chemins b et c). Sous cette contrainte, elle est alors mise en présence d’eau par

saturation de la cellule œdométrique, ce qui provoque le gonflement -ou effondrement- (chemin AB).

A
Déformation verticale (%)

b G
B
0,5 c
C
a
lg σ v (kPa )
0 E
1 10 100 1000 10000

s
-0,5

-1

Figure 1.17 : Essai de gonflement selon la méthode de Huder-Amberg (1970)

Plusieurs semaines, voire plusieurs mois, peuvent s’écouler avant la stabilisation du gonflement de la
roche. Ce stade étant dépassé, l’éprouvette est déchargée au palier précédent et son gonflement est

39
observé jusqu’à stabilisation, avant de procéder à un nouveau déchargement, ce qui se traduit par le
chemin (s) de la figure 1.17. L’intersection des chemins c (rechargement à l’état naturel) et s
(déchargement sous imbibition) a pour abscisse la pression de gonflement σ g selon Huder et

Amberg. Lorsque la capacité de l’appareillage ne suffit pas à franchir la pression de gonflement,


l’intersection est obtenue par extrapolation en prolongeant les chemins c et s.

Cette méthode présente deux difficultés :


- si le gonflement AB est trop important, cela peut conduire à une extrapolation arbitraire, ce qui se
produit lorsque la contrainte σ vo est trop éloignée de la pression de gonflement σg ;

- les durées des paliers de gonflement peuvent conduire à une durée d’essai excessive.

La relation de Huder et Amberg liant la variation de volume à la variation de contrainte entre σ v et

σ g s’écrit :

∆h σ 
εv = − = Cg lg  v  (1.2)
h  σg 
 

1.4.3.2.5 - Comparaison des différentes procédures d’essai

Ainsi que nous l’avons vu auparavant, trois techniques principales (Sridharan et al., 1986) peuvent
être mises en œuvre pour déterminer la pression de gonflement d’un échantillon de sol. En fonction
notamment du niveau de confinement des échantillons, les valeurs trouvées peuvent varier sur une
assez grande échelle. Ceci explique, entre autres, les grandes différences constatées entre les
résultats donnés par les diverses méthodes de mesure de pression de gonflement.

De nombreux auteurs ont essayé de comparer, sur des sols équivalents, les différentes méthodes,
afin d’identifier celles qui sont les plus cohérentes avec les valeurs relevées sur place. De toute
manière, le problème de la normalisation des essais reste posé (Didier et al., 1987), de même que
celui de la comparaison entre les valeurs de pression de gonflement mesurées. Sridharan et al.
(1986) ont mené une étude exhaustive de comparaison des différentes méthodes. Cette étude
conclut (figure 1.16), de manière générale, que :
- la méthode à volume constant donne des valeurs moyennes ; Iyer (1987) signale que ces valeurs
sont égales aux valeurs de succion initiale ;

40
- la méthode consistant à recharger par paliers un échantillon ayant libéré tout son potentiel de
gonflement surestime la pression de gonflement ;
- la méthode de mesure sous charges variables donne des valeurs plus faibles.

Les auteurs ont aussi montré qu’à partir de modes opératoires combinés, on peut obtenir des valeurs
encore différentes de pression de gonflement. Par exemple, si on réalise un essai à volume constant
avec déchargement par paliers successifs suivi d'un essai de gonflement libre avec rechargement, la
pression de gonflement obtenue est alors inférieure à la pression de gonflement donnée par la seule
méthode du gonflement libre. On se rend compte de l’importance énorme du chemin de contraintes
suivi au cours du gonflement.

La pression de gonflement σ g n’est donc pas une grandeur intrinsèque au matériau mais dépend

fortement du chemin de chargement.

En comparant les déformations de gonflement mesurées in situ et celles déterminées avec les
différentes procédures expérimentales, il semble que les valeurs de la pression de gonflement
estimées à volume constant soient les plus proches de celles effectivement constatées sur le terrain
(Erol, 1987) et soient donc les plus pertinentes.

Khaddaj (1992) arrive aux mêmes conclusions et préconise l’utilisation systématique de la méthode
à volume constant, d’une part, pour éviter les hétérogénéités inhérentes à l’utilisation de différents
échantillons (essais en parallèle) et, d’autre part, pour limiter les problèmes de mesure, dus
notamment aux frottements parasites survenant à l’intérieur des œdomètres lors d’essais à
gonflement libre.

Les trois procédures proposées par Sridharan et al. (1986) sont destinées surtout à déterminer une
pression de gonflement appliquée sur une paroi rigide lorsqu'un terrain est susceptible de gonfler par
apport d'eau. Par contre, dans le cas d'une excavation, pour laquelle le gonflement résulte des
effets combinés d’un apport d'eau et d’un déchargement mécanique, le phénomène doit être
caractérisé par une pression de gonflement σ g et par un indice de gonflement C g . C'est

pourquoi l'essai d'Huder-Amberg paraît mieux adapté pour ce type de configuration.

41
1.4.3.3 - Les matériels

Historiquement, c’est à l’aide d’œdomètres que les premiers essais de gonflement ont été réalisés.
Cet appareillage est bien adapté à la mesure d’une variation de volume et offre un moyen direct de
suivi du gonflement lors de la mise en imbibition de l’éprouvette, contrairement à l’appareillage
triaxial qui nécessite d’utiliser un matériel et des procédures d’essais plus élaborés.

Par ailleurs, cet appareillage est largement répandu. Par contre, l’œdomètre classique n’offre qu’une
déformation unidimensionnelle et le chemin des contraintes suivi pendant l’essai reste inconnu. Une
amélioration des essais a consisté à employer des œdomètres équipés de bagues de mesure de la
pression radiale σ r pendant le gonflement (Komornik et Zeitlen, 1965, 1970 ; Ofer, 1981 ; Erol et

Ergun, 1994). Hors du cadre des essais en laboratoire, il faut signaler les appareillages basés sur une
sonde pressiométrique pour la réalisation d’essais de gonflement in situ. Quelques illustrations de ces
différents appareils sont présentées dans l’annexe B.

On rappelle que les procédures d’essais de gonflement suggérées par les instances de normalisation
internationale en restent toutes à l’utilisation de l’œdomètre traditionnel.

1.4.4 - Aspects phénoménologiques du gonflement

Après avoir détaillé les différentes procédures d’essais expérimentaux, il est intéressant d’analyser
les principaux aspects phénoménologiques du gonflement, en particulier la cinétique et l’aspect
tridimensionnel, afin de pouvoir les prendre en compte dans les méthodes de calcul.

1.4.4.1 - Cinétique de gonflement

1.4.4.1.1 - Comportement général


Le gonflement des sols argileux est un phénomène très lent, en raison de la faible perméabilité des
argiles. Il est donc fondamental de commencer l’étude du gonflement par l’étude de la cinétique,
c’est-à-dire la relation existant entre la déformation de gonflement et le temps. La représentation
graphique du gonflement unidimensionnel en fonction du logarithme du temps a usuellement l’allure
de la figure 1.18.

La courbe obtenue, soit lors d’un essai de gonflement libre, soit lors d’un palier de déchargement,
montre que la déformation peut se décomposer en un gonflement primaire et un gonflement

42
secondaire à l’image de la consolidation hydrodynamique des sols, mais dans une direction opposée.
De très nombreux travaux expérimentaux font apparaître ce type de cinétique (Seed et al. 1962 ;
Parcher et Liu, 1965 ; Komornik et Zeitlen, 1970 ; etc.).

∆h h o

Gonflement
primaire Gonflement
secondaire

lg t

Figure 1.18 : Courbe de gonflement en fonction du temps

La première phase de gonflement, lié à la migration de l’eau dans l’éprouvette à partir de ses
extrémités, relève d’un processus de diffusion. Elle est plus ou moins lente suivant la nature et l’état
du matériau, et selon le chargement, et dure quelques heures, voire quelques jours dans le cas d’une
éprouvette de 25 mm de hauteur avec imbibition par les deux faces.

La phase de gonflement secondaire est plus problématique, car la direction de la déformation de


gonflement est opposée à celle du chargement, contrairement au fluage qui produit des déformations
de compression sous des charges de compression. La cinétique du gonflement secondaire est très
lente et dépend du niveau de chargement et, pour de faibles charges, il est souvent impossible
d’atteindre un équilibre dans des conditions raisonnables de réalisation des essais de laboratoire. Ces
faibles vitesses de déformation sont en accord avec les observations faites dans les massifs de sol ou
de roche, autour des tunnels notamment, où le processus de gonflement peut se dérouler pendant
plusieurs années, voire plusieurs décennies (Steiner, 1993).

1.4.4.1.2 - Modélisation de la cinétique

Des modélisations de l'évolution du gonflement en fonction du temps ont été proposées par différents
auteurs, soit en considérant la dissipation de la succion (Baker et Kassif, 1968), soit en distinguant
une phase de gonflement primaire (correspondant à la diffusion de l’eau dans les pores) et une phase
de gonflement secondaire d’hydratation des minéraux argileux (Alonso et al., 1989 ; Gens et al.,
1993). D’un point de vue empirique, certains auteurs (Dakshanamurthy, 1978 ; Sridharan et al.,

43
1986 ; Didier et al., 1987) préconisent de représenter la cinétique du gonflement par une loi
hyperbolique de la forme :
t
εv =
a+bt
où ε v désigne la déformation verticale, t le temps et, a et b deux constantes.

Vayssade (1978) a, quant à lui, proposé la relation :


t
εv = G (1.3)
B+t
G représentant le taux de gonflement final, obtenu pour un temps infini et B le temps de demi-
gonflement (par rapport au gonflement final). Cette relation peut aussi s’écrire :

t 1 B
= t+ (1.4)
εv G G
ce qui correspond à une droite dans le système de coordonnées (t , t / ε v ) . Les paramètres G et B

peuvent ainsi être déterminés graphiquement et correspondent respectivement à l’inverse de la pente


et au produit de G par l’origine.

Parcevaux (1980) a montré que G et B étaient influencés par la contrainte initiale de la phase de
déchargement, G oscillant autour d’une valeur moyenne pour un type de sol donné sous un état de
contraintes fixé et que B peut être considéré comme proportionnel à l’épaisseur h o de l’échantillon.

La relation linéaire 1.4 permet, par extrapolation, de déduire le gonflement final ε vf à partir d’essais

rapides. Didier (1987) confirme que la cinétique du phénomène de génération de la pression de


gonflement peut être approchée par une loi hyperbolique (annexe A).

1.4.4.1.3 - Influence saisonnière


La prise en compte dans les calculs des déformations engendrées par des variations saisonnières de
teneur en eau a conduit quelques expérimentateurs à procéder à des essais cycliques de séchage et
d’humidification de matériaux compactés (Day, 1994 ; Al Homoud et al., 1995). Les éprouvettes
sont alors soumises alternativement à des phases d’imbibition et de séchage (par injection d’air dans
les plaques poreuses ou par évaporation naturelle), ce qui provoque, dans certains cas, une fatigue
du matériau testé par appauvrissement de sa capacité à gonfler ou dans d’autres cas, au contraire, un
accroissement du potentiel de gonflement. Al Homoud et al. (1995) ont entrepris une étude
systématique du gonflement de six argiles différentes et montré que, sous l’effet répété de cycles de

44
séchage et d’imbibition, les sols présentent des signes de fatigue. Le premier cycle provoque la plus
grande réduction du potentiel de gonflement ; celui-ci diminue encore pendant les cycles suivants
pour se stabiliser au bout de quatre ou cinq cycles. L’observation des argiles au microscope
électronique montre un réarrangement progressif des particules argileuses pendant les cycles, qui, par
agrégation, conduit à une disposition plus stable vis-à-vis de l’absorption de l’eau. Les auteurs
postulent que l’effet contraire est obtenu lorsque l’argile est complètement desséchée en dessous de
sa limite de retrait. Compte tenu des faibles vitesses de gonflement observées en général, la question
de la représentativité de ce type d’essai (réalisé sur des périodes relativement courtes) se pose
néanmoins.

1.4.4.2 - Aspect tridimensionnel du gonflement

A l’évidence, et parce qu’il intéresse la roche dans sa masse, le gonflement est un mécanisme
tridimensionnel. La pratique courante des essais à l’œdomètre dissimule cet aspect du phénomène. Il
n’existe, à l’heure actuelle, que des résultats partiels sur l’aspect tridimensionnel du gonflement des
matériaux intacts et quelques résultats pour les matériaux compactés.

1.4.4.2.1 - Etude à l’œdomètre “Ko”


Komornik et Zeitlen (1965, 1970) ont étudié la pression latérale développée pendant la saturation
en condition œdométrique d’une argile gonflante compactée. L'œdomètre “K o ” permet de suivre

l’évolution du chemin de contraintes totales pendant le gonflement.

Sous fortes charges axiales, l’imbibition provoque soit un faible gonflement, soit l’effondrement du
sol compacté ou un faible gonflement et le déviateur q = σ v − σ h reste positif (la contrainte radiale

reste inférieure à la contrainte verticale, σ v > σ h ). Par contre, sous faible charge axiale, la

déformation de gonflement est forte et q devient négatif (la contrainte radiale dépasse la contrainte
verticale σ v < σ h ). Dans ce cas, le gonflement sous charge axiale constante provoque la rupture en

extension de l’argile compactée (Serratrice et al., 1996).

En reprenant les résultats de Skempton (1970) et de Matyas (1969), Iyer (1987) affirme que l’on
peut poser le principe de l’isotropie de la pression de gonflement. En effet, Skempton (1961) et
Matyas (1969) ont montré que la pression de gonflement déterminée expérimentalement sur l’argile
de Londres ou sur l’argile canadienne de Winnipeg était égale à la succion initiale du matériau.

45
Katti et al. (1984) ont étudié, sur différents échantillons compactés de grandes dimensions, la
contrainte latérale exercée sur les parois d’un œdomètre lors de la saturation du sol. Cette pression
de gonflement latérale passe d’abord par un pic très marqué avant de chuter jusqu’à une valeur de
palier. Ce palier correspond approximativement à la pression de gonflement verticale (Chen, 1975).
Différents facteurs influent sur cette pression latérale : la masse volumique sèche du matériau, le
degré de saturation initial, ainsi que la surcharge verticale exercée. Les relations entre la masse
volumique sèche et les pressions de gonflement horizontales et verticales ρ d = f σ h g ( ) et

( )
ρ d = g σ v g sont comparables et varient de manière analogue.

Ofer (1983) a présenté un appareillage œdométrique modifié proche de celui de Komornik et


Zeitlen (1965) qui permet de connaître la pression latérale de gonflement d’un sol lors de sa
saturation. Cette cellule possède une membrane latérale instrumentée qui permet d’enregistrer
latéralement les pressions exercées par le sol. Il a pu, grâce à cet essai, montrer l’influence des
différents facteurs tels que la masse volumique sèche de l’échantillon ou la contrainte verticale.

De nombreux auteurs (Katti et al., 1984 ; Edil et al., 1992) ont insisté sur l’importance de la
contrainte verticale appliquée sur la valeur de la pression de gonflement latérale mesurée. En effet, il
semble que plus la contrainte exercée sur l’échantillon est importante et plus la pression latérale
développée par celui-ci est forte. Cependant Joshi et Katti (1980) ont différencié deux zones
importantes lors du développement de la pression de gonflement latérale, selon que la contrainte
verticale exercée est supérieure ou inférieure à la pression de gonflement :
- si 0 < σ v < σ g , la pression latérale exercée sur les parois de l’œdomètre par l’échantillon peut être

très importante et augmente fortement avec l’augmentation de σ v .

- si σ v > σ g , il n’y a pas d’augmentation de la pression latérale lors de la saturation de l’échantillon

mais au contraire apparition d’un tassement vertical. On se ramène alors au cadre œdométrique
avec des courbes σ h / σ v œdométriques classiques.

Il convient d’insister sur le fait que la méthodologie d’essai n’est pas indifférente puisque l’on
remarque que les essais à volume constant donnent des contraintes horizontales beaucoup plus fortes
que les essais à contrainte verticale constante. Le problème le plus important reste de savoir si l’on
peut considérer la pression de gonflement comme un phénomène isotrope.

46
Satyarayana (1973) affirme que les plus fortes pressions de gonflement sont enregistrées, pour un
échantillon de sol remanié et compacté statiquement, dans une direction faisant un angle de 45
degrés avec l’horizontale. Ce résultat, qui n’a jamais été confirmé, semble indiquer que la
réorganisation du sol par certains modes de compactage peut favoriser l’apparition de directions
privilégiées.

L’étude la plus complète sur l’anisotropie éventuelle de la pression de gonflement est celle réalisée
par Kabbaj (1981) sur une bentonite compactée. Celui-ci a remarqué une forte anisotropie de la
contrainte exercée par le sol pour de faibles degrés de saturation, cette anisotropie s’annulant
progressivement lorsque l’on se rapproche de la saturation totale de l’échantillon. Il en conclut que la
pression de gonflement d’un sol n’est pas anisotrope. Selon ses observations, la saturation du sol
permet le réarrangement progressif des particules argileuses ; celles ci présentent toujours une
nouvelle anisotropie structurelle en fin d’essai avec une direction privilégiée des feuillets argileux
perpendiculairement à la charge.
Kabbaj a également formulé l’hypothèse que l’anisotropie structurelle de la bentonite (comme de
tous les sols argileux) exerce une influence sur ses caractéristiques de gonflement. Cependant, lors
d’une humidification sous charge, la structure interne du matériau se modifie en entraînant une
diminution de l’anisotropie de ces caractéristiques. Il a insisté cependant sur l’anisotropie très forte
du gonflement sous faibles charges et sur l’importance des risques que peut présenter l’utilisation des
matériaux gonflants compactés dans des projets de génie civil.

Shanker et al. (1987), dans une étude générale du comportement anisotrope des sols gonflants, ont
conclu à l’isotropie de ces types de sol en se basant uniquement sur les déformations volumiques de
gonflement mesurées en fonction du mode de drainage utilisé (1, 2 ou 3 axes de drainage).

1.4.4.2.2 - Etude à l’appareillage triaxial

Kassif et Baker (1969) ont vérifié que les résultats expérimentaux obtenus par Komornik (1965)
s’accordaient bien avec les formules théoriques fournies par Skempton et Bishop (1954) sur les
contraintes uniaxiales (œdomètre) et triaxiales. En particulier, ils ont montré que le rapport contrainte
axiale sur contrainte radiale est compris entre 0,8 et 1,1 et que la valeur moyenne vaut quasiment 1,
ce qui correspond à une pression de gonflement isotrope.

47
Dakshanamurthy (1979) a étudié le comportement d’une argile compactée susceptible de gonfler
dans les 3 directions à partir d’un chemin de contraintes donné. Il a montré que, quel que soit le
chemin de contraintes suivi, il y avait une relation unique entre la déformation volumique ε vol et la

contrainte moyenne p . D’autre part, il a constaté que les déformations de gonflement sont

anisotropes même pour un chemin de contraintes isotrope.

Tisot et al. (1983) ont comparé, sur une bentonite compactée, les différentes méthodes d’essais à
l’œdomètre et à l’appareil triaxial. Pour l’essai de gonflement libre, les résultats œdométriques sont
fortement supérieurs aux résultats triaxiaux, peut-être en raison des frottements latéraux le long de
l’oedomètre. Toutes les méthodes à l’appareil triaxial donnent une contrainte moyenne comparable.
Pour l’essai à volume constant, on constate que la pression de gonflement œdométrique et la
pression de gonflement verticale au triaxial sont comparables et que la pression de gonflement est
anisotrope, le rapport σ v / σ h dépendant des caractéristiques initiales du matériau (γ d , w ) . Compte

tenu de la rapidité de l’essai à volume constant, il est préconisé d’utiliser ce mode opératoire avec
l’appareil triaxial, afin de connaître aussi la pression de gonflement radiale, sachant que les mêmes
résultats sont obtenus à l’œdomètre en termes de pression de gonflement.

Johnson (1989) a constaté, sur des essais à volume constant sur des échantillons intacts, que la
pression de gonflement était à priori isotrope, même si le matériau avait une structure anisotrope.
Ceci est en accord avec la relation possible entre la pression de gonflement et la succion initiale.

Yesil et al. (1993) ont développé un nouvel appareillage triaxial (annexe B) pour étudier le
comportement axial d’un matériau compacté en fonction de la pression de confinement. Après un
essai à volume constant pour une pression de confinement donnée, l’échantillon est déchargé afin
d’obtenir le potentiel de gonflement.
L’analyse statistique des résultats expérimentaux a abouti à la relation générale suivante :
ε v = (a + b σ h ) − (c + d σ h ) lg σ v
où σ v désigne la contrainte verticale (en MPa), σ h la contrainte latérale de confinement (en MPa)

et ε v la déformation verticale. Une étude menée sur une marne a conduit aux résultats suivants :

a = 3,79 b = −2,92 ; c = −7,82 et d = −6,14 . On remarque que, pour une pression verticale

inférieure à 1 MPa, plus l’échantillon est confiné latéralement, plus le gonflement axial est élevé (en

48
effet pour σ v < 1 MPa , lg σ v < 0 ). Cette étude n’a donné aucun résultat explicite sur le

comportement radial.

1.4.4.3 - Effets de structure et effets d’échelle

Les matériaux inertes vis-à-vis du gonflement et déformables ne sont sensibles qu’à des sollicitations
mécaniques ou de succion avec un cortège de propriétés mécaniques diverses (non linéarité,
anisotropie mécanique, etc.). Les matériaux gonflants présentent, de plus, des particularités liées à
leurs propriétés physico-chimiques ainsi qu’à l’hétérogénéité, à la fissuration et à l’anisotropie de
structure. Dans la description et la caractérisation du gonflement, de nombreux indices laissent à
penser que des effets de structure se superposent aux mécanismes évoqués ci-dessus.

Dans le cas des matériaux naturels, intacts, on peut citer :


- l’influence de la fissuration, où le gonflement est compensé par la présence de fissures,
- l’influence de la cimentation,
- le comportement des matériaux argileux contenant de gros éléments (inertes vis-à-vis du
gonflement) ou des mélanges de sables et d’argile,
- l’évolution de l’anisotropie pendant le gonflement (Kabbaj, 1981),
- l’évolution du gonflement au cours des cycles de séchage et d’humidification, accompagnée du
réarrangement des particules argileuses (Al Homoud et al., 1995).

Ainsi, par exemple, une part du gonflement peut être absorbée par les vides présents dans les
matériaux compactés contenant de gros éléments, ou les matériaux naturels fissurés, ou les matériaux
effondrables, limitant ainsi le développement complet du gonflement à l’échelle macroscopique.
L’arrangement initial des particules argileuses ou leur réarrangement pendant le gonflement semblent
influencer directement le processus de gonflement et son ampleur. La pression de gonflement et le
gonflement libre sont plus grands pour un arrangement des particules argileuses parallèles entre elles.
La structure des sols et des roches, leur cimentation, leur vieillissement avant toute action mécanique
contribuent à limiter l’ampleur du gonflement. Au contraire, la déstructuration occasionnée soit par
des actions extérieures de cisaillement (comme dans la zone décomprimée d’un tunnel, par exemple),
soit par dissolution, peut libérer le gonflement.

49
En cas d’évolution de la structure, l’utilisation d’une procédure d’essai reproduisant le chemin de
contraintes subi par le sol in situ ne produira pas le même résultat car les propriétés mécaniques et le
comportement du sol auront changé. Un sol qui a gonflé au niveau de ses grains n’est plus le même
sol.

Une autre remarque concerne l'effet d'échelle, car la différence de taille entre l'échantillon et le massif
est importante. Un échantillon ne représentera jamais l'ensemble des couches géologiques du terrain
qui interviennent dans la réponse en grand du massif. Entre autres, une couche de matériau cohérent
non gonflant située au-dessus d’un terrain gonflant joue un rôle considérable.

Katti et al. (1983) ont montré d'ailleurs qu'une couche de matériau cohérent non gonflant de hauteur
H agit sur le matériau gonflant comme une surcharge verticale supérieure au poids γ H car le poids

de la couche non gonflante mais aussi la cohésion du matériau s’opposent au gonflement. Tous ces
résultats ont pu être validés sur des essais en grande dimension. Traditionnellement les essais de
gonflement sont réalisés uniquement sur le matériau gonflant à cause des petites tailles des
échantillons et de la complexité du problème. Néanmoins les effets d'échelle et de structure
pourraient justifier les valeurs élevées des pressions de gonflement obtenues en laboratoire par
rapport aux résultats données par les mesures in situ (Steiner, 1993)

1.4.5 - Commentaires et recommandations générales

La réalisation d'essais de gonflement à l'œdomètre nécessite des pratiques expérimentales


rigoureuses, en particulier au cours du prélèvement, de l'identification du matériau et de la procédure
d'essais à réaliser (Serratrice et Soyez, 1996).

1.4.5.1 - Prélèvement des échantillons

La reconnaissance à mettre en œuvre pour étudier le gonflement d’un massif à proximité d’un
ouvrage doit être adaptée à chaque projet. Dans tous les cas, elle doit au moins permettre la simple
identification du phénomène. Mais elle peut être poussée plus finement à l’aide de procédures et de
matériels élaborés. Les moyens de prélèvement doivent être choisis en fonction de ces objectifs et
garantir une qualité appropriée des échantillons. La plupart des procédures exigent de connaître
l’état in situ de la roche gonflante (w, e). En conséquence, de telles procédures ne pourront être
mises en œuvre que sur des échantillons de classe de qualité 2 ou 1 au sens de la norme Pr P 94-

50
202 (AFNOR, 1992) ; ce qui correspond à une identification complète de l’échantillon et à une
caractérisation comprenant au moins la teneur en eau, l’indice des vides, le poids volumique sec et la
perméabilité.

En tant que mesure de la déformation du matériau, les essais de gonflement ne peuvent être
envisagés que sur des éprouvettes tirées d’échantillons de classe 1. Le prélèvement par blocs
constitue un moyen efficace d’échantillonnage de roches gonflantes. Dans ce cas, il est nécessaire de
bien noter l’orientation des blocs par rapport à la stratification du massif. Mais cette méthode ne
permet pas de s’affranchir du problème du remaniement lorsque les blocs sont prélevés à proximité
de l’ouvrage, dans des zones déjà déformées et décomprimées (tunnels, déblai, etc.).

La comparaison entre les résultats des essais sur sols compactés et sur sols naturels (Parcher et Liu,
1965 ; Shanker et al., 1981) montre une influence notable du remaniement sur les paramètres de
gonflement même si les causes ne sont pas élucidées. C'est pourquoi, il faudra prendre le plus grand
soin lors du prélèvement et du transport du matériau, afin de perturber le moins possible son état et
de préserver ainsi les paramètres géotechniques in situ.

1.4.5.2 - Identification du matériau

Les opérations élémentaires d’identification du matériau demeurent un point de passage obligé de


l’étude en laboratoire avec l’analyse pétrographique très précise de la roche, l’évaluation d’une
densité de fissuration, la mesure des limites d’Atterberg et de la valeur au bleu dans le cas de sols
argileux et des roches argileuses tendres. Ces opérations élémentaires sont à compléter par des
analyses minéralogiques ou des analyses chimiques. L’obtention d’échantillons intacts permet, d’une
part, de connaître l’état initial de la roche (teneur en eau, indice des vides, poids volumique des
particules, etc.) ou, d’autre part, de confectionner des lames minces en vue d’une analyse au
microscope (microfissuration du matériau) ou au microscope électronique (structure). La
détermination de l’indice des vides à l’état naturel impose de mesurer le poids volumique des
particules γ S .

1.4.5.3 - Procédure d'essais

Des précautions doivent être prises, en particulier, au moment de l'imbibition, car l'eau utilisée et la
procédure d'imbibition ont aussi une influence notable sur la détermination des paramètres de

51
gonflement. La composition en cations de l'eau interstitielle intervient directement dans le gonflement
osmotique du matériau saturé (théorie de la double couche, eq. 1.1) et cela peut se répercuter au
niveau macroscopique ; c'est l'eau déminéralisée qui fournit a priori le gonflement maximal. De
même, l’imbibition pratiquée par une ou deux extrémités permet de saturer plus ou moins
l'échantillon, d'où un gonflement plus ou moins important.

D'autre part, les frottements importants exercés sur les parois de l’œdomètre, du fait des pressions
de gonflement radiales développées par le sol même, y compris le gonflement libre vertical, peuvent
minimiser la valeur du gonflement mesuré (Tisot, 1986). On veillera par conséquent à lubrifier
l’intérieur de la bague œdométrique, afin de réduire autant que possible ce phénomène. Shanker et
al. (1987) préconisent d’utiliser un rapport entre le diamètre et la hauteur initiale de l'échantillon
supérieur à 4 pour minimiser les effets de frottement latéral.

Les procédures d’essais mécaniques à mettre en œuvre doivent être adaptées, d’une part, à
l’ouvrage (fondations, tunnels, radiers, soutènements, déblais, etc.) et, d’autre part, au degré de
finesse de l’étude. Cette adaptation doit porter sur le choix du type de sollicitation à mettre en œuvre
et le choix judicieux des modalités d’application des charges sur l’éprouvettes (charge de mise en
imbibition, durée des paliers, taux de chargement d’un palier à l’autre, etc.) en prenant comme
référence le chargement réel du massif avant ou après installation de l’ouvrage. Cet état de
contraintes peut, dans certains cas, être défini par référence au poids des terres. Cette donnée est
suffisante pour un essai œdométrique et un sol simple, mais ce n’est plus le cas pour un sol
surconsolidé, cimenté ou induré.

Cette donnée devrait être accompagnée, en toute rigueur, de la valeur de la contrainte horizontale.
Les massifs montagneux posent, quant à eux, le problème du champ de contraintes in situ non
géostatique (tunnels, déblais, etc.). Il est déconseillé de faire référence à du gonflement libre, qui est
toujours pénalisant, si le sol n’y est jamais exposé (rupture en extension, forte évolution de la
structure du matériau). De plus, l'eau employée lors de l'essai devrait être rigoureusement identique à
l'eau susceptible d’être trouvée au niveau de l'ouvrage. Enfin tout apport d’eau extérieur, en
particulier lors de la construction, est à proscrire. Dans tous les cas, il est nécessaire de bien préciser
la procédure employée, les états du matériau avant et après essai, son mode de prélèvement.

52
1.5 - Conclusion

Ce chapitre a permis de mettre en évidence la complexité du phénomène de gonflement, qui fait


intervenir plusieurs mécanismes physiques, chimiques et mécaniques d'interaction du matériau et de
l'eau, à différentes échelles. Il est également vraisemblable que la structure du matériau (arrangement
des particules, fissuration, etc.) conditionne le processus de gonflement, d'une part, et que le
processus de gonflement soit lui-même accompagné, dans certains cas, de modifications de structure
(réarrangement des particules, compensation de vides, etc.), d'autre part.

L'évolution des procédures d'essais de gonflement a surtout été guidée par des objectifs pratiques,
conditionnés par les problèmes posés et la nécessité d’aboutir sans trop de mal à une caractérisation
des matériaux gonflants. Les méthodes indirectes de caractérisation inspirées des essais
d'identification des matériaux sont très utiles à l’évaluation du “potentiel” de gonflement mais ne
peuvent pas remplacer les essais en laboratoire vis-à-vis de la détermination des paramètres de
gonflement, que sont la pression de gonflement ou la déformation de gonflement.

D'un point de vue expérimental, il paraît raisonnable de retenir l'œdomètre classique recommandé
par les normes ou l'œdomètre modifié “ K o ” qui permet d'étudier le comportement tridimensionnel

du matériau de façon simplifiée. Dans tous les cas, il paraît prétentieux de pouvoir caractériser
véritablement le comportement réel d'un matériau gonflant mais les recommandations générales pour
l’étude du gonflement en laboratoire (prélèvement, identification, procédure d’essai) doivent être
respectées pour assurer des résultats et des informations fiables sur le comportement déterminé
expérimentalement. L’objectif des essais en laboratoire est finalement de déterminer simplement mais
rigoureusement des paramètres de gonflement représentatifs du comportement d'un terrain se
développant autour d'un ouvrage.

Dans la mesure où la présente étude porte sur le comportement des tunnels en terrain gonflant, il est
intéressant de préciser la procédure expérimentale adaptée à ce type d’ouvrage. Pour des tunnels
suffisamment profonds, les fluctuations saisonnières sont supposées négligeables et le matériau quasi-
saturé, c’est-à-dire sans phase gazeuse apparente malgré un possible état de succion (Barden,
1965). Dans ce cas, l’apport d’eau extérieure au terrain entraînera un gonflement d’origine
osmotique qui sera aussitôt amplifié par le changement d’état in situ (creusement, fluage). La

53
caractérisation du phénomène de gonflement autour d’un tunnel nécessite donc une phase
d’imbibition et une phase de déchargement. C’est pourquoi, pour une telle étude, on recommande la
procédure proposée par Huder et Amberg qui utilise un chemin des contraintes proche du
changement subi in situ.

Contrairement aux procédures d’essai classiques, définissant une pression de gonflement à volume
constant pour modéliser une poussée du terrain gonflant sur une paroi rigide, la méthode de type
Huder-Amberg vise à déterminer une pression de gonflement σ g représentant le seuil de contraintes

en dessous duquel le gonflement peut se développer et surtout un indice de gonflement C g

caractérisant la déformation de gonflement pour une réduction de contraintes donnée.

Dans la suite, on exposera quelques exemples de tunnels où le phénomène de gonflement s'est


manifesté et a occasionné des dommages avant de présenter les méthodes de calcul développées
pour simuler le comportement des matériaux gonflants autour d’un tunnel.

54
Chapitre 2:

Retours d’expérience de tunnel

2.1 - Introduction

Le problème du gonflement se manifeste sur un certain nombre de tunnels déjà creusés, et est
susceptible d’affecter un certain nombre de tunnels à venir puisque les phénomènes d'expansion des
minéraux argileux concernent des formations très variées comme des molasses, des marnes, des
argiles et argilites très répandues.

Pour l’étude de nouveaux tunnels, le retour d’expérience est un élément indispensable pour mieux
comprendre le phénomène de gonflement autour d’un tunnel. Les enseignements tirés de l’analyse
d’ouvrages déjà construits permettent de mettre en évidence l’influence notable du gonflement sur le
comportement à long terme des revêtements de tunnel, en particulier en ce qui concerne les dégâts
occasionnés pendant ou après la construction d’un tunnel.

Avant de détailler quelques cas concrets de tunnels en terrain gonflant, il est apparu intéressant de
préciser les mécanismes de gonflement autour d’une cavité. Ensuite, une description de plusieurs
tunnels endommagés montrera l’influence néfaste du gonflement sur la pérennité d’un ouvrage
souterrain. Enfin on présentera plusieurs techniques de construction proposées pour prévenir le
phénomène de gonflement.

55
2.2 - Définition du gonflement autour d’un tunnel

Des propositions de classification des mécanismes de gonflement ont été émises par Einstein et
Bischoff (1975) ; le gonflement peut être défini comme une augmentation du volume du terrain
naturel en fonction du temps causée par la modification des contraintes, l’augmentation de la teneur
en eau ou une combinaison de ces deux facteurs. Selon l’interaction ou l’ordre d’apparition de ces
causes, les auteurs ont présenté plusieurs types de phénomènes.

Phénomène 1 :
Le gonflement peut résulter d’une modification de l’état de contraintes notamment sous la forme
d’une diminution ou d’une rotation des contraintes (par exemple par suite de l’érosion du terrain de
couverture, de la création d’une vallée par une rivière ou par l’ouverture d’une excavation
souterraine). Un phénomène semblable peut être observé à une plus petite échelle par le rebond des
particules.

Phénomène 2 :
Une augmentation de volume dans le temps est souvent liée à l’adsorption ou à l’absorption de l’eau,
résultant de différences de concentrations, de liaisons intergranulaires non saturées ou partiellement
saturées ou de différences de potentiel.

Phénomène 3 :
Des modifications de contraintes pourront entraîner l’adsorption et/ou l’absorption de l’eau qui
provoque une augmentation supplémentaire de volume. L’augmentation de volume due à la
modification des contraintes, et celle due à l’adsorption ou à l’absorption de l’eau peuvent apparaître
simultanément ou l’une après l’autre.

Phénomène 4 :
Il s’agit du phénomène réciproque du phénomène 3. Dans ce cas, l’augmentation différée du volume,
par suite de l’adsorption et/ou de l’absorption de l’eau entraîne une modification des contraintes qui
provoque une augmentation supplémentaire de volume. Ici encore les deux types d’augmentation de
volume peuvent apparaître simultanément ou l’une après l’autre.

Phénomène 5 :
L’adsorption de l’eau accompagnée d’un affaiblissement des liaisons et/ou d’une réduction des
contraintes effectives peut provoquer, en fonction du temps, une diminution de la résistance au

56
cisaillement. Cette diminution de la résistance au cisaillement provoque, à son tour, des déplacements
dont les caractéristiques sont similaires à celles du gonflement, notamment dans le cas des
excavations souterraines, bien qu’il s’agisse fondamentalement d’un phénomène de fluage.

Phénomène 6 :
Le phénomène connu sous le nom de “squeezing” a été défini par Terzaghi (1946) comme une
augmentation des déformations de cisaillement d’un élément de terrain au cours du temps, lorsque
celui-ci est soumis à un état de contraintes déviatorique (lors d’une excavation, par exemple). Ce
phénomène, qui se traduit par le lent développement des déformations plastiques, produit
habituellement une déformation volumique limitée, dépendant de la dilatance du matériau.

Il faut noter une transition progressive entre le phénomène 5 et le phénomène 6, ce dernier


progressant à une vitesse moindre et provoquant des déplacements plus petits. Les phénomènes 5 et
6 peuvent se produire concurremment avec les phénomènes 3 et 4.

Les remarques qui précèdent démontrent qu’il est difficile de distinguer les différents types de
gonflement. Le gonflement au sens strict (phénomène 1 à 4) est souvent associé au fluage
(phénomène 5) et à la plasticité (phénomène 6). En outre, la consolidation ou la relaxation s’associe
souvent au gonflement, notamment dans le cas d’une interaction terrain-ouvrage. La complexité des
comportements différés du terrain et de l’ensemble terrrain-ouvrage expliquent pourquoi on ne
dispose d’aucune explication mécanique complète et pourquoi, en conséquence, on doit simplifier les
calculs et les méthodes de dimensionnement.

Dans la suite du rapport, on se limitera au gonflement dans son sens le plus strict (phénomènes 3 et
4) lorsqu’il y a interaction entre l’augmentation de la teneur en eau et la modification des contraintes
et que des phénomènes tels que le gel et la plasticité ne contribuent peu ou pas au gonflement.

2.3 - Observations in situ

Les difficultés causées par les terrains gonflants pour la construction de tunnels ont déjà été
largement discutées dans la littérature (Golta ,1967 ; Einstein et Bischoff, 1976 ; Robert et Fabre,
1987 ; Bellwald, 1990 ; Steiner, 1993 et bien d’autres). Quelques retours d’expérience significatifs
détaillés ci-dessous apportent des informations quantitatives et qualitatives directement reliées au
phénomène de gonflement observé in situ.

57
2.3.1 - Cas A : Tunnel de Bözberg (Suisse)

Il s’agit d’un tunnel ferroviaire à deux voies de 2500 m de long construit dans des marnes, des
schistes argileux, et dans de l’anhydrite, entre les années 1871 et 1875. Dès le creusement, on nota
des soulèvements du radier et une convergence de la base des piédroits. Les culées furent
reconstruites plusieurs fois dans certaines zones, et un radier contre-voûté fut construit en 1903 et
1905 dans les zones les plus affectées. Cette contre-voûte, dont le rayon était grand, ne put
s’opposer au gonflement. Les déformations mesurées à partir de 1923, se poursuivirent et
s’accompagnèrent de la destruction du réseau de drainage en plusieurs endroits. En 1954, la
destruction du radier mit fin aux mesures de soulèvement ; en revanche, on poursuivit les mesures de
convergences des bases de piédroits (figure 2.1).

1 - Marnes 2 - Anhydrite 3 – Molasse marneuse 4 – Argiles 5 – Marnes


(Tertiaire) (Tertiaire) Opalinus (Lias)

Figure 2.1 : Mesures de déplacement (Tunnel de Bözberg)

La reconstruction (1963-1967) consista à remplacer la base des piédroits et à reconstruire un radier


contre-voûté de rayon plus petit dans les sections les plus sévèrement touchées. Lors de ces travaux
de reconstruction, on constata que le mouvement de convergence des bases de piédroits n’était pas
dû à des poussées, comme en témoignent les vides quasi systématiques observés derrière la base
des piédroits ; cette convergence apparut donc comme un effet secondaire du soulèvement de radier
(figure 2.2).

58
Figure 2.2 : Coupe transversale du tunnel de Bözberg

2.3.2 - Cas B : Tunnel de Belchen (Suisse)

D’une longueur d’environ 3 km, le tunnel de Belchen comporte deux tubes et permet la traversée du
Jura depuis Bâle vers le Sud. Construit entre 1963 et 1970, il est en partie situé dans le Keuper
constitué de marnes, d’anhydrite et de schistes argileux. L’anhydrite se présente sous forme de
minces veines d’orientation aléatoire, noyées dans la marne. Le projet comportait la réalisation d’un
radier contre-voûté de 10,40 m de rayon et de 45 cm d’épaisseur en zone gonflante.

Le percement du tunnel a commencé par l’excavation de deux galeries pilotes en base de piédroit
(2,90m×3m), le radier étant bétonné dans ces galeries avant l’excavation de la pleine section. Peu
après l’excavation de ces galeries, on a observé dans les zones d’anhydrite un soulèvement du radier
s’accompagnant d’une fissuration des buses de drainage.

Les soulèvements étaient de l’ordre de plusieurs centimètres après quelques mois. On a alors essayé
d’ancrer le radier avec des boulons de 2,5 m de longueur, mais cette mesure s’est avérée inefficace ;
le radier s’est soulevé en son milieu et s’est cassé sur les bords. La pression a été estimée à
1-1,2 MPa. Après des essais de gonflement en laboratoire et in situ indiquant des pressions de
3,5 MPa (figure 2.3), il a été mis en place un radier contre-voûté de 8,12 m de rayon et 85 cm
d’épaisseur (60 cm dans les schistes argileux). En 1968, il a été décidé de contrôler les contraintes et
les déformations dans le revêtement. Depuis cette période, toutes les réflexions sur la contribution du

59
gonflement de l’anhydrite par rapport au gonflement des argiles dans ce type de roches n’a abouti à
aucune conclusion satisfaisante (Steiner, 1993 ; Madsen et Nüesch, 1991).

Contraintes
(MPa)

Figure 2.3 : Mesures en laboratoire et in situ

2.3.3 - Cas C : Tunnel San Donato (Italie)

Le tunnel San Donato est un tunnel autoroutier de 11 km de long. La section courante varie entre 90
et 120 m2 selon les caractéristiques du sol. Le tunnel a été excavé simultanément par la face Nord et
par la face Sud avec une couverture maximale de 250 m.

Le tunnel traverse des formations géologiques très diverses. Les roches sédimentaires rencontrées
forment un anticlinal avec la formation Macigno (grès, limons) au centre, entourée du complexe
argileux Scagliose (schistes argileux) et ensuite de la formation Alberese (calcaire marneux) (figure
2.4). Ces roches ont montré une forte influence tectonique avec des défauts presque verticaux
toujours présents. Le complexe argileux Scagliose possède deux textures bien différentes : d'une
part, une texture dispersée avec des surfaces incurvées souvent entortillées et, d'autre part, une
texture présentant une orientation préférentielle des particules argileuses (figure 2.4). Cette dernière
est en particulier présente à proximité de la formation Alberese (zone gonflante) où les minéraux
argileux sont parallèles au défaut pratiquement vertical.

Les formations Alberese et Macigno sont constituées de massifs rocheux fissurés présentant trois
ensembles de discontinuités bien marqués. Du fait de leur nature fissurée, ils contiennent de
considérables quantités d'eau et agissent comme des aquifères. Pendant l'excavation, d'importants

60
écoulements d'eau ont été rencontrés, d'abord dans la formation Alberese et dans la zone de
transition entre les formations Scagliose et Macigno.

En raison des caractéristiques de terrain défavorables de la formation argileuse Scagliose, le tunnel a


été excavé par demi-section supérieure et inférieure. Le soutènement, constitué de 25 cm de béton
projeté et de boulons en résine espacés de 0,8 m, a été mis en place immédiatement après
l'excavation. Le revêtement intérieur, formé d’un anneau fermé, a été installé à 2 ou 2,5 diamètres du
front de taille. Les mêmes méthodes de construction ont été utilisées côté Nord et côté Sud.

Sur l’attaque Nord, aucun problème n’a été rencontré ; par contre, des dégâts importants se sont
produits côté Sud avec un soulèvement de 1 mètre et des convergences horizontales de 1,2m. Le
radier a été fortement endommagé ; les armatures en acier des boulons et le revêtement en béton
projeté ont été détruits sur une grande distance. Compte tenu de l’endommagement du radier, les
déformations autour du tunnel ont augmenté considérablement au cours du temps.

Figure 2.4 : Profil géologique longitudinal - Tunnel Dan Donato (Barla et al., 1986)

61
Commentaires
- Les convergences considérables et les soulèvements de radier observés côté Sud ont été attribués
au phénomène de gonflement de la formation Scagliose et à la présence d'eau sous le radier (Barla
et al.,1986). Comme le tunnel a été excavé dans la formation argileuse de Scagliose, l'eau de la
formation Alberese a pu s'écouler par gravité vers le tunnel. D’autre part, du côté Nord, aucun
écoulement d'eau n’a été relevé tandis qu’une analyse minéralogique a montré un potentiel de
gonflement notable du matériau. Toutes ces remarques confirment le fait que l'eau est un élément
essentiel au gonflement.
- Les résultats d'une analyse théorique sur le comportement de la roche montre qu'une zone plastique
se développerait sur une distance d'environ un diamètre autour du tunnel.

2.3.4 - Cas D : Tunnel sur le barrage de la rivière Saskatchewan (Canada)

Au cours de la troisième conférence “Terzaghi”, Bjerrum (1967) a présenté les mécanismes de


rupture progressive d'argiles plastiques surconsolidées et utilisé l’exemple de cet ouvrage pour
montrer les effets de l'humidification sur les schistes argileux plastiques Bearpaw. Il s’agit d’un tunnel
expérimental totalement revêtu, situé à 40m de profondeur, qui traverse 3 zones distinctes ; d'abord,
une zone sèche, ensuite une zone légèrement humide et enfin une zone complètement humide. Les
mesures de la teneur en eau naturelle et de la convergence horizontale du tunnel ont clairement
montré l'influence de l'eau sur les liaisons internes de cohésion et sur le gonflement du sol.

Commentaires
- La destruction progressive des liaisons internes de cohésion est accompagnée par un gonflement
non uniforme, assimilé au “squeezing”, probablement dû à des variations locales dans la
composition minéralogique du matériau et générant une augmentation des fissures dans le sol. Cela
se remarque dans la grande différence de teneur en eau naturelle d'un point à un autre, qui est plus
élevée dans les zones fracturées que dans les parties saines.
- La convergence horizontale du tunnel progresse quand on passe d’une zone sèche à une zone plus
humide. Dans la partie sèche, la convergence est relativement faible, 2 à 8 cm, tandis qu'elle peut
atteindre 27 à 53 cm dans la partie la plus humide. Quelques jours après l'excavation, les courbes
de convergence peuvent être approchées par des droites dans un diagramme (convergence, Log t).

62
2.3.5 - Cas E : Galerie de reconnaissance du tunnel de Chamoise (France)

La galerie de reconnaissance du tunnel de Chamoise fut réalisée pour un ouvrage autoroutier (A40
Lyon-Genève) constitué de deux tubes de 3200 mètres de long. Construite entre 1979 et 1980, la
galerie de reconnaissance possède une couverture maximale de 400 m. Elle a été creusée sur toute la
longueur de l'ouvrage projeté et traverse les formations marneuses de l'Oxfordien sur 750 mètres :
200 mètres dans les marnes à nodules et fossiles pyriteux de l'Oxfordien inférieur, et 500 mètres
dans les assises marneuses d'Effingen et de Geissberg de l'Oxfordien moyen. Le creusement a été
réalisé à l'explosif et la stabilité assurée dans ces sections de marnes par une ou deux couches de
béton projeté renforcé par un treillis soudé et des boulons, et par un radier coulé à l'avancement.

De rares venues d’eau ponctuelles à faible débit -et rapidement taries- sont apparues dans les
calcaires de l’Oxfordien supérieur. Environ un an après le creusement, des fissurations longitudinale
et transversale ont été observées systématiquement en radier dans ces zones, une rupture du radier
au droit du caniveau faisant office de collecteur. On a également constaté l’apparition de quelques
zones de désordres en base de piédroit. Les mesures de convergences exécutées lors des travaux
d'excavation ont alors été reprises pour suivre les déformations accompagnant la fissuration du
radier.

Commentaires
- Les analyses minéralogiques et surtout celles effectuées lors des essais ne laissent aucun doute sur
la nature du phénomène responsable des désordres constatés : le gonflement résultant de
l’expansion par hydratation des minéraux argileux de type “smectite” contenus dans les matériaux
concernés. Par ailleurs, les courbes de convergence obtenues à partir des mesures effectuées sur
des bases verticales entre le centre du radier et la clé de voûte s’ajustent parfaitement avec des
t
modèles hyperboliques du type C( t ) = C total .
B+ t
- S’agissant d’une galerie de reconnaissance réalisée dans le cadre de l’étude du tunnel autoroutier
de Chamoise, la réflexion fut rapidement orientée vers la conception de l’ouvrage projeté et la prise
en compte des informations ainsi recueillies dans le projet du tunnel. Les principales dispositions
retenues pour le projet ont été les suivantes :

• excavation mécanisée pour éviter tout apport d’eau,

63
• dimensionnement d’un radier en béton armé susceptible de résister à une poussée radiale de 0,5

MPa,
• instrumentation complète du revêtement au droit des zones les plus sensibles pour disposer
d’une auscultation “en continu” après la mise en service.

2.3.6 - Synthèse

Le tableau 2.1 résume les observations in situ relatives au gonflement développé autour de tunnels.
On constate que le gonflement se manifeste surtout par un important soulèvement du radier associé à
de fortes convergences en piédroit. D’autre part, le gonflement est aussi étroitement lié à
l’écoulement des eaux et a priori à l’étendue de la zone plastique.

En effet, la description du gonflement a montré que l’élément essentiel à considérer pour prendre en
compte ce phénomène est bien la présence d’eau autour du tunnel. L’expérience de nombreux
retours d’expérience (Chamoise, San Donato, Saskatchewan) montre que le développement du
gonflement est toujours lié à l’apport d’eau vers le tunnel même en petite quantité.

D’autre part, la réalisation d’une excavation entraîne une forte augmentation des contraintes
déviatoriques qui aboutit au développement d’une zone plastique autour du tunnel. Cette zone
plastique est caractérisée par un important déchargement avec un affaiblissement des caractéristiques
du terrain et de grandes déformations le long du tunnel. En fait, le gonflement est souvent associé au
développement de la zone plastique, comme cela a été signalé pour le tunnel de San Donato
(l’étendue de la zone plastique était dans ce cas estimée à environ un diamètre).

Enfin, on constate que le gonflement peut dépendre de la structure du matériau. Un sol altéré par des
forces tectoniques ou par plastification sera plus sensible au gonflement car ses liaisons internes
auront été détruites ou affaiblies et il deviendra ainsi plus perméable et moins résistant. Cette situation
se traduira par un gonflement non uniforme autour du tunnel, en relation directe avec la résistance du
matériau.

64
Sites étudiés Géologie Observations in situ Commentaires

Mise en place d’une contre-voûte aussitôt après


Tunnel du Upper- observation d’un soulèvement pendant la
Schistes argileux Arrêt du soulèvement après la mise en
Hauenstein construction.
Opalinus place de la contre-voûte
(Suisse, 1850) A partir de 1950, soulèvement de 10 mm/an dans
certaines sections
Plusieurs destructions du radier et des piédroits
Tunnel du Bozberg
Marnes et anhydrite Existence de vides (30 à 50 cm) derrière le
(Suisse, 1870)
revêtement au niveau des piédroits

Tunnel de Ricken
Molasse marneuse Soulèvement rapide du radier (50 cm)
(Suisse, 1900)

Tunnel de Belchen Déformations du massif sur une


Schistes argileux
Soulèvement et destruction du radier distance d’un diamètre sous le radier
(Suisse, 1965) Opalinus
(extensomètre)
Eau provenant des aquifères voisins
Schistes argileux Forte convergence horizontale (calcaires Alberese)
Tunnel de San Donato
Scagliose fortement Soulèvement du radier Zone plastique se développant sur une
(Italie)
fissurés Présence d’eau sous le radier distance d’un diamètre (calcul
théorique)
Tunnel expérimental du Désintégration progressive des liaisons
barrage Sud de la Argiles plastiques Importante convergence horizontale (27 à 53 cm) internes accompagnée d’un gonflement
rivière Saskatchewan surconsolidées dans les parties les plus humides non uniforme résultant d’une teneur en
(Canada) eau plus élevée dans les zones altérées

Galerie de Chamoise Marnes d’Effingen Fissuration longitudinale et transversale Courbe de convergence approchée par

Tableau 2.1 : Observations significatives de gonflement sur quelques retours d’expérience


(France, 1980) et de Geissberg systématique du radier une loi hyperbolique

65
Hormis cette liste de tunnels implantés surtout dans le Jura suisse et célèbres à cause de l’intensité
des désordres observés, on peut citer également, en France, les exemples :
- des tunnels anciens SNCF
• du Mont d’Or (présence de marnes argoviennes),

• de Mornay (présence de marnes argoviennes),


• de Marnoz (présence d’argile dans une brèche tectonique),
• du Crêt d’eau (présence de marnes dans des failles),

• du col de Braus (anhydrite du Trias),

- des tunnels routiers ou autoroutiers


• de Dullin (présence d’argile gonflante dans des failles),
• de Roux (présence de montmorillonite dans des zones de granite altérée),

• de Chamoise (massif marneux),

• de Tende (présence d’anhydrite).

On remarquera, au passage, la grande diversité des environnements géologiques au sein desquels le


processus de gonflement peut apparaître. Mais en dépit des nombreuses expériences malheureuses
liées à l’apparition du gonflement, l’étude quantitative du phénomène ne débute réellement qu’au
début des années 1970 avec la communication d’Huder et Amberg (1970). C’est aussi à partir de
cette date que l’observation et l’analyse des cas vécus se font de manière plus rigoureuse pour mieux
prendre en compte ce phénomène dans le dimensionnement et la conception des ouvrages. Le
paragraphe qui suit expose les techniques de construction souvent utilisées dans de telles
circonstances.

2.4 - Techniques de construction en terrain gonflant

Lorsqu’un projet de tunnel traverse une zone de terrain gonflant, le dimensionnement doit absolument
prendre en compte le risque de gonflement pendant ou après l’excavation, en particulier au niveau du
radier, afin d’assurer la stabilité de l’ouvrage au cours de son existence. Pour concevoir un tel tunnel,
l’objectif principal du dimensionnement est alors, soit de contrôler le gonflement, soit de l’empêcher.

Un dimensionnement est dit passif lorsqu’il contrôle le gonflement en permettant aux déformations
de gonflement de se développer sans déstabiliser la structure. Un dimensionnement est dit actif

66
lorsqu’il empêche ou limite tout gonflement du terrain en augmentant les contraintes agissant sur le
revêtement. Comme le gonflement est une conséquence directe d’un changement d’état de
contraintes et/ou d’un apport d’eau, il peut être aussi réduit avec une contre-pression et/ou avec une
limitation des arrivées d’eau. Une autre possibilité de dimensionnement serait une approche
intermédiaire entre le dimensionnement actif et le dimensionnement passif.

Les descriptions suivantes illustrent les trois concepts de dimensionnement définis par la société
internationale de mécanique des roches (ISRM, 1994).

2.4.1 - Dimensionnement passif

Dans les dimensionnements passifs les plus extrêmes, le terrain peut gonfler librement et est
régulièrement retiré afin de ne pas compromettre la stabilité de la structure tout entière. Beaucoup de
vieux tunnels ferroviaires en terrain gonflant suivaient involontairement ce concept dans lequel le
ballast était directement placé sur le radier non recouvert qui se soulevait et qui était régulièrement
retiré.

Une méthode analogue mais plus satisfaisante sur le plan pratique consiste à laisser un vide entre le
terrain et la structure interne rigide (figure 2.5). Cette solution nécessite un dimensionnement prudent
du radier pour supporter une éventuelle pression de gonflement et pour ne pas subir des
convergences excessives des piédroits.

Espace vide

Figure 2.5 : Introduction d’un vide entre le terrain et le revêtement (Kovari et al., 1981)

D’autre part, un aspect important du dimensionnement passif repose sur la forme géométrique de
l’excavation à adopter. En effet, un autre moyen de limiter le gonflement est d’éviter de trop modifier
l’état de contraintes initial (paragraphe 2.2). Ainsi il est préférable de concevoir un tunnel

67
pratiquement circulaire puisqu’il perturbe moins l’état de contraintes initial qu’un tunnel avec un
radier plat qui crée une importante zone décomprimée sous le radier, ce qui favoriserait le
développement du gonflement.

2.4.2 - Dimensionnement actif

Le dimensionnement actif consiste à introduire des moyens artificiels pour réduire les arrivées d’eau
et ou les déformations de gonflement.

Le drainage de l’eau s’écoulant vers le tunnel est une initiative judicieuse contre le gonflement. En
effet, canaliser les arrivées d’eau permet de réduire le contact de l’eau avec le terrain susceptible de
gonfler. Cependant le système de drainage doit demeurer efficace après la construction du tunnel car
une simple fuite peut rapidement mettre l’eau en contact avec le terrain qui risque de gonfler et de
détruire l’ouvrage.

Pour empêcher le terrain de gonfler, la mise en place d’un radier contre-voûté représente le meilleur
dimensionnement actif connu. Avec un rayon de courbure suffisamment faible et une épaisseur
conséquente, il est possible de maintenir le surplus de contraintes provoqué par le gonflement à des
niveaux acceptables. Une autre possibilité consiste à boulonner ou à ancrer les zones gonflantes de
telle sorte que les déformations de gonflement mobiliseront la résistance des boulons ou que la
précontrainte des ancrages s’opposera au gonflement.
Un tel dimensionnement actif a été appliqué dans de nombreux tunnels comme les tunnels du
Bözberg et de Belchen en Suisse, et le tunnel de Chamoise en France (figure 2.6).

Figure 2.6 : Section du tunnel de Chamoise dans les marnes (Hingant et al., 1986)

68
2.4.3 - Dimensionnement intermédiaire

Le dimensionnement intermédiaire consiste à placer une couche de matériau compressible entre le


terrain gonflant et le tunnel ou entre le soutènement et le revêtement. Cette technique permet alors
aux déformations de gonflement de se développer dans une certaine mesure avant de transmettre une
pression relativement faible sur le revêtement.

Ce type de dimensionnement est intéressant lorsque les pressions de gonflement sont trop élevées
pour le radier, ce qui est observé lors du gonflement de l’anhydrite (Steiner, 1993). La couche de
matériau compressible dissipe alors le gonflement et transmet une pression de gonflement acceptable
pour le revêtement (Kuhnhenn, 2000). La difficulté de cette méthode repose sur le dimensionnement
simultané de la zone compressible et du radier correspondant, qui doit être directement relié non
seulement à la pression de gonflement σ g mesurée expérimentalement avec l’essai Huder-Amberg

mais aussi à l’indice de gonflement C g (équation 1.2).

Un tel dimensionnement intermédiaire a été utilisé pour les tunnels Buechberg et T8 en Suisse, le
tunnel du CERN à la frontière Franco-Suisse, et pour les tunnels Freudenstein et Engelberg en
Allemagne (figure 2.7).

Figure 2.7 : Dimensionnement intermédiaire du tunnel de Freudenstein (ISRM, 1994)

Toutes les techniques de construction citées précédemment représentent seulement un échantillon


des méthodes possibles pour prendre en compte le gonflement dans le dimensionnement des tunnels.
Outre les méthodes de conception, le dimensionnement repose essentiellement sur l’appréciation du
comportement gonflant du terrain et sur la méthode de calcul utilisée.

69
2.5 - Conclusion

La description des retours d’expérience a mis en évidence la diversité des terrains susceptibles de
gonfler et l’ampleur des dommages occasionnés par le phénomène de gonflement. Pour prévenir ce
risque, une conception adéquate est nécessaire pour, d’une part, empêcher toute arrivée d’eau à
proximité des terrains gonflants et, d’autre part, calculer la structure capable de résister au
gonflement à court et à long terme.

Le choix d’un dimensionnement actif avec un radier contre-voûté semble le plus adapté à s’opposer
au gonflement dans la plupart des cas mais la solution intermédiaire peut aussi paraître judicieuse en
cas de fortes pressions de gonflement appliquées sur le revêtement. Compte tenu du coût de ces
solutions pour le maître d’ouvrage, un dimensionnement rigoureux doit être établi en s'appuyant sur
des résultats d’essais de gonflement et sur une méthode de calcul adapté.

Le chapitre suivant donne une synthèse d’une revue bibliographique des modèles de calcul existants,
effectuée afin d’établir l’état des connaissances actuelles dans ce domaine.

70
Chapitre 3 :

Méthodes de calcul existantes pour

l’étude des tunnels

3.1 - Introduction

Le but des méthodes de calcul est de prévoir, à partir de résultats d'essais appropriés et des retours
d’expérience, les déformations et/ou les contraintes induites par le phénomène de gonflement dans le
voisinage d'une excavation souterraine, afin que le projeteur puisse dimensionner le soutènement et le
revêtement en conséquence.

Le texte qui suit s’inspire des rapports de la commission sur le gonflement de la Société
Internationale de Mécanique des Roches (ISRM, 1994) et du Comité Français de Mécanique des
Roches (Robert et Fabre, 1987). Il décrit la majorité des méthodes de calcul existantes, en
précisant, à chaque fois, le domaine d’application et les limites. Il est bien évident que le phénomène
de gonflement n'est pas seul en cause dans le comportement différé d’un ouvrage et qu'en toute
rigueur, il faudrait prendre en compte tous les phénomènes intervenant dans le comportement
rhéologique du matériau (en particulier, le fluage) pour prétendre réellement établir une loi contrainte-
déformation fiable.

71
Autrefois, pour résoudre le problème de gonflement, il était raisonnable de se référer à quelques
approches empiriques existantes. L’exemple le plus connu est la méthode proposée par Terzaghi
(1946) qui répertorie les roches gonflantes dans une classe particulière (portant le numéro 9) de sa
classification des roches.
Ensuite à partir des années 1970, plusieurs modèles analytiques ont été développés afin de mieux
prendre en compte le gonflement dans le dimensionnement des tunnels. On trouve, en particulier, des
approches “comportementales” basées sur une caractérisation phénoménologique de type Huder-
Amberg. D’autre part, des études rhéologiques ont aussi permis de caractériser les effets différés
constatés autour des tunnels en terrain gonflant. Enfin une meilleure prise en compte du gonflement a
été obtenue dans les modèles hydromécaniques qui tiennent compte du facteur prédominant qu’est
l’eau.
Cette revue bibliographique soulignera l’absence de méthode de calcul reconnue en France et
permettra donc de définir un cadre d’étude pour un modèle de gonflement réaliste et adapté à nos
moyens de calcul.

3.2 - Modèles basés sur une loi de gonflement

Les premiers modèles ont surtout consisté à déterminer les déformations causées par le gonflement
par une méthode inspirée des tassements (Grob, 1972 ; Einstein et Bischoff, 1976). Puis l’utilisation
des éléments finis a permis d’intégrer des aspects du gonflement comme l’effet tridimensionnel
(Wittke et Pierau, 1979) ou l’anisotropie (Froehlich, 1989). Gysel (1987) a obtenu une solution
analytique en élasticité dans le cas d’un tunnel circulaire en supposant un chargement elliptique entre
le terrain et le revêtement.

3.2.1 - Méthodes semi-empiriques

3.2.1.1 - Méthode de Grob

Cette méthode, historiquement la plus ancienne, calcule le soulèvement H d’un point P en clé de
radier, dans le plan axial du tunnel, suivant une procédure inspirée du calcul des tassements. Le
principe consiste à découper le terrain situé sous le radier en tranches élémentaires d’épaisseur dz ,
de calculer l’augmentation d’épaisseur ∆ dz provoquée par le gonflement (figure 3.1) pour chacune

72
de ces tranches et de faire la somme de ces augmentations d’épaisseur pour obtenir le déplacement
du point P : H = Σ (∆ dz ) .

σv
Tunnel circulaire
non revêtu

zo

M dz

Figure 3.1 : Calcul de gonflement - Méthode de Grob

Hypothèses :
a) Grob suppose que le matériau constituant la tranche élémentaire de terrain se trouve dans les
mêmes conditions que le matériau dans l’œdomètre, c’est-à-dire que :
- il n’y a pas de déformation horizontale,
- la contrainte verticale après creusement σ v (z ) régnant à la profondeur z est constante sur

toute l’épaisseur dz de la tranche de terrain.


b) Grob suppose aussi que la pression de gonflement du matériau σ g est égale à la contrainte

verticale initiale σ vo (z ) avant creusement, c’est-à-dire que la pression de gonflement est

proportionnelle à la profondeur si l’on admet que la contrainte verticale est égale à la contrainte
géostatique.
L’augmentation d’épaisseur dz de la tranche de terrain est alors donnée par l’équation d’Huder-
Amberg (équation 1.2):

 ∆ dz   σ (z ) 
  = − C g lg  v 
 dz   σ vo (z) 
où C g désigne l’indice de gonflement.

Le soulèvement H du point P est alors obtenu en faisant la somme des ∆ dz sur les terrains situés à

la verticale du point P.

73

σ v (z )
H = Σ ∆ dz = − ∫ C g Log dz
zo σ vo (z )

Remarques :
a) Cette méthode de calcul découlant directement de l’essai Huder-Amberg, le déplacement H du
point P est la somme de la déformation élastique résultant du déchargement de σ vo (z ) à σ v (z )

induit par le creusement du tunnel et de la déformation purement due au phénomène de


gonflement.
b) Cette méthode présente de grandes insuffisances concernant notamment les hypothèses
restrictives :
- le gonflement n’est supposé se développer que dans une direction,
- le temps n’est pas pris en compte et donc il n’est pas possible de simuler le phasage des
travaux.
c) Il faut encore ajouter une réserve importante vis-à-vis de l’hypothèse σ g = σ vo . Cette hypothèse

quasiment toujours admise dans l’application de l’essai Huder-Amberg est justifiée par le fait que
in situ, avant le creusement, il n’y a pas de gonflement mais, ceci peut aussi bien résulter du fait
que la contrainte est supérieure à σ g ou que la contrainte est inférieure à σ g mais que l’apport

d’eau est insuffisant pour permettre le développement du phénomène.

Pour obtenir une solution satisfaisante au problème de choix de la pression de gonflement, il apparaît
nécessaire de retenir la pression de gonflement mesurée sur des échantillons prélevés à la côte
approximative du tunnel et orientés suivant la direction selon laquelle le gonflement sera susceptible
de se développer.

3.2.1.2 - Méthode d‘Einstein et Bischoff (1976)

Ces auteurs sont, à notre connaissance, les premiers à avoir proposé une approche tridimensionnelle
du problème de gonflement. Mais l’aspect tridimensionnel ne concerne que l’état de contraintes, la
méthode se limitant au calcul des déplacements suivant un rayon comme la méthode de Grob
(1972).

Le principe de base sur lequel repose la méthode a été tiré de l’observation suivante, qui fait
référence à des essais effectués sur deux échantillons de même origine considérés comme
absolument identiques :

74
- le premier est placé dans un œdomètre (où toute déformation latérale -radiale- est empêchée) et
on mesure son expansion en gonflement libre ;
- le second est hydraté hors d’un œdomètre, avec une déformation radiale permise et on mesure
également son expansion en gonflement libre.
Les résultats montrent que la déformation verticale ε v de l’échantillon 2 (≈ − 4,2 %) est très

nettement supérieure à celle de l’échantillon 1 (≈ − 2 %) . Les auteurs en tirent la conclusion :

“Le fait de réduire le gonflement dans une direction a pour effet de réduire également le
gonflement dans les autres directions”

Une fois ce principe admis, il est bien évident que ce n’est plus l’évolution de la contrainte axiale qui
est à suivre mais celle de la contrainte moyenne. Partant toujours de l’essai Huder-Amberg, les
auteurs analysent l’évolution de la contrainte moyenne et de la déformation axiale au cours de l’essai
de gonflement et distinguent alors deux domaines (figure 3.2) :

- un premier domaine de “gonflement initial”, qui s’étend à tout le massif, où le gonflement est
faible (de l’ordre de la déformation élastique) parce que la contrainte moyenne est supérieure au
seuil de gonflement.
Autrement dit, dans ce domaine, on voit apparaître des contraintes de confinement naturelles qui
maintiennent les déplacements dus au gonflement à une valeur égale ou inférieure aux déplacements
provoqués par le déchargement sans gonflement ;

- un deuxième domaine de “gonflement principal”, qui s’étend en voûte et surtout en radier dans le
cas d’un profil plein cintre avec un radier plat, où le gonflement est très important. Dans ce
domaine, le confinement nécessaire pour arrêter le gonflement ne peut provenir que des contre-
pressions exercées par le revêtement s’opposant aux déplacements dus au gonflement.

Pour ce qui est du calcul proprement dit du gonflement, les auteurs découpent le domaine de
gonflement principal en tranches élémentaires, en estimant, pour chaque tranche, l’augmentation
d’épaisseur au moyen de la courbe de déchargement de l’essai Huder-Amberg (équation 1.2) puis
en faisant la somme de ces variations d’épaisseur. Ce calcul nécessite de connaître les contraintes in
situ dans les trois directions principales, après le creusement du tunnel.

75
Zone de
gonflement
initial
Zone de
gonflement
principal

Figure 3.2 : Zones de gonflement (Einstein et Bischoff, 1976)

3.2.2 - Méthodes de calcul par éléments finis

3.2.2.1 - Méthode de Wittke (1979, 1990)

Wittke et Pierau (1979) et Wittke (1990) ont repris l’hypothèse de Einstein et Bischoff (1976),
“c’est la contrainte moyenne qui commande le gonflement”, mais développent de manière plus
complète le calcul du gonflement en le généralisant à l’état tridimensionnel. Partant toujours de la
relation déterminée par Huder et Amberg (équation 1.2), ils arrivent à l’expression :

 1 
ε v = k g 1 − lg σ v 
 lg σ g 
 
où ε v désigne la déformation verticale, σ v la contrainte verticale, k g = − C g Log σ g le gonflement

libre et σ g = σ vo (avant creusement). Moyennant certaines hypothèses simplificatrices, cette relation

peut être généralisée à l’état tridimensionnel propre à l’œdomètre :


- la déformation volumique ε vol = ε zz puisque ε xx = ε yy = 0

σ v + 2σ h 1 + ν  σv  ν
- la contrainte moyenne p = =   avec σ h = σv
3 1− ν  3  1−ν

Le passage de l’œdomètre à l’état tridimensionnel in situ se fait alors comme suit (en supposant que
le coefficient de poisson reste constant) :

1−ν 1− ν
ε v = ε zz = ε vol ; σv = 3p ; σ g = σ vo = 3pg
1+ ν 1+ ν

76
p g = p o étant la contrainte moyenne de l’état de contrainte primaire avant creusement.

La relation Huder-Amberg généralisée devient

 1  1 − ν  
ε vol = k g 1 − lg  3 p (3.1)
 lg σ g  1 + ν  

Ensuite, les auteurs proposent un calcul numérique utilisant la méthode des éléments finis dans lequel
ils introduisent :
- l’état de contraintes primaire avant le creusement,
- l’état de contraintes secondaire immédiatement après le creusement.
Un calcul itératif (méthode des contraintes initiales) permet d’estimer l’état de contraintes tertiaire et
les déformations dues au gonflement. L’état de contraintes tertiaire correspond à l’état d’équilibre
qui s’instaure après modification de l’état secondaire par le gonflement (c’est-à-dire par le
développement des contre-pressions dues au gonflement empêché). Les déformations suivant les
contraintes principales sont prises proportionnellement aux variations de contraintes entre l’état
primaire et l’état secondaire. En comparaison aux déplacements mesurés in situ, cette méthode a
donné des résultats satisfaisants pour l’étude du métro de Stuttgart (Wittke, 1979)

Les méthodes de Einstein et Bischoff (1976) et de Wittke et Pierau (1979), prenant en compte l’état
de contraintes tridimensionnel, paraissent séduisantes mais la véracité du principe de base n’est pas
établie de manière certaine et tend à être infirmée par certaines observations. En effet, une série
d’essais réalisés à l’INSA de Lyon (Didier, 1987) et les résultats fournis par Yesil (1993) ont
montré que le gonflement axial et le coefficient C g étaient des fonctions décroissantes du gonflement

radial.

3.2.2.2 - Méthode de Froehlich (1989)

En se basant sur des observations en tunnel et sur la structure des minéraux d’argile, on peut
s’attendre à ce que le gonflement des roches argileuses suive un comportement anisotrope. Des
essais orientés et non confinés de gonflement mettent également en évidence une forte anisotropie.
Toutes ces observations ont montré que le gonflement varie clairement avec la direction relative par
rapport aux couches : il révèle une tendance très prononcée à se produire perpendiculairement à la

77
stratification. Le rapport de la déformation normale aux couches à la déformation parallèle aux
couches peut atteindre la valeur de 10.

A partir des essais mettant en évidence le caractère fortement anisotrope du gonflement, Froehlich
(1989) a adopté un modèle simplifié de comportement linéaire élastique isotrope, complété pour
prendre en compte un gonflement purement normal à la stratification :
1+ ν ν
ε ij = ∆σ ij − ∆σ kk δij + β g n i n j f (σ n )
E E
 σn
 ln si σ n ≤ σg
avec f (σ n ) =  σg ;
0 si σ n ≥ σg

où σ n = σ ij n i n j désigne la contrainte normale à la stratification, σ g la pression de gonflement et

β g le paramètre de gonflement.

Cette loi de comportement a été introduite dans un programme de calcul en éléments finis, utilisant la
méthode de résolution des déformations initiales. Ce modèle, qui décrit l’état final du processus de
gonflement, a ensuite été appliqué à un cas concret de tunnel.

La figure 3.3 représente un tunnel à radier “plat” en terrain gonflant. On suppose que le domaine de
gonflement présente une dilatation radiale constante sur une section de tunnel et l’on fait varier
l’épaisseur de ce domaine. La partie du massif rocheux soumise au gonflement a un module d’Young
E g a priori différent du module d’Young E de la partie du massif rocheux sans gonflement.

Coupe du tunnel
(agrandissement)

110,2 m

Domaine de gonflement
annulaire (d'épaisseur
variable) 190 m 11,8 m
11,8 m

68 m 7,2 m

σ g = 10 MPa
ν = 0,33
7,2 m γ = 25 kN/m2
140 m

Figure 3.3 : Coupe d’un tunnel à “radier plat”

78
La figure 3.4.a représente la répartition des déplacements sur une section du tunnel. On constate que
les déplacements sont bien plus importants dans le radier, alors que le toit s’affaisse très faiblement et
que les parois latérales s’écartent légèrement.

Déplacements du toit et du radier (cm)


Domaine de gonflement : 28 m 20
E g = 100 MPa
ν = 0,33 16
σg = 10 MPa
12
εmax (σn = 0,01 MPa) = 5 % Soulèvement
du radier
8
Affaissement
Tunnel du toit
Massif rocheux non soumis 4

au gonflement :
E = 100 MPa 0 10 20 30 40
ν = 0,33 Domaine annulaire de gonflement
autour du tunnel (m)

(a) (b)
Figure 3.4 : Déplacements à la paroi du tunnel

Les déformations dépendent nettement de l’épaisseur du domaine de gonflement (diagramme 3.4.b) :


le soulèvement du radier croît régulièrement avec l’épaisseur du domaine de gonflement tandis que le
déplacement du toit change de sens lorsque l’épaisseur augmente. Pour des épaisseurs suffisamment
fortes, un soulèvement du toit peut même se produire. Cependant, lorsque l’on augmente l’épaisseur
au-delà d’une valeur environ égale au diamètre du tunnel la convergence verticale reste pratiquement
constante pour les paramètres choisis.

Le champ de déplacements dépend aussi très fortement des propriétés mécaniques du massif
rocheux entourant le domaine soumis au gonflement. Plus son module d’Young E est élevé, plus les
déplacements de la partie gonflante sont importants. Le modèle ne considère pas de comportement
élastoplastique dépendant du gonflement ni de variation des paramètres avec le gonflement.

3.2.3 - Méthode semi-analytique de Gysel (1987)

En parallèle des études précédentes sur le gonflement, Gysel (1987) a proposé une méthode semi-
analytique pour prendre en compte le gonflement dans le dimensionnement d’un tunnel en terrain
gonflant. Son modèle basé sur la méthode des courbes caractéristiques suppose le tunnel profond et
circulaire, l’état de contrainte initial étant considéré anisotrope. Le gonflement, considéré comme

79
réversible (Madsen, 1979), est décrit par la loi tridimensionnelle proposée par Einstein et Bischoff
(1976) et Wittke et Pierau (1979) en calcul élastique :

 1  1 − ν 
∆ε vol = k g 1 − lg  3 p 
 lg σg  1 + ν 

A partir d’un calcul analytique de tunnel dans un champ de contraintes initiales anisotrope, le critère
de gonflement p ≤ p g permet de définir la zone susceptible de gonfler autour du tunnel. Si K o < 1 ,

la zone gonflante correspond à deux bulbes, l’un situé sous le radier et l’autre au-dessus de la voûte
alors que si K o > 1 la zone gonflante est constituée de deux bulbes situés au niveau des piédroits.

Les deux inconnues du problème, σ i et α , représentant respectivement la pression de contact

moyenne à l’interface terrain/revêtement et le coefficient d’ellipticité du chargement sont obtenues à


partir de deux études d’équilibre menées séparément : une à l’interface revêtement/terrain en piédroit
(θ = 0 deg rés ) et l’autre à l’interface en clé de voûte (θ = 90 deg rés ) , en déterminant à chaque
endroit les équations régissant le comportement du terrain et le comportement du revêtement. De
plus, si l’on suppose que K o < 1 , aucun gonflement ne se produit en piédroit ; par contre, en clé de

voûte, une contribution du gonflement doit être prise en compte.

A partir des formulations analytiques, on trace sur 2 graphes différents les réseaux de courbes
caractéristiques correspondant à l’équilibre au niveau du piédroit et de la voûte. L’intersection des
réseaux de courbes fournit la courbe solution K 1 = σ i (α ) au niveau du piédroit et la courbe solution

K 2 = σ i (α ) au niveau de la clé de voûte. En reportant les deux courbes caractéristiques obtenues

sur un même graphe, on obtient à l’intersection des deux courbes le couple solution (α, σ i ) (figure

3.5).

Cette méthode permet de prendre en compte le gonflement dans un calcul analytique complet de
tunnel mais présente tout de même quelques limites :
- l’hypothèse d’une distribution elliptique du chargement est raisonnable et fournit un effort de
gonflement réparti sur une bonne partie du revêtement. Néanmoins si le gonflement est observé
localement (présence d’une faille), il faut ajouter un chargement ponctuel, ce qui n’est pas envisagé
par le modèle ;

80
- pour des paramètres de gonflement et un coefficient de pression des terres au repos K o donnés, il

existe une valeur de la contrainte verticale initiale maximale à partir de laquelle le gonflement près
du tunnel est complètement supprimé par l’état de contraintes in situ. Pour les cas de fortes
couvertures, la méthode s’applique toujours mais il n’y pas plus de calcul de gonflement. L’analyse
se restreint à une étude ordinaire de courbes caractéristiques ;
- enfin, cette méthode se restreint à un terrain élastique. L’auteur propose néanmoins d’appliquer ce
modèle dans un calcul en éléments finis qui pourrait prendre en compte la plasticité du terrain et
fournirait un autre état de contraintes sur lequel serait évalué le phénomène de gonflement.

σi (kPa)

1000
K2

σi (solution)
piédroit clé de v
500 oûte
K1

α (solution)
0 1 2 α

Figure 3.5 : Tracé des courbes K1 et K2

3.3 - Approches phénoménologiques

3.3.1 - Modèles rhéologiques

Etant donné la dépendance temporelle des processus de gonflement et de fluage et les difficultés à
comprendre ces mécanismes, une approche phénoménologique peut paraître attractive. Les modèles
rhéologiques sont essentiellement des modèles contraintes-déformations-temps, indépendants du
facteur d’échelle, qui peuvent décrire divers types de comportement du terrain, tels que le
comportement instantané et visqueux. Ces modèles sont composés de trois éléments de base :
l’élément hookéen (ressort), l’élément newtonien (amortisseur) et l’élément de Saint Venant (corps
glissant). Une grande variété de lois constitutives (viscoélasticité, viscoplasticité) peuvent être
développées à partir de diverses combinaisons de ces éléments de base. Cependant Panet (1979)
souligne les limites des modèles rhéologiques utilisés dans les travaux souterrains.

81
Il a été reconnu que la plupart des modèles rhéologiques développés jusqu’à maintenant
caractérisaient seulement la composante déviatorique du comportement total sans prendre en
compte la composante volumique (Panet, 1979 ; ISRM, 1994, Gaudin, 1997). Ces modèles
peuvent correctement décrire le phénomène de fluage mais pas le gonflement. Le gonflement autour
des tunnels correspond à une augmentation du volume au cours du temps ; on doit donc introduire la
contribution volumique en fonction du temps dans les modèles rhéologiques. Lo et Yuen (1981) ont
introduit une telle contribution volumique dans les modèles viscoélastiques et Lombardi (1984) dans
un modèle viscoplastique ; dans ce modèle, la quantité de la déformation volumique due au
gonflement était associée au changement de contraintes provoqué par la plastification du sol.

Un modèle rhéologique caractérisant le fluage et le gonflement a été développé par Aristeronas


(1992). Ce modèle a la capacité de décrire le fluage selon une décomposition en trois étapes
(primaire, secondaire et tertiaire) en tenant compte des composantes volumiques et déviatoriques.
L’étude a montré que l’aspect viscoélastique du comportement rhéologique peut être modélisé par
les approches existantes qui ne prennent pas en compte la composante volumique. Par contre, cela
n’est plus justifié dans l’analyse viscoplastique laquelle la composante volumique devient importante.

En pratique, le gonflement est généralement modélisé par l’intermédiaire d’une dégradation du


module de cisaillement en fonction du temps. La bonne correspondance entre le comportement
observé et le comportement décrit par les modèles rhéologiques est inhérente à la procédure utilisée,
puisqu’en définitive, ces modèles ne peuvent que reproduire les phénomènes observés sans les
expliquer. Par ailleurs, il est très difficile d’effectuer des essais de laboratoire qui peuvent isoler le
comportement de chaque composante du modèle choisi pour simuler le comportement d’une roche
(Panet, 1979).

3.3.2 - Modèles dérivés

Il existe aussi des modèles rhéologiques dérivés par ajustement de courbes, soit sur des résultats
d’essais en laboratoire, soit sur des mesures de convergence in situ. En analysant les mesures de
convergence de plusieurs tunnels (Las Planas, Fréjus) en fonction du temps et de la distance au front
de taille, Sulem (1983) et Sulem et al. (1987a, 1987b) ont trouvé que les points expérimentaux
s
pouvaient être approchés par une équation du type C(x , t ) = C( x ) C(t ) où C (t ) = 1 − 
T 
 , s et
t+T

82
T étant deux paramètres caractéristiques du matériau qui dépendent des propriétés rhéologiques du
terrain, t le temps et x la distance au front de taille (x et t sont deux variables indépendantes).
L’application in situ de modèles dérivés de modèles rhéologiques dans le but de prédire le
gonflement demeure limitée pour des motifs identiques à ceux exposés ci-dessus pour les modèles
rhéologiques.

Toutefois, après avoir reporté cette fonction dans un diagramme semi-logarithmique et observé la
très forte similitude entre cette fonction de convergence et la forme en “S” typique de la cinétique de
gonflement, Bellwald (1990) a postulé que ces modèles dérivés caractérisaient bien les phénomènes
de gonflement et de fluage autour d’un tunnel excavé sans modéliser directement les mécanismes
sous-jacents. Par contre, l’interaction eau-terrain à l’origine du gonflement sera mieux prise en
compte dans un modèle hydromécanique.

3.4 - Modèles hydromécaniques

Dans cette partie, on présentera le cadre théorique et les principaux modèles hydromécaniques
existants et on détaillera en particulier le modèle d’Anagnostou pour mettre en évidence les
avantages d’une telle méthode.

3.4.1 – Cadre général

Les différents types de modèles présentés précédemment ne considèrent pas l’élément essentiel du
gonflement : l’eau. Les modèles hydromécaniques incorporent directement l’effet de l’eau et de ce
fait, peuvent prétendre à une approche plus rationnelle du phénomène de gonflement. La réponse
mécanique d’un matériau poreux saturé par un fluide est caractérisée par des processus de
déformation et de diffusion. Ceux-ci sont décrits en tant que gonflement ou consolidation, dépendant
du changement de volume relatif du matériau : consolidation pour une diminution de volume et
gonflement pour une augmentation du volume. Les modèles de diffusion décrivent un gonflement
mécanique, par opposition au gonflement physico-chimique régi par la théorie de la double couche
(Coussy et al., 1997) (chapitre 1). Le gonflement physico-chimique, qui est dû aux interactions
microscopiques électriques et chimiques entre l’eau et les particules argileuses, n’est pas considéré
ici.

83
Le formalisme théorique de la consolidation des sols saturés a été établi par Terzaghi (1923) avec la
notion de contraintes effectives (Terzaghi, 1925). Sa théorie unidimensionnelle de la consolidation,
qui suppose implicitement vérifiée l’hypothèse d’incompressibilité des particules solides et du fluide,
est couramment employée en mécanique des sols. La généralisation de cette théorie s’est
développée grâce notamment aux travaux de Rendulic (1936) et de Biot (1941). La théorie
poroélastique proposée par Biot (1941), qui prend en compte la compressibilité de l’eau et de la
matrice solide, diffère de la théorie de Terzaghi de la manière suivante :

- elle introduit un mécanisme de génération de surpressions interstitielles caractérisé par le


coefficient de Skempton B (Skempton, 1954) ;

- le tenseur des contraintes effectives gouvernant la déformation du milieu poreux est caractérisé

par σ 'ij = σ ij − b u δ ij , où σ 'ij est la contrainte effective, σ ij la contrainte totale, b le coefficient de

Biot (0 ≤ b ≤ 1) (Terzaghi et Rendulic supposent implicitement que b vaut 1), u la pression

interstitielle et δ ij le symbole de Kronecker ;

- la loi de diffusion des surpressions interstitielles est couplée au gradient de la déformation


volumique.

3.4.2 - Présentation des méthodes existantes

Bien que les théories de consolidation/gonflement existent depuis plusieurs décennies, leur application
pour des tunnels ou tout autre problème similaire (trou de forage par exemple) est récente. La
première tentative a été faite par Carter et Booker (1982) qui ont utilisé un modèle hydromécanique
avec des constituants incompressibles et ont développé des solutions pour les changements de
contraintes et déformations (déplacements) autour d’une longue cavité circulaire dans un milieu
saturé, isotrope linéaire élastique. Les auteurs ont montré que la distribution des contraintes dans le
temps, ainsi que les déformations qui leur sont associées, sont dues à la nature biphasée du milieu
saturé considéré.

Carter (1988) a présenté une solution semi-analytique pour la dissipation de la pression interstitielle
autour d’une cavité verticale soumise à un champ de contraintes isotrope. En admettant un milieu
poreux isotrope linéaire élastique parfaitement plastique, avec des constituants incompressibles,
l’auteur a montré que la plastification du milieu engendre simultanément des sous-pressions.

84
Detournay et Cheng (1988) ont étendu la solution de Carter et Booker (1982) en utilisant un modèle
hydromécanique avec des constituants compressibles. Ils ont développé un faisceau de solutions
transitoires pour les changements de contraintes et de déformations (déplacements) autour d’un trou
de forage dans un milieu saturé isotrope linéaire élastique, soumis à un champ de contraintes initiales
anisotropes.

Un autre développement dans ce domaine a été constitué par la combinaison des modèles
hydromécaniques et des modèles de fluage. Bellwald (1990) en a proposé le concept et Aristorenas
(1992) a formulé l’approche. Pour mieux comprendre et prédire le comportement “réel” des roches
argileuses, ils ont réalisé des essais en laboratoire sur les schistes argileux rencontrés dans la chaîne
du Jura suisse. Ces essais avaient pour but de caractériser le comportement du terrain autour du
tunnel lors des deux phases de construction : la phase non drainée juste après l’excavation de la
cavité d’une part, et la phase drainée, qui est subdivisée en deux sous-phases de
consolidation/gonflement et de fluage, d’autre part. Bellwald (1990) a montré que, pour la phase non
drainée, l’approche simplifiée basée sur la méthode des “chemins de contraintes” (Lambe, 1967)
permet de distinguer les zones de gonflement ou de consolidation autour d’un tunnel sur la base de
l’état de contraintes et de pression interstitielle initial. Cette approche est plus satisfaisante que le
modèle poroélastique qui décrit mal le comportement non linéaire observé. Par la suite, Aristeronas
(1992) a exploité l’ensemble des résultats expérimentaux pour établir un nouveau modèle de
comportement des roches argileuses plus réaliste prenant en compte les caractéristiques anisotropes,
plastiques, de fluage et de rupture du matériau.

Un pas important d’utilisation des modèles hydromécaniques a été accompli avec les travaux
d’Anagnostou (1993, 1994, 1995). Ce dernier considère le développement au cours du temps du
gonflement comme une conséquence de la dissipation de la surpression interstitielle négative produite
par le creusement. De plus, l’écoulement de l’eau à l’intérieur du massif est pris en compte. La roche
gonflante est modélisée comme un matériau élastique non linéaire anisotrope, parfaitement plastique ;
cette approche fournit des estimations réalistes du gonflement, en particulier pour le soulèvement du
radier en tunnels.

85
3.4.3 - Présentation du modèle d’Anagnostou (1993)

Dans les années 1990, Anagnostou (1993) a constaté que toutes les méthodes de calcul basées
uniquement sur la loi de comportement (sans notion de temps) donnaient des résultats peu réalistes
car elles prédisaient un gonflement significatif en radier mais aussi en clé de voûte, ce qui est contraire
aux observations réalisées in situ. Pour améliorer ces approches, il a proposé un modèle
hydromécanique couplé, dans lequel on considère des conditions aux limites hydrauliques différentes
pour le radier (par exemple, eau libre) et pour la clé de voûte (par exemple, paroi imperméable).
C’est cette asymétrie des conditions aux limites hydrauliques qui permet d’envisager la possibilité de
modéliser un soulèvement du radier sans constater de déplacements en clé.

3.4.3.1 - Description de la loi de comportement

Le terrain gonflant est modélisé comme un matériau élastique parfaitement plastique avec un critère
de rupture de Mohr-Coulomb. Les essais en laboratoire révèlent une forte anisotropie du
gonflement, ce qui n’a pas été oublié dans cette approche. Compte tenu du caractère réversible du
gonflement (Madsen, 1979), le comportement élastique doit inclure la relation logarithmique
œdométrique entre déformation de gonflement et contrainte, et l’anisotropie de gonflement. En
ajoutant la loi élastique de Hooke, la loi de comportement élastique s’écrit alors :

 βij σ 'ij 
ε ij =
1+ν
E
' ν
E
('
)
∆ σ ij − ∆ σ kk δ ij + β ij B g ln
 β σ' 

 ij ijo 
1−β
avec βij = δ ij + β n i n j . Dans cette équation, E désigne le module d’Young, ν le coefficient de
3
Poisson, ni les composantes du vecteur normal au plan de stratification, σ 'ij le tenseur des contraintes

effectives, σ 'ijo le tenseur des contraintes effectives initiales, B g l’indice de gonflement et β le

paramètre d’anisotropie de gonflement.

Le paramètre de gonflement B g est relié directement à la déformation volumique. Dans le cas où

B g = 0 (c’est-à-dire en l’absence de gonflement), l’équation décrit un matériau élastique linéaire

isotrope.
Dans le cas extrême d’un gonflement isotrope (β = 0) , la déformation volumique est reliée

linéairement au logarithme de la pression moyenne (droite de pente B g ). Dans l’autre cas extrême

86
d’une anisotropie fortement marquée (β = 1) , la déformation de gonflement ne se produit que dans la

direction perpendiculaire à la stratification et elle varie en fonction de la contrainte normale


correspondante. L’obtention de la matrice élastique tout comme la détermination expérimentale des
paramètres de gonflement sont détaillées dans l’article d’Anagnostou (1993).

3.4.3.2 - Equations d’écoulement de l’eau

Le massif rocheux fracturé est traité comme un milieu poreux obéissant à la loi de Darcy
q = − k grad h

Dans le terrain, il apparaît des discontinuités qui peuvent préexister à l’excavation du tunnel ou sont
induites par elle. Ces discontinuités contribuent fortement à la perméabilité de la roche tant qu’elle est
saturée. Quand elle est non saturée, l’écoulement se propage à travers la matrice peu perméable.
Cette influence notable de la saturation sur le régime hydrique peut être prise en compte en reliant la
coefficient de perméabilité k à la valeur de la pression de l’eau interstitielle u. Desai et Li (1983)
proposent de considérer la relation suivante :

 k max si u ≥ 0


k =  k max −
u
(k max − k min ) si 0 > u ≥ u min
 u min
 k min si u min > u

où k max , k min et u min sont des constantes du matériau.

3.4.3.3 - Application du modèle à un tunnel circulaire profond

Le problème étudié concerne un tunnel profond (couverture de 100 mètres), circulaire et non revêtu
dans une roche gonflante homogène. On suppose que les strates rocheuses sont horizontales et que
l’état de contraintes initiales est géostatique.

Les caractéristiques du matériau utilisé dans le calcul sont présentées dans le tableau 3.1. Le
matériau montre une anisotropie de gonflement marquée c’est-à-dire que le gonflement ne se produit
que perpendiculairement au plan de stratification. Une étude paramétrique a montré que, pour un tel
gonflement uniquement horizontal (β = 1 et n = e z ) , la valeur du coefficient de pression des terres

au repos avait une influence négligeable sur les résultats.

87
Tableau 3.1 : Paramètres utilisés
Paramètre de gonflement Bg variable
Facteur d’anisotropie de gonflement β 1
Pression de gonflement σg 4 MPa
Module d’Young Ε 4000 MPa
Coefficient de Poisson ν 0,33
Critère de plasticité
Cohésion c variable
Angle de frottement ϕ variable
Angle de dilatance ψ 0
kmin/kmax variable
Constantes de conductivité
umin - 10-3 MPa
Poids volumique γ 25 kN/m3

Notion de pression de gonflement


Anagnostou (1993) a montré que la pression interstitielle initiale in situ u o est reliée à la pression de

gonflement σ g calculée à partir d’un essai à volume constant et à la contrainte verticale totale initiale

in situ σ ov . La relation suivante issue d’une étude paramétrique peut être considérée comme une

approche convenable des applications pratiques :

σ g = σ vo + u o = σ 'vo

Dans l’exemple traité, on suppose une pression de gonflement de 4 MPa. Cette pression correspond
à une valeur expérimentale pour une roche fortement gonflante. Au niveau du tunnel, la contrainte
verticale totale est de 2,5 MPa. On obtient donc par la relation précédente une pression interstitielle
de -1,5 MPa soit -150 mètres pour le potentiel hydraulique initial.

Etude des conditions aux limites


Dans la plupart des tunnels, l’eau s’infiltre dans la roche uniquement au niveau du radier, alors que
les piédroits et la clé de voûte restent secs. Anagnostou (1993) propose de modéliser la présence de
l’eau libre en radier par une pression d’eau interstitielle atmosphérique, c’est-à-dire une charge
hydraulique h = z . En ce qui concerne la condition aux limites en clé de voûte et en piédroits, deux
modèles sont étudiés :
• Condition aux limites 1 : aucun flux sur les bords supérieurs de l’excavation
Au sens strict, cette condition est vérifiée lorsque le tunnel est recouvert, juste après l’excavation,
par un revêtement imperméable. Dans les faits cela signifie que le temps de revêtir le tunnel est
suffisamment petit par rapport au processus de gonflement.

88
• Condition aux limites 2 : évaporation sur les bords supérieurs de l’excavation
La roche est en contact avec l’air humide au niveau des murs et de la voûte. Cette condition
s’applique pour un tunnel non revêtu ou pour un tunnel possédant un revêtement très perméable
(maçonnerie en brique dans les vieux tunnels, béton projeté fissuré, etc.). Dans ce cas, la condition
aux limites est, en général, non linéaire et de type mixte. Suivant les études numériques
d’Anagnostou (1995), il est intéressant d’introduire une condition simplifiée dans laquelle la succion
s est directement reliée à l’humidité relative de l’air h r :

RT
s= ln(h r )
Veau

3.4.3.4 - Résultats numériques

Dans un premier temps, l’excavation du tunnel est modélisée en conditions non drainées. La
deuxième phase modélise l’état d’équilibre final (Anagnostou, 1995).

- Modèle 1
Les bords de l’excavation sont supposés imperméables sauf au niveau du radier. Dans ce modèle,
l’eau s’infiltre par le radier et, au cours du temps, remonte dans la zone supérieure. Du fait de la
faible variation de la profondeur z, le champ de potentiel hydraulique en équilibre est presque
homogène avec une valeur correspondant au niveau de nappe du radier. C’est pourquoi les
contraintes effectives au dessus de la voûte ne diffèrent pas fortement de celles sous le radier ; ce
modèle permet d’estimer le soulèvement du radier, ainsi que l’affaissement de la voûte.

Cependant, le développement du gonflement au cours du temps est bien différent en voûte et en


radier. En effet, pour atteindre la voûte, l’eau doit traverser une distance importante tout en
s’opposant à la gravité. Toutes ces remarques conduisent à prévoir un développement plus lent des
déformations de gonflement en clé de voûte.

Cette hypothèse est examinée à partir des calculs intermédiaires. La figure 3.6 montre les résultats
numériques en termes de soulèvement de radier et d’affaissement de la voûte pour différents
rapports k min / k max , k min et k max désignant respectivement la perméabilité du terrain non saturé et

du terrain saturé. On constate que les déformations calculées en radier ou en clé de voûte sont
comparables. Cependant, même si l’intervalle de temps entre le soulèvement du radier et

89
l’affaissement de la voûte est faible pour une conductivité constante, il augmente significativement

avec la diminution du rapport k min / k max . En effet sur l’exemple où k min / k max = 10 −6 , au moment

où le soulèvement du radier est stabilisé (t k max = 1 m ) , la voûte n’a pas subi de déplacement.

radier voûte

radier

voûte

Figure 3.6 : Développement du soulèvement du radier et de l’affaissement de la voûte

Enfin l’étude des déformations verticales du tunnel non revêtu et de la zone plastique à trois instants
différents montre que le gonflement commence au niveau du radier avant de se propager plus en
profondeur et que la zone correspondant au gonflement est similaire à la zone plastique (figure 3.7).

Déplacements
du radier

Zone
Déformations plastique
verticales

Figure 3.7 : Déformations verticales et zone plastique à trois instants donnés

90
- Modèle 2
On suppose tout d’abord que l’humidité relative de l’air dans le tunnel est de 90 %. D’après la
relation simplifiée présentée précédemment, une condition en pression d’eau s’applique donc en
piédroit et en clé de voûte.

Sur la figure 3.8.a, qui correspond au cas où k min / k max = 1 , on constate que les isovaleurs

d’humidité relative sont uniformément réparties autour du tunnel. Ainsi de fortes succions
apparaissent non seulement en voûte mais aussi dans la roche sous le radier couvert d’eau. A cause
de ces fortes succions, les déplacements sont quasiment nuls. Ce modèle ne décrit donc pas la
réalité.

Quand le flux non saturé est pris en compte (k min / k max < 1) , le champ de charge hydraulique

dépend de k min / k max et cette influence est notable lorsque k min / k max est inférieur à 10-2. La figure

3.8.b, où la partie hachurée représente le domaine saturé, en est une parfaite illustration

(a) k min / k max = 1 (b) k min / k max < 10 −2


Figure 3.8 : Ligne de contour de l’humidité relative et des pressions interstitielles

L’étude cinématique fait apparaître des déplacements significatifs seulement en radier (45 cm). Les
fortes succions en clé augmentent la contrainte effective et empêchent ainsi le développement des
déformations de gonflement. Bien que tout le domaine sous le radier soit saturé, la distribution d’eau
n’est pas uniforme, c’est-à-dire que le gonflement dépend de la profondeur par rapport au radier.
On remarque aussi que la zone de gonflement, qui correspond environ à un diamètre, se propage
aussi loin en profondeur que la zone plastique.

91
La figure 3.9 montre l’influence du potentiel de gonflement (caractérisé par le paramètre B g ) et de

la résistance du terrain (caractérisée par la cohésion c) sur le soulèvement du radier. On constate que
ni le gonflement seul, ni la plasticité seule n’explique des soulèvements de plusieurs dizaines de
centimètres souvent observés in situ. C’est l’effet combiné du gonflement et de la résistance du
terrain limitée qui génère d’importants soulèvements de radier

Figure 3.9 : Influence de la cohésion c et du paramètre B g sur le soulèvement du radier

Ces résultats ont été obtenus en faisant l’hypothèse d’une humidité relative de 90 % dans la partie
supérieure de l’excavation. Les calculs ont montré, par ailleurs, que les déplacements en clé de voûte
restent négligeables tant que l’humidité relative est inférieure à 97 % (Anagnostou, 1995). Cet
dernier aspect est une conséquence de la non-linéarité des équations d’écoulement.

3.5 - Conclusion

Pour dimensionner un tunnel en terrain gonflant, de nombreuses méthodes de calcul ont été
développées depuis quelques décennies à partir de la loi de gonflement proposée par Huder-
Amberg (1970). La plupart des modèles “comportementaux” ont adapté la formulation
unidimensionnelle d’Huder-Amberg pour prendre en compte le comportement tridimensionnel et
l’anisotropie de gonflement, par exemple. Sans prendre en compte l’influence du temps, ces
méthodes simplifiées permettent d’obtenir une caractérisation réaliste du phénomène de gonflement à
long terme, après stabilisation des écoulements hydrauliques.

En s’ajustant sur les mesures in situ, les approches phénoménologiques permettent de représenter
l’évolution des effets différés (fluage, gonflement) observés sur un tunnel déjà réalisé. Par contre,

92
sans modéliser le processus de gonflement proprement dit, ces modèles rhéologiques ne sont pas
adaptés à la prise en compte du phénomène dans un dimensionnement d’ouvrage souterrain.

Les modèles hydromécaniques représentent alors une évolution intéressante pour la modélisation du
phénomène de gonflement autour d’un tunnel puisqu’ils prennent en compte l’interaction de l’eau et
du terrain avec une loi de gonflement et la perméabilité du terrain qui régit l’évolution du phénomène
au cours du temps.

En supposant l’arrivée d’eau dans le terrain au niveau du radier, le modèle hydromécanique proposé
par Anagnostou a mis en évidence l’influence des paramètres et des conditions aux limites
hydrauliques sur l’interaction entre l’eau et le terrain. Dans le cas d’un tunnel revêtu étanche, le
modèle montre que des déplacements significatifs se produisent sous le radier et en clé de voûte mais
de façon décalée, le soulèvement du radier se produisant avant l’affaissement de la voûte. Pour un
tunnel non revêtu, le modèle met en évidence des convergences négligeables de la voûte par rapport
à celles du radier.

Pour notre travail de recherche, cette revue bibliographique montre donc que de nombreuses lois de
gonflement ont été développées à partir de la caractérisation expérimentale d’Huder-Amberg et que
le modèle hydromécanique d’Anagnostou propose la meilleure simulation du comportement d’un
terrain gonflant.

93
94
Partie II :

Modélisation du gonflement dans les calculs


de dimensionnement de tunnels

95
96
Chapitre 4 :

Méthode de calcul analytique du gonflement

pour l’étude des tunnels

4.1 - Introduction

La bibliographie effectuée sur le phénomène de gonflement et sur sa prise en compte pour l’étude
des tunnels a mis en évidence, d’une part, l’intérêt grandissant des différentes commissions
internationales à vouloir résoudre le problème du gonflement en génie civil et, d’autre part, l’absence
de méthode de calcul reconnue pour le dimensionnement des tunnels en terrain gonflant.

Avant la modélisation numérique, une méthode simplifiée a été développée pour estimer rapidement
l’influence du gonflement sur le comportement d’un revêtement. Cette approche analytique basée sur
la méthode convergence-confinement (Panet et Guellec, 1974) a consisté à intégrer une contribution
du gonflement déterminé expérimentalement. L’application à quelques cas concrets de tunnels
creusés en terrain gonflant montrera l’intérêt d’une telle approche.

97
4.2 - Présentation de la méthode convergence - confinement

La méthode convergence-confinement (Panet et Guellec, 1974) s’appuie sur la constatation que le


champ de déformation obtenu à partir d’un calcul axisymétrique, dans une section perpendiculaire à
l’axe du tunnel, est analogue à celui donné par un calcul plan, dans lequel la paroi du tunnel est
soutenue par une pression fictive :

σ fr = (1 − λ )σo (4.1)

σ o représentant la valeur de la contrainte naturelle en place, supposée uniforme et isotrope et λ un

coefficient compris entre 0 et 1 (figure 4.1). Ce résultat est valable à condition de se placer à une
distance suffisante (de l’ordre de R/2) du front de taille du tunnel. Le coefficient λ, qui caractérise le
degré de décompression derrière le front de taille, porte le nom de taux de déconfinement.

Figure 4.1 : Méthode convergence-confinement (d’après Panet et Guellec, 1974)

Partant de cette constatation, Panet et Guellec (1974) ont suggéré de prendre compte, en géométrie
plane, l’effet stabilisant lié à la proximité du front de taille, en appliquant la pression σ fr sur la

périphérie du tunnel. La progression du front de taille est alors simulée en faisant croître λ

98
progressivement de la valeur 0, correspondant à l’état de contraintes initial, à la valeur 1,
correspondant à l’état de déformation stabilisé derrière le front de taille. Dans le cas d’un
comportement linéaire - élastique du terrain, cette valeur est atteinte à une distance de l’ordre de
deux diamètres du front de taille.

Le comportement de l’ensemble terrain-soutènement (figure 4.2) est alors analysé dans un

( )
diagramme σ fr , u r . La courbe de convergence (a) représente la réponse du terrain. L’activation du

soutènement intervient à partir de sa mise en contact avec le terrain ; celle-ci se produit pour une
valeur λ d du taux de déconfinement. La mise en charge progressive du soutènement est représentée
par la courbe (b), dite de confinement. Le point d’intersection entre les courbes (a) et (b) caractérise
l’état d’équilibre du tunnel, et permet de déterminer, par simple lecture, la valeur du déplacement
radial et de la pression finale au niveau du soutènement.

Figure 4.2 : Principe de la méthode convergence-confinement (Panet et Guellec, 1974)

La méthode, initialement mise au point dans le cas d’un tunnel circulaire creusé dans un terrain
homogène et isotrope, a été étendue ultérieurement à d’autres types de conditions, et notamment à
des cas de contraintes initiales anisotropes (Panet, 1986). Elle est couramment utilisée pour
représenter la présence du front de taille dans des calculs bidimensionnels de tunnels par éléments
finis. Dans la partie suivante, nous allons présenter un calcul analytique basé sur cette méthode
convergence-confinement en ajoutant une loi de gonflement pour le comportement du terrain.

99
4.3 - Présentation de l’approche analytique

Dans son calcul semi-analytique, Gysel (1987) a supposé que le gonflement était un phénomène
exclusivement réversible et que, par conséquent, la théorie de l’élasticité s’appliquait pour la prise en
compte du gonflement. D’autre part, il a considéré un état de contraintes initial anisotrope (K O

différent de 1) et une distribution du chargement à l’interface terrain-revêtement elliptique.


L’avantage de cette méthode est sa relative simplicité parce qu’elle peut être utilisée de façon
similaire à la méthode des “courbes caractéristiques”. Le calcul analytique a mis en évidence des
zones de gonflement de dimension finie autour du tunnel, qui se trouvent en clé de voûte et en radier
pour un K o inférieur à 1 et en piédroits pour un K o supérieur à 1.

Si, maintenant, on désire réaliser la même approche en considérant un comportement élastoplastique


du terrain avant la prise en compte du gonflement, on est confronté au fait qu’aucune solution
analytique explicite n’existe pour un état de contraintes initial anisotrope ( K o différent de 1). Pour un

calcul élastoplastique, il faut utiliser un code de calcul par éléments finis pour déterminer l’état de
contraintes après excavation et ensuite en déduire, à partir de l’état de contraintes ainsi obtenu, la
contribution du gonflement. Cependant, si on fait l’hypothèse d’un champ de contraintes initial
isotrope, une solution analytique peut être déterminée pour l’état de contraintes après excavation.

Dans ce cas, on se replace dans les hypothèses habituelles de la méthode convergence-confinement


( K o égal à 1, tunnel circulaire) en considérant un comportement élastoplastique du terrain. Dans ce

cas, on a ajouté la contribution du gonflement de façon analogue à la méthode de Gysel (1987).

4.3.1 - Définition du problème

On considère un tunnel profond circulaire de rayon R creusé dans un milieu isotrope (figure 4.3). Les
contraintes initiales sont supposées isotropes et égales à σ o ; le tunnel est suffisamment profond pour

qu’on puisse considérer qu’il est creusé dans un milieu où les contraintes sont uniformes.

100
Figure 4.3 : Définition du problème

Le massif a un comportement élastique linéaire, caractérisé par les paramètres de Hooke (E, ν ) ,

dans un domaine limité par un critère de résistance maximale de type Mohr-Coulomb, caractérisé
par les paramètres (c, ϕ) , qu’on écrit sous la forme

σ1 = K p σ3 − σc
2 c cos ϕ 1 + sin ϕ
avec σc = et Kp = .
1 − sin ϕ 1 − sin ϕ

où σ1 et σ 3 désignent les contraintes principales maximales et minimales, σ c la résistance en

compression uniaxiale et K p le coefficient de butée.

L’approche élastoplastique proposée par Panet (1976) et la prise en compte du gonflement sont
détaillées dans l’annexe C. Dans la suite, on rappelle les principaux résultats obtenus.

4.3.2 - Milieu élastoplastique parfait

σc
Si σ o > , il existe un moment où le critère de rupture est vérifié à la paroi de l’excavation,
2
correspondant au taux de déconfinement λ e . Ensuite, il se développe autour de la cavité une zone

plastique circulaire de rayon R p (annexe C).

( )
Dans la zone plastique R ≤ r ≤ R p , la solution en contraintes (σ r , σ θ , σ y ) et en déplacement u pr

s’écrit :

101
 2 λe σ o  r 
pK −1
σc
σ r (r ) = −
 (K p − 1)  R p 
  (K p − 1)

 σ θ (r ) = K p σ r (r ) + σ c

  K −1

σ (r ) = σ + 2 ν λ K p + 1 σ   r 
p


 y o − 1 
o e
Kp −1  R p  
  
 K −1
 p 1+ ν   r 
p
 Rp 
κ +1 
 u r (r ) = λ e σ o r  F1 + F2 
R 
 + F3   
 E   p  r  
 

4.3.3 - Prise en compte du gonflement

Le phénomène de gonflement est pris en compte à partir de la loi tridimensionnelle utilisée par Gysel
(1987) :

 1− ν  
 lg  3p
 1+ ν  
∆ ε vol = k g 1 −  (4.2)
 lg  1 − ν 3 p  
  g 
 1+ ν 

où ε vol (= ε r + ε θ ) désigne la déformation volumique ( ε y = 0 , dans le cas des déformations

 σr + σθ + σy   1 + ν σg 
planes), p  =  la contrainte moyenne, p g  =


 1 − ν 3  le seuil de gonflement et k g
 3   
le gonflement libre.

Cette loi tridimensionnelle prolonge la loi de gonflement traditionnelle déterminée à partir d’essais
œdométriques en reprenant l’hypothèse d’Einstein et Bischoff (1976), “c’est la contrainte moyenne
qui commande le gonflement”. Cette hypothèse est contestée par plusieurs auteurs (Didier, 1987 ;
Yesil, 1993) dont les résultats expérimentaux ont montré que le gonflement axial était des fonctions
décroissantes du gonflement radial.

Malgré la remise en cause de l’hypothèse, certains auteurs comme Dakshanamurthy (1979) ont tout
de même mis en évidence une relation unique entre la déformation volumique et la pression moyenne
quel que soit le chemin de contraintes suivi à l’appareil triaxial ; ce qui tend à confirmer la formulation
tridimensionnelle, qui a aussi l’avantage de prendre en compte le gonflement de manière simple.

102
Au cours de l’excavation, c’est donc la diminution de la contrainte moyenne p qui entraîne le
gonflement. Dans ce cas, le calcul élastoplastique montre que le gonflement peut se développer
autour de l’excavation uniquement s’il y a eu plastification du terrain et que deux situations se
présentent :

 (1 − 2ν ) σo + (1 + ν )σ c
 ≤ pg ≤ po = σ o (I)
3
 (4.3)
 (1 − 2ν ) σo + (1 + ν )σ c ≤ p = σ < p (II)
 3
o o g

Dans la situation (I), l’apparition du phénomène du gonflement intervient au niveau de la paroi dès
que p (r = R ) = p g , soit pour un taux de déconfinement λ g (≤ λ e ) . Ensuite, la zone de gonflement

circulaire de rayon R g (≤ R p ) progresse à l’intérieur du massif (annexe C).

Dans la zone de gonflement, l’application de la loi tridimensionnelle (équation 4.2) conduit à une
solution analytique pour les cas K p = 3 (soit ϕ = 30 degrés) et K p = 2 (soit ϕ ≈ 20 degrés) :

Pour K p = 3 , la solution est :

k g R 2p  r 2 − R 2g    
(1 + ln σ g ) −  A + B 2
r2 2
u (r ) =
g
B   ln  A + B r 
r
2 r B ln σ g  R 2p Rp   R 2p 
    (4.4)
 R 2g   R2 

+ A +B 2  ln  A + B g 
 Rp   R 2p 
   

Pour K p = 2 , la solution est :

k g R 2p  2 r 2 − R 2g  2 2   
u (r ) =
g
B (1 + 2 ln σ g ) + 2  A − B 2  ln  A + B r
 2 r   

4 r B ln σ g 
r 2 2
Rp  Rp   Rp  (4.5)
 R  2
R  r − Rg 
− 2  A2 − B2  ln  A + B g  − 2A B 
g
  2
R  R 
 R  p p  p

Le déplacement radial total u R au niveau de l’excavation prend l’expression suivante :

u R = u r (R ) = u pr (R ) + u gr (R ) = f (p )

où u Pr désigne le déplacement élastoplastique et u gr le déplacement issu du gonflement.

103
Dans la situation (II), on constate qu’au cours du déconfinement, le phénomène de gonflement
apparaît en même temps que la plasticité et donc que la zone de gonflement est équivalente à la zone
plastique. Dans ce cas, les solutions sont similaires à celles obtenues dans la situation (I) en
1−ν
remplaçant σ g par 3σ o .
1+ ν

4.4 - Application de la méthode de calcul analytique

La figure 4.4 représente un exemple d’application de la méthode convergence-confinement en


prenant en compte une contribution du gonflement dans la courbe de convergence du terrain.
Lorsque la condition de gonflement (I) est vérifiée, la courbe de convergence du terrain représentée
sur la figure 4.4 comporte une zone élastique, une zone élastoplastique délimitée par le taux de
déconfinement λ e et une zone élastoplastique gonflante délimitée par le taux de déconfinement λ g .

Figure 4.4 : Méthode convergence-confinement avec prise en compte du gonflement

Pour la condition de gonflement (II), il n’existe qu’une zone élastique et une zone élastoplastique
gonflante car, dès l’apparition de la plasticité, il y a aussi développement du gonflement.

Quant au comportement du revêtement ou soutènement, supposé élastique, il s’écrit :

u R = ud +
(
R 2 1 − ν 2b)σR
eb E b

104
où u R désigne le déplacement radial du revêtement à l’extrados, σ R la contrainte radiale à

l’interface revêtement/terrain, u d le déplacement du terrain avant la mise en place du terrain. E b le

module d’Young du béton, ν b le coefficient de Poisson du béton, e b l’épaisseur du revêtement.

Dans la suite, on a appliqué cette méthode de calcul analytique pour quelques tunnels construits en
terrain gonflant.

4.4.1 - Etude de plusieurs tunnels français

Pour étudier l’influence du gonflement sur le calcul analytique, on a regardé quelques cas de tunnels
concernés par ce phénomène, en particulier :
- le tunnel de Chamoise creusé partiellement dans les marnes d’Effingen de l’Oxfordien supérieur
(Hingant et Guerpillon, 1986 ; Serratrice, 1994),
- le tunnel du Mont Sion conçu dans des molasses (Serratrice, 1996),
- le tunnel de Lambesc creusé dans les marnes du Stampien (Robert et al., 1997),
- et le tunnel de Pech-Brunet creusé dans les marnes du Stampien, (Mahieu, 1998).

Le tableau 4.1 récapitule l’ensemble des paramètres géotechniques utilisés, pour chaque tunnel ; H
désigne la couverture maximale, R le rayon du tunnel, E le module d’Young du terrain à court terme,
E LT le module à long terme, ν le coefficient de Poisson, c la cohésion, ϕ l’angle de frottement, σ g

la pression de gonflement et k g le gonflement libre.

Tableau 4.1 : Paramètres géotechniques introduits dans la méthode de calcul analytique

H γ R E E LT c ϕ σg kg
ν
(m) (kN/m3) (m) (MPa) (MPa) (MPa) (°) (MPa) (%)
Tunnel de
400 25 5 2000 1000 0,3 2 25 13 1,9
Chamoise

Tunnel du
150 24 5 2000 1200 0,3 0,5 25 5 4,3
Mont Sion

Tunnel de
40 22 6,5 180 90 0,3 0,2 26 2,74 10,8
Lambesc

Tunnel de
21 22 7 180 90 0,3 0,05 35 0,5 10,8
Pech-Brunet

105
En utilisant ces valeurs dans les inégalités 4.3, on constate que la condition de gonflement (I) est
remplie pour les tunnels de Chamoise, du Mont Sion et de Pech-Brunet alors que la condition (II)
est vérifiée pour le tunnel de Lambesc.

Pour le revêtement, on a choisi les mêmes paramètres pour tous les tunnels, c’est-à-dire un module
d’Young E b à court terme de 30 GPa, un module d’Young E bLT à long terme de 15 GPa, un

coefficient de Poisson ν b de 0,2 et une épaisseur de revêtement e b de 50 cm.

Le tableau 4.2 représente, pour chaque tunnel, les paramètres caractéristiques du comportement du
terrain, c’est-à-dire d’une part, les taux de déconfinement λ e et λ g délimitant les comportements

plastique et gonflant (équations C.1 et C.8) et, d’autre part, les rayons de la zone plastique R p et de

la zone gonflante R g rapportés au rayon du tunnel R à la fin du déconfinement (équations C.2 et

C.9). Pour les tunnels de Chamoise, du Mont Sion et de Lambesc, on a étudié les deux cas K p = 2

(ou ϕ = 20 degrés) et K p = 3 (ou ϕ = 30 degrés) pour encadrer l’angle de frottement interne ϕ

proche de 25 degrés.

Le tableau 4.2 montre que les taux de déconfinement λ e et λ g sont similaires pour chaque exemple

mais que l’influence de l’angle de frottement interne ϕ est notable. En effet, plus l’angle de frottement
interne est élevé, plus les phénomènes plastiques et de gonflement apparaissent tardivement.

Tableau 4.2 : Limites des zones élastoplastiques et des zones de gonflement

Tunnel de Tunnel du Tunnel de Tunnel de


Chamoise Mont Sion Lambesc Pech-Brunet
Kp 2 3 2 3 2 3 3
λe 0,52 0,67 0,46 0,62 0,55 0,70 0,59

λg 0,67 0,79 0,57 0,70 0,55 0,70 0,78

Rp / R
1,85 1,39 2,36 1,61 1,71 1,33 1,78
(λ = 1)
Rg /R
1,58 1,27 2,08 1,50 1,71 1,33 1,47
(λ = 1)

106
Concernant l’étendue des zones plastiques et gonflantes, on constate une plus grande disparité des
résultats, le tunnel du Mont Sion ayant des rayons caractéristiques plus élevés que le autres tunnels.
On remarque tout de même que les rayons R p et R g calculés sont compris entre un demi-diamètre

et un diamètre.

On note aussi qu’il est très difficile de corréler les paramètres plastiques et les paramètres de
gonflement avec l’apparition de la plasticité et du gonflement puisqu’un autre paramètre important
doit être pris en compte : l’état de contraintes initial (ou la couverture de terrain). Pour chaque tunnel,
un calcul spécifique est nécessaire pour étudier la véritable influence du gonflement. C’est pourquoi,
dans la suite, on se concentrera sur l’étude du tunnel du Mont Sion.

4.4.2 - Etude particulière pour le tunnel du Mont Sion

En appliquant la méthode de convergence-confinement, deux analyses d’équilibre ont été effectuées :


une à court terme et une à long terme.

Le calcul d'équilibre à court terme, supposant que le gonflement se produit assez rapidement après le
creusement du tunnel, a fait l’objet d’une étude de sensibilité en fonction du taux de déconfinement
λ d caractérisant l'instant où le revêtement est mis en place.

Le calcul d'équilibre à long terme, supposant que le gonflement se développe longtemps après la
mise en place du revêtement, considère une mise en place du revêtement après le déconfinement
total du terrain à court terme et étudie l’équilibre avec les paramètres à long terme du terrain et du
béton. A chaque fois, on a aussi étudié la sensibilité du paramètre κ, caractérisant la dilatance du
terrain.

La figure 4.5 représente l’application de la méthode de calcul pour le tunnel du Mont Sion en
considérant un taux de déconfinement λ d à court terme égal à 0,9, un coefficient de frottement ϕ

égal à 30 degrés et un angle de dilatance ψ égal à 0.

On constate l’influence notable du gonflement sur la pression de contact terrain/revêtement à


l’équilibre à court terme ou à long terme. Par contre, pour les déplacements, compte tenu de la
rigidité relative du béton très élevée, on remarque une influence négligeable du gonflement.

107
4000
élasticité (court terme) élasticité (long terme)
élastoplasticité (court terme) élastoplasticité (long terme)

σ R (kPa) gonflement (court terme) gonflement (long terme)


3000 béton (court terme) béton (long terme)
Contrainte radiale

2000

1000

σ eq
σ geq
0
0 1 ueq 2 3 4 5
Déplacement radial u R(cm)

Figure 4.5 : Application de la méthode de calcul analytique au tunnel du Mont Sion

Les tableaux 4.3 et 4.4 précisent les valeurs des paramètres de contrainte et déplacement à

(
l’équilibre : (σ eq , u eq ) pour le cas élastoplastique et σ geq , u geq pour le cas élastoplastique avec )
gonflement. Le déplacement u d du terrain avant la mise en place du terrain est également indiqué.

On a appliqué la méthode pour différents coefficients de dilatance κ p (ou angles de dilatance ψ ) et

taux de déconfinement λ d à court terme.

Tableau 4.3 : Résultats du calcul analytique pour le tunnel du Mont Sion pour K p = 2

κ 1 (ψ = 0 ) 1,5 (ψ ≈ 12 deg rés ) 2 (ψ ≈ 20 deg rés )


CT LT CT LT CT LT
λd 0,8 0,9 1 1 0,8 0,9 1 1 0,8 0,9 1 1
σ eq
658 341,5 341,2 672,6 347,2 285,7 683,6 351,1 243,6
(kPa)
σ geq
761,3 493,4 192,3 441,4 753,6 461 133 361,9 747,1 435,1 89 298,6
(kPa)
u eq ≈ u geq
1,69 2,33 3,81 3,89 1,80 2,86 5,19 5,26 2,05 3,55 7,16 7,22
(cm)
ud
1,58 2,28 3,78 3,78 1,69 2,81 5,16 5,16 1,99 3,49 7,14 7,15
(cm)

108
On constate que plus le taux de déconfinement λ d se rapproche de 1, plus l’influence du gonflement

à court terme est notable sur la pression de contact à l'équilibre. Quant aux paramètres plastiques, on
constate que plus l'angle de dilatance ψ ou l'angle de frottement interne ϕ est faible, plus le

gonflement influe sur l'état d'équilibre à court terme ou à long terme. A priori, on peut considérer
que, pour le tunnel du Mont Sion, la prise en compte du gonflement entraîne une augmentation de 20
à 30 % de la pression appliquée au revêtement.

Le phénomène de gonflement doit absolument être pris en compte pour le dimensionnement de ce


tunnel pour éviter des dommages ultérieurs sur la structure.

Tableau 4.4 : Résultats du calcul analytique pour le tunnel du Mont Sion pour K p = 3

κ 1 (ψ = 0 ) 2 (ψ ≈ 20 deg rés ) 3 (ψ = 30 deg rés )


CT LT CT LT CT LT
λd 0,8 0,9 1 1 0,8 0,9 1 1 0,8 0,9 1 1
σ eq
605,1 323,7 405,6 632,6 336,4 295,6 651,7 344,1 229,1
(kPa)
σ geq
649,2 415,1 143,8 455,5 663,5 399,4 89,2 338,2 674,1 388,3 54,5 260,2
(kPa)
u eq ≈ u geq
1,15 1,48 2,17 2,28 1,23 1,74 2,99 3,07 1,31 2,07 4,18 4,24
(cm)
ud
1,06 1,43 2,15 2,15 1,13 1,69 2,98 2,98 1,21 2,01 4,17 4,17
(cm)

Cette même étude analytique donne des résultats moins probants pour le tunnel de Chamoise car le
potentiel de gonflement k g y est plus faible malgré une pression de gonflement élevée. Pour le tunnel

de Lambesc et le tunnel de Pech-Brunet, les résultats ne sont pas directement applicables car
l'hypothèse initiale du tunnel profond n'est pas vérifiée. On constate néanmoins que l’influence du
gonflement augmente tout de même d'environ 10 % la pression de contact à l’équilibre.

109
4.5 - Conclusion

Cette approche analytique est intéressante car elle permet d’étudier rapidement l’influence du
gonflement d’une manière qualitative et quantitative, malgré des hypothèses simplificatrices. Ainsi,
avant une étude plus raffinée, cette méthode permet de relier les paramètres de gonflement aux
paramètres géotechniques en précisant si le gonflement joue un rôle prépondérant ou pas par rapport
à la plasticité.

Dans le cas des tunnels de Chamoise, du Mont Sion, de Lambesc et de Pech-Brunet, cette méthode
montre une influence notable du gonflement sur l’état d’équilibre, dont l’amplitude devra être
précisée par une méthode de calcul plus raffinée. Dans les chapitres suivants, on présentera une
approche numérique du problème afin de répondre plus précisément au dimensionnement exigé pour
la conception d’un tunnel en terrain gonflant.

110
Chapitre 5:

Présentation d’un modèle numérique

de gonflement

5.1 - Introduction

Dans des cas plus complexes que ceux examinés précédemment, une approche numérique semble
plus judicieuse car elle permet de considérer une géométrie quelconque, un état de contrainte initial
anisotrope, un comportement élastoplastique du terrain associé à une loi de gonflement. La
pertinence de la méthode repose alors en grande partie sur le choix de la loi de comportement
représentative de la réponse observée du terrain et validée sur des essais expérimentaux.

Dans la suite, on justifiera le choix du modèle de gonflement retenu, on analysera la loi de gonflement
et on développera une solution analytique simulant un essai de gonflement afin d’étudier la sensibilité
des différents paramètres introduits.

5.2 - Choix d’un modèle de gonflement

L’analyse des méthodes de calcul existantes a montré l’intérêt d’une approche hydromécanique pour
prendre en compte le gonflement puisque la loi de gonflement permet de modéliser le changement de
contraintes subi autour du tunnel alors que des paramètres hydrauliques tels que la perméabilité
doivent être introduits pour rendre compte du phénomène de diffusion dans le massif.

111
Cependant, ces méthodes reposent sur un élément indispensable, c’est-à-dire l’existence d’une loi
de gonflement implantée dans un code de calcul et validée par l’expérience. Actuellement, en
France, la prise en compte du gonflement dans un dimensionnement de tunnel repose sur
l’application d’une pression de gonflement sous le radier qui reste contestée pour plusieurs raisons :
incertitude sur la surface d’application de la pression, incertitude sur la valeur de la pression de
gonflement, absence de déformations de gonflement.

Pour corriger les errements actuels, notre travail a consisté à mettre au point un modèle de
gonflement directement applicable dans un dimensionnement d’ouvrage souterrain. On s’est attaché
à définir une formulation tridimensionnelle du gonflement et à l’implanter dans le logiciel CESAR-
LCPC, qui constitue l’un des principaux codes de calcul par éléments finis de référence en génie
civil. L’objectif de ce travail était de proposer un modèle validé par l’expérience en laboratoire et in
situ. L’ensemble de ces étapes était nécessaire pour fournir un modèle de gonflement fiable pour
d’autres ouvrages concernés par ce phénomène.

Le choix de la loi de gonflement s’est inspiré de méthodes de calcul existantes. Le premier principe
généralement adopté consiste à utiliser la loi expérimentale déterminée par Huder et Amberg (1970),
qui introduit une relation entre la déformation et le logarithme de la contrainte à l’aide de l’indice de
gonflement B g (ou C g ).

Pour étendre cette loi unidimensionnelle, la formulation tridimensionnelle proposée par Anagnostou
(1993) est apparue judicieuse avec l’introduction d’un facteur d’anisotropie β car l’aspect

tridimensionnel est relié à la stratification du terrain. Froehlich (1989) a aussi tenu compte de la
stratification pour modéliser le gonflement mais de façon simplifiée, c’est-à-dire en supposant un
gonflement uniquement normal à la stratification.

Quant à la pression de gonflement σ g , on a repris la définition proposée par Huder et Amberg

(1970) et utilisée par Froehlich (1989), c’est-à-dire un seuil de gonflement à partir duquel le
gonflement se développe. Par contre, dans son approche hydromécanique, Anagnostou (1993)
utilise la pression de gonflement à volume constant a priori moins adaptée à ce type de loi.

112
Le modèle proposé, qui ne tient pas compte du couplage des phénomènes mécanique et
hydraulique, constitue une première étape, jugée raisonnable compte tenu des besoins de la
profession en approche de calcul de ces phénomènes. Elle vise essentiellement à évaluer l’incidence
du gonflement sur le comportement à long terme des ouvrages. Une approche hydromécanique
pourrait être introduite dans un développement futur du modèle proposé, pour simuler l’évolution
dans le temps du phénomène de gonflement.

5.3 - Description de la loi de gonflement

Le gonflement est introduit dans le modèle, en ajoutant à la loi élastique de Hooke une loi élastique
non linéaire de gonflement ; ce qui est cohérent avec l’hypothèse de réversibilité du phénomène de
gonflement formulée par Madsen (1979). En respectant la convention de la Mécanique des Sols, la
nouvelle loi de comportement élastique adoptée s’écrit :

ε = ε +ε
el H g

1+ ν ν
avec • ε
H
= ∆σ − (∆ tr (σ))1
E E
  β :σ   
 Bg β ln   = C β lg  β : σ  si β : σo ≤ β : σg
  β : σo  g  β : σo 
• εg =     

 0 si β : σ o ≥ β : σ g

1−β
et β = 1 + βn ⊗n
3

où σ désigne le tenseur des contraintes totales, σ g le tenseur des contraintes de gonflement, σ o le

tenseur des contraintes initiales, ε el le tenseur des déformations élastiques, ε H le tenseur des

déformations élastiques de Hooke, ε g le tenseur des déformations de gonflement, ν le coefficient de

Poisson, E le module d’Young, B g (ou C g ) l’indice de gonflement, β le facteur d’anisotropie de

gonflement et n le vecteur normal à la stratification.

Si les contraintes appliquées sont inférieures à un certain seuil, le “gonflement” se produit et on parle

( )
alors de comportement gonflant ou de loi de gonflement ε el = ε h + ε g . Dans le cas contraire, le

phénomène de gonflement ne se développe pas et on parle uniquement de loi élastique ε el = ε h . ( )


113
Dans la loi de gonflement précédemment citée, on a introduit trois paramètres liés au gonflement :
contrainte de gonflement, indice de gonflement et anisotropie de gonflement.

5.1.1 - Pression de gonflement

Le tenseur des contraintes de gonflement peut être déterminé à partir des essais œdométriques de
gonflement normalisés (ISRM, AFNOR, ISSMFE, Huder-Amberg). En général, on définit une
pression de gonflement σ g correspondant à la contrainte axiale nécessaire pour empêcher tout

mouvement vertical après imbibition de l’échantillon, mais on ne dispose d'aucune information sur la
contrainte radiale obtenue après stabilisation. Lorsque des essais complémentaires ont été réalisés
avec un œdomètre modifié “K o ”, permettant de mesurer la contrainte radiale, on a constaté que la

contrainte radiale de gonflement peut prendre des valeurs variées mais voisines de la contrainte axiale
de gonflement (Kabbaj, 1981 ; Shanker et al., 1987). En tenant compte d'éventuels frottements
latéraux, il est raisonnable de considérer que la contrainte radiale vaut aussi σ g , c’est-à-dire que la

contrainte de gonflement est isotrope.

Une analyse hydromécanique simplifiée de l’évolution de l’échantillon au cours de l’imbibition permet


de relier les contraintes de gonflement à la succion (Iyer, 1987 ; Anagnostou, 1993). Après le
prélèvement de l’échantillon, l’état de contraintes s'écrit :

σ=0

 u = u1 1
 '
 σ = σ
'1

où σ '1 désigne l’état des contraintes effectives après le prélèvement et u 1 la pression interstitielle

après le prélèvement. Dans un essai à volume constant, caractérisé par l’imbibition du matériau et
l’augmentation de la contrainte axiale jusqu’à atteindre la valeur de la contrainte de gonflement, on
obtient, après stabilisation des effets hydrauliques :

 σ = σg

u=0
 '
 σ = σ
'1

la dernière condition résultant du fait que tout déplacement est empêché pendant l’essai. On en
déduit qu’au cours de l’essai à volume constant, la variation des contraintes totales caractérisée par

114
σ est égale à la variation de la pression interstitielle (− u 11) ; ce modèle simplifié tend à confirmer
g

l’hypothèse d’isotropie de la contrainte de gonflement σ g . Comme pour la contrainte de gonflement

à volume constant, on définit la contrainte de gonflement au sens d’Huder-Amberg comme isotrope


et on suppose que l’anisotropie du gonflement se traduira uniquement sur les déformations.

Dans ces conditions, le tenseur des contraintes de gonflement est défini uniquement à partir de la

pression de gonflement σ g : σ g = σ g 1 . Avec cette hypothèse, la quantité β : σ g vaut simplement

σ g sachant que tr β = 1 .

Dans la suite, on définira comme pression de gonflement uniquement la pression de gonflement au


sens d’Huder-Amberg, sauf précision contraire.

5.1.2 - Indice de gonflement

Dans un deuxième temps, on définit un indice de gonflement B g qui traduit l’importance de la

déformation de gonflement rapporté au déchargement induit par rapport à un état de contraintes


donné. En fait, à partir de la relation précédente, on remarque que le paramètre B g se détermine

  β: σ
facilement comme la pente de la droite  tr ε g , ln    . Dans un diagramme semi-logarithmique
  σg  
  
(logarithme décimal), on identifie le paramètre C g classiquement utilisé pour analyser les essais

oedométriques à l’aide de la relation C g = ln (10) Bg = 2,3 Bg .

5.1.3 - Anisotropie de gonflement

Le paramètre β permet d’étudier le caractère anisotrope du gonflement. Si l’on considère que le


terrain a un plan de stratification de normale n alors il est légitime de supposer que le gonflement

aura deux directions privilégiées, une perpendiculaire à la stratification (de vecteur directeur n ) et

( )
l’autre parallèle à celle-ci (de vecteur directeur p ). Dans le repère n, p , on peut définir la notion

de déformation de gonflement normale ε gn , de déformation de gonflement parallèle ε gp (au plan de

stratification), de contraintes normales σ n et de contraintes parallèles σ p par les relations suivantes :

115
ε gn = n . ε g . n = n i ε gij n j σ n = n . σ. n = n i σij n j

 g et 
ε p = p . ε . p = p i ε ij p j
g g
σ p = p . σ. p = p i σij p j

sachant que p . n = n i p i = 0 .

Le tenseur d’anisotropie β s’écrit aussi :

β = β p 1 + ( βn − βp ) n ⊗ n

 (1 + 2 β)  p .β.n = 0
β n = n . β . n = 3 
avec  et  βn + βp = 1
β p = p .β . p = (1 − β) 
 3  β : σ = β n σ n + 2 β p σ p

En utilisant les expressions précédentes, la loi de comportement s'écrit :

 g  β n σn + 2 β p σ p 
 ε n = n . ε . n = Bg β n ln 
g

  σ 
 g 

 p .ε . n = 0
g


 g  β n σ n + 2βp σ p 
ε = p . ε g
. p = B β ln  
 p g p  σ 
  g 

On constate que le gonflement n’engendre aucune déformation de cisaillement et que le rapport

ε gn ne dépend que du facteur d’anisotropie β. Par contre, la déformation volumique de


ε gp

gonflement varie logarithmiquement en fonction d’une combinaison linéaire de la contrainte normale


parallèle σ p et perpendiculaire σ n au plan de stratification.

Deux cas extrêmes d’anisotropie sont représentés par les valeurs 0 et 1 du paramètre β.

1er cas : β = 0

Cette hypothèse représente un matériau sans stratification apparente, ne présentant pas de directions
privilégiées pour le gonflement ; la déformation de gonflement est alors isotrope et vaut :

Bg  σn + 2σp 
ε = ln  1
g

3  3 σg 
 

116
2ème cas : β = 1

Cette deuxième hypothèse implique une anisotropie fortement marquée ; c’est-à-dire que la
déformation de gonflement est uniquement normale au plan de stratification (β p = 0 ) .

Cette loi d’élasticité intégrant le phénomène de gonflement est complétée, dans le modèle, par un
domaine élastique caractérisé par un critère de plasticité de Mohr-Coulomb.

5.4 - Simulation analytique d’un essai de gonflement

Pour valider numériquement la loi de comportement, un modèle simplifié a été développé afin de
mettre en évidence le gonflement mécanique et d’étudier son interaction avec la plasticité. En fait, il
reproduit une phase de l'essai œdométrique, celle du déchargement par paliers après imbibition à
partir d’une contrainte verticale initiale. Toute l'étude s'attardera sur la phase de déchargement
mécanique de l'essai qui permet au "potentiel de gonflement" du matériau de se développer.

Toute l’étude analytique est détaillée dans l’annexe D ; dans la suite, on présentera le problème et les
résultats obtenus avec la loi de gonflement.

5.4.1 - Présentation générale du modèle

Le modèle bidimensionnel décrit sur la figure 5.1 représente un échantillon de 1 mètre de côté et de
hauteur soumis initialement à un état géostatique avec un coefficient de pression des terres au repos
K o . L'état initial peut être caractérisé expérimentalement par l'application d'une pression Po en haut

de l'échantillon (z = 1) , correspondant au poids des couches de terrain situées au-dessus de

l'échantillon in situ. On suppose que Po >> γ (1 − z ) pour considérer le tunnel comme profond. Le

tenseur des contraintes initiales est alors donné par :

 σ ozz (z ) = γ (1 − z ) + Po
 o avec 0 ≤ z ≤ 1
 σ xx (z) = σ yy (z ) = K o σ zz (z) = K o [γ (1 − z ) + Po ]
o o

On remarque donc que σ ozz > σ oxx (ou σ ozz < σoxx ) si K o < 1 (ou K o > 1 ).

Les conditions aux limites sont celles de l'essai œdométrique ; le déplacement vertical est nul à la
base de l’échantillon (z = 0) et les déplacements latéraux sont nuls sur le contour de l’échantillon

117
( x = 0 et x = 1 ). De plus, on fait l’hypothèse des déformations planes. Compte tenu des
hypothèses de calcul, le problème est en fait unidimensionnel avec comme seule variable la hauteur z.

En proposant des conditions aux limites proches de la réalité, l’essai œdométrique permet de
modéliser l’excavation en diminuant la contrainte verticale en haut de l’échantillon (z = 1) . Cette

réduction de contraintes, supposé continue entre l’état de contraintes σ ozz et σ zz ( < σ ), est
o
zz

représentée par le paramètre adimensionnel λ , appelé taux de déconfinement et défini par :

σ zz (z = 1) ∆ σ zz (z = 1)
λ = 1− =−
σ ozz (z = 1) Po

∂ [∆ σ zz (z )]
En utilisant la condition d'équilibre au cours de cette phase = 0 , on montre que le
∂z

déchargement se transmet uniformément sur toute la hauteur de l’échantillon, soit


∆ σ zz (z ) = ∆ σ zz (z = 1) = − λPo ;
λ variant entre 0 (pas de déchargement) et 1 (déchargement total).

Po
σozz (z ) = γ (1 − z ) + Po

σoxx (z ) = K o [γ (1 − z ) + Po ]
L =1 m

x
y
L=1m
Figure 5.1 : Description du modèle, des conditions aux limites et de l'état de contraintes initial

Le matériau est supposé avoir un comportement élastoplastique. Pour avoir un ordre de grandeur
des paramètres mécaniques rencontrés, on a récapitulé dans le tableau 5.1 les paramètres obtenus
expérimentalement pour divers ouvrages réalisés dans des sols gonflants (Serratrice, 1994, 1996) ;
Zo désigne la couverture maximale du tunnel, γ le poids volumique de la couche concernée par le

tunnel, E et ν les paramètres élastiques, c et ϕ les paramètres plastiques.

118
Tableau 5.1 : Présentation des paramètres mécaniques de sols gonflants rencontrés in situ

Nom de γ Zo E c ϕ
Ko ν
l'ouvrage (kN/m3) (m) (MPa) (kPa) (degrés)
Tunnel du
24 150 0,7 0,3 2000 500 25
Mont Sion
Tunnel de
25 400 0,5 0,3 2000 2000 25
Chamoise
Tunnel de
22 40 0,5 0,3 180 200 26
Lambesc
Tunnel de
22 21 0,75 0,3 108 100 35
Pech-Brunet

Le tableau 5.2 déduit du tableau précédent donne un ordre de grandeur de la pression initiale Po

dans l'hypothèse que la couche supérieure a le même poids volumique que l'échantillon étudié.

Tableau 5.2 : Estimation de la pression verticale initiale Po


Tunnel du Tunnel de Tunnel de Tunnel de
Mont Sion Chamoise Lambesc Pech-Brunet
Po ≈ γ Zo (kPa) 3300 10 000 880 550

5.4.2 – Etude de la phase de déchargement

Une étude préliminaire a montré que les paramètres présentés dans le tableau 5.1 assuraient un état
initial élastique pour chaque tunnel (annexe D). Ainsi, dans la suite, on suppose vérifiée la condition
initiale d'élasticité et on utilisera lors des calculs les valeurs suivantes :
- un poids volumique γ de 25 kN/m3 ;

- un coefficient de pression des terres au repos K o de 0,5 ;

- une couverture Zo de 100 m soit une pression Po de 2500 kPa ;

- un module d'Young E de 1 GPa ;


- un coefficient de Poisson ν de 0,3 ;
- un angle de frottement interne ϕ de 30 degrés ;

- et une cohésion c de 100 kPa.

119
On rappelle que, pour un matériau dans son état naturel, la solution en contraintes et déformation au
cours du déchargement s'écrit (annexe D) :


 σ (z ) = γ (1 − z ) + (1 − λ ) P
 zz o
 ν
 σ xx (z ) = σ yy (z ) = K o [ γ (1 − z ) + Po ] − λ Po avec 0 ≤ z ≤ 1 (5.1)
 1 − ν
 (1 + ν ) (1 − 2 ν ) λ Po
 ε zz (z ) = − (1 − ν )
 E

On suppose ici qu'avant le déchargement l'échantillon a été préalablement imbibé. La loi de


comportement ne modélise pas la phase d’imbibition mais uniquement la phase de déchargement qui
suit. L’étude de cette loi sera effectuée en trois étapes distinctes pour bien analyser l’influence de
chaque paramètre introduit sur le comportement du matériau : une première solution analytique sera
obtenue pour la loi élastique non linéaire seule, ensuite on introduira la notion de seuil de gonflement
et enfin on ajoutera la plasticité.

5.4.2.1 - Elasticité non linéaire de gonflement

Avant d’étudier plus précisément l’influence de la pression de gonflement, on a supposé la pression

de gonflement suffisamment élevée (β:σ o


< β : σ g = σg ) pour considérer que, partout dans

l’échantillon, le déchargement suit la loi de gonflement :

1+ ν ν  β:σ 
ε = ∆σ − ∆ (tr σ) 1 + Bg β ln  
E E β: σ 
o
 
1−β
avec β = 1+ β n ⊗ n
3

Pour comparer la loi de gonflement à la loi élastique, on va s’intéresser plus précisément au


comportement du sol au milieu de l'échantillon (z = 0,5) dans différents cas d’anisotropie du

gonflement dont le gonflement isotrope (β = 0 ) et le gonflement uniaxial (β = 1) . Pour simplifier le

calcul, on a considéré un plan de stratification horizontale, c’est-à-dire que la normale est dirigée
selon l’axe (Oz) . Le tenseur d’anisotropie s’écrit alors :

 1 + 2β
 β zz = 3

 β = β = 1−β
 xx yy
3

120
Pour le matériau imbibé, la solution au problème (σ xx , σ zz , ε zz ) vérifie les équations suivantes

(annexe D) :

 σ zz = σozz − λ Po

 1− ν ν 1 − β  2 (1 − β ) σ xx + (1 + 2 β) σ zz 
 E ∆σ xx − E ∆ σ zz + B g 3 ln  o 
=0
  2 (1 − β ) σ o
xx + (1 + 2 β ) σ zz 
 (1 + ν ) [∆ σ zz − ∆ σ xx ] − β (1 − 2 ν )[∆ σzz + 2 ∆ σ xx ] (5.2)
ε zz = (1 − β ) E
pour β ≠ 1

 1 2ν σ 
ε zz = ∆σ zz − ∆σ xx + Bg ln  zz o 
 pour β = 1
 E E σ
 zz 

Les résultats du calcul analytique de gonflement sont comparés au calcul élastique de Hooke sur les
figures 5.2, 5.3, 5.4 et 5.5. Les paramètres de gonflement pris en compte sont les suivants :
- une pression de gonflement σ g élevée (égale à 10 MPa), de telle sorte qu’il y ait

obligatoirement gonflement entre l’état initial et l’état actuel ;


- un indice de gonflement B g égal à 0,01 ;

- un facteur d’anisotropie β variant entre 0 et 1.

La figure 5.2 représente l'évolution de la contrainte horizontale au milieu de l'échantillon (z = 0,5) au

cours du déchargement, pour l'élasticité linéaire et pour quelques cas d'anisotropie. On constate que,
pour la loi élastique-linéaire, la contrainte horizontale décroît continûment au cours du déchargement,
proportionnellement à la contrainte verticale. Par contre, pour la loi élastique non linéaire, l'évolution
de la contrainte horizontale dépend fortement du facteur d'anisotropie de gonflement β et sa valeur

est toujours supérieure ou égale à la contrainte horizontale élastique.

Pour un gonflement isotrope (β = 0 ) , la contrainte horizontale augmente au cours du déchargement

de façon quasi-linéaire. Dans le cas extrême opposé (β = 1) , avec un gonflement uniquement vertical

dans notre exemple, la contrainte horizontale suit la même évolution que la loi élastique linéaire car,
pour ce cas de gonflement, il n'y a plus de contribution du gonflement (β xx = 0 ) . On remarque aussi

que, plus le facteur d'anisotropie est grand (excepté le cas où β = 1 ), plus l'évolution au cours

du déchargement est non linéaire.

121
3000

σx x (kPa)
Elasticité linéaire β=0
β = 0,5 β = 0,9
β=1

Contrainte horizontale
2000

1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 5.2 : Evolution de la contrainte horizontale σ xx ( z = 0,5) pour la loi de gonflement.

Sur la figure 5.2, on observe qualitativement que, pour une valeur donnée de λ , la contrainte
horizontale la plus élevée est obtenue pour β = 0,5 . Les figures 5.3 et 5.4 précisent les observations

précédentes. En fait, on remarque que la contrainte horizontale prend bien une valeur maximale
lorsque β varie de 0 à 1, mais celle-ci dépend du taux de déchargement comme le montre bien la

figure 5.4.

3000
β = 0,3 β = 0,4
σ xx (kPa)

β = 0,5 β = 0,6
β = 0,7
Contrainte horizontales

2000

1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 5.3 : Evolution de la contrainte horizontale σ xx ( z = 0,5) pour 0,3 ≤ β ≤ 0,7 .

122
3000

σx x (kPa)
2000
Contrainte horizontale

1000

λ = 0,5 λ=1

0
0 0,5 1
Facteur d'anisotropie β

Figure 5.4 : Allure de la contrainte horizontale σ xx ( z = 0,5) en fonction de l'anisotropie de


gonflement au milieu ( λ = 0,5) et à la fin ( λ = 1) du déchargement

La figure 5.5 représente la déformation axiale au cours du déchargement, pour le cas élastique-
linéaire et différents cas d'anisotropie de gonflement. On remarque que la déformation de gonflement
est toujours supérieure à la déformation élastique au cours du déchargement. On constate aussi que
l'influence de l'anisotropie de gonflement sur la déformation axiale au cours du déchargement suit une
loi assez simple, c'est-à-dire que plus l'anisotropie est marquée (β se rapprochant de 1), plus la

déformation axiale est importante.

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
Déformation axiale ε zz (%)

-2

Elasticité linaire β=0


-4
β = 0,3 β = 0,6

β = 0,9 β=1

-6

Figure 5.5 : Evolution de la déformation axiale ε zz avec σ g = 10000 kPa

123
Enfin, le gonflement a une influence très importante sur le comportement de l'échantillon au cours du
déchargement. En particulier, l'anisotropie joue un rôle plus complexe sur la contrainte horizontale
σ xx que sur la déformation axiale ε zz car elle influe, non seulement sur la valeur, mais aussi sur

l'évolution de la contrainte horizontale au cours du déchargement. On va maintenant s’intéresser à la


notion de pression de gonflement qui influe sur la loi élastique car elle constitue un seuil de contraintes
à partir duquel le “gonflement” non-linéaire intervient.

5.4.2.2 - Prise en compte de la pression de gonflement

Jusqu’à présent, on a supposé que la pression de gonflement était suffisamment grande pour
comparer simplement la loi de gonflement à la loi élastique de Hooke. On introduit maintenant la
notion de pression de gonflement qui permet de déterminer si le phénomène de gonflement se
développe dans l’échantillon. Pour cela, on choisit une valeur relativement faible de la pression de
gonflement, de telle sorte qu’initialement le gonflement ne se produit pas et que, par contre, au cours
du déchargement, une partie ou l’ensemble de l’échantillon est soumis au phénomène de gonflement.
Pour cette étude, on prendra en compte une pression de gonflement de 1000 kPa, valeur rencontrée
expérimentalement.

Dans ce cas, le début du déchargement peut être caractérisé à partir du développement de la partie
5.4.2 relatif à la loi élastique de Hooke (annexe D). Le gonflement intervient au moment où la
( )
condition de gonflement β : σ = σg est remplie, soit :

(1 − ν )   γ σg 
λg (z ) = [(1 + 2 K o ) + 2 β (1 − K o )] 1 + (1 − z)  − 3 
[1 + ν + 2 β (1 − 2 ν )] 
(5.3)
 Po  Po 

On constate ainsi que la condition de gonflement est d'abord vérifiée pour z = 1 et donc que le
gonflement se produit d'abord en haut de l'échantillon avant de se propager dans l'échantillon. Or

comme P o >> γ (1 − z ) , on remarque que λg (z = 0 ) ≈ λg (z = 1) = λg , c'est-à-dire que le gonflement

apparaît dans l'échantillon pratiquement de manière instantané.

( )
Après l'apparition du gonflement λg < λ ≤ 1 , le matériau suit la loi de gonflement. Compte tenu de

l'état obtenu à la fin de la phase élastique ( σ (λ ), ε (λ )), l'état de contraintes


H g H
zz
g
σ et la

déformation verticale totale ε zz doivent vérifier :

124
 1− ν ν 1 − β  2 (1 − β) σ xx + (1 + 2 β)σ zz 
 ∆σ xx − ∆ σ zz + B g ln  H 
 = 0
 E E 3  2 (1 − β ) σ H
+ (1 + 2 β ) σ zz 

xx
(5.4)
 ε (z ) = ε H + (1 + ν ) [∆ σ zz − ∆ σ xx ] − β (1 − 2 ν )[∆ σ zz + 2 ∆ σ xx ]
 zz

zz
(1 − β) E
 σ zz (z ) = γ (1 − z ) + (1 − λ) Po
avec

( ) [
 ∆σ zz (z ) = σ zz (z ) − σ zz z, λ = − λ − λ (z ) Po
H g g
]

(
 ∆σ xx (z ) = σ xx (z ) − σ xx z, λ
H
)g

Etude particulière au milieu de l'échantillon

En reprenant l’expression 5.3, la limite de gonflement λg (z = 0,5) s’écrit :

(1 − ν )   γ  σg 
λg (z = 0 ,5 ) = λg =  [(1 + 2 K o ) + 2β (1 − K o )] 1 +  − 3 
[1 + ν + 2 β (1 − 2 ν )]   2 Po  Po 

Cette formule permet d’étudier l'influence de la pression de gonflement sur l'apparition du


gonflement. Trois cas de pressions de gonflement seront étudiés en particulier : 100 kPa, 1000 kPa
σg
et 2000 kPa. En fait, on utilisera plutôt le paramètre adimensionnel α = , qui permet de
Po

rapporter la pression de gonflement à la contrainte verticale in situ.

La figure 5.6 représente la limite de gonflement λg en fonction du facteur d'anisotropie β , pour les

trois valeurs de pressions de gonflement. On constate que la limite de gonflement dépend du facteur
d'anisotropie β et surtout bien entendu de la pression de gonflement σ g .

- Lorsque la pression de gonflement σ g est proche de la contrainte verticale in situ Po (α ≈ 1) , la

condition de gonflement peut être réalisée dés le début du chargement. Ainsi dans le cas où
α = 0,8 , on remarque que, pour 0 ≤ β < 0,4 , la condition de gonflement est remplie initialement

( λ = 0) alors que, pour 0,4 ≤ β ≤ 1 , le déchargement aura


g
d'abord une phase élastique

( 0 ≤ λ ≤ λ < 1) puis une phase de gonflement ( λ < λ ≤ 1).


g g

- Dans le cas où α = 0,4 , on se rend compte qu'il existe toujours une limite de gonflement au cours

du déchargement ; il y aura donc une phase élastique suivie d'une phase de gonflement.

125
- Enfin, lorsque la pression de gonflement est faible, la condition de gonflement peut ne jamais être
remplie au cours du déchargement. Ainsi, pour α = 0,04 , la figure 5.6 montre que, pour

0 ≤ β ≤ 0,2 , tout le déchargement se réalisera de manière élastique et que, pour 0,2 < β ≤ 1 , le

déchargement aura d'abord une phase élastique et une phase de gonflement.

La figure 5.6 permet de montrer que la limite de gonflement dépend de la pression de gonflement
mais aussi du facteur d'anisotropie.

1,2
α = 0,4 α = 0,8 α = 0,04

1
Limite de gonflement λ g

0,8

0,6

0,4

0,2

0
0 0,5 Facteur d'anisotropie β 1

Figure 5.6 : Variation de la limite de gonflement au milieu de l'échantillon λg (z = 0,5) en fonction du


facteur d'anisotropie β , pour trois valeurs du rapport α

σg
Après avoir étudié l'influence notable du rapport Po
sur le comportement de l'échantillon au

cours du déchargement, on reprend le cas intermédiaire où σ g = 1000 kPa , c'est-à-dire qu’on

considère une pression de gonflement qui est plus faible que la contrainte verticale en place sans être
négligeable, permettant ainsi l'apparition du gonflement au cours du déchargement, quel que soit le
facteur d'anisotropie :

• pour 0 ≤ λ ≤ λg < 1 , le comportement élastique-linéaire est déterminé par les équations 5.1 ;

• pour λg < λ ≤ 1 , le matériau suit la formulation 5.4 du gonflement.

Les figures 5.7 et 5.8 représentent les comportements élastiques de gonflement obtenus au cours du
déchargement pour quelques valeurs du facteur d'anisotropie. On remarque sur la figure 5.7 que la

126
contrainte horizontale σ xx augmente dès que le phénomène de gonflement se manifeste, excepté

pour le cas uniaxial β = 1 . Cette augmentation est la plus forte pour β ≈ 0,5 .

3000
Elasticité linéaire β=0

σ xx (kPa)
β = 0,5 β = 0,9
β=1

2000
Contrainte horizontale

1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 5.7 : Evolution de la contrainte horizontale σ xx avec σ g = 1000 kPa .

La figure 5.8 montre que le phénomène de gonflement engendre des déformations supérieures au cas
élastique ; ces déformations sont d'autant plus importantes que le coefficient d'anisotropie β est

élevé.

Taux de déchargment λd
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
εzz (%)

-2
Déformation axiale

-4 Elasticité linéaire β=0

β = 0,5 β = 0,9

β=1

-6

Figure 5.8 : Evolution de la déformation verticale ε zz avec σ g = 1000 kPa .

Dans la mesure où l’introduction du gonflement génère des contraintes horizontales plus élevées que
dans le cas élastique linéaire, et donc des contraintes déviatoriques plus élevées en fin de
déchargement, il paraît utile d’introduire, dans le modèle, un critère de plasticité. Cet aspect est
développé dans le paragraphe suivant.

127
5.4.2.3 - Prise en compte de la plasticité

Pour étudier le phénomène plastique, on a repris les paramètres de Mohr-Coulomb utilisés dans la
partie 5.4.2, c'est-à-dire une cohésion c de 100 kPa et un angle de frottement interne ϕ de 30

degrés.

Apparition de la plasticité
Dans l’annexe D, on a constaté que les paramètres mécaniques choisis n'entraînaient pas de plasticité
au cours du déchargement avec la loi élastique de Hooke. Maintenant, on considère que le
phénomène de gonflement s'est manifesté dans l'échantillon et on analyse l'éventuelle apparition de la
plasticité dans ce cas. La figure 5.9 l’évolution du critère de plasticité pour le cas élastique et pour
quelques valeurs du facteur d’anisotropie.

Pour les différentes valeurs de β (hormis le cas β = 1 ), comme la contrainte horizontale σ xx

augmente au cours du déchargement (figure 5.2), le critère de plasticité commence par diminuer tant
que le déviateur (σ zz − σ xx ) est positif, puis, lorsque le déviateur devient négatif, il augmente

fortement pour atteindre des valeurs positives en fin de déconfinement ; le critère de plasticité

s'annule en cours de déchargement pour un taux de déchargement λ p .

Elasticité linéaire β=0


β=0,5 β=0,9
1000 β=1
Critère de plasticité F (kPa)

λp
Taux de déconfinement λ
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1

-1000

-2000

Figure 5.9 : Evolution du critère de plasticité de Mohr-Coulomb F avec σ g = 10 000 kPa .

Lorsqu'il y a une phase élastique au préalable (figure 5.10), on observe le même type de
comportement avec l’apparition de la plasticité au cours du déchargement. La différence entre la

128
figure 5.9 (phase de gonflement uniquement) et la figure 5.10 résulte des valeurs prises

respectivement par le taux de déchargement d'apparition de la plasticité λp . On se rend compte que,

s'il y une phase élastique, alors l'apparition de la plasticité apparaît plus tardivement ( λp plus élevé).

Elasticité linéaire β=0


β=0,5 β=0,9
1000 β=1
Critère de plasticté F (kPa)

λp
Taux de déconfinement λ
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1

-1000

-2000

Figure 5.10 : Evolution du critère de plasticité de Mohr-Coulomb F avec σ g = 1 000 kPa .

Etude particulière au milieu de l'échantillon

Pour λp < λ ≤ 1 , le phénomène de plasticité se développe (figures 5.9 et 5.10) ; on a alors l’égalité
suivante :
F ( σ ) = (σ xx − σ zz ) − ( σ zz + σ xx ) sin ϕ − 2 c cos ϕ = 0

1 + sin ϕ 2 c cos ϕ
soit σ xx = σ zz +
1 − sin ϕ 1 − sin ϕ

Dans le cas du régime d'arête (σ xx = σ yy ), la déformation verticale totale a l'expression suivante


(annexe D) :
1 + sin ψ el
ε zz = ε elzz + ε pzz = ε elzz + 2 ε xx
1 − sin ψ

  1 + 2 β   2 (1 − β ) σ xx + (1 + 2 β ) σzz
 ε elzz =
1
(
σ zz − σ pzz −

σ xx − σ pxx + Bg  )  ln ( ) 

 E E  3   2 (1 − β) σ pxx + (1 + 2 β) σ pzz 


1 − β  2 (1 − β) σ xx + (1 + 2 β) σ zz 
 ε elxx =
1− ν ν
(
σ xx − σ pxx − σzz − σ pzz + Bg ln  ) ( )p 
 2 (1 − β) σ xx + (1 + 2 β) σ zz 
 E E 3 p
avec 

 σ pzz =
1
γ + 1 − λp Po ( )
 2
 1 + sin ϕ p 2 c cos ϕ
 σ pxx = σ zz +
 1 − sin ϕ 1 − sin ϕ

129
Les figures 5.11 et 5.13 représentent respectivement l'évolution de la contrainte horizontale σ xx et

de la déformation axiale ε zz dans le cas d'une phase élastique initiale de gonflement suivie d'une

phase plastique alors que les figures 5.12 et 5.14 représentent l'évolution des mêmes grandeurs pour
une phase initiale élastique-linéaire suivie d'une phase de gonflement puis d'une phase plastique. On
se rend compte sur ces courbes que le phénomène de gonflement et de plasticité influent fortement
sur le déchargement mécanique. En effet le gonflement crée un déviateur et des déformations plus
importants que dans le cas de l'élasticité linéaire. L'évolution du déviateur génère à son tour le
phénomène plastique qui, couplé au gonflement, va engendrer des déformations bien plus élevées
qu’en élasticité linéaire.

3000
Elasticité linéaire β=0
σ xx (kPa)

β = 0,5 β = 0,9
β=1

2000
Contrainte horizontale

1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 5.11 : Evolution de la contrainte horizontale σ zz avec σ g = 10 000 kPa et la plasticité

3000
Elasticité linéaire β=0
σxx (kPa)

β = 0,5 β = 0,9
β=1

2000
Contrainte horizontale

1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 5.12 : Evolution de la contrainte horizontale σ zz avec σ g = 1 000 kPa et la plasticité

130
En comparant les figures 5.5 et 5.13, on remarque que l'influence de la plasticité est notable pour
tous les coefficients de d’anisotropie ; en effet, les déformations plastiques sont de l'ordre de 1-2 %
quel que soit le coefficient d’anisotropie alors les déformations de gonflement varient de 0,3 % pour
β = 0 à 3% pour β = 0,9 .

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
εzz (%)

-2
Déformation axiale

Elasticité linéaire β=0


-4
β = 0,5 β = 0,9

β=1

-6

Figure 5.13 : Evolution de la déformation axiale ε zz avec σ g = 10 000 kPa et la plasticité

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
εzz (%)

-2
Déformation axiale

Elasticité linéaire β=0


-4
β = 0,5 β = 0,9

β=1

-6

Figure 5.14 : Evolution de la déformation axiale ε zz avec σ g = 1 000 kPa et la plasticité

131
5.5 - Conclusions

Compte tenu de l’absence de méthode de calcul reconnue en France, notre travail a consisté à
mettre en place un modèle numérique de gonflement. Avant de considérer une approche
hydromécanique, on s’est attaché à définir et à étudier une loi de comportement générale d’un
matériau gonflant.

La loi de gonflement retenue comporte trois paramètres identifiables sur les essais de gonflement :
une pression de gonflement σ g caractérisant le seuil à partir duquel le gonflement se développe, un

indice de gonflement B g traduisant l’importance des déformations de gonflement pour un

déchargement de contraintes donné et un facteur d’anisotropie β relié à la stratification. La loi

d’élasticité intégrant le phénomène de gonflement est complétée, dans le modèle, par un domaine
élastique caractérisé par un critère de plasticité de Mohr-Coulomb. C'est cette loi élastoplastique
que nous avons intégrée dans le code de calcul CESAR-LCPC.

Simulant une phase de déchargement, un calcul analytique a permis d’étudier la sensibilité des
paramètres introduits. On s’est rendu compte de l’influence notable en particulier du facteur
d’anisotropie β , de la pression de gonflement σ g et du phénomène de plasticité sur le

comportement du matériau. Cet exemple analytique permettra de valider numériquement la loi de


gonflement implantée dans le logiciel CESAR-LCPC.

132
Chapitre 6 :

Implantation de la loi de gonflement

dans le code de calcul CESAR-LCPC

6.1 - Introduction

Pour améliorer la prise en compte du gonflement dans les calculs de tunnel, on a opté pour un
modèle numérique de gonflement dont la loi de comportement élastoplastique présentée dans le
chapitre 5 doit être implantée dans le code de calcul CESAR-LCPC. Dans la mesure où on a choisi
de décrire le gonflement élastique issu du déchargement mécanique sans prendre en compte l’effet
de l’eau, le module de résolution MCNL (Mécanique en Comportement Non Linéaire) a été retenu
pour résoudre le problème de gonflement.

Le chapitre 6 est consacré à la présentation des différentes étapes du travail numérique. Dans la
suite, on décrira brièvement l’organisation du code de calcul CESAR-LCPC avant de détailler la
programmation de la loi élastoplastique de gonflement. Enfin, le travail numérique sera validé avec la
solution analytique présentée au chapitre 5.

133
6.2- Description du code de calcul CESAR-LCPC

Le code de calcul par éléments finis CESAR-LCPC est un logiciel développé au Laboratoire
Central des Ponts et Chaussées depuis 1983, pour la résolution des problèmes de génie civil et de
génie industriel : calcul des structures, mécanique des sols et des roches, hydrogéologie, etc.
(Humbert, 1989).

CESAR-LCPC se compose d'un pré-processeur MAX, d'un programme de calcul CESAR et d'un
post-processeur PEGGY. Ces différents programmes communiquent entre eux par l'intermédiaire
d'une base de données propre à l'étude considérée (figure 6.1). Ils sont organisés en modules
réalisant chacun une fonction bien déterminée, ce qui facilite la maintenance et l'introduction de
nouvelles options dans le code.

CESAR-LCPC

MAX CESAR PEGGY

Base de données

Figure 6.1 : Organisation du code de calcul CESAR-LCPC

La réalisation d'un calcul à l'aide du code CESAR-LCPC se traduit généralement par l'enchaînement
des étapes suivantes :

l utilisation du pré-processeur MAX pour la génération du jeu de données employées par


CESAR (maillages, lois de comportement, conditions aux limites, chargement, etc.),

l lancement du programme de calcul CESAR, qui effectue la résolution numérique du


problème étudié,

l utilisation du post-processeur PEGGY pour l'interprétation des résultats sur écran et la


réalisation de sorties graphiques.

134
6.2.1 - Pré-processeur MAX

Le pré-processeur MAX est un outil interactif graphique qui permet de constituer les données
nécessaires au programme de calcul CESAR, à savoir le maillage et le jeu de données.
Les fonctions principales réalisées par MAX sont :
l saisie du contour géométrique du problème,
l génération d'éléments bidimensionnels et tridimensionnels,
l renumérotation,
l préparation des données du calcul (choix du type de calcul, caractéristiques mécaniques,
conditions aux limites, chargement).

6.2.2 - Programme de calcul CESAR

Le code de calcul CESAR est un programme de résolution numérique basé sur la méthode des
éléments finis qui se compose de plusieurs modules d'exécution spécialisés chacun dans la résolution
d'un type de problème. Chaque module est caractérisé par un mot clé de quatre lettres. On peut
distinguer des modules d'exécution, tels que :
- LINE : résolution d'un problème mécanique en élasticité linéaire ;
- CSLI : résolution d'un problème de consolidation de matériaux élastiques linéaires ;
- NAPP : calcul de nappe aquifère multicouche en régime permanent ou transitoire ;
- MCNL : résolution d'un problème mécanique en comportement non linéaire ;
- TACT : résolution d'un problème de contact entre solides élastiques, etc.
et des modules de gestion des données :
- COOR : lecture des coordonnées des nœuds du maillage ;
- ELEM : lecture des liaisons entre les nœuds (numérotation des éléments) et des propriétés
matricielles des éléments (caractéristiques mécaniques)
- COND : lecture des conditions aux limites ;
- CHAR : lecture de l'ensemble des sollicitations (force ponctuelle, contraintes initiales,
pression imposée, etc.).
Le programme principal CESAR assure l'exécution des modules sous le contrôle de l'utilisateur en
appelant les sous-programmes correspondants. Un jeu de données CESAR est ainsi constitué d'une
suite de mots clé. La résolution d'un problème de comportement élastoplastique se traduit par un
enchaînement du type suivant :

135
COOR → ELEM → COND → CHAR → MCNL

Selon la loi de comportement utilisée, la dimension et la géométrie du problème traité, les éléments
sont regroupés par familles. Par exemple, on peut citer :
- la famille 1 : éléments isoparamétriques bidimensionnels de type déplacement ;
- la famille 2 : éléments isoparamétriques tridimensionnels de type déplacement, etc.

Plusieurs lois de comportement sont disponibles : par exemple,


- critère 1 : élasticité linéaire isotrope ;
- critère 2 : élasticité linéaire orthotrope ;
- critère 10 : élastoplasticité, critère de Mohr-Coulomb ;
- critère 11 : élastoplasticité, critère de Von Mises sans écrouissage, etc.

6.2.3 - Post-processeur PEGGY

Le post-processeur PEGGY est un outil interactif graphique. Il permet, par visualisation sur écran
graphique, une analyse rapide des résultats des calculs effectués par CESAR, ainsi que des sorties
sur traceur pour la constitution des rapports d'étude.
Les principales fonctions réalisées par PEGGY sont :
l gestion de la base des données caractéristiques de l'étude ;
l définition de vues ;
l dessin du maillage ;
l tracés de déformées ;
l représentation des résultats obtenus (contraintes déplacements, gradients) ;
l tracé de courbes ou zones d'isovaleurs ;
l tracé de profils de paramètres suivant des coupes.

6.3 - Programmation de la loi de comportement


Le travail numérique a consisté à introduire la loi élastoplastique de gonflement dans le module de
résolution MCNL (Mécanique en Comportement Non Linéaire) du code CESAR-LCPC. Comme
la loi de comportement est non linéaire (gonflement et plasticité), il faut établir une formulation
incrémentale de la loi de comportement :
dσ = D : d ε .

136
On s’est d'abord intéressé à la loi élastique de gonflement  D = DEL  puis on a adapté le modèle
 

de plasticité déjà programmé dans MCNL  D = DEP  (Mestat, 1993).


 

6.3.1 - Etude de la loi élastique de gonflement

Avant la programmation proprement dite, le travail préliminaire repose sur l'établissement d'une
formulation incrémentale déduite de la loi de gonflement. Dans cette partie, les équations
respecteront la convention de la mécanique des milieux continus utilisée dans le code de calcul
CESAR-LCPC.

6.1.1.1 - Transformation de la loi de gonflement

Par souci de simplification, les coefficients E et ν ont été remplacés par les coefficients de Lamé λ et
µ et le coefficient de compressibilité K :
E νE 2
µ= λ= K = λ + µ.
2(1 + ν ) (1 + ν )(1 − 2ν ) 3
La loi de gonflement s’écrit alors :
λ  β :σ
2µ ε = ∆ σ −
3K
( ∆ tr σ ) 1 − 2 µ B g β ln 
 σg 

 
Si l’on prend la trace de cette expression, on obtient, en remarquant que tr β vaut 1 ;

 β:σ
1
tr ε =
3K
( ∆ tr σ ) − Bg ln
 σg 

 
β:σ
d’où (
2 µ ε + λ (tr ε)1 = ∆σ − Bg λ 1 + 2 µ β ln  
 σg 
) (6.1)
 

6.3.1.2 - Détermination de la formulation incrémentale

La formulation incrémentale de l’expression 6.1 devient

(
2 µ d ε + λ [d (trε)]1 = dσ − B g λ 1 + 2 µ β ) ββ::dσσ (6.2)

En multipliant par le tenseur β , on trouve

  4 µ 2  β : dσ
2 µ β : dε + λ 1 : d ε =  β : σ − B g  K + β  (6.3)
  3  β : σ

137
 β : 1 = tr β = 1

 1 + 2 β2
sachant que  β:β =
 3
 d (tr ε ) = d ε : 1

En remplaçant l'expression 6.3 dans l'équation 6.2, l’expression incrémentale finale s’écrit

d σ = λ d (trε) 1 + 2 µ dε − Bg
( λ 1 + 2 µ β ) ( λ 1 + 2 µ β ) : dε
 4µ 2 
Bg  K + β  − β:σ
 3 
ce qui donne l’expression directe pour la matrice de rigidité élastique D EL :

D
EL
= λ 1 ⊗ 1 + 2 µ1 − B g
( λ 1 + 2 µ β ) ⊗ ( λ1 + 2 µ β ) (6.4)
 4µ 2 
Bg  K + β  − β:σ
 3 

6.3.2 - Prise en compte de la plasticité

Le comportement élastoplastique repose sur les deux concepts fondamentaux suivants :


- le critère de plasticité, qui généralise la notion de seuil de plasticité mise en évidence dans les
expériences de sollicitations uniaxiales,
- la règle d’écoulement plastique, qui définit, dans le cas des sollicitations multiaxiales, le mode
d’évolution de la déformation plastique.

6.3.2.1 - Notion de surface

Le domaine d’élasticité actuel est défini par une fonction scalaire F de la contrainte σ , appelée

fonction de charge du matériau. Cette fonction est telle que :


• F ( σ ) < 0 correspond à l’intérieur du domaine,

• F ( σ ) = 0 correspond à la frontière du domaine,

• F ( σ ) > 0 correspond à l’extérieur du domaine.

On appelle également critère d’élasticité, la condition F ( σ ) < 0 , et critère de plasticité, la

condition F ( σ ) = 0 . Pour le matériau écrouissable, le domaine d’élasticité actuel dépend de l’état

d’écrouissage, que l’on représente par une variable k p introduite dans l’expression de la surface de

charge, qui est par conséquent notée F ( σ, k p ) .

138
Pour notre étude, on a pris en compte le critère de Mohr-Coulomb qui reste le plus simple (sans
écrouissage) et le plus utilisé par les ingénieurs pour les études courantes : il se compose de deux
droites symétriques dans le plan de Mohr (τ, σ) , inclinées d’un angle ϕ par rapport à l’axe des

contraintes normales. L’équation de ces droites est la suivante :

F ( σ ) = σ1 − σ 3 − (σ 1 + σ 3 )sin ϕ − 2 c cosϕ ≤ 0

où σ1 et σ 3 représentent les contraintes principales extrêmes ( σ 3 ≤ σ 2 ≤ σ1 , avec la convention de

signe de mécanique des sols : les compressions sont comptées positives).

Le paramètre c est appelé cohésion du matériau et l’angle ϕ , angle de frottement interne du

matériau. Lorsque ϕ = 0 , on se ramène au critère de Tresca.

Dans l’espace des contraintes principales (σ1 , σ2 , σ3 ) , la surface définie par la fonction de charge F

est une pyramide de section hexagonale ayant pour axe la droite d’équation : σ1 = σ 2 = σ 3 . Cette

pyramide dégénère en cylindre lorsque ϕ = 0 .

6.3.2.2 - Notion de règle d’écoulement

Soit ( σ, k p ) un état de contraintes et un état d’écrouissage correspondant à une étape de

chargement donnée. Si cet état est tel que F ( σ, k p ) < 0 , σ est intérieur au domaine d’élasticité

actuel, donc la variation de déformation est purement élastique :

dε = dε .
el

Si cet état est tel que F ( σ, k p ) = 0 , σ se trouve sur la frontière du domaine. Pour décrire dans ce

cas le comportement du matériau, il convient de distinguer deux situations selon que le point matériel
est en chargement ou en déchargement. Lorsque l’état de contrainte actuel σ est situé sur la surface

de charge et a tendance à sortir de cette surface, le matériau est dit en chargement ; d’une façon plus
mathématique, cette condition s’écrit :

il y a chargement si il y a déchargement si
( ) ( )
F σ, k p = d F σ, k p = 0 (
F σ, k p = 0)
∂F ∂F
: dσ > 0 : dσ < 0
∂σ ∂σ
d ε = dε + dε d ε = dε
el p el

139
La règle d’écoulement a pour objet d’exprimer dε p en fonction de σ et d σ , et de l’état

d’écrouissage représenté par k p . Ceci peut être fait en tenant compte du “principe du travail

plastique maximal” énoncé par Hill (1950), qui donne la relation suivante, pour un point régulier de
la frontière d’élasticité :
∂F
dε = dλ dλ > 0
p
, (6.5)
∂σ

où d λ désigne le multiplicateur plastique. Dans ce cas, toutes les vitesses de déformation possibles

sont coaxiales à la normale extérieure à la frontière et ne dépendent que du scalaire dλ , qui est non
nul si et seulement si le point matériel est en état de chargement.

On introduit également, lorsqu’il y a écrouissage, la variable H ( σ, k p ) , appelée module

d’écrouissage et définie par la relation :


∂F
H dλ = : dσ .
∂σ

La formule 6.5 explique le nom de potentiel plastique donné à la fonction de charge F dans
l’hypothèse du principe du travail plastique maximal.

On dit qu’un matériau est standard s’il obéit à ce principe de travail plastique maximal ; son
potentiel plastique est dit associé. Ceci est en général vrai pour les métaux et autres matériaux dont le
critère de plasticité est indépendant de la contrainte moyenne. Dans les autres cas, fréquemment
rencontrés dans les sols, le matériau est dit non-standard et on introduit un potentiel plastique G,
différent de la fonction de charge F, telle que la règle d’écoulement devienne :
∂G
dε = dλ dλ > 0
p
,
∂σ

La règle d’écoulement est dite non associée à la surface de charge. Le potentiel plastique G définit la
direction de la vitesse de déformation plastique, mais également ce que l’on appelle mécanisme de
plastification, ou mécanisme plastique.

Pour le cas du critère de Mohr-Coulomb, le potentiel plastique s’écrit, en fonction des contraintes
principales extrêmes :
G ( σ ) = σ 1 − σ 3 − (σ1 + σ 3 ) sin ψ + constante

où ψ désigne l’angle de dilatance ( ψ = ϕ si la règle d’écoulement est associée).

140
6.3.2.3 - Relations incrémentales pour un seul mécanisme plastique

Les incréments de déformation élastique dε el et de contrainte d σ sont liés par l’intermédiaire du

tenseur d’élasticité D EL , ou son inverse C EL :

dσ = D : dε dε = C : dσ
EL el el EL
ou

Si, de plus ( σ, k p ) représente l’état de contrainte et d’écrouissage situé sur la frontière du domaine

d’élasticité actuel, les relations suivantes sont vérifiées :

 (
 F σ, k p ) = 0
 ∂G
 dε = d ε + dε = dε + α dλ
el p el

 ∂σ

avec α = 0 s’il y a déchargement et α = 1 s’il y a chargement.

Avant de définir complètement la relation de comportement, il convient d’exprimer le multiplicateur


plastique, soit en fonction de l’incrément de déformation pour un chemin en déformation imposée,
soit en fonction de l’incrément de contraintes pour un chemin en contrainte imposée. Ce calcul est
effectué en appliquant la condition de consistance d F = 0 , qui indique que l’état de contrainte doit

rester sur la surface de charge au cours du chargement (F = 0) . Cette condition de consistance

s’écrit :
∂F ∂F
d F ( σ, k p ) = : dσ + dk p = 0
∂σ ∂kp

Les incréments de contrainte d σ peuvent s’exprimer sous la forme :

 ∂ G 
dσ = D
EL
: dε
el
= D
EL
(
: d ε − dε
p
)= D
EL
:  dε − dλ
 ∂ σ 

Puis en multipliant chaque membre de cette relation par ∂ F ∂ σ , il vient

∂F ∂ F EL ∂ F EL ∂ G
: dσ = : D : dε − dλ :D : = dλ H
∂σ ∂σ ∂σ ∂σ

141
D’où l’on déduit l’expression du multiplicateur de plasticité :
∂ F EL
: D : dε
∂σ
dλ =
∂ F EL ∂ G
H+ :D :
∂σ ∂σ

On peut également, à partir des relations précédentes, écrire une “loi incrémentale” liant les
incréments de déformations aux incréments de contraintes, soit

  EL ∂ G   
 D :  ⊗  ∂ F : D 
 ∂ σ  ∂σ 
 EL     : dε
dσ = D : dε =  D −
EP
∂ F EL ∂ G 
(6.6)
 H + :D : 
 ∂σ ∂σ 
 

6.3.3 - Intégration de la loi de comportement dans le module MCNL

D’une manière générale, les sous-programmes du code de calcul CESAR-LCPC peuvent être
classés selon trois niveaux de programmation distincts (Mestat, 1998) :

- un niveau global spécifique à l’ensemble du maillage et qui correspond à une étape dans un
algorithme de résolution. Ce niveau est indépendant du type d’élément fini ;

- un niveau élémentaire, qui dépend de la nature et du type d’éléments finis. C’est le niveau de
calcul et d’assemblage pour un élément fini ;

- un niveau local, qui caractérise le calcul en un point matériel, représenté par un nœud ou par un
point d’intégration interne à l’élément fini. Ce niveau est, en général, indépendant de la nature et
du type des éléments finis. C’est le niveau d’application d’une loi de comportement pour la
détermination du champ de contraintes et l’actualisation de toutes les quantités non linéaires à
partir d’un accroissement du champ de déformations et de l’histoire des sollicitations.

C’est ce dernier niveau qui est utilisé pour la programmation de l’élasticité non-linéaire et de la
plasticité dans CESAR-LCPC. Dans le cas d’un comportement non-linéaire, le passage au point
matériel a pour objet, non seulement de déterminer un état de contraintes correspondant à un état de
déformations par l’application d’une loi de comportement, mais également d’actualiser plusieurs
quantités scalaires ou tensorielle selon la forme de la loi.

142
Dans le code de calcul CESAR-LCPC, les lois de comportement sont réparties en différentes
classes de lois (tableau 6.1), la valeur du paramètre KMOD (IMOD) permettant de sélectionner le
sous-programme qui traite les non-linéarités de la classe à laquelle appartient la loi de numéro
IMOD. Le sous-programme, associé à chaque classe, reproduit la procédure de calcul des
contraintes à partir des déformations et d’une éventuelle évolution de quantités non linéaires.

Tableau 6.1 : Description des classes de lois de comportement (Mestat, 1998)

KMOD (IMOD) Classe de lois de comportement Sous-programme


0 Elastoplasticité à 1 mécanisme - élasticité linéaire CPLAS1
1 Elastoplasticité à 2 mécanismes - élasticité linéaire CPLAS2
2 Elasticité non linéaire incrémentale ELNOLI
3 Elastoplasticité à 1 mécanisme - élasticité non linéaire CNOLI1
4 Elastoplasticité à 2 mécanismes - élasticité non linéaire CNOLI2
5 Elasticité non linéaire non incrémentale ELASNI
6 Elasticité linéaire par morceaux ELASMO
7 Elasticité quasi-linéaire de type Duncan CDUNCA

Dans le cadre de notre étude, des modifications ont été introduites dans le sous-programme
CNOLI1 traitant de l’élastoplasticité à 1 mécanisme avec une élasticité non-linéaire. On a
notamment défini une nouvelle loi élastique non-linéaire (IMOD = 98) caractérisée par 12

paramètres ;
- le poids volumique γ
- le module d’Young E,
- le coefficient de Poisson ν,
- la pression de gonflement σ g ,

- l’indice de gonflement Bg ,

- le facteur d’anisotropie β,
- les trois composantes du vecteur normal à la stratification n i ,

- la cohésion c,
- l’angle de frottement interne ϕ ,

- et l’angle de dilatance ψ .

143
La programmation de chaque loi est effectuée dans un sous-programme particulier. Le fichier
lmmod1.f regroupe l’ensemble des sous-programmes relatifs à la partie plastique des lois de
comportement élastoplastique, en particulier la loi de Mohr-Coulomb choisie dans le modèle. La
partie élastique non-linéaire des lois de comportement élastoplastique est traitée à part, généralement
dans les sous-programmes MATRNL et ELASNL, lorsque l’élasticité peut se mettre sous la forme
linéarisée de type Hooke :
dσ = 2 µ eq ( σ ) d ε + λ eq ( σ )(d trε ) 1

où µ eq ( σ ) et λ eq ( σ ) sont les coefficients de Lamé équivalents.

Dans notre cas, la formulation incrémentale ne permet pas de définir des coefficients de Lamé
équivalents du fait des termes d’anisotropie du gonflement. C’est pourquoi on a créé un sous-
programme MTGONF dont les caractéristiques sont détaillées dans l’annexe E.

Pour la loi de comportement considérée, il existe donc deux sous-programmes MTGONF et


PLASN1 qui calculent les quantités non-linéaires, l’actualisation des contraintes étant réalisée par le
sous-programme CNOLI1, dont l’organisation de la programmation est présentée sur la figure 6.2.
Avec les valeurs des paramètres mécaniques, les quantités non-linéaires sont calculées à partir de
l’équation 6.4 pour le gonflement (sous-programme MTGONF) et de l’équation 6.6 pour la
plasticité (PLASN1). L’ensemble des éléments introduits dans CESAR pour ce développement est
présenté dans l’annexe E.

• Boucle sur les pas d’intégration,


• Calcul du tenseur de comportement élastique et du champ de contraintes d’origine élastique (appel
de MTGONF et incrémentation),
• Calcul du champ de contraintes d’origine plastique (appel de PLASN1),
Actualisation du champ de déformations plastiques,
Actualisation du champ de contraintes,
• Fin de la boucle sur les pas d’intégration,
Retour au sous-programme CTMCNL, qui intègre les lois incrémentales non linéaires.

Figure 6.2 : Organisation simplifiée du sous-programme CNOLI1

Cette programmation correspond à un algorithme d’intégration explicite des relations incrémentales


de l’élastoplasticité avec une sous-incrémentation.

144
6.3.4 - Description des méthodes de résolution numérique

D’une façon générale, un algorithme de résolution en comportement non-linéaire est composé de


deux niveaux (Mestat, 1993) :

- un niveau global, où est effectué le calcul du champ de déplacements aux nœuds de la structure
discrétisée par l’inversion d’un système d’équations algébriques ;

- un niveau local, où est effectué le calcul du tenseur des contraintes en un point matériel (point
d’intégration interne à l’élément fini) à partir du tenseur de déformations et de l’histoire d’un
certain nombre de quantités tensorielles ou scalaires.

Ces deux niveaux ont une grande influence réciproque sur le processus de résolution ; pour sa part,
le niveau local de calcul du tenseur des contraintes est actuellement bien maîtrisé, même dans les cas
complexes de lois de comportement incrémentales par des schémas d’intégration implicites ou
explicites. Comme il est impossible de réduire le temps de calcul à ce niveau, il faut chercher à
améliorer le schéma global de résolution.

6.3.4.1 - Généralités sur la méthode de résolution

Le traitement par la méthode des éléments finis de type déplacement d’un problème mécanique,
faisant intervenir divers matériaux obéissant chacun à une loi de comportement non linéaire donnée,
conduit, d’une façon générale, à la résolution d’un système d’équations algébriques de la forme
suivante :
Φ (u , α ) = R(u ) − λ(t ). P = 0
Φ est appelé vecteur résidu, il exprime l’état de déséquilibre de la structure à un instant t pour la
sollicitation imposée. u désigne le vecteur des déplacements des nœuds de la discrétisation spatiale.
R (u ) est le vecteur des forces nodales correspondant aux contraintes dans la structure à l’instant t.

P représente le vecteur chargement total appliqué à la structure et λ(t ) la proportion du chargement

exercée à l’instant t.

La solution du système d’équations est en fait un couple ( u,λ) associant la réponse en

déplacements de la structure à la sollicitation qu’elle subit. La résolution directe de ce système est le


plus souvent impossible à cause des non-linéarités introduites par les lois de comportement. Un
processus itératif est alors nécessaire.

145
6.3.4.2 - Principe de la résolution par un processus itératif

Le processus itératif le plus couramment utilisé est fondé sur une méthode de linéarisation des
équations d’équilibre. La linéarisation consiste à trouver une matrice K telle que, si u1 et u2 sont deux
champs de déplacements à des instants de sollicitations différentes et, λ 1 et λ 2 les facteurs de

charge correspondant, on ait :


Φ ( u 2,λ2 ) = Φ ( u1 , λ 1 ) + K . ( u 2 − u1 ) − ( λ 2 − λ1 ) P
Φ désignant le vecteur résidu linéarisé.

Dans la grande majorité des cas, le calcul exact de K est impossible : il est alors nécessaire de
construire une approximation de celle-ci. Plusieurs méthodes existent et chacune a donné naissance à
un schéma de résolution (figure 6.4).

Supposons la matrice K construite, et ( u o , λ o ) une solution approchée du système précédent telle

que Φ (u o , λ o ) ≠ 0 , où . représente la norme euclidienne. Alors la solution de

Φ ( u o + ∆ u, λ o + ∆ λ ) = 0 constitue une nouvelle approximation de la solution exacte ; si celle-ci

existe, u 1 est déterminé par la résolution suivante :

∆ u = u 1 − u o = − K −1 . { Φ ( u o , λo ) − ( λ1 − λ o ) P }

On peut construire ainsi un processus itératif. Pour une itération i, K i et Φ ( u i , λ i ) sont calculés,

puis u i+1 est déterminé si la matrice K i est inversible par la relation :

∆ u i = u i+1 − u i = − K i−1 . {Φ ( u i , λ i ) − ( λ i+ 1 − λ i ) P }
Pour construire effectivement la suite ( u i , λi ) , il est indispensable de disposer d’une relation

complémentaire, liant le facteur de charge et le champ de déplacements, afin de disposer d’autant


d’équations que d’inconnues (n déplacements et 1 facteur de charge). Plusieurs types de relations
complémentaires ont été proposés dans le but de résoudre des problèmes linéaires plus ou moins
complexes.

Pour résoudre les lois de comportement étudiés en mécanique des sols, la relation utilisée s’écrit
∆ λ i = 0 . Le facteur de charge est imposé et fixé pour toutes les itérations du calcul ( λ i = λ ) , c’est

le processus itératif classique. Dans le cas d’une modélisation unidimensionnelle, la solution du


problème est l’intersection entre la droite de chargement imposé, ou d’équilibre, et la courbe
représentant le comportement non-linéaire (figure 6.3).

146
Figure 6.3 : Résolution classique ∆ λ i = 0

6.3.4.3 - Algorithme de résolution en comportement non linéaire

Si la suite des déplacements u i converge , sa limite est solution du problème mécanique

Φ ( u, λ ) = 0 , vecteur résidu non-linéarisé. La convergence de cette suite est en fait apprécié par

rapport à plusieurs tests numériques que l’on ne développera pas ici. De plus, pour que ces résultats
deviennent valables, il convient de calculer avec soin le vecteur résidu à chaque itération. En effet, le
processus itératif suppose que la loi de comportement permet de calculer la valeur exacte du
déséquilibre, ou résidu, en fonction de la seule connaissance des quantités actualisées (déplacements,
facteur de charge, quantités non linéaires).

Si B représente la matrice des dérivées des fonctions d’interpolation et Ω le domaine de


discrétisation, le vecteur résidu s’écrit :

Φ ( u i +1 , λ ) = − λ P + ∫B
t
σ i+1 dΩ

Afin de réduire ce risque d’erreur dans le calcul du vecteur résidu, il est prudent de procéder au
chargement de façon incrémentale. Le chargement total P à appliquer est divisé en un nombre fini
d’accroissements dont la définition est liée, si possible, à des étapes réelles de la construction ou du
chargement de la structure. Seuls les accroissements, ou incréments, ont une signification physique ;
par contre, les itérations n’ont pas de signification physique, puisque les résultats ne vérifient par
simultanément le système d’équilibre et les équations de la loi de comportement. Toutes ces
considérations permettent de construire l’algorithme de résolution pour un problème en
comportement non linéaire (figure 6.4). Cet algorithme est très général, il est valable pour toutes les
lois de comportement, incrémentales ou non. Au cours d’une itération, ces lois interviennent à deux

147
niveaux : d’une part, dans la construction de la matrice de rigidité K et, d’autre part, dans le calcul
du tenseur des contraintes en chaque point matériel.

Initialisations σ1o et u 1o - calcul de K o

Incrément j

Incrémentation de la charge : Φ 1j = P j − P j−1

Itération i
Calcul de la matrice de rigidité K i

u ij+1 = u ij − Ki−1 . Φ ij

Calcul des contraintes par la loi de comportement σi+j 1

Calcul du résidu exprimant le déséquilibre Φ ij+1 = − P j + ∫ B t σ ij+1 dΩ


Test de convergence ?
Si non convergence, i = i + 1
Si convergence, j = j + 1

Figure 6.4 : Algorithme de résolution en comportement non linéaire, où B représente la matrice des
dérivées des fonctions d’interpolation, σ ij le tenseur des contraintes à l’itération i de l’incrément j et
Ω le maillage (d’après Mestat, 1993).

6.3.4.4 - Expression de la matrice de rigidité tangente

La matrice de rigidité tangente K est construite par une procédure de linéarisation du vecteur résidu.
Une façon classique de procéder consiste à effectuer un développement limité au premier ordre de
l’équation représentant l’équilibre du système mécanique :

 ∂Φ 
Φ(u + ∆u ) ≈ Φ(u ) +   . ∆u
 ∂ u 
On appelle matrice de rigidité tangente, pour l’itération i d’un incrément j, la matrice définie par la
relation :

∂ Φ
Ki = −  
 ∂u 
Ce procédé de construction de la matrice K i est appelé méthode de Newton-Raphson. Toutefois,

le calcul exact de la matrice tangente à une itération quelconque est très rarement possible car il faut

148
estimer toutes les dérivées partielles du vecteur résidu par rapport au champ de déplacements (u i ) .

Autrement dit, en supposant que le domaine Ω ne varie pas avec le champ de déplacements
(hypothèse des petites transformations), il est nécessaire de calculer l’expression suivante, écrite sous
une forme symbolique :
∂Φ ∂σ ∂σ
∂u
= ∫ Bt
∂u
d Ωe = ∫ Bt
∂ε
B d Ωe
Ω Ω

∂σ 
Toute la difficulté est alors reportée sur le calcul du tenseur 
∂ ε 
. Devant l’impossibilité de ce

calcul, les auteurs confondent, d’une manière générale, ce tenseur avec le tenseur de comportement
D reliant les déformations et les contraintes incrémentales :

d σ = D ( σ ): d ε

Ces difficultés théoriques et le coût du calcul d’une matrice de rigidité à chaque itération (assemblage
et triangularisation) sont à l’origine de nombreuses recherches visant à réduire de manière importante
les temps de calcul sans nuire à la qualité de la solution du problème mécanique. Ainsi, de nombreux
auteurs ont proposé d’approcher la matrice de rigidité tangente K i par un calcul à une itération

précédente p et de conserver cette matrice pendant tout l’incrément jusqu’à l’obtention d’une
convergence satisfaisante. La matrice K i est alors de la forme :

 ∂Φ 
Ki = −   (u p ) avec 0 < p < i
 ∂ u 

Encore plus simplement, il est possible de conserver, durant tous les incréments, la matrice de rigidité
calculée lors de l’étape initiale. Cette méthode est appelée méthode de Newton-Raphson modifiée
ou encore méthode des contraintes initiales ; sa simplicité et sa robustesse font que cette méthode
est la plus couramment utilisée dans les codes de calcul actuels, même si les temps de calcul
demeurent importants.

Le désavantage relatif de la méthode des contraintes initiales apparaît sur l’exemple présenté dans la
partie suivante. Cette méthode converge moins vite que la méthode de résolution utilisant la matrice
de rigidité tangente. Toutefois, si l’on perd en nombre d’itérations, on reste assez souvent gagnant en
termes de coût de calcul car, pour une modélisation de taille importante, l’assemblage et l’inversion
de la matrice prennent beaucoup plus de temps que la résolution du système d’équations linéaires à

149
chaque itération. Ces deux méthodes de résolution vont être comparées dans un problème concret
où il y a deux sources de non linéarités : le gonflement mécanique d’une part, et la plasticité d’autre
part.

Après avoir détaillé le travail numérique réalisé dans le code de calcul CESAR-LCPC, on validera
dans la suite la programmation de la loi élastoplastique de gonflement à l’aide de la simulation d’une
phase de déchargement d’un essai de gonflement dont la solution analytique a été présentée au
chapitre 5.

6.4 - Etude numérique du déchargement mécanique et


comparaison avec la solution analytique

Dans le chapitre 5, un modèle de caractérisation du gonflement de terrain gonflant a été établi et une
solution analytique a été formulée en élastoplasticité (paragraphe 5.4). Dans cette partie, le modèle
est étudié numériquement et les résultats sont comparés à la solution analytique afin de s’assurer que
la loi de comportement élastoplastique est correctement programmée dans le logiciel CESAR-
LCPC.

6.4.1 - Influence du maillage sur les résultats numériques

On s’est intéressé, dans un premier temps, à la détermination d’un maillage convenable. Pour cela,
on a effectué quelques calculs avec différents maillages carrés pour étudier l’influence du maillage sur
la résolution de la loi élastique non linéaire. On a repris le calcul de déchargement avec uniquement la
loi de gonflement et un facteur d’anisotropie de gonflement β égal à 0,9 (formule 5.2).

Le calcul analytique a montré que le problème était unidimensionnel avec comme seule variable la
hauteur z. Différents maillages, présentant une finesse croissante le long de l’axe vertical, ont été
testés (tableau 6.2).

Tableau 6.2 : Présentation des différents maillages étudiés

Nom du maillage Découpage horizontal Découpage vertical Nombre d’éléments


carr1 1 2 2
carr2 5 10 50
carr3 20 40 800

150
Les figures 6.3 et 6.4 représentent respectivement la contrainte horizontale et la déformation verticale
obtenues dans l’échantillon en fin de déchargement, c’est-à-dire lorsque le taux de déconfinement λ
est égal à 1. Les résultats obtenus pour les différents maillages avec la méthode des contrainte
initiales sont comparés à la solution analytique. On constate que les différents maillages donnent des
résultats satisfaisants qui diffèrent peu avec le calcul analytique.

carr1 carr2
Hauteur de l'échantillon z (m)

0,8
carr3 Théorie

0,6

0,4

0,2

0
0 500 1000 1500 2000
Contrainte horizontale σxx (kPa)

Tableau 6.3 : Influence du maillage sur la contrainte horizontale le long de l’échantillon

1
Hauteur de l'échantillon z (m)

carr1 carr2
0,8
carr3 Théorie

0,6

0,4

0,2

0
-4 -3 -2 -1 0
Déformation axiale ε zz (%)

Tableau 6.4 : Influence du maillage sur la déformation axiale le long de l’échantillon

151
Pour la suite des calculs, on a choisi de conserver le maillage assez raffiné carr3, qui peut représenter
la taille d’une zone gonflante (en nombre d’éléments) dans un calcul de tunnel. On étudie dans la
suite l’influence de la méthode de résolution sur les résultats de calcul, pour ce maillage.

6.4.2 - Influence de la méthode de résolution

Traditionnellement, les problèmes de mécanique des sols sont traités avec la méthode des contraintes
initiales dans le prologiciel CESAR-LCPC. Cette méthode donne des résultats très satisfaisants dans
la résolution des problèmes non-linéaires (la plasticité, par exemple) mais n’optimise pas vraiment le
temps de calcul en raison de la lenteur de la convergence. Dans notre cas, la loi de comportement
présente deux sources de non-linéarités : le gonflement et la plasticité. On notera que le gonflement
peut être fortement anisotrope si le facteur d’anisotropie se rapproche de 1. Toutes ces remarques
ont poussé à adapter une méthode de résolution existante plus efficace en prévision des non-
linéarités rencontrées dans les calculs élastoplastiques de gonflement précédents.

La méthode de résolution choisie ici est la méthode Newton-Raphson, méthode qui nécessite
l’assemblage et l’inversion de la matrice de rigidité tangente à chaque itération. Pour utiliser cette
méthode, quelques modifications ont été nécessaires dans la programmation initiale de la loi de
gonflement. L’apport de cette méthode de résolution n’est appréciable que si elle réduit
considérablement le nombre d’itérations de calcul.

Les tableaux 6.5 e 6.6 permettent de comparer des résultats de calculs identiques effectués avec la
méthode des contraintes initiales (tableau 6.5) et avec la méthode de Newton-Raphson (tableau
6.6).

Les calculs b(i) et b(i)p correspondent respectivement au déchargement avec la loi de gonflement
sans et avec la prise en compte de la plasticité. Les mêmes cas de calcul ont été repris avec la
méthode de Newton-Raphson ; ils sont identifiés par la lettre t (tableau 6.6).

On constate que la méthode des contraintes initiales génère de nombreuses itérations pour la
résolution de la loi de gonflement et de la plasticité. Ce nombre d’itérations est d’autant plus grand
que l’anisotropie de gonflement est marquée et que la plasticité se manifeste.

Par contre, la méthode de Newton-Raphson tend à converger très rapidement, quel que soit le
facteur d’anisotropie. Le temps de calcul effectif est nettement plus faible pour la méthode de

152
Newton-Raphson que pour la méthode des contraintes initiales. On remarquera de plus qu’on a
choisi une tolérance de résolution plus faible pour la méthode de Newton-Raphson (0,001) que pour
la méthode des contraintes initiales (0,01) pour affiner la solution obtenue.

Tableau 6.5 : Résultats obtenus avec la méthode des contraintes initiales


Facteur Nombre d’itérations
Nom du Nombre
d’anisotropie Tolérance par incrément Temps de calcul
calcul d’incréments
β (min-max)
b0 0 10 0,01 8 15 min.
b5 0,5 10 0,01 17 - 28 42 min.
b9 0,9 10 0,01 28 - 332 2 h 51 min.
b1 1 12 0,01 30 - 1904 12 h
b0p 0 16 0,01 8 – 576 9 h 6 min.
b5p 0,5 17 0,01 17 – 790 12 h
b9p 0,9 15 0,01 28 – 1254 16 h 54 min.
b1p 1 12 0,01 30 - 1904 12 h

Tableau 6.6 : Résultats obtenus avec la méthode de Newton-Raphson

Facteur Nombre d’itérations


Nom du Nombre
d’anisotropie Tolérance par incrément Temps de calcul
calcul β d’incréments
(min – max)
b0t 0 10 0,001 3 11 min.
b5t 0,5 10 0,001 3-4 12 min.
b9t 0,9 10 0,001 3–5 14 min.
b1t 1 12 0,001 3-5 18 min.
b0pt 0 16 0,001 3–4 21 min.
b5pt 0,5 17 0,001 3 – 32 1h
b9pt 0,9 16 0,001 3 – 11 37 min.
b1pt 1 12 0,001 3-5 17 min.

Les figures 6.5 et 6.6 représentent respectivement l’évolution de la contrainte horizontale et de la


déformation verticale calculée avec les deux méthodes de résolution. Le calcul correspond à l’étude
du déchargement mécanique avec gonflement et un facteur d’anisotropie égal à 0,9. On remarque
que les deux méthodes donnent des résultats très proches de la solution analytique.

153
1500

σxx (kPa)
1000

Contrainte horizontale
Théorie

Méthode des contraintes initiales


500
Méthode de Newton-Raphson

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ
Figure 6.5 : Comparaison des méthodes de résolution pour le calcul de la contrainte σ xx

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0

-0,5
Déformation axiale εzz (kPa)

-1

-1,5

-2
Théorie
-2,5
Méthode des contraintes initiales

-3 Méthode de Newton-Raphson

-3,5

Figure 6.6 : Comparaison des méthodes de résolution pour le calcul de la déformation axiale ε zz

Les tableaux et les figures qui précèdent illustrent clairement l’intérêt de la méthode de Newton-
Raphson pour la résolution le loi de comportement non-linéaire choisie. Avec la même précision
dans les résultats, cette méthode est beaucoup plus rapide que la méthode des contraintes initiales
pour la résolution du problème avec le maillage de 800 éléments carr3.

6.4.3 - Comparaison des résultats numériques avec la solution analytique

Après avoir déterminé un maillage et une méthode de résolution adaptés au phénomène de


gonflement et de plasticité, l’étape suivante de validation a consisté à comparer les résultats de
calculs numériques et analytiques dans le cas le plus général, où les phénomènes de gonflement et de
plasticité se manifestent après un déchargement simplement élastique.

154
L’objet de cette étude était notamment de mettre en évidence la limite d’apparition du gonflement

λg (β) et la limite d’apparition de la plasticité λp (β) . Les paramètres mécaniques utilisés sont

identiques à ceux de la partie 5.4.

Les figures 6.7 et 6.8 représentent respectivement l’évolution de la contrainte horizontale et de la


déformation axiale au cours du déchargement pour les calculs analytique et numérique. On constate
que la solution numérique approche parfaitement la solution analytique en termes de contraintes
(figure 6.7) et de déformation (figure 6.8). Ces vérifications confirment la validité de la loi de
gonflement associée à la plasticité introduite dans le code de calcul CESAR-LCPC.
3000
β=0 β = 0,5
β = 0,9 β=1
σxx (kPa)

calcul b0pt calcul b5pt


calcul b9pt calcul b1pt
2000
Contrainte horizontale

(a)
1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

3000
β=0 β = 0,5
σxx (kPa)

β = 0,9 β=1
calcul b0gpt calcul b5gpt
calcul b9gpt calcul b1gpt
2000
Contrainte horizontale

(b)

1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 6.7 : Comparaison des résultats des calculs numériques et analytiques obtenus pour
l’évolution de la contrainte horizontale σ xx avec σ g = 10 000 kPa et plasticité (a) ou avec
σ g = 1 000 kPa et plasticité (b)

155
Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0

ε zz (%)
-1

Déformation axiale
(a) -2

β=0 β = 0,5
-3
β = 0,9 β=1

-4 calcul b0pt calcul b5pt

calcul b9pt calcul b1pt

-5

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
Déformation axiale ε zz (%)

-1

(b) -2

β=0 β = 0,5
-3 β = 0,9 β=1

calcul b0gpt calcul b5gpt


-4
calcul b9gpt calcul b1gpt

-5

Figure 6.8 : Comparaison des résultats des calculs numériques et analytiques obtenus pour
l’évolution de la déformation axiale ε zz avec σ g = 10 000 kPa et plasticité (a) ou avec
σ g = 1 000 kPa et plasticité (b)

La même conclusion a également été obtenue dans le cas du calcul axisymétrique. Dans ce dernier
cas, l'hypothèse initiale (K ox = K oy ) entraîne l'isotropie dans le plan horizontal (σ xx = σ yy ) ou

(σ rr = σ θθ ) au cours du déchargement.

156
6.5 - Conclusions

Ce chapitre a présenté les deux principales étapes de la mise en place de la loi élastoplastique de
gonflement dans le code de calcul CESAR-LCPC : la programmation proprement dite de la loi
élastique non-linéaire de gonflement et de la plasticité, d’une part, et la validation numérique de la loi
élastoplastique par comparaison avec une solution analytique caractérisant un essai de type Huder-
Amberg, d’autre part. La concordance des résultats numériques et analytiques a confirmé la
programmation correcte de la loi élastoplastique dans le logiciel CESAR-LCPC.

Deux méthodes de résolution ont été programmées pour tenir compte des deux sources de non-
linéarités : le gonflement et la plasticité. La méthode des contraintes initiales classiquement utilisée
peut aboutir à un temps de calcul très long pour une anisotropie marquée en cas d’apparition de la
plasticité. Dans ce cas, la méthode de Newton-Raphson, qui calcule à chaque itération la matrice de
rigidité tangente, converge beaucoup plus vite. Dans un cas général de calcul de tunnel, la méthode
de Newton-Raphson est donc recommandée si l’anisotropie du gonflement est marquée et si la taille
réelle de la zone gonflante ne comporte pas trop d’éléments.

157
158
Partie III :

Applications du modèle de gonflement

159
160
Chapitre 7 :

Calage de la loi de comportement

sur les essais de gonflement

7.1 - Introduction

Le présent chapitre présente l’application de la loi de comportement proposée à la simulation


d’essais de gonflement réalisés au Laboratoire Régional des Ponts et Chaussées d’Aix-en-Provence.
L’étude conduit à la mise au point d’une méthodologie de calage des essais de gonflement.

On présente dans un premier temps l’appareil œdométrique et la procédure d’essai utilisée. Parmi les
différents types d’essais de gonflement présentés dans le chapitre 1, on retiendra essentiellement les
essais de type Huder-Amberg (1970) recommandés par la Société Internationale de Mécanique des
Roches (ISRM, 1989), qui permettent de mettre en évidence un gonflement mécanique au cours
d’une phase de déchargement sous imbibition.

La simulation numérique de cette phase de déchargement sous imbibition permettra de s’assurer de


la pertinence du modèle et de déterminer les paramètres de gonflement les mieux adaptés pour
chaque essai.

161
Après quelques calages insatisfaisants sur certains essais, une modification de la loi de gonflement a
été proposée pour mieux caractériser le comportement tridimensionnel du gonflement et fournir une
méthodologie de calage plus cohérente avec le comportement observé sur les différents essais de
gonflement. L’analyse montre également que l’imbibition semble réduire la résistance du matériau.

7.2 - Description de la procédure expérimentale à l’œdomètre “Ko”

L’analyse expérimentale du phénomène de gonflement a été effectuée en collaboration avec le


Laboratoire Régional des Ponts et Chaussées d’Aix-en-Provence, qui a réalisé plusieurs campagnes
d’essais de gonflement dans le cadre de projets récents de tunnels : Chamoise (A40) et Tartaiguille
(TGV Méditerranée) déjà creusés et Mont Sion (A41 Annecy-Genève) en phase d’étude.

Pour appliquer la loi tridimensionnelle, il est nécessaire de connaître expérimentalement le


comportement horizontal de l’échantillon, c’est-à-dire de mesurer, à déformations horizontales
empêchées, la contrainte horizontale au cours de l’essai. Ceci nécessite l’emploi d’un œdomètre
modifié, appelé aussi œdomètre “K o ”. Dans la suite, les essais réalisés à l’œdomètre “K o ” seront

appelés essais de gonflement “ K o ”.

7.2.1 – Présentation de l’œdomètre Ko à haute pression

Cet appareil a été construit par le CECP d’Angers (1983) selon un principe simple, afin d’effectuer
des essais œdométriques avec mesure de la contrainte latérale à un coût réduit (pas
d’asservissement) et sur des matériaux intacts, jusqu’à une contrainte axiale de 20 MPa. La figure
7.1 représente une photo et une coupe de l’appareil.

L’éprouvette circulaire (de diamètre d o = 60 mm et de hauteur h o = 25 mm ) est montée à l’aide

d’une trousse spéciale dans une bague placée entre une embase et une tête hémisphérique (figure
7.1.b). La bague en acier inoxydable est munie de jauges de déformations. Elle est étalonnée en
remplaçant l’éprouvette par de l’eau en pression ou par une membrane de caoutchouc chargée
verticalement. Dans ce cas, la bague œdométrique est étalonnée en faisant l’hypothèse d’un
coefficient de Poisson du caoutchouc égal à 0,5. Deux bagues de différentes sensibilités sont
disponibles : 0-2 MPa et 0-20 MPa.

162
L’embase et la tête possèdent des disques poreux encastrés communiquant vers des robinets
extérieurs par des conduits. Un corps en acier assure le guidage des différentes parties de
l’œdomètre “ K o ” à haute pression et lui confère une bonne rigidité. L’appareil a une taille semblable

à celle d’une cellule triaxiale et peut être mis en place sur une presse.
En pratique, l’éprouvette est montée dans la bague et, une fois l’œdomètre assemblé, il est placé sur
le plateau d’une presse. Le piston est mis en contact avec l’anneau dynamométrique.

(a) (b)
Figure 7.1 : Photo (a) et coupe (b) de l’œdomètre “ K o ” à haute pression

7.2.2 - Procédure d’essai

En s’inspirant de la procédure d’Huder-Amberg (1970) décrite dans le paragraphe 1.4.3.2.4, la


procédure retenue par le LRPC d’Aix-en-Provence a été la suivante (Serratrice, 1998) :
- découper l’éprouvette dans un bloc ; le découpage est effectué par carottage à sec ou
manuellement à l’aide d’une trousse coupante dans le cas des matériaux tendres ; mesurer et
peser l’éprouvette pour déterminer son poids volumique initial,
- introduire l’éprouvette dans la bague œdométrique, entre deux plaques poreuses sèches et des
feuilles de papier filtre,

163
- placer la cellule œdométrique sur une presse ; mettre en place les capteurs et effectuer leurs
réglages,
- effectuer un cycle de chargement-déchargement-rechargement en un temps relativement bref en
mode continu ou par paliers jusqu’à une contrainte axiale donnée σ vo ; le matériau reste dans

son état naturel pendant cette phase de l’essai,


- procéder à l’imbibition de l’échantillon en remplissant la cellule par de l’eau désaérée ;
l’imbibition s’effectue par les deux faces de l’éprouvette sous la contrainte maximale donnée. Le
gonflement entraîne une variation de l’effort axial par le jeu de l’anneau dynamométrique ; la
contrainte axiale peut être ou non ramenée à sa valeur initiale par un chargement ou
déchargement approprié, à l’aide de la presse triaxiale. Le suivi du gonflement s’effectue en
principe jusqu’à stabilisation de la déformation axiale ε v ,

- décharger par paliers successifs sous imbibition jusqu’au poids du piston ; le gonflement est
enregistré en continu pendant ces paliers de longue durée (plusieurs jours par palier),
- démonter la cellule œdométrique en fin d’essai ; mesurer et peser l’éprouvette pour déterminer
son poids volumique sec, sa teneur en eau initiale et finale.

L’exploitation des essais s’effectue en exprimant les courbes de déformation verticale ε v , de

contrainte verticale σ v et de contrainte latérale σ h en fonction du temps pour chaque palier de

déchargement sous imbibition. Le potentiel de gonflement se déduit de la comparaison entre la


courbe de déchargement dans son état naturel et la courbe de déchargement sous imbibition dans le
plan (lg σ v , ε v ) .

La principale critique de l’essai tient au problème entre les paliers de déchargement sous imbibition.
La cinétique du gonflement étant très lente en général, les paliers de gonflement ne peuvent pas être
poursuivis indéfiniment jusqu’à stabilisation du gonflement et une part du gonflement sous le palier i
se développe dans le palier i + 1 .

Cependant, l’essai présente l’avantage d’être réalisé sur une seule éprouvette, ce qui évite les
problèmes liés à l’hétérogénéité du matériau pendant les essais de gonflement en parallèle (Serratrice
et Soyez , 1996). Pour la caractérisation du gonflement autour d’un tunnel, l’avantage de l’essai de
type Huder-Amberg est de se rapprocher du chemin de contraintes in situ suivi au cours d’une
excavation.

164
7.3 - Calage des paramètres de gonflement sur les essais

Chaque échantillon testé a été nommé par trois lettres caractérisant le tunnel (CHA pour le tunnel de
Chamoise, TMS pour le tunnel du Mont Sion et TAR pour le tunnel de Tartaiguille), suivies de deux
chiffres pour les identifier.

7.3.1 - Description de la méthodologie de calage

La loi de comportement comprend 12 paramètres dont 6 de gonflement. Le poids volumique γ est

déterminé avec la pesée et la mesure de l’échantillon avant l’essai. Les paramètres élastiques (E, ν )

et plastiques (c, ϕ, ψ ) du matériau dans son état naturel sont déterminés à partir d‘essais classiques,

de compression triaxiale par exemple. Les résultats ont mis en évidence des modules d’Young et des
cohésions très élevés (E de l’ordre du GPa, et c du MPa) pour tous les matériaux, ce qui
correspond à des sols très raides ou à des roches tendres. En supposant ces données fixes, on
peut déterminer les paramètres de gonflement à partir des essais “ K o ”.

7.3.1.1 - Analyse d’un essai de gonflement

Les figures 7.2 et 7.3 représentent l’essai TMS07 respectivement dans le diagramme (lg σ v , ε v ) ,

utilisé pour le calage de la loi de gonflement exprimée en déformations et dans le diagramme


(lg σ v , e) , classiquement utilisé pour l’interprétation des essais œdométriques.
Sur chaque figure, le point A représente l’état de l’échantillon au début de l’essai de gonflement.
Ensuite un chargement rapide sous la contrainte verticale σ vo a été effectué, ce qui correspond au

point B. Dans le cas de l’échantillon TMS07, la contrainte verticale σ vo , égale à 3 MPa, est proche

de la contrainte verticale in situ estimée à 3,6 MPa.


A partir de cette contrainte σ vo , on simule un cycle de déchargement-rechargement (courbe B-E)

sensé éliminer les effets du remaniement (paragraphe 1.4.3.2.4) en supposant que le matériau suivait
la loi élastique de Hooke. On constate que les déformations élastiques correspondant au cycle B-E
sont faibles puisque le module de rigidité est élevé (E = 2 GPa ) .

Le point E correspond ainsi à l’état initial corrigé, après avoir “éliminé” les effets du prélèvement de
l’échantillon. C’est à partir de cet état que l’on détermine les déformations ; ainsi, les effets du
prélèvement correspondent à un gonflement parasite de 1,3 % environ pour l’échantillon TMS07.

165
lg σv (kPa)
E
B
σv o
0
1 10 100 1000 C 10000

(%)
A

εv
-2
Déformation axiale

-4

-6

D Etat imbibé Etat naturel


Gonflement seul Calage
-8

Figure 7.2 : Calage des paramètres pour l’essai TMS07 dans le diagramme (lg σ v , ε v )

Le chemin B-C représente la phase d’imbibition de l’échantillon sous la contrainte verticale σ vo . On

observe que le gonflement est faible pour l’essai TMS 07. Il nécessite tout de même une centaine
d’heures pour se stabiliser. Enfin la phase C-D caractérise le déchargement par paliers de
l’échantillon sous imbibition. L’intersection de la phase de déchargement sous imbibition
(chemin C-D) et de la phase de déchargement dans son état naturel (chemin E-B) définit la pression
de gonflement σ g au sens d’Huder-Amberg.

0,18
Etat imbibé Etat naturel
D
Calage
0,16
Indice des vides e

0,14

0,12

0,1
E C
B
σv o
0,08
1 10 100 1000 10000
lg σ v (kPa)

Figure 7.3 : Calage des paramètres pour l’essai TMS07 dans le diagramme (lg σ v , e)

166
7.3.1.2 – Calage de la loi de gonflement

La loi de gonflement consiste à modéliser le gonflement “mécanique” qui s’exprime au cours de la


phase de déchargement par paliers sous imbibition, soit le chemin C-D. Lors de ce déchargement,

on identifie expérimentalement la déformation de gonflement ε gv en enlevant à la déformation totale

ε v la contribution élastique de Hooke ε Hv comme le préconise la Société Internationale de

Mécanique des Roches (ISRM, 1989) (figure 7.2).

En supposant le plan de stratification horizontal (n = e z ) ) , la loi de gonflement définit la déformation

verticale de gonflement de la façon suivante :

1+ 2β   2 (1 − β) σh + (1 + 2β) σv 
ε gv =   C g lg  

 3   σg 

où σ g désigne la pression de gonflement ou le seuil de gonflement, C g (= 2,3 Bg ) l’indice de

gonflement, β le facteur d’anisotropie et (σ v , σ h ) l’état de contraintes au cours du déchargement.

Pour les différents essais de gonflement, on trace la courbe expérimentale ε gv en fonction de

( )
lg β : σ . La figure 7.4 montre un résultat général observé sur les essais de gonflement “K o ” : plus

le facteur d’anisotropie β se rapproche de 1, plus la courbe obtenue devient linéaire.

Cette observation expérimentale est vérifiée régulièrement à l’exception du ou des derniers points
expérimentaux qui, en général ne sont pas stabilisés à cause de la cinétique très lente du gonflement
pour les faibles contraintes appliquées et aussi, dans certains cas, à cause d’un effet de rupture de
l’échantillon en extension. En effet, les essais de gonflement “ K o ” montrent que la contrainte

horizontale conserve un niveau élevé au cours du déchargement, ce qui conduit à un déviateur négatif
à la fin du déchargement (q = σ v − σh < 0 ) . Si la résistance du matériau est suffisante, les

déformations restent limitées ; dans le cas contraire, il peut y avoir la rupture de l’échantillon et les
déformations d’extension se superposent aux déformations de gonflement.

On élimine aussi les points expérimentaux ne caractérisant aucun gonflement lorsque la contrainte
initiale σ vo est élevée puisqu’ils correspondent à un état de contraintes supérieur au seuil de

gonflement σ g .

167
lg (β:σ )
1 10 100 1000 10000
0

Déformation verticale de gonflement (%)


-2

-4

-6

β=1 β =0,9 β=0,5 β=0


-8

Figure 7.4 : Allure des courbes expérimentales en fonction du facteur β pour l’essai TMS07

La loi de gonflement, qui repose sur une relation linéaire entre la déformation de gonflement et le
logarithme de la contrainte appliquée, semble donc mieux s’adapter aux résultats expérimentaux pour
des facteurs d’anisotropie proches de 1 (figure 7.4).

En sélectionnant les points expérimentaux exprimant uniquement le gonflement mécanique on peut


rechercher une régression linéaire de la forme :

  1+ 2β
( )
ε gv (exp .) = K lg β : σ + k g avec
K =  3  Cg
   ;
k = − K lg (σ )
 g g

dans laquelle la pente K et le “gonflement libre” k g permettent de déterminer respectivement l’indice

de gonflement C g , pour β fixé, et la pression de gonflement σ g . Il est ainsi possible, pour chaque

facteur d’anisotropie β , (le plan de stratification étant supposé horizontal) de déterminer un

couple (C g ,σ g ) approchant au mieux le comportement expérimental.

168
7.3.1.3 – Etude particulière des paliers de déchargement

La loi de gonflement ne prend pas en compte la phase transitoire des paliers de déchargement mais
son analyse permet de tirer des enseignements sur la durée des paliers à prendre en compte pour les
prochains essais de gonflement.

La figure 7.5 représente l’évolution de la déformation verticale ε v en fonction du temps pour chaque

palier de déchargement effectué sur l’échantillon TMS07 . On constate que les 4 paliers
intermédiaires (130 kPa, 300 kPa, 670 kPa et 1420 kPa) se stabilisent au bout de 30 à 50 heures
alors que le dernier palier (3 kPa) n’est pas encore stabilisé après 150 heures soit une semaine.
Cette observation confirme la cinétique lente du phénomène de gonflement, en particulier sous faibles
contraintes, qui comprend aussi des déformations d’extension pour l’échantillon TMS07.

0 50 100
Temps (h) 150
0
Déformation axiale ε v (%)

-1
1420 kPa 670 kPa

300 kPa 130 kPa

3 kPa
-2

-3

-4

Figure 7.5 : Evolution de la déformation axiale ε v à chaque palier (TMS07)

La figure 7.6 représente l’évolution de la déformation verticale ε v en fonction du temps pour chaque

palier de déchargement effectué sur les échantillons CHA02 et TAR08, hormis le dernier palier qui
n’est pas stabilisé au bout de 300 heures pour l’échantillon TAR08. On constate que le phénomène
de gonflement se stabilise plus vite pour les paliers sous fortes contraintes, qui génèrent des
déformations de gonflement limitées. Cependant, après ce gonflement primaire achevé, on observe le
développement d’un gonflement secondaire d’une amplitude plus faible, qui lui n’est pas stabilisé.

169
Temps (h) Temps (h)
0 20 40 60 80 0 20 40 60 80
0 0

1200 kPa 700 kPa


(%)

(%)
-0,2 -0,2 450 kPa 320 kPa
εv

εv
250 kPa
Déformation axiale

Déformation axiale
-0,4 3600 kPa 1800 kPa -0,4

660 kPa 460 kPa

150 kPa
-0,6 -0,6

-0,8 -0,8

(a) (b)
Figure 7.6 : Evolution de la déformation axiale ε v à chaque palier de déchargement pour les
échantillons CHA02 (a) et TAR08 (b)

La difficulté de l’essai repose bien sur la définition des paliers et de leur durée. Dans tous les cas, on
recommande pour les essais ultérieurs de définir un nombre suffisant de paliers, au minimum 5,
répartis régulièrement entre la contrainte initiale σ vo et la contrainte finale quasi nulle pour obtenir

des déformations limitées à chaque palier. De plus, avant le passage au palier suivant, il faut vérifier
que le gonflement primaire s’est bien stabilisé et que le gonflement secondaire qui n’est pas encore
développé sera négligeable devant la déformation de gonflement totale. On obtient ainsi un essai de
gonflement fiable pour le calage de la méthode de calcul des effets de gonflement.

7.3.2 – Applications de la méthodologie de calage

Dans la suite, on présentera les résultats obtenus avec la méthode de calage précédente sur la marne
de Chamoise (Serratrice, 1994), sur la molasse du Mont Sion (Serratrice, 1996) et sur la marne de
Tartaiguille (Serratrice, 1998). Tous les résultats de calage présentés dans cette partie correspondent
aux jeux de données exploités dans la simulation numérique de la partie 7.4.

7.3.2.1 - Description des matériaux

Avant l’analyse des essais de gonflement, il est intéressant de connaître les caractéristiques et la
minéralogique des différents matériaux testés.

170
Le tableau 7.1 présente les caractéristiques moyennes des matériaux utilisés. Le poids volumique γ

et la teneur en eau initiale w sont déterminés expérimentalement. Le degré de saturation Sr et

l’indice des vides initial e o s’obtiennent avec les formules suivantes en considérant un poids

volumique des particules γ S = 26,5 kN / m3 et un poids volumique de l’eau γ w = 10 kN / m3 :

(1 + w ) γ S Sr =
w γS
eo = −1 et .
γ e γw

(La valeur moyenne de Sr est la moyenne des valeurs calculées sur chaque échantillon.)

Le tableau 7.1 montre que la teneur en eau est relativement faible mais que le matériau est bien
saturé. Il apparaît ainsi que le matériau rencontré autour des tunnels profonds considérés est
généralement compact et saturé.

La dispersion des résultats est notable en termes de teneur en eau initiale, pour le Mont Sion (2-12%
pour les marnes gréseuses) et pour Tartaiguille (2-14%) alors que le matériau est toujours quasi-
saturé (S r ≥ 92%) .

Ces résultats laissent penser que le gonflement lors de la phase d’imbibition proviendrait plutôt de
l’adsorption d’eau sur les particules (phénomène physico-chimique entre l’eau interstitielle et l’eau
extérieure) que de l’absorption d’eau par le sol (phénomène capillaire dû à l’état non saturé du
matériau).

Tableau 7.1 : Caractéristiques moyennes pour chaque matériau utilisé

w (%) γ (kN/m3) eo Sr (%)

Marnes de Chamoise
4,22 24,7 0,138 95
(marne d’Effingen)
Molasse du Mont Sion
5,4 23,2 0,204 98
(marne gréseuse)

Marne de Tartaiguille 10,04 22,9 0,271 100

Le tableau 7.2 représente l’analyse minéralogique effectuée sur un échantillon du matériau concerné
par les essais de gonflement : la marne d’Effingen pour Chamoise, la marne gréseuse pour le Mont
Sion et la marne du Stampien (bloc 2) pour Tartaiguille.

171
On constate que chaque matériau a une répartition équilibré en calcite, quartz et argiles avec une
fraction argileuse légèrement supérieure pour la marne gréseuse du Mont Sion. Par contre, la grande
différence repose sur la répartition de la fraction argileuse ; on remarque en effet une quantité notable
de smectites, les argiles dites gonflantes, dans les molasses du Mont Sion et dans les marnes de
Tartaiguille alors que les marnes de Chamoise contiennent une forte proportion d’illites, a priori
moins gonflantes. Cette analyse minéralogique permet de mettre en évidence un potentiel de
gonflement plus important pour les marnes du Mont Sion et Tartaiguille que pour celles de
Chamoise.

Tableau 7.2 : Analyse minéralogique des différents matériaux

Répartition de la fraction argileuse (%)


Calcite Quartz Argiles
(%) (%) (%) Kaolinite Illite Chlorite Smectite

Chamoise
45 20 35 25 45 5 25
(marne d’Effingen)
Mont Sion
25 25 45 10 20 10 60
(marne gréseuse)
Tartaiguille
25 45 30 15 25 15 45
(marne du Stampien)

La texture du terrain, un autre élément influant sur le gonflement, n’est pas connue ici. Seuls les essais
de gonflement vont pouvoir affirmer le potentiel réel de gonflement de chaque matériau.

7.3.2.2 - Résultats du calage pour la marne d’Effingen (Chamoise)

Les échantillons de marne d’Effingen ont été prélevés dans le tube Sud du tunnel de Chamoise après
abattage à l’explosif entre les PM 1528 et 1531, où la couverture de terrain est proche de 400
mètres. Cinq essais de gonflement “K o ” ont été analysés : CHA02 à CHA06 (Serratrice, 1994).

Comme le comportement général de la marne (déformabilité, résistance) n’a pas été testé avec les
essais de gonflement, on a pris en compte des paramètres élastiques (E, ν ) et plastiques (c' , ϕ')

provenant d’autres essais en laboratoire (Bernaud et Rousset, 1994) et des calculs déjà effectués sur
le tunnel de Chamoise (Simecsol, 1991) soit :
- un module d’Young E égal à 5 000 MPa
- un coefficient de Poisson ν de 0,3

172
- une cohésion c ' de 6 MPa,
- un angle de frottement interne ϕ' de 20 degrés.

Les paramètres plastiques retenus correspondent à des conditions de long terme car les essais de
gonflement sont réalisés en conditions drainées. Le choix du module d’Young repose sur différentes
études réalisées sur les marnes d’Effingen (Hingant et Guerpillon, 1986 ; Wirtworth, 1996), qui ont
mis en évidence un effet d’échelle dans le comportement des marnes. Ils ont montré que les modules
de déformation instantanée mesurés en laboratoire compris entre 7000 et 10000 MPa (Bernaud et
Rousset, 1994) étaient bien supérieurs aux modules mesurés in situ avec les essais de plaque dans la
galerie de reconnaissance, qui étaient pour leur part de l’ordre de 4000 à 8000 MPa. Comme dans
les calculs déjà effectués sur le tube Nord (Simecsol, 1991), on a donc retenu un module d’Young
proche du comportement observé.

Le tableau 7.3 représente l’état initial de la phase de déchargement (point C, figure 7.2) et les
paramètres de gonflement issus du calage. L’étude paramétrique a surtout porté sur les essais
CHA02, CHA03 et CHA04 comprenant au moins 5 paliers de déchargement. Les deux autres
essais effectués avec une contrainte initiale élevée, présentent uniquement deux paliers de
déchargement, ce qui n’est pas assez significatifs pour mener une étude complète du calage.

Le tableau 7.3 montre que la phase d’imbibition conduit à un état initial d’extension où la contrainte
horizontale σ ho (= K o σ vo ) est supérieure à la contrainte verticale σ vo . Cet état d’extension est

d’autant plus marqué, K o élevé, que la contrainte initiale σ vo est faible. On remarque aussi que,

lorsque la contrainte initiale est proche de la contrainte verticale in situ, estimée à 10 MPa, on obtient
un état initial presque isotrope.

Le calage des trois premiers essais conduit à des paramètres sensiblement identiques en terme
d’indice de gonflement, alors que la pression de gonflement carie avec la contrainte initiale σ vo . Les

deux derniers essais donnent un indice de gonflement peu fiable du fait du nombre trop faible de
paliers de déchargement mais la pression de gonflement obtenue est cohérente avec celle déduite des
premiers essais.

173
On peut considérer par conséquent que la pression de gonflement σ g du matériau est voisine de la

contrainte verticale maximale in situ (égale à 10 MPa) et que l’indice de gonflement C g est proche

de 0,5 % (3 premiers essais).

Tableau 7.3 : Etat initial du déchargement et résultats du calage effectué sur les essais de gonflement
“ K o ” réalisés sur la marne d’Effingen (Chamoise)

CHA 02 CHA 03 CHA 04 CHA 05 CHA 06


σ vo (kPa) 7277 3644 1858 12693 8340
Ko 1,07 2,05 3,70 1,02 1,00
β1 1 1 1 1 1
σ1g (kPa) 12367 6972 4138 13706 10226
C1g 0,0038 0,0026 0,0034 0,0170 0,0078
β2 0,9 0,9 0,98 0,9 0,9
σ 2g (kPa) 10186 5504 3672 13650 9075
C 2g 0,0054 0,0044 0,0040 0,0196 0,0201
β3 0,8 0,85 0,95 0,8 0,8
σ 3g (kPa) 9292 5333 3672 13596 8901
C 3g 0,0071 0,0053 0,0049 0,0228 0,0281
β4 0,8 0,9
σ 4g (kPa) 5261 3240
C 4g 0,0063 0,0065

7.3.2.3 - Résultats du calage pour la molasse du Mont Sion

Les molasses ont été prélevés par carottage dans la zone centrale du tunnel du Mont Sion à une
profondeur comprise entre 100 et 150 mètres correspondant au niveau du tunnel. Parmi les
nombreux essais de gonflement réalisés sur la molasse du Mont Sion, nous avons retenu trois essais
effectués à l’œdomètre “ K o ” : TMS07, TMS09 et TMS 10 (Serratrice, 1996).

Le tableau 7.4 présente les paramètres élastiques (E, ν ) et plastiques (c, ϕ) choisis pour cette

étude, ainsi que l’état initial de la phase de déchargement (point C de la figure 7.2). Les paramètres
élastoplastiques retenus sont issus d’essais réalisés en laboratoire (Serratrice, 1996), et s’inspirent
aussi des valeurs prises en compte dans les calculs préliminaires de dimensionnement du revêtement
(Scetauroute, 1996).

174
Le tableau 7.4 confirme que le matériau est raide et relativement résistant. On constate aussi que la
phase d’imbibition génère un état initial isotrope (K o ≈ 1) lorsque la contrainte initiale σ vo est

proche de la contrainte verticale in situ (estimée à 3 MPa), et un état de compression (K o < 1)

lorsque la contrainte initiale σ vo est bien supérieure à la contrainte verticale in situ. Dans l’essai

TMS09, la phase d’imbibition a d’ailleurs conduit à un léger effondrement de l’échantillon.

Tableau 7.4 : Paramètres élastoplastiques et état initial du déchargement (Mont Sion)

TMS07 TMS09 TMS10


E (kPa) 2 000 000 1 500 000 1 800 000
ν 0,3 0,3 0,3
c (kPa) 2000 2000 2000
ϕ (degrés) 15 15 15
σ vo (kPa) 3003 12642 8551
Ko 1,04 0,37 0,55

Le tableau 7.5 présente les paramètres de gonflement issus du calage de chaque essai. L’étude
expérimentale s’est concentrée sur l’essai TMS07 qui possède 5 paliers de déchargement, alors que
les deux autres essais, présentant seulement deux paliers de déchargement, sont moins fiables.

Tableau 7.5 : Résultats du calage effectué sur les essais de gonflement “K o ” réalisés sur la molasse
du Mont Sion
TMS07 TMS09 TMS10
β1 1 1 1
σ1g (kPa) 3670 5682 7865
C1g 0,0112 0,0161 0,0081
β2 0,9 0,9 0,9
σ 2g (kPa) 3181 6579 6427
C 2g 0,0163 0,0350 0,0159
β3 0,85 0,8 0,8
σ 3g (kPa) 3100 6550 6464
C 3g 0,0190 0,0462 0,0202

Malgré cela, les calages réalisés sur les trois essais donnent des résultats cohérents entre eux. On
remarque que la pression de gonflement σ g se rapproche de 5 MPa, supérieure à la contrainte

175
verticale in situ et que l’indice de gonflement C g est compris entre 1 et 2 % (essais TMS07 et

TMS10).

7.3.2.4 - Résultats du calage effectué pour la marne de Tartaiguille

Les blocs de marne du stampien inférieur ont été prélevés dans le tunnel au PM 1167 (attaque Sud).
Trois essais de gonflement “K o ” ont été retenus dans l’analyse : TAR08, TAR28 et TAR41.

Le tableau 7.6 présente les paramètres élastiques (E, ν ) et plastiques (c, ϕ) issus des essais en

laboratoire (Serratrice, 1998) et l’état initial de la phase de déchargement (point C, figure 7.2).
L’analyse géotechnique a révélé une certaine hétérogénéité du bloc de marne prélevé mais a permis
de définir tout de même deux types de matériau bien distincts : une marne raide très résistante et
faiblement perméable (bloc 4 ou échantillon TAR 28) et, une marne tendre moins résistante et moins
rigide (blocs 1, 2, 3 et 5 ou échantillons TAR08 et TAR41). On observe aussi que l’état initial
correspond à un état de compression (K o < 1) même si la contrainte initiale est inférieure à la

contrainte verticale in situ estimée à 2,3 MPa.

Tableau 7.6 : Paramètres élastoplastiques et état initial du déchargement (Tartaiguille)

TAR08 TAR41 TAR28


E (kPa) 800 000 800 000 2 000 000
ν 0,3 0,3 0,3
c (kPa) 2000 2000 5000
ϕ (degrés) 15 15 30
σ vo (kPa) 2306 3676 1721
Ko 0,51 0,80 0,61

Le tableau 7.7 représente les paramètres de gonflement issus du calage effectué pour la marne de
Tartaiguille. L’essai TAR41, réalisé avec seulement 3 paliers de déchargement et une phase
d’imbibition conduisant à un effondrement, fournit des résultats moins fiables mais cohérents avec les
deux autres essais. On constate que la pression de gonflement σ g est légèrement supérieure pour la

marne tendre. Par contre, les propriétés de déformabilité sont totalement différentes : la marne raide
ne gonfle pratiquement pas alors que la marne tendre présente un fort potentiel de gonflement avec
un indice de gonflement 10 fois plus élevé.

176
Tableau 7.7 : Résultats du calage effectué sur les essais de gonflement “K o ” réalisés sur la marne de
Tartaiguille
TAR08 TAR41 TAR28
β1 1 1 1
σ1g (kPa) 1837 2968 1306
C1g 0,0285 0,0355 0,0027
β2 0,95 0,9 0,9
σ 2g (kPa) 1813 2953 1285
C 2g 0,0307 0,0396 0,0037
β3 0,9 0,8 0,8
σ 3g (kPa) 1790 2937 1280
C 3g 0,0331 0,0444 0,0048
β4 0,8 0,6
σ 4g (kPa) 1745 1276
C 4g 0,0385 0,0080

7.3.3 - Comparaison des résultats

La comparaison des résultats précédents montre que les matériaux testés sont raides et résistants
mais présentent un comportement différent vis-à-vis du gonflement. Pour quantifier le potentiel de
gonflement, il faut étudier le couple (σ g , C g ) à anisotropie donnée. Cette analyse n’est pas évidente

car, a priori, il est difficile de différencier le potentiel de gonflement correspondant à une pression de
gonflement élevée et un indice de gonflement faible (Chamoise), et à une pression de gonflement
faible et un indice de gonflement élevé (Tartaiguille). Pour y remédier, il est intéressant de définir un
autre paramètre reliant la pression de gonflement et l’indice de gonflement : le “gonflement libre”
( )
k g = −C g lg σ g .

Pour une anisotropie marquée (β = 1) , on constate que le gonflement libre vaut environ 1% pour la

marne de Chamoise, 4 % pour la molasse du Mont Sion et 10 % pour la marne tendre de


Tartaiguille. On peut par conséquent considérer que, malgré un seuil de gonflement élevé, la marne
de Chamoise est moins gonflante que la molasse du Mont Sion et encore moins que la marne de
Tartaiguille. Cette conclusion est en accord avec les résultats de l’analyse minéralogique.

177
L’analyse des résultats d’essais montre aussi que la pression de gonflement σ g calée

expérimentalement est proche de la contrainte verticale in situ ; plus le tunnel est profond, plus la
pression de gonflement est élevée.

On peut donc conclure que si l’histoire géologique du matériau (caractérisant en particulier sa


structure), influe sur le seuil de gonflement, son potentiel réel de gonflement est avant tout relié à sa
composition minéralogique, et en particulier à sa fraction argileuse.

Dans la suite, on utilisera les différents jeux de données pour simuler au mieux la phase de
déchargement observée dans les essais avec le modèle numérique afin de préciser le calage
quantitatif de la loi.

7.4 - Simulation de la phase de déchargement

L’étude expérimentale précédente a permis de caler la loi de gonflement sur les mesures de
déformations radiales pour différentes valeurs du facteur d’anisotropie. Pour parfaire le calage, il est
intéressant d’exploiter les mesures de contraintes radiales.

Comme la modélisation de la phase de déchargement avec la loi de gonflement ne possède pas de


solution explicite (chapitre 5), l’application du modèle numérique de gonflement semble judicieuse.
Ainsi, en utilisant les différents jeux de paramètres calés expérimentalement (paragraphe 7.3), la
simulation numérique de l’essai de gonflement permettra de comparer les différents résultats
numériques non seulement aux mesures de déformation verticale mais aussi aux mesures de
contrainte radiale, afin de mettre en évidence les meilleurs paramètres de calage caractérisant le
gonflement observé expérimentalement.

L’analyse numérique ne prendra pas en compte le dernier point expérimental, qui a été
automatiquement enlevé du calage expérimental du fait de la non-stabilisation du gonflement observé
sur chaque essai (paragraphe 7.3.1.3).

7.4.1 - Description du modèle numérique

Pour la simulation numérique de l’essai de gonflement, on a repris le modèle bidimensionnel défini


dans le chapitre 6, en considérant un échantillon circulaire de 25 cm de hauteur et 30 cm de rayon

178
(figure 7.7). L’hypothèse des déformations planes a été ici remplacée par la condition de symétrie de
révolution (σ rr = σ θθ ) , en faisant l’hypothèse de l’isotropie des contraintes horizontales initiales, soit

K o rr = K o θθ . Dans ces conditions, on retrouve les mêmes résultats que pour l’hypothèse des

déformations planes ; il n’y a pas de directions privilégiées dans le plan horizontal au cours du
déchargement.

σozz (z ) = γ (0,025− z ,) + Po
Po
σ orr (z ) = K o [γ (0,025 − z ) + Po ]
h = 25 cm

ez

er

R = 30 cm

Figure 7.7 : Description du modèle bidimensionnel représentant un essai de gonflement

L'état initial est caractérisé par l'application d'une contrainte σ vo en haut de l'échantillon, par ailleurs

soumis aussi à son propre poids. Le tenseur des contraintes initiales est donné par :

 σ ozz (z ) = γ (0,025 − z ) + σ vo
 o avec 0 ≤ z ≤ 0,025
 σ rr (z ) = σoθθ (z ) = K o σ ozz (z ) = K o [γ (0,025 − z ) + σ vo ]

Compte tenu des hypothèses de calcul et des contraintes appliquées (σ vo >> γ (0,025 − z )) , le

problème est supposé uniforme dans tout l’échantillon. La loi de gonflement proposée permet de
modéliser uniquement la phase de déchargement de l’essai de gonflement en supposant que l’état
initial correspond au point C défini dans le paragraphe 7.3.1.1. Le déchargement par paliers est
représenté par le paramètre adimensionnel λ , appelé taux de déconfinement et défini par :

σzz (z = 0,025 ) ∆ σ zz (z = 0,025 )


λ = 1− =−
σozz (z = 0,025 ) σ vo

179
7.4.2 - Analyse des résultats obtenus pour la marne de Chamoise

La figure 7.8 représente l’évolution de la contrainte horizontale σ rr au cours du déchargement pour

les échantillons CHA03 (a) et CHA04 (b). On constate que le meilleur calage est obtenu pour
β = 0,85 pour l’échantillon CHA03 et β = 0,95 pour l’échantillon CHA04.

8000
σrr (kPa)

6000
Contrainte horizontale

(a) 4000

Essai oedométrique Elasticité linéaire


β =1 β =0,9
2000 β =0,85 β =0,8

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

8000
σrr (kPa)

6000
Contrainte horizontale

(b)
4000

2000 Essai oedométrique Elasticité linéaire


β =1 β =0,98
β =0,95 β =0,9
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 7.8 : Comparaison des contraintes horizontales calculées et mesurées sur les
échantillons CHA03 (a) et CHA04 (b)

La figure 7.9 représente l’évolution de la déformation axiale ε zz au cours du déchargement pour les

échantillons CHA03 (a) et CHA04 (b). Dans les deux cas, on remarque que les mesures sont bien

180
approchées par les calculs effectués pour β compris entre 0,9 et 1. Cependant on observe que,

pour β ≠ 1 , les déformations calculées sont beaucoup plus “linéaires” que les courbes mesurées, en

particulier en fin de déchargement.

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
εzz (%)

-0,2

(a)
Déformation axiale

-0,4

-0,6

Essai oedométrique Elasticité linéaire


β =1 β =0,9
-0,8
β =0,85 β =0,8

-1

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
εzz (%)

-0,2

(b)
Déformation axiale

-0,4

-0,6

Essai oedométrique Elasticité linéaire


-0,8 β =1 β =0,98
β =0,95 β =0,9

-1

Figure 7.9 : Comparaison des déformations verticales ε zz calculées et mesurées sur les
échantillons CHA03 (a) et CHA04 (b)

Finalement, pour la marne de Chamoise, la comparaison des résultats numériques et expérimentaux


met en évidence la difficulté de trouver un calage satisfaisant simultanément l’évolution des

181
contraintes et des déformations. Le calage pour β = 0,9 peut être considéré comme satisfaisant

même si la non-linéarité des déformations est moins bien simulée en fin de déchargement.

7.4.3 - Analyse des résultats obtenus pour la molasse du Mont Sion et les
marnes de Tartaiguille

Les figures 7.10 et 7.11, qui comparent les résultats numériques et expérimentaux, montrent que,
pour les échantillons TMS07 et TAR08, les mesures de contraintes horizontales sont difficilement
approchées par les différentes solutions numériques. Par contre, pour l’échantillon TAR28, les
mesures sont assez bien reproduites par la loi de gonflement avec β = 0,6 . Ce dernier cas, qui

correspond à une marne très raide et peu gonflante, met en évidence une évolution de la contrainte
horizontale sensiblement différente de celle observée dans les autres essais avec une augmentation
très forte au cours du déchargement.

Si l’on analyse l’évolution des déformations verticales pour ces différents essais (figures 7.12 et
7.13), on constate que les mesures sont très bien approchées par la solution numérique avec un
facteur d’anisotropie égal ou proche de 1.

Ces derniers résultats mettent en évidence l’impossibilité de trouver un calage pour la loi de
gonflement proposée satisfaisant les essais effectués sur les molasses du Mont Sion et les marnes de
Tartaiguille.

4000
σrr (kPa)

3000
Contrainte horizontale

2000

1000 Essai oedométrique Elasticité linéaire


β =1 β = 0,95
β =0,9 β =0,85

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 7.10 : Comparaison des contraintes σ rr mesurées et calculées pour l’échantillon TMS07

182
2000
Essai oedométrique Elasticité linéaire
β =1 β = 0,95

σrr (kPa)
β = 0,9

Contrainte horizontale
(a)
1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

2000
Essai oedométrique Elasticité linéaire
β =1 β = 0,9
σr r (kPa)

β =0,8 β =0,6
Contrainte horizontale

(b)
1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Figure 7.11 : Comparaison des contraintes σ rr mesurées et calculées pour les


échantillons TAR08 (a) et TAR28 (b)

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0

-1
εzz (%)

-2
Déformation axiale

-3

-4

-5
Essai oedométrique Elasticité linéaire
-6 β =1 β =0,95
β =0,9 β =0,85

-7

Figure 7.12 : Comparaison des déformations ε zz mesurées et calculées pour l’échantillon TMS07

183
Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0

εzz (%)
-2

(a)
-4

Déformation verticale
-6

-8
Essai oedométrique Elasticité linéaire
-10 β =1 β =0,95
β =0,9
-12

-14

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
ε zz (%)

(b) -0,2
Déformation verticale

-0,4

-0,6

Essai oedométrique Elasticité linéaire


-0,8 β =1 β =0,9
β =0,8 β =0,6

-1

Figure 7.13 : Comparaison des déformations verticales ε zz mesurées et calculées pour les
échantillons TAR08 (a) et TAR28 (b)

7.4.4 – Analyse globale des travaux de calage

Toutes les comparaisons des résultats numériques et expérimentales montrent que les déformations
mesurées se calent correctement avec la loi de gonflement pour une anisotropie fortement marquée
(β ≈ 1) .

Quant à la réponse en contrainte horizontale, le calage est satisfaisant pour les états initiaux
d’extension (K o > 1) car la prise en compte du gonflement génère une diminution de la contrainte

radiale tout en conservant un niveau de contrainte élevé, supérieur au cas élastique, comme on
l’observe expérimentalement. Par contre, dans le cas d’un état initial de compression (K o < 1) ,

184
l’influence du gonflement pour 0,8 ≤ β < 1 est beaucoup plus marquée avec une augmentation

notable de la contrainte radiale au cours ou en fin de déchargement, ce qui n’est jamais observé
expérimentalement sauf pour l’échantillon TAR28.

7.5 – Etude d’une deuxième méthode de calage

Les résultats précédents montrent que la méthode de calage nécessite quelques ajustements pour
mieux caractériser le comportement global observé.

7.5.1 - Modification de la méthodologie de calage

Les résultats du paragraphe 7.4 montrent que le calage de la loi en déformations nécessite l’emploi
d’un facteur d’anisotropie égal à 1. Dans ce cas, la loi de gonflement ne fait apparaître aucune
influence sur le comportement horizontal et l’évolution de la contrainte horizontale suit la loi élastique
linéaire de Hooke.

Or, l’analyse expérimentale précédente a montré que, au cours du déchargement, l’évolution de la


contrainte radiale correspondait généralement à une décroissance linéaire plus faible que pour la loi
de Hooke. Dans ces conditions, il est apparu raisonnable de définir un nouveau paramètre de
gonflement ν g , se substituant au facteur d’anisotropie, pour caractériser le comportement

horizontal. L’évolution de la contrainte horizontale se détermine à partir de la formule suivante :


ν app
∆ σ rr = ∆ σzz avec ν app = ν + ν g (7.1)
1 − ν app

où ν app désigne un coefficient de Poisson apparent du matériau dans son état imbibé et ν le

coefficient de Poisson du matériau dans son état naturel (loi élastique de Hooke).

Comme les résultats expérimentaux montrent que le gonflement génère des contraintes horizontales
plus élevées que dans le cas élastique de Hooke, il est raisonnable de penser que ν app ≤ ν soit

ν g ≤ 0 . Cette hypothèse ν g ≤ 0 correspond effectivement à une augmentation de contrainte

horizontale en condition œdométrique ou à un gonflement radial sans confinement au cours d’un


déchargement de la contrainte verticale. Le paramètre ν g caractérise ainsi la contribution du

gonflement sur le comportement horizontal.

185
Ces remarques conduisent à ajuster la méthodologie de calage comme suit :
- on suppose le facteur d’anisotropie β égal 1 et le plan de stratification horizontal ;

- en utilisant la relation 7.1, on cale le paramètre ν g sur l’évolution de la contrainte horizontale

déterminée expérimentalement. Le nouveau coefficient de Poisson ν app est alors introduit dans la

loi de Hooke ;
- à partir de la déformation verticale de gonflement, déterminée en soustrayant la déformation
élastique linéaire à la déformation totale mesurée, on cale la loi de gonflement comme décrit dans
le paragraphe 7.3.1.2.

Il est, par ailleurs, rappelé que le calage de la loi de gonflement nécessite l’élimination des points
caractérisant l’effondrement et surtout la rupture en extension observée en fin de déchargement.

7.5.2 - Application de la nouvelle méthode de calage aux essais de Chamoise

Le tableau 7.8 présente les résultats obtenus avec la deuxième méthode de calage pour les marnes
de Chamoise ; σ vo désigne la contrainte appliquée au moment de l’imbibition, ν g le nouveau

paramètre de gonflement introduit dans la loi élastique, σ g la pression de gonflement, C g l’indice de

gonflement et k g le gonflement libre défini par

k g = − B g ln(σ g ) = − C g lg(σ g )

On constate que la nouvelle méthode de calage donne des résultats cohérents sur les différents essais
avec des valeurs (ν g , C g , σ g ) même si les deux derniers essais mettent en évidence des indices de

gonflement plus élevés, et moins fiables, car obtenus à partir d’un nombre de paliers plus faibles.

Tableau 7.8 : Application de la deuxième méthode de calage sur les essais réalisés sur la marne de
Chamoise

Essais σ vo (kPa) νg σ g (kPa) Cg kg


CHA 02 7277 -0,21 12331 0,0038 - 0,0154
CHA 03 3644 -0,23 6962 0,0026 - 0,01
CHA 04 1858 -0,13 4151 0,0034 - 0,0121
CHA 05 12693 -0,16 13780 0,0172 - 0,0712
CHA 06 8340 -0,10 10233 0,0077 - 0,0311

186
Le coefficient ν g , effectivement négatif, conduit à un coefficient de Poisson apparent ν app moyen

de 0,15. En termes de déformabilité, on peut considérer un indice de gonflement C g compris entre

0,3 et 1% et un gonflement libre k g compris entre 1 et 3%, ce qui correspond à un faible potentiel

de gonflement pour la marne d’Effingen.

La figure 7.14 permet de vérifier que cette deuxième méthode de calage permet de bien retrouver les
mesures de déformations verticales mais aussi les mesures de contraintes radiales issues de l’essai
CHA03. L’application de la méthode de calage a également conduit à des résultats très satisfaisants
pour les autres essais de gonflement, CHA02 et CHA04 en particulier (annexe F).

8000 ν + νg
σrr (kPa)

6000
ν
Contrainte horizontale

4000

Essai oedométrique

Elasticité linéaire
2000
2ème méthode de calage

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
εzz (%)

-0,2
Déformation verticale

-0,4

-0,6 Essai oedométrique

Elasticité linéaire

-0,8 2ème méthode de calage

-1

Figure 7.14 : Résultats avec la 2ème méthode de calage pour l’essai CHA03

187
7.5.3 - Application à la molasse du Mont Sion

Le tableau 7.9 présente les résultats de l’application de la deuxième méthode de calage aux essais
réalisés sur la molasse du Mont Sion. Ici aussi, les deux essais TMS09 et TMS10 donnent des
résultats moins fiables du fait du faible nombre de paliers (2 paliers utilisés). Malgré cela, on constate
que la nouvelle méthode de calage donne des résultats cohérents pour les trois paramètres
(ν g , C g , σ g ) sur les différents essais.
Le paramètre ν g , effectivement négatif, conduit à un coefficient de Poisson apparent ν app proche

de 0,1. Pour la molasse du Mont Sion, il est raisonnable de retenir un indice de gonflement C g égal

à 1,1%, une pression de gonflement σ g proche de 5 MPa et un gonflement libre k g égal à 4%.

Tableau 7.9 : Application de la deuxième méthode de calage sur les essais effectués sur la molasse
du Mont Sion

Essais σ vo (kPa) νg σ g (kPa) Cg kg


TMS 07 3003 -0,21 3659 0,0111 - 0,0397
TMS 09 12642 -0,14 5546 0,0160 - 0,06
TMS 10 8551 -0,18 7673 0,0080 - 0,0311

La comparaison des résultats expérimentaux et numériques obtenus avec la deuxième méthode de


calage permet de vérifier l’exactitude du calage en termes de déformations verticales et de
contraintes radiales pour l’essai TMS07 (figure 7.15).

4000

ν + νg
σrr (%)

3000
Contrainte horizontale

2000
ν

Essai oedométrique

1000 Elasticité linéaire

2ème méthode de calage

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

188
Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0

-1

Déformation axiale εzz (%)


-2

-3
Essai oedométrique
-4
Elasticité linéaire

-5 2ème méthode de calage

-6

-7

Figure 7.15 : Résultats avec la 2ème méthode de calage pour l’essai TMS07

7.5.4 - Applications au cas de la marne de Tartaiguille

Le tableau 7.10 présente les résultats obtenus avec la deuxième méthode de calage pour la marne de
Tartaiguille. On constate que les deux types de marnes identifiés se comportent sensiblement
différemment vis-à-vis du gonflement, la marne tendre conduisant à des résultats différents pour les
essais TAR08 et TAR41. On retiendra surtout les paramètres du premier essai, qui comprend un
plus grand nombre de mesures (6 pour TAR08 et 3 pour TAR41) : un coefficient de Poisson
apparent ν app de 0,1, un indice de gonflement C g de 3%, une pression de gonflement σ g égal 2

MPa et un gonflement libre k g de 10%.

Pour la marne raide (TAR28), on peut considérer un coefficient de Poisson apparent ν app négatif

égal à –0,4, ce qui traduit en fait une augmentation notable de la contrainte horizontale au cours du
déchargement, et un indice de gonflement k g égal à 1%. Ces résultats montrent que la marne tendre

est plus gonflante que la marne raide ; cette dernière présente néanmoins un comportement de
gonflement horizontal élevé.

Tableau 7.10 : Résultats de la deuxième méthode de calage appliquée aux essais réalisé sur la marne
de Tartaiguille

Essais σ vo (kPa) νg σ g (kPa) Cg kg


TAR08 2306 -0,17 1838 0,0283 - 0,0924
TAR41 1721 0,01 2969 0,0356 - 0,1236
TAR28 3676 -0,78 1353 0,0031 - 0,0098

189
La comparaison des résultats expérimentaux et numériques issus de la deuxième méthode de calage
permet de vérifier l’exactitude du calage en termes de déformations verticales et de contraintes
radiales pour l’essai TAR08 (figure 7.16).

2000
Essai oedométrique
σrr (kPa)

Elasticité linéaire
2ème méthode de calage

ν + νg
Contrainte horizontale

1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0

-2
εzz (%)

-4
Déformation verticale

-6

-8 Essai oedométrique

Elasticité linéaire
-10
2ème méthode de calage
-12

-14

Figure 7.16 : Résultats avec la 2ème méthode de calage pour l’essai TAR08

La figure 7.16 met en évidence la rupture de l’échantillon au dernier palier avec une diminution
notable de la contrainte radiale et surtout une déformation verticale très élevée. Cette rupture du
matériau, observée sur d’autres échantillons (CHA05, TMS07, TAR41), sera étudiée au paragraphe
suivant.

190
7.5.5 - Etude de la plasticité

Les essais en laboratoire montrent qu’au cours du déchargement la contrainte latérale sous imbibition
conserve un niveau élevé. Ainsi, le gonflement tend à produire un état de contrainte d’extension, la
contrainte radiale pouvant dépasser la contrainte verticale. Si la résistance de la marne (sa cohésion)
est suffisante, les déformations demeurent limitées. Au contraire, de tels états de contraintes peuvent
dans certains cas produire la rupture de l’éprouvette ; les déformations d’extension se superposent
alors aux déformations de gonflement (les deux effets allant vont dans le sens d’une augmentation de
l’indice des vides). Ce processus a été observé dans plusieurs essais “K o ” (CHA05, CHA06,

TMS07, TAR08, TAR41). Cette rupture en extension en fin de déchargement est confirmée par
l’apparition de fissures horizontales (perpendiculaires à l’axe de l’éprouvette) lors du démontage des
bagues œdométriques (figure 7.17).

Figure 7.17 : Fissuration horizontale des éprouvettes œdométriques après gonflement

Comme les essais de gonflement sont réalisés en conditions drainées, il est légitime de comparer la
rupture observée expérimentalement aux paramètres intrinsèques (c' , ϕ') caractérisant la résistance à

long terme du matériau. Or les calculs ont montré que l’utilisation des paramètres de plasticité
(c' , ϕ') identifiés sur des échantillons dans leur état naturel ne permet pas d’expliquer la rupture au
cours du déchargement sous imbibition. Ces résultats, qui mettent en évidence une résistance plus
faible du matériau imbibé, incitent à réfléchir sur la notion de résistance d’un matériau fortement
imbibé.

191
Pour expliquer ce résultat, une hypothèse peut être formulée à partir de l’étude bibliographique
présentée dans le chapitre 1. L’analyse microscopique du phénomène de gonflement montre que
l’absorption d’eau provoque un gonflement interparticulaire éloignant les agrégats les uns des autres.
Ce résultat laisse pense que le développement du gonflement interparticulaire concernant toutes les
argiles fragilise les liaisons internes entre les particules argileuses, ce qui expliquerait la réduction de la
résistance du matériau, surtout en termes de cohésion.

Cette analyse laisse supposer que le gonflement altère le matériau en diminuant la cohésion apparente
du matériau imbibé, l’angle de frottement interne restant inchangé.

Dans notre étude, on a donc considéré que le matériau imbibé était susceptible d’avoir une cohésion
plus faible que celle déterminée dans son état naturel.

Pour la marne de Chamoise, la résistance à long terme déterminée expérimentalement (Bernaud et


Rousset, 1994) se caractérise par une cohésion c ' de 6000 kPa et un angle de frottement interne ϕ'

de 20°. La figure 7.18 illustre le recalage de la cohésion pour l’essai CHA05. Malgré le faible
nombre de points expérimentaux, on remarque qu’une cohésion de 1300 kPa permet de mieux
approcher les contraintes horizontales mesurées ; par contre, il est impossible de retrouver la
déformation d’extension à la fin du déchargement car la modélisation ne prend pas en compte
l’apparition de fissures générant des déplacements plus importants.

L’étude de la rupture pour les autres échantillons fait apparaître que la plasticité se manifeste en fin
de déchargement avec une cohésion de 2400 kPa pour l’essai CHA02, de 2500 kPa pour l’essai
CHA03 et 2200 kPa pour l’essai CHA04. Compte tenu des incertitudes propre à cette analyse, en
particulier sur l’essai CHA05, on retiendra que la diminution de résistance du matériau imbibé se
traduit par une cohésion apparente de l’ordre de 2 MPa pour la marne de Chamoise.

192
σrr (kPa)
10000

Contrainte horizontale

Essai oedométrique
5000
Elasticité linéaire

c = 6000
c = 1300

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
(%) zz

-5
Déformation axiale

Essai oedométrique Elasticité linéaire

-10 c = 6000 c = 1300

-15

Figure 7.18 : Calage de la cohésion pour l’essai CHA05

Pour l’essai TMS07, on observe des déformations très importantes en fin de déchargement mais
sans aucune diminution notable de la contrainte horizontale (figure 7.15) ; ceci signifie que la rupture
en extension observée expérimentalement se produit en toute fin de déchargement avec l’apparition
d’une fissure horizontale. La valeur de la cohésion sous imbibition permettant de reproduire ce début
de plasticité en fin de déchargement est égale à 1000 kPa au lieu de 2000 kPa, pour le cas
précédent.

La marne tendre de Tartaiguille fait apparaître une rupture de l’échantillon TAR08 qui se manifeste
par des déformations verticales importantes et une diminution considérable de la contrainte

193
horizontale en fin de déchargement (figure 7.16). La valeur estimée de la cohésion du matériau sous
imbibition est ici égale à 150 kPa. La figure 7.19 présente le calage des paramètres plastiques pour
l’essai TAR41 : on constate que la prise en compte d’une cohésion nulle permet de retrouver
l’évolution de la contrainte horizontale observée expérimentalement ; par contre, la déformation
axiale observée en fin d’essai et qui est associée à l’apparition d’une fissure horizontale ne peut être
reproduite dans la simulation.

Dans le cas de la marne raide, aucune rupture n’est observée.

Essai oedométrique Elasticité linéaire


σrr (kPa)

3000 c = 2000 c=0


Contrainte horizontale

2000

1000

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
ε zz (%)

-5
Déformation verticale

-10

Essai oedométrique Elasticité linéaire


-15
c = 2000 c= 0

-20

Figure 7.19 : Calage de la plasticité pour l’essai TAR41

194
7.6 - Conclusion

Cette étude expérimentale a permis de montrer que la loi de gonflement présentée dans la partie II
caractérisait correctement le comportement observé expérimentalement à travers les mesures de la
déformation verticale et de la contrainte horizontale. La simulation numérique de la phase de
déchargement d’un essai de gonflement a mis en évidence que la méthode de calage initiale n’était
pas satisfaisante sur tous les essais.

Pour améliorer cette méthode, la définition d’un nouveau paramètre de gonflement ν g et

l’adaptation de la méthodologie de calage ont permis d’obtenir une simulation plus satisfaisante du
comportement tridimensionnel de gonflement, en tenant compte aussi d’une diminution éventuelle de
la cohésion.

Cette étude a montré que le potentiel de gonflement était plus élevé pour la marne de Tartaiguille que
pour la marne de Chamoise, comme le laissait supposer l’analyse minéralogique préliminaire.
L’exemple intéressant de la marne de Tartaiguille a, par ailleurs, mis en évidence l’importance de la
structure du matériau dans le phénomène de gonflement : un terrain lâche favorise le développement
du gonflement alors qu’un terrain compact peut empêcher l’arrivée d’eau et donc l’apparition du
gonflement.

195
196
Chapitre 8:

Analyse d’un ouvrage instrumenté

- Le tunnel de Chamoise -

8.1 - Introduction

L’auscultation à long terme du tube Nord du tunnel de Chamoise a mis en évidence un


comportement différé dont les effets peuvent être expliqués par des phénomènes de fluage et de
gonflement des marnes. Ce chapitre est consacré à l’application du modèle numérique de gonflement
développé dans le cadre de cette thèse à cet ouvrage.

Depuis sa mise en œuvre en 1986, le tube Nord a fait l’objet d’un suivi régulier assuré par le
Département Géotechnique et Matériaux de Scetauroute. Le dispositif de surveillance, comprenant
plusieurs types de capteurs, extensomètres et cellules de pression totale, a permis de contrôler le
comportement différé du terrain et du revêtement. Les nombreuses informations recueillies in situ
peuvent être utilisées pour justifier le choix de la loi de gonflement retenue et valider le modèle à
l’échelle de l’ouvrage.

Avant l’étude numérique proprement dite, on décrit le comportement du revêtement à long terme
observé in situ en précisant le contexte général de l’ouvrage et en détaillant les différentes mesures de
surveillance qui ont été prises.

197
On présente ensuite le calcul numérique qui a été effectué avec le logiciel CESAR-LCPC pour
caractériser le creusement et le comportement à long terme d’une section du tube Nord située dans
les marnes d’Effingen.

Enfin, on décrira les résultats obtenus numériquement, que l’on comparera aux mesures in situ. Les
calculs prennent en compte le calage de la loi de gonflement sur les essais effectués sur les marnes
d’Effingen présenté au chapitre 7. Une étude paramétrique complémentaire permet de tester la
sensibilité du modèle aux principaux paramètres.

8.2 - Analyse du comportement à long terme de l’ouvrage

L’ensemble des informations présentées dans ce paragraphe a été fourni par la société Scetauroute
qui a assuré la maîtrise d’œuvre de l’ouvrage, ainsi que l’instrumentation et le suivi du comportement
à court et à long terme (Hingant et Guerpillon, 1986).

8.2.1 - Contexte général du tunnel de Chamoise

Le tunnel de Chamoise, long de 3300 mètres, fait partie de nombreux ouvrages (viaducs, tunnels,
grands soutènements) qui assurent le franchissement du Jura méridional par l’autoroute A40,
Macon-Genève, un des maillons de la liaison Paris-Rome, par le tunnel sous le Mont-Blanc (figure
8.1).

Figure 8.1 : Présentation de l’autoroute A40

198
Le Jura est formé de chaînons parallèles d’orientation Nord-Sud. Il est entrecoupé dans le sens Est-
Ouest par quelques cluses qui furent utilisées très tôt par les voies de communication. L’autoroute
A40 emprunte la cluse de Nantua-Bellegarde. Le débouché Ouest de cette cluse est occupé par la
ville et le lac de Nantua. Le tunnel de Chamoise permet d’éviter cette agglomération et les rives de
son lac en traversant les monts d’Ain sous 400 mètres de couverture, à une altitude moyenne de 600
mètres (figure 8.2).

Le tunnel de Chamoise est constitué de deux tubes à deux voies de circulation ; le premier, le tube
Nord, a été mis en service en 1986, le second, le tube Sud, en 1996.

Figure 8.2 : Emplacement du tunnel de Chamoise sur l’autoroute A40

8.2.1.1 - Géologie du site

Des études géologiques préliminaires ont mis en évidence la structure monoclinale du massif des
monts d’Ain traversé par le tunnel de Chamoise. Compte tenu des incertitudes sur la série
géologique le long du tunnel, liée à l’inclinaison faible et variable des couches, une galerie de
reconnaissance a permis de réaliser un levé géologique détaillé du massif rocheux (figure 8.3).

Celui-ci a confirmé que l’inclinaison des couches était faible et variait en s’atténuant d’est en Ouest.
L’orientation générale des couches, N 25 E, 20 à 30 degrés SW , conduit à un angle de 30 degrés
entre la direction du pendage et celle du tunnel N 55 E. Le pendage apparent dans le plan du front
de taille est de l’ordre de 20 degrés.

199
Du point de vue lithologique, la série jurassique traversée est composée de trois grands ensembles :
deux grandes dalles calcaires du Malm (Oxfordien supérieur) et du Dogger (Bathonien et Bajocien)
enserrant l’ensemble marneux de l’Oxfordien : les marnes à nodules et fossiles pyriteux de
l’Oxfordien inférieur (PM 935 à 1120) et les marnes d’Effingen de l’Oxfordien moyen (PM 1268 à
1830). Compte tenu du faible pendage, ces marnes intéressent le tunnel sur un linéaire important,
800 m environ, pour une épaisseur des couches de l’ordre de 100 m.

Figure 8.3 : Coupe géologique longitudinale du tunnel de Chamoise

Les travaux ont confirmé que les calcaires posaient peu de problèmes du point de vue de
l’excavation et du soutènement. Les études et la surveillance ont donc été plutôt axées sur les marnes
rencontrées dans le tunnel sur environ le tiers de sa longueur.

8.2.1.2 – Etude des zones marneuses

Ces marnes sont relativement homogènes, sans fracturation particulière, et sèches. Les mesures en
laboratoire et in situ ont mis en évidence les faibles caractéristiques des marnes d’Effingen et surtout
des marnes à nodules. La susceptibilité des marnes vis-à-vis du gonflement (Didier, 1980 ;
Serratrice, 1994) a conduit à définir une section type de revêtement comportant un radier contre-
voûté (figure 8.4).

Dans ces zones de marnes, le creusement du tube Nord a été opéré entièrement à l’aide d’une
machine à attaque ponctuelle en demi-section supérieure avant de creuser, dans un deuxième temps,
le stross et enfin de la contre-voûte. Toutes les précautions ont été prises pour éviter l’apport d’eau
pendant les travaux, et donc le gonflement des marnes.

200
Figure 8.4 : Section type dans les marnes d’Effingen - Tube Nord

Dans la suite, notre étude reposera uniquement sur le tube Nord puisque l’on dispose pour cet
ouvrage de 15 années de mesures (et uniquement 4 années pour le tube Sud). De plus, le
phénomène de gonflement identifié sur les mesures du tube Nord a contribué à prendre des
précautions supplémentaires sur le tube Sud (boulonnage du radier et suppression du drain sous le
radier) pour empêcher tout gonflement du terrain.

Un appareillage a été installé sur l’ouvrage dès la construction pour suivre les effets du
comportement différé des marnes sur le revêtement définitif.

8.2.1.3- Description des sections de mesures primaires

Pour mesurer les déformations à long terme du massif et du revêtement, et les pressions s’exerçant
sur ce dernier, le dispositif d’auscultation mis en place comprenait :
- des extensomètres multipoints en forage,
- des cellules de pression totale à l’interface revêtement/terrain,
- des extensomètres à corde vibrante noyés dans le revêtement.

201
Les extensomètres à bases multiples en forage, de type Télémac-distofor, ont permis de définir
l’étendue de la zone décomprimée à court terme, et de suivre l’évolution des déformations du massif
pendant les différentes phases d’excavation et à long terme. L’ensemble des mesures réalisées dans
le tunnel de Chamoise ont montré que la précision était excellente et pouvait atteindre ± 0,05 mm.

Dans la suite, on utilisera une convention de signe correspondant à des déplacements positifs pour
une compression de la base de mesure et négatifs pour une décompression.

Les cellules de pression totale réparties par paire, en voûte et en radier, mesurent les pressions
totales à l’interface béton/marne. Le principe des cellules Télémac type HCV avec compensation
consiste à mesurer la pression d’un coussin hydraulique par un capteur de pression à corde vibrante.
Ce type d’appareil peut atteindre une précision de 10-3 MPa. La contrainte est comptée positive
pour une compression et négative pour une traction, conformément à la convention de la mécanique
des sols.

Les contraintes dans le revêtement sont estimées à partir des mesures de déformation du béton par
cordes vibrantes Télémac C110, couramment employées pour l’auscultation des ouvrages d’art. Les
cordes vibrantes sont disposées par trois sur l’épaisseur du revêtement pour obtenir une mesure plus
fiable. Une corde inerte, isolée du champ de contraintes, permet de discerner les effets cumulés du
retrait et du gradient thermique. La déformation est comptée positive pour une traction de la corde et
négative pour une compression.

Une mesure de température est associée à chaque capteur pour permettre les corrections de
dilatation des matériaux.

Dans la suite, on s’intéressera plus particulièrement aux marnes d’Effingen étudiées


expérimentalement au chapitre 7. Les figures 8.5 et 8.6 illustrent les deux sections de mesure mises
en place dans ces marnes : une section au PM 1404, composée d’extensomètres en forage disposés
en voûte et en contre-voûte, et une section au PM 1502, composée d’extensomètres à corde
vibrante noyés dans le béton et de cellules de pression totale à l’interface revêtement/terrain,
disposés en voûte et en radier.

202
Figure 8.5 : Section de mesures au PM1404 du tube Nord dans les marnes d’Effingen

Figure 8.6 : Section instrumentée au PM 1502 du tube Nord dans les marnes d’Effingen

203
8.2.2 - Analyse des mesures in situ

L’analyse des mesures fournies sur les différentes sections du tube Nord a permis de bien
caractériser le comportement à long terme du revêtement et du massif.

A partir de la mise en place des capteurs en 1984, le relevé des mesures sur le tube Nord a été
effectué régulièrement de façon manuelle jusqu’à la mise en service du second tube en 1996, en
appliquant des plans de surveillance définis par le maître d’ouvrage, la Société des Autoroutes Paris-
Rhin-Rhone (SAPRR) sur la base d’une dizaine de mesures par année. Entre 1996 et 1998, le suivi
a été interrompu puis il a été rétabli en 1999 de façon automatique, comme pour le dispositif installé
sur le tube Sud. Dans la suite, le comportement à long terme sera étudié sur les dix premières années
de service, qui traduisent un comportement différé continu.

L’interprétation des mesures devra tenir compte de l’influence notable de la température sur les
mesures à travers les fluctuations saisonnières et de l’évolution croissante de la température
moyenne. On présentera dans la suite les mesures relevées sur les extensomètres en forage, sur les
extensomètres à cordes vibrantes et sur les cellules de pression totale en se référant au descriptif des
figures 8.5 et 8.6.

8.2.2.1 - Influence de la température

La figure 8.7 représente l’évolution de la température dans le massif le long de l’extensomètre 521
(figure 8.5) et la figure 8.8 caractérise l’évolution de la contrainte moyenne et de la variation
saisonnière calculées chaque année.

La figure 8.7 met en évidence, d’une part, l’élévation de la température au cours du temps liée à
l’augmentation du trafic entre 1985 et 1995 et, d’autre part, les fluctuations saisonnières dépendant
de la profondeur.

La figure 8.8 montre que l’élévation de température moyenne sous l’ouvrage avoisine 8°, 6° et 4°
respectivement à proximité du radier, à 3m et à 5,5m de profondeur entre 1986 et 1995 (figure
8.8.a). Par contre, la variation saisonnière demeure relativement constante au cours du temps, de
l’ordre de 5°, 2° et 1° respectivement à proximité du radier, à 3m et à 5,5m de profondeur (figure
8.8.b).

204
25

20 Eté

Températures (°C)
15

10 Hiver

Mise en service
5,5 mètres de profondeur
5
3 mètres de profondeur

0,5 mètre de profondeur


Date
0
01/01/85 01/01/90 01/01/95 01/01/00

Figure 8.7 : Evolution des températures dans le massif sous le radier (PM1404)

20 20
Températures moyennes annuelles (°C)

Fluctuations saisonnières (°C)

15 15 5,5 mètres de profondeur


3 mètres de profondeur
0,5 mètre de profondeur

10 10
Mise en
service
Mise en
service

5 5,5 mètres de profondeur 5

3 mètres de profondeur
0,5 mètre de profondeur
0 0
1985 1990 1995 Années 1985 1990 1995 Années

(a) (b)
Figure 8.8 : Représentation des températures moyennes (a) et des fluctuations
saisonnières (b) sous le radier (PM1502)

Cette évolution des températures a été observée sur tous les capteurs mais avec une amplitude
différente. Le tableau 8.1 récapitule les résultats thermiques obtenus tout autour de l’ouvrage. On
remarque que l’évolution de la température dans le massif est sensiblement identique en clé et en
radier. Par contre, dans le revêtement, l’évolution de la température est plus marquée au niveau de la
voûte, avec une augmentation de la température moyenne et une fluctuation saisonnière égales à 10°,
qu’au niveau du radier contre-voûté où l’augmentation de la température moyenne et la fluctuation
saisonnière avoisinent 7°.

205
Cela s’explique par l’épaisseur plus importante de l’ensemble radier-contre-voûte-remblai qui
éloigne les capteurs de la surface et atténue l’influence du trafic sur les mesures.

Tableau 8.1 : Récapitulatif des mesures de températures

Voûte Radier
Variation Variation Variation Variation
saisonnière entre 1986 et saisonnière entre 1986 et
A 8 mètres de
0°5 2°
profondeur
A 5,5 mètres de
1° 3° - 4° 1° 3° - 4°
profondeur
A 3 mètres de
2° 5° 2° 5°
profondeur
A 0,5 mètres de
7° - 8° 7° - 8° 5° 7° - 8°
profondeur
Derrière le
revêtement 10° 9° - 10° 6° - 7° 7°
(à l’interface)

Dans le béton 10° 9° - 10 ° 6° 7°

La figure 8.7 montre aussi que la mise en service du deuxième tube en 1996, qui s’est accompagnée
d’une réduction du trafic dans le tube Nord, a conduit à une diminution notable de la température
moyenne dans le tunnel.

Toutes les mesures présentées dans la suite prennent en compte la correction thermique.

8.2.2.2- Analyse des déplacements dans le massif

Les graphiques qui suivent représentent l’évolution des déplacements mesurés en forage à partir de
la fin de la construction de la voûte et après dissipation des effets thermiques dus au bétonnage,
c’est-à-dire environ 300 jours après la mise en place des appareils.

La figure 8.9 donne l’évolution des déplacements à proximité de la voûte et du radier. On a repris
uniquement les cellules situés à proximité du radier pour simplifier l’analyse, puisque l’ensemble des
mesures exprime un comportement complexe du terrain avec des zones de décompression et surtout
de compression, comme indiqué par la cellule C3 de l’extensomètre 530, pouvant traduire
l’ouverture d’une fissure dans le massif.

206
L’analyse des courbes d’évolution en voûte (figure 8.9.a) fait apparaître des déplacements de faible
amplitude. En effet, à conditions saisonnières constantes, les déplacements mesurés augmentent
régulièrement pour valoir en 1995 entre 1 et 1,5 mm selon les extensomètres avec une stabilisation à
partir de 1993.

En contre-voûte (figure 8.9.b), les déformations relevées par les distofors n° 565 et 521 (vertical et
en piédroit Nord) sont sensiblement plus importantes et se poursuivent en 1995 à un rythme quasi
équivalent à celui des années précédentes. Ces déplacements sous le radier sont estimés à 4 mm
en moyenne sans stabilisation évidente.

01/01/85 01/01/90 01/01/95 01/01/00 01/01/85 01/01/90 01/01/95 01/01/00


1 0
Date Date
Déplacements du massif (mm)

Déplacements du massif (mm)


0
-1 C3 (Clé de radier)

C6 (Piédroit Nord)
-1 Mise en service
Mise en service

-2

-2

-3
-3 C3 (Rein Sud)

C8 (Clé de voûte) -4
-4
C12 (Rein Nord)

-5 -5

(a) en voûte (b) en radier


Figure 8.9 : Evolution des déplacements à proximité du tunnel au PM 1404

8.2.2.3 - Analyse des déformations dans le béton

Pour déterminer l’effet du retrait, des extensomètres à corde vibrante ont été placés dans la plan
longitudinal du tunnel aux PM944, pour la voûte, et PM1018, pour le radier.

La figure 8.10 donne l’évolution des déformations longitudinales observées en voûte et en radier. En
admettant l’hypothèse des déformations planes pour les sections instrumentées, les mesures relevées
sur ces extensomètres mettent en évidence le phénomène de retrait du béton, considéré comme
isotrope. Les cordes longitudinales n’indiquent plus de déformation notable depuis l’année 1990, ce
qui montre que le retrait semble achevé. A conditions saisonnières constantes, on peut donc
considérer que le phénomène de retrait induit des déformations isotropes de 50 µm/m en radier
et de 200 µm/m en voûte.

207
Cette différence considérable provient de la présence de la ventilation et d’une étanchéité dans la
partie supérieure du tunnel qui accentuent la déperdition d’humidité et donc le phénomène de retrait.

01/01/84 01/01/88 01/01/92 01/01/96 01/01/00


01/01/84 01/01/88 01/01/92 01/01/96 01/01/00
100
0
Date

Déformation longitudinale ( m/m)


Déformation longitudinale ( µ m/m)

0
Date

-100

-100

CV71 (Piédroit Sud)


-200
CV75 (Piédroit Nord)
-200

CV79 (Clé de voûte)


-300 CV69 (Rein Nord) -300

(a) en voûte (b) en radier


Figure 8.10 : Evolution des déformations longitudinales

La figure 8.11 donne l’évolution des déformations dans le revêtement. On constate que les trois
extensomètres à corde vibrante d’une même section donnent des résultats cohérents et fiables. Le
suivi des extensomètres indique une évolution continue qui se stabilise en 1995 (à température
constante), une déformation moyenne de 500 à 650 µm / m en voûte (clé de voûte et rein Sud), et

de 350 à 840 µm / m en radier (piédroits Sud et Nord).

01/01/85 01/01/90 01/01/95 01/01/00 01/01/85 01/01/90 01/01/95 01/01/00


0 0
Date Date
Déformations dans le béton ( µm/m)

Déformations dans le béton (µm/m)

-400 -400
Mise en
Mise en

service
service

-800 -800

CV53 (Rein Sud) CV50 (Clé de voûte)


CV54 (Rein Sud) CV51 (Clé de voûte) CV47 (Piédroit Sud) CV44 (Piédroit Nord)
CV55 (Rein Sud) CV52 (Clé de voûte) CV48 (Piédroit Sud) CV45 (Piédroit Nord)
-1200 -1200 CV49 (Piédroit Sud) CV46 (Piédroit Nord)

(a) en voûte (b) en radier


Figure 8.11 : Evolution des déformations dans la section de béton

208
En soustrayant les effets du retrait déduits des extensomètres longitudinaux installés au PM1018, on
arrive à des déformations variant entre 300 et 450 µm / m en voûte (clé de voûte et rein Sud) et

entre 300 et 790 µm / m en radier (piédroits Sud et Nord).

Si l’on considère que le module d’Young à long terme du béton E b LT vaut 10 GPa, on constate

alors que, dans la voûte, les contraintes varient entre 3 et 4,5 MPa (clé de voûte et rein Sud) et
que, dans le radier, elles varient entre 3 et 7,9 MPa (piédroits Sud et Nord).

8.2.2.4 - Analyse des contraintes de contact

La figure 8.12 donne l’évolution des contraintes de contact entre le revêtement et le terrain.

En voûte (figure 8.12.a), les pressions mesurées restent faibles, inférieures à 100 kPa mais, sur
certains capteurs, on observe des variations brusques concomitantes avec des fluctuations de
température, ce qui prouve que le contact s’établit partiellement lorsque la température augmente.

En contre-voûte (figure 8.12.b), les cellules de pression totale indiquent un chargement significatif des
piédroits pour cinq d’entre elles. Les pressions mesurées en 1995 à température constante
varient entre 0,9 MPa (cellules 97, 99 et 103 au piédroit Sud) et 1,7 MPa (cellules 102 et 104
au piédroit Nord).

2500 CP91 (Rein Sud) CP92 (Rein Sud) 2500 CP97 (Piédroit Sud) CP103 (Piédroit Sud)
CP89 (Centre Sud) CP90 (Centre Sud) CP99 (Radier Sud) CP98 (Radier Sud)
CP100 (Radier Nord) CP101 (Radier Nord)
CP93 (Centre Nord) CP94 (Centre Nord) CP102 (Piédroit Nord) CP104 (Piédroit Nord)
CP137 (Rein Nord) CP138 (Rein Nord)
2000 2000
Contrainte d'interface (kPa)

Contrainte d'interface (kPa)

1500 1500

1000 1000

500 500

Date

0 0 Date
01/01/84 01/01/88 01/01/92 01/01/96 01/01/00 01/01/84 01/01/88 01/01/92 01/01/96 01/01/00

(a) en voûte (b) en radier


Figure 8.12 : Evolution des contraintes d’interface revêtement/terrain

209
8.2.3 - Conclusions

L’ensemble des mesures relevées sur le tube Nord dans les marnes d’Effingen a mis en évidence un
comportement différé complexe du revêtement et du massif.
On a constaté que le revêtement se comportait de façon contrastée en voûte et en radier. En voûte,
le phénomène de retrait a d’abord contribué à désolidariser le béton du massif. L’élévation de la
température moyenne et le fluage des matériaux qui a suivi ne semblent pas avoir produit de contact
parfait entre le terrain et la voûte qui reste donc faiblement chargée.

Par contre, en radier, où le phénomène de retrait est négligeable, on observe des efforts
dissymétriques importants et non encore stabilisés. Deux causes essentielles peuvent expliquer le
comportement observé : d’une part, la différence de soutènement mis en place entre la voûte,
ancrages systématiques, et le radier, pas de soutènement (figure 8.4), et, d’autre part, le
développement du phénomène de gonflement sous le radier. En effet, la présence d’un système de
drainage sous le radier semble être à l’origine de l’humidification des marnes et donc du phénomène
de gonflement.

C’est ce dernier point qui va être analysé dans la suite à partir d’une modélisation numérique du
comportement du tunnel.

8.3 - Modélisation numérique du tube Nord

Pour analyser ces résultats et le phénomène de gonflement, un calcul numérique a été effectué à
l’aide du logiciel CESAR-LCPC en tenant compte des effets de gonflement par l’intermédiaire du
modèle décrit précédemment.

La première étape de la modélisation consiste à définir le contexte géotechnique et la géométrie de la


section étudiée, située dans les marnes d’Effingen, et à identifier les caractéristiques des matériaux,
ainsi que le phasage des travaux à prendre en compte.

8.3.1 - Configuration géotechnique et géométrie de l’ouvrage

Compte tenu de l’implantation des sections instrumentées (PM1404 avec des extensomètres en
forage et PM1502 avec des extensomètres à corde vibrante et des cellules de pression totale), nous
avons retenu, pour ce calcul, la coupe géotechnique rencontrée au PM1500. A partir de la coupe

210
géologique longitudinale (figure 8.3), une coupe géologique au PM1500 a été élaborée. Elle est
schématisée sur la figure 8.13 où la zone gonflante située sous le radier a été mise en évidence.

Les épaisseurs retenues pour les principales couches encadrant la section de tunnel sont les suivantes
(du haut vers le bas) :
- calcaire lité (Oxfordien supérieur) : 40 m
- marnes d’Effingen (Oxfordien inférieur) : 110 m
- calcaires de Birmensdorf (Oxfordien moyen) : 25 m
- Marnes à fossiles pyriteux ou à nodules (Oxfordien inférieur) : 45 m

La clé de voûte se trouve à 70 mètres sous le toit des marnes d’Effingen et la base du radier à 27
mètres au-dessus du toit des calcaires de Birmensdorf. Le pendage apparent des couches dans un
plan perpendiculaire à l’axe longitudinal du tunnel est de l’ordre de 20 degrés.

SUD NORD
TN 400

Calcaires lités
80

Marnes d'Effingen

20°
Zone gonflante

-30

-55
Calcaires de
Birmensdorf

Marnes à nodules

Figure 8.13 : Coupe géotechnique

211
La figure 8.14 présente la géométrie de l’ouvrage correspondant au profil type retenu dans les
marnes d’Effingen (figure 8.4). Le soutènement est constitué de 15 cm de béton projeté avec treillis
soudé et d’un boulonnage primaire autour de la voûte. Le revêtement définitif, constitué de 50 cm de
béton coffré, comporte une contre-voûte définitive en radier.

SOUTENEMENT : REVETEMENT :
15 cm de béton projeté 50 cm de béton coffré

cent
re : +
14,0
5 su
5,05
R

r l'ax
=5
,47

e-R
= 12
cm
2,50
2,68
Radier provisoire
5
R = 8,1

0,00
R=
7,4
0

- 0,55

Figure 8.14 : Géométrie de la section de tunnel

8.3.2 - Caractéristiques mécaniques des matériaux

8.3.2.1 - Terrains

Les caractéristiques mécaniques retenues pour les terrains dans le cadre de cette étude ont été
choisies à partir des essais réalisés en laboratoire (Bernaud et Rousset, 1994) et dans la galerie de
reconnaissance, en privilégiant les résultats d’essais in situ effectués dans la galerie. Des
comparaisons ont également été faites avec les valeurs retenues dans les calculs effectués pour le
tube Nord (Simecsol, 1991).

Le tableau 8.2 rassemble les valeurs retenues pour les couches de terrains modélisées.

212
Tableau 8.2 : Caractéristiques mécaniques des terrains

Terrain γ (kN/m3) E (MPa) ν c (MPa) ϕ (degré) ψ (degré)


Calcaire lité 25 20 000 0,3 élastique
Marnes d’Effingen 24 5 000 0,3 10 34 4
Calcaires de Birmensdorf 25 20 000 0,3 élastique
Marnes à nodules 23,5 3 500 0,3 élastique

Seules les marnes d’Effingen ont été prises en compte avec une loi de comportement élastoplastique
(critère de Mohr-Coulomb), les autres terrains étant soit suffisamment éloignés de l’excavation, soit
suffisamment résistants, pour rester dans le domaine élastique.
De même, le comportement différé des terrains n’a été pris en compte que pour les marnes
d’Effingen avec le fluage (Bernaud et Rousset, 1991 ; Gaudin, 1997) et le phénomène de gonflement
identifié avec la deuxième méthode de calage au chapitre 7, soit :
- un module d’Young E LT (= E / 2 ) à long terme de 2500 MPa ;

- une cohésion c LT à long terme de 6 MPa ;

- un angle de frottement interne ϕ LT à long terme de 20 degrés ;

- une pression de gonflement de 10 MPa ;


- un indice de gonflement B g variable ;

- un facteur d’anisotropie β égal à 1 ;

- un coefficient de Poisson apparent ν app égal à 0,15 ;

- et un plan de gonflement parallèle au pendage apparent de 20 degrés.

8.3.2.2 - Soutènement et revêtement

Le soutènement mis en place à l’avancement est constitué de :


- boulonnage primaire (boulons ∅ 25 de 4 m de longueur) ;
- béton projeté de 15 cm d’épaisseur, armé d’un treillis soudé.
Le boulonnage, ayant un effet de stabilisation locale difficilement modélisable en éléments finis, n’a
pas été pris en compte dans le calcul.
Les caractéristiques retenues pour le béton projeté sont les suivantes :
- un poids volumique γ bp de 25 kN/m3

- un module de déformation instantané E bp de 10 000 MPa

213
- un coefficient de Poisson ν bp de 0,2

- un module de déformation différé E bp LT (= E bp / 3) de 3 300 MPa.

Le revêtement définitif est constitué de 50 cm de béton coffré B25, c’est-à-dire présentant une
résistance à la compression de 25 MPa. En utilisant les règles proposées dans le BAEL91 (1992)
concernant le béton, les caractéristiques retenues dans les calculs sont :
- un poids volumique γ b de 25 kN/m3

- un module de déformation instantané E b de 30 000 MPa

- un coefficient de Poisson ν b de 0,2

- un module de déformation différé E b LT (= E b / 3 ) de 10 000 MPa.

8.3.3 – Présentation du calcul numérique

8.3.3.1 - Méthode de calcul

Les calculs ont été effectués à l’aide d’une modélisation bidimensionnelle aux éléments finis en
déformations planes avec le logiciel CESAR-LCPC élaboré par le Laboratoire Central des Ponts et
Chaussées (Paris). L’effet tridimensionnel de la proximité du front de taille lors des phases
d’excavation est pris en compte suivant la méthode convergence-confinement par l’introduction d’un
taux de déconfinement.

Pour pouvoir rendre compte des effets dissymétriques dus au pendage des couches, il a été
nécessaire de faire appel à un modèle complet (absence de symétrie).

La figure 8.15 présente des vues du maillage utilisé, respectivement d’ensemble et de détail au
voisinage du tunnel. Le modèle a une extension latérale de 80 m de part et d’autre de l’axe vertical
pour limiter l’incidence des conditions aux limites imposées sur les bords du maillage. Son extension
verticale est de 120 m au-dessus de la chaussée et de 100 m en dessous.
Le modèle se compose de :
- 3487 nœuds ;
- 1538 éléments (triangulaires à 6 nœuds et rectangulaires à 8 nœuds).
Les conditions aux limites retenues sont les suivantes :
- déplacement horizontal nul sur les limites latérales ;
- déplacement vertical nul sur la limite inférieure.

214
(a) vue générale (b) vue du tunnel
Figure 8.15 : Maillage du calcul au PM1500

8.3.3.2 - Phasage du calcul

Les calculs ont été menés en considérant le phasage suivant :


Phase 0 : phase d’initialisation.
La phase d’initialisation consiste en l’application du poids propre de chaque couche (chargement
POI), ainsi que d’une pression uniforme égale à 7500 kPa sur la surface supérieure (chargement
PUR) caractérisant le poids de la couche de calcaire située au-dessus de la zone maillée. Ce calcul a
abouti à un état de contraintes initial orienté suivant le pendage ; les directions principales étant
comprise entres les directions axiales, verticale et horizontale, et les directions du pendage.

Phase 1 : Excavation de la demi-section supérieure avec prise en compte d’un taux de


déconfinement λ = 0,65 correspondant à une longueur décousue de 3m (AFTES,

1993)

Phase 2 : Pose du soutènement en demi-section supérieure et poursuite du déconfinement jusqu’à


λ =1

215
Phase 3 : Excavation de la demi-section inférieure avec prise en compte d’un taux de
déconfinement λ = 0,85 correspondant à une longueur décousue de 8m (AFTES, 1993)

Phase 4 : Pose du soutènement en demi-section inférieure et poursuite du déconfinement jusqu’à


λ =1

Phase 5 : Excavation du radier contre-voûté avec un déconfinement complet (λ = 1)

Phase 6 : Bétonnage de la contre-voûte, des piédroits et de la voûte

Phase 7 : Fluage partiel correspondant aux 10 premières années de service (1986-1995)


Un calcul préliminaire a montré que les efforts dans le revêtement et les déplacements du massif
obtenus par les mesures in situ étaient inférieurs au comportement à long terme déterminé
numériquement, ce qui justifie l’aspect transitoire des résultats obtenus en 1995 et la non-stabilisation
du comportement observé avec les mesures in situ (partie 8.2). Un calcul intermédiaire (phase 7) a
alors été effectué pour simuler le comportement à moyen terme déterminé à partir des mesures
relevées en 1995.
En 1995, le fluage du terrain dépendant du gonflement des marnes ne peut être défini par
l’extrapolation des essais de fluage en laboratoire. Dans ce cas, une étude paramétrique simplifiée a
montré qu’un calcul de fluage avec un module du terrain égal à 3750 MPa (soit E 10 / E 0 = 0,75 )

permettait d’approcher le comportement à moyen terme. Pour le revêtement, comme le chargement


issu du fluage du terrain est lent et permanent, on suppose que les contraintes dans le béton sont
déterminées avec le module à long terme (BAEL91, 1992).

Phase 8 : Fluage final du terrain, le module des marnes passant à 2500 MPa (soit
E ∞ / E o = 0,5 ).

8.3.3.3 - Prise en compte du gonflement

La prise en compte du gonflement a été intégrée au calcul numérique dans les phases 6, 7 et 8, ce
qui revient à faire l’hypothèse que le phénomène s’amorce à partir de la mise en service du système
de drainage sous le radier susceptible de mettre en contact l’eau provenant de la zone calcaire avec
la zone marneuse hydrophile initialement sèche.

Après l’excavation du radier et le déconfinement total du terrain (phase 5), les contraintes sous le
radier, devenues faibles, favorisent le développement du gonflement. Ce processus, qui peut durer

216
plusieurs jours (voire plusieurs mois) en laboratoire est encore amplifié au niveau du massif par effet
d’échelle. L’eau se propageant lentement dans le massif, il est raisonnable d’associer le gonflement
aux deux calculs d’effets différés. Le phénomène de gonflement a donc été introduit simultanément
au fluage.

Outre les paramètres de gonflement définis dans le paragraphe 8.3.2.1, on rappelle les deux
principales hypothèses adoptées pour le développement du gonflement autour du tunnel :
- le plan de gonflement suit naturellement la stratification, c’est-à-dire que la direction principale du
gonflement est perpendiculaire au pendage,
- la zone gonflante se situe sous le radier comme le définit la figure 8.13 ; on suppose donc que les
écoulements d’eau se propagent à partir du système de drainage le long du radier et en profondeur.

8.4 - Analyse des résultats numériques

Plusieurs calculs numériques ont été réalisés avec ce modèle numérique. On s’intéresse
essentiellement à la phase 7 des calculs, conçue pour simuler le comportement à moyen terme
observé in situ.

Un premier calcul sans prise en compte du gonflement, noté c7, servira de référence pour toute
comparaison numérique ultérieure. Dans un deuxième temps, on analysera l’influence du gonflement,
d’une part, en appliquant le modèle de gonflement défini précédemment avec un indice de
gonflement variable et, d’autre part, en vérifiant la pertinence des hypothèses du gonflement
adoptées vis-à-vis de la direction du plan de gonflement, de la définition de la zone gonflante et la
cohésion apparente du terrain.

Toute l’analyse se focalisera sur le comportement du radier, dans la mesure où le modèle ne permet
pas de simuler l’influence notable du retrait sur la réponse du béton en voûte.

8.4.1 - Influence du gonflement

Dans ce paragraphe, on analyse les résultats des calculs de gonflement effectués avec différents
indices de gonflement B g (ou C g ) égal à 0,1%, 0,3% et 0,5% (0,23%, 0,69% et 1,15%)

correspondant respectivement à un potentiel de gonflement minimum, moyen et maximum déterminé


expérimentalement (chapitre 7) ; ces trois cas seront notés respectivement avec les lettres a, b et c.

217
Les résultats du calcul de gonflement seront comparés au calcul de référence et aux mesures. Dans
cette comparaison, les zones instrumentées seront numérotées vers le Nord comme définit dans la
figure 8.16. Elles seront repérées par leur abscisse curviligne s comptée positive par rapport à
l’extrémité Sud : s = 0 pour le piédroit Sud, s = 6m pour la clé de radier (correspondant à la
section 8) et s = 12m pour le piédroit Nord.

1 15
SUD 2
3 13
14 NORD
4 12
5 11
6 10
7 8 9

Figure 8.16 : Numérotation des sections du radier et emplacement des extensomètres

8.4.1.1 - Analyse des déplacements du massif sous le radier

La figure 8.17 représente les déplacements normal et tangentiel à l’interface radier/terrain le long du
radier. On constate une influence notable du gonflement sur le déplacement normal dans la partie
Sud comprise entre s = 3 et 6m, qui correspond à la zone où le radier est tangent au pendage,
c’est-à-dire où la déformation de gonflement est entièrement dirigée vers l’intérieur du tunnel. Par
contre, pour le déplacement tangentiel, l’influence se manifeste sur toute la surface.

218
15
c7 c7a c7 c7a

c7b c7c
c7b c7c
Déplacement normal (mm)

Déplacement tangentiel (mm)


10

5 Sud Nord
0
0 3 6 9 12
Abscisse curviligne (m)

0
0 3 6 9 12
Sud Abscisse curviligne (m) Nord -3

Figure 8.17 : Déplacements normal et tangentiel sous le radier

La figure 8.18 représente les déplacements du massif et du revêtement obtenus numériquement pour
les calculs sans gonflement (c7) et avec gonflement (c7b). Les résultats numériques confirment que le
gonflement influence le mouvement du massif dans une zone proche du radier avec une direction
privilégiée, qui est normale au pendage (figure 8.18.b).

Echelle 0,02 m

(a) calcul c7 (b) calcul c7b


Figure 8.18 : Résultats numériques des déplacements obtenus pour les calculs sans gonflement (a) et
avec prise en compte du gonflement (b)

219
L’étude des déplacements dans la profondeur du massif doit être menée en tenant compte de
l’emplacement des deux extensomètres placés sous le radier au PM 1404 (figure 8.5) : un en clé de
radier et l’autre placé à 45° sous le côté Nord du radier.

Les figures 8.19 et 8.20 représentent respectivement les déplacements du massif parallèlement et
perpendiculairement aux extensomètres. On constate que l’influence du gonflement se manifeste
principalement sur le déplacement parallèle en clé de radier et sur le déplacement perpendiculaire sur
la partie située à 45° côté Nord.

12 12
Déplacement parallèle à l'extensomètre (mm)

Déplacement parallèle à l'extensomètre (mm)


c7 c7a c7 c7a

9 9
c7b c7c c7b c7c

6 6

Clé de radier
Côté Nord
3 3

0 0
0 5 10 15 20 0 5 10 15 20
Profondeur (m) Profondeur (m)

Figure 8.19 : Déplacements parallèles aux extensomètres D565 (clé de radier) et D521 ( côté Nord)

12 12
Déplacement normal à l'extensomètre (mm)

c7 c7a
Déplacement normal à l'extensomètre (mm)

c7 c7a
c7b c7c
9 9
c7b c7c

6
6

3
Côté Nord
Clé de radier
3

0
0 5 10 15 20
0
0 5 10 15 20 Profondeur (m)
Profondeur (m) -3

Figure 8.20 : Déplacements perpendiculaires aux extensomètres D565 et D521

220
L’influence du gonflement correspond à environ un rayon, soit 7 mètres, sous le radier et environ un
diamètre sur le côté Nord. Sur la figure 8.18, la représentation des déplacements d’ensemble du
massif des calculs c7 (sans gonflement) et c7b (avec gonflement) permet de confirmer l’influence du
gonflement dans le massif ; sur le côté Nord, le développement du gonflement avec une direction
privilégiée normale au pendage modifie le mouvement de convergence du massif sur une grande
étendue mais avec une faible amplitude alors que sous la clé, le gonflement tend à amplifier la
convergence du terrain vers le tunnel sur une zone proche du radier.

Le tableau 8.3 rassemble les mesures obtenues à partir de l’extensomètre D565 placé sous le radier
et les déplacements parallèles obtenus numériquement aux mêmes emplacements. On constate que
les calculs mettent en évidence des déplacements non nuls en bout d’extensomètre, ce qui laisse
penser que la longueur de ces appareils est insuffisante pour se rendre compte de l’ensemble des
déplacements qui se développe dans le massif. Dans ces conditions, la comparaison entre mesures et
calculs doit être menée en valeur relative entre deux cellules de mesure.

Tableau 8.3 : Comparaison des mesures et des déplacement parallèles aux extensomètres

Profondeur In situ (mm) c7 (mm) c7a (mm) c7b (mm) c7c (mm)
0,5 m 4,00 4,73 6,26 8,14 9,39
Clé de 3m 0,66 3,52 3,97 4,51 4,77
Radier 5,5 m 0,22 2,64 2,81 2,99 3,01
D565 7m 0,00 2,23 2,32 2,40 2,38
0,5 m 4,21 0,43 0,12 0,00 -0,07
Nord 3m 3,95 0,22 0,04 -0,01 -0,04
D521 5,5 m -0,31 0,16 0,06 0,06 0,07
7m 0,00 0,13 0,06 0,08 0,10

On remarque alors que le déplacement relatif important mesuré à proximité du radier n’est pas
restitué par le calcul classique en élasticité alors que l’introduction de la loi de gonflement permet de
reproduire cette distribution non linéaire des déplacements. Ainsi entre 0,5 et 3m de profondeur sous
la clé de radier, le déplacement relatif mesuré de 3,3mm par l’extensomètre D565 est bien approché
par le calcul c7b qui donne un déplacement de 3,6mm (contre 1,2mm, 2,3mm et 4,6mm pour les
calculs c7, c7a et c7c). Entre 3m et 7m, les résultats numériques et in situ diffèrent nettement ; ce qui

221
peut provenir d’une propagation incomplète du phénomène de gonflement alors que le calcul est
mené en faisant l’hypothèse d’un phénomène stabilisé à moyen terme.

Au niveau de l’extensomètre D521, le mouvement du terrain n’est pas du tout parallèle à


l’extensomètre (figures 8.19 et 8.20) ; il est alors difficile de comparer les mesures de l’extensomètre
avec les déplacements du massif obtenus numériquement.

On notera tout de même que les mesures mettent en évidence un mouvement de bloc rigide du
terrain compris entre 0 et 3m alors que la cellule située à 5,5m exprime une compression du terrain
compris entre 5,5 et 7m. Ces résultats in situ semblent exprimer l’apparition d’une fissure entre 3 et
5,5 mètres caractérisant une rupture du matériau qui ne peut être modélisée par un calcul aux
éléments finis. Cependant, les calculs numériques indiquent tout de même une plastification du terrain
uniquement à l’extrémité Nord du radier, comme le montrent les résultats de la figure 8.21.

Déformations plastiques

(a) calcul c7 (b) calcul c7b


Figure 8.21 : Représentation de l’étendue de la zone plastique obtenue numériquement avec les
calculs sans gonflement (a) et avec prise en compte du gonflement (b)

222
Cette analyse montre que la loi de gonflement permet de se rapprocher des mesures in situ sous la
clé de radier. L’étude paramétrique conduit à privilégier une valeur de l’indice de gonflement B g

égal à 0,3 %. Ce choix demande à être vérifié à partir des mesures avec les autres capteurs.

8.4.1.2 - Analyse des contraintes dans le radier

La figure 8.22 représente la contrainte moyenne calculée dans le béton le long du radier. On constate
que le gonflement influe nettement sur les efforts dans le béton en les augmentant aux extrémités du
radier et en les réduisant à proximité de la clé.

15000
Contraintes moyennes dans le béton (kPa)

c7 c7a

c7b c7c
10000

5000

Sud Nord
0
0 3 6 9 12
Abscisse curviligne (m)

-5000

Figure 8.22 : Résultats des contraintes moyennes dans le béton le long du radier

Dans la zone centrale (3m < s < 6m) , on constate que la contrainte moyenne obtenue

numériquement devient négative avec la prise en compte du gonflement, ce qui met en évidence des
contraintes de traction dans le radier.
Les figures 8.23 et 8.24 présentent respectivement l’état de contraintes et les zones de traction
obtenus dans le revêtement pour les calculs c7 et c7b. La figure 8.24 montre que la prise en compte
du gonflement développe une zone de traction à l’intrados du radier de longueur limitée (zone
comprise entre s = 3 et 6m) et de profondeur limitée (au plus la moitié de l’épaisseur du radier au
niveau de l’abscisse s = 4,5m où le radier est tangent au pendage), l’extrados du radier restant

toujours en compression (figure 8.23). Dans cette zone du radier soumise à des efforts de traction à
l’intrados, les efforts de compression seront repris par l’épaisseur non fissurée du radier.

223
Echelle 50000 kPa

Sud Nord Sud Nord

(a) calcul c7 (b) calcul c7b


Figure 8.23 : Représentation de l’état de contraintes obtenu numériquement avec les calculs sans
gonflement (a) et avec prise en compte du gonflement (b)

Zone de traction

Sud Nord Sud Nord

(a) calcul c7 (b) calcul c7b


Figure 8.24 : Représentation des zones de traction obtenues numériquement avec les calculs sans
gonflement (a) et avec prise en compte du gonflement (b)

224
La comparaison de ces résultats aux valeurs mesurées in situ doit tenir compte de l’emplacement des
extensomètres à corde vibrante noyés dans le béton (figure 8.6). Du fait de l’incertitude sur la mise
en place de ces extensomètres, l’analyse a été élargie à une zone délimitée par les sections 4-5 du
côté Sud correspondant aux capteurs 47, 48 et 49 et par les sections 11-12 du côté Nord
correspondant aux capteurs 44, 45 et 46 (figure 8.16). On souligne que les deux zones choisies
symétriques par rapport à l’axe vertical et s’étendant sur 60 cm en radier sont compatibles avec
l’emplacement effectif des capteurs (figure 8.6).

Le tableau 8.4 représente les résultats numériques et in situ correspondant aux contraintes dans le
béton. Pour l’étude numérique, on précise la valeur minimale, moyenne et maximale déterminée dans
la zone du radier étudiée. Les valeurs in situ ont été déterminées à partir des déformations des
capteurs en enlevant la contribution du retrait, estimée à 50 µm / m et en considérant un module

d’Young à long terme du revêtement E b LT égal à 10 GPa.

Le tableau 8.4 montre que la prise en compte du gonflement accentue la dissymétrie des contraintes
dans le radier par rapport aux résultats obtenus avec le calcul classique (c7). La comparaison des
résultats numériques et des mesures in situ montre que le meilleur calage est obtenu avec le calcul
c7b.

Tableau 8.4 : Résultats in situ et numériques des contraintes moyennes dans le radier

Contrainte dans le béton (MPa) Contrainte dans le béton (MPa)


des sections 4-5 (Sud) Section 8 des sections 11-12 (Nord)
Moyenne Min. Max. Moyenne Min. Max.
c7 2,9 2,5 3,3 1,3 4,8 4,1 5,4
c7a 2,7 1,9 3,5 0,4 6,0 5,3 6,8
c7b 3,0 1,9 4,3 0,5 7,9 7,3 8,5
c7c 3,3 1,9 4,8 0,7 9,1 8,5 9,6
CV 47 3,40
CV 48 2,91
CV 49 2,96
Moy. Sud 3,09
CV 44 8,49
CV 45 8,78
CV 46 6,36
Moy. Nord 7,88

225
Afin d’étudier l’incidence des effets de gonflement sur la tenue du radier, les résultats sont comparés
aux valeurs limites déduites des recommandations de l’AFTES sur l’utilisation du béton non armé en
tunnel (1998), et qui consistent à vérifier la flexion d’une section à l’état limite ultime (ELU) en
considérant que le béton ne possède pas de résistance à la traction. Les sollicitations aux ELU
( N u , M u ) , effort normal et moment ultimes, sont déduites des sollicitations calculées (M, N ) par

application du coefficient pondérateur de 1,35.


La résistance d’une structure en béton non armé se caractérise avec deux paramètres, l’excentricité

e  =  et l’effort admissible N a , déterminé à partir de la résistance à la compression du béton et


M
 N
de l’excentricité, en utilisant le critère suivant :
• N u > N a : ferraillage ou redimensionnement de la section nécessaire

• Nu < Na :

- e < 0,3 h (h : épaisseur de la section) : section satisfaisante

- e > 0,3 h : section inadmissible (plus de la moitié de la section est fissurée)

La figure 8.25 illustre l’application de la recommandation de l’AFTES avec une résistance à la


compression du béton de 25 MPa caractérisant le matériau utilisé pour la contre-voûte. On constate
que le ferraillage est nécessaire en piédroit avec ou sans gonflement à cause d’efforts et de moments
trop importants (figure 8.25.a) alors que la prise en compte du gonflement (calcul c7b) implique aussi
l’utilisation du ferraillage sur la partie centrale du radier et plus exactement à l’intrados où une zone
de traction se développe (figure 8.24).
10000 0,3
Nu(c7) Na(c7)
Effort normal dans le radier N (kN)

0,3 * h
Nu(c7b) Na(c7b)
e(c7)

e(c7b)
0,2
Excentricité (m)

5000

0,1

0
0
0 3 6 9 12
0 3 6 9 12
Sud Abscisse curviligne (m) Nord Sud Abscisse curviligne (m) Nord

(a) effort normal N (b) excentricité e


Figure 8.25 : Application de la recommandation AFTES sur les efforts dans le radier (1998)

226
Si la zone de traction ne possède pas de béton armé (le ferraillage étant mis en place à partir des
piédroits sur une distance limitée, environ 3m), l’effort normal de la section se reporte alors sur la
partie non fissurée du radier. Ainsi pour l’abscisse s = 4,5m , l’effort normal N (avoisinant a priori

700 kN comme pour le calcul sans gonflement) se reportera sur la partie non fissurée (équivalent à la
moitié de l’épaisseur initiale du radier soit 25 cm) sous forme d’une contrainte de compression
proche de 3 MPa, bien inférieure à la résistance en compression du béton.

Ces résultats montre que l’apparition d’une zone de traction limitée à l’intrados du radier peut
entraîner une augmentation notable des contraintes de compression à l’extrados tout en conservant
un niveau acceptable pour la stabilité de la contre-voûte. Cette conclusion est d’autant plus
satisfaisante que l’épaisseur réelle du radier est supérieure à la valeur retenue dans le calcul à cause
des hors-profils réalisés lors de l’excavation du radier, pouvant atteindre 10 à 15 cm, ce qui laisse
supposer que les contraintes de compression et l’excentricité de la section in situ sont plus faibles
que ceux déterminés numériquement.

8.4.1.3 - Analyse des contraintes de contact

La figure 8.26 représente la contrainte normale à l’interface radier/terrain le long du radier. On


constate que, pour tous les calculs, les contraintes sont minimales en clé de radier et maximales aux
extrémités et que la prise en compte du gonflement se traduit par une augmentation de la contrainte
normale sur tout le pourtour avec une influence plus marquée du côté Nord.

3000
Contrainte normale au radier (kPa)

c7 c7a

c7b c7c
2000

1000

0
0 3 6 9 12
Sud Abscisse curviligne (m) Nord

Figure 8.26 : Analyse des contraintes normales d’interface sous le radier

227
La comparaison des mesures aux résultats numériques doit être menée en tenant compte de
l’emplacement des cellules de pression totale indiqué sur la figure 8.6. Dans la mesure où
l’emplacement exact de ces cellules n’est pas connu, on a retenu une zone correspondant aux
différents capteurs (figure 8.16) situés autour de la section 3 pour les capteurs 97-103, de la section
5 pour les capteurs 98-99, de la section 11 pour les capteurs 100-101 et de la section 13 pour les
capteurs 102-104. Cette répartition a été déterminée en retenant, comme sur la figure 8.6, un
emplacement des cellules au même niveau que les extensomètres à corde vibrante et en respectant la
symétrie longitudinale de l’ouvrage.

Le tableau 8.5 rassemble les résultats des mesures in situ obtenus par les différents capteurs et les
résultats numériques. La solution numérique des côtés Sud et Nord correspond à une valeur
moyenne de la contrainte normale autour de la section considérée. La contrainte normale en clé de
radier (section 8) a été ajoutée à titre indicatif de la valeur minimale appliquée sous le radier.

Tableau 8.5 : Résultats des contraintes d’interface radier/terrain

Contraintes normales au radier, en kPa


Sections 2-3 Sections 4-5 Section 8 Sections 11-12 Sections 13-14
CP 97-103 553-1030
CP 98-99 74-893
CP 100-101 31-177
CP 102-104 1693-1700
c7 577 218 102 401 1138
c7a 578 168 28 437 1316
c7b 664 206 41 508 1495
c7c 743 254 66 556 1620

Le tableau 8.5 montre que la dissymétrie des contraintes d’interface observée in situ est bien
restituée par le modèle numérique. L’analyse des mesures aux extrémités fait apparaître que les
contraintes sont mieux estimées avec les calculs c7b ou c7c, surtout si l’on fait abstraction des
résultats des capteurs situés près du milieu du radier qui donnent des résultats peu significatifs.

228
8.4.1.4 - Conclusions

Ce paragraphe a permis de mettre en évidence l’apport de la loi de gonflement dans la modélisation


du comportement du massif et du revêtement à moyen terme. La comparaison des mesures in situ et
des résultats numériques a montré que les déplacements importants observés dans le massif à
proximité du radier et les efforts dissymétriques du radier mesurés en 1995 sont le mieux simulés par
le calcul c7b, qui prend en compte un indice de gonflement B g moyen de 0,3 %.

Dans la suite, on présentera une étude complémentaire permettant de mieux apprécier l’incidence
des hypothèses retenues pour modéliser le phénomène.

8.4.2 – Etude paramétrique complémentaire

Dans cette partie, on analysera successivement l’influence de l’orientation du plan de gonflement


principal, de l’étendue de la zone gonflante, du comportement tridimensionnel du gonflement, de la
plasticité. On évoquera aussi le comportement à très long terme de la structure.

Pour simplifier l’analyse, tous les résultats présentés dans la suite décriront quelques grandeurs
caractéristiques du comportement in situ déjà présentées : le déplacement relatif ∆ v sous la clé de

radier entre 0,5 et 3m de profondeur, la valeur moyenne de la contrainte dans le béton σ bn (côtés

Sud et Nord) et la valeur moyenne de la contrainte d’interface σ int erface située près des piédroits

(côtés Sud et Nord).

8.4.2.1 - Influence du plan d’anisotropie

Un calcul a été réalisé pour étudier l’influence du plan de stratification, en reprenant les mêmes
paramètres que pour le calcul c7b. Le nouveau calcul c7d a été effectué en prenant une direction
privilégiée du gonflement verticale. Dans ce cas, on constate que l’influence du gonflement est
notable mais plus symétrique.

Le tableau 8.6 montre que les résultats du calcul c7d diffèrent nettement des mesures in situ car la
contribution du gonflement symétrique par rapport à l’axe vertical ne permet pas de rendre compte
du comportement dissymétrique du radier, contrairement au calcul c7b qui exprime un gonflement
perpendiculairement au pendage.

229
Tableau 8.6 : Principaux résultats obtenus pour le calcul c7d

In situ c7 c7b c7d

∆ v (mm) - 3,3 - 1,2 - 3,6 - 4,5


côté Sud 3,1 2,9 3,0 5,3
σ bn (MPa)
côté Nord 7,9 4,8 7,9 7,6
côté Sud 553 – 1030 577 664 772
σ int erface (kPa)
côté Nord 1693 – 1700 1138 1495 1113

8.4.2.2 - Influence de l’étendue de la zone gonflante

Les calculs du paragraphe 8.4.1 ont été menés en supposant que le gonflement concernait
uniquement le terrain sous le radier et ont montré que l’influence du gonflement était limité en
profondeur. En supposant que la zone gonflante concernait tout le massif encaissant autour du tunnel,
un calcul complémentaire, noté c7e, a été engagé pour étudier l’influence de l’étendue de la zone
gonflante. Le tableau 8.7 compare les principaux résultats comparés à ceux donnés par le calcul c7e.

On constate que les résultats du calcul c7e sont similaires au calcul c7b. La prise en compte du
gonflement tout autour du tunnel ne modifie pas son influence sur le radier mais uniquement sur la
voûte, de façon localisée et sans compromettre sa stabilité.

Tableau 8.7 : Principaux résultats obtenus avec le calcul c7e

In situ c7 c7b c7e

∆ v (mm) - 3,3 - 1,2 - 3,6 - 3,7


côté Sud 3,1 2,9 3,0 2,5
σ bn (MPa)
côté Nord 7,9 4,8 7,9 8,1
côté Sud 553 – 1030 577 664 669
σ int erface (kPa)
côté Nord 1693 – 1700 1138 1495 1505

Lorsqu’on étudie exclusivement le comportement du radier, comme dans notre étude, l’introduction
d’une zone gonflante tout autour du tunnel ne modifie pas les résultats par rapport au cas d’un
extension limitée sous le radier.

230
8.4.2.3 – Influence du paramètre d’anisotropie ν g (ou ν app)

L’étude expérimentale a conduit à introduire un coefficient de Poisson apparent ν app pour simuler le

niveau de contraintes radiales élevé observé au cours du déchargement axial des éprouvettes. Pour
étudier l’influence de ce paramètre, un calcul, noté c7f, a été effectué en conservant le coefficient de
Poisson ν égal à 0,3. Ce cas correspond à une loi de gonflement calée sur des essais de type
Huder-Amberg avec un œdomètre classique, c’est-à-dire sans mesurer la contrainte radiale.

Le tableau 8.8 montre que le calcul c7f donne des résultats similaires au calcul c7b avec des
contraintes légèrement supérieures. Pour le tunnel de Chamoise, la caractérisation tridimensionnelle
du gonflement n’est donc pas un facteur prépondérant dans la modélisation du gonflement.

Tableau 8.8 : Principaux résultats obtenus avec le calcul c7f

In situ c7 c7b c7f

∆ v (mm) - 3,3 - 1,2 - 3,6 - 3,6


côté Sud 3,1 2,9 3,0 3,5
σ bn (MPa)
côté Nord 7,9 4,8 7,9 8,1
côté Sud 553 – 1030 577 664 669
σ int erface (kPa)
côté Nord 1693 – 1700 1138 1495 1505

8.4.2.4 - Influence de la plasticité

Dans le chapitre 7, on a montré que le phénomène de gonflement pouvait aussi affecter la résistance
du matériau à long terme. Le calcul c7g reprend les paramètres du calcul c7b, mais introduit une
cohésion de 2000 kPa déduite de la méthode de calage au lieu de 6000 kPa déterminé
expérimentalement.

La figure 8.27 montre, dans ce cas un développement de la plasticité plus fort sous le radier
contrairement aux calculs c7 ou c7b pour lesquels la plasticité reste localisée. Le tableau 8.9 montre
qu’il en résulte (pour le calcul c7g) une augmentation considérable des efforts dans le radier, ce qui
n’est pas observé in situ. Par conséquent, la rupture déterminée expérimentalement sur échantillon ne
semble pas se produire dans le massif excepté au niveau des piédroits, (extensomètre D521), ce qui
est simulé correctement par le calcul c7b.

231
Déformations plastiques

(a) calcul c7b (b) calcul c7g


Figure 8.27 : Représentation de l’étendue de la zone plastique obtenue numériquement avec une
cohésion de 6000 kPa (a) et avec une cohésion de 2000 kPa (b)

Tableau 8.9 : Résultats principaux obtenus pour le calcul c7g

In situ c7 c7b c7g


∆ v (mm) - 3,3 - 1,2 - 3,6 - 3,0
côté Sud 3,1 2,9 3,0 6,8
σ bn (MPa)
côté Nord 7,9 4,8 7,9 13,4
côté Sud 553 – 1030 577 664 1404
σ int erface (kPa)
côté Nord 1693 – 1700 1138 1495 868

L’absence de plastification sous le radier pourrait s’expliquer par l’une des hypothèses suivantes :
- la zone gonflante réelle reste localisée sous la clé de radier, correspondant à la zone non plastifiée
du calcul c7g (figure 8.27);
- un effet d’échelle conduirait à exagérer la réduction de la cohésion due à l’imbibition du matériau
sur échantillon. Dans les faits, la cohésion réelle du massif imbibé doit être affaiblie par l’arrivée
d’eau mais de façon moins notable que sur des essais en laboratoire, ce qui doit limiter l’étendue de
la zone gonflante.

232
Ce calcul permet de mettre en évidence l’importance de la cohésion et du gonflement sur le
comportement à long terme du radier et laisse penser que le développement du gonflement influe peu
sur la cohésion du matériau à grande échelle.

8.4.2.5 - Comportement à très long terme du radier

Les résultats précédents ont montré que le calcul c7b permettait de simuler le comportement à
moyen terme du radier en tenant compte d’un fluage total du béton et d’un fluage partiel du terrain
associé au processus lent du gonflement.

Il est intéressant d’étudier l’influence du gonflement à très long terme caractérisé par le fluage
complet du terrain. On s’intéressera aux calculs c8 et c8b simulant le comportement à très long
terme faisant suite aux calculs c7 et c7b analysés précédemment. Le tableau 8.10 récapitule les
résultats obtenus pour les calculs c8 et c8b. On constate que le gonflement influe aussi notablement
sur le comportement à très long terme avec un soulèvement de 5,4mm par rapport au cas classique
(c8) et des contraintes nettement plus élevées dans la partie Nord du radier.

Tableau 8.10 : Résultats principaux obtenus à très long terme pour les calculs c8 et c8b

In situ (1995) c8 c8b

∆ v (mm) - 3,3 - 3,7 - 9,1


côté Sud 3,1 8,0 8,0
σ bn (MPa)
côté Nord 7,9 13,4 17,6
côté Sud 553 – 1030 1479 1620
σ int erface (kPa)
côté Nord 1693 – 1700 2406 3011

8.5 - Conclusions

Ce chapitre a permis de mettre en pratique le modèle de gonflement présenté dans la partie III. A
partir des mesures in situ traduisant le développement du gonflement, on a mis en place un calcul
numérique simulant l’excavation et le comportement à long terme du tube Nord du tunnel de
Chamoise.

233
Les résultats numériques ont montré que l’utilisation d’une loi de gonflement calée expérimentalement
permet de reproduire l’essentiel du comportement observé in situ. Le meilleur calage est obtenu pour
un indice de gonflement B g égal à 0,3%, correspondant à la valeur moyenne du potentiel de

gonflement déduite d’essais en laboratoire. Par contre, la prise en compte des effets tridimensionnels
de gonflement n’apparaît pas essentielle dans la modélisation du gonflement pour ce tunnel.

Les calculs ont aussi montré que la direction privilégiée du gonflement suit la normale au pendage ; la
prise en compte de cet effet permet de retrouver les efforts dissymétriques mesurés dans le radier.
La réduction de la cohésion déterminée en laboratoire n’est confirmée par la comparaison entre
calculs et mesures in situ.

Cette étude numérique montre que le modèle de gonflement proposé permet de simuler
correctement le comportement observé du tube Nord de Chamoise. Les calculs et les mesures
indiquent que le développement du gonflement peut entraîner des efforts plus importants dans le
radier et des moments localisés élevés tout en restant acceptable pour la stabilité de l’ouvrage. Ces
résultats numériques et les mesures in situ non stabilisées incitent à poursuivre la surveillance de cet
ouvrage au cours des prochaines décennies pour contrôler le comportement à plus long terme.

234
CONCLUSIONS GENERALES

L’objectif du travail présenté dans ce mémoire consistait à améliorer la prise en compte du


gonflement dans le dimensionnement des ouvrages souterrains. Cette étude comportait trois parties
principales :
- une analyse bibliographique portant sur la compréhension du phénomène, sa caractérisation en
laboratoire et à partir de retours d’expérience, et sa prise en compte dans le dimensionnement
des tunnels ;
- le développement des méthodes de calcul analytique et numérique destinées à prendre en compte
le phénomène de gonflement ;
- une application du modèle numérique de gonflement à deux niveaux : d’une part, sur un
échantillon soumis à un essai de gonflement et, d’autre part, sur un ouvrage instrumenté dont le
comportement différé a mis en évidence le gonflement des terrains sous le radier.

La revue bibliographique a mis en évidence la complexité du phénomène au niveau microscopique et


a permis d’identifier plusieurs origines possibles du phénomène (osmotique, déchargement
mécanique, succion) intervenant séparément ou simultanément.

Elle a conduit à recommander, pour la caractérisation expérimentale du gonflement, la méthode


proposée par Huder et Amberg (1970) qui repose sur un essai de type œdométrique reproduisant
assez bien les variations de contraintes induits dans le massif autour d’un tunnel. Contrairement aux
autres procédures déterminant uniquement une pression de gonflement à volume constant, cette
méthode vise à établir une relation linéaire entre la déformation de gonflement et le logarithme de la

235
contrainte appliquée à l’aide de deux paramètres : une pression de gonflement σ g et un indice de

gonflement C g .

Quelques précautions d’usage doivent être respectées au niveau du prélèvement pour conserver un
matériau proche de son état in situ (teneur en eau naturelle, fracturation, anisotropie structurelle) et au
niveau de la procédure d’essai pour éviter les phénomènes parasites tels que le frottement ou le
report du gonflement entre les paliers de déchargement successifs (parois intérieures huilées,
répartition des paliers de déchargement équilibrée, durée des paliers suffisante).

Dans une deuxième partie de notre travail, deux approches complémentaires ont été mises en œuvre
pour simuler les effets du gonflement :

- une approche analytique consistant à introduire une contribution de gonflement dans la méthode
convergence-confinement (Panet et Guellec, 1974) ;

- une approche numérique pour raffiner le calcul analytique.

Malgré des hypothèses simplificatrices, l’approche analytique a montré l’influence notable du


gonflement sur l’équilibre du revêtement à court et à long terme. Un tel calcul peut être envisagé à
une phase de pré-dimensionnement pour apprécier les effets potentiels de gonflement et les
comparer aux influences des autres paramètres géotechniques.

Pour parfaire la prise en compte du gonflement dans un calcul de tunnel, un modèle numérique de
gonflement a été introduit dans le logiciel CESAR-LCPC. Le travail a consisté à définir et à
implanter une loi tridimensionnelle anisotrope de gonflement basée sur la loi expérimentale d’Huder-
Amberg et caractérisée par trois paramètres : une pression de gonflement σ g représentant le seuil de

contraintes en dessous duquel le gonflement peut se développer, un indice de gonflement C g (ou

B g ) permettant de quantifier la déformation de gonflement associée à une réduction de contraintes

donnée et un paramètre d’anisotropie β relié à la stratification du massif. Le phénomène de

gonflement supposé réversible a été intégré dans une loi élastoplastique avec le critère de rupture de
Mohr-Coulomb.

236
Dans un troisième temps, ce modèle a été appliqué à deux situations pratiques : d’une part, le cas
d’un échantillon soumis à un essai de gonflement et, d’autre part, un ouvrage instrumenté affecté par
le gonflement des terrains sous le radier.

L’étude d’un essai de gonflement en phase de déchargement a permis de valider le choix de la loi de
comportement et d’étudier la sensibilité de ses principaux paramètres. La confrontation de la loi
élastoplastique avec les résultats expérimentaux a montré que le meilleur calage des déformations
verticales est obtenu pour un facteur d’anisotropie β égal à 1. Cependant, la mesure des contraintes

horizontales avec un oedomètre modifié “ K o ” conduit à introduire un coefficient de Poisson

apparent ν app permettant d’obtenir un meilleur calage en déformations de la loi de comportement

sur les essais.

Cette analyse expérimentale a aussi montré l’influence du gonflement sur la rupture de l’échantillon
puisqu’au cours du déchargement, un échantillon imbibé conserve un niveau élevé de contraintes
radiales, ce qui peut conduire à une rupture en extension de l’échantillon. La confrontation de cette
rupture observée avec les paramètres plastiques de Mohr-Coulomb semble montrer que l’arrivée
d’eau dans l’échantillon diminue la cohésion effective du matériau, ce qui favorise l’apparition de la
plasticité.

La deuxième application du modèle de gonflement a consisté à effectuer un calcul de tunnel


concernant le tube Nord du tunnel de Chamoise dont les mesures relevées in situ ont mis en évidence
un comportement différé notable au bout d’une quinzaine d’années d’existence, avec en particulier le
développement du phénomène de gonflement des marnes sous le radier.

Le gonflement des marnes a été modélisé comme un effet différé intervenant de manière
concomitante au fluage. La comparaison des mesures in situ et du calcul à moyen terme,
correspondant à un fluage partiel du terrain avec les paramètres à long terme du béton a montré que
la loi de comportement retenue permettait de mieux reproduire les efforts dissymétriques du radier et
les déplacements importants dans le terrain avoisinant que dans le cas d’une analyse élastique.

Une étude paramétrique appliquée à cet ouvrage a conduit à un plan de gonflement parallèle le
pendage, une faible influence du comportement tridimensionnel de gonflement et une absence de
plastification sous le radier.

237
L’étude numérique a montré que la loi élastoplastique de gonflement proposée permettait de bien
rendre compte des comportements observés expérimentalement et in situ. Le modèle développé
peut maintenant être testé sur d’autres ouvrages sujets à des problèmes de gonflement.

Une autre piste de développement dans ce domaine pourrait être de combiner ce modèle avec une
approche hydromécanique, permettant de simuler l’évolution dans le temps des effets de gonflement.

238
ANNEXE A : Procédures d’essais normalisées

A.1 - ASTM D4546 (American Society for Testing and Materials, 1985)

L’American Society for Testing and Materials (ASTM, 1985) préconise trois procédures d’essais à
l’oedomètre (figure A.1) :

Méthode I :
Boucle de chargement, déchargement, rechargement (chemins 1, 2 et 3) puis imbibition et
gonflement libre sous le poids du piston jusqu’à ce que le mouvement du piston devienne négligeable
(chemins 3 et 4). Dans un dernier temps, on procède à un chargement par paliers pour ramener
l’éprouvette à sa hauteur initiale (chemins 4 et 5) ;

Méthode II :
Gonflement sous une charge constante égale à la contrainte verticale en place jusqu’à ce que le
mouvement du piston devienne négligeable (chemins 2 et 3), puis chargement par paliers pour
ramener l’éprouvette à sa hauteur initiale (chemins 3 et 5).

Méthode III :
Gonflement à volume constant à partir du poids des terres (chemins 2 et 3). L’essai est poursuivi par
un essai oedométrique conventionnel avec boucles de chargement-déchargement, afin d’évaluer le
potentiel de gonflement.

Dans les méthodes II et III, l’éprouvette est préalablement chargée dans son état naturel sous le
poids des terres. Dans la méthode I, un cycle de chargement-déchargement peut être appliqué, avant
imbibition. Ces procédures sont accompagnées de recommandations pour le stockage et la
préparation des échantillons. Les paramètres mesurés sont indiqués à titre indicatif sur la figure A.1.

247
Les essais commencent au point 1.
CCM : Construction de Casagrande Modifiée
CC : Construction de Casagrande
Indice des vides Indice des vides
0,92 0,88
4
e se = 0, 908
e vo = 0,820
0,88 0,84
σ vo = 100 kPa
3
e vo = 0 ,830
0,84 σ vo = 100 kPa 0,80 1
σ G = 350 kPa
5 4
e o = 0 ,785 2 5
1 0,76 Imbibition
0,80 σ G = 400 kPa
e o = 0 , 785
3
Imbibition 2 Contrainte axiale (kPa)
Contrainte axiale (kPa)
0,76 0,72
1 10 100 1000 10 000 1 10 100 1000 10 000

(a) Méthode I : Gonflement libre (b) Méthode II : Gonflement sous le


poids des terres
Indice des vides
CS e vo = 0 ,828
0,84 σ v o = 100 kPa

1 σ G = 380 kPa
'
0,80
e o = 0,785 3
4 CCM σ vm = 780 kPa
2
0,76 Imbibition σ G = 280 kPa 5
CC
Recompression
0,72
6 CC
Décharge e 2 = 0 ,671
0,68
7 σ 2 = 2560 k P a
Contrainte axiale (kPa)
0,64
1 10 100 1000 10 000

(c) Méthode III : Gonflement à volume constant à partir du poids des terres
Figure A.1 : Procédures d’essais de gonflement de ASTM D4546 (1985)

A.2 - DIDIER et al. (1987)


Ces auteurs proposent plusieurs procédures opératoires. L’utilisation d’une loi hyperbolique est
suggérée pour déterminer la durée du palier d’imbibition et des paliers suivants. L’éprouvette est
chargée à partir du poids du piston σ d jusqu’au poids des terres σ vo à sa teneur en eau naturelle,

puis on procède à un cycle et demi de chargement-déchargement-rechargement. A partir de l’état


caractérisé par l’indice des vides e o obtenu sous σ vo , l’essai peut être prolongé par l’une des trois

procédures suivantes. (figure A.2)

248
A.2.a - Description des procédures d’essais
Méthode 1 :
L’essai avec saturation à volume constant du sol sous poids des terres (e = e o ) , est destiné en

premier lieu à déterminer la pression de gonflement du sol et à apprécier sa capacité de gonflement


par une série de déchargements ultérieurs. La tolérance proposée sur les variations autorisées de
∆V
volume de l’éprouvette est < 10 −4 dans le cas des essais de longue durée.
V
Courbe expérimentale
Courbe théorique
Extrapolation

1
Cg

ed

eo
Log σ
'
Imbibition
'
σd σ vo σg
' '

Méthode 1 : Gonflement à volume constant à partir du poids des terres


e e
ε i , inf ini 1
∆ ε i ,inf ini Cg
ε i− 1

σ vf
'

ed ed

eo eo
Log σ
'
Log σ
'
Imbibition
'
σ vo
'
σd σg
'
σd σ vo
' '
σg
'

Méthode 2 : Gonflement libre (σ vf < σ vo ) Gonflement libre (σ vf > σ vo )


Figure A.2 : Procédures d’essais de gonflement de Didier et al. (1987)

Méthode 2 :
L’essai avec gonflement libre sous poids des terres, est destiné à évaluer l’amplitude de gonflement,
mais permet aussi d’estimer σ g . Deux variantes peuvent être envisagées pour cet essai, suivant que

249
la contrainte σ vf induite au sein du terrain par l’état de service de la structure est supérieure ou non

au poids des terres. Dans les deux cas, l’échantillon est saturé sous le poids des terres, puis :
- rechargé de manière progressive jusqu’à ce qu’il retrouve sa hauteur avant saturation, pour être
ensuite ramené progressivement à la précontrainte σ d . Cet essai est adapté au cas où σ vf > σ vo ;

- soit directement ramené à la contrainte initiale σ d dans le cas où σ vf < σ vo .

A.2.b - Détermination de la durée des paliers de gonflement à partir d’une loi


hyperbolique

A.2.b.1 - Suivi d’un palier de gonflement


Un des points fondamentaux d’un essai de gonflement de type incrémental est la durée des paliers de
déchargement ou de saturation. A la différence des essais de compressibilité, on estimera que dans
un essai de gonflement uniaxial, on peut passer au palier suivant lorsque la vitesse de gonflement est
inférieure ou égale à une vitesse limite, qui peut être, elle aussi, forfaitaire. Cette démarche est
d’ailleurs celle adoptée pour les essais “rapides” décrits précédemment, le “seuil” retenu étant de
1/100 mm par 8 heures dans le cas de l’étape de saturation pour des échantillons de hauteur initiale
H o voisine de 20 mm.

Cette dernière procédure nécessitant quelques précautions d’utilisation, il est apparu judicieux
d’utiliser le critère suivant : le palier de déchargement (i + 1) est amorcée lorsque la variation du taux

de gonflement ∆ ε i = ∆ (∆H / H o )i de l’échantillon mesurée pendant le palier i est supérieure ou

égale à 95 % de la variation du taux de gonflement ∆ ε i,∞ que le sol serait susceptible de manifester

sous cette même contrainte au bout d’un temps infini.


Cette méthode qui présente l’avantage d’être adaptée à la variabilité des éprouvettes étudiées,
nécessite, en contrepartie, la mise au point d’un outil de calcul à la fois simple et représentatif de la
cinétique générale du phénomène de gonflement. L’utilisation d’une loi hyperbolique répond à ces
deux conditions.

A.2.b.2 - Calcul de ∆ ε i ,∞ au moyen d’une loi hyperbolique

Dakshanamurthy (1978), Vayssade (1978), Parcevaux (1980) et Didier et al. (1985) ont montré
qu’expérimentalement, la cinétique du gonflement, en règle générale, peut être approchée par une
relation hyperbolique de la forme :

250
t
∆ ε i (t ) = ∆ ε i ,∞
B+ t
On démontre aisément que ∆ ε i,∞ est égal à l’inverse de la pente de la droite de régression des

 t 
points expérimentaux exprimés dans le diagramme  , t  , complété au fur et à mesure des
 ∆ε i ( t ) 
lectures par l’opérateur, en parallèle avec le tracé du diagramme (∆ ε i (t ), Log t ) .

A.2.b.3 - Interprétation des données


• Détermination de la courbe théorique de gonflement
L’intérêt de la mise en œuvre de la loi hyperbolique dans la détermination de la durée de chaque
palier de déchargement réside dans le fait qu’il est facile, à partir de ces calculs, de tracer la courbe
de gonflement théorique du sol, représentative d’un gonflement à un temps infini (figurée en pointillé
sur la figure A.2).
Le taux de gonflement infini ε i ,∞ de l’éprouvette, sous contrainte σ i , sera calculé pour i croissant à

l’aide de la relation :
ε i ,∞ = ε i −1 + ∆ ε i ,∞
dans laquelle ε i−1 est le taux de gonflement mesuré de l’éprouvette à la fin du palier précédent,

∆ ε i,∞ ayant été défini précédemment.

Le choix de cette équation se justifie par le fait que le phénomène de gonflement correspondant au
palier i − 1 n’étant pas stabilisé au début du palier i ; la valeur de ∆ ε i,∞ calculée par la loi

hyperbolique intègre le cumul des résidus de déformation des étapes précédentes. Le calcul de ε i ,∞

par la relation
i
ε i , ∞ = ∑ ∆ ε j, ∞
j=1

conduit à surestimer la valeur de ce taux du gonflement.


• Détermination des paramètres de gonflement du sol
La pression de gonflement σ g est définie par l’abscisse du point G, intersection de l’horizontale

(e = e o ) et du prolongement de la partie linéaire de la courbe de gonflement théorique. On

considérera que la pente C g de la droite théorique constitue une valeur approchée de l’indice de

gonflement du sol, reliant la variation du taux de gonflement à celle de logarithme des contraintes
effectives.

251
A.3 - ISRM (International Society for Rock Mechanics, 1989)
La Société Internationale de Mécanique des Roches (ISRM, 1989) donne des recommandations
pour l’échantillonnage, le stockage et la préparation des éprouvettes et propose trois méthodes
d’essais :
- gonflement libre d’une éprouvette non confinée, immergée dans un bac, avec mesure des
déformations de gonflement axiale (à l’aide d’un comparateur) et radiale (à l’aide d’une bague
graduée) ;
- gonflement à volume constant pour déterminer une pression maximale de gonflement ;
- gonflement sous plusieurs paliers de décharge (figure A.3).
Cette dernière procédure basée sur l'essai Huder-Amberg a pour but de mesurer la déformation
axiale de gonflement d’une éprouvette de roche placée dans un oedomètre et résultant de la
décharge du matériau à partir de la valeur maximale de la contrainte (le poids des terres, par
exemple) jusqu’à une valeur compatible avec le projet. Elle est applicable aux cas où les conditions
aux limites sont assimilables aux conditions oedométriques.
Pour chaque palier de déchargement sous imbibition, on distingue la part instantanée de la
déformation ∆ ε σ directement liée au déchargement et la part ∆ ε due au gonflement par adsorption

d’eau. Le cumul de cette dernière donne la courbe de gonflement Σ (∆ ε ) .

Essai de gonflement sous plusieurs paliers de décharge après imbibition au point 2 :


∆ ε σ : déformation instantanée liée au déchargement,
∆ ε : déformation due à l’adsorption d’eau.
Les essais commencent au point 1.
Déformation axiale (%)

ε tot = ε σ + ε
ε

ε = ∑ ∆ε

∆ε ε tot
∆εσ
∆σ Contrainte axiale (kPa)
1 σB σA
4
5
3
2
Figure A3 : Procédure d’essais de gonflement de ISRM (1989)

252
A.4 - ISSMFE (International Society for Soils Mechanics and Foundation
Engineering, 1990)
La Société Internationale de Mécanique des Sols et Travaux de Fondations (ISSMFE, 1991)
propose une méthode d’essais basée sur des oedomètres en parallèle (figure A.4). Plusieurs
éprouvettes d’un même sol sont imbibées dans des cellules oedométriques et sous différentes
charges, ce qui permet de déterminer une pression de gonflement σ g et un coefficient C g . La

déformation étant mesurée directement à partir du début du gonflement, la méthode donne


directement le potentiel de gonflement.

Essais de gonflement en parallèle sur trois éprouvettes.


Les déformations de gonflement commencent aux point 1, 2 et 3, après imbibition de chacune des
éprouvettes. Les essais sont poursuivis par plusieurs paliers de déchargement.
10
Gonflement libre
Déformation axiale (%)

Cg
6

4 +

+
2 σ g (112 kPa )
+
1 2 3
0
1 10 100
contrainte axiale (kPa)
Figure A.4 : Procédure d’essais de gonflement ISSMFE (1991)

A.5 - BS 1377 (British Standard, 1990)


Trois méthodes d’essais de gonflement à l’oedomètre sont préconisées pour les sols fins :
- mesure de la pression de gonflement à volume constant, à partir du poids du piston, puis
déchargement par paliers ou rechargement par paliers sous imbibition, selon une séquence de
chargement appropriée ;
- même séquence de gonflement à volume constant jusqu’à la pression de gonflement puis
déchargement par paliers et sous imbibition, selon une séquence de charges appropriée jusqu’à une
charge minimale prédéfinie et enfin rechargement jusqu’à la pression de gonflement en suivant la
même séquence de charges. Cette dernière séquence permet de déterminer les paramètres de
compressibilité et de consolidation du sol testé ;

253
- chargement jusqu’à la contrainte σ vo , correspondant au poids des terres, puis imbibition

(effondrement ou gonflement) jusqu’à stabilisation et poursuite de l’essai par un cycle de


chargement et de déchargement par paliers.

A.6 - Essai de gonflement-effondrement pour les sols compactés (Mieussens, 1993)


Une procédure d’essais oedométriques a été développée au Laboratoire Régional des Ponts et
Chaussées (LRPC) de Toulouse (Mieussens, 1993) dans le but de qualifier les matériaux
compactés. Cette procédure prévoit de tester, en une semaine, six éprouvettes identiques au départ.
L’argile est compactée par compactage semi-statique dans les moules oedométriques, puis les
éprouvettes sont chargées sous 25, 50, 100, 200, 400 et 800 kPa de contrainte totale axiale σ a

respectivement pendant trois jours. Les éprouvettes sont mises en présence d’eau pendant quatre
jours supplémentaires. L’évolution de la déformation axiale ε a est enregistrée au cours du temps.

Suivant la nature du matériau testé, son état résultant du compactage et le niveau de chargement,
cette opération peut provoquer un gonflement ou un effondrement. Une courbe C1 représentent
alors les déformations obtenues au bout de trois jours, pour chacune des six éprouvettes, sous les
charges qui leur sont appliquées tandis qu'une courbe C2 montre les déformations de chacune des
éprouvettes, sous ces mêmes charges, après quatre jours d’imbibition. La comparaison de ces deux
courbes renseigne, d’une part, sur la compressibilité du sol compacté et, d’autre part, sur sa
sensibilité à l’imbibition.

A.7 - Norme Française NF P 94-091 (AFNOR, 1995)


La procédure de cette norme permet de déterminer la pression de gonflement et le potentiel de
gonflement d’un sol en présence d’eau sous différentes charges. L’essai s’effectue à l’oedomètre sur
plusieurs éprouvettes identiques (essais en parallèle). La norme précise les conditions d’essai, le
choix des charges à appliquer aux éprouvettes et la méthode d’exploitation des résultats. La
procédure s’attache essentiellement à la détermination de la pression de gonflement et du potentiel
de gonflement (part de la déformation due à l’imbibition).

254
Annexe B : Matériels utilisés pour les essais
de gonflement

B.1. Description de l’appareillage œdométrique


Le plus ancien de ces appareils est celui de Palit (figure B.1). Il permet le réglage de la hauteur
verticale de l’échantillon, au moyen d’une vis, la pression de confinement étant déterminée par
lecture sur l’anneau dynamométrique. Cette technique a été reprise par la majorité des autres cellules
de pression de gonflement expérimentées depuis, moyennant quelques améliorations.

Figure B.1 : Appareillage de mesure de la pression de gonflement de Palit (1953)

La flexibilité de l’anneau dynamométrique de l’appareil de Palit a, dans un premier temps, été très
contestée et décrite comme la cause d’erreurs dans la détermination de la pression de gonflement
(Agarwal et al., 1973 ; Didier, 1973). De fait, il est prouvé que le moindre déplacement autorisé
réduit fortement la contrainte exercée. Pour remédier à cela, plusieurs améliorations ont été
apportées au dispositif œdométrique. Elles consistent soit à automatiser la remise sous contrainte des
échantillons dès l’apparition du moindre déplacement axial (Agarwal et al., 1973), soit à rigidifier
l’ensemble de l’appareillage (Didier, 1973).

255
La presse asservie d’Agarwall et al. (figure B.2) permet un contrôle en déplacement très fin. Une
remise en charge de l’échantillon a lieu dès que le déplacement axial est supérieur à 1/12 de mm,
∆V
c’est à dire que la variation du volume atteint la valeur = 3.10 − 2 .
V

Figure B.2 : Appareillage de mesure de la pression de gonflement

Didier (1973), pour sa part, préfère confiner l’échantillon dans une cavité rigide (figure B.3.a), la
pression de gonflement étant déduite de la mesure de la déflexion d’une plaque d’acier pré-
∆V
étalonnée. Cette cellule rigide permet une précision sur le volume de l’ordre de = 10 −3 .
V

Il décrit aussi une autre cellule basée sur le principe oedométrique (figure B.3.b), qui permet de
suivre la pression de gonflement exercée à volume constant en fonction de l’état de succion de
l’échantillon. Cet appareil permet de bloquer totalement le piston durant la saturation et donc
d’obtenir la valeur de la pression de gonflement pour un volume rigoureusement constant. Il permet

par ailleurs d’effectuer aussi des essais à ∆ V donné.


V

256
(a) 1973 (b) 1980
Figure B.3 : Cellule de mesure de la pression de gonflement de Didier

B.2. Autres types d’appareillage de laboratoire


L’appareillage spécifique à la mesure de la pression de gonflement est largement répandu. Par
contre, cet œdomètre classique n’offre qu’une déformation unidimensionnelle et le chemin des
contraintes suivi pendant l’essai reste inconnu. Une amélioration des essais a consisté à employer des
œdomètres équipés de bagues de mesure de la pression radiale σ r pendant le gonflement

(Komornik et Zeitlen, 1965, 1970 ; Ofer, 1981 ; Erol et Ergun, 1994) ; cet œdomètre modifié est
appelé œdomètre “ K o ” (figure B.4). Dans ce cas, la rigidité de la bague doit être rigoureusement

assurée pour éviter toute déformation latérale.

Figure B.4 :Cellule œdométrique modifiée (Komornik et Zeitlen, 1965)

257
L’étude expérimentale du gonflement en laboratoire s’effectue aussi avec le contrôle de succion
(Schreiner et al., 1994) ou de la contrainte latérale et de la succion (Schreiner et al., 1994).

L’appareillage triaxial offre quant à lui la possibilité de maîtriser la sollicitation en déformation ou en


contrainte. Des études expérimentales du gonflement ont été réalisées à l’aide d’appareillages
triaxiaux traditionnels (Parcher et Liu, 1965 ; Kassif et Baker, 1969 ; El Gamali et al., 1991) ou
asservis (Fourie, 1989 ; Yesil et al., 1993) (figure B.5.).

Figure B.5 : Appareillage triaxial pour des essais de gonflement (Yesil, 1993)

B.3. Mesure de la succion


Pour l'étude des sols non saturés, on soulignera tout de même l'essai au papier filtre (Chandler et al.,
1986) basé sur l'hypothèse, qu'à l'équilibre, le potentiel de l'eau d'un échantillon de sol et le potentiel
de l'eau d'un papier filtre en contact avec l'échantillon sont les mêmes. L'essai consiste donc à placer
un échantillon de sol en contact avec un papier filtre dont on connaît la courbe de rétention. Le
papier filtre peut être placé dans le sol à l'état sec ou humide. Généralement, trois couches de papier
filtre sont superposées et la mesure est effectuée sur la couche interne. A l'équilibre, moyennant
l'hypothèse citée précédemment, la succion du sol est évaluée par la détermination de la teneur en

258
eau du papier filtre et l'utilisation de la courbe adéquate (Chandler et al., 1986). On obtient ainsi la
succion du sol dans son état de référence.

B.4. Cas des essais in situ


Hors du cadre des essais en laboratoire, il faut signaler les appareillages basés sur l’utilisation d’une
sonde pressiométrique, tels que ceux proposés par Ofer (1984) et Flavigny (1991) pour la
réalisation d’essais de gonflement in situ.

L’appareillage utilisé par Ofer (1984) est un cylindre muni de jauges de contraintes latérales,
permettant de mesurer la contrainte horizontale agissant sur son pourtour. Il s’agit en quelque sorte
d’un œdomètre “inversé” avec une mesure du coefficient K o . Deux anneaux circulaires placés au

dessus et au dessous de la partie sensible permettent d’humidifier le sol autour de la sonde.


L’appareillage est enfoncé dans un trou de forage. Il est complété par des lames de scissomètre afin
de mesurer la cohésion non-drainée du terrain. La figure B.5. donne une vue en coupe de cette
sonde. A l’origine, la cellule était foncée dans un forge d’un diamètre légèrement inférieur. Les
auteurs ont développé, par la suite, une sonde mise en place par autoforage.
anneaux Pression latérale
poreux en kPa
200

150

100

50
scissomètre Log t en mn
anneau
avec jauges 10 100 1000 10000

Figure 1.1 : Appareil de Ofer (1984) et exemple de résultat

Flavigny et al. (1991) ont développé un dispositif pressiométrique dit “Expansol”, conçu pour opérer
à faible profondeur dans des conditions habituelles d’essais. Il s’agit de deux sondes
pressiométriques superposées reliées chacune à un système de mise en pression (de type générateur
de pression asservi) entre lesquelles se trouve un dispositif d’humidification. La sonde supérieure est
dévolue aux essais pressiométriques normaux tandis que la sonde inférieure permet de réaliser deux
types d’essais pendant l’humidification :
- soit un essai de gonflement libre en asservissant la pression dans la sonde à sa valeur initiale,
- soit un essai de pression de gonflement en maintenant le volume à sa valeur sous contrainte initiale.

259
On remarque que l’essai est d’une durée très faible et ne donne que la première partie de la courbe
obtenue par Ofer.

Pression latérale
normalisée
1,00
sonde anneau sonde Sol naturel

supérieure poreux inférieure 0,90

0,80 Sol humidifié

0,70
t en mn

1 2 20 40 60

Figure 1.2 : Appareil de Flavigny et al. (1991) et exemple d’un essai de pression de gonflement

260
ANNEXE C : Détermination de la courbe
caractéristique du terrain

Cet annexe détaille le calcul de la courbe caractéristique du terrain pour la méthode convergence-
confinement. Le problème et les paramètres sont définis au paragraphe 4.3.1.

C.1. Milieu élastique


σc
Si σ o < , le creusement n'entraîne que des déformations élastiques. En coordonnées polaires, le
2
déplacement radial u r et les contraintes sont respectivement donnés par les expressions :

  R2 
σ r (r ) = 1 − λ 2 σ o = σ 3
  r 

R 2 (1 + ν ) σo   R2 
u r (r ) = λ et σ θ (r ) = 1 + λ 2 σ o = σ1

r E   r 

 σ y (r ) = σ o = σ 2


où λ désigne le taux de déconfinement.


La théorie élastique linéaire de la distribution des contraintes autour des tunnels montre que la

 σ + σ 2 + σ3 
contrainte moyenne  1  est uniforme est égal à σ o et que, par contre, les contraintes
 3 
déviatoriques (= σ1 − σ 3 ) sont maximales sur les parois de l'excavation et décroissent dans le massif

au fur et à mesure qu'on s'éloigne du tunnel. Par conséquent, les zones les plus sollicitées sont les
bords de l’excavation.

C.2. Apparition de la plasticité


σc
Si σ o > , le début de la déformation s'opère de manière élastique, comme dans le cas précédent,
2
tant que la pression fictive σ f reste supérieure à σ eR , pression d'apparition de la plasticité à la paroi

de l'excavation. La taux de déconfinement correspondant λ e s'écrit :

261
σo − σ eR σc + (K p − 1) σ o
λe = =
σo (K p + 1) σ o (C.1)

Lorsque la pression σ R est inférieure à σ eR , il se développe autour de la cavité une zone plastique

circulaire de rayon R p (supérieur à R) dont l'expression est :


1
 2 λe  K p −1
Rp = R 
 λ (K + 1) − λ (K − 1) 
(C.2)
 e p p 
La solution en contraintes, obtenue à partir de l'équation d'équilibre, du critère de Mohr-Coulomb
(atteint dans la zone plastique) et des conditions aux limites du problème, s'écrit :
K p −1
 2 λ σ  r  σc
σ r (r ) = e o   −
(
dans la zone plastique R ≤ r ≤ R p , )  (K p − 1) R p  (K p − 1)

σ θ (r ) = K p σ r (r ) + σ c

( )
2
 Rp 
σ r (r ) = σ o − σ o − σ R  
  
( )
p
r
dans la zone élastique R ≥ R p , 
( )
2
  Rp 
σ θ (r ) = σ o + σ o − σ R  
  r 
p

2 σo − σc
avec σ R p = σ r (R p ) = = σ R (début de la plasticité en r = R p )
e
Kp +1

C.3. Milieu élastoplastique parfait


Plusieurs formules ont été proposées pour la courbe caractéristique du terrain après apparition d'une
zone plastique se soit formée autour de l'excavation. Celle que nous explicitons a été établie par
Panet (1976) pour un milieu élastique parfait.
On appelle ε r et ε θ les déformations radiales et tangentielles du terrain autour de la cavité qui

s'expriment, dans le cas d'une symétrie cylindrique, par :


du r ur
εr = et εθ =
dr r
où u r désigne le déplacement radial du terrain.

Dans la zone plastique, on fait l'hypothèse que l'on se trouve en régime de face ( σ θ > σ y > σ r avec

σ y contrainte longitudinale) et que le potentiel plastique s'écrit :

g = σ1 − κ p σ 3 ( κp paramètre de compressibilité plastique)

262
Les déformations plastiques suivent alors la loi d'écoulement :

dε pr = dε1p = − κ p d λ
∂g 
dε = dλ
p
dε y = d ε 2 = 0
p p
soit
∂σ  p
dε θ = dε 3 = dλ
p

d’où dε pr + κ p dε pθ = 0

1 + sin ψ
On définit alors la dilatance ψ tel que κ p = .
1 − sin ψ

Remarque : si κ p = 1 ou ψ = 0 , on parle d'incompressibilité plastique,

si κ p > 1 ou ψ > 0 , on parle de dilatance,

∂g ∂f
si κ p = K p ou ψ = ϕ , la loi d'écoulement est associée : = .
∂ σ ∂σ

En intégrant la loi d'écoulement à partir du début de la plasticité (ε p


)
= 0 , on obtient

ε pr + κ p ε θp = 0 et ε py = 0 . Comme ε ey = 0 , on conserve l'hypothèse des déformations planes

(ε y = 0) qui permet de déterminer la contrainte longitudinale σ y :

∆ε y = 0 ⇒ ∆σ y = ν (∆ σ r + ∆ σ θ )

 K + 1   r 
K p −1

σ + 2 ν λ p
 o σo   − 1 pour R ≤ r ≤ R p
σ y (r ) =  K p − 1   R p  
e
d’où
  

σ o pour r ≥ R p

A partir de la loi d'écoulement intégrée, de la loi de comportement et des relations entre


déformations et déplacement radial, on obtient une équation différentielle :

d ur u r 1 − ν2  ν   ν  
+ κp =  κp − 1 − ν (σ θ (r ) − σ o ) + 1 − 1 − ν κ p (σ r (r ) − σ o )
dr r E     
que l'on résout avec la condition en déplacement à l'interface zone plastique-zone élastique,

u r (R p ) =
1+ ν
E
(
σ o − σR p R p . )
La solution en déplacement s’écrit alors :

  r 
K −1
 Rp 
κ p +1 
1+ν
p

u r (r ) = λ eσ o r F1 + F2   + F3    pour R ≤ r ≤ R p (C.3)


 R  
E
  p  r  

263
 Kp +1
F1 = −(1 − 2ν )
 Kp −1

 1 + κ p K p − ν(K p + 1)(κ p + 1)
avec F2 = 2
 (K p − 1)(κp + K p )
 K +1
F3 = 2 (1 − ν ) p
 K p + κp

A partir de la relation liant R p au taux de déconfinement λ, ou encore à la pression interne p, on

obtient la courbe caractéristique élastoplastique du terrain qui relie le déplacement radial u r (R ) à la

pression p au bord de l’excavation.

C.4. Prise en compte du gonflement


Le phénomène de gonflement est pris en compte à partir de la loi tridimensionnelle utilisée par Gysel
(1987) :

 1− ν  
 lg  3p
 1+ ν  
∆ ε vol = k g 1 −  (C.4)
 lg  1 − ν 3 p  
  g 
 1+ ν 
où ε vol (= ε r + ε θ ) désigne la déformation volumique ( ε y = 0 , dans le cas des déformations

 σr + σθ + σy   1 + ν σg 
planes), p  =  la contrainte moyenne, p g  =


 1 − ν 3  le seuil de gonflement et k g
 3   
le gonflement libre.

Au cours de l’excavation, c’est donc la diminution de la contrainte moyenne p qui entraîne le


gonflement. On constate que si le déchargement est élastique, la contrainte moyenne reste uniforme
et égale à σo ; donc, pour un comportement élastique du terrain, la loi tridimensionnelle ne simule

aucun gonflement autour de l’excavation.

Par contre, pour un comportement élastoplastique, la loi tridimensionnelle permet de caractériser un


gonflement du terrain en fonction des paramètres mécaniques et de gonflement. En reprenant l’état
de contraintes déterminé précédemment dans le calcul élastoplastique, on montre que la contrainte
moyenne p est une fonction croissante de r et est égal à σo dans la zone élastique. Ainsi pour faire

apparaître le phénomène de gonflement, il faut que p g ≥ p (r = R ) . Sachant que la quantité

264
p ( r = R ) est minimale pour un déconfinement total soit λ égal à 1, la condition de gonflement s’écrit

alors :
(1 − 2ν ) σ o + (1 + ν ) σc ≤ p g (œdomètre)
3
 σ 
Au passage, on rappelle que la condition de plasticité  σo ≥ c  doit être aussi réalisée, ce qui peut
 2 

(1 − 2ν) σ o + (1 + ν) σ c
s’écrire ≤ σo .
3

En combinant les deux inégalités précédentes, on se ramène à distinguer 2 situations :

 (1 − 2ν ) σo + (1 + ν )σ c
 ≤ pg ≤ po = σ o (I)
3

 (1 − 2ν ) σo + (1 + ν )σ c ≤ p = σ < p (II)
 3
o o g

Dans le premier cas, le changement de contraintes significatif pour le gonflement est p g − p tandis

que pour le deuxième cas, c’est p o − p

Etude du cas I :
(1 − 2ν )σo + (1 + ν ) σc ≤ p g ≤ p o = σo
3
Lors de l’excavation, la contrainte moyenne p s’écrit :


p (r ) = (1 − 2 ν ) σ o −
1 2 (1 + ν )
σc +
(
2 (1 + ν ) K p + 1 ) r
λ e σo 


K p −1   
 = 1 + ν A + B r


K p −1 

3

Kp −1 Kp −1( ) R
 p

  3 (1 − ν ) 
 
R
 p

 

 1− ν  2 (1 + ν ) 
A = (1 − 2 ν ) σ o − σc 
 1 + ν  K p − 1 
avec 
  σc  Kp + 1
B = 2 (1 − ν ) σ o + K − 1 = 2 (1 − ν ) λ e σ o K − 1
  p  p

Au cours du déconfinement, on constate alors que l’apparition du phénomène du gonflement


interviendra au niveau de la paroi dès que p (r = R ) = p g , soit pour un taux de déconfinement

λ g dont l’expression est :

(K + 1) 2λe
λg =
(K
p

−1)
λe −
B(K p − 1)
(σ g − A ) ≥ λe (C.5)
p

265
Ensuite, la zone de gonflement circulaire progresse à l’intérieur du massif. Le rayon de la zone de
gonflement, noté R g , est alors relié au rayon de la zone plastique par la formule :
1
σg − A K p −1
Rg = Rp  ≤ Rp (C.6)
 B 
Dans la zone de gonflement, on peut alors appliquer la loi tridimensionnelle (équation C.4) et, en
utilisant les relations cinématiques, on obtient l’équation différentielle suivante, en soulignant que
lg ln
l’expression a été remplacée par l’équivalent :
lg ln

  K p −1


ln  A + B r 
 
  R   
du gr u gr    p  
+ = k g 1 −  (C.7)
dr r
 ln σ g 
 
 
 
Cette équation peut être résolue de manière analytique pour des valeurs entières de K p en utilisant

la condition aux limites :

u gr (R g ) = 0

Dans la suite, on se place dans les hypothèses où K p vaut 3 (soit ϕ = 30° ) et 2 (soit ϕ ≈ 20° )

pour obtenir des solutions analytiques de l’équation différentielle C.7.


Pour K p = 3 , la solution est :

k g R 2p  r 2 − R 2g    
( ) r2 2
u (r ) =
g
B 1 + ln σ −  A + B  ln  A + B r 
r
2 r B ln σ g  R 2p
g  R 2p   R 2p 
    (C.8)
 R 2
  R 2

+ A + B  ln  A + B 
g g
 R 2   R 2 
 p   p 
Pour K p = 2 , la solution est :

k g R 2p  2 r 2 − R 2g  2 2   
u (r ) =
g
 B (1 + 2 ln σ ) + 2 

A − B 2 r  
ln A + B
r 
4 r B ln σ g  R p   
r 2 2 g 2
Rp  Rp  (C.9)
 R  2
R  r − Rg 
− 2  A2 − B2  ln  A + B g  − 2A B 
g
 R  
2
R p  R p 
 p

266
Le déplacement radial total u R au niveau de l’excavation prend l’expression suivante :

u R = u r (R ) = u pr (R ) + u gr (R ) = f (p )

où u Pr désigne le déplacement élastoplastique défini dans l’équation C.3 et u gr le déplacement issu

du gonflement défini par les équations C.8 ou C.9.

Etude du cas II :
(1 − 2ν )σo + (1 + ν ) σc ≤ p o = σo < p g
3
Au cours du déconfinement, on constate que le phénomène de gonflement apparaît en même temps
que la plasticité, c’est-à-dire dès que la contrainte moyenne diminue. Dans ce cas, la zone plastique
est équivalente à la zone de gonflement. En utilisant les relations entre déformations et déplacement
radial de gonflement u g , on obtient l’équation différentielle suivante :

   
K p −1

 
ln A + B
r 
  R   
g g
  p 
= k g 1 − 
du r u r
+ 
dr r
 1 − ν  
 ln  3 σo  
 1+ ν  
 
Les solutions de cette équations sont similaires à celles obtenues dans le cas (I) en remplaçant σ g

1−ν
par 3σ o .
1+ ν

267
268
ANNEXE D : Solution analytique
d’un essai de gonflement

Cet annexe détaille la solution analytique associée à un essai de gonflement valorisant la loi de
gonflement proposée (paragraphe 5.4.1).

Dans la suite, on étudiera l’état initial et la condition d’élasticité associée puis on développera le
calcul analytique pour le déchargement de l’échantillon dans son état naturel et dans son état imbibé.

D.1. Analyse de l'état initial


Avant d'étudier le déchargement du terrain, il est indispensable d'analyser l'état initial et de vérifier le
critère de plasticité pour savoir comment se comporte le matériau au début du déchargement.

Les données du tableau 5.1 montrent que l'hypothèse K o ≤ 1 est raisonnable, c'est-à-dire

qu'initialement il n'y a pas d'importantes pressions horizontales (d'origine tectonique par exemple).

Avec cette hypothèse, le critère correspondant à l'état initial σ o s'écrit :

( ) = σ (z ) − σ (z ) − ( σ (z ) + σ (z ) ) sin ϕ − 2 c cos ϕ
F σ
o o
zz
o
xx
o
zz
o
xx

F ( σ ) = [ (1 − K ) − (1 + K ) sin ϕ ] [γ ( 1 − z ) + P ] − 2 c cos ϕ
o
soit o o o

Par conséquent, le comportement initial est élastique si et seulement si :

[(1 − K o ) − (1 + K o ) sin ϕ ] [γ (1 − z ) + Po ] − 2 c cos ϕ < 0 (D.1)


1 − sin ϕ 2 c cos ϕ
ou encore, 1 ≥ Ko > −
1 + sin ϕ (1 + sin ϕ) [γ (1 − z ) + Po ]

2 c cos ϕ
Comme ≥ 0 et K o > 0 , la condition d'élasticité D.1 est vérifiée en
(1 + sin ϕ) [ γ (1 − z ) + Po ]

particulier si 1 ≥ Ko >
1 − sin ϕ
ou c>
(1 − sin ϕ) (γ + P ) .
o
1 + sin ϕ 2 cos ϕ

269
Les courbes représentées sur la figure D.1 permettent d’analyser cette condition d'élasticité. Le
diagramme D.1.b montre qu'un matériau avec une cohésion c supérieure à 0,5 (γ + Po ) permet de

vérifier la condition initiale d'élasticité, quelle que soit la valeur de K o . Par contre, si la cohésion est

faible (c ≈ 0 kPa ) , le diagramme D.1.a définit la relation entre K o et ϕ permettant de remplir la

condition d'élasticité ; pour K o = 0,5 , il faut ϕ ≥ 20° et pour K o = 0,7 , il faut ϕ ≥ 10° .

1,1 0,6
1
Courbe (1-sin ϕ)/(1+sin ϕ)

Courbe (1-sin ϕ)/(2*cos ϕ)


0,9 0,5
0,8
0,4
0,7
0,6
0,3
0,5
0,4 0,2
0,3
0,2 0,1
0,1
0 0
0 10 20 30 40 50 0 10 20 30 40 50
Angle de frottement ϕ (°) Angle de frottement ϕ (°)

(a) (b)
Figure D.1 : Tracé des courbes (1-sinϕ)/(1+sinϕ) (a) et (1-sinϕ)/(2cosϕ) (b)

1 − sin ϕ
Les valeurs du tableau 5.1 montrent que la condition 1 ≥ K o > est réalisée pour tous les
1 + sin ϕ

tunnels ; le choix des paramètres est donc cohérent avec un état initial in situ élastique. Ainsi, dans la
suite, on suppose vérifiée la condition initiale d'élasticité.

D.2. Etude analytique du déchargement pour le matériau dans son état naturel

Au début du déchargement, l’hypothèse des déformations planes et la condition œdométrique


s’écrivent alors, en utilisant la loi élastique de Hooke :

1+ ν ν

 ε xx ( z ) = ∆ σ xx (z ) − ( ∆ σ xx (z) + ∆ σ yy(z) + ∆ σzz (z) ) = 0
E E

ε (z ) = 1 + ν ∆ σ (z ) − ν ( ∆ σ (z) + ∆ σ (z) + ∆ σ (z) ) = 0
 yy E
yy
E
xx yy zz

ν ν
soit ∆ σ xx (z ) = ∆ σ yy (z ) = ∆ σ zz (z ) = − λ Po
1−ν 1−ν

270
Au début du déchargement (λ > 0) , l’état de contraintes devient :

σ zz (z ) = γ (1 − z ) + (1 − λ ) Po

 ν avec 0 ≤ z ≤ 1
σ xx (z) = σ yy (z ) = K o [ γ (1 − z) + Po ] − 1 − ν λ Po

On constate que la contrainte verticale va décroître plus rapidement au cours du déchargement que
ν
la contrainte horizontale car ≈ 0,5 . Comme initialement la contrainte verticale est supérieure à
1−ν
la contrainte horizontale (K o ≤ 1) , on obtiendra l’égalité des contraintes pour :

λ l (z) =
[γ (1 − z ) + Po ](1 − K o )(1 − ν )
(1 − 2 ν )Po
En haut de l’échantillon (z = 1) , la valeur λ l vaut 0,875 et en bas de l’échantillon 0,884.

Finalement, les critères de plasticité s’écrivent :


• pour 0 < λ ≤ λ 1 ,
sin ϕ + (2 ν − 1)
F (σ ) = [ (1 − K o ) − (1 + K o )sin ϕ ] [ γ (1 − z) + Po ] +   λ Po − 2 c cos ϕ
 1− ν 
• et pour λ1 ≤ λ ≤ 1 ,
sin ϕ + (1 − 2 ν )
F (σ ) = [ (K o − 1) − (1 + K o )sin ϕ ] [ γ (1 − z) + Po ] +   λ Po − 2 c cos ϕ
 1− ν 

La figure D.3 représente l’évolution du critère de plasticité aux deux extrémités de l’échantillon. On
constate alors qu’au cours du déchargement, le critère de plasticité croît mais reste toujours négatif
dans tout l’échantillon. Il n’y a donc jamais apparition de la plasticité.

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
Critère de plasticité F (kPa)

-200 z =1
z=0
-400

-600

-800

-1000

Figure D.3 : Représentation du critère de plasticité au cours du déchargement (élasticité linéaire)

271
Au cours du déchargement élastique, le tenseur des contraintes et la déformation axiale s'écrivent :


 σ zz (z ) = γ (1 − z ) + (1 − λ ) Po

 ν
 σ xx (z) = σ yy (z ) = K o [ γ (1 − z) + Po ] − λ Po avec 0 ≤ z ≤ 1
 1− ν
 (1 + ν ) (1 − 2 ν ) λ Po
 ε zz (z ) = − (1 − ν )
 E

D.3. Etude analytique du déchargement pour le matériau dans son état imbibé

On suppose ici, qu'avant le déchargement, l'échantillon a été préalablement imbibé. L’étude de cette
loi sera effectuée en trois étapes distinctes pour bien analyser l’influence de chaque paramètre
introduit sur le comportement du matériau : une première solution analytique sera obtenue pour la loi
élastique non-linéaire seule, ensuite on introduira la notion de seuil de gonflement et enfin on ajoutera
la plasticité.

D.3.a. Elasticité non-linéaire de gonflement


Avant d’étudier plus précisément l’influence de la pression de gonflement, on a supposé la pression

de gonflement suffisamment élevée (β:σ o


< β : σ g = σg ) pour considérer que, partout dans

l’échantillon, le déchargement suit la loi de gonflement :

1+ ν ν  β:σ 
ε = ∆σ − ∆ (tr σ) 1 + Bg β ln  
E E  β:σ
o 
 
1−β
avec β = 1+ β n ⊗ n
3
Pour simplifier le calcul, on a considéré un plan de stratification horizontale, c’est-à-dire que la
normale est dirigée selon l’axe (Oz) . Le tenseur d’anisotropie s’écrit alors :

 1+ 2β
 β zz = 3

 β = β = 1− β
 xx yy
3
Les conditions initiales et les paramètres mécaniques sont identiques à ceux présentés dans la partie
D.2. L’hypothèse des déformations planes ( ε yy = 0 ) et la condition aux limites œdométrique

(ε xx = 0 ) impliquent alors que :

272
 ∆σ xx = ∆σ yy

 1− ν ν 1 − β  2 (1 − β) σ xx + (1 + 2β) σzz  (D.2)
 E ∆σ xx − E ∆ σzz + Bg 3 ln   =0

 2 (1 − β)σ xx + (1 + 2 β)σ zz
o o
 
avec ∆ σ zz = −λ Po = σ zz − σozz .

La première équation signifie que, dans la mesure où initialement σ oxx = σ oyy , les contraintes

horizontales σ xx et σ yy restent égales tout au long du déchargement. La deuxième équation non-

linéaire fournit, après résolution avec le logiciel Maple, une courbe σ xx = f (λ ) pour un facteur

d'anisotropie β donné, ou une courbe σ xx = g (β) pour un taux de déconfinement λ donné. La

déformation axiale ε zz s'en déduit de la manière suivante :

1 2ν  1 + 2 β   2 (1 − β) σxx + (1 + 2 β)σ zz 
ε zz = ∆σ zz − ∆σ xx + Bg   ln
 3   2 (1 − β)σ xx + (1 + 2β) σzz 
o o
E E

soit en utilisant la condition œdométrique précédente,


1 2ν 1+ 2β  1− ν ν 
ε zz = ∆σ zz − ∆σ xx − Bg    ∆σ xx − ∆σ zz  pour β ≠ 1
E E  1−β   E E 

ce qui donne,

(1 + ν ) [∆ σzz − ∆ σxx ] − β (1 − 2 ν )[∆ σ zz + 2 ∆ σ xx ] = g ( λ d , β ) (D.3)


pour β ≠ 1 , ε zz =
(1 − β) E

1 2ν σ 
et pour β = 1 ,: ε zz = ∆σ zz − ∆σ xx + Bg ln  zz 
o 
(D.4)
E E σ
 zz 

D.3.b Prise en compte de la pression de gonflement

Jusqu’à présent, on a supposé que la pression de gonflement était suffisamment grande pour
comparer simplement la loi de gonflement à la loi élastique de Hooke. On introduit maintenant la
notion de pression de gonflement qui permet de déterminer si le phénomène de gonflement se
développe dans l’échantillon. Pour cette étude, on prendra en compte une pression de gonflement de
1000 kPa, valeur rencontrée expérimentalement.

273
Etude de l’état initial

Dans le cas d'une anisotropie quelconque, la quantité β : σ s'écrit :


o

β:σ =
o 1 −β
( )
tr σ + β σ ozz =
o (σ o
zz ) (
+ 2 σ oxx + 2 β σ ozz − σ oxx ) avec n = ez .
3 3
En reprenant l'expression de l'état de contraintes initial, on obtient :

β:σ =
o ( 1 + 2 K o ) + 2 β (1 − K o ) [ γ (1 − z ) + P ]
o
3
1 + 2 Ko
Comme β ≥ 0 , β : σ o est supérieur à [γ (1 − z ) + Po ] , qui varie entre 1667 kPa et 1683
3
kPa dans l'échantillon. Avec une pression de gonflement σ g de 1000 kPa, la condition initiale

β : σo > σ g est donc vérifiée dans tout l'échantillon et le début du déchargement suit la loi élastique

linéaire.

Etude du déchargement élastique


Le début du déchargement peut être caractérisé à partir du développement de la partie D.3. relatif à
la loi élastique de Hooke. Tant que la condition de gonflement n'est pas remplie ( β:σ −σ g )
>0 ,

les grandeurs s'écrivent :


 σ zz (z ) = γ (1 − z ) + (1 − λ ) Po

 ν
 σ xx (z) = σ yy (z ) = K o [γ (1 − z) + Po ] − λ Po avec 0 ≤ z ≤ 1 (D.5)
 1− ν
 (1 + ν ) (1 − 2 ν ) λ Po
 ε zz (z ) = − (1 − ν )
 E
Au cours du déchargement, il faut vérifier la valeur de la quantité β : σ − σ g :

[(1 + 2 K o ) + 2β (1 − K o )] [γ (1 − z ) + Po ] 1 + ν + 2β (1 − 2ν )
β : σ − σg =  − λ Po  − σg
 3 3 (1 − ν ) 
La condition de gonflement sera remplie à la hauteur z lorsque β : σ − σg = 0 , soit :

(1 − ν )   γ σg 
λg (z ) = [(1 + 2 K o ) + 2β (1 − K o )] 1 + (1 − z )  − 3  (D.6)
(1 + ν + 2 β (1 − 2 ν ))   Po  Po 

274
On constate ainsi que la condition de gonflement est d'abord vérifiée pour z = 1 et donc que le
gonflement se produit d'abord en haut de l'échantillon avant de se propager dans l'échantillon. Or

comme P o >> γ (1 − z ) , on remarque que λg (z = 0 ) ≈ λg (z = 1) = λg , c'est-à-dire que le gonflement

apparaît dans l'échantillon pratiquement de manière instantanée.

Apparition d’une zone gonflante

( )
Après l'apparition du gonflement λg < λ ≤ 1 , le matériau suit la loi de gonflement. Compte tenu de

( ( ) ( ))
l'état obtenu à la fin de la phase élastique Hookéenne σ H λg , ε Hzz λg , l'état de contraintes σ et

la déformation verticale totale ε zz doivent vérifier :

 1− ν ν 1 − β  2 (1 − β) σ xx + (1 + 2β) σ zz 
 ∆σ xx − ∆ σ zz + Bg ln  H 
 = 0
 E E 3  2 (1 − β ) σ H
+ (1 + 2 β ) σ zz 

xx
(D.7)
 ε (z ) = ε H + (1 + ν ) [∆ σ zz − ∆ σ xx ] − β (1 − 2 ν )[∆ σ zz + 2 ∆ σ xx ]
 zz

zz
(1 − β) E
 σ zz (z ) = γ (1 − z ) + (1 − λ ) Po
avec

( ) (
 ∆σ zz (z) = σ zz (z ) − σ zz z, λ = − λ − λ (z ) Po
H g g
)

(
 ∆σ xx (z ) = σ xx (z) − σ xx z, λ
H
)
g

D.3.c. Prise en compte de la plasticité


Pour étudier le phénomène plastique, on a repris les paramètres de Mohr-Coulomb utilisés dans la
partie D.2., c'est-à-dire une cohésion c de 100 kPa et un angle de frottement interne ϕ de 30°.

Apparition de la plasticité
Dans le paragraphe D.3, on a constaté que les paramètres mécaniques choisis n'entraînaient pas de
plasticité au cours du déchargement avec la loi élastique de Hooke. Maintenant, on considère que le
phénomène de gonflement s'est manifesté dans l'échantillon et on analyse l'éventuelle apparition de la
plasticité dans ce cas. La figure D.4 représente l’évolution du critère pour les cas élastique et
quelques facteurs d’anisotropie. On constate que le développement du gonflement, hormis le cas

β = 1 , entraîne l’apparition du gonflement à partir du taux de déconfinement λp .

275
Elasticité linéaire β=0
β=0,5 β=0,9
1000 β=1

Critère de plasticité F (kPa) λp


Taux de déconfinement λ
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1

-1000

-2000

Figure D.4 : Evolution du critère de plasticité au cours du déchargement

Pour λp < λ ≤ 1 , le phénomène de plasticité se développe ; on a alors l’égalité suivante :


F ( σ ) = (σ xx − σ zz ) − ( σ zz + σ xx ) sin ϕ − 2 c cos ϕ = 0

1 + sin ϕ 2 c cos ϕ
soit σ xx = σ zz +
1 − sin ϕ 1 − sin ϕ

Remarque théorique : avec l'hypothèse initiale d'un seul coefficient de pression des terres au repos
(K ox = K oy = K o ) , on a montré que les deux contraintes horizontales σ xx et σ yy restaient égales
au cours du déchargement. Par conséquent, lors de la phase plastique, il se crée un régime d'arête,
c'est-à-dire que le chemin de chargement aboutit à un point anguleux du critère. Deux fonctions de
charge sont donc activées simultanément :

 F1 ( σ ) = (σ xx − σ zz ) − ( σ zz + σ xx ) sin ϕ − 2 c cos ϕ = 0

 F2 ( σ ) = (σ yy − σ zz ) − ( σ zz + σ yy ) sin ϕ − 2 c cos ϕ = 0

De la même façon, deux potentiels plastiques sont mobilisés. Si G1 et G 2 représentent ces

potentiels, nous avons :

 G 1 ( σ ) = (σ xx − σ zz ) − ( σ zz + σ xx ) sin ψ

 G 2 ( σ ) = (σ yy − σ zz ) − ( σ zz + σ yy ) sin ψ

276
Le tenseur de déformations plastiques est alors une combinaison linéaire des tenseurs des dérivées
partielles des deux potentiels. La résolution de ce régime d'arête dans le logiciel CESAR-LCPC
donne les résultats suivants :

 dεpxx = ( 1 − sin ψ ) dλ
 p
 dεzz = − 2 ( 1 + sin ψ ) dλ

où dλ représente un multiplicateur plastique fixé.


( )
Ainsi, en utilisant la condition œdométrique ε xx = ε elxx + ε pxx = 0 , la déformation plastique axiale

s'écrit :
1 + sin ψ p 1 + sin ψ el
ε pzz = − 2 ε xx = 2 ε xx
1 − sin ψ 1 − sin ψ

1 − β  2 (1 − β) σ xx + (1 + 2 β) σ zz 
avec ε elxx =
1− ν
( ν
) (
σ xx − σ xx − σ zz − σ zz + B g
p p
ln ) p 

 2 (1 − β) σ xx + (1 + 2 β) σ zz 
p
E E 3

 p 1
(
 σ zz = 2 γ + 1 − λ Po
p
)
et  1 + sin ϕ 2 c cos ϕ
;
 σ xx =
p
σ zz +
p
 1 − sin ϕ 1 − sin ϕ
( )
σ xx , σ zz représentant l'état de contraintes à l'apparition du gonflement.
p p

Dans le cas du régime d'arête, la déformation verticale totale prend l'expression suivante :
1 + sin ψ el
ε zz = ε elzz + ε pzz = ε elzz + 2 ε xx
1 − sin ψ

 el 1  1 + 2β   2 (1 − β ) σxx + (1 + 2 β)σ zz 
(
 ε zz = σ zz − σ zz −
p 2ν
) (
σ xx − σpxx + B g  )
 ln p 
 3   2 (1 − β)σ xx + (1 + 2 β)σzz 
p
 E E
avec 
1 − β  2 (1 − β) σ xx + (1 + 2β )σzz 
 el 1 − ν
 ε xx = σ xx − σ (
p
xx −
ν
σ zz − )
σ p
zz + B g ( ln
(
) − β ) σ p
+ ( + β ) σ p 

 E E 3  2 1 xx 1 2 zz 

277
278
Annexe E : Programmation de la loi élastoplastique
de gonflement dans le module de résolution MCNL

Dans cet annexe, on présentera le sous-programme propre à la loi de gonflement et quelques


modifications apportées dans d’autres sous-programmes pour intégrer la nouvelle loi de
comportement. On rappelle que la programmation intervient uniquement au niveau local et qu’elle
suit la convention de la mécanique des milieux continus.

E.1. Introduction d’un sous-programme MTGONF lié à la loi de gonflement


Traditionnellement, l’introduction d’une loi élastique non linéaire se réalise dans les sous-programmes
MATRNL et ELASNL, à partir du moment où la loi peut s’écrire sous forme linéarisée de type
Hooke :
dσ = 2 µ eq ( σ ) d ε + λ eq ( σ )(d trε ) 1

où µ eq ( σ ) et λ eq ( σ ) sont les coefficients de Lamé équivalents.

Dans notre cas, cette approche est impossible à cause du terme d’anisotropie de gonflement et on a
eu recours à un sous-programme particulier MTGONF permettant de calculer la matrice élastique

D EL (appelée VMAT) et de déterminer l’incrément de contraintes élastique d σ (Hooke et

gonflement).
Sous-programme MTGONF :

Cbultel sept 99 deb


ÇSUBROUTINE MTGONF (CONT,CONT1,DEFEL,VPM,VMAT,H1,H2)
C==================================================================
C
C DEFINITION :
C CALCUL DE LA MATRICE ELASTIQUE NON LINEAIRE DE GONFLEMENT VMAT
C ET DE L'INCREMENT DE CONTRAINTES CORRESPONDANT CONTl
C ENTREES :
C CONT : ETAT DE CONTRAINTES AU DEBUT DE L'ITERATION I
C DEFEL : ETAT DE DEFORMATIONS DE L'ITERATION I
C VPM : PARAMETRES MECANIQUES
C SORTIEÇ
C CONTl : INCREMENT DE CONTRAINTES PENDANT L'ITERATION I
C VMAT : MATRICE DE COMPORTEMENT CORRESPONDANT A CET INCREMENT
C
C==================================================================

279
IMPLICIT DOUBLE PRECISION(A-H,O-Z)
C
DIMENSION CONT(3,3),DEFEL(3,3),VPM(*),VMAT(9,9)
DIMENSION CONTG(3,3),CONT1(3,3),VMAT1(9,9),VMAT2(9,9)
DIMENSION IK(9),JK(9),VID(3,3),VN(3),BETA(3,3)
DATA IK/1,1,1,2,2,2,3,3,3/
DATA JK/1,2,3,1,2,3,1,2,3/
DATA VID/1.D0,0.DO,0.D0,0.D0,1.D0,0.D0,0.D0,0.D0,1.D0/
DATA ZERO,UN,DEUX,TROIS,UA/0.D0,1.D0,2.D0,3.D0,4.D0/
COMMON/NOLI/ISIG,NPAS,IDECHA
C
YG=VPM(2)
PS=VPM(3)
PG=VPM(4)
BB=VPM(5)
BBETA=VPM(6)
DO 21 I=1,3
21 VN(I)=VPM(6+I)
C
C détermination des paramètres du problème
AMU=YG/(DEUX*(UN+PS))
ALAMB=PS*YG/(UN+PS)/(UN-DEUX*PS)
DD=BB*(ALAMB+(DEUX*AMU/TROIS)+(QUA*AMU/TROIS)*BBETA*BBETA)
DO 22 I=1,3
DO 22 J=1,3
CONTG(I,J)=-PG*VID(I,J)
BETA(I,J)=((UN-BBETA)/TROIS)*VID(I,J)+BBETA*VN(I)*VN(J)
22 DD=DD-BETA(I,J)*CONT(I,J)
H1=DD
C
C Calcul de la matrice élastique VMATl
C
DO 23 K=1,9
DO 23 L=1,9
VMAT1(K,L)=ZERO
CALL MTELAS(YG,PS,VMAT1,0)
C
C Calcul de la matrice de gonflement totale VMAT2
C
DO 24 K=1.9
DO 24 L=1,9
VMAT2(K,L)=(ALAMB*VID(IK(K),JK(K))+DEUX*AMU*BETA(IK(K),JK(K)))*
(ALAMB*VID(IK(L),JK(L))+DEUX*AMU*BETA(IK(L),JK(L)))
24 VMAT2(K,L)=VMAT1(K,L)-(BB/DD*VMAT2(K,L)
C
C Attention : convention MMC pour le vecteur CONT
C Identification de l’état de contraintes à la contrainte
C de gonflement
S0=ZERO
SG=ZERO
DO 25 I=1,3
DO 25 5=1,3
S0=S0+BETA(I,J)*CONT(I,J)
25 SG=SG+BETA(I,J)*CONTG(I,J)

IF (S0.GT.SG) THEN

280
IG=1
ELSE
IG=O
ENDIF
H2=IG
C
C Calcul de l’incrément de contraintes CONTl
C
IF (IG.EQ.0) THEN
DO 26 K=1.9
DO 26 L=1,9
26 VMAT(K,L)=VMAT1(K,L)
ELSE
DO 27 K=1,9
DO 27 L=1,9
27 VMAT(K,L)=VMAT2(K,L)
ENDIF
CALL MATDEF(CONT1,VMAT,DEFEL)
Cbultel dec99
CALL MATDEF(CONT2,VMAT1, DEFEL)
C
C Vérification de l’état de contraintes CONT+CONT1/NPAS
C s'il n'y a pas eu franchissement de la zone élastique-gonflement
C
ALPHA=ZERO
DS=ZERO
S1=ZERO
DO 28 I=1,3
DO 28 J=1,3
DS=DS+BETA(I,J)*CONT1(I,J)
28 Sl=S1+BETA(I,J)*(CONT(I,J)+CONT1(I,J)/NPAS)
IF (S1.GT.SG .AND. IG.EQ.0) THEN
IG=UN
ALPHA=(SG-S0)*NPAS/DS
ENDIF
IF (S1.LT.SG .AND. IG.EQ.1) THEN
IG=ZERO
ALPHA=UN-(SG-S0)*NPAS/DS
ENDIF
C
C Lorsqu'il y a franchissement de la limite de gonflement dans
C l'incrément , décomposition de l’incrément en une partie
C élastique (alpha) et une partie de gonflement (l-alpha)
C
IF (ALPHA.NE.ZERO) THEN
DO 29 K=1,9
DO 29 L=1,9
VMAT(K,L)=ALPHA*VMAT1(K,L)+(UN-ALPHA)*VMAT2 (K.L)
CALL MATDEF(CONT1,VMAT,DEFEL)
ENDIF
RETURN
END
Cbultel fin

281
E.2. Modifications d’autres programmes pour intégrer la loi de comportement
proposée
Dans la suite, on répertoriera tous les sous-programmes utilisés en précisant la modification
apportée.
Dans le sous-programme PREL01, on a défini le nombre de paramètres à prendre compte pour loi
de gonflement décrit par l’IMOD=98. On en a introduit 12 : le poids volumique γ , 2 paramètres

élastiques de Hooke (E, ν ) , 6 paramètres de gonflement (σ g , B g , β, n ) et 3 paramètres plastiques

(c, ϕ, ψ )
Dans le sous-programme IMPNLI, qui sert à imprimer les caractéristiques mécaniques pour les
problèmes non linéaires, on a présenté les différents paramètres de gonflement associés à la loi
IMOD=98.
Dans le sous-programme CTMCNL, qui définit les classes de lois de comportement (tableau 3.5),
on a relié la loi de comportement (IMOD = 98) au sous-programme CNOLI1, soit

KMOD(IMOD = 98) = 3 .

Le sous-programme CNOLI1, qui sert à intégrer les lois élastiques non linéaires plastiques définies
par une seule surface de charge, est décrit dans la suite : (les zones grisées correspondent aux
modifications apportées pour la loi de gonflement)

SUBROUTINE CNOLI1(CONT,CONT1,DEF,DEFEL,VPM,KCG,H1,H2,NDIM.KI)
C==================================================================
C
C DEFINITION :
C INTEGRATION DES LOIS ELASTIQUES NON LINEAIRES PLASTIQUES
C DEFINIES PAR UNE SEULE SURFACE DE CHARGE
C
C==================================================================
IMPLICIT DOUBLE PRECISION(A-H,O-Z)
C
DIMENSION CONT(3,3),CONT1(3,3),DEF(3,3),DEFEL(3,3)
DIMENSION VMAT(9,9),VFS(3,3),VGS(3,3),VPM1(50)
Cbultel dec99 deb
DIMENSION CONT3(3.3)
Cbultel fin
C
COMMON/BFGS/ITER,INCR
COMMON/ESEXE/MEXE,MR,MP,MFICH(10)
COMMON/NOLI/ISIG,NPAS,IDECHA
COMMON/PLAS/IMET,NINCR,NITER,NCRIT,NCROU
COMMON/PROVIS/IIELEM,JPINT,IPAS
C
IMOD=KCG(1)
INAT=0
IF (NDIM.EQ.2) INAT=KCG(2)

282
LVPM1=50
CALL CONVPM(VPM,VPM1,LVPM1,IMOD,KCG)
Cbultel dec99 deb
DO 19 I=1,3
DO 19 J=1,3
19 CONT3(I,J)=CONT(I,J)
Cbultel fin
C
C --- initialisation de 1 écrouissage
IF (KI.EQ.4) THEN
CALL CRITER(CONT,DEF,VFS,VGS,VPM1,CRIT,H2,DLAMB,H,KCG,NDIM,4)
GOTO 12
ENDIF
C
DO 10 IPAS=1,NPAS
C
C ---- Calcul des contraintes incrémentales d'origine élastique
Cbultel deb sept 99 (cas du gonflement IMOD=98)
IF (IMOD.EQ.98) THEN
CALL MTGONF(CONT,CONT1,CONT2,DEFEL,VPM,VMAT,H3,H4)
Cbultel mars 2000
IF (IPAS.EQ.NPAS) THEN
DO 17 I=1,3
DO 17 J=1,3
17 CONT3(I,J)=CONT3(I,J)+CONT1(I,J)
ENDIF
Cbultel fin
ELSE
CALL MATRPTL(CONT,VPM,VMAT,IMOD,INAT,H3,H4)
CALL MATDEF(CONT1,VMAT,DEFEL)
ENDIF
Cbultel fin
DO 20 I=1,3
DO 20 J=1,3
20 CONT(I,J)=CONT(I,J)+CONT1(I,J)/NPAS
C
C---- Calcul des contraintes incrémentales d'origine plastique
CALL PLASN1(CONT1,CONT,DEF,DEFEL,VFS,VGS,VMAT,VPM1,DLAMB,H2
& KCG,NDIM)
C
DO 30 I=1.3
DO 30 J=1,3
DEF(I,J)=DEF(I,J)+DLAMB*VGS(I,J)
30 CONT(I,J)=CONT(I,J)-CONT1(I,J)
10 CONTINUE
C
DO 40 I=1,3
DO 40 J=1,3
CONT1(I,J)=CONT(I,J)
Cbultel dec99 deb
40 CONT(I,J)=CONT3(I,J)
Cbultel fin
C
KCG(1)=IMOD
RETURN
END

283
Dans le sous-programme CONVPM, appelé dans CNOLI1, on a signalé le nombre de paramètres
élastiques (soit 9) et le nombre de paramètres plastiques (soit 3). On a aussi que le critère de
plasticité choisi était le critère de Mohr-Coulomb, (soit IMOD=10), déjà programmé dans CESAR-
LCPC.

Pour la plasticité, on a vérifié que la programmation actuelle s’appliquait bien dans notre loi de
comportement par l’intermédiaire des sous-programmes PLASN1 et CRIT10. De plus, on a
identifié notre loi de comportement dans le sous-programme CALGOR qui précise si le matériau est
standard (loi d’écoulement associée à la fonction de charge) ou non (existence d’un potentiel
plastique différent de la fonction de charge). Cela a une importance sur la symétrie ou non de la
matrice de rigidité.

E.3. Programmation de la méthode de Newon-Raphson


Habituellement, on résout les problèmes de génie civil avec la méthode des contraintes initiales, qui
reprend à chaque itération la matrice de rigidité initiale. Cependant lorsque le problème est fortement
non linéaire, le calcul aura tendance à itérer de nombreuses fois avant de converger. Il est donc
conseiller d’utiliser une deuxième méthode de résolution qui recalcule à chaque itération la matrice de
rigidité tangente.
Pour notre loi de comportement qui comprend deux sources de non-linéarités (gonflement et
plasticité), on a choisi d’apporter les modifications nécessaires pour utiliser la méthode de Newton-
Raphson. Cela a nécessité la programmation de la matrice de rigidité tangente dans le sous-
programme MATREP : (les zones grisées correspondent aux modifications apportées pour la loi de
gonflement)

SUBROUTINE MATREP (JPINT,CONT,DEF,CRIT,CROU,VPM,D,KCG,H3,H4)


C==================================================================
C
C DEFINITION
C CALCUL DE LA MATRICE TANGENTE D EN UN POINT D’INTEGRATION
C SUIVANT LE MODELE MATERIEL CHOIS (IMOD)
C
C==================================================================
C
IMPLICIT DOUBLE PRECISION(A-H,O-Z)
C
DIMENSION CONT(3,3),DEF(3,3),VPM(*),D(*),KCG(")
DIMENSION VGS(3,3),A(4),B(4),E(16),RP(16),JMOD(20),VFS(3,3)
Cph+fu 19/01/96 D (CP)
DIMENSION D12(3),D21(3)
Cph+fu 19/01/96 F (CP)
C

284
Cbultel deb oct 99
DIMENSION VMAT(9,9),CONT1(3,3),CONT2(3,3),VECT(3.3)
DIMENSION VPM1(5O),IKK(9),JKK(9)
DATA IKK/1,1,1.2,2,2,3,3,31
DATA JKK/1,2,3,1,2,3,1,2,3/
C
C DATA JMOD/1,1,1,0,0,0,0,0,0,0,0,0,0,1,0,0,0,0,0,0/
DATA JMOD/1,1,1,0,0,0,0,0,0,0,0,0,0,1,0,0,0,2,0,0/
Cbultel fin
DATA ZERO,UN,DEUX/0.D0,1.D0,2.D0/
C
IMOD=KCG(1)
INAT=KCG(2)
C
Cbultel
IF (IMOD.EQ.98) THEN
LVPM1=50
CALL CONVPM(VPM,VPM1,LVPM1,IMOD,KCG)
ENDIF
Cbultel fin
C
C --- calcul des paramètres pour la matrice élastique
C
C---a) module dépendant de la loi de comportement élastique
IELAS=O
IF(IMOD.GT.80) IELAS=JMOD(IMOD-80)
C ------ loi élastique linéaire
IF(IELAS.EQ.1) THEN
YOUNG=CROU
POISS=CRIT
CRIT=-UN
C ------ loi élastoplastique à élasticité non linéaire
IF(IMOD.EQ.94) THEN
YOUNG=H3
POISS=H4
ENDIF
ENDIF
C ------ calcul des quantites d origine plastique
IF(IMOD.NE.25) THEN
YOUNG=VPM(2)
POISS=VPM(3)
CRIT=-UN
C
IF(IMOD.GE.10) THEN
KI=1
IF(IMOD.EQ.19) KI=5
Cbultel oct 99 deb (choix du vecteur de données VPM1)
IF (IMOD.EQ.98) THEN
CALL CRITER(CONT,DEF,VFS,VGS,VPM1,CRIT,CROU,DLAMB,
H,KCG,2,KI)
KCG(1)=IMOD
Cbultel fin
ELSE
CALL CRITER(CONT,DEF,VFÇ,VGÇ,VPM,CRIT,CROU,DLAMB,
H,KCG,2,KI)
ENDIF

285
ENDIF
ENDIF
C---b) Modules dépendant de la cote du point matériel
IF(IMOD.EQ.25) THEN
CRIT=-UN
Y=CROU
YOUNG=VPM(2)+VPM(4)*Y
POISS=VPM(3)+VPM(5)*Y
ENDIF
C
BM=YOUNG/(UN+POISS)
AM=POISS/(UN-DEUX*POISS)
AL=AM*BM
AM1=BM/DEUX
ALM=AL+BM
LE=3
IF(INAT.EQ.2) LE=4
LF=LE*LE
ICR=(JPINT-1)*LF
DO 1 I=1,16
E(I)=ZERO
1 RP(I)=ZERO
C
C----------CALCUL DE LA MATRICE ELAÇTIQUE
C
IF(INAT.EQ.1 .OR. INAT.EQ.3) THEN
E(1)=ALM
E(2)=AL
E(4)=AL
E(5)=ALM
E(9)=AM1
IF (INAT.EQ.3) THEN
D12(1)=AL/ALM
D12(2)=AL/ALM
D12(3)=ZERO
D21(1)=AL
D21(2)=AL
D21(3)=ZERO
CALL PROVEC(RP,D12,D21,3)
ENDIF
C
ELSE
E(1)=ALM
E(2)=AL
E(4)=AL
E(5)=AL
E(6)=ALM
E(8)=AL
E(11)=AM1
E(13)=AL
E(14)=AL
E(16)=ALM
ENDIF
Cbultel oct 99 deb
C cas du gonflement (IMOD = 98)
C

286
IF (IELAS.EQ.2) THEN
CALL MTGONF(CONT,CONT1,DEF,VPM,VMAT,H3,H4)
IF (INAT.EQ.1 .OR. INAT.EQ,3) THEN
E(1)=VMAT(1,1)
E(2)=VMAT(1,5)
E(3)=VMAT(1,2)
E(4)=VMAT(5,1)
E(5)=VMAT(5,5)
E(6)=VMAT(5,2)
E(7)=VMAT(2,1)
E(8)=VMAT(2,5)
E(9)=(VMAT(2,2)+VMAT(2,4))/DEUX
ELSE
E(1)=VMAT(1,1)
E(2)=VMAT(1.5)
E(3)=VMAT(1,2)
E(4)=VMAT(1,9)
E(5)=VMAT(5,1)
E(6)=VMAT(5,5)
E(7)=VMAT(5,2)
E(8)=VMAT(5,9)
E(9)=VMAT(2,1)
E(10)=VMAT(2,5)
E(11)=(VMAT(2,2)+VMAT(2,4))/DEUX
E(12)=VMAT(2,9)
E(13)=VMAT(9,1)
E(14)=VMAT(9,5)
E(15)=VMAT(9,2)
E(16)=VMAT(9,9)
ENDIF
ENDIF
Cbultel fin
C
C CAS DE LA PLASTICITE
C
IF(CRIT.GT.ZERO) THEN
Cbultel dec99 deb
C
IF (IMOD.EQ.98) THEN
FDG=ZERO
DO 12 I=1,4
A(I)=0
12 B(I)=0
CALL MATDEF(VECT,VMAT,VGS)
DO 11 I=1,3
DO 11 J=1,3
11 FDG=FDG+VFS(I,J)*VECT(I,J)
DO 13 K=1,9
A(1)=A(1)+VFS(IKK(K),JKK(K))*VMAT(K,1)
B(1)=B(1)+VMAT(1,K)*VGS(IKK(K),JKK(K))
A(2)=A(2)+VFS(IKK(K),JKK(K))*VMAT(K,5)
B(2)=B(2)+VMAT(5,K)*VGS(IKK(K),JKK(K))
A(3)=A(3)+VFS(IKK(K),JKK(K))*VMAT(K,2)
B(3)=B(3)+VMAT(2,K)*VGS(IKK(K),JKK(K))
A(4)=A(4)+VFS(IKK(K),JKK(K))*VMAT(K,9)
13 B(4)=B(4)+VMAT(9,K)*VGS(IKK(K),JKK(K))

287
ELSE
TRFS=VFS(l,l)+VFS(2,2)+VFS(3,3)
TRGS=VGS(1,1)+VGS(2,2)+VGS(3,3)
PROD=ZERO
DO 30 I=1,3
DO 30 J=1,3
30 PROD=PROD+VFS(I,J)*VGs(I,J)
FDG=BM*(PROD+TRFS*TRGS*AM)
DO 10 I=1,3
A(I)=AL*TRFS+BM*VFS(I,I)
10 B(I)=AL*TRGS+BM*VGS(I,I)
A(3)=BM*VFS(1,2)
B(3)=BM*VGS(1,2)
A(4)=AL*TRFS+BM*VFS(3,3)
B(4)=AL*TRGS+BM*VGS(3.3)
ENDIF
C
C----------CALCUL DE D
C MATRICE ELASTOPLASTIQUE DE COMPORTEMENT
C
IF (INAT.EQ.3) THEN
D22=ALM-A(4)*B(4)/(FDG+H)
DO 21 I=1,2
D12(I)=(AL-A(I)*B(4)/(FDG+H))/D22
D21(I)=AL-B(I)*A(4)/(FDG+H)
21 CONTINUE
D12(3)=-A(I)*B(4)/(FDG+H)/D22
D21(3)=-B(I)*A(4)/(FDG+H)
CALL PROVEC(RP,D12,D21,3)
DO 22 I=1,3
DO 22 J=1,3
IK=I+(J-1)*3
22 D(IK+ICR)=E(IK)-A(J)*B(I)/(FDG+H)-RP(IK)
ELSE
Cph+fu 19/01/96 F (CP)
DO 20 I=1,3
DO 20 J=1,3
20 RP(I+(J-1)*3)=A(J)*B(I)
IF(INAT.EQ.2) CALL PROVEC(RP,B,A,4)
DO 50 I=1,LE
DO 50 K=1,LE
IK=I+(K-1)*LE
50 D(IK+ICR)=E(IK)-RP(IK)/(FDG+H)
Cph+fu 19/01/96 D (CP)
ENDIF
Cph+fu 19/01/96 F (CP)
ELSE
C
C--------LE POINT D’INTEGRATION EST RESTE ELASTIQUE
C
DO 70 I=1,LE
DO 70 K=1,LE
IK=I+(K-1)*LE
70 D(IK+ICR)=E(IK)-RP(IK)
ENDIF
END

288
Annexe F : Résultats obtenus avec la
deuxième méthodologie de calage

Cet annexe présente les résultats obtenus avec la deuxième méthode de calage pour les échantillons
CHA02 et CHA04.

8000 ν + νg
Contrainte horizontale σr r (kPa)

6000

ν
4000

Essai oedométrique

2000 Elasticité linéaire

2ème méthode de calage

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
Taux de déconfinement λ

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
ε zz (%)

-0,2
Déformation axiale

-0,4

-0,6

Essai oedométrique
-0,8 Elasticité linéaire
2ème méthode de calage

-1

Figure F.1 : Résultats obtenus avec la 2ème méthode de calage pour l’essai CHA02

289
8000
ν + νg

σrr (kPa) 6000

ν
Contrainte horizontale

4000
Essai oedométrique

Elasticité linéaire
2000
2ème méthode de calage

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1

Taux de déconfinement λ

Taux de déconfinement λ
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1
0
ε zz (%)

-0,2
Déformation axiale

-0,4

-0,6
Essai oedométrique

Elasticité linéaire
-0,8
2ème méthode de calage

-1

Figure F.2 : Résultats obtenus avec la 2ème méthode de calage pour l’essai CHA04

290

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